DE PIE VII
D. Comment le culte catholique fut-il enfin rétabli en France?
R. Le premier consul était convaincu que, si le schisme et l'impiété avaient livré la France à l'anarchie , c'est qu' « une société sans religion est un vaisseau sans boussole » , et que la France ne peut être que catholique. Pour hâter le retour de Tordre, il ouvrit donc une négociation avec Pie VII , en ordonnant à son ambassadeur « de traiter le Pape comme s'il avait deux cent mille hommes ». Le souverain Pontife se montra disposé à faire toutes les concessions légitimes pour rétablir l'Église de France el ménager le célèbre guerrier qui. bravant les passions implacables de son entourage, déclarait avoir l'ambition « d'être le sauveur du Saint-Siège plutôt que son destructeur ». Un Concordat, destiné à maintenir les droits et l'autorité des deux puissances, fut solennellement publié le jour de Pâques 1802, dans l'église métropolitaine de Paris. Le chef de l'État avait la nomination aux évêchés; mais le Saint-Siège se réservait le pouvoir de donner ou de refuser l'institution canonique. Le clergé recouvrait ses églises et recevait un traitement convenable , comme indemnité des biens qui lui avaient été enlevés pendant la Révolution.
Partout ie cuîte fut rétabli avec pompe, et les fidèles, retrouvant enfin des pasteurs légitimes, rendirent grâce à Dieu d'avoir amené l'heureux accord de l'Église et de la France, en remettant l'une et l'autre à des mains qui paraissaient si dignes de les gouverner.
D. Le Chef de l'Église et le Chef de la France vécurent-ils longtemps en bonne intelligence?
R. Le premier consul ajouta au Concordat des articles organiques, destinés à régler l'exercice du culte catholique. Le Souverain Pontife protesta contre ces articles, rédigés à son insu et sans son aveu. Mais, tout en maintenant ses droits, il consent encore à honorer d'une faveur extraordinaire le restaurateur des autels. Le premier consul vient d'être proclamé empereur sous le nom de Napoléon Ier, et il demande au Chef de l'Église de consacrer lui-même ce nouveau litre aux yeux des fidèles. On voit alors le Vicaire de Jésus-Christ traverser l'Italie et la France , pour donner l'onction sainte à l'empereur dans le sanctuaire même où fut publié le concordat (1804). La bonne intelligence semble rétablie; et c'est en vain que les incrédules essayent d'attirer le mépris sur le caractère et sur la personne du Souverain Pontife. La foi triomphe : le Vicaire de Jésus- Christ reçoit, au milieu même de la capitale, des respects et des hommages qui sont une réparation authentique des outrages que l'impiété révolutionnaire a faits dans ces mêmes lieux à la Religion chrétienne.
Mais bientôt l'empereur Napoléon Ier, qui dicte la loi aux plus puissants souverains de l'Europe, s'irrite de rencontrer une résistance invincible chez un vieillard désarmé. Pie VII n'a cessé de protester contre des mesures qu'il juge contraires à la liberté de l'Église; il refuse d'annuler le premier mariage d'un frère de l'empereur, et de fermer ses ports aux vaisseaux anglais. Rome est d'abord occupée, puis réunie
à l'empire français (1809) ; et le Souverain Pontife est gardé captif à Savone. Transféré à Fontainebleau, il paraît d'abord accepter un projet de concessions, qu'il rejette bientôt avec une fermeté inébranlable; les cardinaux sont captifs ou dispersés, la plupart des fidèles privés de pasteurs légitimes, les pasteurs euxmêmes isolés de leur Chef; et l'Église se trouve de nouveau plongée dans le trouble et la désolation.
D. Comment Pie VII fut-il délivré?
R. La victoire a cessé d'être fidèle à l'empereur Napoléon Ier, qui perd en quelques semaines toutes ses conquêtes; et, forcé de renoncer à ses projets sur l'Italie, il rend enfin la liberté au Souverain Pontife ( 1814). Pie VII rentre en triomphe dans ses États. Éprouvé par les cruelles souffrances de l'exil, il n'use d'abord de son pouvoir qu'en faveur des malheureux et des exilés. Une bulle pontificale rétablit la Compagnie de Jésus et prépare le retour de ces religieux qui n'ont pu trouver d'asile qu'en Prusse et en Russie. Tous les membres de la famille impériale ont été proscrits : le Souverain Pontife leur offre une hospitalité généreuse dans la ville de Rome, et il est le seul souverain de l'Europe qui songe à consoler dans ses malheurs le captif de Sainte-Hélène.