‹ Histoire ecclésiastique de BretagneChapitre 79 sur 84 · VIII. '• : • r · texte numérisé non relu

VIII. '• : • r

276. 2177. 278. La Néomenie ou la convocation des Gaulois pour adorer Dieu vers le commencement de chaque nouvelle lune , le repas commun , le chant et les danses dont étoient suiias les sacrifices et qui accompagnoient les funérailles, ont aussi leur origine dans l'antiquité la plus reculée. Ces usages avoient été communsà toutes leènaâoqs. Ils avoient été pliisésdans la famille de Noé , de laquelle to«s W peuples sont sortis. Si les Gaulois ne sacrifigirat pas dès )a Néomenie, e'esr>|ne lenrs asseoiblées religieuses ne se tenoient que de nuit. Ils atteiidoientqiie la nouvelle lune les éclairât suffisamment pour se rendre à leurs sanctuaires (i). Ce ne fut pas à cause de leurs assemblées -nocturnes qu'ils comptèrent par nuits. Il nous paroit plus naturel d'en puiser la raison dans l'usage des premievs temps , où l'on ne domptoit point par jour. Moise place la tiùit avant le jour. Du soir et du nîatin ^ dit cet historien sacré , se ât le premier jour (a).

279. Deux motife principaux sembleiit avoir déterpainé les Gaulois à consacrer lé temps de la nuit au cuUe publictde la divinité. Comme la nuit étoit le commencement de la journée, ils croyoient en devoir les prémices: à l'Etre, souverain. D'ailleurs le silence et l'obscurité de la nuit rendoient leurs assemblées plus augustes ; ils leur inspiroient une crainte religieuse^ et les préservoïent , dans lélirs prières, des distractions auxquelles le grand jour les auroit exposés.

280. L^ repas publics et les faonbeurs rendus aux morts étoient fondés sur deux vérités importante^ : Tune , ' ^e les homtiies étant enfans dé Dieu, leur père commun , qui les nôtiitit tous indistinctement^ doivent s'aimer mutuellement comme frères ; l'autre , q^'il va une autre vie et des récompenses étemelles à espérer.

a8i . La danse , cette poésie muette , probablement aussi ancienne que le mpndé , susceptible et du bien et du mal, dont la fin pnncipale est de peindre, par des gestes cadâicés, les passions dont les hommes sont agités , est propre , suivant les tableaux qu'elle représente , à réveiller

(DPlin.lib.e. c.«. (2)Gen. cl. ¥.5,8,19,23,31.

1 36 HISTOf M BOCUilI ASTIQUE ?

dans les cœurs ilds setnimens dû pi^té^ de dévouement , de dépendance , de gratitude et des autres irertlis. Lorsque le chant fit! partie du culte divin , la danse y fut appelée. L'homme crut ne fioirrcir témoi» gner à Dieu sa vénâràtiôn , sa confiance et sa joie, d'une manière qui lui fàt pluà agréable , qu'en imprimant à cet effet à ^on covps les Moirve^ mens les plus étudiés. C'est par une^uite de cette méthode reçue de leurs ancêtres , que les Israélites , après le passage de la mer Rouge , rendent des actions de grâces à Dieu par des chants et par des dansçs (i). La fdle de Jephté vient auHlevant de son père en dansasl an son <ies tam* bours I pour le fâiciter sur sa victoire (a). A la cérémome du transport de l'arche d'alliance ; David ^ revèlu d'un Ephod de lin ^ dansoit de toutes ses forces au son des trompeaes et^es autres instrumens de aiusique (3).

Les festins qui Se &inîent dans les sacrifices sont si ^àieieas qu^on ne peut en fixer l'époque. Nous voycoa lethro , beau-jpère de Hotte , offrir des holocausles et des sacrifice» à Oîeu ; et Aaron y acoompi^né des anciens des Israétiles , venir manger tvec lui en la présence de Oieu (4)« Ces deux illustres personniges se âûsoieni que Suivre en celaJ'usage cpn doHunoit parmi les diil^reotes nations*

aSa* Toutes ces pratiques éuAeût donc cônfiormèsfu ifio^de la vMtable religion. L'abus que les GaiGdois ëù firent prait^e icxiÉibien l'honmie doit être en ^de contre la diipmvatiott fie ton cooir. La Èchtiêé fut exilée des r^pis reli^ul, et la diMe déféra en mpès^ Cet exercice devint une passioo dominante dans ta Gauie et particuliàrament en :Àrmorique. La religion diréUemaet 4o9jt la morale est si pure^ ne fut pas capable de deauller les yeUx à cet ^gai^d- La pion i^nmde pailie des di« manches et des fêtes étoient encore envoyés à la dâoae liu dix-septième siècle. C'étoit beaucoup d obtenir <{ue l'oii ^ dans&t p*s durant l'office divin. On peut consulter Ifhdewis les or^oftinflWiN^ des prélats armoriques. Dans quelques cimtons du diopète de Quiqsfar , on passoit la ph» grande partie de U nuit à danser 4ai|s les; chapelles. Le peuple |[rossier, à qui les sens servent le plu3 aowvt^ de gMid»^^ çvQyiok par là fort ho« norer les saints (5).

a63. C'est «ne chose éloHqaBte qiie>les<3àulxiis aient fa^ dépendre du murmure des eaux y du bottemept'des ^ntrioÊt»» et des autres observances

(1) Eiod. c. 15. t. aO. (4) Exod. c. 18. f . 12.

(2) Lib. Jttd. c. 1 1 . t* 34. (5) Vies des Saints de Bretagne , par Lobi^ (3; Lib. S. Reg. c. 6. v. 11. neaa. Art H. le Noblet'

dont

IITTRODUCTIOir . 1^7

doDt nous avons parlé , la réussite des affaires particulières et générales. La surprise devient encore plus grande , si l'on fait attention que les peuples les mieux policés , tels que les Romains et tant d'autres , se sont adonnés comme eux à la divination. On conçoit que la coutume et les lois rendoient ces cérémonies respectables. Quelque chose qu'on en pensât , on auroit eu tout à craindre de vouloir supprimer ces usages , ou même de s'en écarter. Mais il y avoit eu un temps où ils avoient commencé d'exister. Ridicules en eux-mêmes , comment a-t-on pu les faire adopter de l'univers? Le désir souvent immodéré desavoir, qui est si naturel à l'homme, n'en a pu être que l'occasion. On n'en trouvera la véritable cause que dans quelque pratique qui aura été commune à la société des hommes avant leur dispersion , et dont ils auront conservé une idée , du moins vague , après leur séparation. L'erreur a été universelle : c'est d'une vérité commune à tous , dont on aura abusé , qu'elle aura pris naissance.

Dieu fut d'abord en commerce direct avec les enfans de Noé. Tantôt il prévenoit leurs désirs , en leur manifestant sa tendresse paternelle. L'arcen-ciel est le signe que sa clémence établit entre lui et l'homme , pour servir de gage qu'il n'y aura plus à l'avenir de déluge qui fasse périr ce qui est vivant et animé. A la vue de ce symbole , l'homme se rappelle la promesse d'un Dieu toujours vrai* Ici , c'est un songe ; là , c'est une apparition qui instruit de l'avenir ; dans une autre circonstance , c'est un prodige qui anime et soutient. Tous ces faits se trouvent répandus dans les livres de l'ancien testament. Tantôt la divinité permettoit aux hommes de sonder les effets de sa providence , par telle marque qu'ils osoient lui présenter en toute humilité. Eliézer, qui avoit la foi d'Abraham, son maître^ et celle des anciens temps, n'hésite point à demander un signe à Dieu , pour connoitre quelle étoit l'épouse qu'il destinoit à Isaac. H ose même le lui déterminer. Les faveurs que sa miséricorde a répandues par le passé dans des circonstances décisives lui in^irent cette hardiesse. « Si » c'est vous , dit-il au Seigneur , qui m'avez conduit en mon chemin , » assistez-moi ^ je vous supplie , dans ce jour. Me voici près de cette » fontaine où les fdles de la ville vont puiser de l'eau. Que la fdle à qui » je demanderai à boire et qui, après m'en avoir donné, m'en offrira 9 aussi pour mes chameaux , soit celle que vous avez destinée à Isaac » votre serviteur (i). »

(i)Gen. (u2i.t.l2, 13,14.

l38 HISTOIES TCCvèsikSTlQpi.

La prière d'Eliëzer y qui part d'un cœur soumis et de la coufiauce qu'il a dans le Dieu des conseils , est bient6t exaucée.

Le peuple juif , dépositaire de la religion d'Adam et des enfants de Noë , a conserve les mêmes sentimens à l'égard de la divinité. Le christianisme , qui est l'accomplissement de cette religion , n'a pu manquer de se les approprier. Aussi les apôtres, s'étantmis en prières, disent hardiment : a Seigneur , voils qui connoissez le cœur de tous les hommes , faites j> connottre , par le sort que nous allons jeter , lequel de Barsabas ou de » Hfatthias vous avez choisi pour remplir le ministère du perfide Ju- » das (i). » L'esprit du Seigneur , qui a toujours été avec son Eglise, lui a inspiré, dans différens temps, les demandes qu'elle lui faisoit et la manière dont elles étoient faites. Sous sa conduite , elle n'a pu tomber dans l'erreur.

Il n'en est pas ainsi de l'esprit particulier. Abandonné à sa propre foU blesse , à combien d'écarts ne doit-il pas être sujet ? Les nations , qui se séparèrent pour habiter la surface de la terre , se ressouvenoient que la divinité , toujours bienfaisante , avoit dévoilé de temps à autre , par des marques sensibles , les secrets de sa providence ; que même elle avoit agréé souvent celles que la piété lui avoit proposées dans des circonstances délicates , et que , par là , des âmes fidèles à la voix de la souveraine intelligence avoient découvert ce qui leur étoit caché.

L'homme , qui n'avoit plus la même liaison avec Dieu , parce qu'il s'en éloignoit insensiblement pour n'écouler que son propre sens, r^arda bientôt comme une obligation contractée par la divinité ce qui n'avoit été qu'une grâce spéciale. D'après cette persuasion, qbi n'avoit d'autre principe que la témérité la plus marquée, il osa fixer à Dieu le moyen par lequel il devoît annoncer sa volonté. Il fit plus : il regarda les anges de ténèbres comme les organes et les interprètes de la souveraine intelligence. Le duel , les augures, l'inspection extérieure et intérieure des victimes, le feu , l'eau et le sort furent des voies également sûres pour découvrir la vérité des faits dans les cas douteux ; c'est ainâ que la voix divine se faisoit entendre , et que Thomme étoit instruit de ce qu'il auroit ignoré sans cela. Aveugle présomption ! Fatale illusion ! Dans quels égaremens l'ennemi du genre humain n'a-t-il pas jeté les Gaulois par ce funeste présent ? Pour les iiiddire plus fecilement en ctreur , U a eu soin de leur pr^nter la coupe du mensonge sous les apparence^ de la vérité.

(i)Act. c. i.t- 2*,25.

IITTRODUCTION. iSq

Comme la divination n'avoit d'autre fondement que la volonté de Dieu , qu'on supposoit s'assujettir à telle marque extérieure que les hommes fUoient , tout signe arbitraire parut également favorable pour connoitre l'avenir. Chaque peuple arrangea ces signes selon le génie de sa religion. Les plus habiles , ceux qui étoient chargés des choses saintes j les réduisirent en art.

f 284 . a85 . Les détails dans lesquels nous avons entré jusqu'à présent ^ font foi que la religion primitive des Gaulois étoit la même que celle d'Adam et des autres patriarches. Ce que les Ârmorîques y ont ajouté attaque directe^ ment les droits que Dieu s'étoit réservés sur eux. Nous avons suffisamment indiqué ce qui venoit de Dieu et ce que l'homtoe avoit inventé. Ceux d'entre les Armoriques qui étoient de bonne foi , auroient pu , avec des yeux attentifs , distinguer l'un et l'autre. Les lumières naturelles , qui ne s'étoient point éteintes en eux , étoient suffisantes pour le leur faire apercevoir. Le vrai est de tous les temps : la nouveauté porte son époque avec elle. D'ailleurs les règles des mœurs étoient écrites dans le cœur de chaque individu : elles ne pouvoient s'enfreindre impunément. Bien plus , le dépôt de la religion , altéré chez les nations , ne l'étoit pas parmi le peuple que Dieu s'éloit choisi. La providence de celui qui a soin de ce qui nous paroît le plus vil , veilloit spécialement à la conservation des dogmes qu'elle lui avoit confiés. Toujours subsistans sans altération dans cette société y ils étoient comme un soleil bienfaisant que Dieu montroit sans cesse à l'univers, pour éclairer ceux dont la foi s'étoit éteinte ou qui étoient sur le point de la perdre. L'appareil des différentes lois qui concernoient le régime des Juifs ne regardoit qu'eux. La religion sur laquelle ces préceptes étoient entés avoient été , dans son origine , celle de tous les hommes. Elle devoit subsister parmi eux jusqu'à ce que la réalité dont elle étoit l'ombre lui eût succédé , et que le Désiré des nations lui eût donné sa perfection. Si Dieu dispersoit son peuple de temps à autre en différens pays , c'étoit afin de fournir aux gentils l'occasion de le reconnoitre et de sortir de leurs égaremens.

286. Cependant , des oracles sortis de la Judée annonçoient au monde l'avènement de son libérateur. L'orient et l'occident l'attendoient en silence. Les Armoriques , que des forces supérieures avoient soumis à l'empire de Rome , s'étoient courbés devant ses dieux par la plus grande des lâchetés. Accoutumés depuis long-temps à s'éloigner de l'ancienne religion , ils s'étoient préparés par là à ce forfait.^ L'agneau^ qui jusqu'à-

t^O HISTOIRE ÊCOLisiASÏIQUE.

lors n'avoit été immolé qu'en figure , et à qui toutes les nations auroient pu s'unir par la foi , part enfin de Textrémitë du ciel et descend sur la terre, comme un époux qui sort de sa chambre nuptiale. Plein d'ardeur, il court, comme un géant, dans sa voie. Après avoir accompli tout ce que les prophéties avoient annoncé de lui , il offre son sacrifice sanglant. L'ombre et les figures disparoissent , et la religion acquiert tout son accroissement.

Ce pontife étemel a promis qu'après avoir été élevé de terre , il entralneroit après lui tout l'univers. Le temps qu'il avoit marqué pour s'attacher l'Armorique a paru. Ce sont les changements et les merveilles qu'il y a opérées qui nous restent à décrire.

Cùm exalUtus fuero à terra , omnia Irabam ad me ipsum, Joan, 12. t. 32.

I . L'Akmorique , dont les derniers efforts pour recouvrer son indépendance n'avoient abouti qu'à la ruine de la plus célèbre et de la plus riche de ses villes , ëtoit rentrée sous le joug des Romains et vivoit sous leurs lois. Le monde presque entier se taisoit devant Rome et lui rendoit hommage.

Cette force qui asservissoit tout et dont Thistoire n'avoit point encore présenté d'exemple j étoit dirigée par celui qui renverse / quand il lui plait , les empires les mieux établis , et qui , dans d'autres circonstances , leur donne une solidité que rien ne peut ébranler.

Quelque modérée que fût la domination que les Romains exercèrent sur les Armoriques , ceux-ci ne s'y ^umirent qu'en frémissant , et ils la supportèrent toyjours avec peine. Ils étoient jaloux à l'excès d'une Uberté dont ils n'avoient presque jamais eu de justes idées. Occupés de sa conservation et d'en étendre le domaine , ils lui avoient sacrifié les droits les plus inviolables de la nature. Il étoit dans l'ordre que la Pro^ vidence divine , qui veille dans tous les temps sur les actions de l'homme, les punit enfin de l'abus monstrueux qu'ils en avoient fait.

Mais ce qu'il y avoit de plus déplorable ^ et ce à quoi ces infortunés pensoient le moins, c'est que, peu satisfaits d'avoir outragé la nature, ils avoient insensiblement perdu de vue la religion surnaturelle et révélée. Substituant les productions de leur imagination aux enseignemens que Dieu avoit donnés ^ leurs premiers pères , ils avoient tellement altéré ce précieux dépôt qu'il n'étoit plus rçconnoissable. Devenus esdaves de la superstition la plus grossière , tous se sentoient portés à Fidolàtrie , et la plupart n'avoient pas eu hoQtç de se livrer à ce délire. Le polythéisme de Rome et ses rits sacrilèges étoient devenus communs dans FArmorique , ainsi que dans le reste des Gaules.

Cette nouvelle servitude étoit bien plus humiliante que la première. Celle-ci étoit involontaire et une suite de la loi du plus fort ; l'autre , qui partoit du cœur , étoit indépendante de toute contrainte proprement dite. L'une ne pouvoit affecter que le corps ; l'autre étoit un hommage de

l4^ HISTOIRE ECCLESIASTIQUE.

l'âme. Si l'amour du vrai eût toujours accompagné les Ârmoriques , ils n'en auroient été que plus grands. En devenant sujets des Romains , ils n'en étoient pas moins sous l*empire de la raison. Si leurs vainqueurs l'avoient désavouée pour s'abandonner à la phrénésie des idoles , ils ne pouvoient se prévaloir de leur exemple. Les lumières qui éclairoient encore leurs esprits réclamoient contre ce culte insensé.

Cependant le Désiré des nations , celui qui devoit écraser la tête du serpent , et dont l'avènement , la vie , la mort et les conquêtes sont dé • crites d'une manière si frapp'ïmte, quoique bien des siècles avant l'événement, dans les annales les, plus authentiques , remplit leur attente dans le temps marqué. Il se fail chair pour dissiper leurs erreurs , et pour écarter les ténèbres au milieu desquelles elles s'éloîent assises. Les victimes des animaux , qui repré§enloient Toblation que le Verbe devoit faire de sa personne divine au Père éternel , étoient sur lé point de cesser. Par le sacrifice de la croix , il iFait disparottre les ombres et les figures ; il casse le décret de la réprobation du genre humain et le réconcilie avec son Père. Sa mort sanglante devient le signal du retour prochain des gentils à la vraie religion. Suivant un oracle émané de sa houche , il doit les attirer tous successivement à lui. Bien difterent des autres conquérans , il n'emploiera point la force et la violence pouf leur donner des lois. Celles-ci partiront du lieu même où la vraie religion s'étoit conservée. Les Juifs dispersés dans Tun^yers y dont, les prophéties avoient annoncé la réprobation y serviront de témoins àe la vérité des anciennes écritures dans toutes les parties du moade. L'homme^ qui a oublié sa raison en ne rendant pas à son Créateur ce qu'il luirdevpit, l'oubliera de nouveau pour embrasser des dogmes incopipi^éhensibles ^ parce qu'd est limité y et pour captiver spn entendement sous le*ioug de la foi. Une morale pure et austère lui servira de guide d^ns ses. actions'. ï)'unè main, elle retranchera de son cœur le^ a^utels.que l6S,p2|ssions y ont.érigés ; et de l'autre , elle renversera ceux des fausses divinités, tliatis les dogmes et la morale qui lui seront offerts, il trouvera des lumières à. ses ténèbres , des secours à sa faiblesse , de» remèdes à ^s maux. liCs savans et les iguorans seront confondus ensemble. Plus relevée que Ja pliilosophie des sages du siècle , la religion , qui va étonner l'univers , sera Jproj^ortiorinée au génie des personnes les plus grossières. A ceux^ls^^ .elle , fera pratiquer de petites choses; à ceux-ci, elle en fera croire de grandes. Toujours attaquée , elle ne sera jamab vaincue , parce qu'elle a pour ajppûi celui qui , d'une parole y a placé les fondemens de l'univers. Ceux qui seront chaînés de

TB0I6IEME ST QXTATRlÈlfB StÈQUS. l43

l'annoncer commanderont en maitres à la natare. Cette illustre ambassade est destinée à douze hommes , la plupart pêcheurs , sans éducation , sans connoissances , sans biens et sans autorité. Tpute leur force Tiendra du ciel j l'esprit du Très-Haut les animera ; c'est par lui et en son nom qu'ils parleront. Leur prédication sera scellée de leur sang ; des personnes de tout âge, de tout sexe et de tous les lieux aimeront mieux sacrifier leur vie que de renoncer à la doctrine qu'ils auront reçue. Le monde païen va être surpris de se voir en peu de temps chrétien.

Déjà, du centre de l'erreur , le soleil de justice fait sortir cette lumière pure qui ddit conduire l'univers à la vérité. Rome , cette oi^eilleuse Rome qui ne connoit point de maître , voit , malgré tous ses efForls , s'établir dans son sein la nouvelle reh'gion. Ses prosélytes se forment aux dépens du culte des dieux de Rome, ceux-là qui, à l'en cfroire, commandent ^ux dieux des nations, comme elle est la souveraine de l'univers. Pierre , cet homme qui n*avoît connu que ses filets , devenu tout à coup le vicaire de Jésus-Christ , dont la mort est une folie pour les gentils , fait arborer l'étendard de la croix dans cette ville altière qui s'étoît flattée , en ajoutant à ses conquêtes le royaume de Juda , d'avoir vaincu le Dieu des Juifs ; l'empire que cette maltresse du monde tient en main ne subsistera plus que quelques siècles. Après s'être enivrée du sang des martyrs , elle verra la main de Dieu s'appesantir sur elle , et fournira un nouvel exemple de sa justice. Cependant la chaire que Kerre y a fondée lui assure l'auguste qualité de capitale du monde chrétien. L'Eglise romaine sera, dans tous les temps , le centre de l'unité et de la communion catholique , la mère et la maîtresse de toutes les églises. Rome chrétienne délivrera les Armoriques d'uîîe servitude infiniment plus onéreuse que celle qui leur a voit été imposée par Rome païenne. En effet , des monutnens qui méritent notre vénération nous apprennent que toutes les églises des Gaules ont été fondées par des ouvriers députés du Saint-Siège (i).

a. Tout concouroit à faire connoître de bonne heure aux Armoriques la foi en J^sus^hrist. Membres de l'Empire, ils avoient des rappôrtjs nécessaires a<i^ec la capitale; des grands chemins ouverts de toute part dans les Gaules , ^ qiii aboutissoient à ceux qui conduisoient à Rome , facilir toient f^ec elle Un commerce réciproque ; l'ambition , ce mobile de tant d'actions , y (aisoit entreprendre des voyages fréquens. Ceux qui restoient dans leur patrie, curieux à l'excès de nouvelles (a) , étoient instruits par

(I) Innocent, ad Décent. (2) Cœsar. lib. 4. c.^'S. lib. 6.c. âO.

I44 fiTSTOIRS EGCLÉSIASTIQtJE.

la renommëe des changeméns que la religion chrétienne opëroit dans le monde.

3. Mais y bien plus que tout cela , le zèle dont saint Pierre et T Apôtre des gentils étoient animes pour procurer l'accroissement du règne spirituel du Seigneur , nous porte à croire que , pendant qu'ils ont vécu à Rome, ils n'ont pas négligé d'envoyer de leurs disciples dans les Gaules.

4. Cependant, tandis que nous nous plaisons à réfléchir sur ce que ces apôtres fervens ont pu faire , nous né pouvons pas prononcer avec certitude sur ce qu'ils ont fait. La foi est un don purement gratuit , qui ne s'acquiert pas par les forces humaines. Quelque attentifs que fussent les apôtres à la propagation de l'Evangile , ils n'en étoient pas moins subordonnés , d'une manière particulière , à l'esprit du Tout-Puissant ; c'étoit lui qui dirigeoit leurs pas et ceui de leurs disciples. L'Ecriture nous enseigne qu'il ne dépendoit pas d'eux de prêcher où ils avoient projeté de le faire (i). Comme les livres saints et la tradition ne nous attestent point qu'ils aient passé y ou leurs envoyés , dans l'Ârmorique , nous ne devons pas avancer ce fait y à moins que nous n'en ayons d'autres preuves. Nos actes domestiques peuvent nous être d'un grand secours ; mais , dans l'usage que nous allons en faire y il faut nous tenir en garde y pour que l'amour de la patrie se concilie avec la vérité.

5. On a donné à Rennes y pour premiers pasteurs, Maximid et SuATre" nius y autrement Synchronius. On les fait passer pour élèves de l'apôtre saint Philippe et de l'évangéliste saint Luc. On prétend qu'ils ont vécu du temps de saint Pierre y et qu'ils ont reçu leur mission de ce prince des apôtres. Saint Clair vient à Nantes de la part de saint Lin ; il a pour associé Deodatus ^ à qui l'on attribue la cotuversion de Veûnes et de Quimper. Drennalus y envoyé paiement par saint Lin y établit son siège à Lexobie y autrement Goz-Gueudet.

Sans vouloir jeter un œil jaloux sur l'origine des autres églises des Gaules , nous osons assurer , et elles ne nous démentiront pas , que peu y ou y pour mieux dire y aucune d'elles ne remonte à des temps si éloignés. 11 n'est pas douteux que Dieu a pitié de qui il veut y et dans le temps qu'il le veut. C'est à nous d'adorer la profondeur de sa sagesse^ et de reconnoitre ^ au milieu de la foiblesse de nos lumières, que ses jugemens sont incompréhensibles. Mais^ porter si loin l'établissement des églises de l'Armorique y ne seroit-ce point trop avancer et conséquemment ne rien

(i)Actc. 16. y.l,ÎT«» 7.

dire

TBOISIÈME ET QUATRIEME SIÈCLES. l45

dire en leur faveur? Les traditions ne peuvent être honorables, qu'autant qu'elles ont de certitude. TertuUien a dit, et la raison Tavoit prononcé avant lui , que ni l'espace des temps , ni l'autorité des personnes , ni les privil^es des pays ne peuvent prescrire contre la vérité (i).

6. Si , dès le premier siècle de l'ère chrétienne , îl y eût eu dans l'Armorique plusieurs églises formées ; si , par une succession non interrompue , elles eussent été conduites par des évéques , leur état eût été florissant. Ceux qui commandoient dans le pays au nom des empereurs auroient déféré , du moins de temps à autre , les chrétiens comme coupables envers les dieux et comme rebelles aux ordres de leurs souverains. ÏDes martyrs auroient donné au loin de la considération à ces églises. Leurs noms , qu'on étoit soigneux de conserver , auroient passé , du moins pour la plupart , à la postérité , malgré l'injure des temps et la malice des hommes. Ce qui nous étonne , c'est que , parmi cette longue suite d^évêques que Ton donne à l'Armorique durant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne , on n'en trouve presque aucun qui soit honoré du martyre. On les fait tous mourir , à deux près, comme s'ils eussent vécu à l'ombre de la paix et loin des persécutions du paganisme.

Ces préjugés , que la raison paroit autoriser , nous forcent à jeter des regards attentifs sur les titres qui servent de fondement à l'antiquité des églises de TArmorique.

Albert le Grand , de Morlaix , religieux de l'ordre de saint Dominique , auteur des Vies des saints de Bretagne , dans son Catalogue chronologique et historique des évéques de Rennes , est celui qui donne à cette ville , Maximin pour premier évéque. Dès Tan soixante-sept de Jésus-Christ , Suffrenîus ou Synchronius lui succède. Suivent après Rambertus , Servius, saint Justus, Honoratus, Placidus et saint Leonorius. Ce dernier mourut l'an 3^7.

Celte liste d'évéques a été tirée d'un ancien manuscrit de la bibliothèque de Saint-Pierre de Rennes , par Augustin Dupaz , connu par plus d'un ouvrage, qui en donna une copie en 162 5 à Albert le Grand (2). Si l'on

(i) De vcl. Virg. » turnmus Tholosates; fiionysius Areopagita,

(2) Voici quel est le texte de ce manascrit: » cum sociis , Parisinos ; Martialis Lemovi-

« Tempore quo Lazarus unà cum sororibus » censés jUrbinuspostStremoniumArvernos;

» Magdalene et Martha , post prœparati minas » Gatianus Turonenses ; Sergius Narbonen-

» naufragii Gallias adveniens» Masssilienscm x> ses ; Lucianus Bellovacenscs ; Maximinus

» docebat et regebat ecclesiam , Trophilus d cumSynchronio iuArmoricaYilIamrubram,

» Pauli discipulus Arelatensem instruebat ec- d qu£ Rhedonum civitas dîcitur , miserante

» clesiam ; Sedonius , qui fuerat cœcus natus, » Domino , yisitavit atque instruxit, rexitque

» eloqueniissimus apud Aquensium fines; Sa- » ecclesiam Rhedooensem in sublimi ad con-

i46 msTOiac ecclésiastique.

en croit cette pièce , c'est à Maximin que la ville de Rennes est redevable de la foi chrétienne. Après avoir conduit quelque temps cette nouTelle

» flaentiam fluviorum posiUm et aediûcaiara , » atqne juxU eam oratorium , quod nunc Ca- » pella de civitate dicitur , sublato indè Tej» thios ad occidentem vano simoiacro , Deo » sub invocatioae beatœ Mari» Virgiais Dei » parœ consecraviteplscopus,yeterum deonim » visionis turri pargatâ , et alio ad orientem » dejecto isidisidolo , ulteriusque ipse proo gredieos » siccessorem sui episcopatûs di- » misit S^rnchronium , cui succédons Rambcr- » tus ibidem muKos sibi adjunxit discipulos. o Ramberto Senrius. Servio Jostus , qai , per- » secutioQe l^arci-Antonini et Secundi Gomi> modi Gallias agitante , martyrio coronatus » est. Decîi persecutione Honoratus cjusdem o ecclesi» episcopus est troncatus. Dlocletiani » persecutione Placîdus episcopus , martyr o gloriosns occubuit. Leonorius Magni Cons- » tantinî tempore, pace totiEcclesiœ redditâ, » cresceute pio fidelium cœtu , Desideratas » urbi Rhcdonicœ pastor exsurrexit , amplio- » remque illam, quae Rhedonis videtur, Sancti » Pétri apostolonim principis basilicam , de- » jectis paganorum idolis , $ibi Gathedralcm » ecclesiam consecravit. » La plupart des pièces qui ont du rapport avec celle-ci ont été lûtes dq>aîs le neuvième siècle , pour étayer r.espèce d'enthousiasme où Ton étoit de vouloir que les apôtres de la Gaule y fussent vends dès le premier siècle^ ou pour l^ire naître ce aentinent en ftvtur de quelques églises auxquelles ou vouloit faire honneur. L^auteur de ce manuscrit voyant que les autres églises se faboient remonter jusqu^au temps des apôtres , a iefii^ 4*ei ri^ppocher oelle de Rennes. Hilduin , abbé de Saint Pénis et ministre d*état sous Louis-le-Débonnaire , est le preiuer 4ui ait souteon que Tévéque de Paris étoit le même que celui d'Athènes. Il s'appqya du nom de deux auteurs dont on n'avoit point entendu parler « Aristarque et Visbius \ leurs écrits , qu^on n'a jamais vus depuis , avoient été trouvés « disoit-il , daos la bibliolhèaue do réglise de Paris. Il fit passer cette nouvelle opinion de Paris à Home ; Méfhodius la communiqua aux Grecs; la traduction que fit Anastase de la vie de saint Denis » composée par HéCbodius , la Ht repasser en France. Uancienne tradition étoit teHemetit décriée au

douzième siècle , qu'Abaillard , ce célèbre Armorique, fut obligé de quitter Tabbaye de Saint Denis , pour avoir dit que Févèque de Paris n'étoit point TAréopagite.

Il n'est pas plus certain que saint Martial , de Limoges, ait vécu durant le premier siècle, quoique sa vie, composée sous le nom de saint AustricUnien , lève tout doute à cet égard , et qu'elle soit soutenue par les deux lettres qui portent le nom du saint. Du Bosquet (Histor. Gallic. lib. 1. c. 23.) fait voir que ces ouvrages ont été écrits sur la txï du dixième siède. Ce n'est aussi que sous le règne de Philippe I. qu'on commença de placer saint Martial an premier siède de l'Eglise. Une critique judiciense a décidé ce qu'il faut penser sur le temps où ont vécu les autres évéques que le manuscrit de Saint Pierre de Rennes fait contemporains de Maximin. Il seroit trop long et peutrétre hors de propos d'en faire id l'étalage. Ce que nous venons de rapporter suffit pour prouver que l'auteur de ce manuscrit a puisé dans des sources empoisonnées par Terreur; d'où Ton est en droit de conclure que les noms de Maximin et de ses successeurs , inconnus jusqu'en 1625 , sont supposés. Quant an nom de YiM KyUnu , que le mémoire donne à la ville de Rennes , voici ce qu'en (fit d'Argentré dans son his: toire de Bretagne, a il s'est porté , dit-il , un » bruit depnîsloi|g-twps sans auteur certain, » 4e main en main, que la ville 4e Rennes » s'appçloit , au temps passé , Uivibra, Mais je » n'en ai vu par écrit nul suffisant té* » moignage, lors ijifelques vers vulgaires, » si est-ce un fort vieil bruit. Quelques-uns o prennent occasion de ce nom de Ry^a pour » croire qn'andennement die fut murée de » brique rouge, comme encore en reste-t-il » qudque petite part de l'ancienne cité.» Nous voyons par les Mémoires de Tacadémie des Inscriptions et Bdles-Lettres de Paris » 1. 15 , oue les légions roumaines avoient dqs tuileries où Ton fàbriquoit des briques , dont elles se servoient pour leurs fortifications. Des légions établies à Rennes peuvent en avoir construit ses murs. Cette quantité prodigieuse de briques que Ton a trouvées à Corseid est Ton- Trage de qudque légion.

TROISIÈME ET QUATRIÈME SliCLFS* l47

église y il en confia le soin à Synchronius et passa dans une autre contrée. Cette conversion dut anÎTer dans le temps que Lazare , ebasaé par les Juifs I de Jérusalem^ avec ses sœurs Magdelaine et Marthe, et abordé mi* raculeusement à Marseille , en faisoit la conquête à Jésus^lnist ; que Tropbâne, disciple de ssânt Paul ^ y ajoutoît Arles ; Sedoine, \ix ; Sa« tumin , Toulouse ; Denis TAreopagite , Paris ; Martial , Limoges j Vrhrn , la TiUe d'Auvergne ; Catien , Tours ; Serge , Narbonne j et Lucien , Beanvafis.

Ce Maximin est apparemment le même qixe celui qu'on regarde comme le premier évêque d*Aix en Provence. Cependant on ignore ce qu'a fait ce saint prélat , le lieu d*où il étoit venu , de qui il avoit pris sa mission et dans quel temps il arriva dans la ville d'Aix. Quand bien même on supposeroit comme certain que cet apôtre ait été évêque d'Aix ^ peu de temps après la mort de Jésus-Christ , pourroit-on se persuader qu'il ait annoncé révangile aux Rennois ? Le monument qui annonce ce fait est-il assez respectable pour subjuguer notre croyance ? Est-il l'ouvrage d'une pluuïe instruite , ou dicté par la crédulité ? La plupart des églises à qui il donne une si haute antiquité s'empressent de la désavouer , et , par leur réclamation y elles nous font connohre le cas qu'on doit faire de ce manuscrit.

C'est sur la foi d'anciens bréviaires que quelques-uns croient que saint Clair a vécu du temps des apôtres , et qu'il termina ses travaux évangéliques en qualité d'évêque de Nantes , Tan de Jésus-Christ quatre-vingtseize. Fondement bien peu solide ! Si Ton y rencontre des faits certains , ils sont noyés y pour ainsi dire , dans un chaos d'absurdités , de ridicule et de faussetés. On s'en convaincra facilement , pour peu qu'on ait la patience de parcourir ceux qui nous restent. Les vies des saints , qui y sont insérées ne respirent , pour la plupart , que le merveilleux et la fable. Dès l'an iSig , un savant évêque de Dol réforma celles que contenoit le bréviaire de son église ; exemple qui fut bientôt suivi par les prélats de France et de ceux de sa province. Le concile de Trente avoit même donné un décret à ce sujet. Quelque soin que les évêques armoriques aient pris de ne rien laisser , dans les histoires des saints de leurs nouveaux bréviaires I qui pût choquer des personnes graves et savantes ^ le succès n'a pas répondu à leur attente. Ils se virent forcés , au commencement du dix<^septième siècle , d'adopter le bréviaire des cordeliers , à la réformation duquel Pie V avoit fait travailler.

S'il est vrai , comme on n'en peut douter , que les anciennes légendes que nous avons de saint Clair ne sont pas assez avérées pour fixer son

t48 RISTOIRE ECCLESIASTIOU^'

épiscopat au premier siècle de l'Eglise , Deodalus, son disciple ^ n'a pas prêché dans ce temps la religion chrétienne aux Vennetois et aux Corisopites. L'élève n'a pu exister avant son maître.

Drennalus, que l'on fait disciple de Joseph d'Arimathie /passa , suivant Conrad / archidiacre de Salisbury , de (i) la Bretagne en Armorique. Il aborda à Morlaix (a) , en convertit les habitans , et alla bientôt planter la croix à Lexobie , où il établit son siège. Albert le Grand a cru que ce pontife avoit commencé , l'an soixante-douze de notre ère ^ sa prédication en Armorique y et qu'il mourut vingt ans après. Depuis cette époque jusqu'à la fin du quatrième siècle , il lui trouve quarante-cinq successeurs. L'année de leur avènement et celle de leur mort sont déterminées avec une précision qui étonne (3).

On assure que Joseph d'Arimathie , ayant paitagé avec Lazare la haine des Juifs, fut en bulte aux mêmes persécutions que lui ; que , transporté dans la Provence , il la quitta pour aller instruire les Bretons de l'Ile. Drennalus j animé du n)ême désir de faire cqnnoitre Dieu , vola dans l'Armorique.

Ces histoires sont trop récentes pour qu'on puisse les croire. Ce n'est qu'au dixième siècle qu'on imagina l'arrivée de Lazare en Provence. Celle de Joseph d'Arimathie en Bretagne ressent la même nouveauté : dès lors l'existence même de Drennalus , qu'on ne connoit pas d'ailleurs , est suspecte de supposition.

Les Grecs disent que Lazare mourut dans File de Chypre , et qu'il fut inhumé à Cytie. Cette opinion a passé dans rpccident , où elle a été long- Ci) Descript. utriosqae Brîtan. lib. 9. c. 56. nom de Mrki est dériyé de jarU, etmU , et (S) Morlaix , que Ton a aatrefois appelé d'ol , ehàUau. Celui de Plouigneaa a pour MmUr$lais, et qu'on a cm pouvoir nommer racines pUm, habiUUion ok il y a plusieun en latin M<ms relaxut ou relaxalus , est un eoUmsid'ig, rivière, et de neaeh, dont on a lie^ resserré par des montagnes. Ce qui a été foit neau , prince. D'anciens comtes avoient cause que » pour y asseoir une vUle , on a été apparemment un château dans ce canton , qui obligé de retendre sur le penchant d'une col- faisoit partie de leurs domaines. Pour le nom Une , entre deux yallées. C'est de là que Mor- à» PUmriH , on trouye son étymologie dans laix a pris son nom. U yient de «Mf» on mon, ptoif , et rin, rivière. François I, permit , en monUgne , et de treuUg ou ireUg, pressé; iSM, aux bourgeois de Morlaix de bâtir un ce qui Teut dire : Ueu prueé par de$ momia- fort à l'embouchure de leur barre « sur un rogn$i. Deux rivières , dont l'une nommée Jor- cher nommé le rorrsoii ( insula Tort et non loi et Tautre Revient ou Kengâleut, se rép-f Tawri^) ilfi^t acl|e?é de;^ ai^s après. Cette nissent à l'bôtel-de-Tille de Morlaix, et forment tle est ainsi nommée de forr , fracture ) et d't, ce qu'on appelle le port ou la rivière de Mor- eau, parce que la iner l'a séparée du contilaix. Jarlot tire sa source de deux ruisseaux , nent.

dont l'un vient de Ploorin et l'antre de Ploui- ^ CaUl. des évéque* de Tregner. gneao , deux ueues aa-âewas de Morlaix. Le

TROISIÈME ET QUATRIÈME SlÈLES. l/^g

temps adoptée d'une voix unanime ; quelques-uns même déposent que , de leur temps , il y avoit encore plusieurs églises en Chypre consacrées sous le nom de Saint Lazare. On en voit qui le font évêque de cette lie , et d'autres qui , à ce titre , ajoutent la qualité de martyr ; ce dont les Grecs ne parlent pas. Ce fut en Chypre que l'empereur Léon le Sage envoya prendre le corps de Lazare , pour le placer dans la magnifique basilique qu'il avoit dédiée à Conslantinople , à ce saint. Ceux que ce prince avoit chargés de cette commission écrivirent qu'ils avoient trouvé son corps près de la ville de Cytie , dans un tombeau de marbre , avec une inscription qui portoit que c'étoit le corps de Lazare , le bien-aimé de Jésus-Christ j et ressuscité par lui quatre jours après sa mort. Ils le déposèrent dans une chasse d'argent et l'apportèrent à Constantinople ; il fut mis dans cette église où l'on prétend que l'empereur fit placer aussi les reliques de sainte Magdelaine , qu'il avoit fait venir d'Ephèse.

Ceux qui ont donné lieu à la prétendue descente de Lazare en Provence , se sont également trompés en confondant Marie^Magdelaine avec Marie sœur de Marthe. L'Evangile a soin de distinguer l'une dé l'autre. Celle-ci étoit de Béthanie et celle-là de Galilée.

Ce qu'il y a de plus probable touchant Joseph d'Ârimathie , c'est qu'ayant passé , depuis la mort de Jésus-Christ^ le reste de ses jours dans la ferveur des premiers chrétiens , il mourut à Jérusalem. Il y en a qui disent que son corps fut transporté en France , du temps de Charlemagne, par Fortunat , patriarche de Jérusalem , qui fuyoit la persécution dés Sarrasins , et qu'il le déposa à Moyen-Moutier , dont il devint abbé. Jean Blome , de Londres y fortement persuadé de l'opinion où étoient les Anglois, que leur ile possédoit ces saintes reliques , obtint , en i345, par lettres patentes dont parle Usserius (i), permission du roi Edouard III de les chercher à Glastenbury , où il protestoit qu'un ange f avoit averti en songe qu'il les trouveroit. Cette recherche a été inutile.

Lorsque les évéques de la primitive Eglise alloient porter le flambeau de la foi dans quelque lieu y leurs premières attaques se dirigeoient toujours contre les villes capitales. Si leurs efforts étoient couronnés par le succès , bientôt ils subjuguoient les cantons qui en dépendoient. Cette I^exobie où Drennalus a dû s'établir, étoit donc une ville-mère. Cependant les auteurs anciens , qui ont ^ bien décrit les villes de notre Armorique et leurs peuples , ne parlent point de la cité de Drennalus. Ce silence

(1) Britan. Eccles. Antiq.

1 5o HISTOIAE ECCL^SIASTIQirB.

est du moins une preuve négative contre Vexistence de celle nation.

D'après ce que nous avons dit des actes qui font remonter juscfu'à son berceau l'établissement de la religion chrétienne en Ârmorique^ on con^ çoit qu'ils ont été dressés sur ceux que l'on a prêtés à d'autres églises. Comme la plupart , du moins de celles-ci , ne portent pas leur ancien-* neté au delà du troisième siècle y malgré les titres dont on a (enté de les ennoblir y rArmorique, également amie du vrai , n'a garde d'étendre plus loin ses prétentions.

Si la discussion où nous avons entré alarmoit la simplicité de quelques chrétiens , nous leur dirions , avec M. Fleury , que « la vraie piété con- » siste à aimer la vérité et la pureté de la religion , et à observer ^ avant » toutes choses , les préceptes marqués expressément dans l'Ecriture» Or » je vois j continue cet historien ^ que saint Paul recommande plusieurs » fois à Tite et à Timothée d'éviter les fables; et^ qu'entre les désordres » des derniers temps, il prédit que l'on se détournera de la vérité pour » s'appliquer à des fables* Je vois que les. doctes fflJ;>les ne sont pas moins » rejetées par saint Pierre , que les coûtes de vieilles par saint Paul ; et , » comme il condamne les fables judaïques ^ je crois qu'il auroît condamné » les fables chrétiennes, s'il y en avoit eu dès lors. Que diront à cela ceux » que la timidité rend si crédules ? N'auront-ils point de scrupule » de mépriser une telle autorité ? Diront-ils que jamais il n'y a eu de 9 fables chez les chrétiens ? Il faudroit démentir toute l'antiquité ; et , » quand nous n'aurions que la légende dorée de Jacques Voraginei elle » n'est que trop suffisante. La donation de Constantin n'est pas crue , p même à Rome. La papesse Jeanne, crue autrefois par les catholiques, >» est abandonnée et réfutée par les protestans. Baronius , sans doute » bon catholique , a rejeté quantité d'écrits apocryphes et de fables i> avancées par Métaphraste et par plusieurs autres (i). »

Nous n'avons plus des auteurs obscurs à consulter ; une nouvelle route se présente à nous. Les ténèbres qui nous environnoient ont fait place à la himière. Nous comprenons pourquoi Sulpice-Sevère , le plus ancien de nos historiens , en parlant de la cinquième persécution , celle de Marc- Aurèle , dit qu'alors on vit dans les Gaules les premiers martyrs ; c'est que la religion chrétienne a été reçue assese tard au-deça des Alpes. Les actes de saint Saturnin (a) fortifient ce récit , en attestant que la lumière

(1) Disc, sur rhist. ecclés. irt. 5. ques-ons croient qu'ils ont été écrits cinquante

(2) Grégoire de Tours fait mention de ces ans après la mort du saint; d'autres après la actes 9 à qui il donne le nom d'histoire. Quel- paix rendue par Constantin. Ce qull y a de

TROISIÈME ET QUATRIÈME SIÈCLES. JDf

de l'Evangile ne s'est répandue dans nos provinces que lentement et peu à peu.

Le père de Tbistoire de France , Grégoire de Tours , assure que saint Pothin fut le premier évêque de l'église de Lyon , « et que , sous Dece » sept ^véques foreot ordonnés et envoyés dans les Gaules pour y pré- » cher la foi , ainsi que le marque l'histoire du martyre de saint Saturnin • » car on y lit , ajoute-t-il , sous le consulat de Dece et de Gratus , comme » on le sait par une tradition fidèle, la ville de Toulouse (i) eut saint » Saturnin pour son premier évêque. Voici donc les évéques qui furent » envoyés : Catien à Tours (a) , Trophime à Arles (3), Paul à Narbon-

certain , c^est qa'îls Tout été ayant le miliea du cinquième siècle. Cet ouvrage décèle Tesprit , le savoir et la piété de son auteur, n dte la date du consulat de Fempereur Dece et de Gratin , qui concourt avec l'an de Jésus- Christ 2S0. €e ^ lut voir qu*il avoit devant les yeux des pièces originales.

(1) Toulouse (7oIo«a) , située au milieu d'une plaine aussi belle que fertile > sur la Garonne » en a pris son nom. Il vient de tolo^ou fo<o«9 qui veut dire : $Uué dans une plaine au Iwrd d'une rivière. Cette ville remonte à la plus haute antiquité. Cent ans environ avant Tère chrétienne , Servilius-Cépion enleva du temple de Toulouse des richesses immenses , que les Gaulois y offroient depuis long-temps. Tustin BCffisfsit entendre que cette ville exisloît Béme dans le temps que Brennus conduiiH les GauMa en %èce , deux siècles au delà derépoquedèCéptOB. t?étoit, suivant Pomponius-liela , h villfc principale des Teelo^ iogei, IL Mloulkr dit, dans son histoire des Celles ,1. i , que ce nom signifie en tudesque «• feuplê fui farh la lamgue de Teul : il désigne plutôt les enflins de Teut. Martial , et ^ aprèa lui , Assoie «t Stdoine-Apollinaire , doMM&t à Toutoosp le surnom de Palladia , appanamoMBÉ à canit des taUns <le aes citof eus pour les bdle»4ettrea.

(8) CfilAe yilh , qui a fois son nom des Turmi, set ando» babiluis , s'est appelée Cm- Mmroàmum, aehm Ptidemée et la Table Tfaéodosîeune. £Jle ait entre te Cher et la Loire , 4A«fl «BepteinodéKeiaiife.OQTDit que, conune d'autres « fUt a pris le nom de César. Celui d'odimtffit lui vient d'o, rivière y et de duman, qui ordinairement signifie élévatUm , mais que

l'on doit prendre ici au figuré ; il veut dire : lieu principal^ par où Ton entendoit une viUe proche des rivières , gui , par sa digniU^ éloU supérieure à d'autres ; ce que nous voyons par la Notice des provinces de la Gaule , Métropolis ÏAigdunensis tertiœ , civUas Turoncrum. On peut dire aussi que Tours a mérité le nom de dunum à cause de l'élévation de ses murs. Des forteresses , sans être sur des hauteurs , ont été appelées rupes ou roeca. C'est par cette raison que Soissons s'appeloit Dunum. Lucain donne aux Turoni l'épithète d'insta- Ules^ tncon«(an«. C'est efiS^tivement la version de leur nom. Tur^ tour^ changement; de là Juron ^ gui aime le changement. Ce peuple a fait oublier son premier caractère par sa fidélité envers ses pripces et son attachement à la religion.

(3) Arles est appelée communément Arelate ; dans les auteurs du Haut-Empire, Arelatum; Arelas surtout chez les poëtes. Cette ville est sur le Rhône , dans des marais , d'où elle a pu emprunter son nom : ar , près ; laith^ marais. Nous n'ignorons pas qu'on lui donne une autre étymologie. On prétend qu'à Arles il y avoit autrefois un grand et vaste autel , nommé Ara lata , sur lequel on immoloit des victimes humaines. Cet usage cruel de révérier la divinité a été, sans doute , commun à cette ville et à bien d'autres des Gaules ; mais il cessa du temps de Jules-César. Ce conquérant , qui y fit construire des bàtimens pour les employer contre les Uarseillois , ne i'auiroit pas toléré ; et l'on sait combien il fut défendu dans la suite. Cet ara lata étoit donc antérieur à la conquête delà cité d'Arles par le général romain. On auroit dû conséquem-

iSa HliTOIBB SGClisiàSTIQUB.

» ne (i), Saturnin à Toulouse , Denis à Paris (a)^ Austremoine en Au- » vergue (3) et Martial à Limoges (4).

Ce mëtropolitain de rArmorique , qui ëtoit si instruit de Torigine des églises de la Gaule , devoit l'être encore plus de ce qui concernoit la fondation des églises qui dëpendoient de la sienne. Si celles de Rennes ^

ment en donner Fidée dans li lingae celtique^ connue de tout le monde, et ne pis recourir à cet effet au latin , qui étoit étranger. Strabon dit qu'Arles étoit un entrepôt considérable pour le commerce. Pomponîus-Mela regarde cette Tille comme une des plus riches de la Narbonoise. Il l'appelle Arelate Sexlanonm. Dans une inscription en l'honneur de Faustine , femme de Marc-Aurele , les habitans d'Arles se nomment Sextani Àr$lalen$es.

Constantin lui donna son nom ; Honorius y transféra le siège de la préfecture du prétoire des Gaules , auparavant à Trêves.

(1) Narbonne {Narbo), à deux lieues de la mer , près d'un grand lac qui formoit autrefois un bon port, maintenant presque bouché , tire son nom d*ar6on , qui signifie nvière ei lae.

(2; Paris , qui a pris le nom de son peuple, est appelé LuUeia dans César, et LoueoUcia dans Strabon et Ptolemée. Cette ville , suivant César, étoit située dans une lie de la Seine que nous appelons aujourdliui la cité ; des marais profonds Tenvironnôient. C*est aussi ce qu'exprime le mot de Luleeia ou LoucoUeia. lug , luh ou lue veut dire , rivière et tnarais ; touei , au milieu ; y , habitation. Ce qui signifie : demeure au milieu d'une rivière et det mctraii. Cette position rendoit le peuple qui habitoit ce lieu très-propre au commerce par eau. Elle lui a valu la qualité de badaux, prise de badavor, matelot , haleUer, La Notice des dignités de Tempire nous apprend que le gouvernement romain y entretenoit une (lotte.

(3) La capitale des Àrvemi s'appelle Nemetum dans Ptolemée et dans la Table Théodosienne -, Nemo$$%u dans Strabon. Grégoire de Tours nous a donné la description du temple célèbre à l'occasion duquel cette ville avoit été ainsi nommée ( nemel signifie temple ). « Chrocus , dit cet historien , venant dans la » ville des Auvergnacs , brûla , démolit et

» renversa ce temple queles Gaulois appellent » Fitwfo en leur langue. Il étoit d'une structure » admirable. Il avoit un mur double bâti en » dehors, de grandes pierres détaille , et en » dedans, de petites pierres. Ce mur avoit » trente pieds d'épaisseur; le dedans étoit orné » de marbre et de mosaïques. Ce temple étoit » pavé de marbre et le toit étoit de plomb. » Cet événement arriva vers Tan 263 ; ce Chrocus étoit un roi des Allemands , qui passa dans la Gaule pour la piller. Le nom de Vasto donné au temple est tiré de vas qui se rend par fort. Ce terme convenoit à un pareil édifice. Au nom de Nemetum , les Auvergnacs ajoutèrent celui d'Auguste. C'est de là que Ptolemée et la Table Théodosienne l'appellent Àugutto- Nemetum. Amien-Marcellin , Sidoine-Apollinaire, la Notice de l'empire^ celle des pro-^ vinces de la Gaule , la nomment , de son peuple , Àrvemi et Civilcu Àrvemorum. On tient que ce qu'on nommoit Clermont au huitième siècle , étoit un château qui dominoit sur la ville ; qu'ayant été détruite , ses habitans se retirèrent dans ce château , et qu'il donna son nom à la ville qu'on réé^a. Ce ném vient de eler, source , et de mon , montagne. Aussi y voit-on beaucoup de sources. Etienne le géographe dit que les Àrvemi formoient le peuple le plus belliqueux des Gaules. Leur nom l'exprime suffisamment : ar, particule qui désigne l'excellence ; hem , soldats.

(4) Limoges (autrefois Àugustoritum) a pris son nom des Lemovices^ qui ont tiré le leur de llemhau^ aiguiser ^ et de wys, hommes. D'où Ton a fait lemovys , hommes qui aiguisent. On sait que dans le Limosin il y a beaucoup de mines de fer , et même d'acier. On y folt d'excellens clons , et autrefois on y travailloit en épingles. Le nom de ritum , donné à Limoges , vient de rit , rivière. Son premier emplacement fut le long de la rivière de Vienne ou Vigenne.

TEOISliME ET jQDATRlÈME SIÈCLES. l53

de Nantes et de la prétendue Lexobie avoient ëtë établies par des évéques qui eussent vécu du temps des apôtres , ou même de celui de Dece , cet historien auroit-il passé sous silence des événemens si glorieux à la religion et à son siège ? Les mêmes raisons qui l'engageoient à consigner dans ses annales l'antiquité des huit églises dont il vient de parler y auroient dû le déterminer à faire mention de celles de TArmorique que Ton suppose remonter bien plus loin.

Réjouissons-nous dans le Seigneur de ^ancienneté que Grégoire de Toui's assure aux églises dont il a fait mention. C'est un pronostic non équivoque du bonheur qui attend l'Armorique. Ce que nous devons dire a son honneur , c'est qu'à peine la religion chrétienne y fut annoncée , qu'elle y forma de généreux athlètes. Vers l'an 286 , la foi en Jésusî^ Christ s'y fit connoitre d'une manière éclatante.

7. Maximien-Hercule y que Dioclélien associa cette année-là même à l'Empire, dans l'expédition qu'il fit en Gaule contre les Bagaudes (i), faction de Celtes que lés vexations des Romains avoient forcés de se révolter , trouva le moyen de satisfaire la haine qu'il portoit à la religion chrétienne. Après avoir fait massacrer la légion thébéenne , il envoya Riclius-Varus , celui-là que les martyrologes et les légendaires ont appelé Rictiovare , avec la dignité depréfet dans la Gaule belgique et dans la Gaule celtique.

Riclius-Varus fut un ministre encorepîus méchant que son maître. Partoutses pasfurent aiTosés du sang des chrétiens, il le fit couler àReims(a),àSoissons(3)

(1) Le nom de Bagaudes Tient da celtique rtmt , nom qui loi est venu de dure , épée , pothagad^ qui yent dire : troupe^ assoeialUm. gnardy et d'ordwyo on otlwyo , fabriquer. Il La peinture qbe les Roiùains ont fait'de ces parolt que , dès les temps les plus reculés , il Gaulois , n*est pas d'après nature. Ils étoient y ayoit eu une manufacture d'armes à Dunh une partie considérable de la nation. Salvien Corlorum, Elle subsistoit encore , lorsqu'on dit que , par les proscriptions , par la dévasta- dressa la Notice de TEmpire. L'Itinéraire d'Alition de leurs terrés , par le brigandage des tonin et la Table théodostenne nous apprcnjuges , ils étoient devenus eomme barbares , nent qu'un très-grand nombre de voies milineleur étant plus permis de vivre en Romains, taires se rendoient à cette ville ; ce qui en Dioclétien , qui crut ne pouvoir les réprimer prouve l'importance. Gornelius-Fronto , qui par lui-même , se donna un collègue dans la vivoit du temps d*Adrien , dit qu'elle étoit Fé- ^ersonnè de îlaximien , qù*il déclara Augùiste. mule d'Atiiènes pour les sciences, lll'envoya dans les Gaules pour l^opposer aux (3) ç^^^ .ppeiie cette ville NoviodunuM , Bagaudes qui àvoienl àleur tête deux empe- j^^^ ^^»^^^ ^ tj^é de nou , rivière, et de durcurs de leurchoix.L un d'eux nommé Aman- ^^^^ éUvalion, parce qu'elle domine sur dus se voit sur dés médailles avec le Utre peigne. Sous Auguste , elle fut honorée du tid'Auguste. 1,.^ d'Augusla ; l'Ilinéraire la nomme Sueeso-

(2) César , Strabon et Ptolemée font men- nœ, parce qu'alors elle avoit quitté son nom tion de cette ville. Ils l'appellent Duro-CorUh pour prendre cdui de son peuple.

l54 HISTOIRE ICCLIÈSI ASTIQUE.

et à Amiens (i). Le bruit des ordres dont il étoît porteur se répandit bientôt dans TArmorique. Un apôtre zélé avoit déjà fait quelques proséJyles dans la ville de Nantes. La persécution alloit s'étendre sur cette bergerie naissante. Le pasteur eût donné volontiers sa vie pour la confession de la foi ; mais il appréhendoit que sa mort n'eût retardé les progrès de la religion. Il suivit le conseil que son divin maître avoit donné à ses disciples : ce Si Ton vous persécute dans une ville , fuyez dans une autre. » Il prit ce parti avec d'autant plus de confiance , qu'il laissoit un généreux défenseur de la religion chrétienne.

8. C'étoit un jeune homme à qui sa famille , par des vues ambitieuses et par égard pour le nom romain , avoit donné celui de Donatien. Sa naissance étoit distinguée devant les hommes ; mais sa piété l'étoit encore davantage devant Dieu. Vivement touché de la grandeur et de la sublimité du christianisme, il comprenoit combien il est honteux d'encenser les idoles. La morale de l'Evangile , si pure et si propre à soutenir la foiblesse de l'homme et à l'élever au-dessus de lui-même y étoit pour lui un objet d'admiration. Elle lui avoit dessillé les yeux et lui avoit fait apercevoir la profondeur des égaremens où se livre le cœur humain , lorsqu'il n'a d'autres guides que ses passions. Purifié par les eaux sacrées du baptême , il joignoit à la 3ainteté des dogmes de la religion , l'innocence des mœurs. Quoique au milieu de l'impétuosité de la jeunesse , il s'étoit procuré une maturité d'esprit qui le rapprochoit des vieillards. Sensible à l'aveuglement de ses concitoyens , il sollicitoit sans cesse le ciel de les prévenir de ses bénédictions et de les éclairer. Comme Jésus-Christ étoit profondément gravé dans son cœur , le nom de ce libérateur étoit fréquemment sur ses lèvres. Dans le dessein de satisfaire l'ardeur qui le dé- Toroit pour la gloire de son Dieu e( lesslut de ses frères , il ne s'occupoit qu'à faire des néophytes et à détruire te culte insensé des faux dieux. Se^ soins ne fureat pas inutiles. Son frère atoé devint bientôt sa conquête. Rc^atien étoit son nom. C'étoit ëgal^ii|efi| pour ffaiiter les Romains , que

(1) Amiens étoit connue autrefois som lie peuple ^Ifit^ûtut éloient armés de pied en cap. nom de Samaro-Wwa, Ce nom vient de «a- La Ifbtice de rÊmpfrè les appelle Cataphraemara^ ionme , et de driva, rîlle. Ce qaisi- tarit. ÎUtm làréyoInUon des Gaules , on éqoigoifie : tiUe ner Ut Scmme. Cé^wrytitit M pa\ dit Tacite , des hommes , suivant la cou- Etats de la Garile ; Cîcéron en parle dam 9es fumeda pays , d'une armure de fer ; on la nomlettres ; ritinérafre d^Antonin et la Tabte Hiéo^ moft crtipeltaire : comme elle étoit toute d'une dosienne en font mention. Le nom é^ÀmèUni pièce , elle rendoit les soldats impénétrables a pris la phice ût Samaro-hiiM; t!e terne mxtaaps. aïkbiani veut iNre^ wuvert. Les orraller» du

TROISIÈME ET QUATRIEME SIÈCLES. l55

ses parents le lui avolent donné. Ainsi la noblesse armorique j autrefois si fière y sembloit oublier sa langue naturelle et s'accoutumoit aux usa* ges de ses vainqueurs.

9. Rogatien n'ignoroit pas que , dans peu de temps , il auroit à com^ battre pour Jésus-Christ ; il pria son frère de le faire baptiser avaat que la persécution fut ouverte. Mais , comme le pasteur de la petite église de Nantes s'étoit déjà retiré de cette ville ^ Donatien ne crut pas devoir le rem* placer à Tinstant dans cette fonction du ministère , soit qu'il se persuadât que le danger étoit encore trop éloigné , soit qu'il fût convaincu que le martyre lui en tiendroit lieu.

10. Les païens avoient les yeux levés sur Donatien , comme sur une victi^ me qu'ils dévouoientà leurs dieux. Ils altendoient avec impatience l'arrivée du préfet , pour porter leurs plaintes contre lui. En effet, comme ce mini^*» tre (i) entroit dans la ville y un des citoyens rompit la foule et lui dit : a Vous venez fort à propos, juge équitable et modéré , pour faire revenir j) au culte des dieux les personnes qui s'en sont écartées pour s'attacher 30 à un homme que les Juifs ont fait mourir en croix. Le premier d'en- » tr'eui^ qui mérite votre animadversion , est Donatien. Ce n'est pas as- » seat. peur lui de refuser aux dieux les hommages qui leur sont dus. En- » traîné pai* ses discours et par son exemple , son frère est devenu cou- » pable du même crime. Jupiler et Apollon, que les empereurs invincij> blés adorent , et qui veulent que l'univers leur rende les mêmes hou- > neurs , sont pour l'un et pour l'autre un objet de mépris et d'exécra- » tion. Les dieux et les fêtes consacrées à leur culte tomberont bientôt » dans l'oubli, si l'on n'arrête les progrès de la nouvelle religion. Si vous D n'ajoutez pas foi à ce que j'ai l'honneur de vous assurer , daignez du » moins interroger les coupables , lorsque vous le jugerez à propos ; leurs » réponses vous convaincront de leurs crimes. »

Le président étoit trop politique pour ne pas témoigner de la sensibilité dans une circonstance aussi délicate. Il s'agissoit de soutenir les ordres de Maximien. Ils faisoient, sans doute , pour le moins autant d'impressioa sur ce ministre que l'honneur des dieux qu'il s'agissoit de venger. Aussi s'empressa-t*il de se faire présenter au plutôt le jeune héros chrétien» Il co mmença son enquête en ces termes : a J'apprends de vous , Donatien , » que non-seulement vous refusez , par une désobéissance criminelle , » d'adorer Jupiter et Apollon , de qui nous tenons la vie , et qui , à cette

(i) Surius , Hcnshenius Tliierry.

1 56 ÉrtsToiRfi icciisi ASTiQtrs •

» grâce, ajoutent ceUe de tous la conserver; mais encore que tous les » déshonorez par des discours injurieux ; que , par une prétention extra- » Tagante , tous publiez qu'on ne peut être sauvé qu'en croyant à la mort 9 d'un homme qui a été puni du supplice honteux de la croix , et que » TOUS engagez les uns et les autres à embrasser son culte. »

Donatien répondit : « Vous rendez , malgré tous j hommage à laTéritc , » lorsque tous aTancez que je désire que tous ceux qui se sont livrés à 3» Terreur reconnoissent la nécessité de serrir Jésus-Christ , car il n'y a que » lui qui mérite nos adorations. » Le juge dit : « Soyez plus circonspect et » cessez au plutôt de prêcher ces superstitions ; ou , si vous ne respectez » pas mes ordres , je tous forcerai de garder le silence, en tous faisant 9 mettre à mort. » Le confesseur répliqua : « La mort ne peut que m'étre » aTantageuse : elle sera le commencement de mon bonheur. Ce n'est » que pour tous qu'elle peut être terrible; tous ne cherchez qu'à tous » enfoncer de plus en plus dans les ténèbres i et tous les préférez à la lu- » mière que Jésus-Christ tous présente, o

Cette fermeté , qui ne pouToit Tenir que du Tout-Puissant^ et qui auroit dû porter le magistrat à en exammer la Téritable cause , ne servit qu'à l'ir-^ riter daTantage. Semblable à Pharaon , qui poursuivit autrefois le peuple de Dieu , malgré l'assistance visible dont il le fovorisoit , son cœur étoit endurci. U voyoit j comme s'il n'aToit pas tu , et il entendoit ; sans comprendre autre chose que ce que sa passion lui suggéroit. Il fit enchaîner l'illustre athlète et le fit ainsi conduire en prison , afin que la violence des tourmens le portât à renoncer à la foi , ou , du moins , dans la Tue que son supplice empêchât de croire en Jésus-Christ , ceux qui en seroient les témoins. Il fit ensuite comparottre son frère.

Comme ses menaces , bien loin d'épouTanter Donatien , n'aToient eu d'autre effet que de faire briller sa constance^ il eut recours à l'artifice et il cacha son ressentiment sous le Toile d'une douceur empruntée. C'est de cette manière que Fennemi du genre humain j dont l'art de nuire est extrêmement Tarie , se platt ^ dans certaines circonstances , à présenter dans des coupes enchantées le poison le plus subtil et le plus dangereux. « J'ai appris , Rogatien , dit le juge trompeur, que tous aTcz formé le des- » sein peu réfléchi d'abandonner le culte des dieux : ce sont eux qui ont :> daigné tous donner la Tie , qui ont pris plaisir à orner Totre esprit de » difTérentes connoissances , et à enrichir TOtre cœur de leurs dons pré- » cieux ; nous craignons qu'après que tous tous êtes distingué par tant 9 de talens , tous en Teniez à la fin à donner des preuves de folie. Pre-

TBOTSràMÈ ET QUATRIÈME 8lk:tES. l^f

» nez garde surtout que , si vous vous obstinez à ne reconnoltre qu'un seul » Dieu , vous n'obligiez tous les autres à conjurer votre perte. Mais , com- » me vous n'êtes pas encore souillé de je ne sais quel baptême , si vous 9 êtes capable de réflexion , disposez-vous à recevoir les biens et les hon« » neurs que la clémence des empereurs et la bonté des dieux vous ofi> frent en ce moment. »

Rogatien répondit : «c Aussi mauvais que vous l'êtes , vous ne pouvez D faire que de mauvaises propositions. Vous promettez d'abord les bonnes. » grâces des empereurs etensuite les faveurs des dieux. Gomment pouvez^ » vous mettre au nombre des divinités ceux que vous placez après les » hommes ? Quoi qu'il en soit , et vous et ces divinités ^ vous partagez en-* 9 semble les mêmes misères. Ils sont sourds , ces dieux de métal ; vous » l'êtes également à la vérité. Ils n'ont point de vie ; et vous /vous man- » quez d'intelligence ; car celui qui fait consister sa religion à adorer des » pierres , devient semblable à ce qu'il adore. » Le juge dit à ses licteurs : « Qu'on mette cet insensé en prison avec l'auteur de sa folie , afin que » demain le glaive de la justice venge l'outrage fait aux dieux et aur » empereurs. »

L'avantage inestimable que ces confesseurs , doublement frères et selon la chair et suivant l'Evangile , goûtoîent de souffrir pour le nom de Jésus« Christ^ répandoit dans leurs âmes la plus douce consolation. Le seul r^et de Rogatien étoit de se voir privé de la grâce du baptême. Il conjura son frère d'y suppléer en quelque manière , en lui donnant le baiser de pair par lequel les fidèles se reconnoissoient alors. Donatien calma ses inquiër tudes et fit pour lui cette prière : « Seigneur Jésus , devant qui les vœux » ont le mérite de l'action , parce que vous vous contentez de la volon- » té y quand le pouvoir n'est pas en notre disposition /et que ^ en nous 9 donnant la liberté de choisir , vous vous êtes réservé à vous seul la 9 faculté d'exécuter, faites qu'une foi pure tienne lieu de baptême à votre 9 serviteur Rogatien ; et , s'il arrive que nous soyons demain mis à mort , 9 que l'effusion de son sang supplée en lui le sacrement de la confif** 9 mation. »

Les deux frères passèrent le reste de la nuit en prières , pour se préparer au combat. Le lendemain fut en effet marqué par leur triomphe. Le juge , après avoir pris séance sur le tribunal , fit de nouveau comparottre les confesseurs. Leurs membres ne jouissoient plus de cette liberté dont ils avoient fait un si saint usage ; mais leur esprit et leur cœur , sur lesquels les hommes n'avoient aucun pouvoir , Tavoient conservée dans

l58 PISTOIBE SGCLIÉSI ASTIQUE.

toute son ëteodue. Ils étoieat d'autant plus mailres d'eux-mêmes , qu'ils ëtoieut dégages de toute afTectiou terrestre j que tout en eux ëtoit subor« donné à la^ volonté 4e Dieu et ne tendoit que vers le ciel. Ils croyoient ne pquYoir faire un emploi plus noble de toutes leurs facultés , que de les consacrer à celui qui leur avoit donné l'existence. Un nouveau zèle pour la gloire de leur Dieu , les animoit y et ils sentoient au«dedans d'eux-mêmes des forces qu'ils ^'avoient pas encore connues. C'est ainsi que les vrais fidèles y en coopérant à la grâce qui est en eux ^ en reçoivent Taccroissenient et deviennent redoutables aux ennemis de leur Dieu et aux leurs.

Cependant le juge dit à œa frères : <( La sévérité , dont je dois des 2» e^^emples au public , in'empéçbe d'uaer avec vous de ménagemens. Eh ! 9 comment pourrois^je le faire? Vous méprisez le culte des dieux. Si c'est » l'ignorance qui vous conduit à cet excès ^ vous n'êtes pas excusables. » Si ce sont vos prétendues lumières qui vou^ servent de guides , votre » orime est encore plusgrand» » Les martyrs répondirent : a Votre science A est pire que la folie de l'ignorance ; c'est elle qui vous rend aussi in- ^ sensible et aussi aveugle que les dieux <fo métal que vous adorez. Acbe- » vez notre sacrifice ; nous sommes prêts à souffrir , pour Jiésus-«Christ , 9 to^t ce que la rage de vos bourreaux sera capable d'inventer. Nous ne » perdrons pas la vie en la doopant à celi^i dont nous l'avons reçue. Il 71 iious la rendra avec usure. 9

Le juge y qui u'écoutoit plus que sa fureur, les fit d'abord tourmenter aUr le chevaleit (i) , pour se venger , au moins sur leurs corps ^ de ce qu'il ne pouvoit obtenir de leur volonté. Ensuite , il les comdamna à avoir bi tète tranchée. Les barbares exécuteurs de cette sentence ne s'en tinrent pas à ses termes; danç la vue de plaire à ce. juge sanguinaire , ils percèrent de leurs lauced la tête des deux martyrs , avant que de la leur couper (a).

II. Telle fut la fin glorieuse de ces deux illustres frères. La même cba-

fi) Le cheyalet (eqmlevs) étoit use espèce nxCon appeloît fidicnUB. Ces cordes étoient

de cheTal de bois. Les RomaÎDs , qui se ser- serrées avec des poulies et des moulinets. Bien-

xoieot de ce genre de torture pour arracher tôt le^ membres du patienit étoient disloqués

la vérité de la bouche dbs esclaves , remployé- et en proie à des douleurs amères. Pour les

rent indifféremment contre les chrétiens. Ou- multiplier^ des bourreaux lui déchiroient les

%ie que » par oe supplice, ils les assimiloient cdte« avec des ongles de fer et des scorpions ,

à la partie des hommes la moins considérée, la espèce d^ fouets fort épineux et très-piquans.

haine qu'ils portoient à leur nom les faisoit y Ensuite ik les lui brûloient ayec des torches

Ajouter de nouveaux tourmens. Les martyrs allumées.

^^nt éteod^ sur ce cheTalet, les jambe, et ^^ ^ j^^.

les bras croisés. On les hoit avec des cordes -^ ^ '

TROISièME ET QUATÈliAifi SliCLES. I Sq

rite qui les aVoit. unis > consomma leuir sacrifice. Leurs corps restèrent sur la place pour servir de nourriture aux bêtès carnassières. C'est ainsi qùè l'aveuglement des païens leur faisoit yiolef les droits tes plus sacrés de l'humanité. Les chrétiens , qui avoient appris à les respecter , même vis-à*vis de leurs ennemis ^ et qui ^ dans les corps de ces martyrs y honoroiecrt les temples de l'Esprit-Saint , eurent grand soiti de les enlever. Ils lès in^ humèrent auprès du lieu qui avoit servi de théâtre à leurs souffrances (i).

12. On ignore le temps précis où les actes du tnartyre de saint Donatien et de saint Rogatien , tels que nous les ayons ^ ont été rédigés. Lesdis^f cours dont ils sont parsemés paroissent trop diffus à quelques-uns pour les regarder comme une histoire originale « Nous n'avons pas besoin d'approfondir cette matière. Les divines écritures nous font connoître que TEsprit-Saint , qui a promis de mettre à la bouche des martyrs ce qu'ils ont à dire devant les tyrans ^ a du moins inspiré à ceux de Nantes la substance des harangues que le rédacteur d<e leur passion leur fait tenir. Tout annonce d'ailleurs la sincérité et la gravité de ces actes , tant par rapport au style que par rapport aux pensées. La justesse et la religion y régnent à l'envi ; on n'y aperçoit point de faits surprenans et hors de vraisemblance. Leur auteur joignoit à lascietice la piété et l'éloquence. Il explique les motifs qui l'ont engagé à les traiismettre à la postérité. Là lecture , dit-il , de ces sortes d'ouvrages cotitribue beaucoup au ialut des fidèles. Car , lorsqu'on lit avec attention les lliémoires des inartyrs , et qu'on conçoit comUen il est avantageux dé répandre son sang pont Jésus^Christ j oh s'y anime puissamment par le désir d'imiter ceux qbi sont tnorls pour lui, et l'on se porte avec joie à célébrer leurs fêtes avec vénération. Il y témoigne que la doctrine constante de l'Eglise a été que le martyre supplée au défaut dn baptême , comme on le voyoit dans la personne de saint Rogatien.

1 3. Ce fut pTobaUestient pour effacer le souvenir du témoignage éclatant que DôQÉtien et Rogatien venoient de rendre à la religion chrétienne , et pour dissiper le soupçon que Rictius-Varus auroit pu former sur lé manière de penser des Nantois touchant le culte des dieui, que Gëàielluç* Secundus et Caius-S^datus^Florus ^rent placer, devant l'hôtel do trKmnal du commerce dé letir vîUe , la fameuise inscri()tion dont nota tenons parlé (a). Ils cionsQcrèreint ce Heu aux divinités de Dioclétien et de Maxir

(1) Vies des SainU de BrcUgne,, par Albert (2) Voyei t. 1. p. SfrO et sui?. ( Gi-dessui , V GVauÀ et Ôom l.ot)uicatt. ' Introdoction , n. 218, p. iOI.)

l6o HISTOIRE BCCL]£si ASTIQUE.

mien-Hercule j tous deux Augustes j c'est-à-dire , empereurs. Eu leur érigeant ce trophée , ils n'ëtoient que les interprètes de leurs concitoyens y dont les richesses et la splendeur prenoient leur source dans le négoce ^ jçtils remplissoient les ordres de leurs souverains. Aux dieux des Augustes , ils eurent l'attention de joindre le dieu Yolianus. Cette divinité n'étoit ^pas connue des Romains : elle étoit particulière aux Gaulois ; on lui avoit élevé depuis long-temps un temple à Nantes. So^s le nom de Yolianus y les Armoriques avoient d'abord adoré l'Etre suprême et rendu hommage à son unité. En joignant les dieux de la Gaule à ceux de Rome y les Nantois ne contre venoient pas aux intentions des empereurs. Ceux-ci laissoient à chaque peuple la liberté de suivre son ancienne religion y pourvu qu'elle n'intéressât point l'ordre public et qu'elle n'attaquât point de front celle qu'ils professoient« Mais si la conduite de ce peuple commer- .çant étoit conforme à la volonté des princes de la terre , elle étoit directement opposée à celle de Dieu. Ce n'est que par lui que les rois régnent , et conséquemment leurs ordres ne sont justes qu'autant qu'ils se rapprochent de ses perfections infinies. En plaçant sur les mêmes autels les divinités des empereurs et le Dieu unique , c'étoit anéantir y s'il eût été pos-^ sftble y l'existence de celui-ci qui ne peut avoir d'égal. Si les Nanlois avoient .connu l'empire que le vrai devoit exercer sur eux , ils auroient vu qu'il valent mieux obéir à Dieu qu'aux hommes , et qu'ils dévoient sacrifier jusqu'à leur vie, pour soutenir l'unité de l'Etre souverain. Le d^uisement ^ les emblèmes sous lesquels ils tâchèrent de cacher aux Romains le vrai Dieu y n'ont servi qu'à faire eonnottre leur pusillanimité y et à prouver à l'univers qu'ils avoient abandonné les intérêts delà gloire du Très-Haut. 11 n'appartient qu'à la religion chrétienne de compter de vrais martyrs. . i4- Nous ne devons pas nous ennuyer de revenir à ceux de Nantes^ Le ministre dont il est parlé dans leurs actes y et qui avoit pris la fuite sur l'a^ vis qu'il avoit eu de la persécution <{ui alloir s'élever contre son église naissante y est désigné sous le nom de sacerdos. Il nous paroit intéres^ sant de fixer ce que l'on doit entendre par ce terme , d'autant plus que l'on n'est pas d'accord sur sa vraie signification.

Quelques-uns n'y reconnoissent qu'un simple prêtre. En effet , il n'est pas vraisemblable y disent-ils , qu'un évéque se fiit étal^ à Mantes y sans y avoir attaché des prêtres et des diacres. Il o'auroH pas négligé d'y former un clergé y de manière que y dans son absence y il se fût trouvé quelque ecclésiastique pour y exercer les fonctions sacerdotales. Saint Cyprien^ obligé de prendre la fuite ^ laissa des prêtres à Cartilage pour I,e cetppld^r^

D'autres

TROISIÈME ET QV ATRliME SlikCLES • 1 6 1

D'autres croient que le mot sacerdos emporte ici avec soi l'auguste qualité d'évéque. Les critiques les plus sévères ne font pas remonter au-delà du milieu du cinquième siècle , les actes de saints Donatien et Rogatien ; il y en a même qui pensent qu'on les a dressés peu de temps après que la paix fut rendue à l'Eglise. L'expression de sacerdos s'employoit régulièrement alors pour caractériser un évêque. C'est dans ce sens que saint Cyprien , saint Augustin , saint Ambroise , et même long-temps après eux saint Grégoire de Tours, ont pris celte dénomination. Le ministre nàntois pouvoit avmr des raisons légitimes pour ne pas se donner des se^ condaires.

Ce dernier sentiment , qu'un habile historien (i) a adopté , se rapproche davantage de la manière de s'exprimer des anciens temps , et est plus conforme aux circonstances.

i5. Quelque avantageux que le martyre parût à l'apôtre de Nantes , il ménageoit la grâce de sa vocation et en suivoit les impressions. Les voies qui conduisent au ciel les personnes du même état ne sont pas toujours les mêmes. L'eqprit de retenue et de circonspection qui guidoit les pas de saint Catien , à Tours , se retrouvoit dans l'ouvrier évangélique de Nantes. Lorsque des contradictions dangereuses traversoient les saintes entreprises de ce premier pasteur de la Touraîne , et menaçoient ses jours , il avoit recours à la retraite ; quand l'orage étoit dissipé , il reprenoit ses fonctions avec de nouvelles forces. Le prédicateur nantois, qui avoit fait beaucoup moins de prosélytes que lui , cherchoit à faire éviter à ceux qu'il avoit gagnés à Jésus-Christ les mauvais traitemens qu'auroient pu leur occasionner leurs concitoyens , qui ne connoissoient pas le prix de la nouvelle religion. Il travailloit à fonder et à étendre l'édifice spirituel de son église avec le moins d'éclat qu'il lui étoit possible. Il la traitoit comme ces arbres qui jettent de profondes racines pour mieux s'affermir , avant que d'élever leurs têtes vers le ciel et de donner des fruits. Son zèle éclairé par la prudence le portoit partout où sa présence étoit nécessaire ; il n'avoit pas besoin de secours étrangers pour conduire une bergerie qui ne commençoit que de se former. Comme son intention n'étoit pas de la produire au grand jour , la multiplicité des coopérateurs auroit été contraire à ses vues. Il attendoit que la Providence eût fait succéder le calme à la tempête , pour donner à son église une consistance entière.

i6. Il nous semble qu'en faisant le portrait de l'apôtre de Nantes , c'est

(2) LongucTal , Hist. de l'Eglise gallic 1. 1 .

ai

iGa HISTOIBE EGGLiisiASTIQUS.

celui de saint Clair que nous avons ébauché. On peut le regarder comme le docteur des Nantois (1)^ de même que saint Paul Ta été des nations. Outre que son nom lui défère cet honneur , nous avons fait voir qu'il n'a pu siéger à Nantes au premier siècle de TE^lise ; les mêmes motifs prouvent qu'il n'y a point paru dans le second; mais tout conduit à l'y placer à la fin du troisième. On l'en reconnoit universellement pour le premier évê* que. Du temps des martyrs de cette ville , il y avoit un certain nombre de fidèles ; nous ne pouvons mieux faire que de mettre à leur tête cet illustre prélat et de lui attribuer leur conversion. Nous sommes en cela d'accord avec de savans modernes (a).

17. Rictius-Varus^ ce mini3tre cruel de Maximien , ne survécut pas long-temps aux saints martyrs Donatien et Rogatien. On a même assuré qu'il se procura de sa propre main une mort violente.

18. Cependant Constance-Ch|ore fut créé César par Dioclétien , le premier mars de Tan agi , et fut pourvu de la Gaule d'au-delà des Alpes avec rAimoriqué. Pendant qu'il fut César, et depuis qu'il eut monté sur le trône impérial 9 il ne permit pa^ que Ton condamnât personne à mort pour cause du christianisme. C'e$t le témoignage que lui rendent Lactançe (3), Eusèbe(4)et saint Optât (5). D'QÙl'on doit conclure que c'est à tort que quelques-uns ont mfs sous ^n règne le martyre des ^nts frères de Nantes.

19. Aussi les mœurs de Constance-Chlore étoient bien différentes de celles de Maximien. Celui-ci étoit cruel et voluptueux ; celui-là gardoit la chasteté au milieu de la cour. L'un faisoit consister son bonheur à faire du mal ; l'autre croyoit ne pouvoir êtrç heureux qu'autant que le serpient ses sujets.

Des qualité^ si contraires les unes aux autres avoient rendu la religion chrétienne odieuse à Maximien et la faisoient aimer de Constance. Ce prince ^ convainquit par lui-même qu'il n'avoit point de sujets plus fidèles que les chrétiens. Il n'ignoroit pas que , comme ils avoient pour principe d'obéir , fivant tout , à un Dieu qui ne commande rien que de

(1) Le nom de clair ^ en latin eUsnu, 8*é- science, ils lai donnèrent un nom qui répon-

criToit eUr en celtique. Il veut dire en cette doit 4 ses talens.

langue docUur ou savanU C'est de là qu'au- (g) d. Lobineau , Vies des Saints de Brct. D.

trefois , par le mot cler ou eUre , on enlendoit Morice , Hist. de Bretagne,

une personne distinguée par sa science , et que fv\ t\ \m *

cUrgie éloil la même chose que scUnee , co- ^"^^ ^^ "^"^^^ P*"®^*

paciié. Gomme celui qui annonça le premier W ^*^ Constant, c. 13 , 15 , 17.

TEvangile aux Nantois leur apprit la vraie C^)Lib. l.de schism. Donat.

ÎBOISIlbfE ET QTTAT&liME SliCLES. l63

juste f ils se faisoient un devoir d'exëcuter la Tolonlé des maîtres de la terre, lorsqu'elle ne s*oppose pas aux règles invariables de la loi éternelle. Il savoit que , s'ils avoient résisté à Tautorîté civile dans des choses raisonnables , ils auroient résisté dès lors à leur Dieu y dont les rois sont la plus belle image. Les apologistes du christianisme avoient mis plus d'une fois ces maximes sous les yeux des païens ; les chrétiens les avoient pratiquées dans tous les temps.

20. Durant la persécution de Maximien , en Armorique , le sang de Donatien et de Rogatien avoit parlé seul en faveur delà religion chrétienne. Il avoit suppléé au silence du pasteur et de ses autres ouailles. Plus touchant que la voix la plus éloquente^ il avoit fait l'honneur du chef et la consolation des brebis dispersées.

2 1 . La tranquillité que Constance-Chlore vouloit faire goûter aux chrétiens, fit renaître l'espérance dans le cœur de saint Clair. Le glaive qui aVoit menacé sa tête l'avoit fait s'écarter de sa ville chérie ; la paix l'y rappela. Ceux qui connoissent quelles sont les forces de la charité , peuvent se représenter quels durent être les fruits de ses nouveaux travaux. Son zèle fut d'autant plus actif qu'il avoit été plus resserré durant son exil. Une terre arrosée et presque encore fumante du sang de ses disciples , lui préparoitune riche moisson. Sa voix retentit au-dehors; la grâce du Tout-Puissant opéra au-dedans. Il planta et il arrosa : Dieu donna l'accroissement. Ce fut alors que la ville de Nantes vit avec surprise s'établir dans son sein un clergé dont les vertus Temportoient autant sur celles de ses druides que la lumière l'emporte sur les ténèbres , et dont les cérémonies religieuses alloient effacer , par leur majesté et la piété qu'elles inspiroient, la bassesse et l'horreur des anciens rits.

22. Saint Clair ne borna pas ses courses apostoliques aux limites du pays nantois. On croit qu'il prêcha l'Evangile chez les peuples voisins , et particulièrement à Rennes et à Venues. Suivant une ancienne tradition; ce zélé prélat mourut dans un lieu qu'on nomme Reguiny , et qui fait aujourd'hui partie du diocèse de Venues. La signification naturelle de ce terme en vérifie l'exactitude (i). L'année de la mort de saint Clair est incertaine et le jour précis du mois où elle arriva n'est pas connu. Les uns la placent au premier d'octobre, et d'autres au second.

23. Il y en a qui donnent à cet évêque la glorieuse qualité demartyr.

(1) Le mot Reguiny est composé de deux tombeau; ainsi , par r^^y , on mots celtiques : rhen ou reen^ qui Tcut dire , tombeau où le coiiii do malin «f da eeigneur, maiire , et de gwtnt^ éUvatUm, de l'Armorique aroil Aé

l64 HISTOIRE ECCL^USTIQUE.

C'est ce que l'on remarque dans au vieux bréviaire de l'église de Saiut Pol de Léon j et dans les litanies qui se trouvent à la fin des psaumes péoitentiaux d'un bréviaire de Saint-Brieuc , également ancien. Cette distinction y dont on honore ce saint prélat , suppose seulement qu'il avoit annoncé la foi durant le temps des persécutions , et qu'il avoit peut-être souffert quelques peines pour le nom de Jésus-Christ. Dû temps de saint Augustin et de saint Epiphane , on donnoit le titre de martyrs aux confesseurs qui avoient enduré quelques tourmens pour Jésus-Christ , quoiqu'on ne leur eût pas enlevé la vie à cet effet. Ce seroit sans fondement que l'on prétendroit que saint Clair auroit versé son sang pour le soutien de la religion ; il le fit sans doute dans la préparation de son cœur. C'est tout ce que l'on peut dire de certain à ce égard. Son église même ne lui donne d'autre rang que parmi les confesseurs (i).

24- Il y a lieu de croire que saint Clair fut envoyé à Nantes par saint Catien , premier évéque de Tours. La gloire de Dieu et le salut des âmes vers lesquels tendoient toutes les actions de ce pontife^ nous font juger qu'il eut à cœur de faire répandre les lumières delà foi , du moins, dans les cités voisines de la métropole. Pour nous borner à l'Armorique, nous voyons que Mantes , moins éloignée de Tours j est la première ville où Jésus-Christ est connu. Nous observons que saint Clair florissoit quelque temps après celui où Grégoire de Tours rapporte que la religion chrétienne fut prêchée dans les Gaules par s^t évéques , que le Saint-Siège y envoya durant le règne de l'empereur Dece. Il est constaté , par plus d'un monument , que ces prédicateurs s'associèrent des personnes distinguées par leur charité et par leurs lumières , à qui ils conférèrent le pouvoir épiscopal , et qu'ils assignèrent à chacun d'eux un certain déparlement au milieu duquel ils dévoient établir leurs sièges. Saint Catien vécut à Tours jusqu'au coipmencement du quatrième siècle , après y avoir passé environ cinquante ans. C'est durant cet intervalle que ce métropolitain sa^ cra saint Clair évéque, et qu'il le députa vers la ville de Nantes.

11 est vrai qu'un manuscrit de l'église de Treguer fait sortir celui-ci directement de Rome , par ordre du pape , avec l'un des doux dont saint Pierre avoit été attaché durant son martyre. L'ofBce de ce saint , dont se sert l'église de Nantes , contient les mêmes particularités. Alais , comme ces actes renferment d'ailleurs des faits dont nous avons découvert le peu de certitude , nous devons nous défier de la vérité de ceux-ci.

(1) Proprium Nannct. an. 1733.

TROISlÈBiE ET QUATBIÈHCE SIÈCLES. 1 65

Lespootifes romaios n'avoient pas besoin d'enToyer subitement de nouveaux ouvriers dans les Gaules : ils» avoient tout lieu de se repos^^ sur Tactivité des premiers. L'évêque de Tours étoit plus à portée qu'eux de saisir le moment propre à attaquer Tidolâtrie des villes voisines ^ et Ton ne peut douter qu'il n'y ait fait passer des missionnaires évangéliques.

aS.Le règne de Constance-Chlore avoit ëlé, pour les chrétiens de Nantes, une aurore de bon augure. Celui de Constantin fut semblable à un jour serein et sans nuages. Tolérés sous le père , les fidèles eurent, sous le fils , l'exercice public de leur religion. Redevable à Jésus-Christ d'une victoire célèbre , ce prince publia en 3i3 , conjointement srvec Licinius , un édit dont voici la teneur. « Ayant considéré , il y a long-temps , qu'on ne » doit refuser à personne la liberté de conscience sur le choix de sa re- » ligion , nous (i) avons déjà ordonné qu'on permit , tant aux chrétiens » qu'aux autres , le libre exercice de la leur ; mais parce que , dans le n rescrit où cette liberté est accordée , il y a des termes obscurs qui j> donnent lieu à des contestations , quelques-uns se sont crus dispensés

V de l'observer. C'est poiu*quoi, moi Constantin Auguste , et moi Licinius » Auguste , étant heureusement arrivés à Milan et traitant ensemble de

V ce qui concerne le bon ordre et le bien public , nous avons cru ne » pouvoir rien faire de plus utile à notre peuple que de conmiencer p par régler ce qui concerne le culte de la divinité , en acc*ordant , tant » aux chrétiens qu'à tous les autres , la liberté de suivre telle religion » qu'ils jugeroient à propos. »

Les deux empereurs adressent ensuite la parole aux magistrats , et ils ajoutent : « Nous avons jugé convenable de vous faire connoitre notre » volonté , pour ôter l'ambiguité qui pouvoit être dans nos premières » lettres (2) et abroger les édits pleins de sévérité qui vous ont été en- » voyés , et qui sont si éloignés de notre clémence. C'est pourquoi , qui- » conque voudra suivre la religion des chrétiens , qu'il puisse le faire en » toute liberté , purement et simplement... »

De plus , nous avons ordonné , touchant les chrétiens , que les lieux où ils a avoient coutume de s'assembler , et touchant lesquels vous avez )> reçu des ordres par les édits précédens , leur soient rendus incessam- » ment par quiconque les aura reçus en don ou les aura achetés , soit de » notre questeur ou de quelqu'autre ; et cela sans tergiversation et sans

(1) Easebii. Uist.lib. 10. c. 5. limitoit par de certaines conditions rexercice

(2) Constantin ayoit donné à Rome , quel- du culte public des chrétiens, ques mois aupararant , une déclaration qui

t66 msTonuB ECctisiAsnQûfi.

» répéter le prix qu*ik auront coûté. Mais que ceux qui les auroient âclie- » tés. ou reçus en gratification attendent leur dédoimnagement de notrcf 9 bonté , et qu'ils s'adressent pour cela aux préfets des lieux , afin que » nous pourvoyions à les indemniser. Vous donnerez vos soins à faiiré 9 restituer ces biens , sans aucun délai , à la société des chrétiens. Et » comme il est notoire que les chrétiens j outre les lieux où ils s*assem- » bloient , pos^oient aussi d'autres biens qui n'appartenoient pas aux » particuliers y mais à la communauté ^ vous aurez soin qu'ils leur soient » restitués gratuitement et au plutôt , comme nous l'avons ordonné... 9 Vous devez en tout cela protéger et soutenir les chrétiens de toute votre » autorité^ et tenir la main à l'exécution de ce présent édit, par lequel j> nous avons pourvu au bien et à la tranquillité publique. Ce sera le V moyen d'attirer de plus en plus sur nous la faveur divine que nous p avons déjà éprouvée en tant d'occaâons. »

a6. La religion chrétienne qui , malgré les persécutions , s'étoit soute-» nue à Nantes avec éclat , et qui , durant le règne pacifique de Gk)nstance-* Chlore ^ y a voit (ait de nouveaux progrès , dut s'étendre avec bien plus de rapidité à l'abri de la protection que Constantin venoit de lui accorder. Si l'histoire ne nous a pas transmis les grandes choses que les premiers pasteurs de Nantes opérèrent dans ce temps ^ la charité qui les animoit peut du moins nous les représenter. Il est essentiel à cette vertu / d'aimer à communiquer ses biens , surtout lorsqu'elle ne rencontre pas des obstacles trop puissans.

127. Les chrétiens ne tardèrent pas à placer j dans un sépulcre magnifique y les reliques des saints martyrs Donatien et Rogatien. Plusieurs évêques de Nantes furent inhumés dans la suite auprès de leur tombeau (i). Il faisoit partie du cimetière des fidèles^

28. Cependant Ennius y autrement Ermius , avoit remplacé saint Clair à Nantes. Ce seroit donner au pontificat de celui-ci une durée trop courte , que de le terminer avant la mort de Constance-Chlore , arrivée Tan 3o6. Les merveilles que fit saint Clair dans son diocèse et dans les cités voisines y depuis le calme de l'Eglise , nous font supposer qu'il n'a pas fini ses jours avant cet empereur.

Nous ne pouvons déterminer combien de temps Ennius siégea à Nantes. Si ses vertus ne lui ont pas acquis un rang parmi les saints évéques , on ne doit pas moins tenir pour certain qu'il possédoit les qualités émi-

(1) Albert le Grand , Vies des Saints de Bret.

TROISIÈME ET QtJATBliME SIÈCLES. 167

clientes qu'exige une dignité si relevée. La haute idée que le clergé et les fidèlles s'étoient formée de i'épiscopat , d'après les divines Ecritures , nous donne droit de porter ce jugement. Aussi le nom qu'on imposa à Ennius esl-îl analogue -à son mérite personnel (i).

ag. Ennius eut pour successeur saint Similien. Grégoire de Tours l'appelle Similin ; le vulgaire l'honore sous le nom de saint Sembin. Il porta au loin la bonne odeur de Jésus-Christ ; ses exemples contribuèrent encore plus que ses discours à dissiper les nuages de l'idolâtrie et à étendre le christianisme dans son diocèse. La vénération que l'on avoit pour sa vie édifiante l'accompagna jusqu'au tombeau. Son corps fut enterré hors la ville. Nous verrons ailleurs que , si les Nantois lui ont eu les plus grandes obligations pendant qu'il a été leur pasteur visible , l'amour qu'il leur portoit y devenu encore plus actif et plus pur dans le ciel ^ leur a procuré de puissans secours dans leurs besoins pressans. C'étoit pour immortaliser sa bienfaisance et leur gratitude j qu'ils lui donnèrent le nom sous lequel nous le connaissons (s).

3o. Constantin y malgré son attachement pour le christianisme^ n'avoit pas osé d'abord attaquer directement le paganisme. L'idolâtrie étoit en* core trop bien affermie. C'étoit avoir fait beaucoup que d'avoir délié la langue à la vraie religion , et de l'avoir mise à portée de triompher de sa rivale y par la sagesse de ses mystères et la sainteté de sa morale. Ce prince s'appliqua , le reste de son règne , à ruiner par partie les fondemens de ce culte monstrueux que la main de la superstition avoit élevé y et à faire rendre au vrai Dieu l'hommage qui lui est dû.

La croix de Jésus-Christ, qui avoit triomphé sur les étendards de Constantin , fut gravée sur ses monnoies et peinte dans tous ses tableaux. On ne l'employa plus pour servir de supplice aux criminels (3). Quoique convaincu que la douceur, la persuasion et l'exemple étoient les moyens les plus propres à ramener les païens à la vérité , l'empereur crut être en droit de faire fermer les temples des faux dieux , et de défendre d'y offrir des sacrifices (4). Son dessein n'étoit pas de forcer par là les idolâtres à embrasser le christianisme : il n'en eût fait que des hypocrites.

(1) Ennius Tient dVr, nom qai désigne Celui de simUin on simUien Tient de #t , #et- Vexeellenee , et de mi , bouche ; u$ est une ter- gnew, et de Ul , bon. Le b et Vm se mettent minaison latine qui ne signifie rien. Ainsi , indifféremment l'un pour l'autre dans le celpar Ermîuiy on entendoit, à la lettre, une tique.

bouche iloquenle, Ennius a pour racine enne ,^^ ^ ,.u 4 * 1 tr* « n ^ 1^1. ^

Tenn . ancien ; nom qui exprime le respect. ..J^i^"?,'?- *' ^T,'^^ ?"'• ^^"±

(2) Le nom de 5,mWn est composé do ,a« '*• »• »«'• W.Lact«.t. InsULlib. ♦. c. 26,27. ou «ml, «atnl , et de Mn , domt , ehariUibU. (♦) I-ib. 2. de ViU Constant, c. 45 et46.

I^B JËISTOIEE ECCtjÊSIASTIQtlE.

Il Youloit mettre fia , autant qu'il étoit en^ lui , aux abomiiialions qu'ils commettoient dans leurs temples , et les engager ainsi à en examiner la turpitude , afin que y plus flexibles à déposer leurs préjugés f ils pussent envisager ce qu'ils avoient à faire avec des yeux clairvoyans.

Pour ne pas exposer la religion ^ il eut l'attention de ne donner qu'à des chrétiens les préfectures et le gouvernement des provinces ; lorsque des circonstances particulières l'obligeoient de faire autrement y tout exercice du paganisme leur é toit interdit (i). Par une loi solemnelle, il exhorta tous ses sujets à embraisser la religion chrétienne (o). Comme les païens accusoient de nouveauté cette religion , le prince judicieux fait cette observation , qu'elle est aussi ancienne que le monde , que le paganisme n'en est qu'une altération y et que Jésus-Clirist est venu pour rendre à la religion primitive sa pureté toute entière/ Nous avons eu soin de fournir les preuves de cette vérité dans notre introduction.

Dès le temps des apôtres y les chrétiens avoient sanctifié le dimanche par des œuvres d'une piété plus tendre. Constantin en fit une fête pour tout l'Empire : il voulut que ce jour fût consacré à la prière; en conséquence, il défendit y durant ce saint temps y toute occupation dans les villes , mais il fit une exception en faveur des travaux de l'agriculture (3). Il accorda la faculté d'émanciper et d'affranchir ce jour-là y parce qu'il est l'époque de l'afTranchissement du genre humain parla résurrection- de Jésus-Christ. Il abrogea la loi Pappia Poppœa , que les consuls Pappius et Poppaeus avoient portée Tan 761 de Rome. Elle privoit de la succession de leurs proches parents ceux qui , à l'âge de vingt-cinq ans , n'étoient pas mariés (4). C'étoit punir la virginité si honorée des chrétiens , et à qui les païens eux-mêmes avoient donné des él<^es si flatteurs en diflerens temps. En rendant à cette vertu la justice qu'elle réclamoit y Constantin écoit bien éloigné d'autoriser la vie des célibataires voluptueux et d'approuver l'erreur des hérétiques qui regardoient le mariage comme criminel. 11 ne se contenta pas de tirer la virginité de l'opprobre dont on l'avoit couverte ; il la releva par des distinctions. Il accorda à ceux des deux sexes qui auroient embrassé cet état le pouvoir de faire leur testament y quoique mineurs. Les Romains avoient donné ce privilège à leurs vestales : il convenoit à plus juste titre aux viciées chrétiennes.

Pour rendre à eux-mêmes les ministres de là religion , Constantin accorda aux clercs l'exemption de toutes charges municipales. Ce qui le dé*

(1) Easeb. de YiU Constant, lib. 2. c. 44. (3) God. Theod. de Fer.

(2) Idem , ibid. c. 47. (4) Eoseb. de Vita Constant. lib. 4. c. 26.

termina

termina à les traiter si avantageusement, « c'est , disoit-ii , de peur qu'ils » ne fussent distraits du service de la divinité : ce qui seroit une espèce » de sacrilège. Car , ajoutoit-il , Thommage qu'ils rendent à Dieu , est » la principale source de la prospérité de notre empire (i). »

Pour leur concilier plus de vénération , il déclara que l'affranchissement des esclaves y sujet auparavant à beaucoup de formalités embarrassantes , pourroit se faire dans l'église , en présence des évêques et du peuple y dont on dresseroit un acte signé des évêques (a). Il donna aux ecclésiastiques le pouvoir d'affranchir leurs esclaves pat leulrs seules pa»roles , sans appeler de témoins et sans autre formalité (3). Il permit à ceux qui avoient des ptocès de décliner la juridiction civile et de recourir au jugement des évéques. Leurs sentences éloient sans appel comme celles de l'empereur, let les magistrats étoient obligés de leur prêter main^ forte (4).

Ce qui fut la source principale des grands biens de l'Eglise , c'est que ce prince , par une loi publiée à Rome , le troisième de Juillet de l'an 3a I , donna à qui que ce fut indistinctement le droit de lui léguer, par testament , telle portion de ses biens qu'il jugeroit à propos. Une loi semblable existoit depuis long-temps en faveur des temples des idoles.

3i. Des faveurs si multipliées contribuèrent à rendre l'église de Nantes florissante. Le druidisme sans appui se trouva isolé ; les noms de Jupiter et des autres dieux de Rome furent tournés en dérision ; le masque qui couvroit ces religions une fois tombé , ne laissa phis apercevoir que l'erreur et \es abominations qui en étoient la suite. Les fidèles profitèrent de ce moment décisif pour renverser ce temple trop célèbre de VoKanus , où les druides exerçoient depuis si long-lemps leurs cérémonies sacrilèges et superstitieuse».

32. 33. La semence de l'Evangile, que saint Clair avoit portée à Rennes , tf étoit pas tombée dans une terre «térile. Ilparoît presque certain que , dès la mort de Constantin , qui arriva en 337 ' ^"^ église étoit formée dans cette ville , et qu'elle avoit un évêque à sa tête. Le premier fut Moderan (5) ; elle fut ensuite gouvernée par Justin ou Just (6) , Riothime (7)^

(i) Cod. theod. lib. 2. de Epîsc. lib. 16. leg. 1. Till. not. 71 sur Constant;

ttt. 2 et 5. (5) Le nom de Moderan vient de mod , cha-

(2) Cod. Theod. lib. 4. tit. 7. lib. 16. tit. 2. rilable , et de eran , grand.

Cod. Just. lib. 1. tit. 13. (6) Celui de Just vient de ju$ , humble.

(3) Sozom. lib. 1. c. 9. Godef. ad Cod. (7) Celui de Riothime a pour origine rio , Theod. prînce, et tam^ nourriture : excellent pirédico'

(4) Soiom. lib. 1. c. 9. Cod. Theod. extra leur.

I 7^ HISTOIRE ECCLlÉSIàSTIQUE.

£lectran(i) et Jean (a)^ autrement le blanc. On assure que Riotbimefut «acre par saint Martin (3).

Si l'on peut juger de ta sainteté des fidèles de celte nouvelle église par celle de ses premiers pasteurs, on pourroit avancer que leurs vertus furent portées à un baut degré de perfection. Quoiqu'il en soit^ ces cinq évéques furent tous également recommandables par leurs rares qualités. On les a mis après leur mort au nombre des saints.

34. Les temples que Ton avoit dédiés dans la ville de Rennes à Isis , h Thétis et aux autres dieux , firent place , du moins avant la fin de ce siècle , à ceux de Jésus-Cbrist. Il n'est pas probable que ceux de Cérès et de Pan j que Ton met sur les bordis de la Vilaine , à l'endroit où a été bâtie la ville de Vitré, aient été purifiés, comme on le dit, par saint Clair, lorsqu'il prêcha l'Evangile dans ce lieu (4). Le paganisme étoit alors trop puissant ; la prudence chrétienne n'autorisoit pas un éclat de celte nature. Nous croyons plus volontiers que les grottes voisines de ce canton , qui étoient sur la Vilaine , et qui avoient servi de repaire aux druides , furent sanctifiées dans la suite par la présence de vertueux her mites , qui se li<vrèrent à la contemplation des biens célestes.

35. A l'exemple de Constantin , Constance 11 défendit le culte public des idoles ; il enjoignit de fermer leurs temples , non-seulement dans les villes , mais encore dans les campagnes ; ceux qui auraient sacrifié furent menacés de la perte de la vie et de leurs biens ; les gouverneurs qui n'auroient pas puni les réfractaires éfoient sujets à la même peine. Les sacrifices nocturnes que le tyran Magnence a voit permis , furent proscrits. Cependant , ni Constantin , ni son fils, ne forcèrent personne à devenir chrétien ; les pontifes païens conservèrent même leurs anciens litres et leurs prérogatives ; les empereurs ne cherchèrent pas à faire exécuter contre les païens leurs lois à la rigueur.

Constance confirma et même il étendit les immunités que son père avoit accordées au clergé ; il es^empta les clercs , leurs enfans , leurs femmes et leurs esclaves des impositions extraordinaires, et du logement des gens de guerre et dies officiers du prince ; ils continuèrent d'être assujettis aux contributions ordinaires. Comme la plupart travailloient de leurs mains , ou faisoient quelque commerce , Tempereur les exempta de l'impùt attaché à la condition d'artisan et de marchand. «Car, dit-il, ce qu'ils araas-

(1) Eleclran vient d'el, grand ; dVcA , pré- (3) Maan , Hist. eccles. Turon.

position supcrQue y et de fram , fréi. (4) Albert le Grand, Catal. des évéq. de

(2) Jean le même que can , veut dire hlane. Rennes.

» sent par leur épargne et par leur négoce, doit être employé au soula- » gement des pauvres, d II ne dispensa des emplois municipaux que ceux des enfans des clercs qui étoient nés depuis que leurs pères avoient entré dans la cléricature. « La religion , dit ce prince , dans une de ses y> lois, fait notre joie et notre gloire; et nous savons que le ministère des » autels est encore plus utile à la conservation de notre état , que les ser- » vices et les travaux corporels. »

Mais tandis que d'une main cet empereur soutenoit la religion, de l'autre il tentoit d'en renverser le fondement , par la protection peu réfléchie qu'il accordoît à l'arianisme. Nous ignoi*onssi la persécution qu'il excita dans les Gaules s'étendit jusques sur les églises de Nantes et de Rennes.

36. Agitée par l'hérésie sous Constance , l'épouse de Jésus-Christ eut de nouveau à combattre l'idolâtrie sous Julien. Saint Grégoire de Nazianze^ qui avoit fait ses études avec ce prince , avoit dit que l'Empire nourrissoit un monstre en sa personne (i); ses vertus morales , tant célébrées par ses panégyristes , n'étoient dans le fond que des vices éblpuissans et parés par la plus ingénieuse hypocrisie. Ses premiers soins furent de rouvrir les temples des faux dieux , et de rétabUr les sacrifices pour lesquels il avoit une passion décidée. Sa douceur affectée n'ayant pu corrompre les chrétiens , et les autres moyens qu'il inventa étant devenus également inutiles , il en vint à tolérer la persécution. Salluste , l'un de ses confidens , reçut de sa main la- charge de préfet du prétoire des Gaules. Ennemi , comme lui, des chrétiens , il ne leslais^ja pas tranquilles. Plusieurs y reçurent la couronne du martyre.

37. Dès l'avènement de JuHen à l'empire , les païens firent ressentir aux chrétiens del'Armorique qu'ils avoient tout à craindre. Deux frères d'une famille noble s'y distinguoient par l'attachement qu'ils portoient à la religion. On ne sait précisément dans quel lieu de l'Armorique ils avoient pris naissance.

L'aîné se nommoit Ravent (2) ; il avoit mérité par sa science et ses vertus d'être élevé au sacerdoce. Rasiphe , plus jeune , avoit resté dans l'état de simple fidèle. Tous deux étoient enflammés d'une ardeur égale pour la conversion des idolâtres. Leur zèle fut payé par de mauvais traitemens. Pour éviter la mort dont ils ctoient menacés , ils quittèrent leur patrie. Ils allèrent se réfugier dans un lieu solitaire de la Neustrie. Cette

(1) Orat. 4. article, et de treni oa guenl, avant : celui

(â) Le nom de Ravenl peut ^eoir de ra^ qui est avant ^ c*est-ù-dire> VaM.

fj^ ÈtlSTOlAE ECCLESIASTIQUE.

retraite ëtoit à peu de distance de la ville de Sées ; elle fait aujourd'hiri partie de la paroisse de Macë (i).. Eloignés des hommes , ils étoient plus près de Dieu. Contens du nécessaire , ils ne mangeoient que des légumes: Teau d'une fontaine voisine apaisoit leur soif.

Ces deux frères , dont le monde n*étoit pas digne par sa perversité , avoient fait divorce avec lui ; le monde , frappé de leur vie plus qu'humaine , se rapprocha d'eux. Ces pieux solitaires reçurent avec bonté la multitude qui s'empressoit de les visiter. Les connoissances qu'ils avoient de la médecine leur servirent à dissiper les maladies du corps ; ce fut pour eux une occasion de guérir celles de l'âme : ils la saisirent avec d'autant plus d'avidité qu'on ne cherchoit pas de remèdes à celles-ci , et qu'on en ignoroit les suites terribles. Les disciples qu'ils acquéroient chaque jour à Jésus-Christ faisoient le triomphe de la croix et sapoient l'idolâtrie , à la conservation de laquelle l'empereur prenoit un intérêt si vif. Les deux anachorètes furent bientôt déférés aux juges qui avoient en inain l'autorité; Les bourreaux chargés de leurs ordres , les maltraitèrent si inhumainement qu^ls les laissèrent pour morts. Ravent avoit perdu un bras; Rasiphe étoit couvert de blessures. Cependant ils vécurent encore trois semaines dans cet état douloureux. Râvent expira le vingt-troisième jour de juillet y et Rasiphe le lendemain. Aucun monument ne marque Tannée de leur mort. Nous ne pouvons mieux la fixer qu'en l'an 363 , temps où finit , avec Julien l'Apostat ^ le règne de l'idolâtrie (2). Un prêtre à qui Ton fait porter le nom de HumJ:)ert (3) ensevelit les deux martyrs , chacun dans un cercueil de pierre. On construisit sur le lieu une église , où il s'opéra plusieurs miracles. L'auteur des actes de ces saints en appuie la vérité sur le témoignage de ce HumJ:)ert , dont il dit que la vie étoit irréprochable (4). Leur mémoire a toujours été précieuse au diocèse de Sées. On y en fait Toffice le vingt-quatrième jour de juillet , et à Bayeux le vingt-troisième (5).

38. Parmi les disciples de S. I^ilaire , évéque de Poitiers , l'Athanase des

(i) Ma 9 habitation ; $ai , forêt : habUation saints dut encore moins arrirer sous Consente milieu d'une forêt. tantin et son fils Constance. Il faat donc la

(2) Ces deux saints frères armoriques n'ont renvoyer soos Julien , k qui elle convient si

pu être martyrisés du temps de saint Clair « bien.

parce que, quand il parut à Nantes, iln'avoit (3) Le nom de Humbert est composé Ide

point de prêtres , et que , pendant le règne hon , grand, et de ber, eonslilué en dignité.

de Constance-Chlore où il annonça l'Evan- C*en étoit une que d*ètre élevé à la prêtrise,

gile plus à découvert, ceux qui gouvernoient (4) Ex vet. Hb. manus. Eccles. Bajoc. et

dans les Gaules n'auroient pas osé punir pour Cartul. Abbat. S. Ebrulfi.

cause de christianisme. La passion de ces (5) Brev. Bajoc. Prq>r. SS. Eccles. Sag.

TROISIÈME ET QUATRIEME SliCLES. I73

Gaules, on compte saint Liipien. Il fut baptisé par ce saint prélat, et il mourut peu de jours après son baptême ; il portoit encore des vétemens blancs. Les miracles qui furent faits sur son tombeau rendirent son nom célèbre. Un muet y reçut la parole , un aveugle la vue et un paralytique la santé (i). On prétend que ce saint avoit été inhumé auprès de Nantes ; cet honneur appartient à la petite ville de Ratiate (li).

39. Eumere , que Ton appelle aussi Emmere et Evemere , qui succéda k saint Similien , est le premier évêque de Nantes dont le nom soit connu d'une manière authentique. Ce prélat assista au concile de Valence dans la Viennoise, qui se tint Tan 874 , le douzième jour de juillet, sous le consulat de Gratien et d'Equice. Il s'y trouva vingt-un évéques , ou même trente , s'il faut en croire un manuscrit. La plupart éloient de l'ancienne Narbonnoise ; mais il y en avoit de plusieurs autres provinces des Gaules. Cette assemblée peut passer pour un concile général de toutes les Gaules.

Les noms des évéques qui y furent présens se lisent dans l'inscription des lettres de ce concile et dans les signatures que Ton voit au bas , mais le même rang n'y est pas observé. Eum.ere est le second dans l'inscription et le troisième dans les souscriptions. Nous n'en savons pas la raison. On n'a point désigné quel étoit le siège de chacun de ces évéques ; mais dès lors qu'Eumere occupoit dans ce temps celui de Nantes , on peut croire avec fondement que c'est lui qui assista à ce concile. D'habiles /écrivains l'ont ainsi pensé avant nous (3).

(1) Greg. Tur. de Glor. Confess. c. 51. on lit : « In Razexio, in eeelesia Sancli Pe-

(2) Voici ce que Grégoire de Tours dit à oe » tri, qum est sUa juxta Sanetam Opportusujet : « Inlra ipsum Piclavorum terminum n nam, » Ceux qui ont prétendu que saint » qui adjaeel eiviiali Nannetieœ, id est: in Lupien avoit été baptisé à Rezai , ont été » vieo RaUatenêi, Lupiantis quidam in àlbU trompés par la si^militude qu'ils croient trou- » transieni requiescit. Hic fertur à heato Hi- ver entre ce dernier ijom et le Vicus Ralia- » lario ÀnliiUte donum baplismalis susce- tentis. Hais Tétymologie de l'un et de l'autre » pisse , sed mox , ut diximus , migravil à ne se ressemble pas. Nous avons donné celle » eorpore.n (De Glor. Confess. e. 54). Ce que de Ratiale , t. 1, p. 13. Celle de Rezaî vient cet historien appelle Vicus Ratiatensis est le de re, rivière, et de sai, forêt : lieu au immème qneRatialum de Ptolemée, ou Ratiate lieu d'une forêt ^ sur le bord d'une rivière. dont nous avons parlée t. 1, p. 13 (*). M. d'An- D'ailleurs Rezai , qui est sur la Loire , a tou- ▼ilie et H. l'abbé Belley font voir que cette jours fait partie du pays nantois ; le canton petite ville est maintenant représentée par de Raits n'y a été incorporé qu'au neuvième s^int Pierre et sainte Opportune de Raits , siècle. Il est probable que saint Lupien avoit dont il est fait mention dans un titre de Mar- pris naissance à Ratiate ; c'est du moins ce moutier du neuvième siècle , et qui porte ce que son nom signifie. Lug , forteresse ; pi , qui suit : a Eeelesia Sancli Pétri de Radesio , élévation ; an , Umme ; homme qui habite une » juxta eastrum quod voeatur ad Sanetam éminence où il y a une forteresse.

» Opportunam. » Dans un autre de l'an 1065, (3) Hist. littér. de la France , t. 1.

(*) Ci-desf ut , Introduction , n. 23 et tuiv* p. 7. a. V.

Le motif de la convocation de ce concile prenoit sa source dans quelques différens qui partageoient les ëvéques. On ne connott pas en quoi ils consistoient.

/|0. Ce n'ëtoit pas assez de travailler à la destruction du paganisme et d'en renverser les idoles; il falloit encore soutenir la discipline de l'Eglise et corriger les abus qui , à l'abri de la perversité du cœur de l'homme , se glissent peu à peu dans le champ du Seigneur.

La crainte de la persécution excitée par Julien avoit pu arrêter des âmes timides , et les empêcher de confesser Jésus-Christ , auquel elles croyoient intérieurement ; quelques-uns même pouvoieut avoir enlièr.ement trahi leur religion. D'autres , surtout les fidèles de la campagne , où ridolâlrîe conservoit encore son empire , étoient exposés à démentir leur foi , par le penchant et la facilité qu'ils avoient à s'initier de nouveau aux cérémonies païennes. La paix dont TEglise jouissoit étoit propre à amollir les chrétiens et à les rendre moins attentifs à remplir leurs devoirs. Le sanctuaire même est sujet à des relàchemens.

C'est pourquoi , l'afTaîre principale étant heureusement terminée , des évêques proposèrent y comme ils le disent dans la lettre synodale , « de » traiter de quelques désordres que la sainteté de TEgKse ne permet pas » de recevoir , ni la coutume de condamner avec la sévérité qu'ils méri- ^) toient. Car; ajoutent-ils , ces vices sont tellement enracinés dans toutes » les églises , qu'il est difficile de les extirper ; ce qui devroit couvrir de V honte les coupables. Mais , après de mûres et de longues délibérations y » nous avons pris des mesures pour retrancher les scandales et conserver y> la sainteté de l'Eglise. » Ces prélats avoient en vue les bigames , que Ton avoit admis aux saints ordres.

4i' Les pères du concile firent quatre canons. Les voici ces règlemens si respectables par leur ancienneté.

I. «c Pour ne pas déshonorer le clergé , nous défendons d'ordonner dans » la suite les bigames , c'est-à-dire , ceux qui ont été mariés deux fois ou » qui ont épousé une veuve. Cela n'est jamais permis , non pas même » quand ces mariages auroient précédé le baptême. Mais , comme nous y> ne pouvons pas condamner ceux de nos frères qui , par ignorance , 3» par implicite ou présomption , ont été ordonnés en cet état , ni rei> médier au mal qui s'est fait depuis long-temps dans les églises , nous ne » déposons point ceux qui ont été élus de la sorte , s'ils n'ont fait quel- » qu'autre faute qui les rende indignes de leur ministère. »

II. ce Ou n'accordera pas facilement la pénitence aux filles qui se sont nia- » liées librement , après avoir voué à Dieu leur virginité. Si on la leur » accorde, elles ne seront point admises à la communion qu'elles n'aient » satisfait à Dieu par une pénitence pleine et convenable. »

' IIL « k regard de ceux qui , après avoir reçu le saint bapléme , se sont i* souillés par les sacrifices profanes des démons ou par quelque purifij> cation incestueuse (i) , nous avons jugé à propos , selon que l'ordonne » le concile de Nicée , de ne pas leur fermer l'entrée de la satisfaction , » de peur de Ifô jeter dans le désespoir ; mais ils feront pénitence jusqu'à » la fin de leurs jours , dans l'espérance néanmoins que leurs péchés )> leur seront remis par celui-là qui les pardonne , et dont la miséricorde » est si grande que personne ne doit manquer de confiance en lui. Car i> Dieu n'a pas fait la mort , et il ne se plaît pas à perdre les vivans. »

IV. a Nous avons cru qu'il étoit avantageux à l'Eglise que vous sussiez , » nos très-cliers frères , que ceux qui, étant sur le point d'être ordonnés )> diacres , prêtres ou évêques , se confessent coupables de quelque crime » mortel , ne doivent pas être promus à ces ordres , parce que , s'ils ne » sont pas en effet coupables de ces crimes , ils le sont du moins d'avoir » menti pour s'en faire croire coupables , car il n'est pas plus permis de i) porter faux témoignage contre soi que contre un autre. Que la bouté » divine vous conserve à jamais , nos très-cliers frères. »

Gratien attribue deux autres canons à ce concile (2). Par le premier , il est défendu à l'évêque de donner ou d'échanger les biens de l'Eglise , sans en avoir obtenu , par écrit , le consentement de son clergé ; et il est décidé que la donation est nulle. Par le second , il est ordonné que les prêtres qui sont à la tête des églises du diocèse demanderont , avant la solemnité de Pâques , le saint chrême à leur propre évêque , par euxmêmes ou par un autre prêtre , et non par un jeune clerc. Mais la lettre synodale du concile, telle que nous l'avons , ne renferme que les quatre premiers canons. Elle est adressée à tous les évêques des Gaules et des cinq provinces (3).

(1) Le texte de ce canon porte inceslà lava- (2) Labbe , Concil. t. 2.

lione, M. Fleury et quelques autres enlen- (3) Par le nom des Gaules, on n'entendoit

dent ces mots, de la réitération du baptême alors que la Lyonnoise et la Belgique. Les

parles hérétiques; nous ferons voir dans nos cinq provinces comprenoient la Viennoise,

remarques pourquoi nous pensons autrement, les deux Narbonnoises , les Alpes maritimes

I^^ RISTOIHE ECCU^I ASTIQUE.

4^. Pendant que les Pères tenoient le concile à Valence, Accepte fut nommé à rëvêclié de Frëjus, Pour éviter Tordination , il s'accusa d'un crime. Le clergé et le peuple , qui attribuèrent celte confession à son humilité , en écrivirent au concile. Concordius d'Arles , qui se chargea du rapport de cette affaire , rendit à l'assemblée un témoignage favorable à l'élu. Mais les évéques ne crurent pas devoir enfreindre le canon qu'ils venoient de porter. Ils écrivirent à l'église de Fréjus une lettre par laquelle ils lui détaillent les motifs de leur ordonnance. « Quoique nous 3> n'ignorassions pas , disent-ils, qu'il y en a plusieurs qui , par pudeur » ou par crainte de l'épiscopat , ce qui est une marque de leur sainteté , » déposent d'eux-mêmes des choses fausses pour se soustraire à cet hon- » neur ; cependant , comme l'on est toujours plus porté à croire le mal » que le bien , et qu'on ne cherche qu'à médire des évéques , nous » avons jugé que, quiconque dira contre lui-même des choses vraies ou » fausses , on doit l'en croire sur sa parole. C'est pourquoi il a été or- D donné d'éloigner ces sortes de personnes d'un rang où l'on ne doit y> souffrir aucun scandale, d

43. Le corps de S. Similien , au tombeau duquel s'opérèrent plusieurs miracles , fut levé de terre par Eumere. On construisit , sur ses reliques , une église qui fut consacrée par ce prélat. On rapporte que la tête du saint pontife fut séparée dès autres parties de son corps ; qu'elle fut richement enchâssée et inise dans le trésor de l'église ; que le reste de ses ossemens fut déposé dans un sépulcre de pierre. Mais nous observerons que la coutume de partager les reliques ne s'introduisit en occident que plusieurs siècles après celui-ci. C'est par cette raison que saint Grégoire le Grand refusa d'envoyer à l impératrice Constantine le chef de saint Paul , qu'elle lui avoit fait demander pour le placer dans l'église qu'on édifioit en riionneur de ce saint apôtre dans le palais de Constantinople.

44- Les catalogues font Marcus, ou Marcius, successeur d'Eumere. C'est tout ce que l'on nous a appris de cet évêque. En levant le voile qui nous cache ce que son nom exprime , nous connoitrons que ce prélat s'attira le respect et la considération de ses diocésains (ï) ; ce qui suppose qu'il avoit les qualités de son état , éloge lé plus flatteur que l'on puisse se procurer.

45. Arisius remplaça Marcus et fut sacré par saint Martin (2). Ce fut,

et les Alpes grecques; ou, suivant quelques- (1) JlfafcA veut dire vénirabU^ respecta^

uns , la Novempopulanie à la place des Alpes ble.

grecques. (2)Ma«n , Ulst. écoles. Turon.

dit-on ,

TROISlikMS ET QUATAIÈME SIECLES. I77

dit-on , ce prâat qui fil transférer de Reguiny à Nantes le corps de saint Clair. On lui attribue l'érection de six paroisses dans son diocèse , dont trois nous sont connues : Oudon , Cordemais et Donges (i).

46. Après Ârisius , on voit Desiderius ou Didier siéger à Nantes. On veut que saint Martin lui ait imposé les mains (a). Si le fait est certain , il a du arriver peu de temps avant la mort de ce saint évêque de Tours.

47. Les édifices consacrés au vrai Dieu sotis l'invocation des saints dont nous avons parlé , n'étoient que des églises du second ordre. Les évêques de Nantes en dédièrent une à saint Pierre. C'étoit l'église matrice. Pour nous en former tine idée, nous n'avons besoin que de nous représenter celle de Tyr, qui fut rebâtie après Tan 3i3. Toutes celles que l'on voit incontinent après dans les autres pays y sont si conformes , dit M. Fleu* ry (3) , qu'elles paroissent avoir été construites à peu près sur le même modèle, qui, par conséquent, venoit d'une tradition plus ancienne.

Voici donc quelle étoit l'église de Tyr. Une enceinte de mut*aille renfermoit tout le lieu saint , dont l'entrée étoit un grand portail tourné à l'orient , si élevé qu'il paroissoit de fort loin , attirant les regards des infidèles comme pour les appeler à l'église. On entroit d'abord dans une grande cour carrée , environnée de quatre galeries soutenues de colonnes , c'est-à-dire , un péristyle ; entre les colonnes étoit un treillis de bois , en sorte que les galeries étoient fermées , mais à jour. La s'arrêtoient ceux qui avoient encore besoin des premières instructions. Ati milieu de la cour et vis-à-vis l'entrée de l'église , étoient des fontaines qui donnoient de l'eau en abondance, afin qu'on pût se laver avant que d'entrer, et pour être des symboles de la purification spirituelle. Après avoir passé la cour , on trouvoit le portail de l'église , ouvert aussi vers Torient, par trois portes. Celle du milieu étoit beaucoup plus baute et plus large que les deux autres. Ses battans étoient de cuivre avec des liaisons de fer, ornés de sculptures agréables. Par cette principale porte on entroit dans la nef , ou le corps de la basilique , et , par les deux autres , dans

(1) Albert le Grand, Cat.desEv.de Nantes, hitalion. Ce qui signifie, hàbilalion sur le

Oudon est sur la rive droite de la Loire , à bord d'une rivière. Donges tire son nom de don^

tinq lieues environ, nord-est, de Nantes. ha$, et de ge, rivière : terrain bas sur le bord

Cette paroisse est redevable de son noin à sa d'une rivière. Cette paroisse est sur la rive

position. Ou ^ auprès; (Ion, rîvtére. Cordemais droite de la Loire, ^ deux lieues nord-ouest

ou CordemeZy aussi sur la rive droite de la de Penbeuf; son terrain est marécageux et

Loire , environ à quatre lieues ouest-nord- abondant en pâturages , où l'on nourrit une

ouest de Nantes, est ainsi appelée de cwr , grande quantité de menu bétail, qu'on prononce cor , qui veut dire bord ; de da, (2) Maan , Hist. eccles. Tur. en composition de, rivière, et de maie , ha- (3) Hist. ecclés. t. 3.

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