‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 8 sur 56 · IL — VIE MONASTIQUE. — SAINT ANTOINE · texte numérisé non relu

IL — VIE MONASTIQUE. — SAINT ANTOINE

D. Comment Dieu remédia-t-il au relâchement qui s'introduisit parmi les Chrétiens, après que la paix eut été rendue à l'Église?

R. Dans la foule innombrable des païens qui, à l'exemple de Constantin, embrassèrent la foi, il devait s'en trouver qui n'agissaient que par des vues purement humaines. Plusieurs même des anciens Chrétiens se relâchèrent, par un effet du repos et de la tranquillité dont ils jouissaient. Dans de telles conjonctures, il était de la sagesse et de la bonté de Dieu de fournir à ses fidèles serviteurs un moyen de conserver leur ancienne ferveur, et de perpétuer dans son Église la pratique de toutes les vertus. C'est ce qu'il fit, en commençant à peupler les déserts d'une

multitude de solitaires dont la vie ressemblait à celle des anges.

D. Quel fut le fondateur de la vie monastique?

R. Ce fut saint Antoine. Il était né en Egypte, de parents riches et vertueux. Ayant un jour entendu lire dans l'Église ces paroles de l'Évan0ile : Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous avez, donnez -le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel; il les exécuta à la lettre, puis ii se retira dans une solitude. Ce fidèle serviteur de Jésus- Christ n'y fut point à l'abri des tentations du d^mon; mais il les repoussa à force de prières et d'austérités. Son lit était une natte ou la terre nue : il ne mangeait qu'une fois le jour, après le coucher du soleil , et seulement du pain et de l'eau : son habit consistait en un cilice et un manteau de peau. Après qu'il eut longtemps vécu de la sorte dans les déserts de la Thébaïde , Dieu lui accorda le don des miracles : ce qui lui attira bientôt une foule de disciples, pour lesquels il fallut bâtir un grand nombre de monastères. Formés par un tel maître, les solitaires devinrent pour le monde entier un spectacle non moins admirable que n'avait été celui des martyrs.

D. Quelle était la vie des anciens solitaires?

R. La vie des solitaires avait pour objet l'observation des conseils évangéliques , c'est-à-dire de la pauvreté, de l'obéissance et de la chasteté parfaite. Pour y parvenir, ils employaient quatre moyens principaux : la solitude, le travail , le jeûne et la prière.

Les déserts où ils s'enfonçaient étaient des lieux non -seulement inhabités, mais inhabitables, des plaines arides, des rochers stériles; ils y bâtissaient de pauvres cellules de bois ou de roseaux. Leur travail était continuel: il consistait à faire des nattes ou des corbeilles de jonc, qu'ils vendaient, et dont ils donnaient le prix aux pauvres. Ils jeûnaient toute

l'année , excepté le dimanche et le temps pascaf. Ce régime austère, loin de les affaiblir, fortifiait leur santé, et les faisait parvenir, pour la plupart, à une extrême vieillesse; saint Antoine lui-même vécut cent cinq ans (251-356). Ils se rassemblaient deux fois par jour pour prier en commun : à chaque fois ils récitaient douze psaumes, suivis d'une lecture de l'Écriture sainte, Le reste du jour ils priaient en travaillant, enfermés dans leurs cellules. Enfin ils obéissaient tous comme des enfants à leurs supérieurs.

Ces communautés étaient très - nombreuses ; quelquefois elles allaient à plusieurs milliers de religieux réunis sous la conduite d'un seul abbé. De la Thébaïde, où elles avaient pris naissance, elles se répandirent bientôt dans la Palestine, dans la Syrie, dans la Grèce et dans tout l'Orient. La plupart adoptèrent la règle monastique de saint Basile.

Tels sont les fruits de vertu qu'a produits l'Évangile. L'Église n'a pas été moins riche en exemples qu'en préceptes; et sa doctrine a paru sainte, en produisant une infinité de saints.

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