V. — CAPTIVITÉ ET MOUT DE PIE VI. — PIE VII
D. L'Église ne fut-elle persécutée qu'en Francs?
R. La persécution s'étendit sur tous les pays où pénétraient les armées françaises; mais elle sévit surtout à Rome, au centre même de la chrétienté. Le pape Pie VI, qui avait défendu contre les souverains la liberté de l'Église et des peuples, n'avait pas eu moins de courage pour flétrir les attentats de la Révolution, et venger l'innocence de l'infortuné Louis XVI. Les régicides qui gouvernaient la France ne pouvaient pardonner au chef d'une Religion qu'ils avaient juré d'exterminer. Un prétexte leur suffit pour faire marcher
une armée vers la capitale du monde catholique; et, sous la protection des baïonnettes françaises, on proclame la république romaine au nom de la liberté. Le Vicaire de Jésus -Christ, à l'exemple de son divin Maître, se remet lui-même entre les mains de ses persécuteurs. Transporté jusque dans le Midi de la France, il consent à se montrer une dernière fois, escorté de ses geôliers, épuisé par l'âge, les fatigues et la maladie: Voilà l'homme (Ecce homo), dit-il; et il bénit la multitude des fidèles agenouillés devant sa prison. Peu après, il expire dans la citadelle de Valence, en priant pour l'Église et pour ses persécuteurs. Il était âgé de quatre-vingt-deux ans, et il avait eu un pontificat de vingt-quatre ans et demi, le plus long qu'on eût vu depuis saint Pierre (1799).
D. Comment Dieu renversa- 1- il les obstacles qui s'opposaient au rétablissement de la paix dans l'Église?
R. Le gouvernement persécuteur, maître de Rome et imposant ses volontés à tous les pays catholiques , avait annoncé qu'il n'y aurait plus de Pape : les membres du sacré collège étaient tous, ou retenus dans les fers, ou dispersés par la fuite. Mais il n'y a point d'obstacle pour le Tout- Puissant. Peu avant la mort de Pie VI, il a déjà appelé du nord de l'Europe une armée de Russes; elle pousse brusquement les Français hors de l'Italie; les cardinaux délivrés se rassemblent dans Venise, et donnent à l'Église le chef le plus digne de la gouverner dans ces temps orageux : Pie VII est élu (1800).
En même temps, Dieu suscite un général déjà fameux par ses succès, et fait servir sa gloire militaire à l'accomplissement de ses desseins éternels. Napoléon Bonaparte, accouru d'Egypte, renverse en un instant le gouvernement impie qui opprimait à la fois l'Église et l'État. Revêtu du titre de premier
consul, il donne à la France, fatiguée -de ses tyrans, l'espoir d'une domination plus douce, et à la Religion, si cruellement persécutée depuis dix ans, la liberté de réparer peu à peu ses ruines, et de rallier autour d'elle ses enfants égarés.