‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 41 sur 56 · III. — LA TERREUR. — CRIMES DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

III. — LA TERREUR. — CRIMES DE LA RÉVOLUTION

D. Quel fut le régime de la Révolution?

R. La Révolution établit le régime de la Terreur. Comme elle n'était que la révolte érigée en principe, elle n'avait pu amener que le triomphe de la force, et dès lors les faibles avaient tout à craindre. Qualifiés de suspects, parce qu'ils n'étaient pas révolutionnaires, des hommes inoffensifs, des vieillards, des femmes avaient été jetés en prison avec les prêtres fidèles. Soudain on les accuse de menacer la vie des citoyens, et les autorités de la capitale prennent à gages une bande d'assassins. Tandis qu'on sonne le tocsin et qu'on tire le canon d'alarme, le sang innocent coule à flots dans Paris. C'est le sansr des mi-

nistres de la Religion qui est versé le premier : trois évêques et plus de quatre cents prêtres rendent un glorieux témoignage de leur foi. Une foule d'autres victimes sont arrachées des prisons et immolées à coups de sabres , de piques , de haches et de massues. Les assassins ne s'arrêtent qu'après avoir vidé toutes les prisons; et l'un des plus célèbres apôtres de la Révolution, après avoir encouragé officiellement ces égorgeurs ivres de sang et de vin, ose encore déclarer que les massacres de septembre sont le Credo de la liberté. Ordre est envoyé aux provinces d'imiter la capitale, et plusieurs villes deviennent le théâtre des mêmes atrocités (sept. 1792).

D. Quel attentat fut le signal de nouveaux excès?

R. Le roi Louis XVI fut condamné à porter sa tête sur î'échafaud, et ce grand attentat devint la preuve la plus éclatante qu'il n'y avait plus de garanties pour l'innocence, puisque l'iniquité triomphante pouvait tout oser. Dès lors les partis rivalisèrent d'audace et de cruauté: assemblée, gouvernement, tribunaux, tout fut révolutionnaire; il n'y eut partout qu'une rage infernale de destruction. A Paris, on exécuta des milliers d'innocents de tout âge et de tout rang, la plupart condamnés comme fanatiques, c'est-à-dire comme chréliens. Dans les provinces, chaque ville eut son tyran escorté de bourreaux, qui traînaient avec eux la guillotine, et se vantaient de rendre ainsi la justice plus expéditive. On eut même recours à la mitraille, pour faire des exécutions en masse. Un monstre imagina les noyades de la Loire : au moyen de bateaux à soupape, il submergea des milliers de prêtres et d'autres victimes, et il put se glorifier d'avoir fait du fleuve un torrent révolutionnaire. Huit cents prêtres furent déportés dans l'île de Ré, et on les réduisit presque tous à périr de froid et de misère. On alla jusqu'à emprisonner des pères de

famille, en ne laissant à leurs enfants que la cruelle alternative de les voir mourir de faim, ou de fouler aux pieds le crucifix pour leur porter des vivres. Tant de forfaits devaient apprendre à l'univers qu'il n'y a point de haine plus implacable et plus sanguinaire que celle qui s'attaque à la Religion.

IV. — IMPIÉTÉS SACRILÈGES DE LA RÉVOLUTION. — ÉPREUVES DU CLERGÉ FRANÇAIS.

D. Quels outrages la Religion eut-elle à essuyer de la part des impies?

R. Tout culte religieux fut proscrit, et l'on ordonna de détruire jusqu'aux derniers vestiges du fanatisme. De tant d'églises qu'avait élevées la piété de nos pères, les unes furent démolies, les autres profanées; les croix, les reliques des saints, les vases sacrés, les saints mystères eux-mêmes furent indignement foulés aux pieds. La fureur de ces impies alla jusqu'à supprimer les noms des saints, qu'ils remplacèrent, dans un nouveau calendrier, par des noms de plantes, d'animaux et d'objets les plus vulgaires. C'était faire œuvre de bon citoyen , que de se déclarer l'ennemi du Christianisme. L'évêque constitutionnel de Paris abjura publiquement son caractère sacré, et ce misérable apostat reçut les applaudissements de l'assemblée qui gouvernait alors la France. Enfin, pour ajouter à ces horreurs des abominations jusqu'alors inouïes, l'on vit d'infâmes créatures, travesties en déesses de la Raison, s'asseoir dans le lieu saint, sur l'autel du Dieu vivant, et recevoir l'en-

cens de l'idolâtrie la plus honteuse qui fut jamais (1793) i.

D. Que devinrent les ministres de la Religion qui avaient échappé aux massacres?

R. Dieu permit qu'ils fussent exposés aux plus rudes épreuves , pour en faire d'utiles instruments de sa gloire. La plupart étaient en exil, et leur zèle, appuyé de l'exemple de leurs vertus , jetait la semence de la vraie foi dans les pays hérétiques. Les autres s'étaient répandus et cachés dans l'intérieur de la France. Leur tête fut mise à prix. Poursuivis avec une animosité qui tenait de la rage , environnés d'es-

1 Dans la séance du 7 novembre 1793, tristement fameuse par l'apostasie de l'évêque intrus de Paris, la convention avait rendu un décret par lequel le Comité d'instruction publique était chargé de lui présenter le plan d'un nouveau culte , destiné à remplacer le culte catholique. Trois jours après, l'assemblée accordait les honneurs de la séance à la déesse Raison. C'était une danseuse de l'Opéra, qui avait un bonnet rouge sar la tête, et une pique à la main ; elle était escortée par les autorités de la capitale et par une foule en délire. Un décret sacrilège fut rendu , séance tenante , pour déclarer que l'église métropolitaine de Paris serait désormais consacrée au culte de la Raison; et cette vile créature y fut aussitôt portée en triomphe, pour être adorée jusque dans le sanctuaire, où l'on avait élevé un autel orné des bustes de Voltaire et de Rousseau, avec cette inscription : A la Philosophie. Une scène si infâme trouva des imitateurs sur tout le territoire de la république. Quelques mois plus tard, la convention décréta le culte de l'Être suprême: une fête solennelle fut célébrée en son honneur, et Robespierre, président de l'assemblée, mit le feu au monstre l'Athéisme , représenté sur un monument gigantesque dans le jardin des Tuileries. Mais le nouveau culte ne servit qu'à rendre la Terreur plus sanglante. On essaya plus tard de le remplacer par la théophilanthropie (amour de Dieu et des hommes); les ministres théophilanthropes parurent en public vêtus de longues robes blanches , et tenant à la main des bouquets de fleurs et de fruits, qu'ils offraient à l'Auteur de la Nature. Tournés en ridicule, ils se dispersèrent ; et la Révolution, pour avoir voulu anéantir la vraie Religion, fut convaincue de n'avoir pu qu'outrager la Majesté divine et l'humanité par des attentats jusqu'alors sans exemple dans les annales des peuples civilisés (1793-1799).

pions, de traîtres et de faux frères, toujours la mort devant les yeux, ils ne cessèrent pas néanmoins de parcourir les villes et les campagnes, et de porter aux peuples restés fidèles les secours de la Religion. Comme dans les anciennes persécutions, on célébrait les saints mystères dans le silence de la nuit; les appartements les plus reculés, les chaumières, les fonds même des cavernes servaient d'asile à Jésus- Christ chassé de ses temples , et à ses ministres bannis d'une terre devenue infidèle et idolâtre. Plusieurs furent victimes de leur charité, et montèrent sur les échafands; mais d'autres prenaient aussitôt la place de ceux que le fer de la persécution avait moissonnés, et succédaient à leurs travaux comme à leur dévouement ; de sorte que dans ces jours d'horreur et de carnage , où c'était un crime digne de mort que de paraître chrétien, on ne vit jamais ni la Religion entièrement privée de ses ministres, ni le fidèle destitué de ses consolations.

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