C. M. locis ex Stipe Conflata posuenmt
219. Cette découverte a fourni aux savans l'occasion de rechercher quel étoit ce dieu Volianus. Quelque respect que nous ayons pour leurs connoissances supérieures , nous croyons cependant ne pouvoir embrasser aucune de leurs opinions à ce sujet (1).
(1) Vies des Saints de Bretagne.
(2) M. Morean de Montour , de l'académie des inscriptions et savant antiquaire , a pris Yolianns pour Apollon ou le soleil , qui , suivant la plupart des auteurs , étoit connu dans les Gaules sous le nom de Belus ou Belenus. Il prétend que du mot Belenus on avoit fait d'abord celui de Bolianus ; et que , par le changement du B en Y, on avoit formé Volianus. Ce sentiment suppose que le Volianus des Armoriques est la même divinité que l'ApoUon des Romains, et que la seule différence qui les caractérise consiste dans les termes. Les Armoriques en avoient néanmoins des idées bien différentes. Pour s*en convaincre , il suffit de jeter les yeux sur Tinscription. Les dieux de Rome y sont appelés sous le nom des divinités des empereurs. Aucun d'eux n*est omis , puisque tous sont nommés en général et d'une manière universelle : nt(mtnî&w«i4tiyta* iwwai. D'où il suit que le dieu Volianus , qui est nommé après eux en particulier, n'est propre qu'aux Nantois. Ce ne poivoit donc être Apollon.
D'autres ont pensé , d'après ce que dit Gonradinus , au livre quatrième de sa description des deux Bretagnes , que Volianus n'étoit autre dans son principe que Noé. Us croient que les Armoriques lui rendirent les honneurs divins, comme au père de leurs premiers fondateurs. Cette opinion est facile ^ détruire. En effet, il est certain que les Gaulois étoient bien éloignés de placer les hommes au rang des dieux , même après leur mort. Us tournoient en ridicule les étrangers qui reconnoissoient des dieux issus des hommes. Leurs héros alloient après leur vie se réunir au dieu des combats > et , suivant les dogmes reçus , ilsgoûtoient, dans leur nouveau séjour , tous les plaisirs qui pouvoient fixer leurs âmes martiales. Si on célébroit leurs actions éclatantes , même après leur mort , on ne les confondoit pas avec la divinité et l'on auroit craint de les en rapprocher. Ce ne fut qu'aux empereurs romains que les Gaulois décernèrent des honneurs divins.
M. Travers prétend que Volianus est le même que Janus. U soutient que les Nantois rendoient \ celui-ci un culte particulier sur une
Iwes
INTRODUCTION. io5
Les Armôriques , malgré la soumission avilissante qu'ils lémoignoient aux Romains , étoient libres de conserver le culte du Dieu unique ^ à qui seul ils avoient d'abord accordé leur encens. Ce que les Romains ne pouvoient tolérer , c'étoit l'unité du culte. Pour s'assujettir à leurs ordres , les Armôriques reconnurent les dieux de Rome. Mettant en tète ceux de leurs maîUes , ils pouvoient , sans rien craindre , appeler ensuite celui qui leur étoit propre. C'est ce qui est arrivé dans l'inscription que nous venons de citer. Les divinités des Augustes y sont nommées les premières. Si la manière dont on le lait est vague et indéfinie , elle ne renferme pas moins l'universalité de leurs dieux. Le dieu Volianus , qui trouve sa place après ces divinités, ne peut donc être que celui des Armôriques. Aussi les mythologues ne l'ont jamais rangé parmi les dieux des Latins. D'ailleurs, s'il en eût fait partie , pourquoi en aurait-on fait mention expresse? Il ne méritoit point de préférence sur les autres : c'étoit assez de lavoir appelé en général avec eux. ^
La manière dont ce dieu des Armôriques étoit représenté , va nous faire connottre sa nature. La foudre qu'on lui met à la main droite , et la gauche qu'il enveloppe d'un nuage , nous font entendre qu'on le regardoit comme le maître du ciel. L'un des pieds qu'il porte sur la terre ,
montagne qui porte encore le nom de Hontejan, Mons JarUf on Mons johannù. Ce système , qui n'est appuyé que sur une tradition populaire 9 n*a pas besoin de réfutation. Ces sortes d'histoires , si Ton peut leur donner ce nom » ne peuvent aroir de poids qu'autant qu'elles sont étayées d'ailleurs. Quand bien même il seroit vrai que les Nantois, à l'exemple des Romains , eussent adoré Janus sur le Mobtejan , ce que nous n'avons pas de peine à croire; il ne s'en suivroit pas que le Volianus de Nantes fût le même que le Janus du Montejan. La similitude entre ces deux noms n'est pas assez grande pour avancer cette assertion. Cet écrivain se prévaut , avec plus de fondement , de l'autorité du concile de Tours « de lan 567^ qui défend la célébration des calendes de Janvier^ en l'honneur du dieu Janus. Le Père Longueval , an tome premier de son histoire de l'Eglise gallicane , a entré dans ks mêmes vues que M. Travers. « Nous croyons , » dit-il , que Boljanus n'est autre que le dieu » Janus des Latins , au nom duquel on a ajou- » té le mot celtique houl, qui signifie, à ce
» que l'on prétend , la même chose qu'or^û. » Ainsi Bouljanus sera le Janus du monde. » On assure même , ajoute-t-il , qu'une an- » cienne figure de Boljanus le représentoit » avec trois faces , apparemment pour signi- » fier les trois parties du monde , qui étoient » alors connues. Bout signifie encore, en bas- » breton, un globe, une boule. >
Cet habile historien auroit pu ajouter que Bouljanus étoit représenté lançant la foudre de la main droite , tandis que sa gauche étoit enveloppée dans un nuage. Il auroit pu dire que l'un des pieds de Bouljanus étoit appuyé sur la terre et l'autre sur la mer.
Le P. Longueval n'a pas fait attention que les Romains , de qui les Armôriques auroient emprunté Janus , ne représentoient point ce dieu sous tous ces emblèmes. Mais quand bien même cela seroit ainsi , ce qui détruit le raisonnement de cet historien , et renverse l'application que M. Travers fait du Janus de Montejan au Volianus de Nantes, c'est que l'inscription dont nous venons de parler sépare Volianus des divinités des Augustes.
lo8 HISTOIM ieCCLisiASTiQUEr
vrai sens des allégories sous lesquelles les Gaulois ont cache la divinité , on retrouve leur religion primitive jusques dans les temps où l!on croiroit qu'elle s'ëtoit éclipsée. Les Romains , qui avoient les yeux fascinés par ridée toujours présente de leurs dieux , ne voyoient par tout qu'eux. Le ménagement dont usoient les Gaulois dans les images qu'ils offroient de la divinité , les faisoit triompher de la vaine crédulité de leurs maîtres. Plus heureux s'ils avoient pensé qu'il n'est jamais permis de déguiser sa foi !
L'Hercule, dont Lucien nous a fait l'étalage railleur, et qu'il prétend avoir été l'objet du culte des Gaulois , n'étoit donc point un de ces héros que l'antiquité nous a tant vantés. C'étoit le fort par antonomase , Tau»leur de tout ce qui existe , le principe de toute intelligence , le Dieu suprême. S'il faut le répéter , les Hercules gaulois , ou , pour parler dans la langue de leur patrie , les Caris ou Kerls (i) n'attiroient sur eux que l'admiration , l'estime et la reconnoissance de leurs citoyens. On ne les traita jamais que comme des hommes.
aai . Les Rennois, ainsi que les Nantois , reçurent les dieux romains. Albert le Grand rapporte que l'on voyoit autrefois dans la cité de Rennes un temple dédié à Thétis , et un autre à l'honneur d'Isis , dans un endroit peu éloigné de cette ville. Une tour , que l'on nommoit la vision des dieux , éloit un autre panthéon (a).
Le aG Mars 1774 9 àes maçons , travaillant a la démolition d'une maison canoniale du chapitre de Rennes , trouvèrent , à six ou sept pieds de profondeur , un plat d'or de neuf pouces , cinq lignes de diamètre. Dan^i le fond de ce plat étoit incrustée une platine qui représentoit une bacchanale relevée en bosse, de cinq pouces et demi de diamètre. Les cotés étoient ornés de seize médaillons où étoient gravées des figures d'empei-eurs et d'impératrices (3). Ce qui suppose qufç le culte de Bacchus n'étoit pas inconnu à -la ville de Rennes.
aaa. Thétis et Isis étoient, suivant Plutarque , la même divinité. C'est de là que Lucien, Apulée, Valerius-Flaccus, Properce et plusieurs autreis prennent Isis pour la reine de la mer et la patronne des navigateurs. L'antiquité lui mettpit quelquefois à I9 main un gouvernail , dan» ses monu-
(f ) Cari ou kerl signifie brave , dans l*an- d^on c6té Fempereor Posthume , et sur le recîenne langue du nord. Delà le nom de Charles, vers on lisoit cei mots : Indul, pia Poslkuma
(2)Catal. des évéq. de Rennes. ^"^^'^ '"L*,/"''!!^ ''°'''" quatre^vingt-
quaton^ médailles d*emperenrs et d'impér^;
(3) Outre ce plat, on a trouvé quatre mé- triées, depuis Néron jusqu^à Aurelien. Le dailles encadrées et ornées .de filigrane avec tout pesoit, avec un crochet dont on ignora leurs chaînes et ani^eaQx ; elles représentdent Tosage , huit marcs , cinq onces » quatre gros.
INTRODUCTlOir. IO9
mens ; d'autres fois un vase en forme de ; gondole. Ce qui lui fit donner le nom de Pelagia. Plusieurs villes maritimes en firent leur patronne. Les empereurs romains la firent graver, sur leurs médailles , traversant les mers avec une voile tendue entre ses mains.
Le culte d'Isis n'étoit pas particulier à l'Armoriqué. Des inscriptions que l'on a trouvées en Flandre , à Kismes et à Soissons , font assez connoitre qu'il s'introduisit dans le reste des Gaules.
223. A quelque occasion que le culte d'Isis se soit répandu dans les Gaules , il est certain que les Gaulois , avant même que d'avoir été subju" gués par les Romains y reconnoissoient des êtres purement intellectuels et entièrement distingués de l'Etre supréme.Ils pensoient que ces substances étoient , ainsi qu'eux , l'ouvrage de la divinité ; mais ils croyoient que leur pouvoir étoit supérieur aux facultés de l'homme. Ce sentiment a été autrefois universellement répandu dans l'univers , et il subsiste encore chez la plupart des peuples sauvages.
Les Gaulois qui avoient cru , dans les premiers temps y comme nous l'avons dit , que la divinité conduisoit seule tout l'univers , lui associèrent ces intelligences. Us se persuadèrent qu'elles étoient chargées , de la part de l'Etre suprême; de l'administration d'une grande partie de ce monde. Ce furent autant de génies qpi donnèrent le mouvement à la mer , aux fontaines , aux astres et à différens autres phénomènes qui ravissent notre admiration.
Les Gaulois plaçoient chacune de ces intelligences dans l'élément que la divinité avoit confié à leurs soins. Un emploi si noble , et dont les effets tournoient principalement à l'avantage de l'homipe , attira la feconnois* sance et les hommages des Gaulois. Le culte qu'ils leur décernèrent n'étoit pas tel que celui qu'ils rendoient au Dieu suprême. Us auroient pu donner au premier le nom de dulie., et au ^eçpnd celui de latrie. A la faveur de cette distinction , il^ étoient en état d'ançautir l'inculpation de polythéisme qu'on auroitété, sans cela, en droit ^Jejeur imputer. Mais ce à quoi l'on doit faire une attention particulière , c'est que la vénération qu'ils avoient extérieurement pour l^s objets, sensibles, se rapportoit directement à ces intelligeopes. l^ étre^ matériels qui frappoient leurs yeux n'étoient qu'une occasion de leurs boxnn^ages ; oi^ , du moins , le cuite qu'ils leur rendoient étoit relati^p l'ifitelljgepce qui, y presidpit. Le génie, par exemple > qui avoit l'en^pire jlje 1?, m^r , n'étoit point Neptune , connu des Grecs et des Romains. U avoit pour principe , dans l'opinion des Gaulois , celui qui a fait le ciel et l'^au. La ^er lui tenoit lieu de corps à qui il donooit le.7nou,veKlâ|%^,o.(! «f jiG ul t . f^sa g .. . /
IIÛ HISTOl&fi ECCtisI ASTIQUE.
aa4< Nous n'osons décider si les Rennois avoient pris leur Isis dans la religion gauloise. Ce qu'il y a de constant , c'est que , dans la langue celtique , le terme isis signifîoit Feau. Il y a encore dans l'Angleterre une rivière qui porte ce nom. Il a pu arriver que les Armoriques aient appelé Isis le génie qui anîmoit Teau. Dans cette supposition , l'Isis des Gaulois n'auroit pas été la même que celle des Romains ; elle leur auroit été propre , et les Rennois l'auroient fidt figurer vis»à-vis de Ttiétis et des autres dieux latins.
a^5. Les fontaines et les lacs avoient également leurs génies particuliers, a Une grande multitude de paysans du Gevaudan s'assembloient au- 2> trefois ^ dit Grégoire de Tours , aùptès d^un lac. Ils lui oilroient une » espèce de libation ; les utts jetoieritdàns l'eau des pièces de toile ou » de drap , et les autres des tmsons. Le plus grand nombre y jetoit en 7> outre des formes de fromages ou de cire , ou des pains tout entiers , » et différentes autres choses , chacun selon ses facultés. Us y venoient » avec leurs chariots chargés de liqueurs et de nourriture. Après avoir » imimoié des animaux , ils faisoient bonne chère pendant trois jours (r). )« Un usage à peu près semblable existoit encore dans le diocèse de Quimper au dix-septième siècle , malgré les lumières de TEvangile. Dans quelques paroisses de la campagne, le premier jour de Tan , on faisoit une espèce de sacrifice aux fontdnes publiques. On leur offroit des morceaux de pain couverts de beurre (a).
aaG. L'air, le feu, le soleil et la hme furent aussi animés par des esprits ; la nature presque entière fut Hvrée à leur gouvernement. Nous pouvons en juger par ce qu'en pensoient , au axième siècle , les habitans de l'ile deThull, c'est-à-dire, de l'Islande ou de Scandinavie. Ces peuples n'avoient eu encore aucun commerce avec les nations policées. « Ils ï> servent , dit Procope (3) , plusieurs dieux et plusieurs génies , qu'ils » placent dahs Ib tSeï, sur la terre,' dans Pair et dans la mer. Ils ont » encore cl^âutl'es' 'divinités moins considérables, qui résident, comme » ils le croient , dans les eaux courantes et (fans les ibntmnes. Ils sont » exacts à leur îmttibler des vîcfiiries de 'toute espèce. »
^27. Lorsque hôus avons avancé ijbè les "Gaulois n'avoient rendu d'abord qu'un culte subâlteAie et relatif ;kèes esprits qu'ils plaçoient dans différent^'pàrtîes 'du m^^ ittib^àStoM stippttsé «^^ leur croyance servoit de guide a leurs actions:: Quelqiite''greiààiers qu'on les puisse ima-
(1) De Gloria Confeis. c. 3.' aH. M. le Noblet.
(2) Vies des Saints de Bretagne , par &ob^, (3> Ootk.: lib. S. c. 15.
ixrntomiGTioii. 1 1 1
giuer, ils dévoient toujoiirs agir oooséqueimntfnt à leur manière de penser. G>nvaincus de Texistence d'un premier être ^ dès lors ils lui dévoient rbonunage de leur cœur et tout leur extérieur. Nous avons vu Tempressement qu'ils avoient à s'acquitter de ce devoir. Le culte qu'ils rendoient à leurs génies devoit avoir l'auteur de la nature pour objet principal. De l'adoration d'un seul être ^ on ne va pas sur-le-champ à celle de ses créatures» La raison oppose du moins quelque temps une barrière trop forte. Il est probable que , tandis que les druides eurent la confiance du peuple et l'autorité en main , ils firent respecter les anciens usages.
2^8. Les choses .changèrent de (ace , lorsque la religion gauloise fut avilie par l'ascendant que prirent sur elle les dieux latins. Les druides furent alors sans crédit , et le peuple fut adonné à tous les préjugés. Il se fit une révolution dans les idées comme dans le gouvernement. En rendant aux dieux de Rome les honneurs divisa , les Gaulois apprirent à en faire autant à leurs génies.
229. L'existence de ces génies, dont le culte devint sacrilège, avoit été poinr les Gaulois une autre soui!ce df erreurs. Us leur avoient attribué la connoîssance des choses passées et de ceUes à venb. Cest de là qu'on inventa les épreuves de l'eau , du fer rouge et des ehadbonsardens. Quand un particulier étoit accusé d'un crime dont on ne pouvoit le convaincre juridiquement , on le jetoit dans la mer ou dans une rivière. S'il étoit réellement coupable^ l'intelligence qui présidoit à cette eau devoit manifester son crime , en le Imssant descendre à fiood poiir ne pas reparottre. S'il étoit innocent, elle aivoit la complaisance de le faire surnager. Ceux qui marchoient suc le fer rouge sans en rien ressentir, aa qui portoient le feu sur leurs habits sans être brâlés , étoieni dès lors déejarés hors de cour et de procès. Les femmes qm diéiendivent à Arioviale de Hvrer le combat à Julea-Gésar avant la nouveUe lune , prétendoient avoir vu , dans le mouvement et le fli^irmnre ét% eauii , que les^ Germains seroieot vaincus , s'ils en venoient aux mams dvant cet intervalle (i)- La couleur et le pétillement du feo étoient un pronostic de Tavenir.
a3o. Les Gaulois , axas la mémoire dtscpets l'exisireiice d(\m seul Dieu avoit été profondément gravée dans lies premiers temps, se la rap^ pelèrent bientôt à la voix de la re^itm chrétienne. Ce qu'il fut impossiMe d'exterminer , c'est le culte de ces génies. C'étoit une hydre toujours renaissante. Plus on lui enlevoit de têtes , plus il en paroissoit de
(1) Gssar, de Bello Gallic. lib. i. c. 50.
I I 2 HISTOIBE EGCÛ^IÀSTIQUE.
nouvelles. Nous n'aurons que trop d'occasions d'en donner des preuves dans le corps de notre histoire.
Ces habitans de la Comouailles armorique , dont nous parlions à l'instant , se mettoieut à genoux devant la nouvelle lune , et récitoient l'oraison dominicale en son honneur. Ils portoient, le premier jour de l'an , à des fontaines , autant de morceaux de pain qu'il y avoit de personnes dans une famille. Il y a auprès de Saint-Efflam , à peu de distance de Saint Michel en Grève et de la ville de Lannion , une fontaine renommée par les superstitions que le peuple y exerce encore à présent. Lorsque quelqu'un a été volé , il s'y rend à jeun un lundi. La , il jette dans l'eau plusieurs morceaux de pain , à chacun desquels il donne le nom des personnes qu'il soupçonne avoir fait le vol : celui de ces morceaux qui reste à fond indique le voleur. Pour faire oublier , s'il étoit possible , ces vaines observances , les apôtres de l' Armorique firent placer , sur la plupart de ces fontaines , des statues de la Vierge ou de quelques autres saints, ou leur donnèrent le nom des pieux personnages qui avoient illustré le pays par leurs vertus.
• a3i. Les Gaulois supposèrent encore l'existence d'une autre espèce de génies. Ceux-ci prenoient une forme humaine, quand ils lejugeoient à propos ; ils s'oiFroient à la vue des hommes ou disparoissoient selon leur bon plaisir. On leur donnoit, en celtique, le nom de Teus ou l^heûz , qui veut dire esprit-folet. C'est de là qu'on les appela Dusiï en latin. Saint Augustin (i) assure que tant de personnes lui ont attesté que ces esprits recherchoient le conunerce des femmes et les séduisoient , qu'il y auroit une espèce d'impudence à ne. pas le croire. Quelque multipliés qu'aient été ces témoignages y examinés de près , ils ne doivent pas être d'un grand poids. Il est très-probable que ce qui a donné occasion de croire à ces génies a pris son origine dans la plus vive dès passions ; qui, dans tous les temps, a cherché les moyens de s'excuser. Les lutins sont encore connus du peuple. Les impressions subites et involontaires que donne le cochemar , et dont on ne pouvoit trouver la cause au dedans de soi-même , fortifièrent l'idée que l'on avoit de ces Dusii. On s'imagina qu'ils venoient se coucher^ durant la nuit sur ceux qui dormoient à la renverse , et qu'ils étoieot la cause de l'espèce de suflbcation qu'on ressentoit. On . leur attribua aussi toutes les illusions nocturnes qui arrivent dans les songes.
(1) De Civit. Dci , lib. 15. c. 23.
iirrRODucTioiï. ii3
aSa. On voyoit autrefois un temple de Pan et un autre de Cërès sur les bords de la Vilaine , proche le lieu où est maintenant la ville de Vitré (i). A l'exemple des cites de Rennes et de Nantes , celle de Corseul admit les dieux de ses vainqueurs. Le temple de Mars , qu'elle avoit érige en l'honneur de ce dieu j subsistoit encore , du moins en partie , en 1709, comme nous l'avons observe. Nous ne pouvons douter que les autres peuples de l'Armorique n'aient embrassé le culte des mêmes divinités. Les actes de saints Donatien et Rogatien font foi que l'intention des empereurs étoit que les Armoriques eussent reconnu les dieux de Rome.
1^33. On remarque proche Lan-Lef , église actuellement succursale au diocèse de Dol , dans les enclaves de celui de Saint-Brieuc , un monu'ment d'une structure singulière. Il est composé de deux murs circulaires. Le premier , qui est extérieur , contient trente pieds de diamètre : il est' percé de douze fenêtres de différentes grandeurs , qui se rétrécissent vers le fond. L'espace qui les sépare est orné de colonnes. Le second mur est à neuf pieds de distance du premier et lui est concentrique. On y a pratiqué douze arcades voûtées en plein cintre , hautes de neuf pieds et larges de cinq. Ces douze arcades répondent aux douze fenêtres du mur extérieur. Les pilastres qui portent ces arcades sont carrés et ont trois pieds sur chaque face. Chaque côté est garni d'une colonne adossée , saillante de six pouces. Ce bâtiment a été construit à chaux et à sable ; depuis longtemps il est sans couverture.
!234. Si l'on s'en rapportoit à la tradition qui subsiste dans le pays j on regarderoit cet/édifice comme un reste d'un ancien temple élevé par les Armoriques , avant qu'ils fussent devenus chrétiens. C'est sans fondement qu'on lui a trouvé de la ressemblance avec le prétendu temple de Montmorillon. Pour s'en assurer, il suffît de jeter les yeux sur la description qu'en a faite dom Bernard de Montfaucon , et que l'on trouve dans son supplément de l'Antiquité expliquée, tome a. En efiet, cet édifice étoit octogone et double ; c'est-à-dire , qu'il y en avoit un dessus et ua autre dessous. Celui de dessous étoit plus étroit en dedans , parce que le mur étoit de la moitié plus épais ; celui de dessus , qui étoit plus large , pre-
(l]|Alberi le Grand, catal. desér. dt Rennes, wi , ricière , et irei , tortuoiiié, cwtrbure. La Bar le terme Vilré , on entend un lieu où Vilaine , en passant à Vitré , y £Bdt des sinoo* une rivière fait une eourture. Il a pour origine sites.
Il4 HISTOIRE ECCLJÉSIASTIQUE.
noit son jour par huit fenêtres pratiquées dans buit arcades ^ faites en forme de portail , une à cliaque face. Mais quajod bien même le vaisseau de Lan-Lef auroit la plus grande conformité avqc celui de Montmorillon , on ne pourroit pas s'en servir pour prouver qu'il a été consacré aux idoles. M. l'i^bé le Bœuf n'a trouvé dans le dernier qu'un ancien hôpital destiné pour les pèlerins qui alloient ou revenotent de k Palestine (i).
ï)35. Le temple de Lan->Le( pourroit bien n'avoir pas une origine aussi ancieooe que celle qu'on lui prête. Si l'on a vu autrefois des temples de %ure. ronde , on n'en connoit point qui aient eu un si grand nombre d'ouvertures. Nous permellra-t-on d'exposer ce que nous pensons de ce monument ? Il nous paroit que c'a été , dans son principe , un baptistère. On sait que c'étoit une petite église ^ auprès d'une plus grande , où l'on administroit le baptême. Tel étoit le baptistère de Constantin , proche régtise de Saint Jean de Lâtran de Rome. Le hâtiavent de Lan4ief est encore contigu à l'église succursale de ce nom , puisqu'il lui s^t de vestibule. Une autre propriété des baptistères étoît d'être ronds. Du Gange observe qu'on voit à Florence, vis-à-vis de la cathédrale, une autre église de figure ronde qu'on appelle baptistère ; qu'au milieu de cette église est un baptistère de marbre très*blanc ou tous les Florentins reçoivent le baptême , selon l'ancien usage^ A ces traits , on reconnoit encore la destination du monument de Lan-Lef. Cétoit pirobaiblement dans la seconde enceinte qu'étoit placé le bassin consacré au baptême. Les fidèles s'étant multipliés en Aj-morique , on fut obligé d'établir des baptisr tèrea hors des églises cailbédrales. Que^ues éf Uft^s de la campagne devinrent baptis0iaka« Conime 1« diocèsa dt Dol fut l^ plus étendu de tous ceux de la Brelagne , les évêques ùb ce siège se troovèrottt dans la néo^ssité de fiûre ccxisiruire de ces sortes de bapUsbkts dans diff4rens ^anton« de leur rfSBort.La seconde enceÎBle de «luraïUes qw l'oa voit au faemple de Lan-Lef avott été praticpiée probablement poqr dàvoboràla vue du.pubttcrceu« que ToQ bi^^it. U est înuAife de reiparquw îàquplc^ Ipiaptéim ^ eonféroit pav ifunif^on {%).
Revenons makUanant à ce pitodar temple et l'AroM>riqtie que «ous n'avons ûiit qu'indiquer^ Xài^KMis de fiaer sa position y et die déterminer quel étoit le dieu qu'on y servoit.
^36. Strabon dit que Tile où ce temple étoit placé étoit peu éloignée
(t)MéiD. <le Ttcad. des beUes^ettrta de Va- ctder la ifoesUen. K se Itre de tin» ê§U9^y et rîg, t. 12. ^^% «M. Ce qui signî&e : éçUH o&rtNirifi-
(3) Le nom de Lan-Lif semble lai seul dé- fermé de Veau » e*esl-à-dire , un baptistère.
nnmoDucrioK. îi5
du coDtmettt , et qu^elle regardoit l'embouchure de la Loire. Ptolemëe phoe les SÉmnîteB j dout les femmes desservoient ce temple ^ proche de cette rivière. Deuis le Periégete ou le voyageur , ne rapporte pas simplemeai , comme Straboo ^ qu'elles habitoient une petite tle ; mais il ajoute qu'elles alloient dans plusieurs lies exercer leurs cérémonies religieuses (i). {..es différentes notions que ces trois auteurs nous fournissent de cette lie conviennent entièrement à celle de Dunet. Elle est effectivement tout proche de la terre ferme et vis-à-vis de l'endroit où se dégorge la Loire. Les prêtresses de Dunet pouvoient passer facilement de là aux lies d'Houat et d'Hedic qui en sont voisines , et ensuite à Belle-Isle.
Plusieurs manuscrits de Pline donnent à l'tle de Dunet le nom de Samnis ou ^Amnis. Ce dernier terme, qui vient à^amn , mot celtique ,• veut dire une rivière ^ ainsi que nous l'avons déjà observé. L'île de Dunet {%) se trouve entre la Vilaine et la Loire , au moment où elles se perdent dans la mer.
^37. a38. Les prétresses de Dunet avoient coutume , une fois par an , d'enlever et de rétablir dans un jour le toit de leur temple. L'instant de la démolition étoit marqué par une fête solennelle , pendant laquelle , suivant l'expression de Strabon , ces femmes se livroient à une espèce de fureur bachique. Denis le Periégete assure également qu'elles célébroîent des mystères bachiques. Il remarque qu'elles y vaquoient de nuit , et qu'elles se couronnoient de lierre. C'est uniquement sur cet extérieur qu'on a jugé que cette solennité étoit consacrée à Bacchus. La conséquence qu'on en a tirée ne nous paroit pas juste. 11 est vrai que la fête de ces femmes druides avoit beaucoup de conformité avec celle de Bacchus : l'une et l'autre se faisoient de nuit ; on s'y rendoit à la faveur des flambeaux. Toutes deux étoient accompagnées de danses. La démolition et le rétablissement du toit du temple s'exécutoient apparemment dans une eS'pèce de cadence ; d'où il arrivoit que celle des prétresses qui , en tombant , manquoit à la mesure , manquoit en même temps aux rits de la cérémonie religieuse. Pour cette infraction à la loi , elle étoit sur-le-champ punie de qiort. Les bacchanales et la fête de Dunet étoient remarquables.par
(1) Slrabo,Gcogr. lib. 4. cl Valesius, notit. nom de 5îa(a paroit venir de *i, /br^(, etd'al, Galliar. yérbo , SomoHes. terre. Celui d^Honat a la même origine. Hou ,
(2) Le nom de Duml désigne tin rocher en- hoU ; at , terre. On en peut dire autant d'JIedîc. tre des rivières. Il est formé de dun , montagne , Ce nom peut se tirer de hocd , forêt , et de te , etd'elou ed, eau, rtt^îêre. 5ia(ai7Miila est pla- contrée. Les différentes étymoîogies de ces cée dans Tltincraire maritime après Yindilis deux dernières lies sont propres à faire voir (Belle-Isle) : ce qui conyient à l'Ile d*Houat. Le qu'elles tenoient autrefois à la terre ferme.
Îl6 HISTOIRE ECCLlésiASTIQUï:.
la dissolution du vin et de là bonne chère. Ces excès étoient non*seuleinent permis ; mais j bien plus , ils entroient dans le vœu de rassemblée. Si de cette ressemblance entre les bacchanales et la fêle de Dunet , on pouvoit tirer une identité parfaite , toutes les cérémonies sacrées des Gaulois n'auroient eu que Bacchus pour objet. La joie , la danse et le vin en faisoient un accompagnement nécessaire. Les Suéves , du temps de saint Colomban , nous en fournissent une nouvelle preuve. Une cuve d'une grandeur énorme y qu'on remplissoit de bière , étoit vidée durant la fête de Vodan.
aSg. Ce n'est donc pas seulement à l'extérieur du culte religieux qu'il faut s'attacher , pour juger sainement quel est le dieu qu'un peuple adore. 11 est nécessaire d'approfondir en quoi consistent ses dogmes. Nous croyons rendre justice aux druides de Dunet , en les lavant de l'imputation qu'on leur a faite d'avoir sacrifié au dieu des ivrognes. Il est plus analogue à ce que nous connoissons de la religion des Armoriques , de ne voir dans ce culte que celui du Dieu unique. Du temps d'Auguste , où cette cérémonie étoit encore en usage , la religion des Gaulois , quelque corrompue qu'elle fût, étoit reconnoissable.
a4o. Pour comprendre en quoi consistoit la fête de Dunet , il faut se rappeler que nous avons dit ci*devant que les Gaulois regardoieat Tentâtes comme leur père et leur créateur. Ils pensoient qu'il les avoit tirés de la terre. C'étoit eUe qui lui avoit servi de matière pour la formation du corps humain. Sous ce rapport , les Gaulois envisageoient leur père Tat comme le mari de la terre , et la terre comme sa femme. Ce mariage étoit purement idéal et entièrement figuré. Aussi VEdda même porte^-elle que la terre étoit en même temps la fille et la femme d'Odin ; elle y prend le nom de Frigga ou Frea y c'est-à-dire , la dame par excellence. Le dieu suprême , Odin , étoit éternel , suivant les jGaulois. La matière étoit son ouvrage et cpnséquemment avoit commencé d'être. Le sacrifice que l'oa faisoit dans l'ile de Dunet se pratiquoit à l'occasion du mariage de Tentâtes avec la terre. Pour parler sans figure , les prétresses témoignoient dans cette fête à la divinité la reconnoissance qu'elles lai dévoient , comme étant l'ouvrage de ses maios.
Strabon ne connoissoit pas ass^ les druides gauloises ; si celles de Dunet sortoient de leur 11^ , pe n'étoit pas pour aller voir leurs maris. Elles vivoient habitueltement avec eux. Le voyage que ce géographe leur fait faire sur le continent n'avqit d'autre but ^ quoi qn'il en dise , que de faire participer leurs voisins à leur fêle.
* INTRÔDT3CTION. ÏI'j
à4i* t}é que lé même historien avance , d'après Artémidore (i), que , dans une lie voisine de rAngleterre , on sacrifioit à Cérès et à Proserpine , avec les mêmes cérémonies que dansTiiede Samothrace , doit être rapproché des principes gaulois. Par le détail que nous venons de faire , ou comprend que , par Cérès , on doit entendre la terre. Comme la fête de celle-ci se faisoit durant la nuit, Ârtémidore a ctu que Proserpine y entrott de moitié. Son raisonnement étoit conforme à la manière de penser des 6recs. Ils sacrifioient durant le jour aux dieux du ciel , et pendant la nuit aux dieux infernaux. Cette tle qu'Artémidore ne nomme pas , étoit probablement ou Gersey (a) ou Guernesey.
Il est très- vraisemblable que le lieu où est placée Tabbaye de Saint- Jacut étoit autrefois consacré à la terre. C'est du moins ce qu'insinue le nom de Lan^Douar que ce terrain porte encore de nos jours (3).
a^2f Les Gaulois , qui s'aveugloient de plus en plus sur la religion , tournèrent en poison l'allégorie que leurs pères leur avoient fournie y pour se rappeler le souvenir de leur création. Ils en prirent occasion de rendre un culte réel à la terre.
^43. L'ait de la divination et de la magie , qui avoit été d'abord inconnu aux Gaulois^ devint l'objet de leurs recherches. Ces prétendues sciences étoient déjà fort anciennes dans la Gaule , du temps de Diodore de Sicile qui vivoit sous le r^ne d'Auguste. On croyoit qu'elles avoient été découvertes dans la Grande-Bretagne , et que de là elles avoient été communiquées aux Gaulois. On assuroit que ceux de la Gaule , qui vouloient s'en instruire à fond^ étoient dans l'usage d'aller les apprendre dans l'tle (4). Ce sentimen^t se trouve appuyé de Solin. « Les Silures , dit-il , sont fort at- » tachés au culte des dieux. Les hommes et les femmes de cette nation se » vantent également de ponnottre l'avenir (5). » Pline observe que la ma-
Cl)Strabp, Geogr.lib. 4. • coniioent do Côteniîn, et qa'eUe en a été
(2) Noos derons k It yérité qoe Gersey se • séparée par la mer qoi a inondé le terrain
lit dans lltinéraire maritime d'Antonin , soos « qoi joignoit cette tle à la terre ferme. • C'est
le nom de Cœsarea. D*anciens manoscritsTap- probablement de Goemesey que yeot parler
pellent Girgia^ terme qoi vient de ger^ ati- Artémidore.
préf , et de ^ , f&rét. Geaalis nomme Gersey , (3^ ^es Celtes donnoient anciennement à la
Geriéïa imula, imula GrUoPiiou Gmoii. U ferre les noms d'ir. Et 00 Erà. On y aajooté
mot Gmofti se tire de gtr, awptU, et de $oi , ^ article. Ceqoi a formé les noms de day^of •
rorél. GoiUaome Jans connott Gersey sous le ^.^^^ ^^..^^^ j^^ est également celti-
nom de Jartét , et Orlelios soos celui de Jar- ^^ ^^ signifiera ici un UmgU. tey, I, île; ar, attpré# ; say , farét. pi On tient,
. disent les auteurs du dictionnaire de Tre- (^^ ^'^^^ » ^® ™"^ ^^«- ^^^' ^•
TOUX y que Gersey a fait autrefois partie du (5) Solin , cap. 25.
* * 8 HISTOiaH J^Clisi A6TIQirt /
gie s'exerçoît ddnà la( Grande-Bretagne «v^ tant d'art et des cétitùciùxes si étranges , que les Perses pouvoî^nt encore profiter à VéocAe de» Bretons (i).
244* ^45* Les àrmorîques qilU léltoient voisins de l'An^eterre et liés de commerce avec eUe , be €iédoient|^oSnt à celte lie dans ces sortes de connoissances. L'ile de Sein étdit célèbre :daiis l'antîiqilité par les oracles qu'on y rendoît. <xt Elle est, dît Ponipônius*Melai slir la c6te.deiOsiaaiieBs. )> Ce qui la distingue parlkitlièi^eiÀent, c'est l'ioracle d'une divinité gau- » loise. Les prélreésës de ce diie^u gardent la virginité perpétuelle : ce » qui leur donne beaucoup de considération. On dit <^'dles sont au » nombre de neuf. Les Gaulois leur donoent le ddib àéSenes* Us croient n qu'elles sont animées d'un génie tout particulier ; que , par leurs en* » chantemens, elles excitent des tempêtes sur la mer et dans les airs ; » qu'dles prennent la forme de tels animaux qu'il léiir platt ; qu'elles » guérissent les maladies absolument tncurabléi V qu'elles pénètrent l'ave^ ^ nir , mais qu'elles ne le déoouvreni 'qu'à celix qui naviguent et qui se » mettent exprès en mer pour les consulter, (a). »
11 y a lieu de soupçonner que ces prétendues prophétesses avoient commencé d'exercer leur art sur les mariniers» et que , comblées de leurs bienfaits , elles ne voulurent pas l'élendre à d'autres espaces de person^* nés. L'ile de Sein, qu'elles * kabitoieni , les mettoit a portée de rendre leurs oracles aux Vennetois et aux Nantots, les plus grands navigateurs des Gaules. Leur réputation y qui éloit établie au loin , devoit leur attirer beaucoup d'étrangers. Nous pouvons juger de fat quantité de préâens qu'on leur portoit , par ceux que firent les Germains à Velleda y vj^rge Bruc* l^e , qui , comme les filles de Sein f profiessoit la divination. Ils ne craignoient point de prendre dans les dép6ts sacrés pour verser ces dons entre ses mains. D'autrefois , on partageoit avec elle le butin et les prisonniers que l'on avoit faits sur les ennemis. Un jour on lui donna le commandant d'une légion romaine. Dan» un autre temps: ^ on lui céda un vaisseau que l'on avoit pris sur les Romains (5).
!i46. C'est du ministère même auquel ces neuf vierges étoient employées que leur est venu le nom de Senœ ou Kenœ. U est tira de kanadj mot celtique qui veut dire, prophète y dlepin(jl^). Cest de là aussi que l'ile qui leur servoit de demeure a éié àp|lelée Sein.
(1) Hist nat. lib. 30. (() H. Ballet tii^ lé mot Senœ de sen , qui
(2) Pomponius-Melt, lib. 3. c. 6. , Teat dire saint.
(3) Tacit Hist. Ub. 4. c. ffi. lib. 6. e. 22.
• xlirf'. iàf-fxichét qui partagé HUjèurd^i la BÎ^agne et la Normandie, el que Ttm àppc^ li<]fnt«Slént*MKèhelv ^tioit consacré dans les pt*einiers temps à Menus* ^r le sèmiâél \i)e tetté motitaçne; il y avoit un collège de oeuf dhndes. La plus'^nciesifi^ 'rendoit des oracles. Elles vendoient aussi à oeiixqoi exevçoienirhifnatigtilioD des flèches qui , à les en croire, avoient la vertu de calmer les orages , en les faisant lancer dans la mer par UA jeiùiè hommè^ de vingt^un aM qui avoit conservé sa virginité. Quand W vaisseau âoit de retour à bon port , oh députoit la même personne pour porter à ces prêtresses dés présens plus ou moins considérables. £Uès né se pkpioîent pas , comme les vierges de Sein , de garder la continence. Une d'entr'elles alloît se baigner dans la mer avec le député. Elle le tfaitoit ensinte comme, si elle Feât eu pour mari. Le lendemain , en s'en retoumank ^ il s'atlacfaoit sur les épaules autant de coquilles qu'il avoit fiiîl d'injures à la chasteté (i).
248. c Tout proche de F Angleterre , dit Démétrius dans Phttarque , il » y a plusieurs Ues dont qudques^unes portent le nom des génies et des » héros auxquels ettes sont dédiées ou consacrées. Je m'embarquai exli près pour les voir et n'instruira moi*tti^me sur les lieux. J'étois à la i> suite de l'empereur (a). J'abordai dans l'tle qui étoit la plus proche de )i celles qui n'étoient point habitées^ Je n'y trouvai que très-peu dliommes, » tous prêtres, el parlioilièremeiit irespeetés par les Bretons. A peine 9 avioDS-aous mis pîed à terre , qti'nne tempête troubla le ciel et la mer. 9 l^es vents dédbatoés s'eiitredu>quoieot , fair étoit en feu , la foudre « toiBboit avec un bruit et on fracas épouvantable. Quand le ciel se fut 9 édaîf oi 4PI que l'ocage eut ceasé , ces nwulaires assurèreoit que quelque » gfan4ptnM»Mgf'devoit être mort , parce que, disoient-ils , il en est >» des grandes Anes , comme de la kamière. Tandis qu^une chandelle est y aUufnéei eUa n'iacommode peiBonne; mais dès qu'elle vient à s'é- 9 leîlKi^f 4H(l en est mal afifedé. Ainsi, les grands hommes sont pen- » dmt; leur vie oomme des flambea«:ir dont k lumière est douce et ne » S^ilk souffHr penûfiae. Mais quand iis viennent à mourir et k disparottre , p ijil eaiîiMii oiklinnremMÉ , oosme 00 vient de le voir , des tempêtes et
On w iSf^irt douter que octie fade comparaison , dont s^étoient servi les prto^eeide cette lie , n'eût d'autre but q«e d^en imposer k P^empereur et k ceux de sa suite. La basse flatterie à laquelle ils avoient eu recours
(1) De l'homme et de It femmç. t. 2. (3) De Gesi«t. orac.
(2) Probablement Temperear Glande.
; ag HISTOIRE BGGLÎÎSlAflTIQtrc:
pour relever la supëriorité des grands après leur mort / qucnqu'elle les mette de niveau avec les autres hommes , put avoir son effet sur le cœur de ce prince. Mais , comme la vérité perce à travers les nuages de Tencens , les préjugés que Ton avoit du pouvoir des druides sûr les orages , durent faire penser que c'étoit eu]L qui avoielit fomé la tempéte« C'est là Taveu que ces prêtres désiroient.
11 parott certain que les îles de l'Armorique éloient aussi iameiises par la divination et la magie , que celles de la Grande-Bretagne. On pouvoit également y prendre des leçons. Comme ce sont les Annoriques qui ont , du moins en partie , peuplé FAngleterre ,- ce sont eux aussi qui ont probablement porté ces prétendues sciences.
^49- On comptoit , dans l'Armorique et dans le reste des Gaules , deux espèces de druides parmi le sexe. J^es unes vivoient dans le célibat et la virginité ; les autres avoient des druides pour maris. La dépravation des mœurs , sous laquelle les Armoriques gémissoient depuis long-temps , . n'étoit pas encore assez forte pour les empêcher de respecter la virginité. Ils étoient d'accord sur cet article avec bien d'autres peuples. Il étoit réservé à certains prétendus philosophes de notre siècle d'insulter à une vertu qui rapproche l'homme de la [divinité.
25o. nS I . Les druides , soit vierges , soit mariées y pàrticipoieht aux fonctions du sacerdoce. Pomponius«Mela appelle ArUistites les vierges de Sein. Strabon reconnott que les femmes deDunet offroient des sacrifices. La magie ^ la divination et les augures , sciences trop analogues à la curiosité si naturelle au sexe , étoient principalement de son ressort. Alexandre- Sévère y étant passé dans les Gaules contre les Germains , une druide lui prédit en quelque façon sa mort^ en lui criant en langue gauloise : « Allez , » mais ne vous flattez pas de remporter la victoire , et ne vous fiez point » à vos soldats. » Lampride met ces paroles entre les présages de la mort de cet empereur (i). Aurélien consulta des femmes gauloises qui s'appliquoient aussi à la divination : il vouloit savoir d'elles si la dignité impériale resteroit dans sa famille. On rapporte qu'elles répondirent qu'aucune famille ne seroit plus illustre parmi les Romains que la postérité de Claude II. Vopisque fait à ce sujet cette réflexion : ce L'empereur Constance^ qui 9> règne aujourd'hui , descend effectivement de Claude , et je crois que 3> sa postérité arrive insensiblement à la gloire qui lui ^ été promise par » les dryades (a). »
(1) Lamprid. viU Alexandri. (2) ViU Aurclii.
IlfTRODUCTIOir. I ïl
. a5a. Quoi qu'il en soit de l'existeDce de ces prophéties et de leur accomplissement y il est constant qu'il y avoit encore dans la Gaule de ces espèces de prophëtesses au quatrième siècle. Ce que nous venons de voir en est une preuve. Les Gaulois , à qui la langue romaine étoit devenue familière , les appeloient Fatidicœ , Falœ et Fadœ. C'est de ces femmes druides que l'on s'est formé dans la suite l'idée des fées , si fameuses dans quelques-uns de nos romans. Qu'on se remette devant les yeux le portrait que Mêla nous a fait des prétresses de Sein , on sera touché de l'air de famille que ces fées ont avec elles. .
a 53. La considération dont les femmes ont joui autrefois dans les Gauleâ, peut avoir donné lieu à la possession où elles sont de primer parmi les François. Il ne paroit pas qu'on cherche à les y troubler. En tout cas, elles ont la prescription en leur faveur. Ce qui leur faisoit un honneur solide, c'est que les druides de leur sexe étoient chargées de l'éducation des jeunes filles, à l'exclusion des hommes. Quelque vicieux que fussent les Gaulois , ils avoient assez de retenue pour élever les filles dans des écoles où les femmes présidoient et où les garçons n'avoient point d'accès (i).
Ce que nous venons de rapporter dans ce second livre nous met en état de connoitre la plus grande partie des variations que les Armoriques essuyèrent sous les Romains , et dans l'ordre civil et dans celui de la religion. Nous avons néanmoins passé sous silence des choses importantes. Le détail que nous en aurions fait nous auroit conduit trop loin. Nous en ferons l'analyse dans le cours de notre histoire , selon qu'elles nous seront nécessaires pour faire comprendre ce que nous aurons à dire. Avant que de finir cette Introduction , qu'on nous permette de faire quelques réflexions.
1, stâ4* La manière dont les Armoriques et les autres Gaulois faisoient la guerre, étoit marquée par la cruauté même. Le vainqueur ne suivoit d'autres règles que sa fureurt Les villes , les campagnes , tout étoit immolé au ressentiment. Les vaincus étoient passés au fil de l'épée. Rien néanmoins de plus doux et de plus humain que les Gaulois. Pourquoi étoient-ils donc si peu semblables à eux-mêmes au milieu des combats et après la victoire ? Ou plutôt , pourquoi leurs mœurs étoient-elles , en cela^ si contraires aux nôtres? C'est que le droit des gens, tel qu'il subsiste de
(1) Joly^ Traité des écoles.
laa UISTOIB£ BQCLiSlASTiQUE.
DOS jours /n'éloil pM'eocare établi. Lé droit des gens , que nos premiers pères connoiflsoient ^ ëtoit an souverain domaine sur les biens et la rie du vaincu. L'esclavage fut dans la suite la ressource du vaâncu : l'intërét du vainqueur la lui procura. Ce fut un palliatif de Y Ans de la victoire. Les Ganlob ne se trompèrent donc que dans le principe. Une fois admis , il ne présente plus rien de contraire à rbumanité. La justice est amie de toutes les vertus.
255. Si le droit que les vainqueurs s'arrogeoient sur la vie du plus foible n'est pas si contraire à rbumanité que nous Taurions cru d'abord , nous ne pensons pas que Tbospitalité , que les Gaulois s'empressoient d'eiercer , mérite des éloges aussi flatteurs que ceux qu'on leur a prodigués. Il n'y a sans doute rien de plus noble et de phis généreux que de donner l'hospice à un étranger , et de lui fournir avec joie tout ce dont il a besoin. Mais si cette action est le fruit d'un retour sur soi-même , je n'y vois plus rien qui caractérise une grande âme. Tel étoit néanmoins le motif qui a servi de fondement ^ l'bospîtalité. Celui quiretiroit un étranger acquéroit par là le droit d'être reçu chez lui, au cas qu'il voyageât dans son pays. Comme y dans ces temps reculés , l'envie d'avoir n^avoit point encore élevé de maisons où l'on donnât à manger pour une certaine somme , l'hoqpitalité étoit un avantage réciproque. D'où il suit que , plus quelqu'un étmt exposé par son état à s'éloigner de chez soi^ plus il ètxAt porté à se lier pw les droits de l'hospitalité. Les Armonqnes y et surtout les VemietoiBy qui étoient les plus fameux commerçans de la Gaule ^ dévoient y par conséquent y conaottre mieux ces engagemens que tout imtre peuple, pes Dumnqmi ^ avec qui ih étxnent en relation , étoient câèbres par l'accès favorable qu'ils accordoient aux étrangers. De là nous pouvons juger quelle étoit la conduit^ des Vennistois à l'égard de ceux-ci. |L.'ititârét est le mobile de tous les négodans , e| d'ailleurs pén de personnes savent obliger gratuitement.
Ceux qui yeîHoient à l'ordre poMic sentoient aussi bien que les particur lien tout Parvanlage de Tbospilriké. Saqs elle , le commerce n^aoroit foit que languir. L'ho^taMté tkvîmtdbM mm loi cbeK les Gaulois.
Nous ne devons plus èâ« sn^ffa quH y^att en pami ces peuples une iknulation réciproque à qui logerok un étnanger, et qu'ils aient partagé avec lui ce qu'3s ar^mit ohezeux. Si les étrangers devenoient pour la nation des personnes sacrées , c'étoit surtout pour attirer les commer^ çans dans le pays y et pour trouver chez eux les mêmes facilités.
nnniO0tTûfioif*
a56. C'est une chose ëtonnante que les Ànnoriques et les iBiutreft Gaulois aient eu , dans les temps lés plus recules , Tidée d'un Dieu unique ; que y malgré cette persuasion , ils se soient livrés au polythéisme et à l'idolfttrie. La grossièreté ^ qui fut Fapanage des premiers Àrmoriques et de leurs voisii^ ^ ne leur permettoit guères de porter un jugement sain sur la divinité» C'est par Texamen de la nature , ou par des ai^umens métaphysiques y qu'ils pouvoient parvenir à cette connoissance si précieuse. Mais comme U n'y a point de momens où ils n'aient eu cette conviction , elle n'a pu leur venir de l'un ou l'autre de ces deux moyens. Il leur auroit fallu du temps pour cette discussion , et peut-être étoit-elle au-dessus de leur portée. C'est donc dans une autre source qu'il nous faudra chercher le sentiment qu'ils ont eu de l'unité de Dieu.
a 57. Notre étonnement devient encore plus grand , en faisant attention que tous les peuples ont pensé originairement de la même manière que les Àrmoriques^ sur la divinité. Interrogeons d'abord les philosophes. C'est entrer dans leurs vues que de commencer par eux.
2i58. Aristote^ célèbre philosophe grec^ qui prit naissance à Stagyre , trois cent quatre-vingt-quatre ans avant Jésus-Christ , dit que tous les hommes sont persuadés qu'il existe un roi et un souverain qui commande à tous les dieux (i).
<r Si vous rassembliez tous les hommes , dit Maxime de Tyr , et si vous y> leur demandiez ce qu'ils pensent sur l'existence de Dieu , croyez- vous » que la réponse du peintre , du statuaire , du poète et du philosophe ne n fût pas la même? Bien plus, le Scythe , le Grec , le Perse et THyper- » boréen s'accorderoient avec eux sur ce sujet. Dans toute autre matière , j> les sentimras sont partagés. Ce qui est bien chez les uns, ne l'est pas » chez les autres. Ce qui est honnête chez ceux-ci , ne l'est pas chez XL ceux-là* Les lois ne se ressemblent pas dans aucun pays ; celles d'un » peuple ne sont point communes à un autre : chaque ville a les siennes. » Chaque ftimîlle, diaque homme s'en fait une pour soi , et encore souy> vent il n'est pas d'accord avec lui-même. Malgré cette énorme diver- >» site d'opinions et de sentimens , vous les veiriez avec surprise se réunir ]> à assurer qu'il y a un Dieu père et roi de tous les êtres ; que de lui » sont sortis l^usîeurs autres dieux qui partagent avec lui son empire. Le » Grec et le Barbare , ceux qui habitent le continent comme les insulaires ;
(1)DeBepaU.iB>.4. c. 8.^
I ^^4 HISTOI^ XCOLiÈSIASTCQUË.
» le sage et celui qui ne Test pas , tous déposent également en faveur » de celle vérité (i).»;. • : : '
aSg. Tous les poètes anciens q^i ont célébré dans leurs vers la religion des peuples , confirmenticesentim^t. Aussi, saint Jean -Chrysos-^ tome assure que tous , de copcert, regàirdentile preniier dieu comme Tautçur de tous les êtres intelligens , et comme leur roi ; qur'én conséquence de cette doctrine , les hommes érigent des autels à Jupiter /leur roi, et lui donnent le nom de père (a).
Telle est dans le fond, pour peu qu'on l'examine, la théologie consignée dans les vers qui portent le nom d'Orphée , dans les ouvrages de Sophocle, d'Eschyle, d'Aristophane, de Menandre et des autres poètes grççs. Ainsi croyoient, parmi les Romains, Valerius-Sorahus, Ennius, Plaute, Virgile, Horace, Ovide.
260, Plutarque , dans son tiaité d'Isis et d'Osiris , dit que les Egyptiens , quelque adonnés qu'ils fussent à la superstition , reconnoi^soient une divinité principale. A ce témoignage se réunit celui de Jamblique. L'inscription d'un des temples des Egyptiens que l'on a conservée , portoit ces mots : a La nature entière n'est rien ; il n'y a que moi , mais un voile me » couvre. Aucun mortel ne peut voir , ni comprendre l'éclat qui m'en- » vironne. »
ce Les Ethiopiens ^ dit Strabon , croient deux dieux : l'un immortel et » l'autre mortel. Le premier a donné l'existence à tout ; le second n'a point » de nom. Pour l'ordinaire , iU mettent au rang des dieux leurs rois et » ceux qui leur ont fidt du bien (3). »
a6i . Les Perses n'avoient autrefois ni temples , ni statues. Ils sacrifioient sur les hauts lieux et n'avoient qu'un Dieu suprême , à qui ils donnoient le nom d'Oromazes. Zoroastre , qui Icfur donna des lois sur la religion , disoit que le dieu souverain est le premier être ; qu'il est éternel , immortel , sans associé ni égal; la source de toute beauté , infiniment saint , infiniment bon et infiniment prudent ; que de lui naissent les lois de l'équité et de la justice ; que c'est dans son propre fond qu'il trouve la science, l'existence et la perfection (4).
a6a. Une natipn particulière attire nos regards préférablement à toute autre. Elle fait profession de n'adoijer qu'un Dieu , créateur de l'univers. Ce sqnt les Juifs. Ceux qui les ont devancés avoient , disènt-Ùs , la même
(1) Diss. I. (3) Geograph. lib. 5.
(2) Orat. 36. (4) Eoseb. in pircpar. Evang. lib. |.
ITÏTRODUCTIOir. laa
croyanée qu'eux sur cet objet important. Abraham^ leur père commun, n'a fléchi le genou que devant celui qui n'a point de nom, ou qui, s'il en prend uq , ne veut avoir que celui-ci : Je suis celui qui est. Melchisëdech y prêtre de celui qui n'existe que par lui-même , a besoin , pour le représenter , de se dire sans généalogie. Job , cet Iduméen , ^ connu et si peu imité , n'encense que le mailre de l'univers , celui qui l'a formé. Etranger au peuple juif ^ il suit les dogmes fondamentaux de la religion judaïque.
263. Ici la vérité commence à s'offrir à nos yeux. Les âuases qui l'empêchoient de briller dans tout son jour , se dissipent tout a coup. Dans' les temps les plus éloignés , on a cru qu'il n'^ avoit qu'un seul Dieu , qui , par sa toute-puissance , a tiré Tunivers du néant, et que lui seul en est le modérateur. Mais , puisque celte doctrine , bien loin de prendre denouvelles forces à mesure que les hommes se sont perfectionnés y n'a fait que s'obscurcir de plus en plus , ce n'est point dans son propre fond que l'homme l'a puisée. On la trouvera sur-tout dans un dépôt qui aura été fait au père commun du genre humain. Les chefs des premières colonies l'auront transmise à la postérité. Elle se sera conservée plus ou moins de siècles , selon que l'attachement à la tradition aura éféplus ou moins grande ai que les causes de son altération auront été plus ou moins fréquentes.
Noé , le restaurateur du genre humain , qui portoit avec lui les traditions des siècles , et sur-tout cette religion sainte et sans tache qu'il avoit plu à la divinité de donner à l'homme, attentif à rendre à Dieu ce qu'il lui devoit , ne manqua pas d'instruire sa postérité de toutes les vérités dont il étoit le dépositaire , et de la charger de les faire passer de main en main dans toute leur intégrité. L'existence de Dieu , son unité et ses divines perfections servoient de base à cette religion. Il ne tendit qu'aux nations de ne pas s'écarter de cette croyance^ Job , fidèle aux traditions , leur en a donné Texemple.
!264* On né' peut trouver que dans la religion primitive l'origine de la doctrine des purs esprits. Dès le commencement du monde , on a cru que les bons étoient occupés du bonheur des hommes , et que les mauvais ne cherchoient qu'à leur nuire. On a éprouvé dans tous les temps le pouvoir des uns et des autres. Les apparitions des saints anges étoient fréquentes avant la dispersion des peuples. C'étoit par eux que l'ordre de se séparer avoit été donné. Ces apparitions ^ renouvelèrent depuis la confusion des langues. Celles qui se firent à Abraham , à Lot , à Jacûb et à Moïse en sont une preuve. C'étoit un dogme universellement répandu que la providence
la6 HI8TOIU EOCliSIASTIQUE.
du Tout-Puissant s'étendoit à tout ce qui existe ; înais qu'il Toûloit faîeD se servir, pour Texécution de ses desseins, du ministère des saints anges. On étoit p^vuadë qu*ils présidoieut à toutes les choses visibles , à la terre , ïi Tair, au feu , à l'eau, c'est-à-dire, aux principaux ëlémens, a«x animaux, aux astres du ciel. On croyoit que leurs ministères ëtoieni partagés : que quelques-uns étoient chaînés des productions de la terre , d'autres des fleuves et des fontaines ; que les uns commandoient aux vents , les autres à la mer. Tel est encore Tenseignementde l'Eglise à cet égard. On pensoit que les mauvais esprits habitent sur la terre et dans l'air qui l'environne ; qu'ils tournent sans cesse autour de nous, et que , semblables à des lions rugissons ^ ils cherchent quelqu'un à dévorer. Ce sentiment a toujours subsisté jusqu'à nos jours.
a65. Le tentateur, ce singe de la divinité, a eu aussi ses apparitions : elles étoient ordinairement accompagnées de certains prodiges qui ne surpassoient pas ses forces , afin de s'attirer des prosélytes et de détourner les hommes du cuHe du vrai Dieu. Transformés en anges de lumière ^ les àé-^ roons auront eu à cœur de se faire passer pour ces écrits saints et bienfaisans que Dieu avoit da%né commettre pour administrer le monde. Abusant de l'ignorance et de la grossièreté des hommes , ils en seront venus jusqu'à leur persuader que Dieu ne suflisoit pas pour c<»iduire seul tout ce vaste univers. Devenus les arbitres et lès modérateurs de la nature , les démons se seront bientôt attiré les hommages du genre humain. Il aura fallu tantôt les remercier , tantôt les prier , et d'autrefois ks apaiser. C'est par là qu'ils devinrent des dieux du second ordre. Telle nous parolt avoir été l'origine de l'idolâtrie et du polythéisme. Tous les peuples ne s'y livrèrent pas en même temps. Les Gaulois, plus simplet et attachés aux anciennes ti*aditions, ne brûlèrent que très «tard un encens sacrilège à leurs génies.
Pour peu que l'on veuille remonter à la source des dieux de la Grèce , dans laqudle les Romains avoient puisé leur mydiologie, on se convaincra que c'étoient autant de gémes dans leur principe. Jupiter ne fut jamais autre chose que l'intdligeiice qui anime le ciel ; Junon , le génie des airs; Neptune , celui de la mer et des eaux; Cérès, celui de Tagricultute; Bacchus, celui de k vigae, m. Us généalogies de ces dieux , leurs aventures et leu» forMto sont If firuit de l'ignorance , des allégories et des équivoques , ainsi que Pa prouvé un auteur profond, M. VtBbhé Bergier, dans son trnitéde l'origiiie des dieux du pa* ganisme. Ce qu'il importe de remarquer , c'est que les Grecs et lesRo-
iimiODDCtioïr. id7
maÎDS y eo attribuant à ces génies les vices les plus grossiers , font assez voir par là qu'ils ne les ont pas distiDgnés des mauvais esprits dont nous venons de parler.
Les plus zélës partisans du paganisme ont pensé à peu près comme nous, sur l'origine des dieux de Rome. Porphyre y qui connoissoit si bien les ressorts de cette religion , avoue que les démons étoient l'objet du culte des gentils. « 11 y a , dit-il , des esprits impurs , trompeurs , malfaisans , j> qui , par un oi^ueil insensé , veulent passer pour des dieux et se faire » adorer par les hommes. Il faut les apaiser, de peur qu'ils ne nous. » nuisent. Les uns , plus gais et plus enjoués , se laissent gagner par des » spectacles et des jeux ; l'humeur plus sombre des autres, veut l'odeur » de la graisse et se repait des sacrifices sanglans. ]>
€c Pourquoi , dit Gelse , n'adoreroit-*on pas les génies ? Ne sont*ce pas » eux qui administrent toutes choses selon la ve^nté du souverain. Dieu ? » Tout ce qui se fait ou par Dieu , ou par les anges , ou par les génies , » ou par les âmes des héros , ne se fait-il pas selon les ordres du Dieu » souverain? Chacun de ces génies n'a-t-il pas été préposé par le souverain » Dieu sur toutes les créatures , et n'a*t<-il pas reçu de lui le pouvoir de » les administrer ? Est-ce donc que celui qui honore le Dieu souverain , » n'adore pas avec raison celui à qui le souverain Dieu a fait part de son » pouvoir ? Ou il ne faut pas venir en ce monde ; ou , si l'on y vient , il » faut rendre grâce aux génies qui président anx choses terrestres ; il faut » leur offrir y tandis que nous vivons, des prémices et des prières pour » mériter leurs faveurs. Cw il seroil injuste de jouir des choses dont ils » ont la diqpensation , sans leur payer un tribut d'honneur. »
Ce sont là les raisonnemens qu'Origène fait tenir à ce philosophe épicurien dans la savante réponse qu'il lui a fidte (i).
ce Lorsque nous assurons , dit Juli^, que le souverain Dieu que nous » adorons comme le maître absolu de toutes choses , a commis un dieu » inférieur à chaque nation , pour en avoir smn , ainsi qu'un roi commet » un gouverneur à chaque province, nous pensons mieux qœMoisequi 9 adore le dieu d'une petite portion de la lerre , comme le créateur de » toutes choses (a). Les Juifi» sob| religieux en partie , puisque le dieu 9 qu'ik adoreBC est le Dieu très* puissant et très^bon , qui gofiveme le 9 monde visSde , el que nous adorons nous-mêmes sons d'autres noms , » comme je ne saurois en douter. Ainsi je ne puis les blâmer de cet at-
(l)Lib.8,n.68,n.33,n. »5. (2) Apud S. Cyiilliia , lib. 2.
I!l8 HISTOIBE CGGLI^I ASTIQUE.
» tachemcDl à lears lois. Ib se trompent seulement en ce qu'ils lui ren- » dent un culte exclusif, et ne veulent point adorer les autres dieux. » •
Le sentiment de ces philosophes n'étoit pas une opinion nouvelle , inventée seulement pour donner du crédit à la religion païenne , et la justifier devant les chrétiens. Platon avoit eu à peu près les mêmes idées qu'eux à ce sujet (i). Saint Justin , qui avoit suivi son école j étoit dans le même principe. 11 pensoit que Dieu , après avoir donné l'existence à l'univers , en avoit abandonné les rênes aux anges ; qu'étant épris de la beauté des femmes^ ils les avoient fait mères des génies qui étoient l'objet du culte des gentils. Tant il est difficile de se défaire des préjugés que l'on a reçus dans le commencement 1
L'origine que nous donnons à l'idolâtrie et au polythéisme paroit avoir pour garans les livres saints. Le prophète royal assure que tous les dieux que les gentils croyoient chargés de la conduite de l'univers, étoient des démons ou des esprits (2). C'étoit à eux que s'adressèrent les sacrifices que les Juifs firent de leurs enfans , à l'exemple des Chananéens. Heureuses les nations de la terre si , fidèles à garder le dépôt de la foi , elles n'avoient jamais oublié que l'ange tentateur , sous la figure du serpent , a causé la chute de nos premiers pères , et si elles s' étoient tenues en garde contre les artifices qu'il exerce contre ses descendans !
1266. D'après ce que nous avons dit , il est évident que les hommes , pour peu qu'ils aient réfléchi , ont reconnu , dans tous les temps , un Dieu incréé et éternel , une cause première et universelle de toutes choses. Comme ces attributs ne conviennent point aux dieux du paganisme , il s'ensuit que les gentils ont tous admis un Dieu suprême , qui étoit le père et le roi des dieux et des hommes. Le crime des païens ne consiste donc pas à avoir admis plusieurs dieux éternels et infinis. Leur malheur est d'avoir confondu le culte qu'ils dévoient à Tauteur de tout être , avec celui qu'ils rendoient à ses a*éatures , ou plutôt d'avoir adoré les créatures , sans se soucier de servir le Créateur. C'est le reproche que leur fait saint Paul. « L'Evangile nous apprend , dit-il , la juste punition que la colère » de Dieu fera éclater au jour du jugement sur tous les impies qui , rej» tenant la vérité de Dieu captive , n'auront pas rendu à Dieu le culte qu'ils » sa voient lui être dû. Telle a été l'impiété et l'injustice des philosophes j> ou sages païens. Il est vrai qu'ils ont connu Dieu et qu'ils ont décou-
(1) Glemens Alex. lib. 5. Strom. (2) Psal. 92. 2.
» vert
IlITEOBUCTIOH. IIQ
» vert, parleurs lumières^ ce qui en peut être natureHement connu. Dieu , » qui leur a donné rentendement et la science , le leur a manifesté. Il est » vrai y ajoute-t-il , que \ par la vue des créatures , ce qui est invisible en » Dieu 9 leur a été rendu visible; et que^ par la beauté de Touvra^e, ils » ont connu la toute-puissance étemelle et la divinité de Touvrier ; mais » toute cette connoissance , bien loin de les sanctifier^ n'a servi ^ par le » mauvais usage qu'ils en ont fait, qu'à les rendre plus criminels et entiè- » rement inexcusables. Ayant connu Dieu , ils ne l'ont pas glorifié comme » Dieu ; ils ne l'ont pas adoré comme souveraine majesté ; ils ne l'ont pas » remercié comme auteur de tout bien. Devenus vains et orgueilleux, ]> ils se sont égarés dans la vanité de leurs raisonnemens ; leur esprit insen- V se et privé de la véritable sagesse y est tombé dans les erreurs les plus » grossières. De sorte que ceux qui se croyoient et disoient sages , sont if devenus véritablement insensés. Voyez à quel point est montée la folie » de ces prétendus sages : ils ont rendu l'honneur et le culte qui n'est dû > qu'au IMeu immcHtel et incorruptible , à des figures d'oiseaux , de ser- )> pens et de bétes à qu^rtre pieds... Ils ont quitté le Dieu véritable , vi- » vaut y... pour de faux dieux, auxquels ils ont rendu le culte qui n'étoit » du qu'au vrai Dieu , et ils ont rendu plus de gloire à la créature qu'au » Créateur , quoique Dieu n'en ait reçu aucun véritable tort , et qu'indéy pendamment de toute créature , il soit gbrieux et béni dans tous les » siècles (i). j»
Vf.
267. Lorsque nous parcourons les usages des différentes nations qui ont successivement habité la terre , nous voyons que toutes ont employé les sacrifices des animaux, soit pour reconnottre le souverain domaine de la divinité , soit pour la remercier des bienfaits dont elle les combloit ou pour lui en demander de nouveaux , soit pour l'expiation de leurs cri* mes. Quelle peutétro la raison de cette institution ? Comment a-t-il pu se faire que les peuples, malgré la différence des temps , des mœurs et des langues , se soient astreints à cet usage ?
a68. ISi nous inteirogeons les sentimens que la nature a rendus communs à tous les hommes, nous n'y trouverons point la solution de ce problème. La mort d'un animal a-ft*elle quelque rapport avec la recon^ noissance que l'homme doit témoigner à l'auteur de tout bien ? Est-elle propre à laver les taches de l'homme criminel ? Est-il jamais venu dans
(I) Ad RopLcLv. 18, 19,30,21,22,23,34,2^.
l32 HXSTOIHE BOCUiSIAiTtQUE.
Celte première faute contre la loi ëtemelle Ta le précipiter dans la déêo» béissance et la révolte. Gbùte tenrible et dont les suites seront si multipliées jusqu'à la fin du monde! L'homme sera désormais condamné à un travail pénible , exposé à des maladies de toute espèce et sujet à la mort. L'ignorance obscurcit son entendement; la diair se révolte contre lui; sa volonté s'incline vers le mal ; un mur de s^nnion est établi entre Dieu et lui. Tristes débris de ce bel édifice que la main du Toul*Puissant avoit pris plaisir de former 1 Philosophes de l'antiquité , lorsque vous avez jeté les yeux sur les restes de grandeur qui parent encore l'homme , et sur la misère qui le dégrade en même temps , vous n'avez pu vous empêcher de rendre hommage à l'étrange révolution qu'il a essuyée.
Cependant , architecte aussi miséricordieux que puissant , Dieu veut bien , malgré l'indignité de l'homme , travailler à sa réparation. Le crayon en est tracé sous l'emblème de la femme , qui doit , dans les siècles à venir y écraser la tête du serpent. D'elle nattra celui qui déjà commence à s'immoler. Dieu fait pour nous victime du péché ^ cdui qui ne connott pas même le péché , afin que nous devenions justes de la justice même. Cette victime s'offrira jusqu'à la fin des siècles à la place de l'homme coupable. Son union avec eUe le purifiera des taches de son péché. Par elle^ il fera à Dieu l'offrande de tout ce qu'il est. En attendant que cette victime paroisse j le sang des animaux coulera par ordre de Dieu. Comme ce sang sera un aveu public de la dépendance et de la servitude de l'homme envers son Créateur , il sera Clément le signe du sacrifice qu'errera celui qui doit mourir pour le salut des hommes , qui , par là , doit rendre à Dieu un honneur digne de lui, et obtenir aux hommes le pardon de leurs péchés , la grâce sanctifiante et leur ouvrir le ciel.
Abel immole à Dieu les premiers nés et ce qu'il y a de plus gras dans ses troupeaux. A la vue de la destruction de ces animaux, il slmmilie devant Dieu par des sentimens d'une adoration profonde. Il y découvre l'image du grand sacrifice du libérateur qu'il attend. C'est là , à proprement parler , la victime qu'il offre à Dieu. Ce n'est que dans ce rédempteur qu'il met sa confiance. Ce n'est qu^en lui et par lui qu'il se consacre lui-même , pour faire la volonté de Dieu. Ce n'est aussi que par la foi qu'il est déclaré juste. Dieu lui«méme rendant témoignage qu'il accepte ses dons.
Dépositaire de la religion que Dieu a donnée à ses pères , Noé , à la sortie de l'arche, prend de toutes les bêtes et de tous les oiseaux qui pouvoient être offerts en sacrifice. Il en fait un holocauste au Seigneur , qui en reçoit une odeur très-agréable. La foi d' Abel et des autres justes a passé
IFTHODtlCTlOW . 1 33
daûs sôn^ àme/ Prêtre et hiédiateur de tous les hommes , il slmmole à la souveipaine majesté^ en s' unissant intérienremèht an sacrifice du libérateur qui doit s'ofTrir pour tous les hommes. Cette pratique sainte , ainsi que le dépôt des autres parties de la religion que le Seigneur a donnée aux hommes > subsisteront dans leur entier jusqu'à l*àvénément du rédem{>teur promis. Noé l'inculquera à sa famille , ses descendans à la posfétilé > et les nations , dispersées par un prodige pour peupler Tunivers , sèrmit chargées dé les perpétuer.
Les Gaulois , colonie particulière^ sortis du même sang que les autres nations j instruits des mêmes principes de religion , et par le même canal ^ les porteront avec eux j lunîsi que les traditions du genre humain. C'est par ce moyen que doit subsister parmi les nations la religion que Dieu leur a donnée. Partout Thomme reconnoitra que , par le péché du premier père j il est une victime dévouée à la mort. Partout il célébrera la miséricorde de son Dieu par l'offrande de la victime qui lui est substituée, et qui doit annuler la sentence de mort portée contre lui.
Ces sacrifices sanglans que la nature , la raison et l'idée que nous avons de Dieu ^ senlbloient également réprouver y à les prendre tels qu'ils sont en eux->mê(Bes y excitent maintenant, par le souvenir qu'ils nous rappellent de celui qu'ils r^résentent , notre gratitude envers Dieu ; nous font admirer la profotideur de sa sagesse et nous anéantissent devant lui.
271. C'est d'après ces principes que les Gaulois et les autres peuples de la terfe ont fait des sacrifices à la divinité. Ils en tenoient tous la pratique successivement les uns des autres. Le premier anneau de cette chaîne qui s'est étendu si prodigieusement y sort des mains du premier des prévaricateurs. Les Gaulois , en s'éloignant de la source , n'ont pas oublié qu'ils étoient pécheurs. Us ont toujours protesté qu'ils n'avoient plus de droit à la vie ; mais ils ne se sont pas également rappelé ce qu'exprimoit le sang de la victime. Cet oubli les a fait porter y sans l'aveu de Dieu , ou plutôt contre sa volonté , une main sacrilège sur eux-mêmes. Ils ont mis le sang humain à la place du sacrifice figuratif, dont la mémoire leur échappoit. Tout ce qu'ils savoient , c'est qu'il falloit que quelqu'un d'entr'eux périt pour le salut des autres. Ce n'est donc que par une charité mal entendue qu'ils ont porté la cruauté jusqu'à cet excès.
Les Gaulois n'ont pas été les seuls à donner dans cette erreur. Les fastes des nations font foi que les Phéniciens , les Egyptiens , les Carthaginois , les Tyriens , Les Lacédémoniens , les Athéniens et les Romains immoloient des victimes humaines. Tant il est vrai de dire que, dès )ors que l'hom-
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me fraocbit les limites que Dieu lui a prescrites ^ il ne fait plus que de faux pas. Plus il avance et plus il s'abandobne à lui-même , plus ses égaremeos se multiplient.