‹ Histoire ecclésiastique de BretagneChapitre 81 sur 84 · XI · texte numérisé non relu

XI

^9. La sépulture ne fut pas seulement chez les chrétiens un devoir de la nature : elle fut encore un acte de religion.. On eut soin d'en écarter tout ce qui ressentoit la superstHtop. On n'ayait garde , dit isaiot Augustin (i) , de négliger la sépulture de^ morts ^ àidejet^âu hasard , comme parle Origene (2) , des .corps qui pnt été le si^^ d'ui^ âme raisonnable. La fpi enseigne que les corps des saints sont les fneoibne^ de Jésus-Christ , et que leur^ relique^ Qn( été les leiBpiêâs:dii:Saipt-fl$p^t»

100. On ne bruloit pa$ ordinsurema^tlediOpips morf^ : on préféra ^n général la coutume de les inhumQry.|pommei:H>nforiiiea Tusage primitif. Ce n',est pas qu'on craignit de faire périr par le feu d^s çprps qui dévoient tôt ou tard se dissoudre. Rien ne se perd dans }a nature ; celui qui , d'un acte de sa volonté y a ^out créé de rîen ,5tôt:assez puissant pour rassembler chaque partie du corps humain et l'animer deApuveap , lorsque parpitrale temps qu'il, a fixé pour sa r^^uiteçttipQ. . > .

loi. C'eût été profaner les corp^es fidèles , que de les enterrer dans les tombeaux des idolâtres. Saint Cypfiefai: en fit, de grands reproches à Martial, évêque en Espagne (3).

(1) DeCivH. Dei , cap. 13. (3) Ep. 26.

(•2) Contra Cclsum , lib. 2.

TROISIÈHE £T QUdâPRlilME SliCLES.' ^ 1 1

joa. Les clercs étoient chargés d'iphumer les corps morts des chrétiens. Saint Chrysostôme feit voir que , de son temps , c'étoit un usage ancien (i). On donnoit aux clercs fossoyeurs le nom de Copiâtes (a). Constantin les exempta , par un privilège particulier , de là contribution lustrale que payoieat tous les marchands.

io3. On ne manquoit pa§ 4ç chanter des. psaumes pour les morts , lorsqu'on portoit leurs corps en terr^ ; on célébroit pour eux le sacrifice de la messe (3). C'est une sainte et salutaire pensée de prier pour eux , afin que leurs péchés leur soient remis.

104. On consacra des lieux communs ^ où les corps des fidèles morts dans le sein de TJBglise dévoient être déposés. On leur donna le nom de cimetière , c'est*à-dire , repos des morts ; parce que , suivant la foi chré-^ tienne , les fidèles défunts ne sont pas morts , à proprement parler ; ils sont comme dans un état de sommeil ^ en attendant la résurrection générale. Tertullien rapporte un iniracle qui se fit dans un de ces cimer tières. Un corps mort se retira pour faire place à un autre (4).

io5. La loi des douze tables , portée chez les Romains ^ avoit défendu de brûler et d'enterrer les corps dans la ville , afin de la préserver de la corruption et de l'incendie. Elle fut étendue , par Adrien , à toutes les villes de llflmpire. Une troisième raison , également puissante alors , pouvoit avoir donné lieu à cette seconde ordonnance. Elle tiroit sa source d'une superstition par laquelle la vue d'un mort souilloit les flamines. Diocletien et Maximien n'eurent point d'autre motif que celui-ci pour renouveler cette loi.

106. Théodose le Jeune , qui connoii^oit l'absurdité des cérémonies du paganisme , n'eut égard qu'au bien de l'humanité dans la défense qu'il fit , en 38i , d'établir des cimetières dans l'intérieur des villes. La présence des cadavres, dit ce prince , semble en altérer la pureté (5). Origene avoit remarqué , avant cet empereur , que les citoyens seroient infectés par la mauvaise odeur qu'ils répandent. L'Eglise s'étoit conformée à un règlement si sage en lui-même , plus encore par amour de Ma société que par obéissance à l'autorité civile.

107. Le cimetière des chrétiens de Nantes fut conséquemment aussi

(1) De muliere septiès icla. rigne des Copiâtes peut donc s^attribucr à PE-

(2) On fait venir le nom de Copiâtes du grec glise latine.

cuposy travail; de là on conjecture que Fé- (3) TertuUian. Lib. de anima.

glise d'Orient leur a donné Tcxistence. Ce nom (4) Ibidem.

se dérive plutôt du celtique cop , creuser. L*o- (5) Ex Constit. Tbeod. Jun.

axa BïSTOiME 0gi}lé6là£lif^fmi ;

hors la vilU. C'est là qu'Us ëépoi*tètillW itoit* déd saiéts maAyrs Donatiai et ftogàtian. La pi«ipat^ desévé^Bês dé teité vîHe ftirènt enterrés auprès, d'eujt.

io8. Le cittaeifère dis RediDes ëtoit dati^ le lieii qu\)céifpë tnàihtenant Tabbaye de Saint Melaine. Marbbdtis , évéque dé eette VHIé , quî vîVoit sur la fin de l'onei^e siède f placée ddl^s éè! ëfadrdif , le tombeau de saint Moderan. Saint Just, ou Justin ^ y (bf ibHùfâë.' Dii irôlt'ebcôré, dans TEglise de ce mcmastène , une cbaj^éUe dëdîëe à ce def nîet évêque ; la barrière du faubourg de Saint Melaine porte le nom de Saint Just.

109, Il y avoit des omtiôires cfotts ëes citbeîièreis ; oh en éleva sur le tombeau des saints tnartyrS ^^/iVuntès : du eh fit atitàht sur cehx dés saints pontifes de Rennes. Là > oh offrdft le sacrifice de là hiésse , parce que les prêtres qui l'y céiébrbtéht h^avoieht point de peuplé qiri leur fût soumis y et qu'il n*y avoit point de ^dhhjger d'èlcTer autel contre autel.

1 10. Si le respect qu'ota avoit poter Tép^copàt et pour la sainteté de ceux qui en ëtoient revêtus, n'étoitjf^s^ mbtif suffisant pour les Itihiimer dans lés églises , à plus forte Maison , le corpi d'àtrcti^i fidèle n'y poùvoit reposer, quelque rang qu'il eût éù dans i'âat; le tteihple du Seigneur n'admettoit dans son ehcélMe que les âpfttréii ^t Itfs tnat^tyrs. Cette exception ne toijmoit qu'à la gloire de là religion. A la vhe de ces ^rébieuse* reliques, la foi des chrétiens en devéhoîcplus î^méèt leirr courage plus constant.

ai3

Cùm exaltatus liiero à terra , omnia traham ad me ipsum.

Joan, 12. '^. 32.

1 . Les évéques que la divine Providence avoit pris soin d'attacher à Nantes et à Rennes , avoient été autant de flambeaux placés sur le chandelier. Leur foi et leurs vertus ne tardèrent pas à passer dans les esprits et les cœurs des habitans de leurs villes ; bientôt elles se communiquèrent à la plus grande partie des cantons qui en ressortissoient. L'effet propre du christianisme est de changer ses disciples y non-seulement en des hommes nouveaux , mais de les consacrer et de les diviniser en quelque ma* nièrCé Ce spectacle dut frapper vivement les cités voisines des Nantois et des Rennois. Les nouveaux hôtes que les habitans du canton de Dol j les Vennetois et les Corisopiles reçurent chez eux , leur montroient pour la plupart les exemples d'une sainteté peu commune. Ils étoient semblables à ces arbres qui , après avoir souffert dans une terre aride , sont transplantés sur le bord des eaux.

Nous ne pouvons rappeler au jour tout ce que les zélés pasteurs des trois églises nouvelles entreprirent pour l'avantage de la religion et de la société civile. Il ne nous appartient pas de chercher à dévoiler ce que Dieu a voulu nous tenir caché. Nous ferons même un choix parmi les matériaux que nous rencontrerons. Si nous ne rapportons pas tout ce qu'ils peuvent contenir , c'est que l'amour du vrai est notre première règle.

2. Le premier évêque de Dol s'appeloit Senior ou Senieur. Ce nom , qui convenoit en général à tous les évéques (i) , lui devint propre. Sa vie ne nous est pas connue. Tout ce que nous en pouvons dire avec quelque certitude , c'est qu'il ordonna prêtre saint Patrice , l'apôtre d'Irlande , dans l'un des voyages que celui-ci fit en Armorique (a).

3. Saint Taillée (3), autrement Paterne, à qui l'on a donné le surnom à' Ancien , pour le distinguer de plusieurs autres saints du même nom , étoît ui> solitaire dont la piété et les connoissances étoient également re-

(1) Le nom de Senior vient de sen , ancien, pectable d'ancien.

Celai de Preshyier a le même sens dans le (2) D. Morice, Hist. de Bret. t. 1;

grec qae sen dans le celliqae. On donnoit (3) Tat se rend par père et répond à celui

indifréremment à tout évéque la qualité res- de Paterne , tiré du latin pater.

ai4 HISTOIRE ECGL]£SI ASTIQUE.

commandables. On croit qu'il naquit en Armorique vers le milieu du quatrième siècle. L'humilité , cette vertu inconnue des païens et trop rarement pratiquée par les chrétiens , lui avoit fait embrasser la retraite. Abaissé à ses propres yeux , il n'en fut que plus grand. La méditation des livres saints lui en acquit l'intelligence. Ceux qui le consultoient ne manquèrent pas de faire connoitre ses talens. La considération que l'on eut pour lui étoit d'autant plus solide , qu'il l'avoit moins recherchée. Quelque répugnance qu'il eût à se donner en spectacle , il se vit obligé d'ouvrir une école publique. La piété et la science y marchèrent d'un pas égal. Parmi les disciples qui prirent les leçons de ce docteur , on compte saint Patrice , l'apôtre d'Irlande. Il forma , dans la religion et les sciences , deux autres Patrices , l'un le remplaça dans le siège de Venues ; l'autre se relira dans l'Irlande , auprès de son oncle , lorsqu'il y prêcha l'Evangile (i).

Tel avoit été Paterne, avant que d'occuper la chaire de Venues. Maitre de plusieurs saints , il l'étoit lui-même. Si le tumulte des armes avoit jeté dans la dissipation et le relâchement la plupart des Bretons , dont il devenoit le père spirituel , que ne dut-il pas faire pour les rappeler à Dieu et à eux-mêmes ? Que de travaux n'essuya-t-il pas pour unir à son berc%U les Vennetois , dont le plus grand nombre étoit encore idolâtre ? Le zèle dont il étoit pénétré pour le salut des âmes , son expérience et ses talens suppléeront à ce que nous pourrions raconter à son sujet.

4. Corentîn , que l'on appelle Charaton on Chariaton (2) , fait voir , par son nom seul, quelle idée l'on avoit de sa capacité. Il étoit issu d'une famille originaire de l'île , qui s'étoit retirée en Armorique. Ses parents, qui avoient la crainte de Dieu devant les yeux , l'avoient fait instruire dès l'enfance. Il avoit fait de grands progrès dans les lettres humaines ; mais il se distinguoit encore davantage dans la science des saints. Son passage dans le continent fut pour lui une occasion de faire fructifier les talens que le Seigneur lui avoit donnés» Il s'occupa uniquement de Dieu et se fit une solitude au milieu de lui-même. Pour ne pas s'exposer à des distractions extérieures , il s'enfonça dans un lieu écarté , qui fait à présent partie d'une paroisse que l'on nomme Plomodiem (3). L'étude de l'ancien et du nouveau testament lui tint lieu du monde qu'il avoit quitté.

(1) D. Morice, Uist. de Bc£t. 1. 1. Ce qai veut dire : homme d'un Jugementpro-

(2) Le nom de Corentin vient de cor, UU, fond.

et d'en, excellente. Celui de Charaton est f3) Le nom de PUmodiem est composé de composé de char, grand, et de rat, pensée, plo, haHtane d'une campagne divisée en vil-

CINQUIEME SliCLË . a 1 5

Grallon , comte de Cornouaille , qui , à l'exemple des insulaires et des autres Gaulois , aimoit la chasse , se trouva un jour à la cabane de ce reclus. Ceux qui se plaisent à former des jugemens qui leur coûtent peu d'examen j attribueroient cette démarche au hasard ; sous ce terme , qui ne présente aucune idée , ils croiroient voiler leur ignorance. Mais , pour peu que l'on veuille user d'une raison saine , on se persuadera que cette rencontre avoit une cause déterminée dans les efFels admirables de la providence divine , qui conduit les pas de l'homme , sans qu'il y fasse attention. Grallon fut édifié de l'entretien qu'il lia avec ce pieux solitaire. La pauvreté volontaire à laquelle il s'étoit réduit , et les austérités qu'il pratiquoit , le touchèrent encore d'une manière plus sensible. Ce prince crut que tant de vertus ne dévoient pas rester secrètes plus long-temps. Corentin lui parut , à ces traits , être celui qu'il cherchoit pour conduire le nouveau peuple qui s'étoit mêlé avec les Corisopites. Saint Martin , qui mourut à la fin du dernier siècle , ou du moins au commencement de celuici , lui imposa les mains. On assure que Grallon , devenu roi de l'Armorique , lui fit présent du palais qu'il avoit à Quimper : c'est une tradition que ce château étoit situé dans le lieu même où est actuellement la cathédrale. L'épiscopat de saint Corentin fut long , et ses travaux apostoliques furent multipliés. 11 mourut vers Tan 454-

5. Cependant l'Empire romain, qui s'étoit flatté d'égaler la durée du monde, étoit sur le point de sa chute. La division qui avoit régné entre le sénat et le peuple , n'avoit pu cesser que par l'autorité d'un maître absolu. Il fallut retenir la liberté par la force ouverte. La monarchie devint toute militaire ; celui qui étoit pourvu du pouvoir souverain porta le nom d'empereur , parce qu'il étoit le chef des troupes. Le nerf du gouvernement se trouva par ce moyen entre les mains des armées. Aussi crurent-elles être en droit de créer à leur gré des empereurs. C'est de cette source destructive que dévoient sortir les séditions , les guerres, la ruine des milices et le bouleversement de l'Empire.

Des causes étrangères accélérèrent la dissolution de ce colosse énorme qui , par son poids , avoit écrasé l'univers. Les lois n'avoient plus de vigueur ; le luxe étoit monté à son comble ; l'envie d'avoir ne connoissoit plus de frein ; les barbares , qui joignoient à la force du corps la vigueur de l'âme ^ menaçoient de toutes parts les Romains amollis. Alaric (i) , le

lages $t maiiom parlieulièrei ; de mo , mm- p^nd d'un seigneur.

breuxy et de Hem on dtem, le d et le t se (1) Le nom d* Alaric se tire d'aUf impé-

mettant Ton pour l'ratre dans le celtique , tueux , et de rie , roi.

Seigneur, prince : peuple nonUfreuw qui dé"

a 1 6 HISTOIBE ECCLESIASTIQUE .

plus cruel ennemi du nom romain y pénétra en Italie en 4oa , et jeta Vépouvante jusques dans Rome. Un essaim de Vandales , d'Âlains et de Sue* ves fondit sur la Gaule Tan 4o6 (i). Comme les garnisons qui défendoient la frontière le long du Rhin et oient alors employées contre Alaric , les barbares ne trouvèrent aucun obstacle à leur passage. Ils se répandirent jusqu'aux Pyrénées (2). Les Alains occufièrent le pays d'Orléans et les bords de la Loire , sous leurs rois Eochar et Saogiban , peut*étre le même que Sambida (3). Les Allemands et léis Bourguignons marchèrent sur leurs traces. Ceux-ci s'établirent dans THelvetie (4)9 aujourd'hui la Suisse , et par la suite dans le. pays des Sequanois etdesEduens; ceux-là sur les b^Wls du Rhin , depuis Bàle jusqu'à Mayence.

6. (5) Les troupes romaines qui servoient à la ^défense de la Bretagne prirent l'alarme au bruit que éausoit ce déluge d'ennemis. Elles appréhendèrent d'être attaquées en même temps par quelques-uns de ces b^ares , et par ceux de l'Ecosse et de l'Hibernie. N'ayant à espérer aucun secours de l'Empire, elles se donnèrent un empereur. Le choix tomba sur l'un des officiers j nommé Marc. A peine fut-il élu qu'on le remplaça par Gratien , dont on ne fut pas plus satisfait. La couronne lui fut enlevée avec la vie y après quatre mois de règne. Un simple soldat en fut décoré. Le nom de Constantin qu'il portoit , étoit respectable ; ipais sa personne n'avoit presque rien qui pût réveiller les grandes qualités que l'on avoit admirées dans le premier empereur chrétien. 11 dut sa force à la foiblesse et aux agitations de l'Empire.

7 (6). Le tyran alla , à la tête des troupes et de la jeunesse de l'île j se faire reconnoitre par les Gaules et laissa la Bretagne dégarnie. Les Pietés et les Ecossois la désolèrent de nouveau. Constantin , qui avoit porté les armes en Espagne , n'étoit ni assez actif ni assez puissant pour mettre l'Ile à couvert. Honorius , aussi indolent et également foible , encouragea seulement les Bretons à se défendre. Ils ne trouvèrent plus de salut que dans leur désespoir^ et ils furent contraints à ne réclamer que lui contre leurs ennemis. Un grand nombre de négocians romains passèrent dans les Gaules ; de nombreuses familles se retirèrent en Armorique.

(1) Oros. Hist.lib. 7. * . (4) BlwH, amâoyé. 9olybe rapporte que

(2) Pyrénées est un terme composé dept , ceax to Ganlobiim deneocoient aa-delà des montagnes ; de ran , en composition rtn, se- Alpes au bord du Rh6ne , portoient les armes paration , partage . pour les peuples qui les soudoyoient .

(3) Jornandès, de rébus Gotbicis; etCons- (^ [An 4^.1-- Omission, a. V. tanlius presbyter et Erricus monachus in vita

S. Germani , ubi de Eochar, rege Alanorum. W [An 409.] — Omission, a. V.

CINQUIEME SIÈCLE. Hl^J

8. Les Bretons-Lëles et les Armoriques venoient de pourvoir à leur sûretë : ils avoient chasse , à main armëe , de leurs frontières , les magistrats romains ; mis leurs villes en état de défense et changé leur gouvernement. Par là ils avoient cru ne pas désobliger Honorius , qu'ils continuoient de regarder comme leur souverain légitime. Constantin ne passoit pas moins dans leur esprit pour un usurpateur que dans celui d'Honorius. La jeunesse nombreuse de File^ qui avoit suivi le tyran dans la Gaule , vint se fixer en Armorique , où elle fut reçue avec joie par les naturels du pays et par leurs anciens compatriotes. Déjà ces étrangers égaloient au moins en nombre les premiers habitans.

9. Conan s'étoit mis à la tête de Tentreprise hardie qui assuroit à TAr* inorique son ancienne liberté et son repos. Aussi on lui déféra la principale autorité* Chacun vécut sous lui suivant les anciennes lois de la patrie. La nation se regarda néanmoins encore , du moins extérieurement , comme subordonnée à TEmpire romain. C'est par ce motif que la monnoie qui fut frappée en Armorique étoit au coin des empereurs.

10. Constantin avoit joué le même personnage que Maxime : il périt en 4i<9 à peu près de la même manière. Sa mort sembloit devoir faire rentrer TArmorique sous le gouvernement du préfet du prétoire et des autres officiers impériaux d'Honorius. Mais Conan avoit goûté le plaisir de commander en maître ; ses peuples étoient contens de son administration : ils ne se rappeloient que trop les exactions énormes des magistrats romains.

11. (i) Les Romains y qui s'étoient servis d'Exuperantius pour en* gager les Armoriques à rentrer sous leur obéissance ^ voyant qu'il n'y pouvoit parvenir, l'employèrent pour traiter avec eux. Ils les reçurent au nombre de leurs alliés, ainsi qu'Us venoient de le faire à l'égard des Visigoths. Il paroit que le traité fut conclu entre le roi Conan et cet illustre poiteyin , au nom de Tempereur. Rutilius donne de grands éloges à Exuperantius pour avoir négocié un concordat qui rétablissoit la tranquillité dans r Armorique , la vigueur des lois et la liberté du commerce.

la. Les pertes que faisoit la Bretagne enricliissoient TArmorique. Ses habitans , accoutumés à s'expatrier , trouvoient dans la bonté de Conan une ressource à leurs malheurs. Ses états leur étoient ouverts , et il leur donnoit des terres à cultiver aux mêmes conditions qu'il avoit cédé les autres.

Conan devoit des égards particuliers à un seigneur breton , qui s'éloit

(1) [An 419.]— Omission, a. V.

21 8 niSTOIBE £CCL]vSIASTIQtJ£.

retiré auprès de lui Tan 4i8. On le nommoit Fracan (i). Ils éloient cousins germains y issus des deux sœurs. Conan , plus âge , avoit servi de tuteur à Fracan , dans le temps qu'il habitoit l'Ile , ou , du moins , il y avoit pris soin de son éducation. Fracan, qui avoit abordé à Bréhat (a), fut reçu avec tendresse de son parent. Il en obtint une habitation sur le bord de la petite rivière de Gouet (3) , entre les deux cantons où les villes de Quintin et de Saint-Brieuc se sont formées depuis. C'est le lieu que l'on appelle encore de nos jourj Ploufragan , du nom de son premier possesseur.

L'épouse de Fracan se nommoit Gwen (4). Pendant qu'elle demeuroit dans nie , elle eut de son mari deux enfans , savoir , Guelhenoc (5) et Jacut (6). Guignolé(7), leur troisième fils, que nous appelons communément Vennolé , et que les Anglois nomment Winwaloè ou Winwaloc , prit naissance en Armorique , quelque temps après leur arrivée dans cç royaume. Ils eurent encore une fille , qui porta le nom de Creirwy (8). On reconnoîtpar là jusqu'à quel degré de sainteté elle parvint.

i3. Il y avoit dans l'île Lawr (9) , autrement l'Isle-Verte , auprès de celle de Bréhat ( toutes deux dépendantes du diocèse xie Dol, actuellement dans les enclaves de celui de Saint-Brieuc) , un religieux nommé Budoc (10). Il étoit né , comme Fracan , dans la Bretagne , et y avoit acquis une grande réputation par sa science. Plusieurs moines se réunirent à lui. Il forma dans son île une communauté qui servit d'exemple à celles qui s'établirent dans la suite en Armorique. Il forma en même temps dans son mo^ nastère une école qui devint très-célèbre. Fracan confia à ce grand maître l'éducation de ses enfans. Tous répondirent entièrement aux soins que ^udoc prit d'eux.

j4. Jacut se fil admirer par l'innocence d,e sçs mœurs, par une caur

(1) Le 00m de Fracan tire son origtoç de de paysan.

fra^ grand, ei àecan, prince. (7) L'origine du nom Guignolé se trouve

(2) Bréhat est un mot composé de bres ,près, dans guy , lumière , et noU , célèbre.

et d*a( , continent : ile voisine du continent. (8) Creirwy vent dire : personne sainte. On

(3) Gouet « mot celtique , signiGe sang. Nous donnoit ce nom aux reliques des saints, ▼errons ailleurs si c'est là la véritable étymo- (9) Lawr se rend par vert. Des auteurs, logie de ce nom. qoi ne faisoient pas attention à Torigine cellL-

(4) Gwen se rend par belle. Gwcn veut dire que du mot lawr, ont été la cbercber dans le icila 6elle , par antonomase. latin, laurus, et ont donné à File le nom

(5) Guethenoctire son nom ûeguesty habit; d^I'l^ des lauriers.

de tex , chèvre , et de no , couvrir ; homme vêtu (^0) Budoc a été ainsi appelé du lieu qu'il

de peaux de chèvres. habitoit. Son nom veut dire en breton : hom-

(6) Jacut tire le sien ûejacca, ancien habit me environné d'eau.

CINQUIÈME SliCLE. 219

deur admirable et une prudence qui auroit fait honneur à un vieillard. Ses vertus jointes à la science de l'Ecriture-Sainte et des belles-lettres , firent bientôt augurer ce qu'il devoit être dans un âge plus avancé.

i5. Guethenoc ne cédoit en rien à Jacut. Animés l'un et l'autre du désir de ne penser qu'à Dieu , ils firent profession religieuse dans la communauté de Budoc. Ce fut pour tous les deux un nouveau motif de croître en perfection. Jacut passa dès lors la plus grande partie des nuits à méditer la loi de Dieu, ou à chanter ses louanges. Le travail des mains, la lecture et d'autres exercices de piété remplissoient le jour. Il n'avoit que de l'eau pour boisson ; sa nourriture étoit du pain le plus grossier , mêlé de cendres , et des légumes. La terre lui servoit de lit et un caillou de coussin. Ses vêtemens éloient les mêmes que ceux du peuple. Guethenoc étoit trop lié avec Jacut par le même esprit , pour ne pas l'imiter dans ses austérités.

16. Ces deux frères crurent enfin qu'il étoit temps de donner une libre carrière à leur zèle ; pour cet effet , ils demandèrent a leur saint maître la permission de se retirer dans une solitude. Comme Budoc connoissoit la pureté de leurs désirs , il se rendit à leurs vœux. Le lieu qu'ils choisirent fut bientôt sanctifié par leurs bonnes œuvres ; mais ils furent obligés de le quitter,

17. La péninsule deLandouar, située siir le bord de la mer , au diocèse de Dol , à trois lieues environ d'Alet , devint leur demeure. Cet endroit leur parut propre à les entretenir dans l'esprit de recueillement , et à faire éclater la miséricorde de Dieu envers ses habitans. Ils espéroient leur faire embrasser le christianisme et les déterminer à détruire eux-mêmes le temple qu'ils avoient élevé à la terre. Ce fait remarquable n'est point consigné dans la vie de ces pieux frères ; mais le nom de Landouar en sert de garant , ainsi que nous l'avons remarqué ailleurs (i).

Dieu qui vouloit, en sanctifiant ces illustres pénitens, qu'ils sanctifiassent non-seulement le lieu qu'ils habitoient , mais qu'ils répandissent au loin la bonne odeur de leurs vertus , ne pefSMt pas que leur nom fût resserré dans leur district. L'éclat de leur m^|w Servit de fanal à ceux qui voguoient au milieu de la mer orageuse de ce monde. Pour en éviter les écueils , on vint en foule se ranger auprès d'eux. Chacun y trouva un port assuré.

18. Les deux solitaires furent chargés d'un si grand nombre de disci-

ri) Voyez t. i. p. 308. (Ci-dessus, Intro- duction, n. 241. p. 117. a.V. )

^OlO histoire ECCLESIASTIQUE.

pies , qu'ils furent contraints de se séparer. Guelhenoc se retira avec ]a moitié de la communauté dans un lieu dont nous ignorons le nom et la position. Il termina sa carrière aussi saintement qu'il Ta voit commencée. Dieu a servi son humilité en permettant que la société qu'il avoit donnée, à la religion ne se soit pas perpétuée j et qu'aucun de ses disciples ne nous soit connu. Jacut resta à Landouar avec la portion de religieux que son frère lui avoit laissés. Son monastère étoit consacré sous l'invocation de la sainte Vierge ; son corps fut inhumé dans son église. Cette communauté , quoique devenue en différens temps la proie des Saxons , des Norinands et des Ânglois, subsiste encore de nos jours. Nous n'aurons pas oc-r casion d'en parier sitôt. I^s monumens , qui constateroient les faits ont été enlevés par les barbares^ où sont détruits par le temps.

19. Guignolé, le plus jeune des enfans de Fracan , reçut en naissant le germe des vertus et des sciences. Comme ses deux frères avoient embrassé l'état religieux , Fracan n'avoit plus d'espérance qu'en lui pour perpétuer son nom. Il le fît instruire dans la religion , autant qu'il le croyoit nécessaire à une personne du monde ; son soin principal fut de le faire élever dans les lettres humaines. L*enfant qui , comme ses frères afnés y se sentoit appelé à la perfection , avoit un goût de préférence pour rétude des vérités saintes. Il fit souvent des prières respectueuses à soq père pour l'engager à lui donner un maître qui pût lui enseigner les voie^ du salut f et à servir Dieu couune il le désiroit. L'arnour paternel connut . enfin ses bornes : il céda à une persévérance dont le ciel étoit le prinr cipe.

ao. Le saint homme Budoc fiit choisi pour maitre de Guignolé. Celuici y au comble de ses vœux , fit , sous la discipline de ce docteur , des progrès extraordinaires dans les lettres divines et humaines. Son avancer ment dans la vertu ne fut pas moins rapide. Sa piété , sa continence et ses autres qualités étoient telles qu'on assure que Dieu lui accorda dès lors le don des miracles.

!2 1 . Le désir ardent qui l'enflammoit pour la gloire de Dieu et la sanctification des âmes le porta à se réunir à saint Patrice , qui , après avoir été ordonné évêque d'Hibernie en 43 1> opéroit tant de merveilles en cette île. Le saint pontife, qui n'ignoroit pas l'état de l'Armorique, et qui savoit combien Guignolé étoit propre à l'éclairer , le détourna de cette entreprise.

22. Budoc , convaincu du zèle et des talens de Guignolé, crut qu'il étoit temps de l'abandonner à lui-même. Il le donna pour supérieur à on^e de

CINQUIÈME SIÈCLE. ail

ses disciples^ et les envoya fonder un nouveau monastère. De risle-Verte , ils passèrent dans la terre ferme. Après avoir traversé la côte septentrionale de l'Armorique, que l'on appela Domnonée (i) , ils s'arrêtèrent dans une lie déserte , près du golfe que forme la mer à Tembouchure de l'Aven (a). Cette lie s'appeloit Tospegia (3).

23. Ces religieux y construisirent de petites cellules et y vécurent , durant trois ans , d'herbes, de racines et d'orge qu'ils cultivoient. Toujours en butte à la fureur des vents et des tempêtes y ils furent obligés de passer de l'autre côté de la rivière. Cependant l'Ile qu'ils venoient d'abandonner se nomma Tibidi ou maison de prières (4). Leli#u où ils se fixèrent éloit situé auprès d'une hauteur , à l'abri de tous les mauvais vents , et ex* posé au soleil d'orient et du midi, ce qui 1^ fit appeler Landewenec{5). Cet événement arriva vers l'an 44o- Grallon donna à ces religieux l'emplacement de leur monastère , et fournit ce qui étoit nécessaire pour le bâtir.

a4. Cette communauté a été célèbre dans tous les temps. Guignolé fut le premier abbé de cette maison ; elle devint bientôt très-flori^sante, par la discipline merveilleuse qu'il y établit. La manière dont il vivoit étoit à peu près semblable à celle de Jacut. Elevés sous le même maitre , ils en avoient puisé les mêmes principes.

aS. Guignolé n'avoitpour tout habit qu'une tunique de peaux dechè* vres qui cachoit un rude cilice. C'étoit le vêtement du peuple de l'tle et de celui de l'Annorique. Jour et nuit , biver et été , ce saint ahhé étoit ha-

(4) La partie da continent qui est rcnfer- de dotimH, qai signifie pro/bnd. Le terrain qui

^ée entre Trégner et Ghàteaulin , au diocèse comprend surtout ce que nous appelons au-

de Quimper , porta , durant les cinquième et jonrdliui Basse-Bretagne » est rempli de mon-

sixième siècles , le nom de Domnonée. Cette ticules et de vallées , de même que la Domno-

dénomination s'étendit même à toute l'Armo- née de Hle. On doit faire attention que près-

rique « ainsi que le prouvent Ingomar et Tau- que tons les noms des anciens temps étotent

teur de la vie de saint Pol-Aurelien. Ptolemée simplement appellatifs.

et Solin font mention des Domnoniens de la (2) Aven est un terme qui veut dire rivière,

Bretagne. Ces peuples occupoient les comtés Ce nom, qui est générique , est devena parti-

de Cornouaille et de Devonshire. Une colo- culier à cette rivière. On bâtît par lasuite une

nie de cette nation vint probablement s'établir forteresse sur TAven , qu'on appela ChâUeu-

dans la partie septentrionale deTArmorique, (m, du mot lenn^ qui signifie eau^ rivière:

et lui donna le nom de l'habitation qu'elle château sur la rivière,

avoit quittée ; nous avons fait voir, dans notre ^3^ Tospegia est un mot composé de loti ,

premier volume, que les Armoriques avoient i^j^^iueuse, et éepeg, pointe,

donné la naissance aux Domnoniens, et que, ...«,.,... ^ .

danstous les temps , il y avoit eu entr'eux une W ^abidi vient de ti . mauon, et de pidi.

liaison particulière. Ainsi les Domnoniens , en JP***^*

revenant en Armorique , y retrouvèrent leur (5) Landewenec tire son étymologie de lasm,

berceau. Au reste , le nom de Domnonée vient territoire , et de teten , à ToM.

A22 HISTOIRE ECCLlSsiASTIQUE.

biUé de la même manière : usage que les personnes les moins aisées pratiquoient de son temps. Le pain de froment et le vin étoient réservés , dans sa communauté , pour le saint sacrifice de la messe. L'eau étoit la boisson ordinaire : quelquefois on la méloit avec une décoction d'herbes sauvages; dans d'autres circonstances , on étoit libre de boire d'une liqueur faite avec des pommes également sauvages (i) ; mais on n'usoit jamais de bière. La nourriture étoit du pain d'oi^e avec des racines bouillies, excepté le samedi et le dimanche, où Ton pou voit manger du fromage et des coquillages. Tous se livrèrent aux travaux manuels ; pour accomplir la pénitence imposée au premier père du genre humain , ils mangeoient leur pain à la sueur de leur front.

26. Cette règle étoit la même , quant à la substance , que celle qui étoit suivie dans les monastères de la Bretagne. On y voit beaucoup de conformité avec celle que donna saint Davy dans le sixième siècle. Roger Twisden remarque que les premiers moines de la Bretagne et de l'Irlande suivoient , à peu près , le même genre de vie que ceux de l'orient. En effet , les moines orientaux ne gardoient point le jeune le samedi , tandis qu'on s'y astreignoit dans la plupart des églises d'occident.

27. Pour saint Guignolé, il se refiisoit les adoucissemens qu'il accordoit à ses religieux. Il méloit avec son pain une certaine quantité de cendres et la faisoit doubler pendant le carême. Pour se rapprocher davantage de la vie de Jésus-Christ , le modèle des chrétiens et des religieux , il ne mangeoit que deux fois la semaine dans ce temps consacré à la pénitence. 11 couchoit sur des écorces d'arbres ou sur du sable , et il n'avoit qu'une pierre pour chevet. Depuis l'âge de vingt ans jusqu'à sa mort , il ne s'assit jamais dans l'église. Il disoit son office les bras étendus vers le ciel , ou à genoux , ou debout. Il récitoit tous les jours le psautier ; il faisoit cent génuflexions le jour et autant la nuit : exercice que les solitaires de l'occident avoient emprunté de ceux de l'orient. La prière hii étoit familière jour et nuit : uni à Dieu par la contemplation , il sembloit n'avoir plus rien de terrestre.

28. La dureté que Guignolé exerçoit envers lui-même , et l'union in-

(1) Les pommiers n'étoient pas inconnus signifient pomme. Les Bretons établis dans le

aux habttans de File; mais ils ignoroient Fart canton de Dol conno'issoient également les

de greffer. Ce qui cause que leur cidre devoit pommes. On voit dans la paroisse de la Fres-

étrc très-désagréable. L'Ile Avallma , aujour- naye , à deux lieues de cette ville , une terre

d'hui Gloitenbury , étoit remplie de pommiers, qui porte encore à présent le nom de Cour tTA^

Tels étoienl aussi AppUhy, Appledore et Ave- valfcequi leuiàirei campagne ferlUeenpom^

ley. Aval,àbal,apaleiapel , termes celtiques, me#. Cour ou corr, campagne; aval, pomme.

CINQI]1ÈME SIÈCLE. ^^3

Urne qu'il entrelenoit avec Dieu , ne le rendoient pas moins propre à la société. La vraie piété est essentiellement amie de l'humanité , et cherche à se communiquer. L'abord de ce saint abbé éloit aussi facile que celui d'un enfant : tout respiroit en lui l'honnêteté et la douceur. Toujours le même , on ne le voyoit jamais se livrer à ces mouvemens inconsidérés de joie ou de tristesse , si communs dans le monde. La tranquillité et la paix dcrson âme , dont les traces étoient marquées sur tout son maintien extérieur , n'avoient d'autre principe que la charité qui l'attachoit à Dieu et au prochain. Citoyen de l'univers , il le portoit tout entier dans son cœur, et se faisoit tout à tous. C'est par là qu'il s'attiroit la confiance de tous ceux qui le connaissoient , et qu'il faisoit l'admiration de ceux qui entendoient parler de lui. Ses vertus ennoblissoient le sang illustre dont il sortoit ; sa haute naissance leur donnoit de Téclat à son tour. Les Uaisons qu'il entretint avec Grallon contribuèrent beaucoup à adoucir les mœurs de ce prince.

29. Ceux qui ont écrit la vie de saint Guignolé disent qu'il mourut dans une grande vieillesse et plein de jours. Gurdeslin place sa mort au trois de mars , qui étoit un mercredi ; d'autres ajoutent que ce mercredi tomboit dans la première semaine de carême , c'est-à-dire , le jour des Cendres. Toutes ces circonstances conviennent à l'année 5o4. C'est là aussi l'époque qu'Usserius donne à la mort de saint Guignolé (i). Ce saint abbé avoit eu un pressentiment du jour et de l'heure de sa dernière fin , soit qu'il en fut averti , comme on le dit , par le ministère d'un ange , soit qu'il s'aperçut que la nature ne pouvoit plus se soutenir. Se voyant prêt à expirer, il se fit porter à l'église , célébra la messe et bénit sa communauté. Incontinent après , il trépassa au pied de l'autel même , sans témoigner aucune douleur.

3o. Le corps du saint abbé fut inhumé dans l'église même qu'il avoit fait bâtir. Elle n'étoit que de bois. Son emplacement étoit dans le lieu qu'on appelle aujourd'hui le Penili (a) , et où est la maison abbatiale. Il fut transféré depuis dans une autre église plus belle et plus solide. Le jour que l'on choisit pour celte translation étoit celui de sa fête , déjà établie au vingt-huit avril. Celui de sa mort étoit empêché par le temps du carême , durant lequel on ne faisoit encore alors aucune fête de saints. Les martyrologes qui en font mention marquent cependant son nom au mois de mars ; les uns au second , les autres au troisième jour.

(1) firitan. ecdes. antiq. et de U , lieu y maison : lieu où Von faitpéni*

(2) Peniti est composé àepoen,pénHencef tence.

ia4 Hiarotu sccufsiASTiQUE.

3i. Les Nomiaiidfly qui depuis raTagèrent rAnnorique, furent cause qu'on transporta lesprëdeux restes de saint Guignolé en diffërens endroits de la France j et enfin dans la Flandre. Ils furent déposes dans Tabbaye de Blandinberg , près de Gand ; la fête de cette translation s'y fait le premier jour d'août. La plus grande partie des reliques de ce saint y sont encore actueUement : on en conserve ausslà Montreuil^ en Picardie, dont il est patron titulaire. Il est bonorë dans cette provinctar sous le nom de Vigne^raley ou Walovey. Quelques auteurs soutiennent cependant que le saint Guignolé de Picardie n'est pas le même que celui de l'Armorique.

3a. Le nom de Guignolë ne tarda pas à être invoque dans l'Ârmorique. Plusieurs paroisses l'ont pris pour leur patron. Sa mémoire fut aussi en vénération dans la Bretagne. Les litanies angloises du septième siècle en font mention. Les miracles qu'il a foits durant sa vie sont en grand nombre , si l'on s'en rapporte à ceux qui en ont foit l'histoire (i). Ce sont autant de merveilles de la puissance de Dieu : elles mSritent notre admiration j parce qu'dles sont au-dessus de notre portée. Les vertus de ce saint abbé , qui lui sont propres , animent la piété des chrétiens fervens et condamnent ceux qui vivent dans la tiédeur et le relâchement.

33. 34* Conan ne vit qu'en perspective les services que Fracan et sa fomiDe dévoient rendre à la religion et à l'état. La mort l'enleva à ses peuples désolés vers l'an 4^1* Ce prince avoit tous les talens qui font les grands nm. Politique profond , il sut mettre à profit toutes les circonstances qui pouvoient maintenir dans sa famille la couronne de l'Ârmorique. La foihlesse de l'Empire lui fournit le moyen de rendre ses états indépendans. Par l'alliance qu'il contracta avec Honorius f il rendit son autorité légitime. L'hospitalité qu'il exerça si généreusement envers les Bretons lui procura un grand nombre de sujets fidèles. Par sa prudence et son activité , il conserva dans son royaume la paix qui s'y étoit retirée comme dans un asile , et dont on ne connoissoit plus ailleurs que le nom. La seule mauvaise affaire qu'il ait essuyée , fut celle où périt son beau-père Calphumius; mais ce n'étoit qu'un coup de main , et l'irruption des barbares ne fut que momentanée. Tant de rares qualités méritèrent à ce prince le nom de Cun , ou Conan (a) , et de Meriadec (3).

(1) Bollandas; B&îllct; Lobiocau, Vies des An est one particule aagmentative. Le irèssaints de Bretagne. grand.

,^^ .,*^:^^^j ^^^t^i (3)LenomdeJf^rîadecTientde»wr,^miMÏ,

(2) Cwn ou cou yeut dire grand , ixeMent. ^^ ^^ ^^^ ^ ^^ .

cmQuiÈME stÈctte. aaS

35. Si, comme souverain , Conan conduisit ses peuples avec sagesse, il en prit paiement soin en qualité de prince chrétien. L'attention qu'il eut d'établir des évéques à Venues et à Dol , pour le soulagement spirituel des nouveaux et des anciens habitans de ces diocèses , en est une preuve. Ce fut aussi sous son autorité et dans les mêmes vues que le siège de Quimper fut fondé.'

36. L'ordre que Côtian kvoit gardé dans le gouvernement de ses sujets, étoit trop beau pbur né pas se retrouver également dans l'intérieur de sa famille. Ce prince avoit contracté deux mariages : le premier s'étoit fait dans le temps qu'il habitoit son pay^ natal. L'histoire ne nous fait pas connoitre le nom de la personne avec qui il fit cette alliance. Il en eut au moins trois enfants. L'atné se nommoit Cuil (i); on l'appelle aussi Rivelin (a). Jean de Tinmouth lui donne le noin de Howel; d'autres, ceux de Hoel , Huel et Huelin (3). On lui attribue la qualité de grand guerrier (4)/ Cràime aîné , il s'appela Murmac (5). A ce nom on ajouta celui de Con , pour désigner ses perfection^ (6). Il fut comte de Cor^ nouaille. Le second enfant de Conan porta aussi le nom de Rivdin , et jouit de la même dignité que son frère. Tous deux moururent jeunes et sans postérité : l'aîné décéda le premier. Le troisième fils de Conan étoit Urbien (7), ou Concar (8). Il laissa un fils qui porta la couronne armo* rique après son aieul.

37. Darerea (9) fut, comme nous l'avons dit, la seconde épouse de Conan. Ce mariage s'étoit fait vers Tan 389; il fut rempli des bénédictions du Seigneur. Un grand nombre d'enfans fut le fruit de cette union. Aucun d'eux ne monta sur le trène de leur père : il appartenoit à ceux de sa première épouse. Dieu/ dont les richesses sont infinies, en destinoit un plus brillant et plus durable à la nombreuse famille de Darerea.

38. Mailoc, que l'on nomme indifféremment Mel, Mael ou Maldus (10) , étoit l'atné. Conan le fit instruire^ dès sa jeunesse , dans l'étude des

(1) Cail 00 gwil désigne une personne qui grand , leplu$ âgi,'ti de mal , fiU : fils aine. a de la retenue , de rhoonételé. (^) ^^^> accompli. .

(2; Rivelin est tiré de rHih, sHgMwr^ et de (7) Urbien vient d'u?r , Wwime , et de hihan ,

veloumel y puissant. petit , dernier : dernier enfant.

(3) Les noms de Howel , Boel , Huel et Hue- (8) Concar a pour racines eon , prince ; car , Un sont les mêmes , quant à la substance^ ils grand : grand primce,

ne diffèrent que quant à la manière dont op (9) Darerea vient de da, vertueuse , et de

les écrit. Tous viennent de hael , nom gallois re , très , heaueot^ : très-vertueuse.

qui veut dire : libéral , magnifique , bénin. (10) Mael , mel , mal signifient tite , premier

(4) Usserius, Britan. eccles. antiq. fils. Ce qu'on peut rendre par : Vaini duse^

(5) llmrmac est un terme qui se tire de mur, c<md lit.

226 HISTOtfiE EGClisiASTIQUE.

isciences saintes. Gui^olë , 90a cousin ^ lui rétablit b santé par un miracle. Le jeune prince sentit de bonne heure la yanité du monde : jl renonça , sans balancer y à toutes les espérances dont il lé flattoit. L'tleaToit peuplé rArmorique de saints : celle-ci devoit un joui* la dédommager de ses pertes. Mailôc quitta la cour de son père pou^ passer dans là Bretagne , et y vivre uniquement sous les yeux de Dieu. 11 s*arréta dans le pâ^s de Liuhès (1) , où il fit bâtir un monastère. Il y pratiqua y. jusqu'à la fin de ses jours , les plus éminentes vertus. Son monastère pnt son nom et s'appda, dans }a suite, EUe^MailIe (a).

39. Ëgreas et AUecus suivirent l'exemple de letir saint frèi'e. Comme isii, ils sacrifièrent tout ce qui pouvoit les attacher au siècle* Ils Èe retirèrent sur les confins de la contrée qu'il habitôit : ils y construisirent des joratoires voisins l'un de l'autre; ils placèrent entt*'éax deux leur sœur fPeieone , qui avoit consacré à Dieu sa virginité. '

46. Mao-Caten filt évèque de l'église de Clogher en Irlande i. il moui-ut mets Tan 5o6 €t eût pour successeur saint Tigeriàke. Saint Loman fut le premier évéque de Trim, dans le comté de Meath. Ce fut lui qui convertit le seigneur de cette lie. Son culte est fort ancien dans la ville de Port» Loman , qtii a pris son nom. Saint Forchon , qu'il avait' baptisé , lui succéda dans le siège de Trim. Rioch ^ égaletçent distingué p^r les grâces du corps et les vertus de Tâme , fut évéque d'Inisbdfinde , suivant le rapport de Jocelin. Patrice , to élevant ses neveux à l'épbcopat, ne consulta poiht'la chair et le sang ; leur mérite les y avoit appelés auparavant , et leur conduite justifia don dboix.

4 { . bi^ereâ, mère de tant de saints> et qui aveit contribué si fort par son eisemple 9t ses discours 'à les rendre tels , en perdant 8on mari , n'eut plus dé commerce qu'avec Dieu, j^le s'attacha , comiae la plupart* de ses, en^ fond, à saint Patrice , et lui rendit de grancb services.

4^. Caradoc donne on bien plus gnoid noÀibfeiJ'eisfans à Ccinan et fi Darerea. Gildas fut le dernier (3). Il naquit en Armorique , la même année

(1) Le nom de Liuhès rient de (tu, a5on- le nomme Ccmne, Tous ces caractères condanU , et de' hez , fùféL tietmetitfarfiJKtétinfâtl^ GMiarn. £è terme Nau

(2) EUe^ litu^ h(ù>\tai\on : (Um$W9 dt se rend en françois paille Met temverain. MaiÙe ou Mailoc. Cette' qtntlité pouvoit être idoméé à (Honan ,

(3) Garadoc de LancanraA , dans la vie qoil parêa'tJnfil'étMt ua-des pfirièipiiût seigoenrs a donnée de saint Gildas , le fait fils de Naa , de l*Beossé. Les Ptdes , breton» d'origine , en roi des Scots; dans l'exemplaire dont Jean habHoient une (tartie^ conjdiâtèihent avec les Balée s'est servi , il est dit roi des Pietés. La Scots ; de soHe qa^on pouvoit dire que Conan légende de Jean de Tinmouth rappelle Can^ avoit eu la principale autorité sur ces peuples, et le fait roi d'Albanie. Un auteur anonyme Le nom de Cmn aignifle iéu, à la lettre , et ,

CmQUlàlfE Sli:CLE. 2^7

que mourut le roi son père. On l'a surnommé l'Albanien , parce qu'il étoit originaire d'Albanie , ou de l'Ecosse. Par ce surnom , on le distingua de phisieurs autres saints personnages qui portoient le même nom que lui (i).

Darerea mit Gildas sous la discipline de son saint frère Patrice , Tapôtre d'Irlande (a). Il quittu son oncle à l'âge de trente ans et revint dans les Gaules , ou il passa sept ans. 11 les employa à se perfectionner daâs les sciences divines et humaines. 11 emporta dans l'ile un grand nombre de volumes qu'il avoît rassemblés de toutes parts. La réputation qu'il s'étoit acquise lui attira beaucoup d'élèves ; la plupart d'entr'eux devinrent eux-mêmes de grands maîtres. On assure que personne ne Tégaloit de son temps dans la littérature et les sciences.

Après avoir été ordonné prêtre, il alla prêcher dans l'Irlande , l'Ecosse et la BretagnCé Les rois trembloient en sa présence ; ils écoutoient ses prédications avec docilité é La raison de ce fait est sensible : la vérité , qui devroit toujours être assise sur le tr6ne> a droit de parler aux puissances de la terre : elle doit leur faire des impressions bien vives , quand elle est dans la bouche de la vertu. Le saint étoit dans l'usage de prêcher tous les dimanches, sous le règne du roi Trifan, à Pepidiauc (3) : une grande foule de peuple s*y rassembloit. A l'un des sermons qu'il y fît , il devint muet tout à coup : la présence de Nonnita , ou plutôt Nun (4), mère de saint Davy , qu'elle portoit encore dans son sein , opéra ce miracle (5).

AtJdré par saint Gadoc (6) , abbé de Lan-Carvan , au pays de Galles ,

Gildas professa les sciences pendant un an, dans ce monastère. Il y copia

par métaphore, le plus élevé. Celui àeCaune de Rhuys. Voyez D. Uorice, Rist. de Bret.

a , commt noos l'affoos-dit ci-dessM » ewn ou t. 1.

cm pour raciflfl, e% veut dire grand, exeeU (2) Usserîus , Britan. Eccles. Antiq. Vital

lent. Le même anonyme assure que Gildas Gildainbiblioth.Floriac, Golgan. Nic.Hars-

avoit pour patrie Areelute. Usserius croit que f^j^j ^ ^ist. eccles. lib. 1. c. 23.

cet liistoriea entendoit par ce terme la pro- ,«. ^ . j. . ^ , » t j . ..

rince d'Argile, qui est sur le golfe de Cluyd. f3) Pep.d.auc Tient de pU, peupU; de j„d.,

Le mot areelute (areclula) tire son étymologie ^"•' ,f *^ '"«'• ^^^ ' ^^^ lepeupUi»

d'ar rocher et de cZ ti l d ^- ^^^^^^^^ P^^ prier. Samt Davy prit nais-

^A^L.^ A^ Jjx, ^ ^*"j "^ ' ^^°^ ^ l 8«^Dce en ce canton et il y transféra le siège

nénqae de nvidre , qui est devenu propre à,. ur. t • *»t

..^11-. A^ ^« ^iiu Ti > * L î • episcopaî de Gaer-Leon , suivant Ussenus.

celle de ce golfe. Il n'est pas hors de vrai- '^ ^ '

semblance que Conan soit né dans cette pro- W Nonnita vient denotm, ainsi que Num,

vincc. Gildas pouvoit la regarder comme le ^' ^*«^'^« '^*'*^*- ^'««* ^^ ^"^^ ^'^° ^^** ^*«» *«

lieu de son originç , quoique TArmorique lui ^'® ^® «*"^* ^'^^^^ ^^^"« ^« ^^' ^^ >^ ^^

eût donné îe jout. Son nom vient de gil , ^^^^ ^® °^°^ ^® nonms, religieux , et celui de

dernier , et de da , saint. ^^^^ ' religieuse .

(1) M. l'abbé Gallet a prouvé, d'après Gsifi, ^^^ Usserius, Bril. eccles. antiq.

que Gildas l'Albanien est différent de Gildas (6) Gadoc se rend par sage.

les quatre évangiles. Ce manuscrit a été long-temps conservé dana l'élise 4e saint Cadoc : on le couvrit de lames d'or et d'argent. Les Gallois , par r^pect pour les divines Ecritures et la main sainte qui les avoit transcrites, s'en servoient dans les cérémonies les plus augustes , et dans leurs sermens les plus solemnels.

Saint Gildas , accompagné de saint Cadoc , quitta Lan-Caryan pour pratiquer la vie érémitique. Ils passèrent tous deux en Armorique. Gilda^ s'établit à Ronech , autrement l'ile de Qroais (i). Cadoc se fi&a k Echni (2), Ile proche du continent ; elle a pris le nom d'flnès-Caduad (3).

Ces deux lies ayant été pillées par des pirates descendus des Orcades. , Cadoc et Gildas retournèrent en Brfstagne. Celui-ci ^'arrêta dans le monastère de Glastenbury , où il continua d'enseigner la jeunesse et de prêcher le peuple. C'est c^ans pe lieu qu'ii écrivit l'Histoire d'Aurele-rAmbroise,^ . qu'il met au-dessus de ses prédécesseurs. Jean Fordun , auteur du Scotir chronicpn y et GuQlaume de Malmesbury , vantent beaucoup cet ouvrage. Le dernier assure que y si les Bretons se sont rendus célèbres dans les pays étrangers y ils en sont redevables ^ Gildas. L' Armorique y qui avo^t donné la naissance à ce savant y pouvoir partager cet honneur avec eux.

Après avoir servi utilement la religion et la Bretagne , Gildas pensa une seconde fois à la retraite , pour ne plus en sortir. Il s'enfpnçf^ dans une solitude, sur les bords du fleuve qui arrose Glastenbury (4); en cet endroit y il bâtit une église en l'honneur de la sainte Trinité. Il y passa 1^ reste de ses jours dans les mortifications 1^ plus austères y et dans |a présence de Diçu par la prière et les bonnç^ œuvres. Son corps fut transporté à Glastenbury et inhumé dans la grande église de cette abbaye. On le trouva presqu^ eptier l'an 1184.

Cadoc mourut à Bennevenne (5) , maintenant Wedon y dans le oomté de Northampton. Ceux des auteurs modernes qui ont confondu Bennevenne de Bretagne avec Benevent en Italie y ne iK>uyoient s'empêcher , par une seconde erreur y de croire que ce saint avoit fini ses jours dans cette dernière ville.

(1) Ronech tire son nom de ro^, rocher^ et (4) Xp nom de GUuiUnlmry'esi dérivé de

de fiee^ , élevé. Groais (anéîennement Groy) gùutwi^ , pasui : hirbe quj ertnsiùit aux envi-

a priis le sien de cro , marait^ et d't , rivière : rwu àê eelU vi^e , et dont Us BreUms se ser-

marais arrosé d^une rivière (le Blavet). Ce voienl pour se le^ulr« U corps, et de frur ^

qui prouve qu^antrefois Groais étoit du con- vUle^ bourg.

tinen t. (6) Bennevenne est nommée» dans Antonin,

(2; Echni vient à'eeg , forêt , et de nt ^ non : Bannavenna , Bennavefma , Bennaventa. Cette

Ueu qui a cessé d'être forêt. Ce qui s'est fait par ville est proche des sources de TAufon . De là

rinvasion de la mer. se tire son pom. Ban^jhen , source ; àven ou

(3) Enès , Ue. aveni , rivière.

cnrQuiEME SIÈCLE. a 29

Cadoc étoit fils de Gunllée et de Gladuse. Cette dame avoit porté à son mari la principauté de la partie méridionale du pays de Galles , après la mort de Braghan , son père. Les vertus de ces deux époux les rendirent encore plus respectables que leur naissance et leur rang ne leur attiroient d'égards. Guntlée quitta , sur la fin de ses jours , les honneurs et les richesses du monde, pour ne s'occuper que du salut de son âme. Il alla vivre en solitaire auprès d'une église qu'il avoit fait construire à la campagne. On lui rend encore dans le pays de Galles un culte religieux.

Cadoc succéda aux biens et aux dignités de son père ; vrai sage , il s'en dépouilla bientôt pour embrasser l'état monastique. Il se mit sous la discipline de saint Tathée , autrement Paterne d'Hibernie , que les auteurs éclairés ont soin de ne pas confondre avec l'apôtre de cette lie.

De retour dans le Glamorgan , sa patrie , il y donna des preuves de sa science et de sa sainteté. Il construisit à trois mille de Cowbridge l'église et le monastère de Lan-Carvan , autrement l'église des cerfs. L'école qu'il y établit fut en grande renommée. Il en sortit des hommes illustres et beaucoup de saints. Le culte de saint Cadoc est ancien dans l'Armorique ; il est particulièrement honoré dans les églises de Rennes et de Venues, sous le nom de Cado ou Caduad (i).

43. (2) Cependant l'Armorique s'éloit donné un roi dans la personne de Salomon , autrement Salaun (3). DifTérens monumens le présentent sous les noms de Gicquel , Vitol ^t Victric. Ce sont autant d'attributs , les n:iémes quant au fond , qui servent à exprimer les vertus de ce Prince (4)-

Salomon étoit fils de cet Urbien dont nous avons parlé , et avoit Conan pour aîeuL La piété étoit familière dans cette illustre famille. Le nouveau roi auroi;t dégénéré de ses ancêtres , s'il se fut frayé une autre route. L'un de 6e8 premiers soins fut d'entretenir ses peuples au milieu de la paix , à l'exemple du grand prince dont il rappeloit l'esprit , et de les faire vivre tranquillement , chacun à l'ombre de son figuier et de sa vigne. Aussi n'épargna-t-il rien pour maintenir la bonne intelligence entre s^ sujets et les Romain^. Dans ce dessein , il renouvela , avec Valentinten m, le traité que Conan avoit fait avec Honorius..

(t> Capgrave , Usserius , Chastelain. (4) Le nom de Wilol qui se prononçoît ainsi,

/ON r A. loi 1 n ' ' ir ouoique le même que (riiitoî, a donné l'ori-

(2) [An 421.]* Omission, a. y. • \ i • j ^. , n 1

gine à celui de Gwquti. Ces termes viennent

(3) Salaun vient de $al^ grand, etd'atcn, du terme tr»(«, qui, en langue teutonique , prince. Celui de Salomon est pris de $al , signifie pniden«e. Victric est composé de tr»<e grand ; à'o , particule qui marque le mérite , et de rieh , roi; comme qui diroit ; fo< accom-, et de mon, printe : très-grand prince. pH,

a3o aiSTOlHE ECGUâsi ASTIQUE.

44* Le règne de Salomon fut encore illustré par la translation d'une précieuse relique : c'étoit le chef de l'apôtre saint Mattliieu. Des marchands Ta voient pris en Egypte et en firent présent à Salomon. Les dépouilles mortelles des saints martyrs avoient été , dès le commencement du christianisme y en grande vénération chez les fidèles. Le prince religieux y qui regardoit ce sacré dépôt comme la défense de son royaume , le fit placer avec honneur dans la yUIe de Léon. Redevable de son existence aux Romains , elle commençoit à s'élever. Une relique si respectable lui donna un nouvel éclat et la préparoit de loin à devenir le siège d'un évêché.

Le royaume entier goûta les heureux effets des sentimens de bonté que Dieu inspira dans ce moment à Salomon. Un usage barbare faisoit vendre les enfans de ceux qui n'avoient pas d'autres moyens de payer les taxes qu'ils dévoient au fisc. Les magistrats romains l'avoient introduit en ilrmorique , avec bien d'autres vexations (i) : ce qui avoit donné

(i; Pour comprendre la natare des vexations que les magistrats romains exercèrent dans les Gaules , il faut savoir en quoi consistoient les revenus de TEmpire. Auguste imposa le premier un tribut aux Gaulois , Tan de Rome 721 , dans rassemblée qui se tint alors à Narbonne. G*étoit un subside annuel et ordinaire. Au quatrième et cinquième siècles, les revenus de TEmpire consistoient : 1* dans les fonds de terre dont la propriété appartenoità l'état; 2* dans Timposition personnelle et réelle que chaque citoyen payoit , soit à titre de capitation , soit à raison des terres et des autres biens qu'il possédoit ; 3*" dans les droits de douane ou de péage; 4* dans I98 casueU , qui étoient le produit de9 réunions des domaines engagés, des confiscations et des dons volontaires. — 1** Il parott que les Armoriques conservèrent , sous les Romains , la propriété des fonds de terre qu'ils avoient fait valoir durant le temps de leur indépendance. Pour les terres incultes, la propriété en étoit réservée aux empereurs. Nous avons remarqué que Constance-Chlore , Constantin et Maxime en donnèrent une partie aux Bretons-Létes , qu'ils établirent en Armorique : des particuliers pouvoient en affermer du fisc. Ils lui payoient la dixième partie des grains et des légumes qui dévoient se recueillir sur ces terres. Dans ce sens , on peut dire que les Romains ont levé la dtme en quelques en-

ilroiti de TArmorique. Ce qui n'a aucun rapport avec la dime ecclésiastique , que nous verrons parottre durant le sixième siècle. Le tenancier étoit obligé de donner la cinquième partie du produit des arbres fruitiers et de celui des plantes qui rapportent pendant plusieurs années, sans qu'il soît nécessaire de les renouveler. Il y avoit encore un impôt sur les troupeaux , tant de gros que de menu bétail. Celui qui vouloit faire pattre ses bestiaux dans les forêts qui n'avoient point de possesseurs partieuliers, dédaroit le nombre du bétail. Le préposé à cet effet exigeolt une certaine somme pour le pâturage de chaque béte, qu'il écrivoit sur son registre. C'est pour cela que ce tribut prenoit le nom de sçriplura. On tenoit un cadastre de toutes les terres ifue l'Empire donnoit à ferme pour un temps , et de celles dont, moyennant une redevance déterminée, il accordoit la jouissance illimitée à ceux qui se chargeoient de les mettre en valeur ou de les y entretenir. On déposoit , dans chaque cité , un état des terres qui appartenoient à l'Empire , dans la cité , ainsi que des noms de ceux à qui elles étoient concédées. Les décurions faisoient payer à chaque tenancier sa redevance annuelle. Ils portoient dans le trésor public celles qui étoient payables en deniers : pour celles qui étoient dues en denrées, ils en faisoient la disposition suivant les ordres des emperears

CINQUIEME SièCLE. a3l

occasion de secouer le joug. Salomon , se rappelant la charité du glorieux apôtre envers, tous les hommes , abolit celte pratique inhumaine. L'inté-

«t sous l'inspection da comte de la cité. Ces terres étoient quelquefois si surchargées , que l'argent qu'on étoit obligé d'emprunter avec intérêt, pour payer à jour nommé ces rede- Tances , mettoit ceux qui (es tenoient en main 4lanê la plus affreuse indigence. Comme les mines des métaux qui se trouvoient dans l'Empire étoient exploitées à son profit, celles de l'Armorique , qui étoient en grand nombre, lui apparietioient aassi.«-2* L'imposition réelle tomboit sur les terres à raison de tant par arpent : la taxe personnelle ou capitation aToit pour objet les tètes. Pour parvenir au règlement de ces deux taxes , on faisoit un recensement ou dénombrement de tous les sujets de l'Empire. On le nommoit census. Les officiers de chaque cité dressoient des rôles sur le lieu et les faisoient approuver par le gouverneur de la province : on les déposoit dans les archives. Une copie restoit entre les mains des officiers de chaque cité ; une antre étoit envoyée à l'empereur. La taxe par arpent n'étoit pas toujours la même. On l'annonçoit ordijiairemenl pour plusieurs années : ce qui peut-être a donné lieu aux indiel\(m$, qui contiennent quinze années. Quelquefois, par (ies besoins pressans , on augmentoit tout à coup cette imposition. Ces augmentations snbites s'appelèrent $uper-\nôitiions. Les préfets du prétoire étoient autorisés par les empereurs à les exiger^ suivant qu'ils le jngeroient nécessaire. Cette permission , que Théodose le Grand révoqua, étoit la source de l)eaucoup d'abus. Ceux qui étoient exempts de ja taxe des arpcns , tels que les Bretons-Létes, 4]ai avoient des bénéfices militaires , étoient sujets à ces super-indictions , qu'on réputoit n'être ordonnées que pour des besoins urgens de l'état... La capitation étoit imposée sur chaque citoyen , comme un individu sujet et contribuable aux besoins de l'état, sans faire attention aux biens-fonds qu'il pouvoit avoir. Comme ces cotes-parts ne regardoient que la personne , d'abord tous furent également taxés, joit qu'ils (Vissent riches, ou non. Sur quoi on peut observer que , celte imposition ne concernant que les personnes libres , un citoyen de l'Armorique pouvoit , ou par son

industrie , ou par le travail de ses esclaves , trouver de quoi payer sa capitation. Si, par une mauvaise administration ou par quelqu'autre malheur , il étoit obligé d'avoir recours à des emprunts et qu'il ne fût pas en étal ^'y faire honneur, il devenoit, en plusieurs circonstances , l'esclave de son créancier. Plusieurs citoyens étoient associés pour payer une seule et même cote-part. Nous en avons la preuve dans une loi de Valons et de Valentinien , que l'on trouve au code de Justiaien , liv. 11. tit. 47. loi 10. Les décurions, qui étoient chargés de la confection du cadastre , étoient obligés de faire le recouvrement des deniers que dévoient payer tous les particuliers de leur cité. Lorsqu'ils manquoient de faire rentrer , au jour marqué , ces impositions dans le trésor public , les officiers du prince les traitoient avec une dureté barbare. Plusieurs d'entr'eux , renonçant an rang honorable qu'ils avoient par lenr naissance ou par leurs biens • abandonnoient leur patrie , soit pour se cacher , soit pour se retirer en des lieux où l'on ne pouvoit leur donner aucune part à l'administration des affaires publiques. D'ailleurs, ces décurions, qui avoient tout à craindre pour eux, s'ils ne payoient pas toutes les taxes an jour fixé , étoient forcés de poursuivre vivement ceux des contribuables qui n'avoient pas payé leur contingent. Du moins , comme ces charges étoient communément an-dessus des facultés du peuple et qu'il ne pouvoit payer à l'échéance , les particuliers restoient débiteurs de leurs officiers municipaux, et ceux-ci, à leur tour, des officiers du prince ; ce qui occasionnoit la ruine de beaucoup de particuliers , dont on vendoit les héritages , et endettoit les communautés qui étoient obligées d'emprunter à nsure, pour faire face aux arrérages des taxes qu'on ne pouvoit recouvrer. — d'îles denrées et les marchandises qu'on pouvoit importer dans l'Em* pire , payoient, pour droit de douane , le huitième denier de leur estimation. On ne pouvoit exporter ni or, ni esclaves qui eussent certains talens , ni armes défensives ou offensives. Pour cet effet, les magistrats qui expédioient des passe«ports aux vaisseaux qui al-

a3a HISTOIRE ECCLESIASTIQUE.

rêt avoit ëtouffe jusqu'alors le cri de la nature ; la religion j dont le propre est d'écarter les passions y le réveilla , et vint au secours de lliumanité opprimée. Un chrétien , qui donne , quand il le faut y sa vie même pour ses semblables y s'empresse de les rétablir dans leurs droits naturels y lorsqu'il en a lé pouvoir.

45. Un roi qui veut régner suivant les règles que la vertu lui prescrit , attaque le vice par tout où il le rencontre. Salomon y après avoir sacrifié son bien-être à l'intérêt du peuple y crut le disposer par là à rendre le même hommage à la raison. La première réforme prenoit sa source dans la religion et la bienfaisance du prince , bien plus que dans l'invitation de ses sujets. La seconde y dont nous ignorons le véritable objet y partoit du même principe ; mais ce qui en faisoit la matière n'étoit pas également agréable à la nation. Il est des abus qu'on ne peut tenter de dé* truire tout à coup sans s'exposer aux plus grands dangers. Salomon en fit malheureusement l'expérience : ses sujets l'immolèrent à leur passion irritée. Le lieu où le prince fut mis à mort rappellera à la postérité la plus reculée un événement qui devroit être enseveli dans les ténèbres les plus épaisses. Il est dans la paroisse de Ploudiri , au diocèse de Léon : on l'appelle merzer Salcuin , c'est-à-dire , martyre de Salomon.

46. La justice dont ce prince soutenoit les intérêts y lui a fait donner le nom de martyr , suivant l'usage pratiqué dans ce temps. Saint Jean- Baptiste avoit été la victime de cette liberté si noble , mais si rare y avec laquelle il reprit la conduite scandaleuse d'Hérodes-Antipas y tétrarque de Galilée ; Salomon éprouva le même sort y en opposant son autorité aux excès de son peuple. Les églises de l'Armorique y qui connoissoient sa sainteté > lui décernèrent un culte religieux. On construisit dans le lieu même de son martyre , une église sous son invocation.

47. Salomon avoit épousé la fille d'un patrice romain y qui se nommoit Flavius. Il en eut quatre enfans y Audren y Constantin y Kebius et Renguilide. Les deux premiers furent puissans dans le monde : l'un régna dans la suite en Armorique , l'autre dans la Bretagne.

48. Kebius s'attacha à poursuivre une couronne plus durable : celle

loient traGqaer hors TEmpire, ne manqnoient comptés parmi les fonds casaels de TEmpire.

pas de les visiter. La yen te exclusive du sel On rangeoit dans la même classe les succes-

étoit une branche du revenu des empereurs, sions qui , dans certains cas , revenoient au

Les droits de péage se levoient aux passages prince ; les confiscations , les déshérences , les

desfieuves et des rivières. — 4^ les dons gratuits bénéfices militaires que Théritier n^étoit pas

que les communautés ou cités faisoient au capable de tenir.

prince ea certaines circonstances, étoient

du

cncQurÈME sifctE. 233

du ciel fut Tunique objet de ses vœux. Jean de Tinmouth a écrit qu'il fut tecré évêque par samt Hîlaîre de Poitiers. C'ëtoit plutôt saint Hilaire d* Arles, qui mourut Fâh 449; P^'^^ ^^ cent ans après.

Kebitis se retira dans là Bretagne qui étoit le lieu natal dé ses ancêtres.

Il se rendit à Ménevie et delà il passa en Hibernie. I3n'é des tlè^ dé ce

pays lui servit de demeure pendant quatre ans. Il y bâdt une ëglîse , et

beaucoup de disciples s^attàchèrent à lui* Ils le suivirent dans HIe d'An-

lesey (i) , où il termina saintement sa carrière (a).

4g. Pour Renguilide , elle' fut mariée à Bican , chevalier , dans la Bretagne. Elle eut l'honneur d'être mère du fameux H tut, dont nous aurons occasion de parler.

50. (3) Grallon fut installé sur le trône dèrAVmorique , après la mort violente de Salomon. Ce prince étoit né dans la Bretagne et avoit eu part aux avantages que le tyran Maxime avoit faits à Conan. Il avoit épousé ■figris ou Agris , sœur de la reine Darerea. l^e nom deTigris confirme ce que nous avons dit ci-devant de la haute naissance de Calphumîus, son père (4). On ne peut douter que Grallon ne fût aussi d'une famille très* illustre. L'alliance qu'il avoit contractée lui donna un nouveau crédit dans l'Armorique. Il eut un établissement dans^le territoire des Osismiens, et probablement il eut le commandement du camp romain, nommé 0"înnper, qui avoit pris depuis peu le nom de ville capitale. Un office de cette importance lui avoit fburnî l'occasion dé la faire ériger en siège épiscôpal. Salomon^ à son aVénement, Tavoit fait comte de Cornouaille , c'esl-hdire, de l'Armorique, dignité qui le rapprochoit du souverain.

Si Grallon n'eut pas de part à la mort du roi son bienfaiteur , il fit du moins une injustice à ses enfans, en les privant du sceptre de leur' père. Ce n'est pas la première fois que l'arabîtion , pour se satisfaire, s'est ap* propriée des forcés qu'elle n'aVoit en main que potnr défendre le bon droit.

5 1 . Sa . Valentinien m se crut outragé par la mort de Saloiùori , son allié : il tenu de la venger sur les Atinoriqué^. Litôrîus, l'un dés généraux ^e l'Empire le plus expérimenté aif)rès Aetîii^ , fit des dégâts sur leurs terres et remporta sur eux quelques avantages, tes circonstances critiques ofr ils étoient réduits les détermina à entrer en accommodement ^vec l'Empire,

ff)'ADgk»ey s'appeloit àUciemièiittlnt Ifon ''C3)[Àn43S.l— OmissîoA: a.V. '

ou Mmrn , rocher , pierre. On la taominbit aussi (»)' Le nom â&Tl^ vient dé a^h , maison,

yale, 3o

tir-moH s terre pierreuse , pUine de rochers. et de ris, roi. Celui A'Â^it tient éTàg , race , (2)U8wriu8,Britan.Ecclc$.Antiq. eVdt rU, roi :Usûe de tnaisoh royale.

1 34 HISTÛIIIE ECCLESI ASTlQtTE .

soit qu'ils se flattassent d'obtenir des conditions avantageuses , soit qu'ils attendissent du temps des momens plus £a^vorables. Aetius ëtoit chargé des intérêts des Romains et Albinus de ceux des Armoriques. Léon , diacre de réglise de Rome , qui avoit part à toutes les grandes ^air^s , et que son mérite alloU bientôt placer sur la chaire de saint Pierre , devoit ser^ vir de médiateur entre ces deux commissaires (i).

53. Aetius, le rempart de TEmpire contre les barbares , qui gouverna les Gaules avec tant de gloire , est connu de tout le monde. Il n'en est pas ainsi d' Albinus. Un habile historien de nos jours (a) croit que c'est le même qui fut dans la suite préfet du prétoire , consul et patrice. Il nous paroi t très- vraisemblable que cet Albinus avoit pour patrie la cité de Venues. Il y florissoit alors une famille puissante qui portoit Iç nom d'^/bina. C'est d'elle que sorti^ Albinus , que nous verrons dans le ^ècle suivant occuper le siège d'Angers avec tant de distinction. Le commissaire Albinus étoit peut-être aussi celui-là qui devint évêque deQuimper, sous le nom de Venecan. On mettoit assez couvent alors à la tête de l'Eglise ^ ceux qui avoit brillé le plus sur le théâtre du monde , par leurs grandes, qualités.

Le nom de la célèbre famille Albina n'étoit point différent , dans le fond, de celui que portoient les Feneti. L'un rendoit en latin ce que l'autre exprimoit en celtique. Comme cette famille tenoit le premier rang dans le pays, elle ne pouvoit se donner un nom qui marquât plus clairement son ancienne origine , et qui fût en même temps plus flatteur pour sa patrie.

54^ 55. 56. Quelques droits que les talent supérieurs de Léon lui donni^ent $ur les 4eux négociateurs , il ne ^ passa point dç traité. Grallon , qui ne se s^ntoit pas a$se^ fort pour fqire face aux Rpmains , s'unit aux Gaulois (3) mécontens du gouvernement romain. Il traita avec les François^ qui commençoient d'avoir des établissemens dans les Gaules. Ap^ puyé de cette manière , il porta sei^ conquête jusqu'à Tours ; il prit cette vtlle l'an 444; mais Aetius la lui enleva Taupéci suivante et la confia à Majorien , qui la défendit vaillamment. Grallon mourut au milieu de çetlç alternative de victoires et d'échecs..

(1) Defuncto Xisto episcopo , qutdraginU (S) Le Beaa , Hist. da Bas-Bmpîre , t. 7.

amplîùs diebus romana ecclesia sine antistite (3) Les Gaulois , avec qui Grallon traita ,

fuit , mîrabili pace atqae patienti4 prssentiam s^nommoient Ba§amiê$. Ce nom qui , comne

diaconi Leonis ezpectantes, qaem tuncintef nqas Tafons vn, ne déaignoil qu^une confé-

Aëlium et Albinom amicitias redintegrantem , dération , devint an sobriquet que les siyeU

Gallic detinebant. Fast. Prosp. ad annum fidèles de j'Empire donnoient à ceux qui se

4)0. révoltoient.

CINQUIEME SlàCLE. ^35

57. Le caractère distinctif de Salomon , durant son règne , avoit été la douceur. Grallon commença le sien par la hauteur et la sëvérité. Le commerce qu'il eut soin d'entretenir avec Çorentin , Guignolé et plusieurs autres saints personnages , civilisa ses moçurs et lui épargna bien des écarts. Il regarda enfin ses peuples comme ses semblables : en procurant leur bonheur , il travailla pour le sien. Trop heureux les princes qui font taire leurs passions pour n'écouter que les avis de ceux qui ne cherchent que la gloire de leurs maîtres ! Vainqueurs d'eux-mêmes , ils font oublier leurs fautes passées et l'on ne voit plus en eux que des motifs d'umour. C'est pour éterniser ce sentiment que les Armoriques donnèrent à leur roi le doux nom de Grallon (i) , c'est-à-dire , à^ Aimable.

On doit cet éloge à Grallon , qu'il dissipa les pirates du nord : nous entendons par là les Vandales. Zozime dit que les Armoriques s'opposèrent avec succès à leurs courses. Ce prince continua avec les habitâns de la. Bretagne les mêmes liaisons que ses prédécesseurs ; un grand nombre passa y sous son règne , dans ses états , pour se soustraire à la fureur des barbares. Les fils du roi des François lui donnèrent des sommes considérables. Il se faisoit honneur d'en avoir quelques-uns pour sujets. Les Létes établis chez les Rennois , dont nous avons déjà parlé , appartenoient efiectivement à cette nation puissante et guerrière.

58, On a donné à Grallon le surnom de Mur ou de Grand (a). Le» preuves de sa valeur ne sont point équivoques. Du côté de la mer, il mit ses états en sûreté ; l'intérieur ne fut pas même troublé par les Romains. Il traita ses sujets avec la douceur et la tendresse d'un père. Sa libéralité envers TEglise n'est pas moins connue. Outre l'érection de l'évêché de Quimper , dont on lui est redevable , il fonda les abbayes de Landouar et de Landewenec , et il fut inhumé dans celle-ci. On y célèbre encore tous les ans son anniversaire, le cinquième jour de janvier. Il avoit donné plusieurs terres à ce monastère : la cession en avoît été faite en présence de la haute noblesse de Cornouaille , ou , ce qui est la même chose , de l'Arraorique (3). Saint Çorentin , évêque de Quimper , fut témoin d'une donation que Varhen (4) , homme distingué par sa no-

(1) Le nom de Grallon , om, pour mieux Comubien$mnu ndbilistimU el fidelibus. Endire, avec le Catalogue des comtes de Cor- suite il est dit : nohilisvir nomine Varhinus. nouaille, Gradlen et Gradlon^ est pris de D. Morice , Preuy. justifie, de Bret. tom. 1. grad , grdee ; d'où les latins ont fait graiw , Ce qui prouTe que , chez ies Armoriques , on agréable y et de len ou Ion, plein, rempli, distinguoit, comme parmi les Romains , dif-

(2) CaUlogue des comtes de ComouaiUe. ^^''^^^t' "'P^'"' ^"^ "''^'''*'''' .

(4) Varhen vient de var , doux , oon , et dt

(3) Le texte porte : coram muUis lesUhui ^^ ancien.

236 HISTOIllE ECCLESIASTIQUE.

blesse et par sou emploi auprès de Grallon j fit à la même abbaye.

59. Les saints , dont nous avons fait ipention , firent la gloire du règne de Grallon. Guthiern qui , de son tem.p3 1 se retira en Ârmorique, lui donna un nouveau lustre. C'étoit un roi , ou .plutôt up prince de la partie de Tile de, Bretagne qu'on appela Caipbrie ; après avoir foulé au;L pieds les grandeurs du monde, il passa de 1^ Bretagne <^ns l'ile de Groais^ à cinq lieues sud-est de Quimperlé. C'est dans ce Jieu écarté que Guthiern , après s'être dérobé à ses courtisans , cacha sa qualité. et ^es vertus. Il y demeura plusieurs années , sans être comiu d'autres personnes que des pêcheurs. Le ciel, toujours admirable dans ses voies, vouloit affermir son humilité , avant de le produire au grand jour; les miracles que. Gulhiem opéroit, fixèrent l'attention des ^euiç seigneurs de cette ,0e : ils firent part à Grallon de ces merveilles.

60,. Ce prince engagea le solitaire à le v^c^^r trouver, accoutumé autrefois à commander , celui-ci ne savoit plus qu'obéir. La conversation que Grallon eut avec lui l'édifia tellement que , pour le retirer de son rocher, il lui donna une quantité de terre dans un lieu nommé Anaurot (i) , situé au confluent des deux rivières Elle et Izol. C'est 1^ même oii l'abbaye de Quimperlé {o) est à présent bâtie.

Il est au moins probjoible que Guthiern (3) finit ses jours dans ce heu qui , de son temps, n'étoit qu'upe ^ffjçeuse ^QiUtvtde. On y voyoit encore , en 1678, une chapelle sous son invoq2iUon..On la détruisit alors pour y placer la maison abbatiale. Le tombeau .et M %ui:e du saint ayoient été tirés de cet oratoire ; on les avoit transportés dans l'église souterraine de la même abbaye. On peut regarder Guthiern comme Jie premier fondateur de ce monastère.

61. Grallon ei^t encore pqur conten^pprain im pieux soUtaire nommé

(1) Le terme Ànawrot est cemposé d^anwi , vîèrts,

ou anoun, profond^ et de roi, rivière. Ce (^) hd nom de CtOAiem tire son origine

qai ?eut dire : lieu profond environné de rî- de gwen , estraetion, race , et de tiem , prince,

vières» G*est cette fallée, entourée première- souverain. De là on a formé Mactiem, si

ment des deux riTières Elle et Iiol , où est oonna en Armoriqne , qui veut dire : fils de

bâtie la principale partie de Quimperlé , et prince : mac , file. A cette occasion nous rc-

ensuite de hautes montagnes, sur le penchant marquerons que Lan<jl.erneau ^ chef-lieu de la

et au haut desquelles est , entr'autres , la pa- baronie de Léon , prend son étymologie dans

roisse de Saint Michel. le mot km, territoire, et jdans celui de tiern ,

(2) Quimperlé est une péninsule formée prince. Ce qui signifie : ferritotre du prince, par la jonction d'EUé et d*Izol. Cwm^ en com- Nous observerons en même temps qu^Audiern position cym , eonfiuent ; ber ou per , ri- vient d'aiid, côte , bord de la mer , et de tiern ; vière ; liai, peliles : confluent de peiitet ri- ce qui je rend par: côte du prince.

CIKQDJEME SIÈCLE. tx3rj

Ronan ou Renan. Ou croit qu'il prit naissance en Irlande. Sesparens, qui étoient chrétiens , issus probablement de ceux de ces Hibernois que les Bretons avoient attirés à la religion , relevèrent saintement. Il paroit qu'il passa dans la Bretagne pour s'instruire dans les saintes Ecritures et se former à la piété. Sa science et ses vertus furent telles , qu'il mérita d'être élevé à l'épiscopat. On ignore quel étoit son siège : peut-être n'étoit-il qu'évéque régionnaire.

62. On assure qu'il remplit les fonctions de ce redoutable ministère avec beaucoup de zèle et de charité. La vie contemplative avoit pour lui des diarmes qu'on ne peut exprimer. Tout ce qui ne le portoit pas directement à Dieu ne répondoit point à l'amour qui l'attachoit à lui. Les déférences qu'on rendoit à son mérite blessoient son humilité. Sa devise étoit renfermée dans cette sentence : oc Au seul roi des siècles , immortel et in- » visible , à Dieu seul honneur et gloire. y>

63. C'est pourquoi il chercha un pays où il put servir Dieu sans être connu. L'Ârmorique (i) lui parut propre à ce dessein. Etant abordé dans le territoire de Léon , il s'arrêta dans un endroit fort retiré y à deux lieues environ de la côte : il y construisit une chaumière , où il vécut assez long-temps sans avoir de commerce avec les hommes. Sa joie étoit d'autant plus grande qu'il n'attendoit d'autre consolation que du ciel , et que rien ne l'empêchoit de se livrer tout entier à la prière vocale et à la considération des choses saintes. Cette solitude , qui devint une terre de bénédiction , a fait place depuis à une ville qui a pris le nom de son premier habitant.

64. Semblable aux disciples privilégiés de Jésus-Christ , qui avoient tout quitté pour le suivre , il fut ,^ comme eux , pourvu du don des miracles. Il en fit usage , avec la même ardeur , pour guérir les malades. ta reconnoissance publia bientôt.ces œuvres du Tout-Puissant. La renommée attira dans la solitude du saint un grand nombre d'infirmes : elle en

(1) La légende manuscrite du père Dupaz , auparavant , s'il eût été disciple des élèves de

qa*a suivie D. Lobineau^ fait naître Renan de saint Patrice, qui ne commença sa mission

parens que saint Patrice , Tapôtre d'Irlande , apostolique que vers Tan 432. C'est donc une

avoit convertis au christianisme. Elle le fait erreur contre la chronologie. Ce qu'on rap-

élève des di5ciples de ce saint maître. Gomme porte des mauvais traitemens que Renan es-

D. Morice et H. l'abbé des Fontaines ont suya de la part de Grallon fait croire que cela

prouvé, d'après les mémoires de H. l'abbé arriva vers l'an 435 , ou • du moins, peu de

Gallet, que Grallon avoit régné en Armo- temps après. Mais, par la vie même du saint,

rique depuis Tan 435 jusques vers 446 , temps on découvre évidemment qu'il habitoit en Ar-

de sa mort , Renan n'auroit pu résider dans morique avant cette époque, son royaume durant cet intervalle , ni même

^38 HISTOIRE EGCLlfelASTIQUS;

troubla par là toute la douceur. Il craignit qu'en rendant la santë du corps aux autres y celle de son àme ne vint à perdre de sa force.

65. Il eut recours une seconde fois à la fuite : après avoir traverse le golfe de Brest et fait cinq à six lieues dans le pays des Corisopites , il se trouva sur le bord d'une grande forêt (i).

Il se fit un hermitage dans le lieu même que l'on appelle aujourd'hui Loc-Renan (a). C'est une paroisse du diocèse de Quimper , peu éloignée de Douarnenez. Renan ne goûta pas plus dans cette nouvelle demeure les avantages d'une vie obscure. Ses vertus et sa solitude même furent autant de voix qui annoncèrent son arrivée et dont l'écho retentit au loin. Ce bruit parvint jusqu'aux oreilles de Grallon.

66. L'odeur des vertus de Renan attira le prince à sa cabane , tant les charmes de la sainteté sont puissans ! Le saint lui donna des avis salutaires sur la manière dont il devoit gouverner ses peuples et modérer ses passions.

67. Un particulier avoit donné Thospitalité à Renan au moment de son arrivée. Touché de son extérieur mortifié et de ses discours édifians , il s'étoit attaché fortement à lui et l'avoit aidé à bâtir sa cabane et un oratoire. Les assiduités de cet homme auprès de l'ermite déplurent beaucoup à sa femme. Elle en porta ses plaintes amères au solitaire , qui ne servirent qu'à mettre sa patience dans un plus grand jour. Bien loin d'imiter la vertu dont il lui donnoit l'exemple^ elle entra en fureur. Pour se venger , elle fît courir le bruit que Renan étoit magicien , et qu'il

(i) Ceux qui ont écrit la yie de saint Renan forêt : rivière avprit d'une forêt). A Gnengat,

appellent cette forêt Nemie, Ce terme vient paroisse voisine de Quimper ( guen , belle ;

de mm, forêt, et à^au, rivière. Ib la nom- gai, forêt). La rivière qui traverse le sol de

ment encore Coetneven , de eoet, forêt, et cette forêt s'appelle Benaudet. Elle reçoit

&even, rtmére; Tn qui précède et^en se met, TOder à Quimper: c'est de ce conQuent

en breton , à la tête du mot. Ainsi les termes qu'elle tire son nom. Ben^ confluent; au, ri-

Nemée et Coetneven nous indiquent une forêt vière; et ou ed, diminutif: petite rivière qui

qui est traversée par une rivière. Des monu- a un confluent. Le Benaudet, après avoir ar-

mens, qui subsistent même de nos jours, rosé Loc-lftenan et réuni l'Oder à ses eaux,

nous donnent une idée de l'étendue de cette va se jeter dans l'Océan , auprès d'une pa-

forêt. On la retrouve à Guaimeneven ou Gue- roisse à qui il a donné son nom.

meneven , au-dessous de Ghâteaulin (^gai, (2) Le terme Loc-Renan est composé de

forêt ; men , petite ; even, rivière : petite ri- loc, habitation; de re ou ro, auprèt , et de

vière au milieu d'une forêt). A Porzay et Gui- nan, eau : hahitalion auprès de Veau. C'est de

nigoud (pore , habitation ; saiy forêt: de- là que saint Renan a pris son nom. Sa pre-

meure au milieu d'une forêt. Gwi, rivière; mière demeure avoit été auprès d'un petit bras

m, diminutif; goud, forêt: petite rivière au de mer qui s'ouvre à l'anse de Lan-Ildut, et

milieu d'une forêt). A Leshascouet^ proche qui se prolonge dans les terres, au diocèse

Loerenan ( les, auprès ; a#, rivière ; couet, de Léon.

CINQUIÈME SIÈCLE. !l3g

profitoit de la facilité de son mari pour l'initier dans ses mystères abominables.

68. Cette imposture n'ayant pas eu tout le succès qu'elle en espëroit y elle eut recours à un nouveau stratagème. Elle renferma étroitement sa fille unique y et débita dans le canton que Renan , se transformant en béte quand il vouloit , l'avoit dévorée. Elle se présenta aux pieds du trône de Grallon pour lui demander justice de ce forfait. Les larmes qui couloiént de ses yeux et les transports qui l'agitoient extérieurement parurent au prince autant de preuves de l'outrage fait à Tamour maternel.

69. 70. Grallon indigné manda Renan pour en tirer une vengeance éclatante. Sans chercher à discuter , suivant la raison , de quel côté étoit la faute : a j'ai , dit-il , deux dogues furieux qui me feront connoitre si » cet homme est innocent. Qu^on les lâche contre lui, la sainteté de sa » vie le sauvera peut-être y s'il n'est pas coupable. » Cette sentence , qui y prise en elle-même y fait frémir la nature y partoit moins de son cœur que de l'empire du préjugé. On croyoit encore , du temps de ce prince , que Dieu se rendoit toujours le garant de la bonne cause. Les chiens mis en liberté fondirent à l'instant sur Renan pour le dévorer. Le saint fit alors le signe de la croix y et dit : a que le Seigneur vous arrête. » Ces chiens , changés tout à coup , vinrent flatter et caresser Renan. Grallon reconnut que la pa^ion l'avoit conduit trop loin , et que le doigt de Dieu se manifestoit en faveur de celui qu'il venoit d'éprouver. Renan n'attribua ce miracle qu^à la bonté de l'Etre souverain. Il découvrit les artifices de cette méchante femme ; il déclara le lieu où elle avoit caché sa fille , et protesta que , par la faute de sa mère , elle avoit été étouffée. Le prince fit vérifier les fait$ sur les lieux : tout se trouva conforme à ce que le saint avoit dépo^. Il ne restoit plus qu'à punir la calomniatrice. On rapporte que Renan , qui ne suivoit en tout que sa charité y obtint la grâce de cette femme , et qu'en même temps il ressuscita sa fille.

7 1 . Ce saint solitaire finit ses jours dans sa seconde cellule ; du moins ejit-il certain que son corps fut inhumé dans l'oratoire qui y étoit contigu. Les miracles qui furent opérés sur son tombeau le rendirent célèbre : ce qui fut cause qu'on y construisit une église considérable. Une partie des reliques du saint a resté dans cette église ; l'autre a été transférée dans la cathédrale de Quimper^ où l'on en fait la fête le premier jour de juin (i).

(1) Légende manus. de Dupaz. Lobinean , Vies des Saints de Bret. Tits des Saints de Bret. Albert le Grand ,

l4o ' HISTOIBS ECCLESIASTIQUE.

71. La sainteté I qui ëloit le caractère distinctif des communautés religieuses et des solitaires de TArmorique , les bons exemples qu'ils donnoient et les services qu'ils rendoient au public, n'étoient que l'écho des \ertus des premiers évoques de ce royaume. Tous vivoienl indistinctement sous leur dépendance ; la discipline qu'ils gardoient étoit ou leur ouvrage y ou muni de leur approbation. La ferveur que l'on admiroit dans ces sociétés saintes, et à Tombre de la solitude , prenoit en partie sa source dans la vie édifiante des prélats respectables qui veilloient sur leur conduite. Si la Providence a permis que les actions de ces illustres guides dans les voies du salut ne soient pas parvenues jusqu'à nous, elle nous en a du moins ébauché le portrait dans celui que nons avons de quelquesnns de ces saints élèves.

73. Les évêques de l'Armorique n'étoient pas seulement attentifs à entretenir l'ordre parmi les fidèles de leurs diocèses ; ils avoient à cœur de conserver les privilèges que l'autorité civile leur a voit accordés. On sait que, dans les premiers jours de l'Eglise naissante , les fidèles n'avoient qu'un même cœur et un même esprit : la charité les unissoit tous étroitement. Si la cupidité tentoit de troubler l'harmonie par des disputes et des procès , on étoit obligé de recourir aux chefs de l'Eglise pour les terminer. Ce règlement avoit été sagement établi. La force du christianisme consiste dans l'union de ses prosélytes et dans l'étendue de leur charité. La publicité des querelles particulières des chrétiens auroit fait le scandale des Juifs et des païens ; ils auraient été moins touchés de la grandeur , de la sainteté et de la divinité delà religion. Les chrétiens eux-mêmes seseroient exposés à compromettre leur foi , en s'adressant aux juges païens , à cause des cérémonies idolâtres qui s'observoknt quelquefois à leur tribunal. Ministres du Christ , à l'avènement duquel il a été dit que les nations converties forgeroient de leurs épées des socs de charrue pour labourer la terre , et de leurs lances des faulx pour faire la moisson ; qu'elles ne tireroient plus l'épée l'une contre l'autre , et qu'elles ne s'exerceraient plus au combat (i) ; les évéques, qui av<ûent puisé son esprit, se faisoient un devoir d'aller au-devant de toute contestation , ou du moins de la terminer promptement ; d'apprendre à chacun à travailler en paix à son salut , à la conserver avec tout le monde , à renoncer à son* propre sens, et à briser la dureté de son cœur pour en arracher les épines et y faire germer toutes les vertus. Pères aussi tendres que juges intègres , ils avoient droit

(1) Isaift , c. 2.

CINQUIEME SliCLE. Zkl^ t

à une soumission de cœur et d'esprit dans les ordonnances qu'ils rendoient sur les affaires civiles. Si quelquefois la passion y entroit , c'étoit une suite malheureuse de la foibles^ humaine , dont personne n'est exempt. Des juges laïques , dont les principales occupations étoient d'approfondir l'esprit des lois f pouvoient dans certains cas être p)us instruits que les ëvéques; mais ceux-ci avoient de leur côte des avantages ^ une connoissance plus distincte de la morale évangélique y qui apprend à rendre ce que Ton doit à Dieu , à k société et à soi-même»

74* Les empereurs chrétiens s'étoient convaincus par eux-mêmes des services importaus que les évêques avoient rendus à l'état dans l'administration de la justice. Nous avons vu quelle confiaiice Constantin avoit eu dans leur intenté , et qu'il s'étoit déchargé sur eux , en partie , du soin de jugOT ses sujets. Une loi, qui se lit à la suite du Code théodosien y ordonne que tout ce qui aura été décidé , en quelque matière que ce soit , par le jugement des évêques y soit tenu pour sacré et soit irrévocablement suivi de son effet y même en ce qui concerne les mineurs ; il y est enjoint au préfet du prétoire et aux autres magistrats de tenir la main à l'exécution. Le demandeur et le défendeur sont libres d'en appeler à l'évêque y ou au commencement du procès y ou après les délais expirés de l'instance, ou après la dernière audience y ou même lorsque le juge a commencé de statuer ; dans tous ces cas y l'appel est autorisé y malgré l'opposition de la partie y et le jugement irréformable.

75. Cette loi y qui tendoit à la destruction des tribunaux séculiers, en rendant l'Eglise trop puissante y l'exposoit à la jalousie y malgré la pureté de ses intentions, et la livroit à mille distractions. Aussi fut-elle res*» treinte par les successeurs de Constantin ; il resta néanmoins à l'Eglise encore assez d'autorité pour qu'on cherchât à la troubler dans sa possession.

76. Valentinien m donna , le seize avril 45a , une ordonnance qui renversoit tous les privilèges que ses prédécesseurs avoient accordés à ce sujet. Les plaintes que Ton a faites sur les jugemens des évêques , ie portent , dit-il , à défendre dans la suite au clergé de prononcer sur d'autres causes que sur celles qui concernent la religion. Les clercs, qui ont quelques procès entr'eux , pourront néamnoius , si les parties y consentent , s'en tenir à raii>itrage de l'évêque. Un demandeur laïque , dans une cause civile ou criminelle , est libre de poursuivre un clerc devant les juges séculiers.

77. Ce r^lement parut à plusieurs évêques comme uqe plaie faite à l'Eglise. Dans le dessein d'y remédier , ils s'opposèrent à l'exécution en-

a/|l UISTÔIAE ECCLÉStASTfQUF.

tièrc de cette loi. Lëon , Victurius et Eusloclie de Tours élevèrent entr'auires la voix dans cette occasion. Ils adressèrent une lettre commune à Sannation , Chariaton , Desiderius ou Didier , évéques de la troisième Lyonnoise , et aux prêtres de la même province (i).

78. Ils leur exposent d*abord que la puissance séculière a eu une vénération si profonde pour l'état ecclésiastique , que les empereurs romains s'éloient empressés d'attribuer aux évêques le jugement même des affaires civiles : que tel étoit l'ancien droit confirmé par difTérens édits ; que néanmoins on cherchoit à le méconnoitre^ et qu'en conséquence plusieurs membres du clergé portoient leurs procès devant les cours séculières. Ils ajoutent qu'ils ne peuvent souffrir l'affront que l'on fait par là aux lois et à leur ordre. Us finissent en leur donnant avis de la résolution qu'ils ont prise de concert , de déposer les clercs qui , dans leurs affaires , s'adresseroient aux juges laïques, au lieu d'avoir recours au jugement de l'évéque. Us exigent qu'un clerc , à qui un laïque intente un procès devant le juge séculier y demande auparavant à être jugé par son évêque , et en obtienne la permission de plaider à une cour étrangère , si sa partie n'en veut pas reconnoitre d'autre. Tel est le règlement qu'ils veulent qu'on observe dans toute la province (a).

79. Le pouvoir de ces évêques ne s'étendoit pas au-delà de ce statut. La lettre qui le contenoit étoit le résultat d'une décision prise dans un concile de la province de Tours. L'autorité avec laquelle ces trois évêques parlent à Sarmation , Chariaton et Desiderius , le suppose nécessairement et fait connoitre que ces prélats , à qui cette lettre étoit envoyée , dépendoient de cette métropole. On ne l'avoit dressée que pour leur notifier ce qu'on avoit arrêté dans l'assemblée provinciale , et pour les mettre à librtée de s'y conformer.

80. Les évêques de ce concile traitent , dans leur lettre , leurs confrères, de seigneurs^ de bienheureux et de vénérables en Jésus-Christ. Au reste , rien na fait voir dans quel lieu se tint cette assemblée de la métropole.

Ce qui doit maintenant faire l'objet de nos recherches , c'est de tâcher d'assigner avec certitude quels étoient les sièges que Léon et Victurius occupoient , ainsi que ceux des trois évêques à qui ils avoient écrit.

81. Pour ce qui regarde Victurius, il est certain qu'il étoit évêque du Mans : saint Martin l'avoit placé sur la chaire de cette église. On avoit

(1) C'est par erreur qae quelques-uns ont ques Primneù» Thraeim, au lieu de Ttriiœ. eru que cette lettre étoit adressée aux évé- ^2) Sirmond, Goocil. GaU. 1. 1.

cru d'abord que Léon étoit le même que le pape , premier de ce nom ; on est à présent revenu de celle erreur : on veut aujourd'hui que ce soit celui-là qui siégeoit à Bourges vers le même temps. Le nom seul sert de soutien à ce dernier sentiment j comme au premier ; mais on ne fait pas attention que Tévêque , dont il s'agit ici j étoit de la troisième Lyonnoise j et qu'on ne peut le mettre ailleurs. Ce Léon n'étoit point évêque d'Angers : saint René occupoit celte place alors , ou du moins elle étoit vacante dans ce temps (i) ; nous la verrons bientôt remplie par Talasius. Ce n'est donc qu'en Armorique qu'on peut trouver le siège de Léon.

82. Nous nous rappelons que Desiderius étoit évêque de Nantes et qu'il avoit été sacré par saint Martin. Chariaton est le même que Corentin , premier évêque de Quimper. Nous en avons fourni la raison ci-devant. Conune les évêques du concile ne font point mention de Paterne , on doit conclure , de leur silence j que les Vennetois venoient de le perdre. 11 étoit représenté par les prêtres de son église. La mort avoit enlevé Riothimeet Seuieur. Léon et Sarmation (a) lesavoient remplacés; mais rien ne nous apprend lequel des deux il faut placer à Rennes plutôt qu'à Dol.

83. Le concile , à l'occasion duquel fut écrite la lettre dont nous avons donné le précis , dut se tenir à- la fin de l'an 4^^- Les troubles qui agitèrent l'Armorique furent peut-être cause qu^il ne se trouva à cette assemblée qu'un évêque de ce royaume. C'est ce qui détermina ceux qui l'avoient composée à faire part aux absens j du décret qu'ils avoient dressé : leur acceptation donnoit une nouvelle force à cet arrêté.

84. 85. Les évêques de la métropole de Tours conféroient alors fréquemment ensemble et sans désignation de temps , selon l'occurrence des affaires. Ils eurent occasion de se réunir l'an 453. Us renouvelèrent , dans leur synode , entr'autres choses , le dispositif de la lettre dont nous avons rendu compte. Ils firent les douze canons suivans :

I. Il est défendu aux clercs de résister à un jugement rendu par les évêques ; de plaider , sans leur consentement , devant les juges sécu-

ti) Comme la vie de saint René, dit le Père «> avoir va ce qni s*est écrit de part et d'au-

LoDgaeTal , dans son premier volume de THis- » tre , nous croyons devoir nous en tenir k U

toire de l'Eglise gallicane , <x est pleine de faits » tradition de cette église.» Nous souscrt-

» peu vraisemblables , quelques critiques ont vons volontiers à ce jugement. » avancé qu'il n'y avoit jamais eu d'évéque (2) Le nom de Sarmalion se tire de iar^

9 d'Angers de ce nom. Mais , ajoute-t-il, après trèi ; de wuit , bon , et d'îon , capable , $avant.

^44 HI8TOIBS iXXXESI ASTIQUE.

liers; de passer d'un lieu à un autre sans leur permission ^ ou de voyagçr sans en avoir obtenu des lettres de recommandation.

II. Il est enjoint aux diacres de déférer aux prêtres en toute humilité.

m. On défend la violence et les mutilations de membres.

IV. Il est ordonné aux clercs d'éviter toute familiarité avec les femmes étrangères. « Ceux d'entr'eux j disent les Pères , qui ne sont pas mariés ^ » ne peuvent avoir chez eux que leurs sœurs , leurs tantes et leurs mères. » En effet j il est bon à l'homme de n'être pas seul ; maiis la familiarité » avec des femmes étrangères est dangereuse aux clercs : elle en a fait tom- 9 ber plusieurs dans le péché. Ceux qui n'observeront pas cette défense » ne seront point promus aux ordres supérieurs , et^ s'ils sont déjà or - 9 donnés , ils seront interdits de leurs fonctions. Ceux d'entre les cîerçs 9 qu'on saura avoir aidé à prendre ou à livrer quelque ville j ne seront » pas seulement privés de la communion , mais on ne les admettra pas » même à manger avec les autres fidèles dans les repas ordinaires. »

V. On traitera avec la même sévérité les pénitens qui abandonnent leur état et les vierges consacrées à Dieu , qui sont tombées volontairement dans le crime.

VI. On excommunje ceux qi:|i épqi^sent des femme$ dont les maris sont encore yivans,

VIL La même peine est portée contre les clercs qui abandonnent la déricature pour s'engager dians la milice séculière , et se mettre au rang des laïques.

VIII. Les moines , qui abandonnent leurs engagemens et voyagent san^ lettres de recommandation et sans nécessité , ne seront point reçus à la communion , ni parleurs abbés , di par les prêtres, à moins qu'ils ne se soient corrigés auparavant.

IX. 11 est défendu aux évêques d'ordonner des clercs d'un autre diocèse, sans le consentement de l'évêque diocésain.

X. On excommunie les clercs qui ne veulent pas s'acquitter des fonc-

CXJTQUIÈME SIÈCLE. a 45

lions de leur ordre , à moins qu'ils ne prouvent qu'on n'a pas été en droit de les ordonner (i).

XI. Il est ordonné qu'entre les personnes mariées que Ton admet à la prêtrise ou au diaconat, on ne prendra que ceux qui n'ont eu qu'une femme et qui l'ont épousée vierge.

XII. On accordera la pénitence publique à tous ceux qui auront confessé leurs fautes et qui se seront convertis. L'évéque en réglera l'ordre et la durée , suivant sa prudence ; il aura soin de proportionner l'un et Tautre à la qualité des péchés.

Les Pères de ce concile veulent que ceux de la province qui ne se conformeroient pas à ces ordonnances , en soient punis j et qu'il soit permis à leurs confrères de s'élever contre eux (a).

86. Cette assemblée s'étoit tenue à Angers le 4 Octobre , sous le consulat d'Opilion. Ses canons eurent dès ce jour force de loi dans la province de Tours.

87. La vacance du siège d'Angers avoit donné lieu à la convocation de ce concile. Il s'agissoit de choisir un successeur à saint René. On mit à sa place Talasius.

88. Suivant le quatrième canon du concile de Nicée j de l'an 3a5 j l'évéque devoit être établi ou élu par tous les évêques de la province ; et , si cela ne pouvoit se faire , au moins par trois évêques présens y avec le consentement de ceux qui étoient absens y lesquels ayant agréé l'élection , ceux qui étoient présens faisoient Fimposition des mains ou l'ordination. Cétoit un usage assez ordinaire de faire l'élection et la consécration des évêques dans le même temps. Le motif pour lequel les Pères du concile, de Nicée avoient porté ce canon , étoit y comme le dit Innocent i dans sa lettre à Yictrice y afin que les évêques n'entrassent point furtivement dans la bergerie, mais avec l'approbation de toute l'Eglise y qui étoit représentée par celle de la province où l'on consacroit un nouvel évêque. Ce n'est pas que le peuple n'ait continué en Armorique d'avoir part aux élections.

(1) Le dixième canon est conça en ces ter- dernière partie. Les Pères Sirmond et Longoe-

mes : Ouieumque aulem vel de laîeis y vel de val Texplignent dans ce sens : Qu'il ne faut pas

clero minitlri fuerint ordinali , et obeervare excommunier personne , qu'après Vavoir con»

noluerintySi laïeus, eommunicare non lieeal, vaincu du crime qui mérUe Vexeommunica-

nisi forte reprcbaverint criminosos. Ce texte, (ton.

qui renferme beaucoup d'obscurités, n'est .|/.i*j

pas entenda également , du moins quant à sa ^^ ^»™^^ ' ^^»^**- ^' *' *•

^Ifi HISfOf as BCdLlfdf ASTIQUE.

Pour se conformer aux règles établies^ six ëvéques assistèrent à la consécration de Télu d'Angers , savoir : Eustocbe de Tours y Victurius du Mans , Chariaton de Quimper , I-.ëon , Rumoride et Vivenlius. D'après le canon que nous avons cité, ou doit regarder comme certain que ces trois derniers prélats siégeoient en Armorique. Ce que nous avons dit cidevant de Léon n'étoit pas une pure conjecture. Desiderius (i) étoit remplacé par Rumoride , que nous voyons pour la première fois. Viventius avoit succédé à Sarmation , dont on n'aperçoit plus le nom. Le siège de Venues étoit peut-être encore vacant. C'est ainsi que la succession des évéques de l' Armorique continue de ne pas soufTrir d'interruption depuis leur établissemenl dans cette province romaine. Nous n'en cherchons pas la chaîne dans des catalogues obscurs ; nous la trouvons dans les actes les plus respectables. Un examen attentif fixe à ces évéques les sièges qu'ils ont réellement occupés , et détermine ceux que l'on ignoroit jusqu'à ce jour.

89. Cependant Audren (2) , fils de Salomon ^ avoit monté sur le trône de son aïeul vers l'an 44^» après la mort de Grallon. Les premières années de son règne ne furent marquées par aucun événement d'éclat. C'en étoit un très-précieux à ses peuples de maintenir la tranquillité dans ses états j et dont il n'étoit redevable qu'à sa sagesse.

90. 91. 911 • L'Ile de Bretagne étoit toujours aussi agitée que les flots de la mer qui l'environnent. Les émigrations fréquentes et nombreuses qu'elle soufTroit depuis long-temps en avoient fait disparoitre ce qu'il y avoit de bras aguerris et vigoureux. Elle dut à saint Germain , évéque d'Auxerre (3) , et à saint Loup , évéque de Troyes (4) en 4^9 , la victoire com-

(1) Le Père Longneval dit , dans son His- qn^ils avoient prise ? « Qnod ide6 singolos oni-

loire de FEglise gallicane, tom. 2, que la » versosque voloimus agnoscere, ut, quod

lettre synodique d*Eustocbe , Léon et Vie- » pleno justiti» et juris ordine consCitutum

fnrius, dont nous avons parlé, fut écrite en » est, effectum totins flrmitaiis in omnibus

conséquence du concile d*Angers , de Tan » clericomm negoliis sortiatur. 9

453. 11 n'a pas fait attention que Desiderius (2) Audren , autrement Dremrus , a été

étoit un de ceux k qui elle avoit été adressée , ainsi nommé, parce qu'il ayoit le ?isage plein

et que ce prélat ne vivoit plus dans le temps de boutons. En effet , le mot dremrus , se

que se tint ce concile. D*où il suit que cette Ure de drem^ visage , et de nix , plein de bou-

lettre est antérieure à l'époque de cette assem- lon#. Celui d'Àudren vient d*al , élevé , et de

blée. D'ailleurs , si elle eût été faite au cou- drem.

cile d'Angers , comment Tauroit-on envoyée à (3) Auxerre (Autissiodorum) tire son nom

Cbariaton qui y étoit présent et instruit de d'aiil, 5ord ; d'û, rtvtère; de ^odnim, dont on

tout ce qui s*y étoit passé? Les évéques n'y a fait jodrum, petite montagne. Ce qui veut

déclarent-ils pas qu'ils ne la font parvenir aux dire : petiu montagne sur le bord d'une rivière.

absens , que pour leur notifier la décision (4) Troyes fTrecaJ a pris son nom des

plète qu'elle remporta sur les Pietés et les Ecossois. Tandis que les Romains lui fournirent des légions , elle triompha et se releva de ses pertes. Livrée^ vers Tan 448 9 à elle-même, elle devint la proie de ses ennemis. Les barrières que les Romains leur a voient opposées furent sans défense, ils les franchirent pour porter la dévastation et la mort chez leurs voisins. L'état déplorable où ils les réduisirent et leur soumission ne purent calmer leur férocité. Dans une position aussi affligeante y les Bretons eurent encore recours à Rome. « Les barbares , disent-ils à Aetius^ nous » poussent vers la mer; la mer nous renvoie vers les barbares. Si nous » voulons éviter d'être égorgés j nous sommes engloutis par les flots ; et , » pour ne pas périr dans les abtmes y nous tombons entre les mains de » nos plus cruels ennemis. Ainsi nous n'avons plus que l'horrible choix )i de périr par l'épée ou dans les flots. »

93. Aetiussoutenoitalorspar sa valeur l'Empire chancelant; maisilétoit pressé par Attila (i) , qui se van toit d'être le fléau de Dieu et le marteau de l'univers. Il ne lui étoit pas possible de venir au secours de ces alliés infortunés. Ce refus les jeta dans le désespoir : ne se croyant pas en sûreté dans leurs anciennes demeures , et , sans faire attention qu'ils ne tiroient leur subsistance que de la cultufe de leurs terres , ils s'enfoncèrent dans les forêts et les cavernes des montagnes , où la faim les attendoit et où leurs ennemis les attaquèrent. Ceux-ci , qui avoient ravagé les campagnes , éprouvèrent à leur tour les horreurs de la famine. Ce qui les obligea de rentrer dans leur pay9 avec leur butin.

94. 95. Audren ne put s'empêcher de s'attendrir sur les malheurs de celte lie , où ses ancêtres avoient régné avec honneur. Oubliant ses propres intérêts , il envoya aux Bretons , Constantin son frère , à la tête de deux mille hommes. La nation reprit courage ; ce qu'il y avoit de jeunes gens s'arma dans le dessein de périr ou de vaincre. Constantin , qui leur servoit de général , défit les barbares en plusieurs rencontres. La gratitude luî mit la couronne de Bretagne sur la tête : la perfidie la lui enleva avec les jours après quelques années. Son fils Constans le remplaça et éprouva bientôt le même sort.

96. 97. Ambroise-Aurelien , sou frère , qui craignoit d'être traité de cette manière , se réfugia auprès d' Audren , son oncle. La légèreté , l'inconstance et la grossièreté des Bretons les conduisirent insensiblement à

Tnctssef • Trie^ fort ; caU , très, Tricûêiês , (1) Suivant les médailles de ce prince^ soo irèê^farti. Ce people fiisoil partie de ces bra- vrai oom étoit Atula. 1! Tient d*al, $em , e ▼es Séoonoitqni prirent Rome. de tule , âélugs : iélmfe *iê la terre.

a48 HISTOIRE ECCLiSfASTIQTTB.

la ruioe de leur patrie. Le couronnement de Vortigern , l'un des princes DomnonienS| en fut le signal. Ce nouveau roi, qui n'avoit point de secours à espérer de TArmorique et qui ne se sentoit pas assez de courage pour résister à ses ennemis , envoya , de concert avec ses sujets , une députation vers les Saxons du nord-ouest de la Germanie , pour les inviter à protéger l'île. Jaloux d^acquérir de la gloire et animés bien plus encore par le désir des richesses , ils acceptèrent avec joie une proposition si conforme à leurs intérêts.

98. Les troupes des Saxons furent embarquées sur trois vaisseaux. Horsa et Hengist^ tous deux frères, en étoient les commandans. Le premier inspiroit la terreur par son nom seul (i). Le second en avoit un qui n'étoit pas moins imposant (2). 11 ûgniûe ancien ^ non pour désigner l'âge de celui qui le portoit , mais pour exprimer l'illustre origine dont on le fai- 6oit descendre. Il passoit ^ ainsi que la plupart des princes ss^xons , pour être issu de Woden , le dieu unique des anciens Gaulob , dont nous avons parlé ailleurs. Ce Woden , dont les Saxons avoient perdu l'idée primitive^ étoit regardé comme le bisaïeul d'Hengist. Ce terme ne produisoit pas dans leur esprit le même sens que celui que nous y attachons. Comme ces peuples ne remontoient pas au-delà de la troisième génération y lorsqu'tt s'agissoit de dresser leurs arbres généalogiques j ils employoient ce mot pour faire voir que , de père en fils , l'extraction de ce prince alloit se perdrç dans Woden , Tauteur du premier homme.

Outre le nom d'ancien , Hengist portoit encore celui de juste. La première idée que les Saxons se formoient de la justice, venoit de celle qu'ils avoient de la valeur, soit dans les combats entre les armées , soit dans les duels entre les particuliers. D'après ce foux principe , la justice , selon eux , étoit toujours attachée à la partie victorieuse. Hengist étoit donc une espèce de dieu invincible, tel que Mars chez les Romains.

99. Les Saxons , fiers dWoir à leur tête Itengist et Horsa , formèrent les plus belles espérances. De File de Tanet (3) , où ils avoient abordé au nombre de quinze cents, ils marchèrent à la victoire. L'épouvante avoit devancé leurs pas : leur présence fit rentrer les barbares dans leurs anciennes limites. Les Bretons s'applaudirent de s^être donné des auxiliaires

(1) Le nom de harx veut dire maillet , (3) Cette Ile est dans la province de Kent ,

marltau. Solin l'appelle Tanatoi. Ce nom lui vient de

.^ r. . . ^ wx . - * 1 j r ^^> coupée^ et d'ol, Urre. La Stoare, après

(S) Celin de ;*^«< est composé de Mn, ^^^ ^^ Cai,torbery, se divise en deux

ancien, et û^gwirJuêU. branches qui séparent File du contiocnL ^

si

si vaillam; ils s'imaginèrent que ()ësormais< ik alloient jouir d^une paix inaltérable à Fombre des ëpées de ces bravés. Funeste tranquillité, qui leur causa bien! des regrets et qui fit couler â4s torrens de sang!

loô. Le^ avantages qu'Hengist- et Horsfai Vètloient de remporter sur les

• £cossoiSy leur .firent juger de la facilité qu'ils aurorent à subjuguer les Bretons; Lai)pline foi;cëdâ au cri dé^^r^Hnbltion*. Les deux généraux instruisirent* de leur projqt les Sal&ôns.qU^îls avoiient 'laissés dans leur patrie, lis leur exposèrent que , comme lés; d^érentés parties dés Gaules étoient conquises ou iravagées par desf ie^aims de Germains /la seule expédition

• honorable et avimtàgeuse qu'ils pu^nt tenter étoît de se joindre à eux.

101. .Cidq^mîBe/ Saiiohs'y papmi lesquels -il y avoît Quelques Angles oii AngloisÇi), ^'embarquèrent pow l^le et sa àiîrefht sous les drapeaux de leurs compatriotes. Ce retifott^ qui étôît plus que suffisarit ptur la défense: du pays: j' fit appréhender aiix Bretons que leurs alliés n'en voiilufiàeat àleurlibieirtéet à leifrs poteessiotisl'TroppùsHlanimes pour tenter -de se ikiètupê ii^^ivuverit des iiàsuïtes ' jpàr la voie des armes , fis eurent recours k; de basses oeipplaisances.jÇét expfédîent ,^^^^^ déôèle des âmes avilies , «le servit qii?à, les couvrir de bonté;

102. Les Staons, résolus de les assujettir, se cotnbinèrent Tan 463 avec les Écosspis , qu'iis auroient dû retenir dans le respect , et tournèrent leurs «pmes contre ceux qu'ils s'etoi^nt engagés auparavant de protéger. f . .

io3. 104. Vortigern , épris de la beauté de Rowena (2), fille ou nièce d'Hengist^ avoit répudié sa femme pour épouser cette saxone. La nouvelle reine avoit ajouté à ce scandale la profession publique du paganisme. Les évêques, pour punir cet adultère 'et venger l'outrage fait à la vraie religion , avoient excommunié Vortigern. Les peuples, touchés de la conduite peu chrétienne de leur souverain et accablés par les malheurs que ses conseils imprudens avoient attirés sur eux , le forcèrent d'abdiquer. Ils opposèrent Vortimer (3) , son *fils , aux entreprises des perfides Saxons. C'étoit un prince aussi brave et aussi sage que son père étoit lâche et dissolu. Il remporta une grande bataille dans laquelle Horsa périt. La mort du roi , qui suivit de près cette victoire signalée , fit disparottre les espérances des Bretons.

(1) Led Angles avoient le même idiome que encore le saxon dans quelques endroits,

les Saxons, les mêmes mœurs et coutumes; (3) Le nom de Aotoena Tient de ro, Irèi^ei

conséquemment , ils avoient tous une origine ùetcen on guen^helle. ^

commune. Ces Saxons occupèrent dans la (3) Le nom de Forfimer se tire de «or, roi,

suite quelques cantons de l'Ecosse ; on y parle prince , et de kxtnmerf guerriir.

^^n HISTpIEt ISOCLâsiASTIQtTC.

iq5. io6. Cependant , AetiUi a^oit profité du moment où Audren avait envoyé du secours aux Bre|OQ$ de Tile, pour porter la guerre dans ses états. Eocharic ^ roi des Alains , se chargea avec plaiâr de cette commission. L'un étoit indigne de la hauteur et de la fierté des Armoriques ; Tautre n'avoit rien plus à cœur que dé piller leurs riches contrées. Audren f trop foible pour résister à un enoemi si puissant , eut recours à la médiation de saint Germain. Ce pr^i,) aé ipour Tappui de la religion et de l'humanité, venoit de Taille exiler de la Bretagne ce qu'il y restoit de défenseurs du pélagianisme. Le prince religieux crut que la Providence se serviroit de son ministère pour éloigner de son royaume Tennemi du nom chrétien. Sese^érantçesjnefintent paâ vaines. Le saint prélat , dont la charité nWoit point dé bornes , voyant Torage qui menaçoit les Armoriques , entreprit d'arrêt^ le rqi barbare au milieu de sa marche. 11 le rencontre à la tête de ses troUpes; il le cdnjure d'épargner le sang et les biens d'une province, infortunée. Ses prières sont inutiles. Les menaces qu'il fait ne touchent pas davantage le prÂDcê idolâtre. Celui-ci ne daigne pas même Técoii^ter plus loiig-temps* Germain^ avec cette, autorité que le Tout-Puissant comniunique quelquefois à: ses ministres^ saisit la bride du cheval de ce féroce guerrier ; en, l'arrêtant , il arrête $on armée. £ocharic , étonné de cette hardiesse , et frappé de la contenance du saint évèque , qui lui imprime le respect et l'admiration , consent à retourner sur ses pas et à ne point inquiéter les Armoriques, pourvu qu'il fasse agréer la paix à Aetius ou à l'empereur.

Germain , pour ne pas laisser son ouvrage iniparfait , alli^ trouver Valentinien ^ Ravenne (i)^ où il mourut le treute-uniéme jpur de juillet 448 , après avoir obtenu la grâce des Armoriques (2). C'est ain^ que Dieu, qui tient en main les cœurs des puissances de la terre , les tourne , quand il lui plait , au gré de ses serviteurs , pour nous rendre visible le crédit qu'ils ont auprès de lui.

107. Les Armoriques , durant cet intervalle , se mirent en état de défense^ e( refusèrent les conditions de 1^ paix. Un maintien de cette nature j la crainte où était l'empereur que les Alains ne devinssent trop puissans , et sa propre foiblesse , le déterminèrent à imposer silence à qe peuple guerrier.

(l)RavenDeétoU, suivant Suétone »Wp«rt placé sur on i|iarab« que la mer couvcoit.

le plus considérable des Romains , sur la mer C'est de sa position que EaTenne a pris son

Adriatique.Lcs anciens historiens disent qu^elle nom. Ru^kabUaiion; aotn^ lae, lagune:

étoit bâtie sur pilotis dans des lagunes. On habiUUim au milieu des lagunee.

n'y entroit qu*en bateaux ou par un pont (8)ÇonstantinsdevitaS.Germani,1.2. c.5.

cnrQTTiibfE siècle. a5t

108. Trois ans après, Àtlila est sur le point de fondre sur les Gaules. Aetiuâ rassemble des troupes de toute part ; il conjure les alliés de TEmpire de serëunir contre l'ennemi commun. Les Armoriques se joignirent à lui. Secouru par un grand nombre d'autres auxiliaires , il clilfea Attila d'Orléans (i) et le défit dans les plaines de Chàlons, en Champagne.

Les Alains s*étoient rendûis suspects , durant celte guerre , aux Romains et à leurs alliés. I..es Armoriques , qui n'avoient pàS oublié l'expédition que ce peuple , avide de pillage , avoit voulu tenter contr'eux , portèrent le feu de la guerre dans son pay^: Aeiius l'avoit placé dans les environs d'Orléans, qui étoient auparavismt incultes et abandonnés. Cet habile général s'en étoit servi comme d'un boulevard pour contenir les Armoriques. Accoutumée aux brigandages, cette nation n'avoit cessé de s'y exercer ; par ses correspondances avec les étrangers , elle avoit mis la Caule dans des crises violentes. Les Armoriques se rendirent maîtres d'une partie de son territoire ; le plus grand nombre , qui passa en Iralîe , fut défait à Bergame , par Ricimer , en 464 , le 6 de février. Ce qui resta d' Alains auprès d'Orléans , fut transporté dans l'Armorique ; ils furent tellement séparés les uns des autres , qu'il ne leur fut plus possible de s'attrouper. Ce n^est pas cependant ce qui rendit en Armorique le nom d'Alain si commun. Nous en verrons d'atilres raisons (a).

109. Entre les différentes conversions que saint Patrice avoit faites à son entrée dans l'Irlande , celle d'un jeune seigneur avoit été remarquable. Son père s'appeloit Clyton , nom que Ton donnoit aux fils de rois ou à leurs héritiers. Aussi étoit-il roi de TUltonie, ou du moins , le plus puissant de ceux de cette province.

1 10. Purifié par les eaux salutaires du baptême , le jeune prince auroit dû en devenir plus cher à son père , s'il eût connu les propriétés admi-

(1) Il est très-probable que ce fut Tempe* le c et le g , l'un pour l'autre. €en ou gen » reur Aurelien, mort en 275, qui donna le coupure^ partage; abon^ rivière, La Loire, nom k la ville d'Orléans, qui la détacha des qui passe à Orléans, se partage vis-ji-vis celte CamuUi , et en fit le chef-lieu d'un peuple ville et forme une lie. particulier. M. d'AnriUe • prouvé qu'Orléans ^^ j^„ ^^^ ^^^ ^^^ ^j^^. ^^ «t 'ancienne C««6u» ou Ce«aJ««; car on ^, . ^^ langue tartare .rignifle i«o«. htrun et l'autre chez les anciens historiens. . ^' \«' . »i 1, • * J- J vn^uiai^zj- ^ ^x laoïu , parce qu ils étoient sortis des monta- La Table théodosienne porte : Cenabo pour ^j' . \, , ^ a a t a *• • .r> % a 'é Aé A A -1 * gnes situées au nord de la Sarmalie asiatique. Genaho. Surita prétend même qu il convient ?^ «.^«,. j#ii^. ^ , * "V délire dans César , C««*«« plutôt que G«- ^f» "0««d'^'«».Vi'o» remarque en Anno-

ncimm. C'est une chose entièrement indUK- "S' ' •"* ^" "«""» ' ^« P""?"» ' ""• "*"

rente, paisqaelesancieDsGanloiseDpIoroient •"««•>•. «>">«e nous l« femts wlr.

rables de p^ sacrement.; La religion saiot^ que ce nfophite ayoit embrassée lui, faisait apercevoir plias distinctement que la nature tout ce qu'il d^Ypit à J'auteur de ses joui^; elleTui ^prenoit également à. respecter son roi et^ servir .sa patrie , xnêina,aux: dépens de sa ;Vie«

Cljton ne connoissoit pas encore les dons de Dieu : les ténèbres du pa-^ganisme l'environnoient et Tempêchoient de voir la lumière de l'Evangile. La.vépération qu'il avoit pour ses ctiçiix étoit fortement gravée dans son espr,îl. A la vue du jy^épris que soi^ fils leui: témoignoit, Clyton oublia qu'il éloit père. Sa tendresse se changea en fumeur» IJn arrêt de proscription sortit bientôt de sa. bouche, %^l il est vrai de dire que ceux qui atta-i queut la vraie religion y- putre qu'ils manquent à^ ce qu'ils doivent à Dieu, s'exposent à bles^r en même temps la loi naturelle. Disciple de Jésus- Christ j Fingars (i) (c'est le nom que les chrétiens donnèrent au fils de Clyton) partagea avec joie ses amertumes sur la terre <et mérita par là de partager sa gloire dans le ciel.. La Providence diVine , qui l'adoptoit pour son fils ^ le conduisit dans ses voies. Un grand nombre de seigneurs avoient , comme lui , embrassé le christianisme. Aussi coupables aux yeui^ du père , ils accompagnèrent le fils dans son exil^

III. L'Armorique étoit le séjour des vertus : elle devint celui de ces sages. Audren, qui venoit probablement de prendre les rênes de ce royaume , reçut avec bonté Fingars et les autres compagnons de sa disgrâce. 11 n'épargna rien pour adoucir la dureté de leur sort. A ne considérer que les idées du monde , qui ne se plait qu'à envisager les agrémens de la vie présente , leur situation avoit de quoi, les jeter dans la plus grande désolation. Rapprochée des espérances que fournit l'Evangile y elle devoit les remplir de la plus douce consolation , par le bon usage qu'ils pouvoient en faire. Les tr&ulations de cette vie ne sont pas un instant vis-à-vis de l'éternité ; unies à celles de Jésus-Christ et supportées dans les mêmes vues qu'il a souffert lui-même , elles conduisent à une glorieuse immortalité. On se sent pénétré d'une sainte joie d^avoir été trouvé digne d^endurer quelque chose pour le rioïù dé Dieu.

1 1:1. Les égards marqués que la cour d'Audren avoit pour Fingars , et les charmes qu'on employoit pour lui faire oublier ses panes , n'avoient rien qui put fixer son es^t et attacher son cœur. L'un et Tautre ne se reposoient que dans le Dieu de toute consolatioBi. Il se déroba bientôt

(i) I> nom de Fingan vient de fin » êogt , ({tiî entre en composition , et qui augmente h et de gari, jeun$ hommi. On Tappela «asli signification. La Traie science de lliommeest Guignir ,,deigui^ savant , et d*ir , partielle de connottre Dieu » et de pratiquer sa loi.

CINQUIÈME sik:LE. ^53

du palais de son hôte : une grotte devint sa demeure. Les seigneurs » qui avoient été à la suite de ce religieux prince , alarmés de son absence , le trouvèrent dans sa solitude. Il y étoit aussi tranquille qu'un roi au milieu de ses courtisans. Son corps éloit soumis aux ordres de son âme , et son âme à ceux de Dieu. En triomphant du monde , il vouloit triompher de lui-même , et , par ce moyen trop rarement pratiqué , assurer un bonheur dont la vivacité de sa foi lui montroit l'étendue.

II 3. Âudren, qui admira les eflets merveilleux de la grâce du Tout- Puissant , fit construire un monastère à cet illustre anachorète. Le terrain que ce roi lui donna étoit probablement le même que nous nommons aujourd'hui Plouvigner (i) , paroisse du diocèse de Venues.

Fingars rassembla un grand nombre de disciples , entre lesquels se trouvèrent la plupart des Hibernois qui avoient vécu avec lui à la cour d' Audren . Il s'adonna tout entier à la contemplation des biens célestes et aux autres vertus de son état. Ses religieux apprirent , par son exemple , bien plus que par ses discours , la' science des saints. Sans aucuns rapports avec les étrangers , il ne s'occupoit que de l'administration intérieure de sa communauté.

II 4* Sa charité ne l'attachoit pas moins au reste des hommes. La situation déplorable , aux yeux d'un chrétien , où il avoit laissé l'Irlande , se présenta fortement un jour à son esprit. Animé du désir d'y faire respecter le Dieu qu'il adoroit , il prit la généreuse résolution de retourner en sa patrie. Mais quelle fut sa joie j lorsqu'il vit par lui-même que le grand Patrice avoit été assez heureux pour y faire fleurir la religion !

Le saint abbé venoit offrir à son père et à ses sujets un royaume éternel ; les sujets de son père , qui , par le baptême , avoient déjà donné leur nom à Jésus-Christ , lui ^ent hommage d'une couronne temporelle. Ce* toit celle de Clyton que la mort leur avoit enlevé. C'est ainsi que Dieu , qui veilloit sur les jours de Fingars , sembloit l'appeler aux grandeurs du siècle, après l'avoir éprouvé par les afflictions. Grand dans la persécution, admirable dans ses austérités, au- dessus 4e l'homme dans la solitude ,

(1) Le nom 4e Plou-Vigner est le même qae poar exploiter cette terre. Les moines s* applicelai de Plou-^uigner : le g dans le celtique se quoient eux-mêmes au labourage et aux autres prononçoit fort souvent autrefois comme IW travaux de la campagne. Us ne se contentoient consonne. Le terme phue^ synonyme de peu- pas de servir le public par leurs instructioni pie , fait croire qu'Audren avoit donné à Gui- et leurs prières. Leurs mains infatigables faigner , non-seulement ce qui compose mainte- soient sortir, du milieu des bois et des ronflant la paroisse de Plouvigner, mais encore ces , des campagnes chargées de moissons, des esclaves , et tout ce qui étoit nécessaire

l54 HISTOIBE ECCLÎlisiASTIQUE.

père de ses religieux , il ëtoit digne de commander aux autres. Du moins ,^ est-il vrai , que les vertus décoreront toujours le diadème. Le refus qu'en fit rhumble Fingars , donna un nouveau lustre à son mérite. Si Téclat qui l'environne n*étoit pas capable de l'éblouir y les obligations qu'il impose le lui rendoient redoutable. Il savoit quelle sera la rigueur du jugement que celui par qui régnent les rois, exigera d'eux un jour. La croix lui tenoit lieu d'héritage , et il bénit Dieu que ses états fussent soumis à Jésus^^ Christ.

1 1 5. 1 1 6. La Bretagne, opprimée par les Saxons infidèles , attira Tat* tention du pieux Fingars. La dévastation des campagnes et la ruine des villes étoient les moindres maux qu'il eut à déplorer , quelque grands qu'ils fussent d'ailleurs. Hengist , aprèà la mort d'FIorsa , avoit pris le commandement de l'armée saxone. Toujours dans l'action , et renforcé à à toute heure par de nouvelles troupes qu'il faisoit venir de la Germanie , il portoit le ravage dans toutes les parties de l'Ile. Les personnes de tout âge , de tout sexe et de toute condition étoient immolées à sa fureur. Les ministres du Seigneur , inliumainement massacrés jusqu'aux pieds des autels , fournissoient une preuve trop sensible de sa haine contre la vraie religion. Les Saxons idolâtres alloient placer leurs dieux dans les temples du Très-Haut , et replonger l'ile dans ses premières ténèbres. Patrice avoit acquis l'Irlande à Jésus-Christ ; Fingars , aussi zélé que lui , forma du moins le projet d'ajouter à cette conquête le nouveau peuple qui dominoit en Bretagne , et de préserver de la contagion les naturels du pays. C'est dans le désir de l'exécuter que le nouvel apôtre fit voile avec quel'^ ques saints évêques et une noad>reuse suite. Il prit terre dans la Cornouaille. Hengist , qui sembloit se multiplier par la rapidité de sa marche , y poursuivoit alors les Bretons , que les déserts et les montagnes ne pouvoient mettre à l'abri de ses coups meurtriers. Soit que ce général sanguinaire fut entraîné par l'aversion que ses préjugés lui inspiroient contre le christianisme , soit qu'il prit prétexte de confondre ces saints missionnaires avec les ennemis de sa nation, il les fit tous périr sans distinction (i). Dieu , qui est admirable dans ses saints, rendit par là Fin- Ci) Les actes de saint Fingars donnent le lois et des Germains, le même qne Wodan , nom de Theodoric ou Theudric à celui qui e^ de rieh , prince. Ainsi Théodorie on Theu^ loi fit souffrir le martyre. Il est facile de se drie signifie le prince Tul^ ou, pour parler plus convaincre que ce nom est le même dans le exactement , prince issu de Tut ou de Wodan. fond que celui d'Hengist, Les termes Théo- Cette origine donnoil aux chefs des peuples dçr:e y Theudorie on Theudric y sont dénsésdt germains' la plus haute considération. Cet M ou ial y qui est le dieu des anciens Gau- usage prenoit sa source dans Tantiquité la

CIJfQUièME SIÈCLE. !k5ty

gars de plus en plus conforme au Verbe éternel. La conversion des Saxons éloit réservée à saint Augustin.

117. On rapporte que saint Fingars apparut en songe , après sa mort y à un seigneur du pays , et c[u'il lui recommanda sa sépulture. Un jour que celui-ci étoit à la chasse , ses chiens lancèrent un cerf qui se retira dans le lieu où les corps des saints martyrs avoient été laissés. Les chiens Vy poursuivirent : il étoit couché aux pieds de saint Fingars avec la même sécurité que s'il n'eût pas été à leur discrétion. La meute manqua ellemême à son instinct : elle s'arrêta sans fondre sur sa proie. Ces phénomènes y si contraires aux lois de la nature , rappelèrent au souvenir du diasseur les ordres qu'il avait reçus dans sa vision. Il reconnut le doigt de Dieu et fit inhumer les corps des saints martyrs. Le cruel Hengist avoit porté ailleurs la terreur et la mort.

118. Les vertus que saint Fingars avoit fait briller en Ârmorique y ont rendu sa mémoire précieuse. Ce martyr est patron de la trêve (i) ou église succursale de Loc-Equiner (a) , au diocèse de Léon. Il est reconnu pour patron titulaire d'une des chapelles de la cathédrale de Venues. Le diocèse en fait la fête le 1 4 de décembre (3).

1 19. Cependant la plupart des évêques de l'Ârmorique s'éloient rendus a Tours l'an 461 , pour y célébrer la fête de saint Martin. Le même esprit de piété y avoit conduit quelques prélats de la Gaule.

Perpet , autrement Perpétue , éloit alors sur le siège de Tours. Issu d'une famille très-illustre de sénateurs auvergnaçs , dont il eut de grandes possessions , il devoit par cet endroit s'attirer le respect et la considération de ceux qui ont les yeux particulièrement fixés sur la noblesse et les autres avantages qui la relèvent. Ce qui le distinguoit véritablement c'est que l'éclat de sa naissance étoit soutenu par les vertus qui font le phrétien , et surtout par celles qui sont propres aux minisires des saints

plus reculée. Des nations entières ayoient pris pendante de la paroissiale , dont celle-là est

le nom de Teut. De ce nombre étoient les succursale.

Tectosages, qui habitoient autour de Toulouse. ç^) Le nom d'Equimr est une altération de

Jules-César assure, au livre 6- de ses Corn- ^^j^j ^e Guigner. Celui de loe , terme cel-

menteires , qu'il y avoit d'autres Tectosages ^^^^ ^ ^omme tous les autres que nous avons

en Gennanie , près la forêt Hercynie. C'est de 3 j^ ^^^^ ^^^ n^^^, ^ ^^^^ ^^^^ ^.^ ^^ ^ .

là aussi qu'est venu le nom de Teudmrum , |^,-^ forteresse de la Germanie inférieure , et celui

de Teudurum , ville de Germanie. (^) S' Ansclmus , Cantuar Archiep. in viU

(1) Le nom de ireve vient de tref ou Iretr , ^' Guigneri ; Albert le Grand , LoLineau ,

qui signifie une cerUine quantité de maisons ^'^ ^«* f^' ^« ®'«*- ' ^"«""» ' ®"*«"- ^c-

ou de villages attachés à une petite église dé- ^®'- -A"*'*!-

l56 HISTOflB BÛCtifelASariQtTB.

autels. U crut que les richesses dont il étoit pourvu n'étoient qu'un dépôt que la Providence avoit mis entre ses mains. Il trouva dans sa bienveîl* lamoe le dësir de les répandre ; sa bienfaisance lui valut le nom aimable qvC'û porta (i) , nom que les opulens de tous les siècles devroient mé-

riler.

Ces prélats , qui s'éloient réunis pour s'édifier mutuellement et pour ai^laudir à la gloire du bienheureux apôtre de la Gaule , excités^ comme Perpet , par le désir de conserver dans sa pureté l'Eglise du Seigneur , s'assemblèrent en concile le i8 novembre.

« Comme lès saintes règles de la discipline ecclésiastique , disent ces

9 Pères, se trouvent altérées en plusieui^ points , les bienheureux évéques

2> dont la souscription est ici, assemblés en la ville de Tours , sous le

» consulat du très - illustre Severin , le quatorze des calendes de dé-

» cembre , pour la très-sacrée fête où Ton célèbre la réception du sei-

» gueur Martin, ont fait , conformément à l'autorité des Pères , la pré-

» sente définition. »

» I. Que les prêtres ou les ministres de l'Eglise , dont U est écrit , 9 vous êtes la lumière du monde, aient toujours devant les yeux la » crainte du Seigneur , et qu'elle leur fasse mener une vie si édifiante » qu'ils puissent plaire à Dieu et servir d'exemple à tous les fidèles, j» L'anathème est prononcé contre ceux qui donnent occasion de blas- » phémer le nom de Dieu : la gloire de l'immortalité est promise à ceux » dont les œuvres le font bénir. Si , selon la doctrine de l'Apôtre , la 7> chasteté est commandée à tous les fidèles , de manière que ceux qui ont >i des femmes doivent se comporter comme n'en ayant pas , à combien » plus forte raison les prêtres du Seigneur et les lévites attachés aux » saints autels doivent-ils être tellement en garde qu'ils conservent et la » pureté du cœur et celle du corps , afin d'être, exaucés de Dieu lors- » qu'ils prient pour le peuple. Ceux qui vivent selon la chair, dit l'A- » pôtre, ne peuvent plaire à Dieu ni garder sa loi. Mais, pour vous , » vous n'êtes pas dans cet état malheureux : vous ne vivez pas selon la » chair , mais selon Fesprit que vous avez reçu dans le baptême. Et » ailleurs : tout est pur à ceux qui sont purs ; mais pour ceux qui sont » souillés et infidèles , il n'y a rien de pur , parce que leur esprit est » souillé aussi bien que leur conscience. Si Ton prescrit la continence

(1) Le nom de P^rpei se tire deper , bien- faisani , et de pelh , fUhe.

9 au

CINQUIÈMB SIÈCLE. :ih*J

» au laïque , afin qu'oiTrant à Dieu ses prières , il en soit exaucé ; ne doit- » on pas la recommander plus étroitement aux prêtres et aux lévites , 90 qui doivent être toujours prêts ou à offrir le sacrifice ou à baptiser , selon » les circonstances. Avec quel front , infectés de la concupiscence char- » nelle , oseroient-ils remplir ces redoutables fonctions , et par quel en- » droit croiroient-ils mériter que Dieu les écoute ? »

II. « Quoiqu'il ait été réglé par nos prédécesseurs que tout prêtre ou » lévite qui seroit convaincu d'avoir eu commerce avec sa femme depuis » son ordination seroit excommunié , nous voulons bien modérer la ri- » gueur de cette loi , quelque juste qu'elle soit. Nous nous contentons » d'interdire aux coupables leurs fonctions , et de les exclure des ordres » supérieurs. C'est beaucoup pour eux de ne pas leur retrancher la » communion ; mais afin que ces règles puissent être observées , il faut » éviter l'intempérance de la boisson , qui est le foyer de tous les vices. » L'Apôtre dit : ne vous laissez pas aller aux excès du vin , qui pro- » duisent l'incontinence. Le même apôtre nous apprend quel est le chà- » timent de l'ivrognerie , quand il dit , entr'autres , que ni les fornica- » teurs , ni les idolâtres , ni les ivrognes ne posséderont le royaume de » Dieu. S*il arrive donc qu'un clerc , dans quelque ordre qu'il soit , ne » s'abstienne pas de ce vice , nous ordonnons qu'il soit puni à propor- » tion du degré du ministère qu'il aura dans^l'Eglise. »

III. « Et comme il ne faut donner aucune entrée au démon , on aura » surtout attention que les clercs n'aient point de familiarité avec les

» femmes étrangères. C'est le moyen qu'ils ne donnent à personne occa- r*

» sîon ou de parler mal d'eux , ou d'en penser d'une manière désavan-

» tageuse. Il arrive souvent que , par ces fréquentations déplacées , le

» démon qui , comme un lion dans son repaire , se tient sans cesse en

» embuscade , est cause de la perte des serviteurs de Dieu. C'est pour-

» quoi si un clerc , après la défense de son évêque , continue de s'atta-

» cher aux familiarités illicites de ces femmes ^ il sera retranché de la

» communion. »

IV. a Le clerc à qui il est permis de se marier ne pourra épouser une » veuve. S'il le ÉEiit, il sera réduit au dernier rang. »

V. a Les clercs qui abandonnent leur état pour vivre en laïques ou » pour s'engager dans la profession des armes seront excommuniés. »

^^S HISTOIRE EGCLI^I ASTIQUE.

VI. « Ceux qui renoncent à la profession religieuse, les vierges consa* » crées à Dieu qui se marient et ceux qui les épousent , subiront la même » peine j jusqu'à ce qu'ils fassent pénitence et se retirent du précipice y où le démon les a jetés. Il est dit : si quelqu'un viole le temple de Dieu, y » le Seigneur le perdra. i>

VII. a On ne doit communiquer en aucune manière avec les homt- » cides y jusqu'à ce qu'ils aient efTacé leurs crimes par- Is^ confessioin et » par la pénitence, p

VIII. (c Si le pécheur, après avoir reçu la pénitence , semblable au chien 9 qui retourne à ce qu'il a vomi , en quitte les exercices pour se livrer

V de nouveau aux plaisirs du siècle j il sera séparé de la communion de

V l'Eglise et les fidèles ne pourront manger avec lui , afin que cette double )( confusion puisse le porter à la componction y et que les autres soient » intio^idés par son exemple. »

IX. (c Un évéque qui y $ans avoir égard aux limites que nos pères ont » fixées à chaque diocèse y ose s'attribuer des peuples qui ne sont pas du » sien y ou ordonnera des clercs d'un diocèse étranger y sera séparé de » la communion de tous ses confrères. L'apôtre nous apprend que nous » ne pouvons avoir de participation avec ceux qui ne gardent pas Tor^ » dre y et qui s'écartentMe la tradition reçue de nos pères. »

K. « Nous déclarons nulles les ordinations illicites y si y par une satis- » faction convenable , on ne remet tout dans Uordre et la paix. »

XI. ce Un clerc qui y san$ la permission de son évéque y abandonnera » son église pour aller ailleurs , sçra séparé de la communion. »

XII. « S'il voyage , soit dans d'autres provinces , soit dans d'autres ci- » tés y ce ne sera qu'avec des lettres de recommandation de son évéque. »

XI n. « Enfin , selon l'autorité des Ecritures et les constitutions des Pères,

» nous avons jugé à propos d'ajouter à ces règlemens la défense à tout

» clerc qui voudra faire quelque trafic , de recevoir aucune usure ; car il

9 est écrit que celui qui n'aura point donné son argent à usure , habi-

» tera dans le tabernacle du Seigneur. Et ailleurs : il n'y a qu'usure et

» tromperie dans les places publiques. Il est manifeste , en outre , que

» ceux qui ne gardent pas les commandemens de Dieu , ne peuvent par-

:> venir à la gloire de la béatitude. »

CIWQUièME SIÈCLE. aSg

% Sur tout ceci y nous nous confions en la puissante intercession du m saint et bienheureux évéque y le seigneur Martin ; et nous nous per^a*- 3» dons que , comme ces décrets sont conformes à la doctrine de nos » pères , nos confrères absens voudront bien y acquiescer et les con- » firmer (i). »

lao. Â ce concile assistèrei^t neuf évéques : tous en souscrivirent les actes ; sept d'entr'eux désignoient en même temps le lieu où ils siëgeoient ; savoir : Perpet , à Tours ; Victurius , au Mans ; Léon , à Bourges ; Eusèbe, à Nantes ; Amandin , à Chàlons-sur-Marne ; Germain y à Rouen ; Athénius y h Rennes. Mansuet y l'un des Pères de ce concile y le souscrivit en qualité d'ëvéque des Bretons ; Yénérand y à qui la vue ne permettoit pas alors d'écrire y fît signer pour lui le prêtre Jocondin y sons faire mention du diocèse à la tête duquel il étoit.

im. On n'a formé jusqu'à présent que dés conjectures sur le lieu où flîégeoient ces deux derniers évêques. Quelques-uns ont placé Mansuet à Alet,- quoiqu'il n'y eût pas encore d'évêché dans cette ville. D'autres ont cru qu'il étoit établi à Dol^ comme métropolitain de l'Armorique. M. Tabbé Gallet (ii) veut qu'il ait été évêque dans l'ile de Bretagne. Les trois premières opinions se détruisent d'elles-mêmes. La quatrième ne paroit pas plus solide.

laa. Avant l'arrivée delà jeunesse militaire de l'tle dans le canton de Dol , on y comptoit peu d'habitans ; ce fut elle qui y comme nous l'a^ vons fait voir y donna l'existence à la ville de Dol y et qui remplit de colons les campagnes voisines ; c'est principalement pour elle qu'on avoit fondé un évêché à Dol. Le prélat qui le gouvemoit pouvoit donc prendre le titre d'êvêque des Bretons.

Mais cette qualité convenoit-elle mieux à l'évêque de Dol qu'atout autre évêque de l'Armorique ? Celui de Rennes n'avoit d'autres étrangers sous sa dépendance qu'une colonie de François : on n'en connoissoit aucune dans le diocèse de Nantes. Les cités de Venues et de Quimper comprenoient réellement dans leur sein un grand nombre de Bretons ; mais ils étoient confondus avec les naturels du pays y et ceux-ci l'emportoient de beaucoup sur eux par la multitude. Quoique les Yennetois n'eussent pas conservé le même ascendant sur les autres peuples , depuis le sac de leur ville principale y leur premier penchant pour le commerce ne s'étoit point démenti ; ils étoient toujours distingués par leurs riches-

(!) SûrmoDd , Concil. Gallî» , tom. 1. (3) D. Morice , Hist. de Bref. tom. 1.

a6o HISTOIRE ECCLiSlÀSTIQUE.

ses , et coDsequemment leur population devoît être très-nombreuse. Lea Corisopites n'avoient été érigés en cité par les Romains qu'à raison de la grandeur de leur état. Ainsi , tandis que les Bretons filés à Dol pouvoieni se glorifier d'effacer par leur nombre les andens hahitans; ceux de leurs compatriotes, qui étoient établis dans les autres évéchés, étoient éclipsés, par la quantité des citoyens qui les avoient incorporés. La qualité d'évéque des Bretons étoit donc privative à l'évéque de Dol ; pour la lui assurer , nous n'avons pas besoin de gratifier spn siège du titre de métropole.

D'ailleurs , on ne peut douter y comme nous aurons occasion de le re-? marquer , que les évéques de Dol n'aient étendu dès lors leurs sollicitudes pastorales ^ non-seulement dans le territoire qui leur avoit été assigné d'abord , mais encore dans ceux qui fo^rment aujourd'hui les diocèses de Saint-Malo, de Saint-Brieuc , deTreguerel de Léon. La plus grande partie des Bretons j qtû passèrent de l'Ile en Armorique , depuis que Conan y fut placé , jusqu'au milieu du cinquième siècle , enrent pour établissement les différens cantons de ces évédiés j dont la plupart étoient presque déserts auparavant. C'étoit pour les évéqoes de Dol un nouveau motif de s'intituler évéques des Bretons. On ne pouvoit alors se méprendre sur cette dénomination , parce que la possession parloit en leur faveur. Ce qui flatte le plus l'homme , surtout quand il occupe une terre étrangère , c'est de Jouir du plaisir de vivre avec ses patriotes; celte satisfaction devient encore plus piquante , lorsqu'on est appelé pour leur commander. Né sous le même ciel que les Breton^ , Mansuet (i) goùtoit ce double avantage.

123. Quant à ce qui regarde Vénérând , on n'aura pas de peine à le reconnoitre pour évéque de Quimper. Saint Cfaariaton ou Corentin , qua nous avons vu assister au concile d'Angers de Tan 453 , étoit mort depuis ce temps : Vénérând lui avoit succédé. On le connoit mieux sous les noms de Venecan , Gaen^;aii ou Cpnogan (a). L^ Père Albert le Grand

(1) Le nom de M9n$ytêi Tient de ma% , àom- Non» Terroas ao concile de Vennes , dont nous «m; de ««, h>ii,pay« « et dVi, méwu: ham- parierons bientôt, ce même Vénérând, sous me du mime pays. IMiom ô^ÀlbinMi. Les différens noms gneFon

(2) Le terme Venercm , ii la fin duquel un a a doonét dans les pffeiiien taufs an mêmes

ajouté un d, narce qa*on le croyoit tiré do la- personnes » n'empèckoîent pas de les recon-

tin , est dérive de ven , blanc ; de ntr , seigneur^ nottre , parce que , soit qu*ils fussent latins ou

et d'an, nobte, Ce;qui signifie \e noble ieigneur celtiques, on safoît oe qu'ils signifioient, et

bkmc. Ceux de Veneean et Guenêçan , qui sont que les causes qui les avoient fiitt donner , na

les mêmes , viennent de ^iren-ean , lrè«-&/ane. pouToient être ignorées; mais, comme elles

Celui de Cono^an se tire dt eon, premier ^ti ont insensiblement tombé dans Toubli, et

de ean , blanc : le premier éTenire Us blanee, comme le cdRique esîrdégué de nos Jours dans

' CJITQUIÈMS SIÈCLE. a6l

Qons a dooiié la vie de ce saint prélat. Les mémoires dont cet historien s'est servi ne nous paroissent pas assez surs pour l'écrire d'après lui. Il y a f proche Landernau , une église consacrée à la mémoire de ce pontife : on voit , à une demi-lieiie de Quimper ^ une chapelle qui porte son nom et qui est fort fréquentée*

i24« £usebe avoit succédé à Rumoride dans le gouvernement de l'é* glise de Nantes. On connoit un recueil d'homélies sous le nom d'Eusebe des Gaules ou le Gaulois. Quelques-unes d'entr'elles sont probablement Touvrage d'Eusebe , évéque de Nantes ; mais on doil avouer en même temps que le plus grand nom^ est sorti de la plume de Fauste de Riez , qui les avoit prononcées à Lerins (x) et à Riez (a).

ia5. Léon et Yiventius ne parurent point à ce concile , et il n'est plus fait mention d'eux par la suite. I^ mprt les avoit enlevés ; Alfaenius et Mansuet les avoient remplacés.

1 26. Les actes du concile de Tours furent adressés à l'évéque d'Angers, qui étoit absent. Il les souscrivit en c^ termes: « Talasius, pé* » cheur^ j'ai lu ^ souscrit et s^prouvé , dans ma petite ville , ces règle* )i mens de Messeigneurs lés évêqiies qui me les ont envoyés. » C'est le premier évéque de la Gaule qui ait ajouté à son nom la qualité de pécheur dans la souscription des conciles.

127. Le sexe dévot n'a voit point encore donné d'exemple en Àrmorique d'un renoncepient parfait à soi-mép[ie. Une vierge de Bretagne vint y offrir ce spectacle si digne de la religion chrétienne. Elle étoit fille de Prochan , prince ou roi d'une partie de l'ile y à qui li| retraite que s'y con* servèrent dans la suite la plupart des Bretons , pour se mettre à couvert de la tyrannie des Saxons , fit donner le nom de Cambrie (3) , aujourd'hui le pays ue Qalles.

notre Batf9e-Bret«fii!eeidans le piiys<feG«Uef, (3) La Cambrie étoit d'abord occupée par

la différence de ces noms est propre à jeler de trois peuples : les Demetes , les Ordorices et

la confusion dans rhîstoire^ si Ton n*a pas Fat- les Silures. Les habitans de cette partie de

tention de remonter à la source. rAngieterre se nomment encore à présent dans

(1) Lerins (JLirimm) tire son nom de iyit, . leur laofie Kimiri ou Kmhri. Les auteurs moabondance; d'a«r, serpent^ et d'î», ikf S. dcrpes latins ont rendu ce nom par celui de Honorât , qui y avoit fondé une fameuse al»- Canibri , que nous ne voyons point dans les baye , co avoit cbassé une grande quantité de anciens, âimri eilRmbri , pluriels de Cyniro lerpens. et de Cymbro , sont des termes composés de

(2) Riei (AUbeee-Rtionm) est ainsi appe- ^m , ancien , et de 6ro, ^yt. Sur quoi Tholée A'olif, rîcAt; de h(u$ , campagne : riche mas Guillaume remarque que Cyniro est une tamponne . Rei rien t de re , rivière , et d'I , ha- crase de Cymbro. Par Kimri ou fCinibri on a bUaêim. Riei est sur FAuvestre , dans une ^onc entendu un peuple qui habiU un pays âe plaine qui abonde en fruits et en bons vins. ^^^ ancienneié.

a6d HISTOIRE EOCL&I ASTIQUE;

L'éclat de la couronne , sur laquelle tant d'autres jettent des yeux jaloux y n'avoit point ébloui cette princesse ; un roi qui la rec)ierchoit en mariage n'avoit fait aucune imipression sur son cœur. Jésus-Christ fut répoux qu'elle choisit ; son joug étoit le seul qui lui inspirât des charmes. L'exemple de Guthiern , à qui elle étoit attachée par le sang et dont nous avons admiré la vie sainte , l'avoit frappée vivement. Le palais de son père avoit été une école de piété : ses frères , quelque nombreux qu'ils fussent , avoient foulé aux pieds les grandeurs du siècle , pour ne s'occuper que de celles du ciel.

ia8. La princesse eut des combats opiniâtres à livrera l'amour paternel. La tendresse de Brochan et de son épouse Menedeux n'étoit plus partagée : elle s'étoit concentrée dans le seul enfant qui leur restoit. Mais la grâce du Seigneur, qui avoit rendu cette vierge supérieure à elle-même , sut enfin imposer silence aux vœux peu réfléchis que la nature y trop écoutée , suggéroit à sa famille. La promesse que le maître commun des hommes a faite de récompenser au centuple ceux qui quittent tout pour le suivre , fit renaître la sérénité sur le visage de ses vertueux parens j et le calme rentra dans leurs âmes. Ils se consolèrent dans le Seigneur , et ils trouvèrent dans l'héroïsme d'une fille chérie j de puissans motifs pour travailler à conquérir un royaume plus durable que ceux de la terre.

IS19. Cette vertueuse fille n'aspire plus qu'au bonheur de passer le reste de ses jours dans la solitude , pour y écouter sans distraction la voix de Dieu. Le nom de Ninnocht (i) qu'elle porte , lui rappellera sans cesse le sacrifice qu'elle a fait à son Créateur , pour ne s'attacher qu'à lui. Dans le dessein de remplir cet engagement , elle vole vers une terre étrangère. Le lieu où elle aborda se nommoit Pullifin (a) , parce que c'étoit une des côtes les plus fertiles de l'Armorique.

i3o. (3) Cet événement arriva peu de temps après qu'Audren eut monté sur le trône. Erech(4)y l'atné de ses fils, qui n'étoit alors que comte de Cornouaille y reçut l'humble viei^e , non avec cette distinction que sa naissance exigeoit (car eUe ne connoissoit plus dans sa personne d'autres titres que ceux dont l'honoroitle baptême) , mais avec cette estime et cette considération que la vertu se concilie presque toujours.

i3i. Le prince lui céda un terrain inhabité ^ dans un canton voisin de

(1) Le nom de JVtntioeM Tient de tien , par- (3) [An 445 environ.] —Omission, a. V. fnt, entier , et de noclU, dépouOUmirU. (4) Gelai d'Ereeh ou Brrieh est composé

(^ Cdai de FulUlin est tiré depuU, àbim' dV, grtind^ et de rwA, princê : U grand

iaU^fntUi; d*t, eam, mer, et de/la, iord, cdl$. prim$.

GIlCQUlèME SIÈCLE. ^ ^63

remboiichure de la rivière de Blavet , et qui faisoit partie d'une posses- ^Qo considérable qu'on appeioit Plémur (i). Elle y bâtit un monastère où elle se renferma avec plusieurs autres vierges qui Favoient suivies 4ans sa retraite.

i3a. Des évéques et plusieurs autres saints personnages ; touchés de l'héroïsme dé la princesse , avoient renoncé j comme elle ^ à leur patrie et à leurs biens. Erech j ausû libéral envers eux , leur fit construire des cellule^ dont on yoyoit encore des vestiges au douzième siècle. Ces deux monastères n'étoientpas éloignés l'un de l'autre. Celui des religieuses s'appela Laq-Ninnocht j du nom de sa fondatrice (2).

1 33. On dit que j comme Erech étoit un jour à la chasse , un cerf qu'il avoit Ipng^ten^ps poursuivi et qui étoit aux abois, se réfugia dans l'église de Miimocht , comme si elle avoit eu le pouvoir de liii conserver la vie. On ajoute que les chiens s'arrêtèrent tout àfCoup et ne purent franchir les bornes du monastère. Le prince, qui fut témoin; de ces circonstances extraordinaires , conçut une nouvelle vénération pour la sainte supérieure de cette communauté. Les faveurs dont Dieu honoroit sa servante , lui firent comprendre combien elle éjtoit propre à attirer sur lui les bénédictions du ciel. Aussi l'engagea-t-il à ne pas l'oublier dans ses prières. Il passa sept jours auprès d'elle, pour s'animer par son exemple à la pratique des vertus chrétiennes. Ayant que de la quitter , U lui fit de grands présens.

i34* Cependant^ la communauté de cette sainte fille n'avoit pas de fonds pour la iaire subsister. Erech , touché de sa pauvreté , prit des ^loyens pour lui procurer un honnête entretien ; dans la vue d'affermir , d'une mai^ère irrévocable , les donations qu'il vouloit faire ^ il convoqua les évéques et les grands de l'Armorique (3). Julhael , comte de Rennes (4), et Budic (5) , comte de Cornouaille , ses frères , se trouvèrent à cette assemblée. Tous les assîstans donnèrent leur consentement aux dons d'Erech. Après la messe qui fut célébrée solemnellement , le prince en produisit l'acte par écrit. Il étoit conçu danç ces termes : « Au nom de la

(!) Gdui de PJemur fient de pUmê ^ oisem- » peeto episcoporum , comitam et optima-

blét d'habilanê d'un cqnUm de la campagne » tum regionis britannicae. » P. Mimcê^t. 1.

partagé en hameaUx ei maiiom particulières , des Preuves Justifiealivei de VHist, de Brei. et de mur , grand. ^^^ ^e nom de Juthaiï est pris de /ti , feune ,

mUin,}MUsa^i,m^are. eide hael, libéral.

. (3) « Legatu per totam Letavnan direcUs , p episcopos et optimales accersivit , inter quos (5) Le nom de Bfddifi vient de bu , petit , et

>» JutbaelRedonensb et Budicus Gornubiensis dedîc, diminutif. D'eu il suit que Budic étoit

» coniitet adfiierunt fratrei sui.... in com- le d^n^ier des frères d'Erech.

'a64 HISTOIRB ECeii9IA6TtQUE.

9 sainte Trioité , de la bienheureuse Vierge Marie j et en Tertu de la 9 sainte croix , moi Guerech (i) , duo de Ut Petite^Bretagne , par la grâce 9 de Dieu , je donne et cède à ia sainte servante de Dieu et vierge Nin- 9 nocht j et à celles qui lui succéderont à perpétuité au service du Sei- 9 gneur , dans le lieu qui d'elle a pris le nom de Lan-Nimiocht , en pré- 9 sence des évêques y des comtes et grands du pays de Bretagne j de mes 9 propres héritages , pour la oommémors^on journalière de m€& parens^ 9 tant vivans que défunts ; pour le sa^ de mon âme , de celui de ma 9 postérité et la proqiérilé de mon règne ; savoir j tous les serfs de Pléj> mur y avec toutes les terres qui en dépendent , soit qu'elles soient dé- 9 frichées ou non. J'y ajoute tout lé terrain où est l'église de sainte Ju- 9 litte et l'église même qui est à Kengnis. Je donne pour l'entretien du 9 monastère , trois cens imiidis , tant de vin que de sel et de froment , à 9 prendre chaque aùnée sar la terre de Bathguerran j et je me chaîne I» de les faire transporter par bateau jusqu'à la communauté. Je faispré- 9 sent de trois cents chevâuK et cavales , d'autant de boeufs , de vaches 9 et de menu bétail. En téàioigtiage de cette donation , j'offre ce calice 9 d'or plein de vin pur avec la patène. Quiconque donc seroit assez 9 hardi que de faire tort à cette donation ou de s'emparer de la moindre 9 portion , il sen sujet à un anathème étemel , et qu'il partage le sort de 9 ceux que leurs crimes ont précipité dans un feu qui ne s'éteindra ja- 9 mais. Tous les assistans applaudirent , en disant : Ainsi soit-il. Fait dans 9 le lieu qiie l'on appelle Ninnocht , au territoire de Plémur , en pré- 9 sence des susdits nobles de Létavie y l'an de Tlncarnation de notre 9 Seigneur Jésus^Christ quatre coït cinquante-huit y régnant le même 9 notre Seigneur Jésus-Christ dans les siècles infinis des siècles. Ainsi 9 soit-il. (a). 9

(1} Goerech , dont il est ki qaeaUoû , nt ilM, va tneien manasciit qui eontenoif la pentétre qu'Erech. Gelai qjai TÎToit au sixième TÎe desainie liinnocht : ce moine la retoucha, siècle et qui Ait tué par son frère Canao , en C'est là qu'on lit Pacte de donation que nous 547, ne pouvoit faire une donation en 458. «tous rapporté. 1* Erech seroit le prince des De plus « il n*étoit que comte de Venues : le Gaules qui eût pris le premier le titre , par la Menfiuteur de Lan-Nînnocht se qualifie de ^nfet âê DUm, ù ces termes ont été réelleduc de U Petite-Bretagne. flmit renfermés dans le texte primitif. Nous

(8) Oa s'aperçoU aisément queeetacte «dont aVa foyons d^BleBlple qn'm skième siècle »

nous Tenons de donner la traduction > n^est dans des lettres de Chilpéric lel deGontrtn:

pas orisînal. On le trouye au 1. 1. des PreuTCS encore ne peut-on compter sur l'aulbenticité

JustificatiTes de l'histoire de Bretagne , par D. de ces diplÀmes. Au reste, ea supposant qu'E-

liorîce ; cet historien Ta transcrit sur un Car- reeh se soit serri de la formule , pwr lagrdee

talaire de Tabbaye de Quimperié. Gurheden, êêtHêu^ il ne Ta employée que pour recon-

religieux de cette maisoB , trouta , Ters Tan seitre U divinîté comme la source de son élé-

Ninnocht

t35. Ninnocht se sanctifia dans son monastère de Plémur , par les vertus les plus sublimes. Dieu lui accorda le don des miracles durant sa vie. Elle mourut de la mort des justes , à Lan-Ninnocht ^ le quatre juin ^ après y avoir passé trente-deux ans , si Ton en croît le Père Albert le Grand , toujours exact à fixer les dates ^ mais peu attentif à en fournir des preuves. Son tombeau fut illustré par plusieurs miracles (i). Son nom se lit dans les litanies angloises écrites vers la fin du septième siècle (2). Le

VAtion. Parla, il ne se croyoit pas indépendant de toat autre que de Dieu ; il n*ignoroît pas qu*il étoit comptable de ses actions à Audren , son père , souverain de TArmorique. H agissoit comme firent après lui les fils des empereurs» Cbarlemagne et Louis le Débonnaire. Ib eurent, ainsi que lui, des départemens dans les provinces de France , sous la direction de leur^ pères. Quoique simples représentons de ces empereurs» ils prenoientle même titre qu'Erech. Les grands yassaux de la couronne , et les seigneurs qui en relevoient immédiatement » n'étoient pas les seuls à se donner cette qualité ; des abbés , des prieurs et des curés ne balançoient pas à se Tattriboer. La reconnoissance des bienfaits dont la Providence les gratifioit, étoit en cela leur unique mobile ; aucun d'eux n'y attachoit des idées de supériorité. Ce ne fut que sous Gbarles VII que cette formule , par la grdee dé Dîeti , fut restreinte au souverain. M. Bonamy remarque^ à ce sujets que Louis XI défendit à François II , ddc de Bretagne » de s'en servir. Mais > dit- il , «cette .défense fut sans effet, » puisqu'il la mit toujours dans ses lettres , de » même que sa fille Anne de Bretagne. » (Mém. des inscript, t. 45.) ^ Quant au nom delà sainte Trinité, dont Erech intitule son acte de fondation , on ne doit pas en être surpris. Justinien et ses successeurs en ont fait autantdans différentes circonstances. Le christianisme avoit inspiré cette marque de piété aux empereurs romains. Les princes armoriques, qui n'étoîent pas moins religieux , eurent recours à la même invocation. 3* On ne peut douter qu'il n'y eût en Armorique beaucoup de vignobles , au cinquième siècle. Les Phocéens de Marseille, dit Justin, livre 43, portèrent la vigne dans les Gaules, on du moins apprirent à ses habitans k la tailler. Nous avons vu ailleurs que les Yennetois fi-

rent les premiers un commerce considérable atec ces étrangers. Il n'est pas étonnant qu'ils aient mis à profit les découvertes d'un peuple avec lequel ils étoient liés. Les vignobles furent donc connus de la cité de Venues dès avant Jules-Gésàr ; les autres cités de l'Armorique cultivèrent la vigne à leur exemple. 4** L'usage de compter les années par celles de Jésus-Christ , ou par son Incarnation , fut introduit en Italie par Denis le Petit ; Grégoire de Tours s'en est servie U faut avouer néanmoins qu'il confond l'ère de l'Incarnation avec celle de la Passion. Saint Augustin , l'apôtre des Saxons de l'Angleterre, porta la première dans l'ile, d'où elle a pu passer en Armorique. . . Ces remarques nous ont paru nécessaires pour nous mettre à portée de prononcer sur la croyance que mérite Gurheden. Le manuscrit dont il s'est servi étoit écrit, comme il l'observe lui - même , en vieux style rustique , c'est-à-dire , dans celte langue composée de l'ancien celtique et du latin , si commune au neuvième siècle dans la Gaule , ainsi que le prouve le 17« canon du troisième concile de Tours, tenu en 813. uVitam S. Ninnoeain » libello veteri stylo rusticè digestam reperien- » tes maluimus poliùs incompositœ maleriei » rectam simplieitatem seribendo servare , » quàmplus justo vel miniiSy êam emendando^ 0 seriem narrationis depravare. » Ce manuscrit ne parott pas remonter bien au-delà du huitième siècle ; mais il y a tout lieu de penser qu'il avoit été rédigé sur des mémoires qui approchoient du temps de la donation. Gurheden a sans doute laissé subsister ce quifaisoit le fond de ce manuscrit ; mais il a accommodé le reste , du moins en partie > à la manière dont on écrivoit de son temps.

(1) Lobineau; Albert le Grand, Vies des saints de Bretagne.

(2) AnalecU Mabillon , t. 2.

monastère de cette sainte \ierge n'e^t plus aujourd'hui qu'un prieuré dépendant de l'abbaye de Sainte Croix de Quimperté.

i36. La Providence , qui veille particulièrement.sur son peuple choisi , aime à lui présenter de temps en temps des exemples de la piété la plus relevée , pour avertir les uns et les autres de ce qu'ils peuvent et doivent faire j chacun dans leur état, et leur reprocher ^ d'une manière sen-? sible , leur tiédeur et leur lâcheté. Les gmiides choses qu'a fait Minnocht en Armorique , viennent de se renouveler dans l'Empire françois. Née à l'ombre du tr^ne le plus majestueux de l'Europe ^ élevée à la cour la plus brillante , embellie par la main des grâces , ornée des dons les plus précieux de l'esprit et du cœur, chérie du plus tendr^des pères ^ aimée de la cour et du peuple , Marie-Louise de France a tout sacrifié pour se renfermer dans robscurité du cloître. La croix , à la vue de laquelle on voit trembler la délicatesse de la plupart des chrétiens , fait les délices de cette auguste princesse. Elle a montré à la France étonnée qu'au milieu même des grandeurs de la terre ^ et dans un siècle qui s'est dévoué à la frivolité , il se trouve encore des âmes assez fortes pour suivre Jésus- Christ jusques dans ses conseils. L'éternité , qui fait disparottre devant elle la vaste étendue des temps , lui a représenté dans leur vrai point de vue les honneurs et les charmes de ce .monde. Eclairée d'en haut , cette sage princesse les a considérés comme n'étant déjà plus. Elle s'est appliquée cette vérité , que le maître de l'univers ne respectera la puissance de qui que ce soit, parce que les grande , comme les petits ^ sont son ouvrage, et qu'il a également soin de tous. Dans la crainte de cette terrible sentence qui menace des plus grands supplices les puissans du siècle , elle s'est humiliée dans l'espérance qu'il y a quelque miséricorde à attendre pour les petits. Elle a réfléchi que la vertu seule met devant Dieu de la différence entre les hommes , et qu'elle ne peut trop faire pour conquérir une couronne devant qui les autres ne sont rien.

1^7. i38.Cefut du temps de sainte Ninnocht que se tint up concile à Vennes. II n'est pas facile de fixer l'époque précise de cette respectable assemblée. Les noms de l'empereur Sévère et du papeHilaire, sous lesquels elle fut convoquée , servent à prouver qu'elle ne se fit pas plus tard que le quinze d'août de Tan 465, puisque, ce jour-là même, l'empereur fut empoisonné par Ricimer ; ils font encore foi que ce synode ne fut pas assemblé avant le douze de novembre 461 , car c'est à ce jour qu'est attaché l'avènement d'Hilaire à la chaire de saint Pierre. On doit donc rapporter à l'une des années qui a suivi , depuis 461 jusqu'à 465 , la

cnrQxrrÈME siècle. ^^67

célâ>ratioD de ce coDcile. On y fit seize canons que nous allons donner :

I. « Nous avons jugé à propos , disent les Pères de ce concile , de » séparer de la communion ecclésiastique les homicides el les faux lé- » moins , jusqu'à ce qu'ils se soient purifies de leurs crimes par la pé- » nitence. »

II. a Nous prononçons la même peine contre ceux qui répudient leurs D femmes , excepté pour cause d'adultère , comme le dit TEvangile , et j> qui , sans avoir prouvé ce crime , se marient ensuite à d'autres. Notre » foiblesse à laisser ces fautes impunies serviroit de prétexte à quelques- » uns pour tomber dans les mêmes excès (i). »

m. « Nous privons et de la communion des sacremens et de la table » commune des fidèles , ceux qui , après s'être soumis à la pénitence , en » interrompent le cours pour reprendre leurs anciennes habitudes et me-* » ner une vie toute séculière. »

IV. tf Nous séparons aussi de la communion celles qui , après avoir fait » profession de virginité , et reçu dans ce dessein la bénédiction par Tim- » position des mains, seront trouvées coupables d'adultère. Nous ordon- » nous la même peine contre ceux avec qui elles auront commis ce » crime. 9

V. a Les clercs ne pourront voyager sans des lettres de recommanda-- » tion de leur évêque ; s'ils agissent autrement , on ne les recevra point » à la conununion , dans quelque lieu qu'ils aillent. »

VI. n Nous étendons la même peine aux moines qui courent le pays^^ » sans avoir obtenu de pareilles lettres ; si les réprimandes ne suffisent » pas pour les corriger , nous voulons qu'on les punisse par les fouets. »

VII. a Les moines ne pourront se retirer de la communauté y pour hay> biter des cellules solitaires , sans la permission de Tabbé ; il ne l'accor- » dera qu'à ceux qui auront été long-temps éprouvés , et qui paroiti-ont

(1) Voici le texte de ce canon : « Eos qui , » à communione similiter arccndos , ne per

»relictis nxoribus, sicot in Evangelio dici- » indulgentiam nostram , prœtermissa ad H-

» tor , excepta causa fornicaiionis , sine adul- » centiam errons invitent. » Nous exposerons

» terii probatione alias duxerint , statuimus ailleurs la raison de cette discipline.

!ï68 HI8T0IEE ECCLESIASTIQUE.

» capables d'une plus grande solitude , ou à ceux qui , à cause de leurs

» infirmités , ne peuvent plus être assujettis aux austérités de la règle- On

» aura attention toutefois que ces cellules séparées soient dans Tenceinte

9 du monastère et sous la puissance de Tabbé. »

VIII. a Les abbés ne pourront avoir plus d'un monastère, ni diflfé- » rentes demeures , si ce n'est des hospices dans l'enceinte des villes, » pour se mettre à couvert de Tincur^on de l'ennemi. »

IX. a Nous défendons aux clercs , sous peine d'excommunication , de 9 s'adresser aux tribunaux séculiers , à moins que leur évéque ne leur en y ait donné la permission ; mais si leur évéque leur est suspect , ou si l'aflai- » Te contentieuse a pour objet des biens que l'évêque veut leur enlever , » ils auront recours aux autres évéques et non à la puissance séculière.»

iç. (c Pour maintenir la charité fraternelle^ les évéques ne pourront » promouvoir à un ordre supérieur les clercs ordonnés par d'autre^ » évéques , sans la permission de ceux-ci. »

XI. flc Les prêtres , les diacres , les sous«diacres et ceux des autres » clercs à qui il n'est plus permis de se marier , ne pourront assister aux it festins des noces, ni se trouver aux assemblées] dans lesquelles on » chante des chansons consacrées à l'amour profane et contraires à Thon- 9 néteté , ni à celles où il y a des danses indécentes^ afin que leurs oreilles » et leurs yeux ne soient pas souillés par des paroles de cette nature et » par un spectacle pareil. 9

XII. a Nous défendons à tous clercs de manger chez les Juifs et de les » inviter à manger chez eux. Comme ils ne mangent pas de toutes les » viandes qui se servent chez les chrétiens , il est indécent et même sa- » crilége aux chrétiens d'user des viandes qu'ils servent sur leurs tables. » Ils regardent comme immonde ce que Tapôtrè nous permet de man- » ger : ce seroit se dégrader que de manger ce qu'ils nous donneroient , j> tandis qu'ils ne goùteroient pas à ce que nous leur offririons. »

XIII. a Mais surtout les clercs doivent éviter l'ivrognerie : elle est le » foyer et l'aliment de tous les vices. Quand on est pris de vin , l'esprit » et le corps ne peuvent plus exercer leurs fonctions avec la même faci- » lité qu'auparavant. Le vin assoupit la raison ; le penchant vers le mal

CIWQUliME SIÈCLE. ^69

n ne connott plus de frein ; et , sans le savoir , il arrivé qii'on tombe » dans le pëché. Mais une telle ignorance ne doit pas être exempte de 9 châtiment ; puisqu'il est certain qu'elle est la suite d*ûne aliéhation vop lontaire de Tesprît. C'est pourquoi nous ordonnons que celui qui 9 sera convaincu de s'être enivré, ou soit excommunié dul^nt trente » jours , ou qu'il subisse quelque punition corporelle, »

XIV. « Un clerc, qui demeure dans l'enceinte de sa ville , et qui , n'é- 9 tant pas malade , aura manqué d'assister aux prières du matin , sera » pri\é durant sept jours de la communion , parce qu'il n^est pas perx> mis à un ministre des choses saintes de négliger une obligation d'où » il tire de si grands avantages , surtout lorsqu'aucun motif raisonnable » ne Fappelle ailleurs. »

XV. « Nous avons cru en même temps qu'il étoit de l'ordre que l'of- » fice divin et la psalmodie fussent du moins partout les mêmes dans D notre province ecclésiastique ( la trcMsième Lyonnoise ) , et que , com- » me nous n'avons qu'une même foi sur la Trinité , nous n'ayons aussi 9 qu'une même règle dans nos offices , de peur que la différence qui » pourroit 9'y trouver , ne donnât occa^on de faire soupçonner que nous y> n'avons pas les mêmes sendmens. p

XVI. a Et, pour ne pas passer sous silence des pratiques qui altèrent JD le plus la foi de la religion chrétienne, des clercs s'adonnent aux autres; » et^ sous le nom d'une fausse religion , ils exercent la divination par » ji'inspection des premières pages à l'ouverture des livres saints , et ils V l'appellent le sort des saints; d'autres prétendent découvrir l'avenir 9 par le moyeu de toute autre écriture. Noiis excommunions tout clerc 9 qui sera convaincu d'avoir exercé cet art ou de l'avoir enseigné. 9

139. La sousc;*iption de ces canons se fît d^ns l'ordre et de la manière qui suit : « Perpétue , évêque , j'ai relu et souscrit ces ,décret^ émanés de 9 nous , et je pense que l'on doit garder ce qui a été réglé auparavant 9 par nos pères et par nous. Paterne, évêque , j'çd souscrit. Albin, » évêque, j'ai souscrit. Athenius , évêque, j'ai souscrit. Nunechius , évê- » que , j'ai souscrit. Liberalis , évêque , j'ai souscrit. 9

1 40 . 1 4 1 • Les six évêques de ce concile envoyèrent ces canons à Victorius( i )

(!) Yictorioa tire son nom de vie y iniré- pid€,ei de Icr^ aigneur. Ce prélat avoitap-

^7^ iffisToiBE ECcubusnùUB.

du Mans , et à Ta|a$iu9 d'Angers (i) , qui n'y avoient pas assiste. Dans la lettre qu'ils leur adressèrent ^ ib les traitent de seigneurs très«-heureux , et de frères respectables, d^ns. le Christ, par la charité qui les unit* Après ces témpiginages de civilité , ils observent qu'ils ne doivent avoir d'autres pensées x}i d'autres soins,, surtout lorsque la volonté ou l'occasion les a rassemblés , que de ce qui concerne la religion ,.pour le maintien de laquelle il n'y a point d'autre secours à espérer. Us ajoutent qu'ils ont résolu de; faire quelques âtatuts^ , ou/pour régler des dhoses qui ne l'avoient pas encore été , ou pour réformer des abus qui s'étoient glissés dans la disciplinei :Les motifs de leur déterminatian' , qu'ils donnent à ces deux prélats , sont rtoiarquablies et répondent à leitt^ piété et à leur discernement. C'est, dis^il-ils, qti'ilsodt jugé à propos de faire ces règlemens ensemble , lorsqu'ils avoient avec eux l'esprit de Jésus-Christ , parce que si chaque particulier se faisoit des règles suivant sa volonté , il est à crain^ dre , ou qu'il ne se trompât par ignorance, ou par défaut de lumière , ou qu'il ne s'^ràt d'utie manière enccire plus dangereuse, en suivant son orgueil et sa) passion ; et qu*aiosi' ce (|ii6 chacun auroit fait sansla participation de ses frères , te pât être justement désapprouvé de tous les autres. Ils remarquent, en outre , que la'disdpline ecclésiastique est un dépôt qui leur est confié , et qu^ils seroient- coupables s'ils négligeoient de corriger les abus qui s'y glissent. Ik finissent leur lettre synodique en priant Victorius et Talasius, s'ils jugent que leurs règlemens méritent leur approbation, de le^ appuyer de leur autorité et de s'y conformer dans la suite.

Engagé par les même» raisons que les Pères de ce concile, le clergé de France a toujours cru^ être et> droib,'pôur quelque cause qu'il soit convoqué, de statuer datis ses- assemblées sur ce qui concerne la discipline et les mœurs. La vériti est en possession de suivre une route toujours uniforme.

i4a. On ne pense pas également sur ce qui donna occasion à la tenue du concile de Vènneâ. La raisôb en est que réndrdit de la lettre synodique des Pètes de cette assemblée , dont on se sert pour en découvrir la cause , n'est pas exprimé de la vtiètùe manière dans tous les exemplaires , et ne présente pas le même sens. L'un porte que ce concile fut indiqué

paremment 8i;;na1é sa religion par qiie1<}në aa milieu des flammes et les dissipa ensuite

acUbn d-éelaU En effet, on^ rapporte que lé par lé signe de la croix, feu ayant pris à la yille du Mans , et que Tin- (1) Le nom de Talasius vient de tal, italure^

cendie prenant de nouvelles forces , il se jeta et û'as , petite.

cmQtiiiME siicLE. 271

pbur le sacre d\ita ëvêque (f) ; 1*à\llrey, ppur îfegler.Vé^^ en fixer

les.'limites (a). .:^^'- '

Cette derDiere édition est la jilds ancienne et conséquemment elle approche davantage du temps où ia lettré originale. ^yoit été écrite.. Elle est d'ailleurs plus conforme aux circonstances. Comme lé diocèse de Venues est limitrophe de ceux deHénues et de Qùînàpèr , d pou voit s'être élevé des différens au sujet des bornes qu'on lui àvoit prescrites. Pour terminer cette contestation ,' il falloit que les évéques dé.la troisième Lyonnoise , qui en étôient les juges naturels , descendissent sur les lieux.

143. S^il peut rester quelque incertitude sur la vraie cause de la convocation du concile de Venues, on sait du moins de quelle province étoient les évêques qui le compoçpient. Le quinzième canon fait foi que tous étoient de la troisième Lyonnoise , c'est-à-dire , de rArmorique proprement dite (maintenant Petite-Bretagne) , du Maine et de l'Anjou. C'est pour cela que, comme Viclorius et Tala^us n'avoient pu se trouver au concile, ceux qui y avoîent été présens leur .en firent passer les décrets. La lettre , qu'ils leur écrivirent , est iqtitulée ,.dans l'exemplaire que nous en a donné M. Pithou : Epitre des évéquesdeïaproçince arrnorique. Il y avoit donc alors dans ce royaume cinq sièges d'évéques, de même qu'auparavant.

i44* i4^* La seule difficulté qui nous re^te à résoudre, consiste àassigner à ces cinq prélats la place que chacun d'eux occupoit. C'étoit un usage observé dans les Gaules , de donner aux métropolitains le premier rang dans les conciles de leurs provinces. C'est pour cela que celui 4e Tours jouissoit de l'honneur de la présidence dans ceux de la sienne. Du reste, on s'attachoit à l'ordination pour fixer les rangs que les évêques devoiept avoir entr'eux. Oiacun souscrivoit les actes des conciles dans le même ordre. Ce qui cause que ces souscriptions induisent quelquefois en er^ reur , c'est que , comme fort souvent elles sont faites par les évêques présens qui signoient les premiers , et par ceux qui .étoient absens , on n|a pas pu distinguer toujours les uins des autres. Rien de semblable ne^e rencontre dans les souscriptions du concile de Venues. Les cinq évêques de l'Armorique , à la tête desquels étoit Perpétue , font voir dans leur lettre , aux évêques du Mans et d'Angers, que chacun d'eux y avoit assisté en personne. Paterne , qui a souscrit immédiatement après le métropolitain , étoit donc le plus ancien évêque. Le temps de son ordination de^

(i) Causa ordinandi episcopi. Labbe , Con- (2) Causa ordinaodi episcopatùs , HM* cil. tom. 4.

27^ HI8T0IBB EGCLÎIsiASTfQtTli.

vançoit Tan 4^1 ^ époque où Âtheqius se trouya àu concile de Tours. Comme alors tous les sièges de rArmorique ëtoient remplis y à l'exception de celui de Venues , dont nous ne découvrons pas l'évéque^ il faut croire qu'il occupoit cette place. Il avoit été l'élève de Paterne i.

i46. Le nom qu'Albin prend au concile de Venues ne nous empêche pas de le reconnottré sous ceux de Venerand et Venecan. Nous en avons donné cî-dëvant la raison. Ce prélat étoit évéque de Quimper. Une maladie d'yeux Favoit obligé de recourir à un prêtre pour signer en son nom les actes du concile de Tours : ce qui fait que sa signature s'y trouve la dernière. Le temps dissipa son incommodité.; au concile de Venues j il souscrit de sa propre ïnain^ après. Paterne j comme le plus ancien des autres évéques.

147. Alhenius (i) avoit pris , l'an 461 , la qualité d'évéque de la cité des Rennois. Son ordination étoit antérieure à celles de Nunechius et de Liberalis.

147. Eusebe, évèqué de Nantes ^ qui avoit paru au concile de Tours, étoit remplacé par Nunecliîus (2). Celui-ci s'étoit rendu recommandable par ses rares qualités. Saint Sidoine, qui lui donne le titre de pape , en parle comme d'un prélat d'un grand mérite.

148. Liberalis (3) vient se ranger à Dol , comme de lui-même ; Mansuet , évéque des Bretons, n'existe plus.

149. iSo. Audren, roi de l'Armorique, étoit mort vers l'an 464- Outre les trois enfans , dont nous avons parlé y il en avoit un autre que Ton appeloit Maxent(4) , et dont l'histoire ne dit rien. Erech , qui étoit l'aîné, lui succéda dans ses états. La piété s'assit avec lui sur le trône ; il se soutint avec honneur dans ce poste dangereux. La modestie , si rare dans les grands , étoit peinte sur son visage : ses actions étoient marquées au coin de la justice. Le respect qu'il témoigna à sainte Ninnocht et aux personnes qui l'avoient suivie ; les biens dont il les combla , furent autant d'effets de son attachement à la religion. Il aimoit les lettres et les savans. Ses liaisons avec saint Sidoine-Apollinaire sont connues. Cet écrivain célèbre l'appelle son ami , sans croire pour cela manquer à la dignité royale (5). Issu d'une famille des plus considérables et des premiers sénateurs des Gaules, Sidoine comptoit parmi ses ancêtres , des préfets de Rome et du

(1) Athenius a pris son nom de ta TÎe aus- (S) Liberalis Tient du celtique libéral , d'où tère. À y particule, qui, ajoutée aux mots, estTenu1elatin(i&erali<etleft'ançoisIt6^rar augmente leur signification ; lenn , ausièrê. (4) Maxent a pris son nom de nuic, fUi , et

(2) Le nom de Nuneehius se tire de non ou de cent^ excellent.

dm , respeeUihle , et de nech , chef, (5) Sidon. lib. 3. ep. 9 .

prétoire

prétoire , des maîtres des offices et des généraux d'armée. A l'éclat de la naissance, il joignoît le mérite personnel, celui des belles-lettres et des sciences. Tel étoit Tami d'Erecli , avant qu'il passât des premières charges de la cour impériale , à l'humilité et à la sainteté de l'épiscopat.

La bravoure d'Erech répondoit à ses heureuses qualités. Il affermit l'ancienne alliance de l'Ârmorique avec les Romains. L'an 470 , il marclia à leur secours avec douze mille hommes. Euric (i) , ce roi terrible des Goths, le surprit à Bourgdeols en Berri, comme il alloit joindre les troupes de l'Empire. L'armée du prince barbare étoit innombrable. Livré uniquement à ses forces , Erech se défendit long-temps , malgré la multitude qui devoit l'opprimer ; une partie de ses soldats se sacrifia à l'honneur de la nation , et le chef ne dut sa retraite qu'à son intrépidité.

i5i. La foiblesse des Romains instruisit Erech ; il rentra dans ses états où sa présence étoit nécessaire. Ils furent à l'abri des hostilités , tandis que le Poitou , le Berri , l'Orléannois , le Maine et l'Anjou étoient la proie des Goths et des Saxons. Sa mort arriva durant ces entrefaites^ après l'an 473.

i52. Les Armoriques étoient alors en relation avec le fameux Fauste. Il leuç envoyoit avec exactitude les livres qu'il composoit. Riocat (a) en fut une fois le porteur. C'est par son canal que Sidoine-Apollinaire prit lecture de quelques-uns de ses ouvrages (3). D. Mabillon soupçonne que saint Riok , l'un des disciples de saint Guignolé , est le même que Riocat (4).

i53. Les correspondances que Fauste entretenoit avec les Armoriques , n'étoient pas seulement appuyées sur le désir que les savans ont de se communiquer leurs lumières ; elles avoient encore un autre principe, l'union que produit le même sang. Il étoit sorti de ces Bretons de l'île qui s'étoient établis dans l'Armorique du temps de Maxime. En effet , Alcime- Avite (5) rapporte que cet écrivain étoit Breton de naissance ; lorsque saint Sidoine dit que cet auteur adressoit ses productions aux Bretons , il a soin

(1) Le Dom d^Euric est composé d*etu , 1er- comme le dit ailleurs Sidoine : remploi de reur^ et de rieh, prince. Le terme i^unc si- Riocat étoit probablement de porteries dépègnifiedonc un prince qui parie par Umt la ter- cbes d'importance. On ne les confioit qu'à des reur. Saint Sidoine-Apollinaire l'appelle Jeu- personnes d'une probité reconnue. JRto , couderie ; Freculpbe , Théodorie ; Jornandès , reur ; col , grand. On trouve un saint Riok ou Theuric , et Isidore, Euridie. Tous ces noms Riocate , dans des litanies anciennes à l'usage désignent à peu près la même chose. On en- des églises d'Angleterre. Son nom , comme tend par là qu'Euric étoit issu de Theut. celui de bien d'autres » aura passé de l'Arme-

(2) Saint Sidoine appelle Riocat aniiêiee et rique dans l'tle.

mmaehut. Le terme anlistee ne signifie pas (3) SidoniusApolIin.lib.9.ep.9. toujours un évêque ; on peut l'entendre d'un ^^^ ^^^^ Benedict. tom. t. abbé , ou même d'un prêtre , qui est un prélat du second ordre , amieiee ordine in eecundo , (5) Ep. 4. Régi Gundebaldo.

174 HISTOIRE ECCLÉSlASTfQUE.

d'insinuer , par la roule qu'il fait faire aux messagers qui en étoient les porteurs , que c'est des Bretons armoriques , et non des insulaires , qu'il veut parler. Aussi l'ëvéque possesseur regarde-t-il Fauste comme gaulois (i). Facundus d'Hermiane lui donne la même origine (2). Tous deux savoient néanmoins qu'il ëtoit Breton. C'est que , suivant eux , comme le conclut judicieusement le Père Sirmond, Fauste étoit né de Bretons armoriques. Si d'habiles écrivains , tels que M. Baillet et les auteurs de l'histoire littéraire de France ; l'ont fait naître dans la Bretagne, c*est qu'ils croj oient que les Bretons n*avoîent passé en Armorique que dans le cinquième siècle.

154. Fauste naquit en Armorique peu de temps après l'arrivée des Bretons de Maxime en celte province romaine. Sidoine-Apollinaire compare sa mère à Rebecca et à Anne , mère de Samuel (3). Son nom nous est inconnu également que celui de son père.

i55. L'éducation chrétienne que les parens de Fauste lui procurèrent nous donne une grande idée de leur piété. Les sciences firent en même temps partie de ses études. Il Rappliqua tellement à l'éloquence , qu'il surpassa ses maîtres dans cet art. Saint Sidoine nous fait croire qu'il suivit le barreau et qu'il plaida quelque temps. A l'éloquence , il joignoit la philosophie : elle fit ses plus chères délices dès ses premières années. Il ne l'abandonna même pas , après avoir quitté le monde.

i56. Au milieu des applaudissemens de sa patrie, le jeune Fauste forma le dessein de s'en éloigner. Honorât avpit foncjé , au commencement de ce siècle , un monastère célèbre à Lerins. Celte lie , qui n'a guères que raille toises de longueur sur une largeur moindre de plus de moitié , et que Slrabon appelle Planasie , parce qu'elle est très-unie, avoit autrefois renfermé une ville qu'on appeloit Vergoanne , et dont il restoit encore quelque mémoire du temps de Pline (4). Elle étoit inhabitée, lorsquesaint Honorât s'y relira; lesserpens , qui en faisoient un lieu d'horreur, étoient cause qu'on n'osoit y aborder. Une armée de saints peupla bientôt ce désert. Honorât y construisit des logemens pour ses religieux et une église pour le culte divin. De tous les pays et de toutes les nations , on voyoit des personnes se rendre auprès du saint abbé. Fauste , qui vouloit ensevelir ses talens pour se donner tout entier à Jésus-Christ, serait bientôt sur les rangs. S'il y apprit à se sanctifier , il n'y négligea pas aussi l'élude

(i) Labbc , Concil. tom. 4. p. 1530. (3) Sidon. carip. 16.

(2; Facuodus in Moc. p. 552. (4^ Lib. 3. c. 5.

des choses saiotes. Le monastère d'Honorat étoit en même temps ime pépinière de saints et une école de savans. Fauste s'instruisit dans les connoissances des divines Ecritures (i), et devint très-habile dans les matières ecclésiastiques (a).

157. Ses talens et ses vertus le mirent à la tête de la communauté , Tan 433 y ou du moins l'année suivante : il en fut le troisième abbé ; Maxime venoit de passer à l'évêché de Riez. Fausie étoit d'autant plus digne de ce poste éminent , qu'il croyoit moins le mériter. Cependant , il répondit à l'attente que l'on avoit conçue de lui. Par ses exemples et par ses discours y il soutint la discipline monastique dans sa première ferveur. La réputation qu'il s'étoit acquise y lui fit confier des jeunes gens de la plus haute noblesse (3). On le regardoit comme un docteur illustre , chez lequel ils auroient une éducation chrétienne. Il étoit dans la plus grande considération auprès des évêques les plus distingués. Se trouvant vers l'an 447 ^ ^^ mort de saint Caprais y cet illustre vieillard qui avoit habité des premiers la solitude de Lerins , avec saint Hilaire d'Arles , Théodore de Fréjus et saint Maxime de Riez , il fut obligé par Hilaire de s'asseoir entre lui et les deux autres prélats. Ces évêques , en cédant à un prêtre la place qui leur étoit assignée par la plénitude du sacerdoce et par leur sainteté , faisoient éclater l'estime qu'ils avoient pour sa personne y i|is se respectoient eux-mêmes , en respectant la vertu dans leur inférieur.

i58. Fauste , qui avoit remplacé saint Maxime dans le gouvernement du monastère de Lerins y lui succéda dans la chaire épiscopale de Riez , vers l'an 462. Toujours le même y il ne changea rien de ses austérités. Il ne but jamais de vin et ne mangeoit communément que des fruits et des légumes crus (4). H établit à Riez les prières fréquentes qui étoient en usage à Lerins (5).

L'esprit d'oraison et de retraite , auquel Fauste s'étoit accoutumé à Lerins , ne l'empêchoit pas de remplir ce qu'il de voit à son peuple. Il se faisoit une obligation particulière d'aller au-devant de tous ses besoins. Ceux du corps lui étoient bien à cœur : sa charité envers les pauvres étoit digne des plus grands éloges (6). Il les nourrissoit, consoloit les prisonniers , ensevelissoit les morts , chargeoit quelquefois sur ses épaules des cadavres infects et les portoit jusqu'au bûcher (7) ; ce qui nous donne oc-

(1) Gennad. de Viris illusl. c. 85. (5) Sidon. lib. 9. ep. 3.

(2J Sidon. lib. 9, ep. 3. (6) Idem, carm. 16.

(3) Sidon. carm. 16. (7) Idem.

(4) Sidon. carm. ad Faust.

casion de remarquer que l'usage de brûler les morts n'ëloit pas en» core* totalement aboli dans les Gaules.

Son soin principal ëloil d'enrichir des vertus chrëlieDnes les âmes de ses ouailles , persuadé qu'il étoit que le souverain juge lui en demanderoit compte un jour. Il rompoit souvent le pain de la parole ; on le forçoit même quelquefois de prêcher hors de son diocèse. Saint Sidoine y qui Favoit entendu datns différentes circonstances , lui rend un témoignage bien flatteur ; il assure que ses discours conlénoient tout ce qu'il falioit pour apprendre à bien parler et à bien vivre ; qu'il n'y avoit que lui à parler mieux qu'on ne lui avoit enseigné , et qu'il menoit une vie encore plus édifiante que ses sermons n'étoient éloquens.

Ce zélé pasteur prêchoit de dessus les degrés de l'aqkel ; durant ce temps , le peuple étoit debout (i). Telle étoit alors la coutume ; mais elle n'étoit pas universelle. Saint Augustin dit qu'il y avoit des églises d'outre-mer , où les auditeurs étoient assis (pt). Ce que ce saint docteur regarde comme plus convenable y parce que l'ennui devoit être moins grand. Saint Chrysostôme et quelques autres évéques préchoient de l'ambon.

Un écrit queFauste composa contre les ariens, et dont parle Gennade, le fit condamner à l'exil par Euric y roi des Visigoths , qui sotitenoit les. erreurs de ces sectaires (3). Ce prélat considère cette disgrâce , dans plusieurs de ses lettres , comme un effet de la miséricorde de Dieu, qui voun loit le purifier de la rouille qu'il avoit contractée par la longue sécurité et par la paix dont il avoit joui jusqu'alors. 11 fut rendu à son église , en 484 , par la mort du prince arien. Depuis ce temps , il ne s'occupa que de sa dernière fit). L'année de sa mort est incertaine ; ce qu'il y a de cons^ tant 9 c'est qu'il mourut fort âgé , dans son églne.

iDg. Les ouvrages de Fauste ont été au moins aussi célèbres que sa personne. Il eu avcMt fait un dont Sidoine-Apollinaire fait un éloge pompeux et qu'il dit avoir été d'un très*grand travail. 11 étoit en forme de dialogue , divisé en quatre partie , selon les différentes matières qui y étoient traitées , et* subdivisé en divers articlesavec beaucoup de méthode. Telle est l'idée vagué que Tévêque de Clermont nous donne de cet écrit qui n'extsie plasi C'est 1» un de oeili que Fauste avoit envoyés aux Bretons armoriqucs^

Saint Sidoine 9 qui avoit lu un des ouvrages de Fauste que nous n'avons plus y en fait un grand dialecticien ; il assure que , par la force de son

(1) Sidon. lib. 9. ep. 9. (3; Noris , Hist. Pelag. lib. 2. c. 16.

(2) De Catecbis. rudibus, c. 13.

GiirQUiiME SIÈCLE. a 77

raisonnement , il coufoncloit les philosophes et lés hérétiques. Ici son discours est mâle et nervèrix ; là châtié de fleurs et d'aménité ; tnâîs , partout édifiant , partout élégant y partout aussi éloquent qiie solide. Son style est relevé par la dive^ité et la beauté des expressions.

160. Ce qui nous reste de Fauste n'est pas propre à faire adopter le jugement de saint Sidoine. On n*y voit nen quede commun pour Téloqueuce , l'érudition et le rââsonneiïient. Le style de cet auteur tient assez souvent de la gravité ; la implicite y domine en quelques endroits ; dans d'autres , il est un peu obscur et trop souvent chargé d'antithèses. On n'y découvre pas un génie fécond et étendu. On doit cependant avouer que Fauste a de la finesse , de la clarté et de l'aisance dans ses compositions. 11. excelle surtout en maximes spirituelles et en sentences morales.

]6i . On a taxé ce prélat d'avoir erré sur la grâce. Ce n'est pas sans raison. De saims et habile^ Pères oflt écrtt contre lui ^ entr 'autres saint Avite , évêque de Vienne , et saint Césaire , évêque d'Arles. Le pape Gélase , ou , si on l'aime mieux , le pape Hofmisdas , flétrit ses ouvrages. On a respecté néanmoins la mémoire de leur auteur. Ses erreurs sont ùné suite de la foiblesse humaine ; son esprit et son cœur n'en étoîent pas moins sourois à l'Eglise y qui n'avoit pas encore condamné y comme hérésie , les sentimens qu'il a enseignés. Il y a une église à Rie2 dédiée en son honneur. Son culte est établi dànd ce diocèse depuis un temps immémorial.

1621. Le Père Vigûiéf , de l'Oratoire , fondé sur d^anciens mémoires , a cru que Julien d'Eclane , famem^ pélagien , ayant été chassé une seconde fois d'Italie, l'an 439 > par le pape Sixte m, se retira à Lerins auprès de Fauste , et qu'ayaùt passé quelques mois avec lui , il lui fit goûter ses sentimens. Cela paroît d^autaât plud vraisemblable , qu'il n'y â pas même lieu de soupçonner qu'auctin évéquè â^orique ait donné dans les erreurs 4e Pelage (0 > ^" temps que Fauste habitoit sa patrie.

i63. Nous ignorons jusqii'à qUél ténips vécurent l'es cinq évéques armoriques qui avoient assisté au concile de Venhes. Nous trouverions à la plupart d'entr'eux des sucéësàèulris' jtîs(qà'à' la* fîù djè ce siècle , si nous nous en i^portiôâs alit cataloguée ^oh a titrés de leurs églises ; mais , comme nous n'avons rîeti qtti éû appuie l'authéntiëité , nous aimons mieux galtdW le silènCè, qbë âSè' jit^ôiddirc! aii grand jour ces pièces qui pourroient ne pas en soutenir la lumière.

(!) Le nom de P^[a^e, que les Latins avoient Tous deux signifioicnt qu'il étoit né de Tlle donné à cet hérésiarque, étoit le même que de Bretagne. Morgan ^àe mor, «er; yon, encelui de Morgan ^ qu'il avoit dans sa patrie, gtndré; Pelage, à Pelago.

^7^ ftlSTÛiaE EGCL&IA6TIQUE.

164. L'église de Rennes a des avantages à cet égard que les autres n'ont pas. Il est certain qu'Âthenius fut remplacé par saint Âmand. Si les détails de la vie de celui-ci ne sont pas connus ,. on sait^qu'il fut un grand évéque. Son nom en fait la preuve (1). La durée de son pontificat s'étendit probablement jusques vers Tan 484-

i65. On peut conjecturer , avec assez de vraisemblance , que cet Amand, à qui saint Paulin de Noie, qui mourut en 4^1 9 ^ l'âge de soixanle-dixrhuit ans , donne la qualité de frère , et qu'il appelle un enfant de bénédiction , étoit celui-là même qui devint évéque de Rennes. Les circonstances lui conviennent entièrement. Paulin avoit pris naissance à Bordeaux. Â l'esprit , à la science , aux richesses , aux dignités et aux autres qualités qui le rendoient recommandable , il joignoit celles qui inspirent l'amitié , et n'avoit rien de plus à cœur que de se lier avec les savaus. Amand de Rennes devoit être né avant la fin du quatrième siècle y et entrer dans l'adolescence , lorsque saint Paulin le qualifioit d'enfant. Pour le titre de frère , le saint le donnoit sans difficulté à des personnes laïques.

Le jeune Amand étoit étroitement lié avec Sancte , poète chrétien de la Gaule , et celui-ci avec saint Paulin, Sancte, qui entretenoit un commerce de lettres avec cet évéque , avant la liaison qu^il forma avec Amand , le continua conjointement avec lui. Paulin leur faisoit aussi.réponse par une lettre commune à tous deux. Il ne nous en reste plus qu^une de cette société : elle est de saint Paulin. On l'a divisée en deux à cause de sa Ion* gueur (a).

166. Des commeucemens si beaux doivent nous faire comprendre ce que devint Amand dans un âge plus avancé , et quelles furent sa piété et sa science. Ses mérites fprent grands durant son pontificat.

167. Le corps de saint Amand fut inhumé, suivant l'ancien usage, hors l'enceinte de Rennes , dans le cimetière destiné aux fidèles , c'està-dire , dans le lieu qu'occupe maintenant l'abbaye de saint Melaine. On y conserve ses précieuses reliques avec beaucoup de religion. I^ ville de Rennes , qui r^arde ce saint évéque comme son patron , a pour lui une vénération particulière, et sa confiance en son intercession auprès de Dieu s'est toujours soutenue. Elle l'invoque surtout dans les calamités publiques ; elle a trouvé dans sa tendresse paternelle de quoi piquer sa reconnoissance et fortifier sa foi.

(1) Le nom d'imand se tire d'à , particule homme. «ugmenlative» et de mand , grand : très-grand (2} £p. 40. 41.

CINQUIEME SltCLE, 2^9

168. Dieii, qui n'avoit que des vues de miséricorde sur le peuple de Rennes , en récompensant les travaux apostoliques de saint Amand j lui réservoit un nouveau chef selon son cœur. Il Favoit fait nattre vers le milieu de ce siècle 9 dans un lieu qu'on nommoit Placium (i) , au diocèse de Venues.

169. Ses parens étoient des plus illustres de TArmorique. On l'appela Melain ou Melaine {ol)^ en mémoire de la position du château où il étoit né.

170. Son éducation fut confiée à de saints prélats , qui lui cultivèrent l'esprit et le formèrent à la piété dès sa plus tendre jeunesse. Il passa de leur école dans un monastère , où il embrassa la vie religieuse. Il s'y consacra tout entier aux exercices de la vertu la plus austère , de sorte qu'en peu de temps il devint le modèle de la communauté.

Dieu avoit découvert à saint Amand les qualités éminentes de Melaine , et lui avoit fait connoitre , au lit de la mort, que ce religieux devoit être son successeur. Le saint prélat , qui portoit ^es ouailles dans son cœur, s6 hâta de faire part au clergé , à la noblesse et au peuple de la volonté divine. A peine lui eurent-ils rendu les derniers devoirs , qu'ils allèrent en foule trouver Melaine. Ils l'enlevèrent malgré sa résistance et le choisirent d'une voix unanime pour leur évéque. Son humilité lui suggéra de fortes raisons pour prouver son incapacité à un ministère si relevé. Ne pouvant réussir de ce côté , il eut recours aux prières et aux larmes. Rien ne fut écouté : le ciel avoit parlé ; on vouloit que ses desseins fussent accomplis.

171. 172. Melaine fut sacré malgré lui : la grâce qu'il reçut dans son ordination (3) lui fit bientôt comprendre que sa vocation étoit l'ouvrage du

(1) Le nom de Plaeium vient de pUu on pa- ( Brtn , rivière ) , et à pen près , à trente mille

loi , qui signifie demeure de roi. Palas est de Rennes. Le mille romain dont il est ici

composé d'as, demeure ^ et de pa( , prmce , question (car les Gaulois comptoient par

ou roi. lum est une terminaison latine que lieues) comprenoit, suivant M. d'An ville ( Blé-

l'on a ajoutée au terme plat. Nous appre* moires de Tacadémie des inscriptions , tom.

nous , par la vie de ce saint évéque , que Pla- 48) 756 toises , qui , évaluées en lieues de

ctum étoit dans le diocèse de Venues , à trente 2400 toises , ne donnent pas tout à fait neuf

mille environ de Rennes , et peu éloigné de la lieues et demi^

Vilaine. C'est , d'après ces connoissances , (2) 4felen tire son élymologie de ma , en

qn^on doit chercher la position de ce lieu. On composition me , auprès , et de len , rivière :

ne la trouvera point à Ploërmel , puisque cette homme né auprès d'une rivière. ville est du diocèse de SainIrMalo , et bien (3) Saint Amand mourut , suivant Dupaz ,

loin de la Vilaine. On ne peut aussi la déter- le 14 noyembre de Tan 484. Si cela est ainsi ,

miner à Rain , parce que celte paroisse , qui, comme on peut le croire , Fordination de saint

à la vérité , dépend de Venues , n'est distante Melaine doit être fixée an 6 janvier 485 , ainsi

de Rennes que de sept lieues. Nous croyons que le disent les Martyrologes de Luques et de

ne pouvoir mieux la fixer qu'à Rrain. Cette Corbie, qui portent le nom de saint Jérôme:

paroisse est dans le ressort de Venues , sur les en faisant nattre saint Amand Fan 392 , il dut

rives de la Vilaine , dont elle a pris le nom. mourir à 96 ans.

!l8o HISTOIBX EOCÛblÀSTIQUE.

maître des destinées. Cette réflexion , quelque consolante qu'elle soit , ne dissipa point la frayeur dont il avoit été saisi à la Yue d'un emploi si dan-* gereux par lui*mêine et dont la charge est si multipliée. Elle lui inspira seulement cette espérance ferme , que celui qui Vy avoit appdé lui accorderoit de puissans secours pour en remplir toutes les obligations. Afin de se les attirer / il se crut dans la nécessité de rendre sa pénitence encore plus austère que durant le temps passé , de veiller et de jeûner davantage , de prier avec une nouvelle ferveur et avec une plus grande assiduité. Il ne lui parut pas moins important de s'appliquer à la méditation des saintes Ecritures et de la Tradition , dont il étoit devenu l'interprète. C'est de là que ses discours portèrent la conviction dans les écrits , et que son exemple fit une sainte violence aux âmes les plus endurcies. Il fut tout à la fois y et l'orade de l'Armorique , et un miroir de la sainteté la plus éminente.

173. Eusebe , qui étoit parvenu à l'empire de l'Airmorique (i) , après la mort d'Erecfa y malgré les droits que ses enfans y avoieilt , ressentit les effets du pouvoir que Melaine avoit auprès de Dieu. Quelques Armoriques avoient encouru l'indignation de ce prince , sans que l'on en sache le y|ai motif. Il partit de Vennes accompagné d'une nombreuse suite, que l'on regarde même comme une armée. Rendu à Comblessac (2) j il fit arracher les yeux et couper les mains à plusieurs personnes.

Le jour même que cette expédition se fit , Eusebe tomba malade : les médecins , qu'il fit appeler , ne purent lui procurer de soulagement. Trois jours après j la princesse Âspasie (3) , sa fille , fut obsédée du démon. La guérison du père et de la fille étoit réservée à des secours plus puissans que ceux de l'art. On appela Je Thaumaturge de l'Armorique. Melaine , qui étoit alors à Placium , à quatre lieues environ de Comblessac , ne tarda pas de se rendre à l'invitation qu'on lui faisoit. Sa présence fit une vive impression sur le cœur d'Eusebe : saisi d'une vraie componction , il fit la confession de ses péchés. Après en avoir eu l'absolution , il conjura Melaine de prier pour sa fille et pour lui. Le prélat charitable lui répondit : « La maladie qui vous afflige ne vous conduira point au tombeau. Elle » vous a été envoyée pour le salut de voire âme , et pour vous engager

(l)UsseriQS, Brilan. Ecclçs. Anltq. riosontes. Af , nom appellatîf de rivière , est

(2) Le texte porte Cambliciacus. Ce terme denremi propre à celle-ci. Tient , comme nous l'avons dit ailleurs , de ^ , „ , . . , ,

e«m, habitatian, et de blieh ou Mch , fnm- (3)Le nom d'i*p«w vient d^i. , «v» . et

6ère$. L'Af. peUte ririère qui coule auprès ''• i""' déprmée , abamit. Elle oe régna

4t ComblessM , séparoU le* Venetes des Cu- P" imnMiaUaneDt «prèsson père.

cnrQTTiEiifi siècLÎe . ^8 f

^ il servir fidèlement le Dieu qui vous a créé< » Le pontife oignit ensuite par trois fois dliuile sacrée le prince souffrant , et invoqua sur lui le nom du Seigneur. La maladie fit place sur-le-champ à la santé : Eusebe se leva. Le souverain et Melaine n^eurent plus que des actions de grâces à rendre à la bienfaisance du Créateur. Le saint n'eut pas plutôt passé à l'appartement d'Âspasie f que le démon commença de crier : « Pourquoi Ji me persécutez-vous ^ homme de Dieu ; car vous m'avez déjà chassé du » corps d'une autre fille. » Melaine , l'ayant fortement tansé , lui dit : « Sors f cruel esprit, du lieu que tu occupes^ et va dans tel endroit que 9 tu ne puisses nuire désormais à aucun homme. » A l'instant , Aspasie reprit sa liberté natui^lle<

174. 175. Melaine, qui savoit qu'à Dieu seul appartiennent l'honneur et la gloire , et que c'est de lui que vient tout don parfait, n'en fut que plus humble à la vue de ces miracles. Poiir éviter des louanges, toujours dangereuses à la foiblesse humaine , il prit congé de la cour. Cependant la reconnoissance agissoit fortement sUr Eusebe. Ce prince donna Comblessac à Melaine , pour l'entretien de ses religieux. Cette terre est le plus ancien patrimoine de l'abbaye connue sous le nom de Saint Melaine. Ce qui donne lieu de penser que cet illustre pontife en avoit jeté lui-même les fondemens. Conduit par le même esprit que saint Martin de Tours , il en retraçoit les vertus et les prodiges. A son exemple , il donnoit à la solitude et au recueillement tout le temps que l'épiscopat n'exigeoit pas de lui. Lorsqu'il pouvoit disposer de quelques momens , il les passoit auprès de sa ville , dans la retraite qu'il avoit formée. Les cendres de ses pieux prédécesseurs , qui y reposoient , animoient son courage et sa foi« Quand il pouvoit jouir d'une plus grande liberté , il voloit à Placium , où il avoit établi une autre communauté (i).

Ce n'est pas ici le lieu de faire un plus long détail des actions de saint Melaine. Pour suivre l'ordre des temps , nous le réservons au sixième siècle. Ce que nous avons dit de cet évêque , n'est que l'aurore d*un soleil qui éclaira sans nuages le monde gaulois.

176. Eusebe n'étoit point du sang des rois de l'Armorique, comme on le croit communément. Il est très-probable qu'il y avoit pris naissance : toutes les personnes dont notre histoire fait mention , et qui portent un nom grec ou romain , étoient gauloises (a). Eusebe fut redevable de sort

(1) S. Melanii vita apad Bolland. ad diem des SS. de Bref. 6 januar. Albert le Grand , Lobineao ; Vies (2) Valesius , remin FraDcîc. lîb. Y.

a8a HlSSCOIfiS ECCLESIASTIQUE.

élévation à son ambition et à la faveur des grands du royaume. 11 a passé pour un prince sévère et cruel. Le changement de ses mœurs fut Touvrage de saint Mehine. Il fi^ , pendant les dernières années de son règne , le bonheur de son peuple ^ et, du manteau de ses vertus, il couvrit ses iautes passées. On ne s'occupa plus dç ce qu'il avoit été, pour ne penser qu'à ce qu'il étoit. Le nom d'Eusebe (i), c'est*à-dire, de pieux , passa à la postérité. Sa mort , qui arriva Tan 490 , fut précieuse devant le Seigneur (1). La langue grecque , de laquelle on einprunta son nom j lui étoit apparemment familière.

177. Il paroi! trèsr vraisemblable que les Armoriques décernèrent un culte religieux à Eusebe , et que sa femme y ayant partagé durant sa vie ses actions héroïques de christianisme , elle partagea aussi avec lui les honneurs qu'on lui a rendus. Leurs dépouilles mortelles furent probablement transférées hors de l'Ârmorique au dixième siècle , temps où les Da*> nois y firent de fréquentes desçenjtest^ et mettoient tout à feu et à sang.

En effet , l'église collégiale de saint Frambourg , en la ville de Seulis, possède l'épine et une côte de saint Eusebe « confesseur , et le corps de )a bienheureuse Landouenne. Oq les trouva dans une même châsse , à l'ouverture qui en fut faite l'an I1779 en présence de Louis vu, roi de France , de Philippe , son fils , de Pierre j légat du Saint-Siège , de Henri , évéque de Senlis, et de Simon , évéque de Meaux, Ce qu'on sait de sainte Landouenne , c'est qu'elle étoit reine des Armoriques. On en fattroffiçe le ao octobi'e , dans tout le diocèse de Senhs.

(t) Le mot Eusebe est dérivé du grec fute- tîdérable. Cest donc vers U finda sixième siè-

hès , pieux. cle qu'il faut, renvoyer l'époque de la ?ie de

(2) Ce qœ nous saroos de llmtoire du roi saint Melaîne. On en pent meUre Fauteur par- Eusebe est renfermé dans la vie de saint Me* mi les écrivains armoriques. Son style est plus laine. Celui qui Ta écrite étoit Armorique , cet et plus concîs qu'Û ne Té toit communéeomme onpeuts*en convaincre par un endroit ment dans son siècle. Tout respire en lui la de son ouvrage. I<es Critiques ne sont pas bonne foi et la naïveté. C*étoit un homme d'accord sur le temp$ précis auqpel l'auteur a grave , pieux ot éclairé dans la religion et les composé la vie du saint évoque. André. Du saintes Ecritures. Il n'a pas entré dans un Chesne , et, après lui , Bollandus, pensent grand détail des actions du sainte si ce n'est que récrivain étoit contemporain dxx saint. M. de ses miracles. Ce qui a fait dire à M. Baillet, Baillet croit cette vie postérieure , de quelque que cette vie a eu le sort des autres ouvrages temps , à sa mort. H est constant que Tano- de la même nature , que les copistes religieux pyme n'écrivit que sur ce qu'il avoit appris par ont cru devoir enridiir d'additions et de four- Iradition, comme il le dit lui-même : Quœv€^ rures, pour les rendre plus merveilleux on ridica relalione eomperimus. Un des motifs qui plus toucbans. Nous n'avons pas l'œil si perle portèrent à le faire , fut la crainte où il étoit çant que ce critique , mais nous pouvons dire , que la longueur du temps ne fit oublier ce avec les savans auteurs de THistoire littéraire qu'on en connoissoit D'où il suit qu'il conser- de France, pi'U eêt plus ai$é d'avancer destmi' voit celte tradition depuis un temps asscs con- hlahles choses que de Us prouver.

ciHQm^BCE srfecLE. aS3

178. Les reliques de ces deux saints personnages , que l'on avoit eu aoin de renfermer dans la même châsse , tandis qu'on autoit pu les con« fondre aTéc celles de plusieurs autres saints j qui étoient hotiorés dfbs la même église de- saint Frambourg , donnent lieu de soupçonner qu'on avoit cru , sur d'anciennes traditions , qu'ayant été unis particulièrement durant leur vie , on n'avoît pas dû les séparer après leur mort. Par ce discernement, on indiquoit la cause de leur liaison à ceux qui pouvoient avoir intérêt de s'en instruire. Nous ne connoissons point de plus grands rapports entre lès deux sexes que celui qui leur vient du sacrement de mariage. Landouenne étoit reinré' de l'Armoriqué : elle ne pouvoit tenir qued'Eusebe cette auguste qualité. En effet , elle n'avôit point été l'épouse d'aucun de ses prédécesseurs. Nous les avons fait connottre ci-devant , à l'exception de celle d'Audren , qu'on dît être la fille d'un Léon , empereur , c'est-à-dire , qui occupoit une place distinguée auprès de quelque prince ; celui-là , peut-être , qui devint ministre d'Euric , roi des Visigoths (i). Elevée à la romaine , elle n'auroit pas pris un nom gaulois. Nous verrons , dans la suite , que les siiccesseuts d'Eusebe n'eurent poiht de femmes qui s'appelât Landouenne (2). II est donc à présumer que <;6 roi avoit pris celle-ci en mariage. Un manuscrit gothique de l'église. d^ saint Frambourg l'appelle Loeve (3).

179. Aspasie marcha avec constance sur les traces de ^es glorieux pa-^ rens. Gefut la piété de cette jeune princesse qui inspira à son père la do* nation qu'il fit deComblessac à saint Melaiiie. Si elle ne régna pas après lui j elle n'étoit pas moins digne du tri5De. Hoel i , successeur de Budic , connut son mérite ; il l'associa à la couronne par le mariage qu'il con^^ t^cta avec elle. Cette reine fit la gloire et rornement de FArmorique. Grande dans sa viduité j elle se consacra tout entière au service de Dieu. Elle fut mise après sa mort au nombre des saints. Son corps a été déposé daâs le chœur de là paroisse de Lancoet (4) » proche la Roche-Derrien (5)| où l'on montre son tombeau* Elle y est invoquée commie pa«

. (f) Léon, ce catholique si respectable, que dt Clermoat. .

oomptoit pour l'un de ses aïeux Tpraleur (2) LaïkdoiieDJie tire 900 nom de ian , mt^

Fronton ; il étiQÎt lui-^néme le plus éloquent celktUe , et de vfm ou (iHm,b(mn4.

de ton siècle et le meilleur des poëtes; Dans , (3)^ Loeve tire le sien de h , 1res , et ^eva ,

la idence des lois, il éclipsoit même le célèbre^ modei^^, , . 1:

Appios-Glaudius. Ce ^raod homme étoit.der r (4) Loin^^ de Xanee^ est ûmréde tan ^mo^

Naîbonne, où il avoit fait connoissance avec n«*ér€,;C^de fie^i, jfiwt^fv^ > ,.:

saint Sidoine. On peut croire que ce fut lui qui (5) I# W» de Bfifih^^^rUn se lire de roe ,

fortifia Erech, son petitrfils, dans le goût det forUfiemUn^^ de der,rsdou^dliU^ etd>ffi,rt-

sciences^ et qui lui procura Tamitiéde Tévé- vière. Ce qui veut dire: forUreê$e redoutable

^84 RISTOfBE ECqijfsiASTIQinE.

tronne , sous le nom de sainte Copaie. Elle porta aussi celui d'41oia-»Poin-> pa ou Pompeia, Ses vertus passèrent en Tugdual et I^ëonore , ses enfana , que fpus yerrons dans le siècle suivant répandre la bonne odeur de Jésus-r Christ en Armorique. Soene , autrement Loeve , sa fille , se modela sur son exemple. Son nom lui rappeloit en même temps les grandes qualités de Landouenne , ou Loeve , sa grand'mèreY

i8o. (i) L'attachement que les Ârmoriques avoient eu pour la famille de leurs premiers rois^ se ranima tout à coup après la mort d'Eusebe. Ils ne purent s'empêcher de voir des vertus dans Âspasie ; mais ils ne trou- VQient pas en elle ce qui les flattoit le plus dans ce moment , le sang qui avpit coulé dans les veines de leurs autres souverains. C'en fut assez pour l'exclure de la couronne.

Des quatre enfans d'Âudren , il ne restoit plus que le dernier* Budic (a) fut élu d'une voix unanime. 11 avoit été obligé de quitter l'Ârmorique , à pçu près dans le temps qu'Eu^be en fut proclamé roi (3). Ce qui nous

$m U hcrd é^une rivière. Telle eit la Roche- Derrien.Le terme roc^ (jai d'abord signifioit an Tû^er, a désigné une forteresse, parce qa*on lei plaçoit (jnelquefoia snr des rocs on des rochers.

(1) [An 490. ]— Omission, a. V.

(?) On donne à Budic le nom de Ikèroc , liaioe qa*il avoit le teint brun : dé , notr; hveh^ eauUwr bnpM. On l'appelle finqehf c*est-à-dire Jeune roi , par qpposi^on à Erech^ son atné : hir, eeignêwr, ûd; oe,Jnmê. On le nomme Boddbs , parce qu'il étoii le dernier des enûms d*4udren : heg^petiis He, dipifnntif.

(3) ettmt Tir Budic , filins Cybsdan , na- » ùis de CamugàlUaf qui in Demeticam regio- » nei||\ t^pore Aircor-Lauhir, régis cjus- 9 dem r^i , renii cum sua classe expulsas » patriâ. Qui , cùm moraretnr in patiia , aè- » ceptt sibi uxorem Ànaumed nomine, ffliam » Ensic ( mater autem illius Guenbaf , filia Li- » nonui ) , de qui Anaumed nati suni sibi Is- » inael et Tifei martyr Jacens in Pennalôn. » Qui cùm moraretnr in patria , missis lêgatîs » ad eum de nati?a su» regione GcrmÊgaUÙB^ » ut sine mora cum tota sua familia , et auxi- » lio Britannomm , ad recipiendum regnum » Armorie» gentis veniret, defbncto rege eo- » mm , illum Tolebant recipere aatnm dé re- » gali progenie. Facto ab illis eonsOio nno

» ore , audità legatioae et accepta , affectoosè » accepit uxorem suam prsgnantem cum Iota » ftmUia sua , et classe applicnit in patria ; » et regnaTit per lotam' Armoricam terram... » Qnm posteà rocata Gemiu Budic. » ( Sancti Ondoceî Tita. ) Nous remarquerons 1<» que le ferme Cybedân ne désignoit pas le nom d'une personne , mais seulement sa qualité. Cyb$, QÊUre; dtm, chef, roL Ainsi^ lopqu'on dit que Budic étoit fils de ;Gy|>sd|iPi on Toulpit nniqneflMni faire entendre que ce roi étoit fils de roi i uroir, d*Audren. 3' QueTAnnorique portoit ^ dès les temps les plus reculés , le nom de Comtî CtaUlm. L'auteur d'un ancien fragment rapporté par Pitbou ( Hist. Franc, ti) , nous appmd que tout ce qu'on appeloit Brer t^gn^ de son temps , SjÇ qommoit Gornonaille , avant rarriyée des Bretons. Gelai qui a écrit la vie de saint Fol-Aorelien est du même sentiment, et ne fait pas de distinction entre la Comonaille et le continent, qui formoit le royaume armorique. Glaber-Radulpbe, oui TÎTolt an commencement du onxième siècle» dit , en iermeseq>rèe, qne Rennes étoit la capitale de la GomondOe. Le nom de Cornu (roi- Ué que les Latins ont donné à TArmorique , Tient du celliqne eom, j^romonloire, et de gaU^ hra»$ , vaUkuU. Le nom de bravée appartenoit surtout aux Armoriques. Par leur soolèwnent contre Joies-César, iU lurent sur

CIHQTTliME SliOLE. ^85

fait croire qu'étant le seul qui , après la mort de son frère Erech y pût prétendre à l'enipire de rArmorique par le droit de la naissance , sa fuite eu rUe de Bretagne ne fut occasionnée que par Eusebe et ses partisans. Ce prince s'étoit retiré auprès d'Aircor-Lauhir (i), roi des Démétes (a). Il avoit épousé dans ee pays Ânaumed (3), fille d'Ensic (4) et de Guenhaf (5) I tous deux illustres par leur naissance. Les Armoriques lui en* yoyèrent une ambassade pour l'engager à prendre l'ancien gouvernement . de ses pères 1 Cette proposition lui étoit trop agréable pour ne pas s'y rendre sur-le-champ. Aussitôt il fit équiper une flotte et fit embarquer toute sa famille. La joie que cet événement causa en Armorique , fut si grande que , pour le consacrer à ia postérité , ce pays porta long-temps le nom de Cemiu Budic (6) y c'e&t-à-dire y cerde ou terre de Budic

i8i. La première expédition que fit Budic , après son couronnement, fut d'aller se faire reconnottre par les babitans du pays que les Alains avoient possédé , et qu'Audren avoit enlevé à cette nation.

i8a. Dieu donna , presque dans le même temps , à PArmorique , des marques bien sensibles de sa protection. Marchil (7), chef redoutable d'une troupe de barbares , dévastoit les environs de Nantes. « La ville as- » siégée depuis deux mois commençoit à souffrir beaucoup , lorsque , » sur le milieu de la nuit , le peuple y vit distinctement des hommes » vêtus de blanc , et portant des cierges allumés , sortir de l'église des » martyrs saint Rogatien et saint Donatien. Bientôt ce chœur céleste fut » joint par une autre troupe sendi)Iable , sortie de l'église de saint Simi- » lien y évéque et confesseur. Ces deux chœurs de bienheureux , après » s'être salués mutuellement , firent ensemble leurs prières y et y dès » qu'elles furent finies y chacun rentra dans l'église d^où U étoit sorti.

le point de rentrer dans leur première Itr fU qui hMu de h<mi pâturages. D 7 en a d'ex-

berté. Us en jouirent pendant le cinquième cellens dans les comtés de Cardigan , Pem-

siècle j tandis que le reste de la Gaule s'étoit brock et Gaermarden. laissé asserrir successivement par les bar- (3) Le nom d'Ànammêd Tient d^anau , h<m^

bares. che , et de med^ hefU.

(1) Ceux qui Teulent connoltre le temps où C^) Celui d^Bmie se tire d'm on hen, Uu ,

régna Aircor-Lauhir 9 peuvent consulterlepre- et de xioeh, 4Uvée.

mier tome de THistoire de Bret. , par D. Mo- (5) Celui de Guenhaf est composé de (fuin ,

rice. Le nom de ce prince vient d'oîr , briUani^ heUe » et d'af , irè$ , Uaueoup. et de cor , petit : homme petit de taiUe , «ott (6) Cemiu est dérivé de cem , eereU. On a

dont VeneembU était MUarU. Celui deLauhir dit aussi Comubia on Conm-Biuitd , parée

étoit un sobriquet : il vient de lati, main^ et que , comme nous Pavons dit , TArmorique où

de Mr , longue. régnoit Budic est remplie de promontoires.

(9) Le nom de Démétee (^Demeti) est com- (7) Marchil tire son nom de mar, grande

poséde da, lHmyeXdtme(h^pdtwragee:pêW' et à» ekU on hil^puiieant.

a86 fflSTOIllB EÔCLtSUdTiQTTT.-

9 Dans le temps même que dos saints étoient en prières ^ une terreur pa* 9 nique saisit les assiëgeans^ qui se retirèrent avec tant de précipitation , » que les Nanlois , qui sortirent de leur ville dès que le jour eut paru , » n'en purent joindre aucun (i). » Les barbares tombèrent bientôt entre les mains de Budic , et furent entièrement défaits.

i83. Ce miracle convainquit de plus en plus les fidèles qu'il y a des saints qui veillent à la garde des villes et des royaumes ; que leurs prières montent vers le trône du Tout - Puissant , comme un encens qui lui est agréable , et qu'elles écartent les fléaux les plus terribles. Il étoit bien propre à faire voir en même temps aux païens , que le Dieu des chrétiens communique sa force aux armées y quand il lui plait , ou qu'il les dissipe d'un clin d'cril ^ et qu'il n'y a d'autre Dieu que lui. Aussi , Marchil sentit dès lors les absurdités du paganisme : la religion chrétienne , dont il se fit instruire , lui ouvrit de plus en plus les yeux , et le baptême l'attacha à Jésus-Christ.

184. i85, 186. Marchil étoit un des généraux de cette nation , que l'on connoissoit sous le nom de Francs. Nous en avons vu , dès le troisième siècle ^ des détachemens dans les Gaules ; ils avoient montré , et sur mer et sur terre y tout ce qu'on avoit à craindre de leur courage. Durant le cinquième siècle , ils ne se bornèrent plus à des pirateries et au pillage. L'esprit de conquête s'empara de leurs âmes devenues plus avides ; ils tentèrent d'enchatner toute la Gaule. Qovis (a), aussi vaillant qu'ambitieux > sembla tenir en main la destinée de cette fertile et vaste région. Mardiil fut un des instrumens dont il se servit pour pénétrer dans l'Armorique. Dès l'an 4^6 y ce roi avoit vaincu Syagrius , général des Romains j et lui avoit Élit trancher la tête. Soissons devint alors le siège de sa monarcUe. En 49^ ; il s'empara de Tongres , et de Rheims , l'année suivante. Les provinces , qui sont entre la Somme , la Seine et l'Aisne ^ avoient déjà subi le même joug. Prêt à perdre la bataille à la journée de Tolbiac ; contre les Germains , il invoque le Dieu de Clolilde , son épouse , et remporte la .victoire. Pour accomplir son vœu , il se fait baptiser par saint Remi^ le jour de Noël 496. Budic étoit auparavant le seul roi catholique du monde chrétien. Clovis partagea avec hii ce précieux avantage; mms la grâce du baptême ne le guérit pas de sa passion dominante : il fut toujours également ambitieux. En 497 1 t«Q an après sa conversion , il fit ftdre des incursions sur les terres des Armoriques y et bientôt après il leur

(f) Gregor. Turon. de Gior. Mart. lib. 1. (2) Le nom de Omit , de clolh^ ittuifre, c. 60. et de wie^ vatUonl.

fit une guerre ouverte. Son bras , qui ne connoissoit point de résistance , fut arrête dans ce moment. I^ valeur des Armoriques et leur union avec les Romains formèrent un boulevard impénétrable. Une confédération ai bien liée étonna Clovis. Comme la bravoure et la prudence des Armoriques déconcertèrent ses projets , il eut recours à la négociation ; aussi fin politique que grand guerrier , il leur proposa d'unir les deux nations par une alliance qui les rendit en quelque sorte un seul et même peuple. La proposition fut acceptée» parce que les Francs ^ qui la faisoient , venoient d'embrasser le christianisme (t).

187. Les Francs et les Armoriques trouvèrent dans cette alliance un autre avantage. Les garnisons romaines , qui conservoient encore quelques places sur les frontières des deux nations , leur cédèrent le pays qu'elles gardoient et leur prêtèrent le serment. La plupart des soldats qui les composoient étoient nés dans les Gaules et n'auroient quitté qu'à regret leur profession y ou abandonné les établissemens qu'ils avoient dans leur patrie.

188. Ce fut probablement dans ce temps que les limites de l'empire françois et armorique furent fixées. C'étoit le moyen que la bonne inintelligence se maintint long-temps de part et d'autre. Clovis et Budic en goûtèrent les douceurs pendant quelques années.

189. Cependant y après la mort de Yortimer , qui étoit arrivée l'an 464, Vortigem (a) reprit le gouvernement de la Bretagne. Deux ans après , liengist , qui fit venir de nouveaux secours de Germanie , remporta plusieurs victoires et réduisit l'Ile dans l'état le plus triste.

190. Un désastre si affligeant rendit de nouveau Vortigern l'exécration de ses sujets : il prit la fuite et se renferma dans une forteresse. Les Bretons se rappelèrent alors qu'il leur restoit encore un rejeton de leurs anciens rois. C'étoit Ambroise-AureUen (3) , fils de Constantin. On députe

(1) Procop. De BeUo Gothieo , eap. 12. Noas auteurs donnent en faveur de notre sentiment

a? ons cm , avec M. de Valois et la plupart des m'ont paru décisives. D'ailleurs ^ le nom d'Ar-

savans , que le texte original de Procope por- morique ou Arhorique est le même. Les Celtes

toit Àrmoriquiê et non pas Àrhoriques, Cepen- disoient également ilr-Jtfbr et Âr-Vor, Comme

dant , comme le Père Daniel , et , après lui , les Grecs ne connoissent point d'Y consonne ,

M. Tabbé Velly, ont soutenu qu'il y avoit Procope a écrit IrftortgiM au lieu d'jtroorigue.

dans les Gaules , sous le règne de Clovis , un (2) Le nom de Vortigem vient de var , roi,

peuple noDomé réellement Àrborique^ on peut et de Hgem^ roi; ce qui veut dire : deux fois

consulter sur cette dispute historique le tome roi. Ce qui étoit vrai à la lettre.

1. deTHistoire critique de la monarchie fran- (3) On a appelé Ambroise-Aurelien , v(Aer ,

ooîse , par M. Tabbé Dubos ; on peut aussi re- terrible ; pendragon , tête de dragon , à cause de

courir à l'Histoire de Bret. , par D. Morice » l'enseigne de cet animal qu'il porloit sur ae$

tome t. y note xxvu. Les preuves que ces deux drapeaux, et nathanleodf de nathan , nobh,

eiétUod^iUuitre.

a88 RI8T0IBS BCClisiÀftnOVEi

promptement en Armorique , pour lui offrir une couronne chancelante. Ce prince, qui ne cherche à venger la mort de son père et de son frère que par des bienfaits , repasse en Bretagne. Le tyran fut la première victime qu'il immola à l'honneur de la nation : il le fit brûler dans la tour même où ce lâche s'ëtoit réfugié. Le courage , qui anime le nouveau roi , passe dans les Bretons ; chacun sort de sa tannière et se range sous ses étendards. La fortune seconde sa bravoure; ses ennemb sont surpris de ses victoires. Il force Hengist de se contenter du royaume de Kent , que ses armes lui avoient acquis auparavant et qui comprenoit le comté de ce nom , Middlesex , Essex et une partie de Surrey. Ella , que le prince saxon fit venir de son pays pour diviser les forces et l'attention d'Ambroise-Aurelien , ne dut son empire dans la province de Sussex , et la portion la plus considérable de Surrey , qu'à un grand nombre de batailles et à des renforts de troupes fraîches qu'on lui envoyoit de Germanie.

191. Ambroise-Aurelien , mattre du reste de la Bretagne, tandis qu'il tenoit d'une main l'épée pour la défendre, employoit l'autre pour le ré-^ tablissement des saints autels que les Saxons avoient démolis durant leurs courses. Dans les états-généraux qu'il tint à Yorch (1), il enjoignit à la nation de rebâtir à ses frais les églises paroissiales qui avoient été détruites; pour lui , il se chài^ea de réédifier les cathédrales (^).

19a. Deux églises métropoles , Yorch etKaerleon (3) , avoient perdu leurs pasteura : les malheurs du temps n'avoient pas permis de leur don<>> ner des successeurs. Ambroise-Aurelien plaça Dubrice (4) à Kaerleon , et Sanson (5) , à Yorck (6).

193. Dubrice avoit pris naissance dans l'Ile de Hiserbdil (7) , proche

(1) Cette yille s*appeloit anciennement Ebo- mars. On y remarqaoit enctre , an donzième raewn, suivant Ptolemée. Ce nom vient d'à- aiède , des restes de temples et de théâtre»^ ber, en composition éber, ou ébor, em5oti- des bains publics , des aqueducs et des souterehure , et d^ae » rwièrt, Torck est placé dans rains. Tous ces monumens étoient des preuun terrain agréable et fertile , à l'embouchure yes de son ancienne magnificence. Cette grande du Fosse , dans FOuse. ^ et belle ville n'est plus qu'un petit bourg.

(2) Usserius « Britan. Eccles. Antiquit. (4) Le nom de DuMee est composé dé dm,

(3) Kaerleon étoit ainsi appelée du celtique ckef^ maUre , et de M, vénérable.

kaer , ville, et du latin , Ze^, parce que la (5; Celui de Sanêw vient de son » banne ,

légion seconde , dite britannique et auguste, et de ton , méwÊOÎre, répfUation : homme de

y avoit eu son quartier. On la nommoit aussi bfmne m^motre.

simplement /#ea, à cause de sa situation sur (6) Usserius , Britan. Eccles. Ant.

la rivière Uske. Cette ville étoit poissante et (7) Le terme Hûer^dtl est formé demw, en

très-considérable du temps des Romains. Elle composition , my , rivière ; de eerr , éUvaUon ,

s'avançoit fort loin aux deux bords de TCske; et de dil^ séparée. Ce qui veut dire : terrain

nn cbÀteau, qui est maintenant à un mille de éUvé qui est séparé du eontinenipar une ri-

Kaerieon, étoit autrefois dans Tenceinte de ses vière.

le

CIHQUlàlCE SlilGLB. ^89

U flaul^e Giii (i).>Sespti^Siét(Heiitide» filas qualifies dû pays; Son erfprit étcîtpmi^eàcUltîvârltfS ftcienee^^ étlVp^çakÎQnqp'ilyaToit dbim^iivoil étë 'idU^; qu'il éliHtideTmu|up}^

gne, A ël^iit un Moièai^fa'e à^ Jfantlan (ci)viaùril enseigna fiévéarit sept ana/.a.vec iaL:r^n»liâdoii')a'<|]^}bri^^ ; LesisdîeDoesîdhrincs ettiumamM.* De là il passa à Moch-Rhoss (3)^ où il continua ses leçons. Les plé4 graàdsihDinoiM(derk Bretagne soninont de^ son école» Cé>^'quUhy (E^dt de pjbi iixiUt lep kû:, .d'e^t. qo^^^ Sciences Ja pratiéfde ded

vertus cbrétiénnes^ Ia Ed%k)ttt lui^avtiitf appris que toiit eejqtp'on ne rap4 porte paa à; Dietiieistj périssable yiel que les^onnoiséaiiôe^ies f^hii viastés servent ppésqtie.tdu^oin^ à>d|$celw ^orgueil'/ si ëibs^ :q'q«I> pour iMil^eè^ lui iqui en« est. le tvai prinicipe. CoQvain(ni< qu'il^ëtôiti ilé^p<Mir Tûtilitë publique^' û aaroit cru^ ne pouvoir etifooir les taleM qM^'Oieu^lûi avoit eonfiés; Ses vertus» éi seû antres i'abes quâlitës dévoient pie^ndre leur der<* niei^ accroissement dans lé àaint miaistèrei II étoit évéque dœLandaf (4)v lorsqu'U fut pomnKét au gouvel^neitiient ^e UEglutede Kaerleon (jEE).

194. Sanson fut mis dès soni en£Biiice ^ous là' discipline de^ ce savant docteur, tt en pikisa bientôt l'^prit et les naîimes. Il étoit né dans là Bretagne , vers l'an 460. Les qualités sublimes que Tapôtre saint Paul recommande si fort à son disciple Tite , se trouvèrent réunies en lui : elles le firent: aimer et respecter des vrais fidèks^ dans sa patrie. On ne l'admira pas moins en^ Âx^morique, où la Providence le fit passer au comqiençemeBt du siècle saivant.

REMARQUES PARTtCU LIBRES*

195, Nous ay.ops observé ci-dev^pt que ^ par, les lervfxes pie , pîeu^j)lo ^ ploe j phue eiplu y on avoit entendu un certain nombre d'hsd)itans d'un canton champé^e^ partagé eniviljag^s et en maisons particulières. Nous retrouvons ces noms dans sept 4iocè3es. de rArmorique : fl n'y, a que c^iu de Rej^çs^ et^de Nantes pu, l'on n'en découvre point. Quelle est h raison de cette différepce. ? . , , f .

(i) Le Eom de fini eft générique et s'api^ été eterti en 8Do§pe de le fiier dam le lien où

qoe à toute riTière. i^troureroit u^e truie aTec ses petits. (Usser.

(2) Le Don^de Hentlan se tire de km / ri- ' firit. Ëccles. Aotiq.)

vUrt . et de lan, mmasUre. Cette communau- (4) Landaf est composé de ton , hàbHàtion ,

té étoit placée sur les bords du Gui. » 9tdtddfmUif,tivièr$.

(3j Moch-Rhos prend son nom de moàk , ^-v *, ^ .. „ , ...

090 HISTOIBr'BCOUiSIlfTmUE.

Oo a TU que lés offidenet lea:sbld«tB>doCk>tiap fi^^ des côtes dé rArnuMique:, depuis Dol .jmqii^à'ïVetmefr: Gedx desi^ittres BretoDS qié,; pendant le ciiiqpîèiiie! siècle.^ passèrent dansées royàiime , furent ^taUis dans les mémo» lieux. Par iuôe dteribution si sagement or* donnée ,. il 7 avôîf un cordon dq troupes tonjçurs pbèCes ,à fa&*e face, aux pvaies, ' .'[,*' .■':.'---..^. • . y r ;.;-:; .;j. .: •■; 'i :!

I^ terraiii. gui ftil hccordé à chaque ofricier;tt:b sèsiMldals^ fuidëter-r oUoë et fixe. Le dief fit construire .uneinalsoniprincipale /les aiitivesae purent faire que des oasesJ Bientôt on vît s^ëlever , aumiUidii.des bôis^ des bameaMX.fet des bônrgs^ Ces nouvtcaux cblons çtôient éii tbutspnbla^ blés aa^ anpieos » à cette difTârence près 9 que, par état i, 'ils étoifât[i>biK< gés au 6^^i(^: militaire :.les réfugiée de Tile furent admise aux imémes condition^ et .avseç les jméniés àyantages. Fracan et d'aufTes:pèrsomie& dis^ tinguées firdM passer avec eux leurs ricbesses et se firent suivre par lieurs nombreux, esclaves. Tous ces étrangers firaat fleurir Fagricitltiire pariout où on les. fixé , de manière que les côtes de l'Armoriîque , qui avoient été presque désertes jusqu'alors , et où la nature étoit , pour ainsi dire , i^ndonnée à eDe-méme , devinrent les plus peuplées et les mieux culti-; vees.

Il parolt que les noms dtpk , pieu ^ph ^phe tlplùue, furent consacrés aux chefs et aux personnes libres qui composoient un corps pardculier et séparé de miUce dans le lieu de leur habitation. Pour les dis|inguer les uns des autres , on donna à chacun de ces corps des surnoms propres : ils étoient tirés , ou de la position et de la nature du terrain qu'on leur avoit cédé , ou de quelque qualité qui les caractérisoit.

Pour se conyaincre de la certitude du fait que nous avançons y il est constant qu'en parcourant la carte dé ttptt*è Bretagne / d^uis Dol jusqu'à Venues, on Voit sUr la côte un grand nombre de paroisses dont le prénom répond à ceux dont 00 yiéûtde paHer. Si ronp^Bôètre dans la terre ferme par des lignes à peu près parallèles , on en remarqué d^autres de la même dénômînatloft/Les colons /qui ôccu)p6îenlcfe^ô5tè^^^^ faits pour soutenir ceux qui servoient de gardes avanèM^ês sur les côtes.

Il étoit dans l'ordre qu'on veillât à la sûreté des rivières , non-seulement à leur embouchure, mais encore cri deçè* On aperçoit partout les mêmes noms , et ceui-pi noqç indiquent 1^ ifiên^e cause également subr sistante dans tous ces lieux.

Les surnoms de quelques-uns de ces corps nous font réconnoltre sensiblement leur destination primitive. Tels sont , par .exemple , ceux de

CHfQDtfeHE srisCU. 291

t^leherd(t)i au bailliage de Plancoet ; et de Ploubanalec , à celui de Paimpôl- L*i!m veut dire intrépide et grand {1) j Vzuive grand guerrier.

Une paroisse voisine de la ville de Saint-Brieuc s'appelle encore de nos jours Ploufragan. Cette terre appartenoit à Fracan , en qualité de Léte. Il paya de sa tête Tohligation qu'il avoit contractée de défendre le pays ; ijl périt dans un combat contre les pirates , et Patrice y acquit le nom de guenîer. *

Alet avoit été ^. du témg^ des Romains , le poste d'un cômn^andant particulier^ Il le fut égdemfini sous les roisçjtrmoriques. La plupart de ceux qui babitoient ce canton formoient autant de trou^ s&bordonnées à l'of"*^ ficier-général de ceMfe glace. Qn appela ce petit territoire filou-Âlet ; on le reconnott de nos jours par l'arcbidiaconé du Clos*Pou-let (3).

(1) Le noin de Pleherel Vient de fc«r, inêréptdi , et dVl , grand.

(2} Geluî^de PUmèanàUc vitot de ban^ grandy et de lech , soldat , guerrier.

(3) lo Sur la rÎTe gauche *lé la Rance, en sortant de S.-Malo , on trouve Pkudihen. Ce nom désigne sa position et le cas qu'on faisoit de ses habitans. Il se (ire de dt, remarquable^ et de hen , rivière .-peuple remarquable qui habiU auprès d'une rivière De Tautre côté de la même ri?ière , on voit Pleur lui , qui prend soi^ nom dVtir » rivière , et de lut , habilaHon. Pleltn autrement P/0#<tn , de Un, rivière : peuple auprès d'une rivière. Est , moisson ; en ou in y rivière : peuple auprès d'une rivière, qui a â^abondanles récoltes. Ce terrain aboide en grains et en pÀturages. Plotier. Er ^rivière. Ce sont là ceux à qui nous croyons que la Rance étoit confiée. On en avoit distribué^'autres plus avant sur la terre ferme, pour se porter où le besoin Texigerott, tels étoient ceux de Plerguer , Pleder^ Pléguen , Plegueneue. Ce qui s*est observé partout ailleurs, commet» carte en fait foi.

2» Aux deux bords de la rivière d'Argué non, qui sépare le diocèse de Saint-Malode celui de Saint-Brieuc, sont Plorec , dont le nom vient d'ecA, eau, rivière; Plevin^ de ven ou pen , rivière; Pluduno , de du , contrée , et de nau , rivière. La mer n'a pas toujours étendu son empire jusqu'a^^ cap Frehel : elle a res* pecté loog-lcmps un terrain considérable qui étoit au delà de ce promontoire. Secondée par rimpétuosité. des vents, elle a franchi ses anciennes bornes. Le nom de Frehel nous sert

de preuve à cet égard. Près, déchirement; hêt^ grand. Ce qui fait aujourd'hui 1^ baie de la Presnaye étoit autrefois du côàtinent Fres , déchirement ; na , eau ; ai , Habitation : habUor Hon que ta mer a détruis. La rivière de Fré^ mur, qui alloit se dégorger bien au-delà de cette baie , a pris son nom du changement qui est arrivé au terrain qu'occupe ce petit gol* fe , parce qu^en présentant son lit aux flots de la mer en furie , elle favorisa son invasion. Fres , déchirement ; inur, grand, .

3^ Plevenon a emprunté son nom de ven , beau , et d'on , rivière : beau peuple qui hàlnie proche une rivière. Cette paroisse est à Tembonchure de la Frémur , au-dessous est Pie-boulU.

VPleheret est à l'anse de ce nom ; au-dessous est Plurien.

B^ Pleneuffy au-dessous d'Erquy , tire probablement son nom de neuff, oclton de nager. Les anciens s'adonnoient beaucoup à cet exer-* cice.

6» Att-Klessous de Saint-Brieuc sont Pkmfragan , Pledran (qui veut dire : peuple qui marche d'un pas ferme ; de dran) eiPlainlel. Ce mot est composé d'aîn , lieu , habitation , et de tel ou tal , prince , seigneur » en langue de la Comouaiile insulaire. Ce qjjû signifie : peuple qui habite un Ueu sous les ordres d*un chef distingué.

7^ Proche Saint-Kai est Plourhem , qui a pour étymologie r/kin, département y partage de fonctions : peuple qui a ses fonctions parla* gées.

8*" Proche la pointe de Plouha, ainsi nom-

aga srisTom EccdisiÂêT^Qxm.

Si les Ârmoriqucs se i^rvoient des pnota .jpfe , pkus plo , plœ etploue $ pour distinguer ceux des hahitaas de lu campagne qui Ëijlsoieot'le ser-^

née, parée qa'cdle âomuie iiir la m^r (to^^faii)» font PUmha , Plehedet^ qui annonce on peuple- Mtiieihtd, UUsel, élevée, noble), eiPlw iml 9 dont le terme iual se rend par partie , pari .-peuple à qui on a fait le partage.

9o Proche le If inan)^, collkie qui forme une pointe (Mtfi, eottine; ard^ pointe), ae trouve Phuxee f qui a pria ipnn^m de sa po^tionlaf, eau; ee , po^al^) : pe^fU^qj^ihoèUê ^tipHf éTunepomifi voisine de la mer.

10« Vers Temltooichtire du Trieii , on yoit Flùubanalec ou Pkubakmee^ dont nous avoua parlé ; PUmrivou ou PlourviauU ^ en avançant dans la terre ferme; ensuite Ptouec ou Floeue. Auprès de Guincamp , Ptoumagoar, ainsi appelé, parce que cette paroisse est proche un bois {ma^ lieu; goar^ hoie). DeTautrecÀté sont Pleubih^^ Pîoudaniel Près de Chàtel- Au^ren , d*un côté Pliuagat , dont le nom tire son origine d'à , rivière , et de gad^ forêt : peuple qui habite une forêt oit passe une ritîèré (le Liés) ; de l'autre Plelo {lo, eau)^ et Plouvara {vàra^ rivière). LeTrieu , qui va se décharger au passage de Goelo {goel, eau) , prend ssi source à l'étang Neuf, au delà de la ville de Guincamp , qui a pris son nom de la belle plaine où elle est située ( guin , beUe ; comp , ^ecmpagne)^ passe au Port-Rien qu^il a gratifié de son nom et reçoit au-dessus la petite rivière de Liés {liex, rivière). A cette jonction, le Trieu parott former trois Avières. 2W, Iroû; eu y rivière.

iV Sur la rive gauche de la rivière de Traguer , Plougtetean; à la gauche, Ploeimer- OoMtier. (Hiir, grand; gau , boie , forêt; liem , seigneur , prince) , ce qui veut dire : peuple eonsiâéràble établi au mUeu éhen bois, eous la direction d'un homme puissant. Près de la ville de Treguef, Plouguier {gui , fin; er: rivière) : peuple fin qui hahile sur le bord d'une ou plusieurs rivières. Beaucoup audessous de eette ville , PloueMeU, au sod-sudest.

12» Proche Lanion , que son -excellent terroir a fait ainsi nommer (^lan, terroir; ion, êSseeUent), t$i Ploemur - Bodou ; au-dessus sont Ploulech et Ploubetre^ on Plouberre. Lanion est sur le Gwern , nom générique de

rif i^.

13à Au-dessous de la pointe de Lokirec». on compte d^un côté Ploulech, Ploumiliau^ PUmneMnpré; de Tantiv, PUMgat'4rûerànd , Plouigneau , Phugonven ou P(oiifoiiiief» , PUmgat-MoieeMf Pluffur. Le nom de f[^r a signifié adtMibis là même chose que gmrrier, PMfie^'fp^l4éé»^>fa pHndpaU oficupaOtm étoUlugum'e.

14» Au-dessous ^e Temboucharede lari* vière'ilBb Morlaia, se présétfte Plougasnou, dont lei nmn fait oonaoltre un peupte doot la bravoure n*étoit pas suspecte Qas ou gwas , courageux) ; Plouexoeh,PlouJani au-dessous de Morlaix, Plimrin, PUmgonveH ou Plougonnen.

W Entre Rert)useiC et Léon ^ PUmgoMn, Plouenan eiPlçmvom.

16^ L*anse dïrtîoulven , ainsi appelée parce qu^elle est à Tembouchure d'un golfe qui s'avance jnsques vers Lesneyen , a d'un côté PUmeseaty PUmnevex ; de Tautre, PUmyder. GoulTcn a pour origine goul, embouchure , et ven, rivière, tiré d'aven par aphérèse. Lesneven a pris son' nom de la proximité de cette rivière : Us, proche; even^ rivière ; l'N se met ordinairement en breton à la tète du mot. Phmeseat tire le sien d*es, eau, et de eût; troupe^ cohorte: peuple tvr VOcéan quiforme^ iriMcoRbrfs. Au'^essous de Lesneven est I^Ioii^ daniel, qui tire son nom de don ou dam, sei^^ gneur, et û'ail , aafre : peuple qui vit sous, ¥autofiêt d^m autre seigneur. On comptoit alors, comme aujourdliui, phisieurs Plou* daniel. Les descendans du premier seigneur du canton de Pîoudaniel ont peut-être donné Pexistence à la ville de Lesneven. Le mot dam ou dan se voit encore dans le f^ançois Vidam et dans Damesell , titre qui annonce une grande naissance jointe aux honneurs et dignités.

IT' Ea deçà de la pointe de Landegavan est Plomieourîetree. Les habilans de ce lieu , qui esif surie lx>rd de la mer, s'appliquoient beaucoap k la filature. Neèmr, fileur; it , eoti; lfè# , préf . Cette paroiMe at maintenant presque couverte de sable.

18'' Au-dessous dil havre d'Abrevrak se

CINQUIÈME siibcLE. agS

\ice militaire , ainsi que nous le pensons , on Toit clairement pourquoi les Rennois et les Nantois n'ont donné ces noms à aucun de leurs cantons.

trouvent deux golfes ; sur les bords de l'un est FUmguemtau -, à la rive droite de Faulre sont Flùuyen^ Ploàbenec; à la gauche, Plouguin. Le nom d'Àbrevralc vient é'àbre , em« houehure de rivière , et de vrac ou broc , pointe.

19^ Proche le Port-Sal , où apparemment il y a eu autrefois une maison de seigneur » ce qui est indiqué par le terme sal , est PUmdalmexeau, dont le nom est composé de dol, partage ; de mee , champ , campagne , et d'au, marque du superlatif. Ce qui se rend par : peuple à qui l'en a partagé une gremde cam^ pogne.

^Oi^Plouarzel, sur le golfe qui se dégorge à Fanse de Laniltut

21"* Entre la pointe de Lanpol et celle de Gorsen, Plaumoguer, dont le nom vient de mog , famiUee destinées au service mUUaire , et dV ou goer, eoti : peuple qui demeure auprès de la mer, et dont les famiUes sont vouées à la guerre. Pol, eoUine. Coréen vient de cot^pro-^ mo/tUioire, et de ten, haut.

22° A c6(é de la rivière d^Elhorne, que M. Ogée , dans sa carte de Bretagne , appelle lanâemau, est Plougar, ainsi nommé des bois qui environnoient ses habitans ; gar, doit. Il y a encore tout auprès Coet-menet, qui désigne un lieu inculte et où il n'y avoit que du bois. Coel, lois; menet, lieu inculte. Plus près de VEXhome ^ Plouneventer , dont le nom nous fait connottre un peuple vaillant. Nés , proche ; wen ou win , eau; ter, vailUuU : peuple vaillant qui habite auprès d'une rinière. audessus de Landemau, Ploueder. La force et rintrépidlté caractérisoient ses colons : der , fort^ intrépide. A la droite, en venant de Brest, PUmàiri fait un triangle avec Landernau et Landivisîau. Son peuple , comme nom Tavons observé sur Forigine de Pleudiben , étoit considéré. Tous deux éioient suc des nvières : ri^ rivière. Proche Brest > PUmgasiel^ dont les habitans étoient destinés À la guerre. Gwas , hommes ; tel , guerre. 11 y a dans cette paroisse un puits dont Fean descend quand la mer monte, et monte quand la mer descend.

On trouve l'explication de ce phénomène dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1717. Au-dessus de Brest, PZoti^an. Cette paroisse est située proche le canal du Gonquet; san , conduit d'eau : canal.

23» Au-dessous du Gonquet , Plougouve- Un, qui parolt tirer son nom de gou, auprès; de vell , fortification , et d'en , eau : peupU voisin de la mer, qui est défendu par une fortification.

24" Entre Audiem , Plogoff et Plouhinec.

25" Au-dessous de Douarnenez, Ploaré.

26^ Vis-à-vis la baie de ce nom , Ptoeven- Porzai, Plomodiem ; nous remarquerons au sujet d'Is, dont nous avons parlé, t. 1 , p. 101 n, que D. Le Pelletier, dans son Dictionnaire de la langue bretonne, article /#, dit : a qu'il a pu exister une ville sous le nom x> d'Is , mais au sens breton , qui est que » ker est toute habitation, vUle , bourg, vil- » loge , hameau, et tme maison seule. On dit» x> ajoute-t-il , que cette ville a été submergée » par la mer , en punition de ses péchés. Je » crois bien que la mer abîma celte préten- » due grande ville, iQais je crois aussi que » c'étoit un village situé sur le bord de la baie x> de Douarnenez et à (leur d'eau de haute mer; » de sorte que quelque ouragan ayant enflé x> la mer , l'aura poussée sur la terre et aura » renversé ce village , dont le nom de Ker4e » est habitation basse. Les poëtes bretons auo ront exagéré , à leur ordinaire , cet év^ne- » ment toujours triste et fsnesle. La preuve x> que l'on peut donner de la réputation de x> cette habitation , est que la grande entrée o de Brest est nommée paf les gens de ce » pays , eau^ /#, le eattaî d'Is ; mais ee peut » être le caïud bas , en distinction du plus » haut , qui est ceW de k Manche , par le » Gonquet, eu égard an nord qui est censé x> le haut, où la mei monte, et au sod on » sod-onest, où la mer descend. » Nous pen« sons volontiers, avec ce savant bénédictin, qu'Is étoit sur le bord de la baie qu'on nomme Douetmenex. Cela est d'autant plus probable que la tradition y est conforme , et que , d'ail-

(*] Ci-dessus , Inlroduclion , qo 90, in fine , p. 46. a. V.

^9^ HIftTOIHE EGCLl^IASTIQUE.

Les troupes qui avoient suivi Maxime sous les ordres de Conan , ne furent point placées chez eux ; on en doit dire autant des autres Bretons qui vinrent dans la suite chercher un asile dans l'Armorique.

kan y l'espace que cette baie renfenne actadlementétoit autrefois terre ferme. C'est ce qoe ^ Teat nous faire entendre le terme Honanienejr. ' Dmuar f canUm; non, en composition iiffi, iépar4 ; et , tau. Ce qni signifie : eatUon que la witr a tépari du eantment. La mer attaqua le centre de ce canton avant de fondre snr la circonférence , sar Ton des bords de laquelle Is étoit placé. Ce qo'on nomme le Bec dt la Chèvrt contenoit des colons. Chai , haUdtalion ; vrt on hre, colUnt. La paroisse de Plogoff n*est plos qn^an reste da terrain considérable qu'elle a occupé. Plo , peuple ; go , dmàiti/; of ou af, tau : pei^U dmU la mer a dMnW le lemiotre.

LLa profondeur du passage du Rax n^est que de vingt-cinq brasses , ainsi que la baie de Donamenes , et sa plus grande largeurn*est que de deux lieues. Au milieu de ce passage est un c^and rocher peu éloigné de deux chaînes de rochers , qui s'étendent k la droite et à la gauche du Raz. Lorsque la mer est basse, si Ton creuse sur ses rives, on trouve de la terre glaise à quelques pieds de profondeur. Ces observations font croire avec raison que ce qui forme le passage du Raz a été uni au continent.

Nous n'avons osé Jusqu'à présent fixer le lieu précis que Ker- is occupoit. Son emplacement étoit néanmoins facile à retrouver. La baie , qui porte le nom de Trépacé {*) , nous le déterminoît. Tre , ville ; pace , tubmergét.

Si Ton en croyoit la tradition , cette ville auroit renfermé dans son enceinte , outre la baie de Trépacé , celles de Duamenez, d'Audiern et une partie de la paroisse de Plogoff. Ce qui a donné occasion h cette méprise , c'est que tous ces lieux ont été envahis par la mer. Comme dans la suite on n'a pas eu d'idées nettes de l'étendue primitive de cette ville, on l'a gratifiée de tout ce vaste terrain à titre de voisinage.

On ne doit pas être surpris que l'on découvre , auprès du lieu où étoit la ville d'Is , d'anciens bâUmens. A une demi-lieue d'Au.

diem , on aperçoit sous Teau une muraille bien conservée ; elle est de pierres de taille liées ensemble par un ciment admirable. Les nautoniers lui donnent le nom de fiante H , c'est4-dire, de beau mur. Gam oucom^ crase ûecoam, belle; eU , élévation. Il ne faut pas slmaginer que la ville d'Is se soit étenduejus* ques-là : ce seroitlui donner une enceinte que n'a eu aucune ancienne ville de la Gaule.

Une grande voie qui sortoit de Ker-is, entré S.-Tey et la pointe du Raz , alloft se rendre à Pont-Davy, et de là à Carhaix. Dans les endroits où ce chemin subsiste dans son entier > surtout vers la baie de Trépacé, on reconnolt encore environ soixante-dik pieds de largeur. U est pavé de grandes pierres de taille ; dans le pays 9 on l'appelle Nan Traeh\ à cause de sa beauté et de sa solidité. Ncm , élévation ; trach , exeeUeult: eœcellenie voie bombée. D'après ces connoissancès réunies , on doit regarder comme constant qu'Is a été une vraie ville , et que même elle a joui d'une certaine c^ébrité.]-^ Addition de Deric , publiée à la fin du présent chapitre terminant son tome 2. a . Y .

27^ yis4-vis la pointe de Souche , Plau" sevei,

S8> yis-«à-vis celle de Penmark, Plouan ^ Ploutour.

29^ Proche le Pont-Labbé, Plobatlanee -, au-dessous, Plomeur^ Plonivel.

aO' Sur IXMet, Plomelen, Pluguffum; k sa gauche, Plogattel.

31" Yif^-visQuimper, PUnmeit.

32' Proche Loc-Renan , Plogonee.

33« A la droite de l'Odet , entre Bodivit et cette rivière , Pleuvtn.

W* Au-dessus du Faouet, lieu agréable, autrefois couvert de hêtres ifaou, hêtres ; et, agréàbUi)^ et de l'autre côté de la Laith , nom générique de rivière, s'aperçoit Plouré, 35^ Près de l'Orient, Phemur.

36j Au-dessus de la ville de Hennebon , dont le terrain forme un triangle environné de la mer dans le flux , comme une presqu'île (en, eau; bon , environné) , et contre la ri-

(*)Cc n'est que par corniplion qu'on la nomme U baie des Trépauét.

CnfQl}IÈME SIÈCLE. agS

196. Les terres létiqùes, dont l'état demeuroit toujours le véritable pro^ priétaire , et qui n'étoient données que sous la condition du service militaire , pouvoient passer aux héritiers sous la même charge. Cette nouvelle méthode de distribuer les terres^ a donné l'origine à cette espèce de possessions que nous appelons fiefs.

Les laïques ne furent pas les seuls à être gratifiés de ces terres létiques , que Ton appeloit encore bénéfices , parce qu'elles étoient un pur bienfait et une libéralité du prince. Les souverains de l'Armorique en accordèrent aux évêques et aux abbés des monastères de leur dépendance. Us faisoient le serment militaire, ainsi que les autres sujets; à cette différence près^ qu'ils ne s'obligeoient pas de porjter Ips armes en personne pour le service de la patrie : ils s'epgageojenf seulement à fournir un certain nombre de soldats.

197. Comme ces biens n'étoient que viagers , ils étoient réversibles à l'état à la mort des évêques ou des abbés qui en avoient été les administrateurs j de même que ceux des particuliers j lorsqu'ils venoient à

•nourir. Lcts héritiers de ceux-ci prétoient un nouveau serment sur-lechamp , s'ils étoient réputés capables de tenir ces bénéfices. Il s'écouloit du temps avant que de pouvoir donner un successeur à un évêque ou à un abbé. Durant cet intervalle , les revenus des bénéfices rentroient dans le trésor du fisc , et les nouveaux pourvus ne commençoient de jouir que lorsqu'ils avoient promis d'acquitter les charges imposées sur ces fonds. Le terme regale , qu'on employoit alors , ne signifioit pas , comme aujourd'hui , le droit qu'a le prioce de jouir des évéchés ou archevêchés du royaimie , tandis qu'ils sont vacant , et jusqu'à ce que le nouvel évêque ou archevêque lui ait prêté serment de fidélité : ce droit n'étoit qu'une suite de la nature de toute espèce de bénéfices ; il n'en constituoit pas l'essence tout entière. Par le mot ai^^o/!? on entendoit un ordre particulier de guerriers (i). Les fonds de terre que les évêques ou les abbés possé-

Tîère Code est situé Plo4, Les sinuosités qae Phmtl, Plumergat, Ptuvigmr , Plumelin.

fait cette rivière lui ont acquis le nom qu'elle 40* Proche Venues , Plescùp ( peuple de

porte. Cwr, qui se prononce cor , rwiire ; ha}^ l'éTéque) ; au-dessus , PUm-Àudren ; PUmeUe

en composition /ix^f?, eotir&ure.yers la source sur la Glaid, nom commun de riyière; au-

de cette rivière , PUmelauf, Plov^wernevel. dessus de Josselin, PUugriffei; PUueadiuc sur

370 Plitmeltati, sur le Blavet. l'Ow ; PlukirUn sur TArb (Ow , rivièrt ; Arb,

38* PUmhimee , entre le Port-Louis et Saint- rivière),

Cado. (1) Le mot RegaU Tient de red, ordre , et de

39"» AuHlessous d'Aurai , Plo%}M,me\t Ploe- gaU, guerrier^ vaUlant. De redgeUl on a fait

mel Vis-à-Tis d'Aurai» Fluveret ; au-dessus , re-gall, et ensuite regale.

agS HI8T0IBI lemEsutnQTTB.

doient autranent qa'ea bénéfices , ne tomboiaot fàtat en k main du flouTerain. L'andoine espèce de guerriers a disparu avec h tenais; on ne s*est pas même souvenu de leur nota , et ce n*est que par les traces qu'ils en ont laissées après eux | que nous nous rappelons leur exis-» tence.

lï.

198. Las Armoriques , en secouant le joug des Romains , rentapèrent dans leurs premiers droks. Si Conan continua d*ètre leur roi , fl dut cet avantage à Tamour quTls lui portcMent. Il commandoit auparavant à un peuple asservi , et lui-même n'avoit eu jusqu'alors que l'ombre de

' la coui^nne. Des suffrages recueillis par la voix de la liberté , loi en donnèrent la réalité. La nation étoit alor% composée des naturels du pays et des BretoDS-Létes. Ce double peuple , qui n'en Csisoit plus qu'un ^ et dont les intérêts étoient devenus les mêmes , avoit adopté le même plan de gouvernement civil. D'un c6té , il se rapprocha des anciens usages pra^ tiques dans l'Ile et sur le continent ; de l'autre , il retint des Romttns ce qui lui parut le plus convenable k l'administration publique. #

199. i"* Le roi fut subordoilné aux lois , et la succession au tr6né ne fut héréditaire que sous le bon plaisir de la nation. C'est sous le prétexte de l'infraction des lois que la pieux fialomon perdit la vie ; ce ftit la volonté supérieure du peuple qui priva ses enfans du diadème et qui le plaça sur la tête de Grallon. Eusebe n'eut d'autres drœts que cdiui-là pour remplacer Erech au préjudice de Budic. Aspasie , sa fille , auroit pu lui succéder après sa mort. Les Bretons transmettoient indifTéremment le sceptre aux hommes et aux femmes. Nous en avons un exemple dans la fameuse Baodicée, reine des Iceni. Cependant on laissa Aspasie à l'é* cart, et l'on députa en Bretagne pour offrir à Budic les rênes du royaume.

aoo. a"" Les revenus du roi consistoient dans les terres que les an«ciens habitans u'avoient pas mises en culture. Les Romains , en conquérant leur pays , leur avoient laissé la propriété de celles qu'ils possé* doient alors. Il étoit dans l'ordre commun que l'Armorique, rendue à sa première liberté , fit succéder son fisc aux droits de celui des Romains. C'étoit un bien qui tournoit même au profit de la nation , parce que par là ses rois étoient en état de soutenir l'éclat de la couronne. Parmi ces terres y il s'en trouvoit un grand nombre que l'Empire avoit mises en valeur. Elles s'étendoient uniquement dans la partie inférieure de l'Armorique. Pour en tirer partie , les premiers rois y fixèrent leur domicile

CJKQUIÈICE SxteLS. ^^97

die : ils firent bâtir des diàteaux en différées endroits; on copnoit encore ceux de Copati-Mériadec , d'Audren et d'Ërech. Â. F:ex6m|[>le. de TEmpire, les rois firent dëfridier d'autres terres qu'ils tenoienlenniain^ comme les autres : des esclaves étoient cbargés. de leur culture. Celles qu'ils donnoient à des particuliens pour les amejiprery produisoient des redevances suivant la quafité du sol, et la quantité eb étoit réglée. Nous ne parlons ps^ ici des terres létiques t elles étoient la récompense du ser4 vice militaire. Outre les agrànens des forêts et leur iitilité intrijosique ^le pacage qu*ou y accordoit produisoit un cens. Les mines et les monnoies furent du domaine du roi. Nous ignorons si les droâtsde douane et de péage eurent lieu dès le commencement. Il paroit certain que la taxe par arpent et la capitatibn furent supprimées. Elles a voient, été la source de trop de vexations.

201 . S"* Les places de ducs et de comtes étoient les plus importantes du royaume après celle du souverain. Le nom et l'usage en étoient empruntés des Romains. Ce n'étoit qu'une simple administration ou emploi. Le duc étoit le lieutenant dû roi » et le comte , sous-lieùtenant. L'un et l!autre commandoientles troupes du royaume , immédiatement sous les ordres du roi ou sous le général qu'il lui avoit pin de nommer. Dans le com« mencement de la monarchie , il n'y eut qu'un duc et un comte y et queU quefois qu'un comte , qui réunissoit les deux fonctions dans sa personnCé Le premier comte d'une cité particulière est Juthael , qui le fut de Rennes.

Le duc ou le comte étoit chargé de faire rendre la justice dans l'éten*^ due du royaume ou dans la cité, s'il n'avoit le commandement que d'un diocèse. Les possesseurs des bénéfices étoient alors bien éloignés de penser à s'attribuer la propriété de la justice. La juridiction du sénat qui résidoit à la capitale de chaque peuple , continua, de s'étendre à tout le terrain qui avoit formé autrefois son district. Injustice, qui auparavant avoit été rendue sous la direction des comtes de l'Empire , commença de l'être sous celle des comtes des rois armoriques. Ce que nous connois* sons aujourd'hui sous le noQi de communauté , ou corps de ville , ne représente point ces anciens sénats , dont les membres étoient nobles. Ce n'est qu'une image du sénat inférieur.

202. L'olBce de duc ou de comte étoit conféré aux personnes les plus illustres de la nation , et communément aux fils des rois« Nous avons vu Grallon revêtu de ce poste iniportant. A la faveur dé cette charge , il se fraya un chemin à la royauté. Avant qu'Erech y fût parvenu , il étoit comte de Cornouaille , c'est-à-dire , de TArmorique ; Maxence , son frère , le remplaça daqs cette dignité. 38

998 ïus'vnàP'rxxListk^rtQv Ew

ao3..4°LeicIçi^é^ràfcp]pi%ufîiÉnhë eti.la'rabon^tdtënt si l'udevabtes, étoU letprejni^ oôrp6.dii foyaimie.' /Les été^ès tinrent a ifssi le premier nmg dans ié séiAt ide leoruvyiot.' ëîiîsoofblaîJ Cette entrée iie^IeifR* Ait point (léfér£e.coiDàie>aitx 'dkefsi de là religion dans leurs diocèses ; on leur fit oét 'honneur y iparœ^qu^ils en ëtôieoi'les; premiers cito\ens. C'est là le principal fixidemênltt du pduiK)iricivil<]ù'Sa^pxercèrtB^nt'dâns l'Ârmorique. ConseiUers diEisùQveraiaj^liis arvcnenc' part & t6ute6'Ms>*andes affiiires dttgourôrnëoKnt , et riéndWportanc nese>!raîsbit''saniieux. Lorsque le partônent de la nation fift'fikéià Renniesietèi Nantes, sôus le nom de grands joursy IdDévéqdés de ces deux Tillés continuèrent d'y faire les fonctions de juges : civils. ! ii * »>'»• ' ' '•

. ao4. $Mès'anaires , qui îâtéressoieot ie bien fitublib /se traiioient dans une assemblée générale. Le roi y convoquoit les évéques y le duc on les comtes , s'il y. en avoit plusieurs, et quel(|ues-uns des sénateurs de chaque cité. Les sénats inférieurs ne prenoient aucune part à ces états. Tels furent ceux qu'Erech avoît tenus à Lan-Ninnocbt. Le roi ne pouvoit lever aucun droit /ni faire aucune imposition sans leur consentement. Son trône , qui étuit un tribunal toujours ouvert à ceux qui vouloient réclamer directement sa justice, Tétoit surtout dans ces as$eiiiblées. C^est pour cela que quelques-uns donnent le nom de consuls aux princes armoriques. Le$ amendes, qu'ils imposoient suivant les circonstance^ , appar-t tenoient aux pauvres. Les juges subalternes étoient obligés de se conformer à ce pieux usage. Le même esprit siibsistoit encore, du moins en partie , dans la très-ancienne Coutume de TArmorique , chapitre aai .

lîi.

ao5. Les évéques, quelque grands qu'ils fussent aux yeux delà rèli'' gion , comme vicaires de.Jésûs-Cbrist , et à ceux du monde par les prééminences dont ils jouissoîent,'n'en étoient p^s moins humbles. A l'exemple de saint Paul , ils prirent la qualité de pécheurs. Ils ren.doient , par cet aveu , un témoignage noq suspect à la nécessité de la grâce ; il^ reconnoissoient que tou^ les hommes sont coupables par leur naissance , et qu'ils ne sont justifiés que par les mérite^ de Jésus-Christ, C'éjoît en quelque manière une confession de foi et une protestation publique de l'horreur qu'ils avoient de l'hérésie de Pelage , si d'ailleurs leurs çentimens sur cet objet n'avoient pas été ^ussi publics qu'ils rétbient. Leur, communion avec les autres métropoles en étoit un s4r garant. Ces pieux évéques apprenoient en même temps à leurs peuples à réprimer Forgueil , cet eniiémi caché de la raison , si opposé à la religion , et à ne pas s'appuyer sur

ciNQUièjnt siiiCLE. . 299

ces litres pompeux y? que la vaDÎté du siède avoit inventés pour suppléer aux vertus qui cûimnèDçoieut h sédipser. Les sëu)s ifaonumens qui nous restent à cet égard se trouvent dans Talasiûs d'AQgers.et Perpet de Tours : ils nous indiquehii la manière de penser des autres évéques qui dépendoient de la métropole de Tours.) Nous en' verrons |iin autrq exenïptedans saint Sanson , second du nom ^' au 'concile de Paris , en raD;557. . . ?

;m)6. Si ces évéques étoièiit convaincus qu'ails >n!èivpient en prcipre que le péché, leur charité , toujours ingénieuse ^Jeurfaisoit cnfvisager le prochain sous des rapports bien difTâ^ènisx Ua a vcâjent. surtout devant les yeux que toute puissance vient de Di^u y-ek ils- sèiaiaôieot un ^devoir de le respecter dans ceux cpii aivoietit >ùneîpartieipation de son. pouvoir. D'après ce principe , chaque évéque >trailoit ses confrereé de seigneurs^ de ùien" heureux j de saints et àe vénérables en Jésus-Christ. Ainsi s'étoiept exprimés Léon y Vicfurius et Eustpdbctdans leur hïX^t àiiïrpî^ évéques, de l'Armorique. Ainsi avaient parlé saiiit Loup etsàîàt^Gtfpihrpn^.y eniéçiivaiH à Talase ; celui-ci s'étoit expliqué ofaûfeûfient j^ilaraqn'îl s^w^rivil en sa ville les actes du concile de Tours. L^iPèirdstdu'iH^i^cilelItlà Vénnes ne s'écartèrent pas de cet usage dans leui^j letbvisynddiqife. i.OuU^ la qualité de seigneurs qu'ils donnent aux. éVècftiesIjQbâénai^ili.; qui jfejrdiivoyèrent leurs décrets, ils les traiterU de: tétés iooiiinan liées :^i^;)Goniine la iplénitiide du sacerdoce eÉ^ unie à T^i^coijat /»ila le îregardoieut iconime une royauté spirituelle. . . .. 1 ; .; ■■: \ { ' j ' .

ao7. Saint Perpet , huitième évéque Hë Tours depuis saint Gatien, ne se contenta pas de donner aux pâtivréà!, pendant sà^vie,Flisufruit de ses grands biens.- Avant sa mort j il lesfif'Ièjê^atàirebdé ses tnèùbles-et de ses possessions. Son testament est wti mohùmérit précieux de rantiquité : il justifiera en partie ce que nous avons dit stn* là^ manière dont les évéques disposoient de leurs bien^ {iropres , et suppléera àf'fa perte des actes qui prouvent l'emploi que les prélats atmôricjrtes en 'ont foi t. Voici lés termes par où commence le testament que fît Perpet, l'an 475.

a Au nom de Jésus-Christ, je , Perpef , péèlieur , évéqife'de îéglise de » Tours, n'ai pas voulu mourir saris avoir fait' connoîtrfe niés 'dernières » volontés , de peur que les pauvres iiè fussent (Vdisttés dès richesses que » la divine Providence m'a données sî^lfbéralfement , et que les biens » d'un évéque , ce qu'à Dieu ne plaise , ne passassent à d'autres qu'à l'E-

(1) Incolumem coronam vestram Ecclesi^ concil.^. î.j suae Deus protegat, Domini fratrcs. (Labbc,

3o(i HISTOIBS COCXjfSIAtTIQUE.

» glise ; je donne et je I^^ làiz prélrés , aux diacres et aux autres clercs » de mon ^ise , la paix de Jësus-Ghrist. Ainsi soit-il. Seigneur, confir- » met ce qœ vous area opéré en nons ; qu'il n*y ait pas de sdiisme par- 9 mi eux ; qu'ils demeurent constamment attachés à la foi. Ainsi soit*il. . . . 9 Paix à TEgUse ; paix au penple , à la ville et à la campagne. Ainsi soit- » il. Venez 9 Seigneur , et ne tardez pas. Ainsi Boit-il. Je vous laisse donc 9 à vons , prêtres , diacres et autres clercs dé mon église , le soin de ma » sépulture. Vous enterrerez et cadavre où il vous plaira , de ra\is du » comte Agilon. Je sai* que. mon Rédempteur vit et que je verrai mon » Sauveur daiis ma diair. Aiesi'soil-il. Si cependant vous daignez m ac- 9 corder la grAce que je voqs' demande' humblement, je souhaiterais 9 que j dans Tattente du jugement , mon corps reposât aux pieds de saint '9 Martin. »

Ce prélat avoit fait i>âtir une ^lise magnifique en l'honneur de saint Martin ; il y avoit tfarisféré lé corps de ce bienheureux évéque , et fait revêtir de marbre son tombeau. Comme l'on nV^nterroit encore que rarement dans les ^[lises, Perpetlaissoit h la prudence de son clergé à décider s'il convenoit de lui accorder cette distinction.

Ensuite le testateur aflrancfait des ^esclaves qu'il avoit achetés de son argent ; il remet tout ce qu'on pou voit lui devoir , lègue plusieurs fonds de terre à son église, à la charge que /du revenu d'une de ces terres, on entretienne jour et nuit des lampes devant le tombeau de saint Martin. Cette manière d'honorer par le feu l'Etre-Suprême , remonte à To*' rigioe du monde. Dieu l'agréa dans lea sacrifices que lui offrirent les premiers patriarches} on la voit prescrite dans le Lévitique ; elle se pratiqua dans le temple du peup% juif , d^oii l'EgU^ catholique l'a empruntée. Perpet donne à sajnt Euphrooe d'Autun, son colline et son trèscher frère , une petite ch&sse d'argent pleine de reliques , qu'il portoit ordinairement sur lui , e| un Uyre des évangiles écrit de la main de saint Hilaire de Poitiers. Pour les autres Mvres de sa bibliothèque , il les cède à son église. Il donne a s^ scBur Fidia-Jnlia-Perpetua une petite croix d'or avec des reliques; des vases sacrés à plusieurs ^ises ; une tenture de tapisserie à celle de saint Pierre ; une colombe d'argent pour déposer l'eucharistie, au prêtre Amalaire. Il conjure ses donataires de se souvenir de lui dans leurs prières. Il assigne une pen^n viagère , sur ses biens , à deux prêtres qu'il avoit déposés y et qui avoient exercé leurs fonctions , l'un à Maillé ou Luines , et l'autre à Orbonne : il défend de les rétablir. Comme ils ne rendoient plus aucun service à l'Eglise , elle

CI NQUlèME SIÈCLE . 3o t

a voit cessé de leur fouroir leur subsistance. Ce prélat fait présent , à son successeur, des meubles qu'il Toudrfjehoisir^ de sa chambre et de sa chapelle , et lui adresse celte prière : « Aimez , lui dit-il , les prêtres , les >» diacres , les ecclésiasdques et les vierges de votre église et de la mienne, » ou plutôt de relise qui n'appartient ni à vow , ni à moi , mais à Jé- » sus^Christ. Soutenez -les par votre exemple; prévenez -les par votre » bonté; faites en sorte qu'ifs sentent qu'ils sont vos enfans~et non vos » esclaves , qu'ils vous ont pour père et non pour maitre impérieux. »

Ces dispositions faites^ saint Perpet continue de cette manière : «Mais >» vous , qui êtes mes entrailles » mes frères bien-aimés , ma couronne , » ma joie , mes seigneurs , mes enfans , 6 vous , pauvres de Jésus-Christ ! » indigens , mendians , malades y veuves et orphelins , je vous déclare , » vous nomme et vous institue mes héritiers. Je vous lègue et vous donne » tout ce que je possède en terres , en pâturages , en prairies , en bois , 3» en vignes , en maisons , en jardins , en rivières , en moulins , en or , » en argent, en habits et en toute autre chose, à l'exception dé ce dont » j'ai disposé ci*dessus. Je veux qu'aussitôt après ma mort tous ces biens » soient vendus , et que la somme qui proviendra de la vente soit divii> sée en trois parties, dont deux seront distribuées aux hommes pauvres , p à la discrétion du prêtre Agrarius et du comte Agilon ; la troisième s> sera mise aux mains de la vierge Dadolene, pour être distribuée, com- D me il lui plaira , aux veuves et aux autres femmes pauvres (i). »

Par un second testament , que Perpet fit dans la suite , ce saint laisse , sans détruire le premier , aux églises paroissiales qu'il avoit fait construire dans son diocèse , les biens qu'il avoit dans ces cantons mêmes. Il en avoit fait bâtir un grand nombre ; il avoit établi quatre nouvelles paroisses : Avene , Barou , Monay et Vernou (a).

ao8. Les diacres eurent dans les églises de TArmorique , comme ail*

(1) D'Acberi , Spicileg. t. 5. près ; au , rivUre. Monay prend son origine de .ftN Fi j r. . ^ lu éix «« •'Hm, abondant j fertile, ei d'à», habitation,

(2) ibidem. GrcgonM Turon. bb. 10. c. 31. ^^^ ^^^ ^^ MediLum, ipi'on Ini donne en- Maan. HutTuran &ete«. La paroisse d A- ^^ ^^ ^^ ^^ ^^ „ ^.^^ ^^ ^^ «ne est située sur la mt gauche de la Loire, j^. ^. ^ ^^^^ ^ ^^^ , et de eon , agréa- C'est de cette rivière qu'elle a pris son nom. jj^ j^^ „„^ ^^ y^^^ j^, „^ connoltre que Aven , nmire. M. Haan l'appelle Evma . eten, ^^ paroisse est à la source d'une riTière : ver, rivière. Barou, sur la rive droite de la Creuse, ^^ ^ ^^^ . ^^ ^j^j^^^ ^e nom de Vemantire son nom de bar, près , et d'o» , rtvtère. ^^^ ^^ pj^^j y^mantum , qu'elle portoit au- On nomme aussi cette paroisse Baraum ; bar, ^^^^ ^ ^ ,, ^^^^ ^^gine ; nom , riv»re.

3oa mssùiÉÉ tôOJÉêïÂntQm.

leurs, radmiqktnEitioodu.tèiiqpoicl'y'SiM^ Uo pau-

vre s'.étaot jpréseoté devant saiMiiiMartin , à dêiwoiu, ce prëlat comroauda k son ^tdbidiaére de lui donner un habit.

aog. aiQ. Celte fonction ^ qui rapprochoit les diacres deVévéque , en faisQit autant de minislMp. ils lui senroient ,' pour ainsi dire j d'yeux et de mains : c'ëloient les instrumeits par lesquels toutes les grâces s'accordoient. Comme on s'attache plus facilement à ce qui est sensible , les diacres acquirent beaucoup de considération , et Ton se sentit porté à leur faire la cour. Les prêtres , dont. les fonctions éfoient purement spirituelles, n'avojedt rien qbi leur attirât les regards. De là vint cet ascendant trop connu que les diacres s'arrogèrent sur les prêtres : ils leur disputèrent la présâmce et même tentèrent quelquefois de l'emporter sur eux. Ce sont ces entreprises que le concile d^Angers réprima l'an 453 , par son second canon. Cet abus avoit été corrigé dès l'an 3 149 par les Pères du concile d'Arles ; ils avoient enjoint aux diacres de respecter les prêtres. Coui^-là.i^voient porté en quelques endroits la témérité jusqu'à s'attribuer le droit d'offrir le sacrifice de l'eucharislie. Quelques-uns avoient des cures ou paroisses à conduire , de même que les prêtres. On peut se convaincre de la certitude de ce fiût par le soixante-dix-septième canon du concile d'Elvire , en 3o3 ; le septième de celui de Tarràgone , eu 5 16 9 et par d'antres antérieurs. Les ûtrâ des cardinaux diacres n'étoient dans leur priucipe que des paroisses^, dont l'administration leur étoit confiée. C'est là ce qui leur fournit le prétexte d'étendre leurs fonctions jusques sur la confection du plus saint de nos mystères.

Le concile de Cartbage de Tan 398 mit des bornes à d! autres prétentions des diacres. Il leur rappela qu'il ne sont pas seulement les ministres de révêque , mais qu'ils le sont encore des prêtres; il leur défendit de distribuer reucharîslie au peuple , en présence du prêtre , si ce n'étoit par son ordre ^ en cas de nécessité ; de s^asseoir en quelque lieu que ce fût , si le prêtre ne le leur commande , et de parler dans l'assemblée des prêtres , s'ils ne sont interrogés.

211. Nous avons lieu de croire que les diacres faisQient par eux-mêmes aux hommes en Armorique la distribution des aumônes , et que des vierges ou des veuves les délivroient aux femmes. Ce que Peq)et ordonna à cet égard par son testament , insinue que les aumônes se faisoient de cette manière , en ce qui regarde les personnes du sexe. L'état saint des diacres , et la discipline qui alloit au-devant de l'apparence même du mal , confirment celte assertion.

ClNQUtlME SIECLE. 3o3

a 1 2. a 1 3. Après que les hommes se furenl séparés pour peupler la terre, )a grandeur et la puissance des familles consistèrent dans le nombre des enfans. Ce fut une obligation de travailler à étendre, J)arrilnion conjugale, la multiplication de Kespèce bumàîne. Les législateors Tencotiragèrent par des distinctions; mais ils n'ignoroiént ^hbis en même temps combien îe célil^at est grand en lui-même , et qu'il n'y a que l'abus qu'on peut faire de cet état qui soit reprébensible. La plupart ne tardèrent pas h interdire le mariage à ceux qui étoient chargés du culte religieux. Melchlsedech , roi de Salem ^ et grand-prêtre du Seigneur, qui vivoît du temps des pa* triarches , nous est dépeint comme n'ayant point de généalogie , ni de famille. Josué , Elie, Elisée neftirent jamais mariés. Chez les Egyptiens , les prêtres de Cybéle gardoient la continence. Les gymnosophîstes et les brachmanes dans Tlnde , les hiérophantes à Athènes, la plupart des disciples de Pythagore, ceux de Diogène ol>scrvoient le même régime. A Rome , Vesta , Minerve , Diane , les Musses , les Grâces etoierit les protectrices de la virginité. Les Vestales sont connues de tout le monde. Le respect qu'on leur portoit étoit profond , et leurs prérogatives y répondoient. En Perse, les prêtresses du soleil pratiquoient ta même vertu que les Vestales. Les Grecs donnoient les noms de demi-dieux , d'^égairx aux dieux , à ceux qui professoient la virginité. Les Latins faisoient venir le terme cœlebs^ Ae cœli beatitudo^ comme qui diroit , une personne céleste. La métamorphose de Daphné en laurier prouve que la continence étoit , suivant les Romains , le moyen le plus sur popr faire passer son nom à une glorieuse immortalité.

21 4* Si les hommes ont compris j malgré la dépravation de leur cœur et les ténèbres du paganisme , qu'il étoit intéressant de ne confier les choses saintes qu'à ceux qui gardoient la continence , est41 surprenant que Jésus-Christ , en qui sont touà^îes trésors de la sagesse , dans lequel habite une lumière inaccessible aux hommes , et qui avoil paru sur la terre pour rendre à la religion sa perfection , ait regardé cette vertu comme convenable aux ministres des autels. Philon et Macrobe (i), échos de la raison , ont soutenu que , si la nature divine vouloit bien quelquefois se communiquer à la nature humaine , ce ne pouvoit et ne devoit être que par le ministère d'une vierge. Il y a sans doute en cela quelque chose d'outré ; mais on y découvre combien le Dieu des vierges

(l)Macrob. in Somnio Scipionis.

So4 flISTOXBB ÎBCCt^istJMKiVE.

est jaloux de trouver dans ses créatures quelqu'un qui approche de sa {Hireté.

ai 5. Ceux qui ont l'honneur de participer au sacerdoce de la loi nouvelle , à la production et à rimmolation de l'Agneau sans tache ^ ont pratique le oélibat dès le commencement de l'Eglise. Jésus* Christ a choisi ffour mère une vierge ; ceux qtti sont destinés pour l'enfanter de nouveau 6ur les saints autels , ne peuvent mieux faire que d'imiter sa pureté. C'est a eux que Jésus-Christ a dit : cdui qui quittera son épouse , ses enfans , ses biens pour mon nom , recevra le centuple et aura la vie éternelle (i). Ce sont eux qu'il envisageoit , lorsqu'il a prononcé qu'il y a des eunyques volontaires qui ont renoncé au mariage pour le royaume de^ cieux (a). Saint Paul en fit une loi à son disciple Tite (3).

Les ecclésiastiques des premiers âècles de l'Eglise vivement persuadés jde la pureté ineffable du sacrifice, et convaincus que la chasteté des prêtres doit se rapprocher , autant qu'il est possible , de la sainteté de la victime I s'animèrent mutuellement à la pratique de la discipline tracée par le docteur des nations. Toujours exposés aux persécutions , ils usoient de ce monde , comme n'en usant pas. Un grand nombre de laïques ou ne se marioient pas , ou renonçoient aux droits du mariage : ce qui de- ' voit soutenir le courage de ceux d*entre les ecclésiastiques qui se sentoient le moins de forces.

ai6. Lorsque la paix fut tendue à l'Eglise , la première ferveur des fidèles se ralentit : ce relâchement influa sur leurs pasteurs. L'obligation où étoient ceux-d de ne point laisser habiter de femmes suspectes dans leurs maisons , devint plus étroite pour eux : leur vertu étoit plus exposée ; les chrétiens , moins justes , étoient plus portés à former des soup- ^ns sur des femmes qui ne leur tenoient pas de près par le sang. Pour mettre le sacerdoce à l'abri des préjugés et écarter ce qui pouvoit lui être nuisible , le concile d^ Angers défendit à ceux des clercs qui n'étoieut pas mariés d'avoir chez eux d'autres fenames que leurs sœurs j leurs tantes et leurs mères. Ce règlement est plus sévère que le troisième canon du concile de Nicée , tenu l'an 3a5 , puisque celui-ci leiu* permet d'avoir en outre quelqu'autre femme qui ne puisse causer aucun soupçon : ce que Rufin entend des plus proches parentes. Le troisième concile de Carthage l'explique, canon dix-septième , des nièces , des femmes des

(1) Uatlb. 19. V. 29. (3) Ad Tit c. 1.

(â)Ibîd. V. 12.

eufans

CINQUIÈME SIÈCLE* 3o5

enfans des clercs ; et de celles de leur famille qui ëtoient attachées à leur ménage avant leur ordination.

Les Pères du concile d'Angers donnent à ces femmes , qui font l'objet de leur défense , le nom à^ étrangères ; d'autres les appeloient soiis-in^ traduites et agapetes. Ces différens noms exprimoient lés différèns prétextes sous lesquels les clercs les retenoient chez eux ; les uns sous celui de charité et d'amitié spirituelle ; les autres pour avoir soin de leur mé^ nage j de leurs affaires domestiques , et pour les soulager dans leurs maladies. •

217. Ceux qui étoient élevés au sacerdoce ou au diaconat durant leur mariage y étoient dès lors obligés de regarder leurs femmes comme leurs sœurs. SHl arrivoit que quelqu'un manquât à cette loi , on Texcommunioit( i). Cette discipline subsista en Ârmorique jusqu'au milieu du cinquième siècle. Les Pères du concile de Tours usèrent d'indulgence en 461 y envers les réfractaires. Ils se contentèrent de les suspendre de leurs fonctions j et de les exclure des ordres supérieurs.

1118. Les églises ne gardoient pas par tout la même uniformité tou^ chant la coutii^nce à l'égard des sous-diacres et des autres clercs. Les papes Sirice et Innocent i en avoient dispensé les sous-diacre^. Le concile de Tours , de l'an 461 j suppose évidemment , par son second canon , que ceux qui dépendoient de cette métropole pouvoient se marier , ou du moins vivre comme maris avec leurs femmes.

a 19. Talase d'Angers , prélat zélé pour la discipline ecclésiastique^ consulta j quelque temps après son sacre j saint Loup de Troye et saint Euphrone d'Autun j sur le mariage des clercs inférieurs. Ces deux évéques lui répondirent que la pratique der leurs églises étoit de souffrir les bigames dans quelques ordres y comme dans celui de portier ; mais que l'on défendoit les secondes noces aux exorcistes et aux sous-diacres ; qu'au reste il seroit à désirer que les clercs engagés dans le mariage n'en fissent point usage ; ou plutôt que , pour éviter toute discussion , l'on n'élevât point d'hommes mariés au rang des clercs. Ils observent que la discipline de l'église d'Autun étoit plus sévère , parce qu'on y déposoit les portiers qui passoient à de secondes noces. Ils protestent tous deux que , si d'autres évéques peuvent introduire dans leurs églises une pratique plus sainte , ils l'approuveront volontiers , parce que Dieu en sera glorifié y quoiqu'ils ne puissent pas la faire exécuter (a).

(1) CoDcil. luron. 1. can. 1. (2) Sirmoad. CoDcil.Gallûe. 1. 1.

3o6 «HISTOIRE ECCUêsiMTIQUE.

Talase avoit à cœur d*ëlever les clercs de son diocèse à la perfection de leur état ; mais il ne pouvoit y parvenir sans le concours des autres évéques. I^es vœux de saint Loup et de saint Euphrone furent remplis dans un concile de la province de Tours : on y décida que les sous-diacres et quelques autres d'entre les clercs ne pouvoient plus se marier. L'onzième canon du concile de Vennes j dont on n'a pas toujours pesé les termes , suppose cette défense ; on devoit l'avoir faite depuis peu de temps. Les actes du concile qui la renferme ne nous sont pas parvenus : cette assemblée a dû se tenir depuis le synode de Tours , mais avant celui de Vennes. Le pape Léon i avoit enjoint aux sous-diacres de garder la continence : son autorité fut d'un grand poids dans la province de Tours.

nQio. Nous ne pouvons déterminer quelle est y outre les sous-diacres ^ celte espèce de clercs à qui les évêques de la province de Tours ne permettoient plus de se marier. Comme les actes du concile qui en s^voit porté l'ordonnance n'existent plus , il n'est pas possible de les distinguer des autres. Nous ne connoissons pas même combien il y avoit alors dans la Gaule d'ordres que nous appelons mineurs. Saint Loup et saint Euplirone ne parlent j dans leur réponse à Talase , que des portiers et des exorcistes ; saint Sidoine nous indique j à la vérité , des iftteurs (i) ; mai^ aucun monument ne fait mention des acolytes dans l'Eglise gallicane , quoiqu'il y en ait eu à Rome dès le troisième siècle (a).

2211. Les clercs étoient attachés^ suivant les canons, à Févéque qui leur avoit donné le premier ordre. On n'avoit égard ni au lieu de la nais-j sance j ni à celui du baptême , mais uniquement à celui de la première ordination ou du bénéfice. C'est de là qu'il est défendu aux clercs , par le premier canon du concile d'Angers , de passer d'un lieu à un autre j et même de voyager ; que le concile de Tours sépare de la communion , par l'onzième canon , un clerc qui quitte son église pour aller ailleurs.

Pour voyager d'iine manière conforme aux règles , il fhlloit de^ lettres de recommandation de la part de l'évéque de qui les clercs dépçndoient. Ceux qui voyageoient de cette façon étoient reçus avec les mêmes distinctions et les mêmes prérogatives dont ils jouissoient dans leur propre ^lise. Peut-être même y trouvoient-ils de plus grands avantages. Il n'y a rien dans cette pratique qui ne fût autorisé par la discipline : Thospitalité étost portée quelquefois jusqu'à la profusion. Ce traitement , qui étoit ap-

(1) Lib. 4. ep. 25. (2) Easebias , lib. 6. e. 43.

CINQUIÈME Sli:CLE. 3o7

puyé sur la charité , fit naitre le désir de voyager ; l'amour propre y vit son bien-être , et Ton ne risqua qu'à gagner. Ce qui pouvoit être utile dans son principe auroit tourné en abus , si la prudence des évêques n'y avoit mis des obstacles. Les pèlerinages aux Lieux-Saints commençoient à devenir fréquens. Il étoit nécessaire de leur fixer des bornes.

Les clercs , qui n'étoient pas munis de lettres de recommandation , étoient privés de la communion, dans quelque lieu qu'ils allassent. Usn^étoient pas pour cela sujets à l'anathème , ou à l'excommunication ; leur punition consistoit à ne pouvoir plus exercer les fonctions de leur ordre , et dès lors ils étoient privés de toute distribution. Tel est le sens du cinquième canon du concile de Venues.

aaa. Le lien qu'un clerc avoit contracté avec l'évêque par sa première ordination , étant antérieur à tout autre , étoit conséquemment le plus fort : un autre évéque ne pouvoit le rompre en élevant un clerc à un ordre supérieur. Cependant, quelques évêques tentèrent d'attirer à eux, sous ce prétexte , des clercs étrangers. Cet abus fut condamné par le neuvième canon du concile d'Angers. Comme ce mal reprenoit de nouvelles racines^ le concile de Tours , par son neuvième canon , sépare de la communion des autres évêques, celui qui ordonne des clercs qui ne lui appartiennent pas. Pour rétablir les choses dans leur premier état , il déclare , par le dixième canon , la nullité de ces ordinations illicites , à moins que , par une satisfaction convenable , l'ordre et la paix qui ont été violés ne rentrent dans leurs droits.

223. Comme les clercs étoient attachés par leur ordination à un office particulier , ils étoient tenus à la résidence. C'est ce que supposent les conciles de la province de Tours , dont nous avons rapporté les canons. Aussi les évêques étoient-ils attentifs à faire remplir aux clercs cette obligation , d'où dépendoit le plus grand bien spirituel de l'Eglise. Ceuxci ne pouvoient s'absenter du lieu où ils étoient attachés, qu'avec l'agrément de leur évêque , c'est-à-dire , lorsqu'il avoit pesé leurs motifs et qu'il les avoit crus légitimes.

aîi4. Il n'étoitpas dans le pouvoir des clercs de renoncer à leur état. Ils étoient enrôlés dans une milice plus sainte que celle du monde ; promus à des dignités spirituelles , ils ne pouvoient se rabaisser à celles du siècle : c'eût été une espèce d'apostasie. Aussi le concile d'Angers, canon septième , et celui de Tours , canon cinquième , excommunient-ils les clercs qui portent les armes et se comportent en laïques. Les propositions dont se servent ces deux conciles sont universelles : elles compren-

3o8 HISTOiaE ECCLÉSIASTIQUE.

neut non-seulemeDt les prêtres , les diacres et sous-diacres ; mais encore les portiers , \» lecteurs , les exorcistes et les acolytes j s'il est certain que ceux-ci existassent alors dans la province de Tours. Ces dispositions n*éloient pas seulement reçues dans cette province. Dès Tan 4^ < » le concile de Calcédoine avoit défendu^ sous peine d'anathème j à ceux qui sont entrés une fois dans le clergé , ou dans Tétat monastique , de quitter Tune et l'autre de ces professions qu'ils ont embrassées à cause de Dieu , pour s'engager dans la milice , ou dans une dignité séculière.

aa5. L'évéque et son clergé vivoient sous la protection des lois. L'évêque ne pouvoit priver un clerc ni des fonctions de son ordre, ni des émolumens qu'il peroevoit de l'Eglise. Il étoit nécessaire , au préalable , de lui faire son procès juridiquement : on ne le déposoit que quand le délit étoit prouvé. Si le clerc accusé pouvoit faire voir que son évéque lui étoit suspect , il étoit en droit de se pourvoir devant les évéques de la province. Si l'affaire concernoit des biens que l'évéque voulût lui enlever, elle étoit dès lors dévolue au tribunal des comprovinciaux. Telle étoit la r^le que les Pèr^ du concile de Venues avoient établie par leur neuvième canon.

aa6. Les abbés et les moines de l'Armorique étoient soumis , ainsi que les clercs , à l'évéque. Ils ne pou voient sortir de leurs monastères sans permission , ni renoncer à l'état qu'ils avoient embrassé. Pour rendre cette vérité sensible , il suffit de jeter les yeux sur le huitième canon du concile de Venues. Ce règlement est le même que celui qui avoit été fait l'an 45 1 9 au concile de Calcédoine , canon quatrième.

227. Les KDoines vivoient sous la conduite immédiate d'un supérieur, que l'on nommoit Abbé, c'est-à-dire , Père. La vanité n'avoit point donpé lieu à ce titre si doux : il avoit pris naissance dans le cœur des chefs qui gou¥ernpîeot l^urs monastères avec une autorité vraiment paternelle, et daqs celui de l^urs religieux qpi l^ur obéissoient avec une soumis-^ siou filiale.

Les jeunes religieux apprenoient , dans les monastères , à se former , principalement à la piété et à la pratique des vertus les plus austères. Dans Tenceinte de ces maisons , on voyoit des cellules séparées les unes des autres. Elles étoient destinées à ceux qui étoient parvenus à une éminente saipteté , ou qui ne pouvoient plus , à cause de leurs infirmités , soutenir l'austérité de la règle. Ces anachorètes passoient , de temps à autre, de leurs cellules dans les monastères. Pour celles qui étoient indépendantes , l'Armorique n'en connoissoit point : elles auroient occa-

CINQUràME SliCLK. SoQ

«onné les mêmes désordres ^ dont ou s'étoit plaint ailleurs. Les solitaires , qu'on remarquoit dans le royaume j n'avoient embrassé leur état , qu'après que révéque du lieu les avoit éprouvés , à moins que leur vertu ne lui fût connue d'ailleurs. Tous les religieux vivoient sous les yeux de l'ab* bé , afin que leur conduite fût au-dessus de tout soupçon.

228. Saint Guignolé étoit prêtre et abbé de Landewenec : d'où l'on peut inférer qu'il y avoit aussi des prêtres , durant le cinquième siècle , dans les autres monastères de l'Ârmorique. Celui de Marmoutier étoit une pépinière d'évêques : les religieux de cette communauté qu'on éievoit à l'épiscopat , dévoient être honorés , avant ce temps , du sacerdoce ou du diaconat. Les maisons religieuses de l'Armorique approchoient de la sainteté de celje-là , et dévoient être son émule dans les sciences ecclésiastiques,

229. Le plus ancien monastère de filles que nous connoissions dans les Gaules, est celui de Lan-Ninnocht. Il étoit , comme les autres , gouverné par une supérieure et par un prêtre , sous l'autorité de l'évêque. Il est bien probable que ces religieuses avoient du moins un oratoire pour y chanter tous les jours les cantiques 4^ leur divin époux , selon les heures de l'office de l'Eglise. Pour les dimanches , elles dévoient se rendre , suivant l'usage j à l'église paroissiale , pour y participer aux saints mystères. Nous croyons qu'à l'exemple des autres communautés du monde chrétien , elles se chargèrent de l'éducation des jeunes filles. La plupart de ces religieuses étoi^it probablement initiées dans la connoissance de la langue latine , ce qui étoit alors assez ordipaire ; celles qui pouvoient l'ignorer y animées du désir de comprendre du moins le sens des offices qu'e)les psalmodioient , se firent un devoir de l'apprendre.

230. 11 y avoit dans l'Ârmorique deux autres espèces de religieuses. Les unes J sans faire de vœu public et solemnel , consacroient à Dieu leur virginité ; elles n'étoient distinguées des autres filles que par leur extrême modestie , soit dans leurs vétemens , soit dans leur maintien : ce qui brilloit en elles étoit la pratique des vertus chrétiennes. Saint Jér6me dit , dans sa lettre à Gaudentius , que ces sortes de viciées portoient ordinairement une tunique de laine brune et un manteau noir. Les autres faisoient un vœu publie et solemnel de virginité : elles recevoient de la main de l'évêque un voile de consécration. Cette cérémonie se faisoit avec appareil pendant la messe ou le jour de l'Epiphanie , ou la seconde fête de Pâques , ou celle de quelque apôtre , ou à Noél. Ce voile étoit un sym-r

'ilO HISTOIRE ECCLiSIASTIQUB.

bole du mariage céleste de ces viei^^es avec Tépoux immortel. Ce n'est pas que celui des autres vierges n'en fût également une représentation. Tertullien le fait assez entendre , lorsqu'il dit que ceux qui osent dévoiler ces filles y sont des sacrilèges (i). Ces viciées occupoient dans chaque église une place honorable et séparée du peuple (a).

a3i. Ces viciées faisoient de leurs maisons particulières comme autant de monastères. Elles consacroient toute leur vie à la retraite , à apprendre TEcriture-Sainte , à lire les saints Pères , à la psalmodie , à la prière , aux jeunes et aux travaux manuels. Tel est le portrait que saint Jérôme nous «u a tracé dans ses ouvrages (3). Les évêques regardoient les vierges comme la plus noble et la plus illustre portion du troupeau fidèle ; elles étoieut à leurs yeux les plus belles fleurs du parterre de TEglise , Tornement du ciel y les images les plus parfaites de la sainteté du Dieu trois fois saint. Aussi avoient-ils grand soin de les éloigner de tout ce qui auroit pu obscurcir leurs vertus. Ils ne permettoient pas à ces saintes filles de demeurer avec les hommes dans une même maison (4)* C'est d'elles en particulier que parlent le concile d'Angers et celui de Tours j lorsque , par le quatorzième et troisième canons , ils défendent aux clercs d'avoir chez eux des filles étrangères. Il ne suffît pas que leur honneur fût à couvert : il devoit être au-dessus de tout soupçon.

a32. L'Eglise a toujours regardé comme un grand crime le manquement des vierges à la foi de leur état. Dès l'an 3o3 j le concile d'Elvire priva , canon treizième , de la communion , même à la mort, les vierges qui , après s'être consacrées à Dieu , auroient violé leur vœu et vécu dans le désordre, ne comprenant pas le bien qu'elles ont perdu. Si cependant elles n'étoient tombées qu'une seule fois par séduction ou par fragilité , et si elles avoîent fait pénitence pendant toute leur vie , le concile veut qu'on leur donne la communion à la fin.

233. Le seizième canon du concile de Calcédoine y tenu l'an l^oi , défend aux vierges consacrées à Dieu, et aux moines, de se marier, sous peine d'être privés de la communion pendant tout le temps qu'il plaira à révêque. Ce qui suppose que leurs vœux ne formoient pas encore un empêchement dirimant de mariage ; en effet, les Pères de ce concile ne se seroient pas contentés d'excommunier les coupables , ils leur auroient enjoint de se séparer. Innocent i , dans sa réponse à Victrice , évêque de Rouen , avoit décidé , dès l'an 4o4 , qu'on ne devoit soumettre a la

(1) De Tirgin. velandis. (3) Ad Gaudent... Ad Marccllam.

(2) S. Ambros. ad virg. lapsam. f4) S. Gypriao. 11b. I. ep. 11.

CINQUIÈME SlîiCLE. 3 I I

pénitence publique qu'après la mort de leurs maris, celles des vierges qui, après s'être consacrées à Dieu , âvoient eu la témérité de se marier. On n'entrevoit d'autre motif de cette décision que celui de ne pas les enlever à leurs époux , à qui elles étoient unies par un mariage valide. Elle est d'autant plus sage que l'on ne pouvoit astreindre une femme à la pénitence publique sans le consentement de son mari; parce que, durant ce temps , ils dévoient vivre comme frère et sœur. On ne découvre , dans ces sortes de mariages^ qu'un empêchement prohibitif , qui donne lieu , par la inort des maris , aux exercices de la pénitence publique. Saint Augustin avoit cru également que les mariages de ces vierges étpîent véritables y et que celles qui $e séparoient de leurs maris , à cause de leur vœu j faisoient un très^grand mal. La raison qu'il en apporte est qu'elles donnoient lieu à la parUe qui n'avoit pas fait de vœux y de se remarrier à une autre , et d'être par là une a4ultère(i). Saint ^on i , dans sa réponse , vers l'^n 443 , à HUstique , évéque jle Narbonne , avoit dit qu'il faut mettre en pénitence publique les moines qui renoncent à leur état pour s'engager dans le mariage ; que les filles qui ^ s^s être contraintes par leurs parens j ont promis volontairement de garder la vii^inité , et qui ont pris l'habit convenable à leur profession y quoiqu'elles n'aient pa^ été consacrées à Dieu j prévariquent si elles abandonnent leur résolution ; que le crime seroit plus grand , si elles avQfenjt été consacrées.

Quoique le sixième canon du concile de Tours traite le mariage des vierges qiii avoient reçu la couj^écration d'union détestable , et que , par le quatrième de celui de Venues j la vierge qui se marie et celui qui l'épouse, soient notés d'adultère, ainsi que l'a fait Innocent i> les Pères de ces deux, conciles n^ont pas jugé pour cela , avec ce i^ouyerain pontife , que le mariage ainsi contracté f}ît nul ; la seule peine qu'ils iuiligent aux préva-» ricateurs consiste dans l'excommunication. 11 paroit donc certain^ que les vœux des vierges consacrées à Dieu ^ même par l'imposition des mains de l'évêque , n'ont formé dans l'Eglise , jusqu'au cinquième siècle , qu'un empêchement prohibitif de mariage.

Page 1