HISTOIRE £GCL^IA8TI<^E
les bas côtes ou galeries qui raccompagnoieQt de part et d'autre^ et audessus desquelles étoieot des fenêtres fermées seulemeot de treillis de bois, d'un ouvrage délicat , avec divei*s ornemens ; car , dans les pays chauds, ]es vitres ne sont point d'usage (i).
La basilique étoit grande , élevée , soutenue de colonnes beaucoup plus hautes que celles du péristyle. Le dedans étoit bien éclairé et briUoit de tous côtés , orné des matières les plus précieuses et des ouvrages les plus exquis. Elle étoit pavée de marbre en très -beaux compartimens , couverte 4^ cèdres , que le voisinage 4^ Liban fournissoit en abondance. Au fond on voyoit des trônes , c'est-à-dire , des sièges fort élevés , pour les prêtres et pour l'évéque au milieu* d'eux. Ces sièges étoient disposés en demi-cercle qtii enfermoit l'autel par derrière , car il n'y en avoit qu'un seul , en sorte que l'évéque, dans les prières, regardoit le peuple en face et étoit tourné à l'orient. Le sanctuaire éloit fermé au peuple par une balustrade ou treillis de bois , orné d'une sculpture admirsd^le ; tout le reste de la basilique étoit rempli de banc$ rangés dans un grand ordre. Des deux côtés en dehors étoient de grandes salles ef d'autres pièces destinées pour les catéchumènes , comme le baptistaire et les lieux où on les instruisoit. Op peut aussi compter entre ces pièces la diaconie , la sacristie , la salle d'audience et d'autres semblables nooimées en d'autres églises. Ces pièces avoient des portes de communication pour entrer dans la basilique par les bas-côtés. L'église ainsi accompa^ gnée étoit enfermée d'une muraille , pour la séparer de tous les lieux prof^n^s.
48. Après la mort de Julien , la rdigion chrétienne remonta sur le trône impérial pour ne plus en descendre. La Providence divine ne fit que montrer Jovien ; mais elle lui donna assez de temps pour ^rétablir les églises dans leurs privilèges, et pour rendre aux clercs, aux veuves et aux viergçs les immunités dont son prédécesseur lep ayoit privés.
(1) M. Fleary , de qui nous empruntons ce fendoient en pièces larges et minces, telles que
récit, n*a pas fait attention que les vitres, le talc, pour j faire passer la clarté du jour
suivant le sentiment le plus certain , ne furent et les défendre des injures de Pair. Sénèque
inventées que vers le temps de Tempereor appelle cette pierre #p0tfu2ar«. Pline , dans son
Théodose, déclaré Auguste en 379 et mort en épttre 91^ dit que le verre étoit cependant
395. Ainsi , quand bien même les Tyriens au- connu des anciens bien des siècles avant lui ,
roient regardé les vitres comme nécessaires à car ils avoient des bouteilles , des gobelets et
leur église, il est au moins incertain qu'ils autres vases de verre et de crystal. Ce qu'il y
eussent pu en faire usage. Les fenêtres des édî- a d'étonnant , c'est qu'ils n'aient pas pensé k
fices fermoient avec de la toile , du parchemin , s^en servir poar leurs fenêtres, ou bien avec des pierres transparentes qui se
TROlStiME ET QtTÀTRI^StE SlilCLES. 1 79
49« A la loi que Constantin avoit portée sur la sanctification du dimanche y Yalentinien I ajouta la défense d^exiger ce jour-là des chrétiens les contributions publiques. En mémoire de la délivrance du genre humain qui s'est opérée le jour de Pâques ^ il ordonna que , dans cette sainte solemnité , la liberté seroit rendue aux prisonniers. Il en excepta seulemeilt les sacrilèges , les empoisonneurs j les adultères j les ravisseurs , les homicides j les magiciens et les coupables du crime de lèze-majesté', parce qu'il regardoit l'impunité de ces crimes comme trop opposée au bien de la sociétéé II voulut que les amendes que Ton feroît pratiquer dans les causes ecclésiastiques j tournassent uniquement au soulagement des pauvres. Il défemlft aux clercs et aux moines de fréquenter les maisons des^ Teuves et des orphelines. Il confisqua au profit du fisc les donations que ces femmes leur f croient ^ sous prétexte de piété, de leur vivant ou par testament. H défendit d'admettre dans le clergé les personnes riches et les décurions , k moins qu'ils n^abandonnassent la propriété de leurs biens ou à la communauté municipale , ou à quelqu'un de leurs parens qui supporteroient les charges publiques et rempliroient leurs fonctions (i). Il vou- Itat que les biens des viciées consacrées à Dieu fussent exempts de taille. Il étendit ce privilège sur les veuves qui ne passoient pas à de secondes noces»
Grafien porta une loi qui ordonne que les causes moins importantes , qui ont pour objet la religion , seront décidées par l'évéque ou par les synodes des diocèses (le diocèse comprenoit alors le district d'une ou de plusieurs provinces) ; mais poUr les civiles ou criminelles , elles devoiettt erre portées aux tribunaux des juges laïques ordinaires et extraordinaires.
Théodose ordonna d'interrompre toute procédure criminelle pendant tes quarante jours qui précèdent la fêle de Pâques, i* Les juges , dîsoit-il , 9 ne doivent pas punir les criminels dans un temps où ils attendent de it Dieu la rémission de leuna propres crimes. » Il suspendit les procédures, même civiles, durant la quinzaine de Pâques; et tous les dimanches de l'année , les spectacles furent interdits par son ordre.
Gralien attaqua , en SSa , l'idolâtrie jusques dans ce qu'elle avoit de plu» cher. Il confisqua les revenus attachés à l'entretien des pontifes
(1) Yoyei ce que nous avons dit du sénat par la nomf nation du sénat, par héritage, ou eii
inférieur dans notre Introduction , p. 251 (*). acquérant les biens fonds d*un décurion. Quel-
Les décurions étoient membres de ce sénat : ques-uns entroient volontairement dans cette
leur chefs^appeloitDécemvir. La naissance fai- compagnie; d^autres tâcboient de s*y sons'-
soit un décurion. On^ le devenoit souvent aussi traire à tause de sts charges.
[*) Ci-desfut, InlroduclioD , n. 202 , p. 97. a. V.
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païens ^ ainsi que les terres dont la superstition avoit gratifié les temples. Il cassa les privilèges et les immunités des prêtres. Il attribuoit au fisc les fonds qui leur seroient légués. La dignité de grand pontife , attachée depuis si long-temps à celle des empereurs , passa entre les mains du pré-? fet de Rome. Gralien , qui crut ne devoir plus user de ménagement politique envers les idolâtres , refusa la robe pontificale. Valentinien II fit , de son côté , des ordonnances^ pour la destruction des idoles.
5o. Les faveurs et les grâces que les empereurs répandoient sur le christianisme, lui acquéroient de plus en plus la vénération des païens qui youloient réfléchir; mais les édits qu'ils portoient contre l'idolâtrie , n'étoient pour l'ordinaire que des menaces. Il paroît certain que la violence ne fut point employée dans les cités de Nantes et de Rennes. Les évéques de ces deux diocèses qui , sans doute , avoient le même esprit que saint Hilaire y leur voisin , se seroient opposés à cet abus, et ils se seroient écriés comme lui : Dieu est le Dieu de tous les hommes; il n'a pas besoin d'une obéissance sans liberté ; il ne reçoit pas une profession que le cœur désavoue ; il ne s'agit pas de le tromper , mais de le servir.
5i. Cependant la foi que saint Clair avoit prêchée à Venues , n'y avoit jeté que de foibles racines. La voix des hommes apostoliques n'avoit point encore retenti chez les Osismiens , les Curiosolites et les Diablintes de Dol et d'Alet. Dieu en réservoit la conversion aux habitans de la Bretagne. Les Armoriqi^es Içur avoient donné la naissance selon la chair : les insulaires dévoient à leur tour donner à la plupart d'entr'eux la naissance selon l'esprit.
52. Dieu , dij le vénérable Bede (i) , qui choisit douze pauvres pêcheurs pour convertir le monde , inspira y du temps des empereurs Marc-Aurèle et Commode §on fils , à un prince de se faire ap6tre et dç regarder comme moins ayantagepx de porter une couronne , que d'étendre la foi dans cette partie éloignée de l'univers. Ce prince s'appeloit Lucius (2). Il régnoit dans une partie de la Bretagne^ sous la dépendance de l'Empire romain. Il envoya a Rome une ambassade pour demander au pape Eleuthere des ecclésiastiques qui pus^nt lui apprendre et à ses sujets la doctrine chrétienne, célébrer parmi eux les saints mystères et leur conférer les sacremens. Cette ambassade fut reçue avec joie par le saint pontife; il cliargea des hommes instruits de porter l'Evangile dans la Bretagne.
(1) Hist. lib. 1. c. 4. ble, et de $i , $ei(puur , roi.
(2) Le nom de Lucius vient de lug, agréa-
TROMliHE ET QUAtRliMË SlisCLES. iSt
D'après Gildas et Bede (i), on croit que Fagàn'ef^-Daitiièn ^toient à la tête de cette mission. Ils décédèrent' tlans le dibcè^dë LandafF, ou du moÎDSy bien près de ses limites. Jly a eu y (ians le pays de Galles, une église consacrée sous leur invocation (2). Dans lé comté de Sorimierset , on a vu une église paroissiale qui portoit le ilôni ide saint Deitivien^ qui: répond à celui de Damien (3). :' '
La foi que les envoyés d'Eleutheiré avoiènt préchée dans la Bretagne y fut reçue avec tant d^avidité , qu'elle paissa bientôt dans le nord de Tile^ où , comme le dit TertuUien (4) , fes aigleâ' romaines n^avoient pu pénéti*er j c'est-à-dire, qu'dle s'étendit jusqties dans l'Irlande. L'Ecosse, toujours unie à la Bretagne et babitée par les Pietés , qui étoient Bretons , fut éclairée de l'Evangile à peu près dans le même temps que les sujets de Lucius. Saint Prosper, après avoir donné au pape Gélestin l'éloge qu'il méritoit pour la peine- qu'il prenoit d'étoufTer le pélagianisme dans la Bre* tagne , ajoute qu'il à sacra aussi un évéque pour les Scots , et que , peu p satisfait de conserver la foî dans l'Ile romaine , il travailloit en même * temps à rendre chrétienne une ile barbare (5). » U^serius remarque judicieusement que , par cette tfe barbare , il faut entendre FIrlande. Quoique l'Ecosse li'ait jamais été subjuguée entièrement par les Romains , elle a toujours fait partie de l'île de Bretagne. Les fidèles y «Urent peu à redouter les persécutions des empereurs païens : les forets et les grottes leur oflfroient des asiles. Saint Âlban ren^dit néanmoins un glorieux témoignage à Jésus-Christ , sous Dioclétien , dans la ville de Verulam. Cette ville , dont il ne reste plus de vestiges , fut détruite dans la suite pv les S^ons. Les évéques de Londres , d'Yorck et de Colchester assistèrent, en 3i4 , au concile d'Arles. Tel étoit Tétat du christianisme dans la Bretagne aux troisième et quatrième siècles.
53. Le3 troubles qui agitèrent l'île du temps de Constance-Chlore, forcèrent un grand nombre de personnes à s'expatrier. Ce prince les plaça dans le territoire des Curiosolites et dans celui desVenetes. Ce furent probablement quelques-uns d'entr'eux qui donnèrent le nom à Maure et Mauron ; ce sont actuellement deux paroisses du diocèse de Saint Malo , et dont le terrain étoit alors du département des Curiosolites. Les noms de Maiu*e et de Mauron sont originairement celtiques et viennent du terme Mawr qui veut dire grand. Il servoit à distinguer les habitans de l'ile de
(1) Usserins, Eccles. britan. antiq. (4) Lib. contra JadaK>s.
(2) Harpisfield , Hist. lib. 1. c. 3. (5) S. Prosper contra collatorem. c. 21.
(3) Annales de Stow.
oeux de rAittori^ev. Celte, partie ;dii^»coDt^^ ëtoit connue aussi sous le qom de Veoetie, k méWque eelni de Bretagne , quanta sa signifiealion. Ce qui différenqjfoitf'dopQ las dtlis niations ^ étoieat les. ternies de Çi^nuk etde petites Bçetjign^^^d^ Kxènte que denos jonrs* Les Rotnain^ retinrent i9«ûonf& y a^<4Q^n€^ 40a0imQ9tion d* la oonseï^
\erons avec eux jusqu'à ce que les circonstances nousdëternttneDt ^ Tappe-» 1er du nom qu'elW por^^ ï9mJ»t^nsM(ài
54. k celte IransmigTprtîM $. tti:eni(ttiofda'(iuisieurs autres. La plus mé< morable et U plus avantagf usé tm Hdkrisftiainisme;, fiit celle que fit Battre Maxime , lonsqu'en 383^ CO ^^ ^^^ rejeta de la pwirpre. Cet homme , sur la naissance diuquet on a dâbitëidot cb^aeB si opposées les unes aux autres^ sans avoir pu décider claîremeat eefC|u:ilétoit , parvint aux premières cfi-» l^lés de la milice.
Jaloux de FélévatioQ da 'Ché€>dose^ dont Gratîen'étoit l'auteur , et vou« lant se frayer un cbemiii à la couronne;, ilavoit excité seorètemenC à la sediition les hégiona rpi^aia^ qw étoiesil en garnison dans la Bretagne. Les prétextes Dr'avoipp^l pasrmanqué à la sévedte ;Jaaxime ea recueillit bientôt les fruits : il foti procki^é Adigustevsûua le voile de k résistance , il jouit de cotte digqité> ài laquelle il aspiroit avec ardeur, àiosiy la (^) modestfa
cache quelquefois l'ambitûmi la flub^ démesurée^
(1) M. VAh& Gdièt à pnmifé qa^rn graid eer Idées , trop eonfendés d'âiOeart 2 son îhnombre de Bretons >efaèieni enOenie «veo dolenceaatinrelle. CMIg«daupavat nSéBacersé' Maxime; qu'ils furent placés dans FAnnori- neusetnent la Bretagne ; mab brsqn'il eat que et quîls* ne retournèrent pas dans TUe. ran^ son armée en bataille sur la c6te de Ces prenres^ÉettooTent à Ai todenAsto^ l'Ile et quil kit eut dbnné le signal du' cornre de Bretagpt , t. i. , par D. IMîoé etf D( . bat) aans^a^if d'einearis à sa reneontre , pac Taillandier. M. Tabbé des Fontaines , babile un nouteau'traitdeœaeiirayaganceaqmne critique , a adopté ce sentiment dans son His- contenoient qu^à lui , il fit ramasser des cot^ des dnes; de Bfetagne s oa Bf foîlpas quîUages à ses treopes^, et , chargé de ces qu*on puisse Tattaquev d'une. manîèm solide^ dépooilletf » iie^éa revint triompher à* Bioiie»
(2) Conmie ces colonies nombreuses de Bre- Claude y^ ce prince si peu propre aux grandes tons TOBi s'incorporer arec tes Armoriqttes droses, fit flLire une expédition contire l'Ile et leur donner en quelque maniè»e> la loi , E par Plaotiua; Ge ^énéraDexpérfaneolé rempon parott intéressant de les eonnoltre. Jules* taâesTictoireSretsas^succèssemultîplièMat; César , vainqueur des Gaules , n'aroit fait que L'empereur passa Ini-méme en Bretagne. Les montrer aux komains la Bretagne. Lucain CenKi, les ÂtrebaUi, les a«^iet les TWitoassure, mén^e^C lib^ â) > ea ternes exprès, qnll : tealM se souttirenirà loi. Les GaniU kabtloient fut battu par les Bretons. Horace ( Epod; lib. le pafs* de * Kent. Leur principale ville éfcoit 7. 7.) et TibuUe ( lib. 4.) disent que cette na- Durwemwn , à présent Cantorbery. Les ilretion jouissoit , de leur temps , de sa première btUes possédoient le territoire de Bark , les indépendance. En effet, Auguste, oontent villes dorGaUeve, ou Galeve,. suivant Ploie* des fers dont il avoit enchaîné sa patrie, ne mée, et de Spkie et WiUengford. Les Rej^i chercha pas à inquiéter l'Ile. Tibère adopta étoient situés à Torient contre leg ÀltelHUes ,
TROISIibfS £T QUiLXRlàlIE MàCLES. 1^3
55. La jeunesse de l'ile suivit Maxime dans une partie de ses ^xpédtr tioDS. Pour la récompenser des sertices qu'dle lui avoit r^idiis ^ eu
où est nmiotenant le canton âe bossez et de Svrrey. Les Tiinobantes occnpoieiit ce qu'on appelle Essex et Middlesex. Leurs villes les pins célèbres étoient Lmdmwn , dite Âugmita par Ammien-Marcenin , Londres^ DurcUtum^ qui se nomme LeiUm ; CufM^aiunik , à présent MaUon; CoUmia , C^lehes^e. Ces peuples étoient les pins civilisés de la Bretagne, hd commerce qu'ils avoient entretenu arec les Armoriques leur avoit donné des mœurs sociales, ainsi Jqne le dit Diodore de Sicile. Gomme eux, ils avoient depuis long-temps des pas» sessions fixes et stables. C'étoit pour en con^ server le domaine qià'ilB sacrifièrent leur lîr perîé. Le gros de la nation , moins traitable , et dont le premier bien étoitdeaepoint sou^ Mr de maître, s'opposa de toutes ses forces aux «nues des Romains. Ostortus^Scapula ^ qui remplaça Plautins^ s'avança néanmoins chez les Silures. Ils possédoieot les cantons d'Hereford , Radnor, Brebknock , Montmoutli et GlamôrgiB. CSe peuple , n nous en croyonp ^lîn , ne t^isoit pomt usage de Pargent ; lo commoree ne se ifaisoit clieïE lui que par ^hxngù. Le maniement 4es annes étoit sa profession favorite. Le général Tomain remr porta cependant une victoire complète sur €araetacns , dief des Bretons, et le fit pri* sonnier. Les rigueurs militaires et Jes exactions des préliels qui , sdusie règne tle Nerop i accablèrent la Bretagne, iass^ent sa patiencet .Suetonins-Pailinos, qui commandoit les garnisons romaines , attaqua File Mona, aujourd'hui Anglesey. C*étoit la principale demeure des draides. Je centre de leurs superstitions et de leur autorité. La place fut emportés malgré Tefiort des soldats bretons et le fanatisme des prêtres , qui couroient le long du rivage conune des furies , avec des femmes années de torches allumées , et qui, tous ensemble , £iisoient retentir Tair de huriemens épouvantables , de cris confus et de conjuralions eiiroyables. Les druiiies périrent dans les mêmes feux qu'ils avoient destinés aux ennemis de leur liberté. Les autels sur lesquels ils versoientJe sang humain furent renversés et leurs bols sacrés abattus. Tandis que cetle sanglante expédition se passoit , Baodicée ,
reine des fcm» qui occupoienâ les cantons de Suffolke , Norfolk , Huntingbdon et Cam^ bridge» ne prenant coBseil que du i^essenti- ■KUt des outrages -que les tribuns romains lui avoient fait essuyer, s'étoitmise â la tète ^ -des Bretons. Cette héroïne avoit d^à forcé filusieurs places, lorsque Suetonios se mit en tête de secourir les autres. U fut obligé d'abandonner Londres aux révoltés. Cette ville, que les Romains avoient déjà rendue florissante par son commerce « fut livrée aux flanunes , et ses habitans furent passés , sans distinction , au fil de répée. Soetonius prit bientôt sa revanche. H profita d*un poste avantageux ; la bataille qu'il gagna fut décisive. Baodicée» pour tue pas survivre à la liberté de sa patrie et à la sienne , se fit périr par le poison. Ga- 4on dUtique s*étoit percé de sou épée dans une ^«nbkble circonstance. L'un et l'autre n'a- ▼oient pas £iit attention que la vie est un présent du ciel dont nous lui élevons compte , et qu*il n*a|^rtient qu*au maitre de nos destin ^es de reprendre ce bienfait qu'il nous a mis ^n dépôt; maîsîl ify a que la religion chrétienne .qui puisse nous apprendra l'usage que nous devons faire deTadversité et nous en montrer jes avantages. Baodicée et Caton étoient malheureusement païc^ns. Céréalis , qui commaadasous Vespasien , se fijt respec* ter des Bretons. Julius*Frontinus, qui lui sucr céda , jouit du même bonheur. Cet homme , si recommandable par ses vertus morales , gouverna la Bretagne sous Yespasien , Tite et Domitien; il soumit â l'Empire toutes les parties méridionales de Ttle. Il employa toutes sortes de moyens peur rendre doucen et agréables les chaînes qu'il veaoit d'imposer. U fit fleurir les sciences et les lettres dans la Bretagne ; U y introduisit en même temps la langue, l'architecture^ les habits et les coûtâmes des Romains. Les Bretons devinrent d'autres hommes. Le portrait que Strabon en avoît fait au quatrième livre de sa géographie , ne ressemble plus à ce qu'ils étoient du temps de Frontinus. Agricola porta le premier l'épouvante dans la Caledonie, hérissée de montagnes et de forêts ; c'est la partie septentrionale de la Bretagne* Elle était ainsi appelée du nom des
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contribuant à le faire triompher de Gratien , il la plaça dans TÀrmorique. Une partie occupa les côtes des Diablintes. Elles n'avoient pas alors
Caledons qui habitoient ce pays. Pacave et^ après lui , Vairon rapportent que la Caledonie produisoit des hommes dont les corps étoient gros et épais. Aussi, par le terme ealed, on entendoit grosseur, et par celui de ealedan^ gros. Les anciens les appeloient souvent Deucaledons on Dicaledons , pour exprimer leur bravoure. En effet , les noms de dewr et de ûich signifient vaillant , courageux. Agricolà pénétra même dans TlrlaiMfe, jusqu'alors in* connue aux Romains. La révolte de ces barbares , sous leur chef Galcacus , ne servit qu'à augmenter la gloire du général romain : ils furent défaits dans une action décisive. Comptant pe^ sur la soumission de ces peuples intraitables , qui dévoient ud jour oppriQier la Bretagne , Agricolà fît élever un rempart et établit des «garnisons entre les détroits de Glyde et -de Forth. Par ce moyen , U communication entre les sauvages et' lés provinces romaines fut interrompue ; elles se trouvèrent k Tabri de Iieurs incursions. Adrien suivit te même pla^. Pour défendre de plus en plus les frontières delTmpire, il ât construire) durant le voyage qu'il fit en Bretagne , me fortification de terre depuis Tembouchure de la Ttne jusqu'au golfe de Soiwai. Lollius-Urbi'^ eus , lieutenant de Tempereur Antonin le Pieux , répara ^ Tah 144 » le l>oiilevâi<d d'A-» gricola. C'étoit au-delà de ce boulevard que ceux des Bretons qui ne votilureBl pas se soumettre à Agricolà sYtoient retirés. On leur donnoit , particulièrement chei les Romains , le nom de Pietés. Ils se réunirent aux anciens habitans et firent corps avec eux. LesScots, qui donnèrent leur nom â l'Ecoisse , à cause des colonies qu'ils y firent passer, s^étoient d*abord établis dans Flrlande. C'est pour cela que « pendant bien des siècles , les habitans d'Irlande ont été appelés , suivant Orosius , UntAt Scots et Unt6t Irlandois. Ces Scots tiroient leur origine des Celtes. Leur langue parott â quelques savans la même que celle dont se servent encore les paysans d'Irlande et les montagnards d'Ecosse. Ils n*y trouvent que quelques variations que la longueur des temps a introduites. On croit que cette langue est un dialecte de celle des anciens Celtes ,
qui 9 selon Pelloutier et Mallet , se répandirent de la Scythie asiastique dans presque toutes les parties de TEurope. Quoi qu'il en soit, rirlande doit ses premiers habitans à la Bretagne. La proximité de ces deux iles autorise à former cette conjecture. Tacite assure d'ailleurs que les Irlandois avoient , à peu près, les mêmes mœurs que les Bretons.
Ceux-là avoient pour maisons des buttes faites d'osier qu'ils plioient avec, art et entrelaçoient de quelques lattes ; la couverture de ces maisons étoit de paille. Cette manière de bâtir leur valut le nom de Seots. Scot ou eoi veut dire chaumière , hutte. Outre le nom d'Ecosse que porta l'Irlande, on la nomma encore Ivemia, Hibemia, lem et Iris. Ges deux premiers noms font connottre la maiièlce que l'on employoit pour la construction de ces huttes. Ils sont dérivés d'î, habitation, et de vem ou hem, saule. Le saule est un bois qui a la flexibilité dç l'osier , et qui devoit être très-commun dans le terrain aquatique d'Irlande* lem est une crase d'ivem. Iris , qui vient d'ir ou «î, terre , et «d'if > eam , désigne un paya humide. SeptimerSéve^e , après avoir .perdu cinquante mille hommes contre les barbares et reculé un peu les frontières , substitua , en 206, un mur de pierres à celui d'Adrien. Il ne se passa rien d*important en Bretagne josques vers la fin de ce siècle. Carausius , que sa valeur a voit élevé au-dessus de sa naissance , fut chargé , Tafi 286 « de réprimer les Francs et les Saxons qui infestoient les c6tes de TArmorique et celles de la Bretagne. Les Saxons étoient Crermalns ; c'étoit une des plus braves tribus de ces peuples guerriers. Ils s'étoient répandus du septentrion de la Germanie et de la Chersdnèse Cimbrique , et s'étoient emparés de toutes les côtes de la mer depuis l'emîboucbure du Rhin jusqu'au Jutland. C'est de là qu'ils faisoient des courses sur la Bretagne et l'Armorique. On ne les a connus que trop depuis sous le nom de Normands. La quille de leurs vaisseaux et tout ce qui plongeoit dans l'eau étoit d'un bois très -léger; ce qui paroissoit audessus de Teau n'étoit qu'un tissu d'osier couvert de cuir. Les Saxons voituroient ces
la
TROlSliEME ET QUATRIÈME SIÈCLES. l85
la mémepositiou que de nos jours. S'il est vrai , comme nous avons tâché de le prouver ailleurs , que l'espace occupé maintenant par la mer , de*
bateaax par terre , lorsqa^ils âToieni des expéditions à faire loin des côtes de la mer sur le continent « Le moiadre ramenr d^entr'eux, » dit Sidoine -Àpdlinaire dans sa sixième » lettre, est capable de eommandçr un yais- » seau corsaire. Us ne laissent point passer » nne occasion de s'instruire réciproquement 1» Tun l'autre sans la mettre à profit, et ils K> fontalternathrémentla fonction desoldat et » celle d*oflScier% Vous ne sauriez trop vous » tenir sur vos gardes contre le pins dangen reux des ennemis. S'il vous trouve en déo fense, il se retire; si ces pirates vous sur- D prennent, ik vous mettent en déroute. Us « laissent là ceux^i les attendent^ pour aller » chercher ceux qui ne les attendent pas. Si V le Saxon poursuit, il a bientôt gagné les » devans ; s'il fuit , il échappe. Les naufrages » auxquels il faut s'exposer , en tentant quelle qne entreprise , lui paroissent des incon- « venions , mais non des obstacles. On croi^ 10 roit qat nos Saxons ont vu la mer à sec , x> tant la eonnoissanoe qu^ils ont de tous ses » bancs et de tous ses écueils est précise; » rOcéan d'ailleurs n*a point de danger avec » lequel ils ne soient , pour ainsi dire , fami- « Hanses. Une tempête horrible augmente « leur confiance , et c'est en se félicitant les » uns les autres de ce que le del leur accorde «> un temps si propre k rassurer , contre la •n crainte d'une descente , le pays qu'ils veui> lent surprendre et saccager, que nos Saxons w luttent contre les ondes en fureur. » Mais revenons à Garausius. Cet officier auroît rempli avec honnetir l'importante commission 4ont il étoit cliargé , si l'appât des ridiesses n'avoit point «orrompn son cœur. Ses premiers succès répondirent à l'attente que l'on avoit conçue de ses talens. Accusé bientôt de retenir une partie du butin qu'il faisoit sur les pirates et de se concerter avec eux , il ibt condamné à payer de sa tète. A ce crime , il ajouta celui de la révolte. Pour se mettre h couvert du supplice, il prit la pourpre et s'empara de la Bretagne. AUectas , son ami, vengea Rome par sa mort : cet attentat lui ouvrit l'entrée au trône. Poursuivi à son tour par Constance-Chlore, l'an 296, il perdit la
bataille et la vie , fruit ordinaire de l'ambition. La Bretagne , où la guette sembloit avoir fixé son séjour , n'avoit pas k espérer d'y rappelé^ la paix. Une perspective si désolante inspira à plusieurs des habitans d'aller chercher ailleurs la tranquiUité après laquelle ils soupi^ roient. C'est dans cette position que Constance- Chlore leur donna une retraite en Armorique. Les habitans du nord de la Bretagne remué*rent sous Constantin : ce qui occasionna une nouvelle émigration. En 367, les Barbares reprirent les armes contre les Bretons. Us franchirent les barrières romaines, et portèrent de tous côtés le fer et la flamme. Nectaride, qui exerçoît l'emploi de comte dans le commandement maritime , c'est^-dire , qui étoit chargé de garder ces côtes , fut mis à mort; FuUofaude, qui étoit duc du même commandement, c'esUà-dire, général des troupes , fut surpris dans une embuscade. Valentinien, instruit du danger où se trouvoitia Bretagne, envoya Théodose h son secours. Cet officier étoit Espagnol de naissance et d'une famiUe distinguée. Sa bravoure et son expérience étoient également connues ; sa fi^ gure avantageuse fixoit agréablement les regards ; son éloquence étoit vive et militaire. Ce qui le faisoit remarquer davantage , c'est que sa modestie lui cadioit ses talens. Il n'avoit pas affaire, ainsi que ceux qui l'avotent précédé , aux seuls naturels du pays ; les Scots d'Hibemie s'étoient unit à eux. Les uns et les antres ne respiroient que le sang romain et le pillage des richesses de leurs voisins. Pour tenir tète à ces brigands , Théodose rassembla toutes les troupes de Itle ; il y fit joindre les déserteurs /â qui il avoit accordé une amnistie. Dulcitius , excellent capitaine , lui fut donné par l'empereur Yalentinien ; Civilis , dont la droiture et la justice étoient audessus de tout soupçon , Ait nommé vicaire des préfets. Un début si sage annonçoit des succès. Aussi , par la prudence avec laquelle Théodose distribua ses troupes , et par l'activiié soutenue qu'il employa dans ses opérations militaires, il vint à bout de dissiper les Barbares , de les faire rentrer dans leurs forêts et de les rechasser dans leurs montagnes.
l86 HI&TOIRE £CCLlblA5TlQUK.
puis Tîie d'Ouessant jusqu'au Pas de Calais > ëtoit autrefois une partie du continent y on conçoit que la mer n'a couvert cette étendue de terre que successivement , et que le lieu de son rivage a varié à proportion de ses invasions. Outre celles dont nous avons parlé , on est porté à croire que les Mintiers(i) , l'iled'Aurigny (2) et les Casquets (3) ont été habités ; mais rien ne nous indique l'époque où ils ont passé sous le domaine de la mer.
Il paroit certain que^ du temps de Blaxime, les montagnes de Chosey servoient encore de digue à cet élément. Une vaste forêt qui s'étendoit depuis Aldernay , Chosey et les Mintiers -, jusqu'à Dol , n'aypit pas encorç éprouvé les insultes de l'Océan. La portion de cette forêt qui dépendoit de l'Armorique , s'appeloit Cancs^yen (4), nomqpe Ton retrouvé dans celui de Cancale.
Il est probable que quelques-uns des insulaires s'établirent dans le lieu qu'on nomme Cantias (5) , et dont la mer j qui s'en est emparée depuis , ne montre plus que le sommet. On reconnoit , dans les noms de Baguer- Morvan , de Baguer-Piccan et de Miniac-Morvan (6) , qui sont trois pa-
La Bretagne avoit été divisée auparaTant «o quatre provinces par les Romains. Les pays reconquis donnèrent occasion au général d*en former une cinquièiMi qu^il appela Yalmiia, à cause de Tempereur. C'étoit l^Eeosae méridionale. Quelque précaution que prit Théodose pour affermir la tranquillité publique, la désolation où Plie s'étoit vue plongée roita fortement gravée dans les esprits.
(1) Ces rochers ainsi nommés par la plupart des habitans de la côte voisine , sont appelés Mmquiert dans la carte de la Manche qui a été dressée par M. Bellin , en 1763. Le terme Mintieri se dérive de nitM , pointe; de H , Aahitalion , et dV , particule privative. Ce qui veut dire : eanUm qui m Urminê en p&itUe et qui n'eêtplui habité. Le mol Musquiere vient de mws, détruite, et éekk, ville, habitation: habitation détruite. Les Mintiers sont presque entièrement couverts d'eau de nos jours dans les grandes marées.
(2) Cette lie, voisine de la côte occidentale du C6tentin « dont elle n'est séparée que par un détroit qu'on nomme le Rax-Blanehar , s'appeloit autrefois Âldemay ou Ârdemey. Ses côtes du nord , de l'ouest et du midi sont bordées de rochers etd'écueils. Ce qui prouve qu'elle a été d'abord unie à la terre ferme. La surface de cette Ile n'étoit qu'une forêt :
ai ou ar, grande ; den, forêt. Ortelius rap-r porte , dans la vie de sainte Osilhe , qu'il y avoit eu , daqs la Bretagne insulaire , une forêt du nom à'Àrdema ; c'est la même qa'Àrden. Cambden assure qu'on nommoit ainsi cette partie de Warwyshire qu'on connoltsous le nom de ToodUm, c'est-àndire , de payt de forêts. Vod ou god , forit ; lan , paye. La forél d'Aldemay ou d'Aurigny s'étendoit jusqu'au cap de la Hague (aga, forêt). Aurigny n'a pri^ ce nom que depuis l'époque où le terrain qui est entre cette lie et le cap de la Hague a été envahi par la mer. Àfr , qu'on prononce aur, ditruiU; in, beVU ; hi, forêt : belle forêt détruUe.
(3) Le terme Casquets a pour étymologie cai, habitation, et Ael , particule négative. Cii qui désigne un terrain où il n'y a plu^ d^habitans.
(4) Cem , beUe ; ea, forêt; aven , rivière : belle forêt au milieu de laquelle coûtent des rivières.
(5J Ca$^ y beUe ; ti , habitation ; as , fortifiée : belle demeure oà Von a établi des foriications. M. Bellin , dans sa carte de la Manche, l'appelle Quincas : qin , belle ; cas y habitation.
(6) Baguer, ou plutôt Bagar, suivant d'anciens titres de l'église de Dol, signifie trou-
TROISIÈHE ET QUATRIEME SlkSLES . 1 8 7
roisses voisines de la ville de Dol , des signes non équivoques de Texistence de la même colonie. On la distingue encore à l'Isle-mer. D'anciens titres du chapitre de Dol font foi que cette paroisse s'appeloit . encore l'Isle- Mawr , au douzième siècle^ c'est-à-dire , TUe des Grands , par opposition aux petks Bretons. .
Ces observations suffisent pour faire juger qu'un, grand nombre de cette jeunesse bretonne , qui s'étoit attaetiée à la fortune de Maxime j n'eut d'autre retraite que les. c6tes des Diablintes. Un historien éclairé , l'abbé des Fontaines (i) , qui n'avoit pas fait ces remarques j a voit dit , avant nous^ qu'il lui paroissoit que le pays qu'elle habita étoit upe partie de la Haute-Bretagne%
56. Le chef-lieu de cette colonie étoit Dol (a). C'est eBe qui donna l'existence à cette ville , que d'anciens auteurs appellent Dolomhair (3) et Adala (4). Carfenten^ qui étoit plus ancien , eu devint le faubourg (5).
57. Le même historien que nous venons de citer croit que le reste des troupes bretonnes furent placées sur les bords de la Loire^ vers son embouchure.: Mous pensons qu'on les établit en deçà de cette rivière j dans ce qui forme de nos jours les diocèses de Venues et de Quimper. Ce n'est
pe. le terme morvan tire son origine de mor , mer , et de wan, ou gan, né. Ce qui vent dire : irowpt qui Ut née dans un liéû envi- TQimié de la mer. Par là on ne peut méconnolkre que ces troupes faisoient partie de celles de Maxime.
(1) Hist. des ducs de Bret. t. 1.
(2) AForienide la ville de Dol » on connott encore un terrain assez considérable qui a conservé le nom de Begauds ^ et , à Toccidenk, une terre ^^^eXétXh-Begauàière. Ces noms , qui ne sont qu'une corruption de ceiui de Bagaude, nous rappellent <iue des troupes y ont fixé leur demeure : elles ne peuvent être différentes de celles que Conan établit en Armorique.
(3) Dolomlioir, dont parle tisserins dans ses Antiquités des églises britanniques, a pris son nom de dol , élévation ; d'an , rivière ; de hotd , forêt y et de hir , grande : terrain ékvéeur une rivière ^ au milieu d'une grande forêt,
(4) Àj auprès; dale , rivière : lieu auprès d'une rivière. Cette ville occupoit le terrain que nous appelons la Rousse ; rous, rivière;
l*)Ci-dcMU8,Inlroduclion,n.«8, p.44. a. Y.
sej habitation: hc^ilationnuprèi ffune rivière. On la nomme encore vieille ville dans d'anciens titres. Le nom de cfette rivière est G%yow : il se tire de gwil , forêt , et d'ou? , rivière. Ce qui donne Tidée d'une rivière qui passe au milieu d'une forêt. On petit assurer que , du temps de Maxime, elle ne traversoit que des ibréts depuis sa source jusqu'à son embouchure sur les confins de Cancaven. Le Guyow se dé|[orge maintenant dans la paroisse du Vivier au Bec-à-Lan (heeh , embouchure ; lan , rivière). Cette rivière , qui n'est presque rien en elle-même , reçoit différens petits ruisseaux qui , se grossissant quelquefois tout à coup par l'abondance des eaux pluviales , la font sortir de son lit et inonder les marais du Mont-Dol et le terrain voisin , ce qui occasionne des pertes considérables. Si le projet que nous avons hasardé, 1. 1 , p. 93 et sulv. (*; se réalisoit , de pareils accidens ne seroieni plus à craindre. Le bien particulier se trouveroit uni à celui du public.
(2) Le grand chemin qui avoit conduit de Normandie à Carfenten, et qui se rendoit à Corseul , continua de passer entre les haies de Dol et ce faubourg.
l88 «filSTOIM £CClisiASTîQirE.
pas forcer le texte de ^oÎDe-Âpollinaire , le seul auteur qui ait parlé de leur position , que de lui donner ce sens (i).
58. Un auteur écossois assnrç que j quand leé troupes bretonnes sortirent de leur Ile , elles ëtoient au nombre de cent mille hommes. Ce qu'en disent Gildas le Sage (2) et le vénérable Bede (3) y prouve assez qu'il n'y a rien d'outré dans ce récit. H n'y eut que celix qui avoient péri dans la guerre contre (Catien , à ne pas s'établir en Armorique.
59. Les terres que Maxime donna aut Bretons et oient incultes. Ces étrangers portèrent le nom dé Létes ou conêens , en latin , Ued. Ce nom marquoit leur état et leur condition. On le donnoit à tous ceux des bar* bares qui servoient l'Empire y et à qui l'on avoit conféré des bénéfices militaires. Par là ils étoient distingués des autres troupes qui n'avoient au-. cun établissement fixe sur le territoire de la monarchie.
Les Létes-Armoriques furent chargés de défricher les terres qu'on leur ftvoît données ^ de leà défendre des incursions des ennemis , et de fournir dans l'armée des empereurs un certain nombre de troupes. Leurs terrest s'appelèrent Létiques (4)- C'est de là que l' Armorique fut aussi connue sous le nom de Letavie ou Lelanie (5)»
Ces Lœd étoient ainsi nommés , parce qu'ils étoient comme adoptés par l'Empire, dans la collation des bénéfices militaires y et qu'ils jouissoient , à ce titre , de Tétat heureux de sujets de là monarchie romaine.
60. Entre tous ceux des insulaires qui a voient secondé Maxime dans sia révolte , le plus distingué étoit Conan. C'étoit un prince d'Albanie ou
(t) Voici les tenues dont se sert cet éçri- soiVheioeoap , !• aièqie raison a lieu. Tain : BrUanmoê tupra Ligerim êitoê. lib. 1 . ep. (2) I>e Excid. et Coaq. Brit^ 7. Saint Sidoine prit wn Inl-méme , de son (3) Lib. 1. Eccles. hiit e. 12. vivant, de dresser ces lettres , de les retoir (4) Cod.TMod. Ub. 13. tit 4. lege 9. et de les donner an public» malgré les occu-* (5) L'aaeîen Sdioliasie de Prochns dans pations de Tépiscopat. U poblia le premier GoÀgaa le dit ainsi. De plus , il donne à l'Arlivre à la prière du célèbre Constance , prêtre moriqae le nom de n§io lœêa « fafft des cônde Lyon « son ami: Ce premier liTre contient tem. Le nom ImU n'a pa venir que des Rôles lettres qne Sidoine avoit écrites dans son mains, et n'est emprunté que de leur langue, voyage de Rome sous Antheme , on aupara- L'Armoriqoe eoimpta beaucoup de LeUi sous vant, à l'eiception de la première et de la lea Romains, et Iràen davantage sons ses rois, dernière, qui ne furent écrites que long-temps C'est de là que « dans la Vie de saint Gîldas « après. Si Ton suppose que sa septième lettre a on rappelle Lêiavié. Les termes Ledaw et été faite durant son voyage de Rome , le terme Uidaw , dont le» Bretons se sont servis , n& «lyra libertin signifiera , eu égard à la posi- sont qu'une image de celui de LeUivie, et tion de l'auteur , que les Bretons étoient éia- n'expriment pas autre obèse. Aussi D. Pelleblis au delà de la Loire, du côté des VenetL tier, qui , dans son Dictionnaire Breton , a Si Sidoine étoit alors à Lyon , lieu de sa nais- tenté de les Cure venir de Ut ou Ud , large , sauce, ou â Avitot en Auvergne, l'une des est obligé d'avouer que cette dénomination terres de Papianille, sa femme , où il se plai- ne lui est pas coanue.
d^Ecosse ; il avoit donne son nom à une ville située sur les bords du fleuve Dane ou Doue (i). Elle s'appeloit Kerconan ou Conisbug (a). Ce prince avoit eu le commandement des troupes bretonnes durant la première expédition de Maxime. Pour reconnoltre ce qu'il lui devoit et s'assurer en même temps la fidélité d'un pays considérable, le tyran Tavoit créé roi de l'Armorique, mais néanmoins sous la dépendance de TEmpire. Il Tavoit fait également duc de ce qu'on appeloit alors Armoriccmus tractus et Nerificanus (3). C'étoit lui faire oublief agréablement sa patrie.
(1) Usserias , eccles. Britan . Antiq.
(â) Ibidem.
(3) Voici l'idée que la Notice de l'Empire nous fournit de ce duc. Il y avoit sous lui un tribun et neuf préfets. Le tribun commandoit la première nouvelle cohorte armorique, qui étoit établie à fifrannona sur le rivage saxonique. On voit , d'après ce que dit Grégoire de Tour9,aux livres cinquième et dixième de son histoire» des Saxonet Bafoeasiini^ dont on retrouve le nom sous celui de Sainei de Bayeuœ. Ce qui fait soupçonner à M. d'Anviile, que Gratmona n'est autre chose que Port en Bessin, où Ton découvre, dit-il, les traces d'un ancien havre. Ce savant académicira ignoroit que ce port, qui est maintenant comr blé et détruit, ainsi qiae les deux jetées qui servoient à empêcher que le rapport du galet n'en bouchât l'entrée , est un ouvrage du quin- ^ème siècle. Ce fut Louis d'Harcourt, patriarche de Jérusalem , évèque de Bayeux , qui le fît construire à ses fhiis. Port ne présente , du côté de la mer, que des falaises fort hautes et d'un accès fort difficile. C'est par là qu'on reconnott Grannona, Ce nom vient de gran , rocher , et de nom , profond , iU^né, Les préfets étoient répartis avec leurs troupes en différents postes ; savoir : è Blabia ( Blavet sur la rivière de ce nom en Basse-Bretagne) , une garnison de soldats Cearon^mn ; une de Mawrei'Veneiei chez les Veneti; une de Maures-OeUmiem chex les Ofûmt*; une de Superventi à Manatiai (Nantes) ; une de MarUmeê h Alet une de la première Fletvia à Coutanees (Ammien-Marcelin , qui a parlé le premier de cette ville, la regardoit comme un camp romain ; c*étoit une tradition reçue du temps d'Orderic- Vital, que Constance-Chlore en étoit le fondateur) ; une garnison û'Unariensii^ Rouen ; une de Dalmates à Granruh
num (GranviUe^ L'étymologie de ce dernier nom se tire de la même source que Gratiftona. On en a fait une ville en 1400. Il y avoit, selon Pline , une ville en Espagne nommée Carroniwn. C'étoit de là que les Carronensei de la Notice étoient sortis. Quelques-uns trouvent des vestiges assez sensibles du nom Carro-^ nensei dans Crozon et Corré, qui sont actuellement des paroisses du diocèse de Quimper. Cette origine , du moins pour Crozon , ne plaît pas à d*autres. Us la font venir de crau , cavernes , et de ton ou don , profondes. On renuirgne en effet plueieure cavemee trèsgrandee mous la cdUde ee bourg. Les soldats maures excelloient dans l'art de lancer des flèches : l'habitude où ils étoient de faire la guerre aux lions, dont la Mauritanie étoit remplie , les y rendoit habiles. Us servirent dans les armées romaines , en qualité de cavaliers. Les garnisons des cités des Veneti et des Ofumtt, qui étoient composées de soldats maures , portent le nom de Veneti et d'Osiimiaei dans la Notice, parce qu'apparemment elles étoient fixées pour toujours dans ces lieux. Les S^erventi étoient destinés à soutenir ceux qui avoient engagé le combat. La cohorte FtevM tiroit son nom de Flavius- Vespasien , ou de Constantin. Nous ignorons ce qu'étoient les Martentes et les Unarienses, Pancirole dit que ces neuf légions n'étoient pas complètes , et qu'elles pouvoient contenir en tout neuf mille fantassins. II y avoit au Mans un préfet des Létes , et à Rennes un autre des Létes-Francs. Après le dénombrement de ces troupes qui servoient sous les ordres de la personne respectable du duc ou général du commandement armorique et nervien , la Notice de l'Empire ajoute : « Ce » commandement renferme cinq provinces , » savoir : les deux Aquitaines , la quatrième
61. L'usurpateur du trône impërial ne jouit pas long- temps du fruit de ses victoires. Poursuivi à son tour par l'empereur Théodose , il eut la tête tranchée par ses propres soldats. Conan et la jeunesse de Tile qui Tavoient appuyé dans ses expéditions , n'avoient rien d'avantageux à espérer de la justice du vainqueur. Moins coupables cependant que le tyran , ils n*avoieni point entré dans la seconde révolte. L'empereur les traita avec clémence. Par une amnistie générale , il ne vit plus que des innocens. Â l'exemple de Constance-Chlore et de Constantin , il regarda l'établissement des Létes-Bretons en Armorique j comme conforme aux principes reçus dans l'Empire. Il oublia qu'ils avoient été les partisans de Maxime ; ils oublièrent aussi qu'il avoit été l'ennemi de leur bienfaiteur. Ce grand prince^ dont la bonté se déployoit à mesure que son pouvoir croissoit , et qui n'avoit d'autres désirs que d'entretenir ses sujets dans la prospérité et dans l'abondance, pensoit que ces nouvelles colonies procuref oient à l'Armori» •que les mêmes biens que les premières , et qu'elles changeroient les forêts et les champs incultes de ce pays en campagnes riantes et fertiles.
Le titre de roi que Maxime avoit accordé à Conan ne blessoit point les
» Lyonnoise , ou la Senonoise , la troisième » Lyonnoise et la seconde Lyonnoise.» M. Tabbé du Bos remarque , dans son histoire critique de la monarchie fran^be , que « ce » commandement deroit encore, suivant le » titre qu'il portoit , embrasser du ' moins » une portion des côtes de la seconde Belgi- » que y c'est-à-dire , la partie qui s'étendoit 0 le long de TOcéan » depuis les limites de la » seconde Lyonnoise jusqu'à Temboudiure » du Rhin dans l'Océan. Ainsi le comman*^ » dément armorique comprenoit trois cités » de la seconde Belgique , savoir : celle de » Boulogne , celle des Morins , et enfin celle » des Nerviens , qui étoit à l'extrémité des » Gaules , et touchoit le Rhin , et que la No- » Uce désigne en général par l'expression , » Nervkanut limes. On avoit apparemment , » continue cet historien, renfermé dans le » commandement armorique et nervien , ces » trois cités , situées entre le Rhin et les » confins de la seconde Lyonnoise, qui est » notre Normandie, afin que toutes les trou- » pes et toutes les flottes destinées à la garde » des côtes de la Gaule celtique sur l'Océan , » fussent sous les ordres du même officier , » du duc qui commanderoit dans ce gou-
» vetmefflent militaire. » C'est par le mémo motif qu'on avoit compris dans le même commandement la seconde et la troisième Lyonnobe, la première Aquitaine et la seconde Aquitaine. Ce duc , qui avoit à sa disposition toutes les troupes, en cas d'événemens extraordinaires, pouvoit en faire passer dans les lieux où le l>esoin du service l'exigeoiL Ce n'étoit pas sans raison qu'on avoit annexé au même gouvernement Tours et plusieurs cités de la troisième Lyonnoise qui sont mé< diterranées, ainsi que toute la quatrième Lyonnoise ou la Senonoise, dont aucune cité n'étoit baignée de la mer. Les Saxons , dont nous avons parlé ci-dessus , et les autres barbares , qui faisoient le métier d'écnmeurs de mer , ne se bornoient pas à descendre sur les côtes : ils remontoient les fleuves sur leurs bateaux aussi loin qu'ils vouloient. Pour arrêter ces brigands , on entretenoit dans les rivières des flottes de barques et d'autres bàtimens plats. Les bassins et les arsenaux de ces flottes éioient fort avant dans les terres pour le service du pays, et pour ne pas les exposer à l'ennemi. Il y avoit une flotte qui gardoit la Loire , et une autre la Seine. La flotte de la Seine avoit son bassin et ses arsenaux â Paris.
TROrSltME ET QUATRIÈME SIÈCLES. I9I
droits de l'Empire. Ces monarques servoient aux Romains d'instrumens de servitude et relevoient Téclat de leur grandeur. Le prince breton conserva sa dignité sous la dépendance de Théodose.
62. Conan jouîssoit des douceurs de la paix et du plaisir toujours flatteur de commander à un royaume. I^ perte qu'il avoit faite de son épouse pouvoit seule jeter du trouble dans son âme. Les jeunes gens de Ttle qui vivoient sous ses ordres , ne connoissoient point encore , du moins la plupart , le joug de l'hymen ; ils avoient quitté leur patrie de trop bonne heure pour avoir pu y contracter un pareil engagement. Le roi et cette jeunesse dévoient naturellement jeter les yeux sur leur pays natal pour former ces alliances. Ursule (i) ne seroit^elle point celle que Conan se destinoit ? Elle étoit née sous le même ciel que lui. Les onze mille vierçes que Ton met ordinairement à sa suite , ne devoient-elles pas aussi donner leurs mains à ceux de ses officiers et de ses soldats qui n'avoient point d'épouses ? C'est sous le règne de Maxime qu'on les fait sortir de la Bretagne. Un vent favorable les auroit bientôt conduites en Armorique , où la re^ ligion j ayant en main le flambeau conjugal , les attendoit. Une tempête élevée tout à coup submergea les unes et transporta les autres vers Cologne. Des idolâtres y avides de leurs dépouilles , eurent de quoi satis^ faire leur ardeur pour les richesses. Ces filles chrétienneç connoissoient le mépris qu'on en doit faire. Leur jseul bien , dans ce moment critique , étoit leur foi et leur honneur. Pour les conserver , elles aimèrent mieux sacrifier une vie périssable : aux lis de la virginité » elles ajoutèrent les roses du martyre.
Le Martyrologe romain ne limite point le nombre des compagnes de sainte Ursule. Ce qui mérite une attention particulière , c'est que les diocèses de Dol et de Vennes, où nous supposons que ces vierges dévoient s'arrêter , les ont révérées immédiatement après leur martyre. Du moins est-il certain que leur culte y est si ancien qu'on n'en peut trouver l'époque.
A Venues , on fait l'office de sainte Avoye le deux de mai. Une des chapelles delà cathédrale de Dol e^t dédiée à cette vierge Quelques-uns l'ont confondue mal à propos avec sainte Aure , qui vivoit au septième siècle. C'est une tradition que saint Juvat , prêtre , souffrit le martyre avec sainte Ursule. 11 est patron d'une paroisse de son nom , auprès de Dinan j dans le diocèse de Saint-Malo. La plupart des anciens calendriers des saints
(i) Le nom ^^Vuult tient à'wr , ii<mvea«», et de «ni, #oUil.
19^ HISTOiaS IGCliSIASTIQUE.
des églises armoriques déposent que sainte Ursule et ses suivantes y étoient honorées d'un culte ^cial. On conserve à Nantes des chefs de quelquesfunes de ces saintes vi^es martyres.
Nous savons que la Chronique de saint Tron n'en compte que onze (i). Mais qui nous assurera que son auteur a rencontré le vrai ? Son autorité doit-elle l'emporter sur le Blartyrologe romain , qui ne détermine point le nombre de ces vierges?
Le sentiment de ceux qui en font une communauté de filles consacrées à Dieu y à la tête desquelles ils mettent sainte Ursule , est-il bien appuyé? Personne y dans l'antiquité , n'a parlé de ce monastère : aucun ne l'a placé à Cologne ou aux environs.
Quoi qu'il en soit de tout ceci , le culte que l'on rend à sainte Ursule et à ses compagnes est légitime en lui-même. L'Eglise^ qui l'approuve , n'autorise point les histoires fabuleuses qu'on a débitées de leurs vies. Ce que nous en avons dit est du moins vraisemblable. Les Bretons Létes y qui ont eu pour patrie la même terre que ces saintes martyres , ont eu ce motif de plus que bien d'autres , pour recourir à leur intercession.
63. Cependant les troupes bretonnes , en peuplant une partie du Pagus de Dol y et quelques portions de celui d'Alet , aussi bien que les cités des VeneîieX des Corisopiti , avoient laissé l'tle sans défense : elle étoit de non* veau exposée aux incursions de ses voisins. Aussi les forces réunies des Pietés et des Scots furent comme autant de torrens qui portèrent le ravage dans la partie de la Bretagne soumise aux Romains. Plusieurs , pour se soustraire à leur fureur , se retirèrent dans l'Ârmorique , auprès de leurs compatriotes.
64. Le plus connu de tous étoit Calphumius(si). Né en Ecosse , il y te*^ noit un des premiers rangs. On croit qu'U descendoit d'un des anciens rois de l'Ile (3). Son éducation avoit répondu à sa naissance j et ses moeurs à la sainteté du christianisme. Il avoit pour épouse Conchèse (4) j nièce de saint Martin , du côté maternel. La sœur de cet évêque avoit , ainsi que lui^ pris naissance en Pannonie. Mariée dans la Gaule à Ochmius (5) j elle y accoucha de Conchèse. Cette fille devint par la suite esclave du père de Calphumius. Celui-ci , charmé de la douceur de son caractère, et bien
(t) Spicîleg. t. 7. (4j Conchèse a tiré son nom de con « htau ;
(2) Le nom de Calphwmiui vient de eaX, «tde *aif , o»J.
^ , . , , ^ (5) Oehmiui prend le sien d'o^ , persuasif y
UU, au figuré pnncs ; et de fur . sagt. ^^ ^^ ^ ^ ^^^^^ ^^ ^^ ^^^^^^^ ^„,y ^t^it
(3 ) Usserius , Britan . Ecoles. Aotiq. éàoqnen t
plus
TROISIÈKÈ ET QUATRli3fE SikïLES. IQÎ
plus encore de ses rares vertus que de sa beauté j qui Télevoit au-dessus de son infortune , crut trouver son bonheur en la prenant pour femme (i).
65. Outre cette alliance , qui donnoit à Calphurnius des rapports particuliers avec les Gaulois, Conan étoit son cousin. Il y fut reçu par ce prince avec tous les égards qu'il méritoit ^ et avec une amitié que ne donne pas toujours le même sang. Patrice , Deochoin-Sannan , Lupite , Âgris y autrement Tigride , Liamain , Darerea et Cinnemum j ses enfans , l'accompagnèrent dans cette transmigration (2). Les nœuds qui les unissoient se resserrèrent de plus en plus. Conan épousa Darerea. Le beaupère eut un établissement dans le territoire des Diablintes d'Alet , assez près de la mer (3).
66. La joie de Conan ne fut pas long- temps pure. Des pirates hiber* nois firent une descente la même année de son mariage sur le terrain des Ijétes-Bretons. Calphurnius perdit la vie dans le combat. Patrice , quoique jeune , y fit des prodiges de valeur. Ce qui le fit appeler Succat , ou vaillant guerrier (4) , nom qu'il conserva jusqu'à ce qu'un genre de guerre plus favorable à l'humanité et à la religion lui acquit pour toujours celui de père. Malgré sa bravoure , il tomba avec Lupite entre les mains des barbares : tous deux furent faits esclaves suivant l'usage. C'étoient probablement ces Hibemois qui ruinèrent la ville de Corseul j du moins aucun monument n'en fait mention depuis ce temps.
67. Patrice recouvra la liberté vers l'an SqS et repassa dans les Gaules. 11 se retira d'abord auprès de saint Martin , son grand oncle, qui lui donna la tonsure monacale. Après avoir passé quatre ans sous la discipline de ce père de la vie monastique , il revint en Armorique pour y revoir sa famille. Il s'arrêta peu de temps auprès d'elle ; désabusé des grandeurs prétendues du monde , il préféroit au tumulte de la cour de son beau-frère , la paix qui règne dans la solitude et qui rapproche de Dieu par elle-méine. Il la trouva sous la direction d'un saint homme nommé Tathée , dont nous aurons bientôt occasion de parler. ^
La confession de saint Patrice , qui passe pour avoir des marques certaines d'authenticité , porte qu'il naquit dans un canton nommé Bonai^ea
[ 1 ) Usserius 9 Britao . Eccles. Antiq. Calphurnius , Domme ici la mer qu*il traversa.
fOx ¥j -uj Nous apprenons, par les vies de Declan et
(2) Idem , ibidem. j,aiuz »» ^i •« 1 «# 1. r
- d'Albée , que cette mer eloit la Manche. Ici ,
(3) L'ancien Scholiaste de Prochus, dont Vtiii ; mare ici, petite mer.
nous avons parlé , qui vivoit vers la fin du (4) Jocelin et plusieurs autres disent que sixième siècle, et qui appelle Armorique-Lé- Patrice fut nommé Succat , c'est-à-dire, vailtane» ou Bretagne-Léte , le pays où aborda tant guerrier,
1^4 HISTOIRE ECGLltel ASTIQUE.
Taberniœ (i). C'est le bourg de Kill-Patrik en Ecosse , à Tembouchure de la Cluid^ entre Dunbritton et Glascow. Ce qui confirme ce que nous avons avance touchant la patrie de Calphurnius.
68. L'incursion des Hibernois en Ârmorique n'avoît été qu*un coup de main : la tranquillité y Put bientôt rétablie. Mais il ne sufHsoit pas de mettre de Tordre dans le civil ; la religion exigeoit que Conan vint à son secours. Nantes et Rennes étoient les seules villes de TArmorique qui pussent se glorifier en Dieu d'avoir des évéques à l^irs têtes. Les Létes-Bretons j qui faisoient profession du christianisme , et qui avoient pour demeure trois départemens séparés , avoient besoin d'un clergé pour leur aider à remplir les devoirs de la religion. Dans celle vue , Conau fonda deux évêchés , l'un à Venues (a) et l'aulre à Dol. Grallon , comle de Cornouaille , en établit un à Quimper. C'éloil en même temps un moyen d'acquérir à Jésus-Christ ceux des Ârmoriques païens qui habitoienl ces dîfférens territoires (3). Ces établissemens , si glorieux à leui^ auleurs , se firent avant le commencement du cinquièiqe siècle^
REMA^BQUES PARTICULIÈRES.
69. Si les peuples de Tàrmorique avoient eu soin de conserver dans sa pureté la religion révélée , ils auroient eu peu d'obstacles à vaincre pour reconnoitre la divinité du christianisme. La confrontation des dogmes de la tradition avec ceux de Jésus-Christ eût produit une conviction entière dans leurs esprits. Ils se seroient aperçus bientôt oue la religion primj,-
(t) Jocelin rend Bonax)en Tàktmim par (a- dans cette Tille. Jean de Tinmooth appelle ç,e
l9maculonm campui. Ce qui désigne un camp piince Oaaraâaue. Ce tcnne , qui est composé
romain où l'on avoit bâti une forteresse pour de eara, prince , et de daue, grand, n'est
^rvir de défense contre les Pietés et les Scots. pas différent de celui de Meriadec. Mer ,
Ce lieu étoit du département de la province grand ; rêUh, prince. A la petite monarchie
romaine à qui le général Théodose avoit don- que Caradauc occupoit dans une partie de nie
né le nom de Valentia. Le premier n^ de de Bretagne, il ajouU celle de l'Armoriqu«.
Patrice étoit Maun, suivant Neunius : il ne (Qui, CaradauçusJ ^a lerminos Brilanniœ
prit celui de Palrice qu'après son sacre. Maum regno propagaio , minorem BrUanniatn regno
ou aun , rivière ; homme né enr le bord d'une tuo êubjugweraî. (Usser. Anliq. Eccles. Brtt.
rivière. Le nom de Bonaven Taberniœ se tire pag. 276). Ce qu'on ne peut dire que de Cô-
de ban , mbimchure ; d'aven , rivière ; de «i , nan Meriadec. Hod L qui , au commenc^en t
article , d« , et de hem, montagne : embouchure du sixième siècle , abandonna l' Armorique
de rivière voisine (Tiiiw montagne. Dunbritton pour se soustraire aux Saxons qui en faisoicnl
est sur un rocher escarpé. la conquête pour les François , et qui , quel-
(2) M. l'abbé Gallet a prouvé que Talhée ou jj^^.^ ^ ^,^^^j^ ^^^^^^ possessions dans Tite Paterne a été le premier évéque de Venues , ^^ Bretaime et que ce fut Conan Meriadec qui le pUça ^3^ ^ Uorke, Uîst. de Bret t. 1.
TROISIÈME ET QUATRI^HE SIÈCLES. IQD
live n'éloit que Tombre et la figure de la nouvelle alliance* : ils auroient senti que le christianisme lui donne toute sa perfection , et que tous les croyans , depuis Abel jusqu'à eux y ne s'étoient sanctifiés que par celui qui devoit être envoyé.
Quoique le Seigneur ne leur eût pas confié particulièrement sa parole , ils n'auroient pas moins fait partie de son Eglise. «Les Juifs avoient été sans 9> doute j à proprement parler, ainsi que le dit saint Augustin , le peuple de » Dieu ; mais on ne peut nier , ajoute ce docteur y que quelques hommes » des nations étrangères n'aient appartenu y non par une société charv nelle y imais seulement spirituelle y aux vrais Israélites qui étoient ciy> toyens de la patrie icéleste. Tel fut le saint homme Job : il n'étoit ni » Juif, ni prosélyte du judaïsme. Son origine étoit iduméenne ; il naquit » et mourut dans celte contrée. Personne de son temps ne l'égala en jus- 7> tice et en piété , selon les divines Ecritures. Je ne doute point , conti- » nue ce Père , que Dieu n'ait voulu nous apprendre , par cet exemple- » là seul, qu'il a pu se trouver, aussi, parmi d'autres peuples, des » hommes qui vivoient selon la loi, qui lui étoient agréables, et dont le x> nom étoit écrit dans la Jérusalem céleste (i). i>
Le centenier Corneille , romain , ou , du moins italien de naissance , sans être circoncis ni disciple de Jésus-Christ , étoit , au milieu 'des idolâtres, un homme religieux et craignant Dieu. Sa famille a mérité le même éloge.
Aussi l'appareil de la religion mosaïque n'étoit que pour les Juifs : le fondement de cette religion sainte, qui étoit appuyée sur les traditions , regardoit tout le genre humain , parce qu'elles avoient été données à toutes les nations. C'étoit à elles de les observer et de les garder soigneusement , telles que l'Etre Souverain les leur avoît confiées. La plupart des lois judaïques servoient de barrière contre l'idolâtrie , et veilloient à la conservation du dépôt général. Cétoît une preuve de l'attentiort marquée que Dieu avoit pour ce peuple choisi. Par une nouvelle prérogative , l'Esprit-Saint avoit charçé la synagogue de perpétuer ce dépôt , sans altération , jusqu'au temps du Messie. Les différens peuples pouvoient la consulter , soit pour se rappeler l'ancienne croyance , lorsqu'ils s'en étoient écartés , soit pour y persévérer.
70. Mais les Armoriques n'avoient pas tenu une conduite si sage. Nous avons vu jusqu'où ils avoient poussé la superstition , et avec quelle faci-
(1) De Civit. Dei , lib. 18. c. 47.
liië ils avoieiit reçu les dieux de Rome. La religion chrétienne , ennemie de tous les cultes , altaquoit de front cette vénération particulière qu'ils avoient pour ces génies qu'il leur avoit plu de placer dans les fontaines , les rivières et la mer ; elle avoit en horreur les divinations de toute esr pèce auxquelles ils s'étoient attachés ; la pluralité des dieux lui étoit diamétralement opposée. Quelles contradictions ne dut-elle donc pas éprouver^ lorsqu'elle fut annoncée dans TArmorique? S'expose-t-on , sans de puissans motifs , à la Haine , au mépris y aux tourmens , à la mort ? Que ne durent donc pas faire Donatien et Rogatien pour refuser leur nom à cette religion ? Une naissance illustre , jointe à des talens supérieurs , leur ouvroit la carrière des honneurs et faisoit naître sous leurs pas les plaisirs d'un siècle corrompu que le paganisme encensoit. Les deux partis sont balancés : Jésus-Christ crucifié a triomphé dans leurs cœurs , et ils voudroient déjà partager ses souflrances. Auparavant idolâtres , qui les a transformés tout à coup en d'autres hommes ? Qui les a engagés à mé* pnser ce qu'ils avoient respecté le plus, et à tout sacrifier jusqu'à leur vie? Il faut que ces deux athlètes aient été spectateurs de grandes choses , et qu'ils aient été étrangement touchés des merveilles et de la nécessité de la religion qu'on leur a préchée. Bien plus j les tortures qu'on employa pour les faire retourner au paganisme durèrent trop long-temps et furent trop cruelles pour qu'ils eussent pu les soutenir avec sérénité , si le ciel n'étoit venu à leur secours. Leur persévérance doit être comptée parmi les miracles.
La confession de ces deux frères tenoit à celle des martyrs de tous pays, de tout âge , de tout sexe et de toute condition. C'étoient autant de témoins irréprochables qui déposoient en faveur de la divinité du christianisme. Leur chaîne , dont les anneaux étoient innombrables , com- ^ mençoit par le diacide saint Etienne , et s'étoit prolongée jusqu'à l'avénement de Constance-Chlore. Quelle foule de témoins I
La conviction des martyrs de Nantes étoit appuyée sur les miracles de leur temps: Ils étoient rares alors, parce que la religion étoit déjà suffisamment prouvée par ceux qui avoient précédé. Les miracles du troisième siècle étoient liés avec ceux du second , et ceux-ci avec ceux du premier et tous avec les œuvres et les prophéties de Jésus-Christ. Quelle lumière !
Lorsque les empereurs cessèrent de persécuter le christianisme , et même depuis le temps qu'ils le mirent en honneur, il n'eut pas moins l'homme tout entier à vaincre, les passions de son cœur et leségaremens de son esprit.
TROISIEME ET QUATRIEME StkCLES. . I97
D'un côté, qu'on se le représeôte tel qu'îles! dans ses dogmes et dans sa morale; que , de l'autre ^ on se rappelle ce qu'étoient alors les Ârmoriques, on vef rai la nature déployer à l'instant l'aversion la plus forte contre une religion si relèTee et si pure. La conversion des cités de Nantes et de Rennes fut conséquemment l'ouvrage du Tout-Puissant. Lui seul tient en main le cœur des hommes. Il n'y a que lui qui puisse leur faire oublier ce qu'ils ont de plus cher.
Le fanatisme et L'adulation avoient immolé Donatien et Rogatien ; mais la raison , qni de pierd jamais ses droits , laissa un vaste champ à la réflexion. Soit qu'on examinât en elle-même la patience plus qu'humaine de ces confesseurs , soit qu'on la comparât avec celle des autres martyrs y on étoit également frappé. On étoit obligé de reconnoître dans leur courage une force étrangère : l'aveuglement iseul pouvoit l'attribuer à l'obstination. Leurs mcettrs n'étoient pas moins surprenantes. Les plaisirs , les richesse^ ^ les honneurs et tout ce qui flatte la cupidité n'avoient plus d'empire sur eux. Ils s'interdisoient jusqu'à la pensée du crime. La charité étoit leur vertu chérie. Pour les peindre d'un seul trait , on les i*etrouve dans Donatien et Rogatien chrétiens. Les païens , qui pouvoient s'instruire par eux-mêmes, alloient puiser la doctrine qui les animoit dans les livres saints. Les autres la trouvoiént dans les entretiens et les discours des pasteurs éVangéliques. Tels furent les moyens qui conduisirent le^ Nantois à la vraie religion.
C'étoit un usage adopté par l'Ëglise , de suivre, dans l'érection des évéchés , l'ordre établi dans le civil. Aussi les évéques n'attaquoient d'à* bord le paganisme que dans les capitales , afin que , quand ils les auroient acquises à la religion , la foi se répandit plus facilement dans les cantons qui en dépendoient. Saint Paul enjoint à son disciple d'ordonner des évéques pour les cités (i). Saint Pierre fixe son siège à Rome.
Pour connoitre l'étendue dès diocèses qui s'étoient formés en àrmorique, il suffit donc de savoir quels étoient les limites de chaque peuple. Nous avons déterminé ailleurs (2) en quoi consistoient les territoires respectifs des Redones , des Namnetes et des Feneti. Si l'on veUt consulter ce que nous y avons dit à ce sujet , on apercevra jusqu'où alloit l'arrondissement de chacun de ces diocèses.
7 1 . C'étoit encore une coutume autorisée par les canons , de n'établir
(1) AdTit. c. 1. (2) Voyez le 1. vol. de notre Histoire. (Ci-
dessus, Introdaction. a. Y.;
198 HISTOIRE ECCL^IASTIQUE.
des ëvéques que dans les grandes villes qui renfermoient un peuple nombreux. L'épiscopat est la royauté du sacerdoce : c'eût été l'avilir que de placer son trône dans des boui^s ou de petites villes , ainsi que le dit le concile de Sardique (i). Trop resserré , il n'auroit pu exercer ses fonctions augustes d'une manière convenable , ni répandre au loin les richesses du ciel.
Par cette raison , Dol qui n'étoit qu'un Pagus , ou canton de la cité
des Diablintes , ne pouvoit aspirer par lui-même à l'honneur de devenir
le siège d'un évéqae. Mais nous avons vu que les Bretons-Lét^s venoient
. de s'y établir. Réunis aux anciens habîtans de ce district , ils formoient
une nation considérable.
Ce peuple n'étoit plus subordonné à Nœdanum , sa capitale : il avoit passé sous la domination de Conan, dont les états s'étendoiept jusqu'au €oesnon. Comme il ne reconnoissoit plus la même autorité civile , il de» voit relever y pour le spirituel , de la juridiction des évêques qui dépendoient du roi de l'Armorique.
Pour se mettre à couvert des insultes des pirates , les naturels du pays et leurs nouveaux compatriotes s'établirent en communauté et formèrent une ville assez peuplée qu'ils fortifièrent.
Les Bretons établis à Dd , ceux qui étoient dispersés dans les campagnes voisines ou qui avoienrt pins loin leurs habitations , avoient besoin de secours spirituek. Frappé de ces motifs y Conan ne balança pas à fonder à Dol un siège épiscopal. L'étendue de cet évêché ne passa pas d'abord les limites de l'ancien canton. Nous les avons fait connoitre, lorsque nous avons parié des Diablintes (a). Nous ajouterons seulement que , du côté de la Neustrie , le diocèse de Dol se terminoit inclusivement à Cendre (3) , petit terrain baigné par le Coesnon , et qui est au-dessus de Plenefougere dont il Saisoit partie (4).
Subdinwn j capitale des Cenomanij avdit emprunté de son peuple le nom de Mans. Saint Julien , envoyé par saint Catien , avoit été l'apôtre de cette ville : ses successeurs avoient rendu chrétienne non-seulement cette nation particulière, mais encore les Arvii el les Diablintes de Noedunum. des deux cités , qui avoient perdu leur ancienne célébrité , furent incor-
(1) Canon 6*. Maen, frùtUièrei; de fou^ lUlre, et de ger^
(2) Voy. k 1. 1. de notre Hist. ({ntrod. a.V.) rivière. Ce qui désigne un lieu qui tertde fron-
(3) Gendre vient de een, léte, et de dre , lieu, tières , où tl y a beaucoup de hêtres el qui eei Ce qni veut dire : terrain qui est au-divant auprès d'une rivière. Il joignoit efTectivement d!'un autre et qui en fait etmme latéte. le Coesnon à Gendre , et là il séparoit l'Anno-
(4) Plenfougere tire son nom de plaen an riqne de la Neostrie.
TROISIEME £T OtTAtRIÈME SliCLES. I99
porées avec celle du Mans. Mais lorsque Dol fut honore du titre de siëge épiscopial j le temps n'avoit pas encore permis aux évéques du Mans de jeter sur ce canton leurs regards paternels. Les ëvéques de Rennes , antérieurs de près d'un siècle à ceux de Dol , avoient porté leur sollicitude pastorale dans quelques petits districts qui étoient du ressort des Diablintes d*en deçà le GoesnoD , et y avoient formé quelques églises. D'où il suit qu'ils s'étôient un peu avancéiî dans le pays de Dol. C'est de là que de nos jours des paroisses sont enclavées respectivement dans les deux diocèses. '
Les Corisopiti qui , dans leur origine , ne faisoient qu'un canton des Osismii , avoient acquis , sous les Romains , le titre de cité. La Notice des provinces de l'Empire le leur donne et les distingue des Osismii. Nous ne devons donc pas être surpris qu'on ait donné des évéques à ce peuple dès le commencement de la monarchie armorique. Les Bretons-Létes, qui vivoient avec les Corisopiti , exigeoient le ministère des évéques ; la ville de Quimper leur ofTroit un lieu propre à leur caractère. Les bornes de ce nouveau diocèse furent celles de la nation ; elles furent néanmoins reculées dans la suite : Carhaix même y iut enclavé. La cause de cette extension vient de ce que ceux qui avoient retenu le nom d'Ow/iwï furent encore long-temps avant que d'avoir des chefs ecclésiastiques. Les évéques de Quimper , qui avoient à cœur le salut des étrangers, comme celui de leurs diocésains , portèrent la religion au-delà de leur district naturel.
l^ création des évêchés de Dol, Venneset Quimper , n'intéressoit point personnellement les évéques de Nantes et de Rennes. On leur laissoit la direction des peuples qui ressortissoient de leurs sièges. Ceux mêmes que les évéques de Rennes avoient détachés du Pagus de Dol , continuèrent de reconnoitre sa juridiction.
' Au reste, quelque légitime que fût en elle-même l'érection de ces trois évêchés , c'étoit aux anciens évéques de la province ecclésiastique à prononcer sur leur nécessité (i) ; l'on ne peut douter que leur autorité ne soit intervenue dans cette affaire. La cour de Rome ne prenoit point encore de part dans ces sortes d'établissemens ; celle qu'y eut le roi de l'Ârmorique , n'avoit pour but que le bien public.
7a. Les ministres de la religion chrétienne tenoient par une chaîne non interrompue au premier sacrificateur qui ait paru dans l'univers. Quelque diversité que les différentes nations eussent introduite dans le culte divin ,
(l)Concil. Sardic.Can. 6.
aOO HISTOIRE ECCLÉSÏASTIQim*
partout le sacerdoce et les autek furent en treteous aux dépens du public. L'équité naturelle avoit inspiré cette praticpie. Les Armoriques pâens Tavoient connue. Devenus chrétiens , ils apprirent que la raison souveraine , Jésus*Christ j avoit prononcé que celui qui travaille mérite qu'on le nourrisse. Ils surent que les apôtres n'avoient porté avec eux ni or ni argent. Ils avoient vu par eux-mêmes que ceux qui leur avoient annoncé les premiers TEvangile avoient suivi cet exemple. Ces nouveaux pasteurs avoient demeuré dans les maisons de leurs prosélytes , mangeant et buvant ce qu'on leur servoit.
73. Les premiers biens de l'église armorique furent ceux que les fidèles olfiirent à l'autel. L'évéque prenoit une partie du pain pour consacrer l'agneau sans tache , et réservoit l'autre. Comme les chrétiens se traitoient de frères dans toute l'étendue du terme^ ils n'avoient qu'un coeur et qu'une âme ; aussi ne leur connoissoii-ou , en quelque manière , qu'un même patrimoine sur la terre j ainsi qu'ils n'avoient qu'un même héritage dans le ciel, lis se regardoient seulement comme les économes de leurs biens ; contens du nécessaire , ils donnoient le superflu.
74. Toutes ces richesses étoient déposées entre les mains de l'évéque. Comme sa charité s'étendoit à tout son diocèse , et même au-delà , lorsque les circonstances le permettoient , il étoit le père des pauvres , le défenseur des veuves et des orphelins. Il ne rendoit compte à personne de la distribution du trésor qui lui étoit confié. On n'avoit garde de le soupçonner d'infidélité ou de complaisance. On l'avoit chargé de répondre à Dieu des âmes mêmes que Ton estimoit d'un prix infiniment supérieur.
75. L'évéque ne prenoit sur les offrandes faites à l'Eglise et ailleurs que ce qui lui étoit nécessaire , non pour vivre commodément , mais pour s'entretenir dans la pauvreté. Il étoit convaincu que son droit sur le nécessaire ne lui en donnoit aucun sur le superflu.
76. Le clergé n'étoit pas autrement traité que son évéque. On voyoit même des clercs exercer des métiers , ou faireJe négoce. Ce n'étoit pas pour satisfaire la cupidité , mais pour subvenir à leurs nécessités et à ceUes des autres. Ils se privoient des distributions qui leur étoient dues ^ afin qu'elles passassent aux autres pauvres. Les empereurs n'ignoroient pas leur désintéressement ; ils étoient persuadés que le travail de leurs mains et le fruit de leur industrie tournoient uniquement au service de l'humanité. Constance , pour favoriser des vues si louables , les affranchit de l'impôt qu'on levoit sur les ouvriers et sur les marchands. Saint Paul avoit donné lui-même l'exemple d'une perfection si relevée , en ne vivant
que
TROISIÈME ET QUATRIÈME SIÈCLES. aOÏ
que de ses ouvrages manuels. Cependant , comme le commerce auroit pu distraie les clercs du service divin , ils ne pouvoient le faire que dans le lieu de leur résidence (i).
77. Lorsque quelqu'un étoit élevë à l^épiscopat , ou il faisoit sur-lechamp la cession de ses héritages , ou , s'il les gai^oit durant sa vie , il en dounoit l'usufruit aux pauvres, et il avoit soin d'çn transporter Je domaine à l'Eglise par un testament. C'étoit imiter Jésus-Christ qui , maître de tous les biens , s'est fait pauvre à cause de nous , pour nous enrichir de son indigence.
78. Les biens des ecclésiasiiques qui n'avoient point testé , et qui n'avoient pas de parens pour recueillie leur succession , étoient dévolus à l'Eglise. Théodose le Jeune en fit une loi (2). Les évêques et les clercs qui n'avoient rien au temps de leur ordination , ne pouvoient acquérir qu'au nom de l'Eglise. Ainsi l'avoit ordonné le concile de Carthage , dans son quarante-neuvième canon.
79. La loi de Valentinien I, qui dofendoit d^admettre dans le clergé les riches et les décurions , ne regardoit que les personnes qui composoient les sénats inférieurs. La qualité de leurs biens et la paissance les y faisoi^t entrer. Us étoient les débiteurs, et , en quelque manière , les esclaves du public. Par là, ils contractoient une irrégularité qui les rendoit incapables d*embrasser la cléricature. L'Eglise étoit bien éloignée de blesser le droit naturel en les recevant parnii ses ministres. Il y avoit dans les grandes villes une autre espèce de riches qui pouvoient aspirer à l'honneur du sacerdoce : c'étoient les membres des sénats du premier ordre. Ils n'étoient sujets à aucune servitude : leurs grands biens en étoient exempts comme leurs personnes. Depuis plus de quatre siècles, Nantes et Rennes avoient été pourvues de ces deux sortes de sénats.
80. Lorsque le mêmeValentinien déclara nuUesles donations que les veuves et les orphelines faisoient ^ de leur vivant ou par testament , aux clercs et aux moines , il n'avoit en vue que d'arrêter la cupidité , que l'état le plus saint n'étouffe pas toujours. Les clercs et les moines , en s'appropriant ces dons , cessoient d'être pauvres. Trouvant le nécessaire ailleurs , par ces largesses ils avoient du superflu. L'Eglise seule devoit en être la dépositaire , pour les faire passer à ceux qui en avoient besoin. Bien loin que l'Eglise souffrît de celte disposition , elle y gagnoit beaucoup , et tout étoit dans l'ordre. Ces veuves et ces orphelines^ qui ne pouvoient rien
fi) Goncil. Elib. Can. 19. (2) Cod. Theod. lib. 5. Ut. 3. c. 1.
SOa HISTOÎBE ECCLésiASTtQITB.
doiitoer aux membres dn eief^^ , avoient une entière fibiertë de céder au corps les 1^ qu'elles vouloiënt faire.
8i. Les trésors temporels de TEgltse furent grands dès sa naissance , parce que les riches connurent Fusage qu'ils dévoient faire de leurs biens. Le clergé , d#iit les occupations spirituelles étoient si multipliées , ne coDSUlfftcft que son amour pour lliumanité et toujours guidé par le même esprit^ reçut ces biens à titre de patrimoine des pauvres , de vœux des fidèlet'et de prix des. péché». Un discernement éclairé leslqi faisoit distribuer à chacun aveo une juste balance.
S%. Si les évéqifea éloient attentifs à pourvoir à la subsistance de leur clergé et des autres pauvres deleur» ^éèsèis , ils étoietit encore plus oc«> Chipés à former les cœurs aux vertus, qui entretiennent la vie de Tâme , à instruire les fidèles , à corriger les pécheurs et à faire des néophytes.
Outre les enseignemens qu^s donnotent dans les églises , leurs maisons étoient autant d'écoles de religion. C'étoit là surtout qu'ils ^catéchisoient les catéchumènes , qu'ils fortîfioiiht les fidèles dans leur foi et qu'ils perfeçtionnoiènt les clercs, il falloit conséquemikient des instructions suivies 1^ méthodiques. Aux fi>emierSy l'évéque ense^tioit les élémens de lare* ligion ; il leur dévdoppoit les Ibndl&niéns inébrantablès sur lesquels elle est appuyée. Aux cleriis , fl interprétoit l'Ecriture* Enfant privilégiés et destinés , du moins la plupart , à devenir maîtres eux*inémes y ceux-ci avoient besoin à\itïe nourriture plus s6lide. En ap|>renant la science ecclésiastique 9 ils seformoient en même temps et aux bonnes mœurs et aux fonctions de leur ministère.
83. Les évéques de Nantes et de Rennes , fidèles imitateurs des autres pasteurs y furent les prédicateurs et lès théologiens de leurs églises. C'est surtout par cet endroit que saint Glaiï* s'acquit la réputation de savant , et qu'Ermius passa pour un personnage éloquent.
Les écoles de ces laborieux prélats durent être en petit ce qu'étoit en grand ceHe d'Alexandrie. Si saint Epipode et saint Alexandre , tous deux disciples de saint Pothin y se distinguèrent dans les lettres , les premiers évéques des deux plus grandes villes^de l'Armorique , qui en conuoissoient les avantages par leur propre expénenee , durent ne rien éparçner pour les faire fleurir chez eut. Saint Irénée faisoit vohr dans ses disciples^ Caius et flippolyte , ce que les évéques de rArmorajuë avoîent à faire. Sain^ Martin , le modèle de ses suffragans , ne piquoit pas moins leur émula? tion. Son monastère de Marmoutier étoit devenu le sanctuaire des sciences ecclésiastiques.
TROISlilIE ET QUATRIEME SlilCLES. ao3
Si ces évéques étoient engages par des raisons tirées de leur ministère , et fortifies par l'exemple^ à faciliter à leurs diocèses les moyens d'étudier la oonnoissance du salut , ils y étoient encore excités par le goût si naturel aux Gaulois pour les sciences profanes.
Phebicius , né à Bayeux , grand-prétre de Belenus en cette ville , qui Yoyoit sa fortune et sa considération s'évanouir avec le culte de cette divinité j alla professer les belles-lettres à Bordeaux (i). Le collège qui y étoit fondé jouissoit d'une réputation si brillante , que les savans des pays étrangers venoient y briguer des chaires , et que les autres villes de la Gaule j celles même de Rome et de Constantinople , se croyoient honorées d'avoir ou de ses professeurs , ou de ses élèves pour l'instruction de leur jeunesse.
Altîus-Patere , fils de Phebicius , fit l'admiration de Bordeaux par une vie réglée , quoique païen , et par ses talens supérieurs. Ses discours étoient haitnonieux , pleins d'urbanité , de grâces et de sel. Ausone relève particulièrement son éloquence. Saint Jérôme assure que ce rhéteur et Delphide j son fils j excelloient dans l'art de bien parler. La réputation d'Aïtfus-Patere le suivit à Rome : il y enseigna la rhétorique, avec le plus grand succès.
Les Armoriques ne pouvoient voir avec indifférence une émulation si marquée pour les belles-lettres. Les app1audissemen3 que Ton donnoit à ceux qui y réusissoient étoient pour eux un nouvel aiguillon.
Une loide Gratien , par laquelle il est ordonné d'établir d'habiles professeurs de rhétorique et de belles-lettres pour le grec et le latin dans toutes les villes les plus peuplées de la Gaule , ne nous permet pas de douter qu'on n'en ait attiré à Nantes et à Rennes , s'il n'y en avoit pas auparavant.
.84* Le clergé des églises de Nantes et de Rennes ne fut pas nombreux jusqu'à la fin du quatrième siècle. Les évéques qui les gouvemoient, rem-
(1) Strabon et Ptolemée parlent de cette civas Canilias érigea nn temple en cette Tille
ville : ils l'appellent Burdigala, Ce nom Tient aux dienx totélaires d'Auguste ; le terrain snr
de hwar , en composition hwer , hwr y en far- lequel il fut construit fut assigné par un décret
me d^arc; de dy , grand , et de c<U, en corn- des décurions de laville. G'étoit un péristyle à
position gal^porl. Ce qui veut dire : grand quatre angles droits, long de 87 pieds et large
port en forme ^are. En effet , le port de Bor- de 62 , selon Elie Vinet Dans sa largeur , ce
deaux est si vaste qu*il peut contenir plus de temple avoit six colonnes en face et huit co«
deux mille vaisseaux , et il représente une es- lonnes à chaque c6té dans sa longueur. Elles
pèce d'arc dont la Garonne est la corde. Las- étoient toutes d'ordre corinthien.
lo4 HISTOIRE ECCLESIASTIQUE.
pUssoient par eux-mêmes les foncticups du saint ministère. Prêtres et sacrificateurs aux autels y docteurs sur l'ambon, prédicateurs jusques dans leur maintien et leur silence, crucifiés au monde et au péché , médecins dans l'administration de la pénitence secrète j dans celle qu'ils faisoient remplir solemnellement en public j pasteurs jusques dans les besoins temporels , règles vivantes du clergé et du peuple , tout à tous , ils étoient véritablement papes , c'est-à-dire , pères de leurs ouailles et serviteurs des ser-^ viteurs.
85. Les prêtres et les diacres qui composoient leur sénat et leur con-> seil y leur servoient de vicaires dans leur absence et leurs maladies , autant que leur ordre pouvoit le leur permettre. Pendant la vacance 4u siège y ils conduisoient l'Eglise et administroient ses biens.
86. Il y a lieu de présumer que les églises particulières qui furent édifiées à Nantes étoient paroissiales. Des prêtres y furent attachés ; ils n*y célébroient pas néanmoins les saints mystères. Ce que nous conuoissons des églises-mères nous apprend qu'on ne faisoit point ailleurs de sacrifice. On n'y voyoit qu'un autel , comme , à proprement parler , il n'y avpit qu'un pontife. Les prêtres et les diacres attachés à son église l'assistoienit durant cette redoutable fonction. Les fidèles y étoient présens et ne faisoient qu'une même hostie qui s'immoloit avec Jésus-Christ au Père éternel. De la cathédrale y on en voyoit la communion aux prêtres qui de$servoient les églises inférieures de la ville. Cette pratique les tenoit dan^ la dépendance de l'évêque.
87. Les prêtres qui furent chargés de l'administration des six paroisses fondées hors la ville de Nantes, rendoient compte à l'évêque du temporel de ces églises. Us prenoient sur leui^s revenus cç dont ils avoient besoin pour leur vêtement et leur nourriture ; Tévêque disposoit du reste suivant ses lumières et sa charité.
Vf.
88. C'est principalement la raison d'incontinence qui a fait attacher rir7 régularité à ceux qui ont été mariés deux fois. Les Pères disent que c'étoit là le motif pour lequel saint Paul vouloit qu'on n'ordonnât évêque que celui qui n'avoit épousé qu'une femme (i). Cet apôtre exigeoit la même chose des diacres et des veuves (a). Il insinuoit par là quelle devoit être la vertu de ceux qu'on élevoit an saint ministère.
Lorsque les Pères du concile de Valence étendirent l'an 374 , d'après
(1) 1. Tim. 3. 2. (2) Ibid. ▼. 12. et c. 5, 1, 9.
TROISIÈME ET QUATRIÈME SIÈCLES. ao5
les canons apostoliques (i) ^ la bigamie à ceux qui avoient épousé une veuve , ils jugèrent que le soupçon d'incontinence qui toniboit directement sur la femme, n'étoit pas honorable.au mari. Ce n'est pas que l'Eglise traitât d'illicites les secondes noces : elles sont bonnes en elles-mêmes; mais l'incontinence, à qui elles servent de remède, est unie infirmité de l'àme. C'est pour la punir que l'Eglise imposoit: une pénitence à ceux qui se remarioient.
La pape Innocent I qui^ comme le concile de Vatebce , déclare que ceux qui épousent une veuve avant le baptême ou après, ou qui épousent une fille avant le baptême et une seconde après , tombent dans l'irrégularité , en donne pour raison que le baptême a bien la force de lavàr la tache des crimes , tuais qu'il ne peut diminuer le nonibre des mariages^ contractés. « Dieu, dit-il, n'autorisa et ne bénk que le premier iqariage 9 d'un homme avec une femme. L'Eglise , qui a pris ce divin modèle pour » règle de sa discipline, ne bénit que les premières noces , et refuse 9 l'entrée au saini ministère à ceux qui sorteni: des bornes tracées , en » quelque façon , par le doigt de Dieu même (2)' »
La raison mystique de cette irrégularité que saint Augustin fait valoir, et à laquelle on s'attache aujourd'hui , savoir , que le mariage des prêtres doit représenter celui du Verbe incarné avec son Eglise (3) , qui est toujours une, n'avoit point été alléguée avant qe saint docteur. Elle a été , dit Thomassin (4) , plutôt l'embellissemppt d'.une chQ3e faite , qu'un motif pour 1^ faire,
89. Pour peu que l'on veuille approfondir la nature du saint ministère et les qualités qu'il requiert dans ceux qui en sont revêtus, on ne sera pas surpris que presque tous ceux qui y étoient appelés opposassent delà résistance à leur ordination. La ferveur du christianisme , alors presque dans toutç sa force , représentoit vivement et sans nuages à l'esprit l'excellence et la sublimité du sacerdoce. Les qualités que saint Paul exige dans les évéques efirayoient l'humilité des élus. Simples particuliers , ils n'avoient à répondre que d'eux-mêmes au tribunal de Dieu.. Une fois à la tête de la bergerie , ils avoient à rendre compte de tout. Les grands exemple^ de^ vertus pastorales que leur offroient de tous côtés de saints évéques , bien loin de les rassurer , ne leur montroient que leur indignité.
(1) C. 16 , 17. r4) Discipline de FEglise sur les bénéfices ;
(2) Ep. 22. c. 1 , 8. art. bigames.
(3) Lib. de bonoconjagali.
!à06 HISTOIBE ECSCLÎâsiASTIQUE.*
On sait qu^il lallut user d-artifice et de violcDce pour faire s'asseoir saint Martin sur le siège de Tours. Son humilité lui avoit inspiré la retraite et la vie privée : Tobéissande seide, animée par la charité , lui fit accepter en tremblant le fardeau redoutsd>le de Tépiscopat.
90. S'ûnputer des crimes ou que Ton n'avoit pas commis ^ ou qui du moins étoient.secrets j dans li^ vue d'éviter le sacerdoce , c'étoit sans doute se regarder comme indigne d'un emploi si relevé et en reconnottre la supériorité; loai^ lui Tendre cet hoaimage par un mensonge, c'étoit outrager la véiitépar essence^ le Dieu de toutes vertus. Lorsque le concile de Va« lence rend inhabiles à l'épiscopat t^eux qui faisoient cet aveu , il n'a fait (foe suivre Feicemplè de saint Paul , qui donne une exclusion générale à ceux qui ont tonibé dans le brime i^ès leur baptême (i). Les constitutft(Mis apostciliques (a) y le canén aoixante^uniéme des Apôtres , les conciles de Néocésarée (3) , de Nicée44) et d'ELvire (5), portent la même îrréguknilié. Ceux qu'on adaiettoit aux saints ordres dévoient avoir conservé la oatndeur et la pureté dôniikavoie^ été revêtus dans leur baptême. La pénitence ne leur auroit pas rendu l'innodence vir^nale : elleauroît pu en faire des saiutk, mais elle ne;pouvoît donner à l'Eglise des rbinidtres selon ses dés^rs^
' ^'- '■ vnt.
. 91. Ce n'étoit point par l%sd^l qu'on reconncHssQil les ecdésîastiqdfe dans là; vie oivi)e. Un extérieur simple et modeste ^tpii annonçoit la pureté du cœur , faisoit leur caractère distinctif. Les Armoriques , qui avoient emprunté des Romains leurs usages et leurs mœurs , se vêtirent comme eux. Les personnes en dignités le jJus grand nombre des simples citoyens von^ainsy pprioientune robe qu'ils nommoient toge. Cet habillement étoit de laine ^ ample et long. D'diK>rd on l'avoit laissé tomber jusques sur les pieds; mais Auguste^qui Tavoit trouvé trop incommode pour marcher, le fit relever de façon qu'il ne deicendoit qu'un peu au-<lessous du genou. On TaHachoit sur IVpaule gauche. Il se plioit et se retroussoit de façon à laisser le bras droit entièrement libre. D'un pan de cette toge, on se couvroit la tête, soit pour se préserver de l'ardeur du soleil , soit pour se défendre de la pluie.
Le clergé adopta celte manière de d'habiller. Comme les ecclésiastiques ne respiroient en tout que la simplicité , leurs t(^es n'avoient point cette fi-
(I) Tit.c. >i. t.Tîm. 1. c. 3. (4) C. 9. 10.
(2)Lib.2.et)ib.3.c.9.etlib.6. c. 4. (5) G. 30.
TROISlijIE £T QUATRli^HS SliCLES. fkO']
nesse et cette ampleur que l'on remarquoit dans ceUes des .personnes riches et de ceux qui se piquoient de grandeur. Ils affectoteut encore moins de relever leurs toges par des raies de différentes couleurs , ou de les charger de broderie , ainsi que le pratiquoient les personnes du grand monde. Elles étoient branches et unies , telles que les portoitle peuple romain.
9a. Le Pape Célestin blâma, en l'année 4^^ > 1^^ ecclésiasliqqes des provinces de Vienne et de Narbonne, qui, au lieu de la toge ,. commençoient à porter un manteau et une ceinture. Il leur montre que ce n'est que l'amour de la ch^Hteté qui nous est recommandé par ce qu'on lit dans l'Evangile , de se ceindre les reins ; qu'il ne faut pas corrompre , par superstition ^ la discipline que tant de saints évéques ont autorisée ; que le clergé ne doit pas se distinguer des fidèles par Fhabit , mais par la doctrine et la pureté.
On observe que les chanoines de l'église de saint Martin de Tours portèrent l'habit blanc dès leur institution. Ce ne fut que sous le pape Alexandre m qu'ils changèrent cette couleur , pour prendre le rouge et le viol^et, qja'ils conservèrent durant plusieurs siècles (i).
93. JLes purifications impures auxquelles quelques-uns des nouveaux convertis au christianisme n'avoient point honte de s'imlier , et dont les Pères du concile de Valence se sont plaints dans leur troi^ème canon , est une suite de la Ténération superstitieuse que les Gaulois a voient conservée pour Peau. Nous avons fait voir ailleurs (a) qu'ils a voient supposé qu'un génie particulier anim oit cet élément. Les Romains, si éclairés d'ailleurs ^ avotent tombé dans la même puérilité. D'après ce principe , l'eau acquit des propriétés les plus surprenantes.
Une des cérémonies à qui cette fausse .persuasion avoit donné lieu , et qu'on décoroit du nom de lustration ^ consistoit à se plonger datas l'eau , ou à répandre sur soi de Teau lustrale (3).
Lorsque les nautonniers de notre Bretagne font traverser à quelqu'^un , pour la première fois, un bras de mer , ils ne manquent point de le bapù-^ ser (c'est le terme dont ils se servent ) , à moins qu'il ne se rachette par argent. La même pratique a lieu lorsqu'on passe le tropique ^ ou le détroit, ou sous la ligne.
(1) Gervaise , Vie de S. Martin. Introduction , n. 223, p. tÛ9* a. Vi) ,
(2) I. Tol. pages 285 et suit. (Ci-dessus , 13) ;£neid.Ub. 6. t. 740.
ao8 HISTOIRE ECCL&IASTIQITE.
Ces usages ne sont plus aujourdliui qu'une plaisanterie burlesque. Le peuple , cbez qui ils sont relégués , n*en voit d'autre raison qu'une coutume aveugle ; des yeux attentifs en découvrent l'origine , quelque ancienne qu'elle soit. • *
94. Pour faire de Teau lustrale , les Romains , dit A.thenée , y éteignoient un tison ardent qu'ils avoient pris sur un autel où l'on offroit un sacrifice. Théodoret nous apprend que les païens avoient des personnes à la porte de leurs temples qui jetoient de celte eau sur ceux qui y entroient (1). Il ajoute qu'on en répandoit encore sur les viandes qui étoient servies dans les festins (2). On la déposoit communément dans de grands vases placés à la porte des temples. Chacun s'y purifioit en entrant et en sortant : dans tous les sacrifices que faisoient les Romains y on arrosoit les assistans avec des goupillons à peu près semblables aux nôtres (3).
95. Antoine-Marcile Colonne , archevêque de Salerne (4) , et Baronius (5) rapportent aux apôtres mêmes l'origine de l'eau bénite. Us prétendent qu'ils en ont introduit l'usage à l'imitation des aspersions de la loi mosaïque. D'autres disent qu'il faut en attribuer l'institution au pape saint Alexandre , qui fut martyrisé sous Adrien (6). Quoi qu'il en soit à cet égard , toute créature de Dieu est bonne , dit l'Apôtre ; elle devient sainte par la parole de Dieu et par la prière (7). C'est par cette raison que l'évéque sanctifie l'eau (8). De même que les viandes des païens devenoient immondes par nnyocation du malin esprit , ainsi l'eau acquiert la sainteté par l'invocation de Dieu (9). De là les constitutions apostoliques ordonnent à l'évêque de bénir l'eau et l'huile ; et , en son absence , au prêtre assisté
^d'un diacre (10).
96. La pratique de l'eau lustrale , qui est commune entre les chrétiens et les païens ^ n'est donc pas appuyée sur le même principe et n*a pas pour objet la même fin chez les uns et les autres. L'eau dont les chrétiens se servoient dans les cérémonies rdigieuses se rapportoit au culte du vrai Dieu ; celle que les païens employoient étoit consacrée à celui des idoles. L'une tiroit son efficacité du Tout-Puissant et étoit propre à la guérison des maladies de l'âme et du corps. L'autre étoit souUlée par le souffle impur des démons , et portoit la corruption partout où on la répandoit. Valentinien étoit bien convaincu de cette vérité. Comme il accompagnoit
(1) Lib. 3. e. 16. (6) Godeao.
(2)Lib.3. c. 14. (7)Tim.l.4.
(3) iSneid. lîb. 6. t. 229. (8)S.Gyprian.Ep.12. adJanaar.
(4) Lib. de aqoa béned. sect. 2. n. 43. (9) fi. Gyrillos , Catccb. 3.
(5) Ad an. 152. n. 3 et 4. (10) Lib. 8. cap. 29.
un
TROISIEME ET QUATRIEME SlàcUES. aOQ
un jour Tempereur Julien l'apostat au temple du génie de la ville d'A- . lexandrie , en qualiljé de capitaine de ses gardes , les néocores ayant jet#^ de l'eau lustrale suc ceux qui entroiept , il s'aperçut qu^uue goutte de cette eau étoit tombée sur son habit : il s'en plaignit à Tuu des uéocores ; et , après l'avoir traité durement , il lui fit sentir qu'il l'avoit souillé , bien loin de le purifier. Le déserteur du christianise^ qui crut ses dieux insultés par cette action , le fit reléguer dans un ch^eau situé au milieu des déserts ; après ^voir vécu un an et quelques mois y on lui diéférà l'empire pour récompense de sa piété (i).
97. Des principes que nous venons d*étabKr , îi suit évidemment que les purifications du paganisme^ soit par immersion , soit par aspersion , étoient, pour les nëophy)es qui y avoieut recours, autant d'actes d*îdolàtiîei. Les prophètes de r^nmenneloi, dans les reprochée qu'ils faisoieril: aux Juifs , Tavoient désignée par le nom d^e fornication. Par ces purifica^ tions , les dirétiens s'altacholént à un autre dieu qu'à celui qui est le véritable Dieu ; c'^toit afbandonner son ctilte pour celui des idoles. Aussi les Pères -du concile de Valence ne balancent point à mettre dans le même rang les sacrifices profanes des démons et les purifications qu'ils qualifient d'inceste.
jqS. Mais 'poûrqiKÂ 'les évéques de cette respectable assemblée refusent-ils les secours dels sacrement , m^e à'I'-drtide de là mort , à ceux qui , après leur baptême , avoient immolé de nouveau aux dëmons, ou qui avoient participé aux sacrifices des gentils par l'eau lustrale? Des prélats aussi zélés que ceux de la Gaule pour la conversion des pécheurs , et dont lei vues étoienl si saintes., poUv6iènt-ils pe pas tendre une main bienfaisante à ceux qui , ayant eu le malheur de retomber dans l'idolâtrie , reconnoissoient toute l'énormité de leur faute? Pourquoi ne les réconcilioient-ils pas au moins dans ce moment redoutable où l'âme,' prête à quitter le corps , alloit se présenter devant son juge?
Ce n'est que dans la charité même de ce^ pasteura et dans leurs lumières que nous trouverons la raîsoii de leur conduite. Ils étoient bien éloignés de penser qu'il y eût des crimes irrémissibles par leur nature ; ils savoient également que le pouvéft» dés clefs qu'ils avoient en main leur procuroit le moyen de délier les plus grands pécheurs , lorsqu'ils sont contrits et humiliés. Ce n'étoit pas sous ce rapport qu'ils .envisageoient
(1) Théodorct , lib. 3. c. 16.
3IO HISTOIRE EOCLlisiASTIQtTH.
réfat des choses. De tous côtes, tes chrétiens ëtoient environna d'idolitres. Les liaisons naturelles et politiques qu'ils avoient avec eux exposoient leur foi à de grands dangers. Quelque horreur qu'on leur eût inspirée pour toute espèce de cërémonies païennes , ils ne s'y sentoient pas moins portés intérieurement. L'iiahitude et l'exemple sont de puissans mobiles. Les évéques , qui n'àvoient rien plus à cœur que le salut de leurs ouailles , tentèrent de tarir la source du mal.
Ceux des chrétiens qui avoient retourné à l'idolâi^e trouvèrent , dans une pénitence laborieuse et continuée jusqu'à leur dernier soupir , de quoi apaiser la justice de Dieu ef attirer sur eux sa miséricorde. Les lâches qui auroient été tentés de suoeomber , spectateurs d'une telle pénitence , reprenoient , à cette occasion , assez de forces -pour sortir yictorieux du combat. Des p#ines présentes , et qUi ne se terminent qu'à la mort , font fllus d'impression que celles de l'éternité , qu'on ne considère que dans une perspective éloignée. Les pasteurs gaulois , guidés par les circonstances y étoient semblables à un médecin qui ne craidt pas d'ordonner à son malade le régime le plus exact et les remèdes les plus violens , quand il les juge propres à extirper )a ms^ad|ç.