IX
a34. La prière vocale , que l'Eglise fait faire tous les jours à certaines heures , au nom de tout le cdrps des fidèles , par ceux qui sont spécialenient destiiiés à cette sublime fonction , s'appeloit office , ainsi que nous
renseigne le quinzième canpn du concile de Venues. Ce lerm^ 4l^oit pris
(i)Lib. debono Tid.c. 10.
3 II HISTOIRB ECCliSIASTIQUC.
dans toute son étendue ; en effet , le premier office ou devoir de niomme est de louer Dieu , de le remercier de ses dons et d'implorer sa miséri* corde.
a35. L'office ne fiit pas d'abord le même dans les différentes églises de la province de Tours : la forme qu'on y observoit n'étoit pas fixe. Le trentième canon du concile d'Agde , de Tan 5o6 j suppose que l'office n'étoit pas plus réglé dans les autres églises de la Gaule. Le^ évéques qui assistèrent au concile de Venues jugèrent à propos de garder l'uiliformité à cet égard. Ils décidèrent qu'il n'y anroit plus à l'avenir qu'mi même office divin et une même psalmodie dans tous les diocèses qui dépendoient de Tours. A l'exemple du concile de Venues, celm d'Epoùe (i) , ville alors coùâdérable du diocèse de Vienne, statua, Fan Siy , canon vingts septième, que les évéques de la province suivroient le rit de la métropole dans la célébration de l'office divin.
La raison pour laquelle le concile de Venues rendit son ordonnance , étoit la crainte qu'oA insérât , dans les différens offices , quelque chose dont les Goths, leurs voisins- , qui étbiènt Ariens , eussent profité pour prêter aux évéques de la province de Tours des sentimens sur la Tiinité qu'ils n'avoient pas.
(1) Suivant les -maitterifs' ftntienÉ et récens de ce concile , le lien ott il se tint s'appeloit Epao ou Epattiui. Une inscription gravée sur une pierre , avec ces mots : Deœ Eponœ , qu*on a trouvée à Yene , au diocèse du Bellai , a fait croire à M. Fleury et à d*aatres savans que c^étoit là que s'étoit tenue rassemblée des évéques du royaume de Bourgogne , dans la persuasion où ils étôiént que cette ville avait pris le nom de cette déesse. . G'étoit une divinité romaine : les chevaux et les étables étoient sous sa garde. Son nom même ed est la preuve: Epo, chevaux. Les Romains avoient emprunté du celtique bien d'autres termes que celui-là. Ceux qui fournissoient des chevaux aux jeux du cirque invoquoient cette déesse , juroient par elle , et lui recommandoientles animaux qu'ils vouloient conserver. Juvenal , dans sa huitième satyre , pour se moquer des personnes de qualité qui se donnoienten spectacle^ dit qu'ils ne juroient que par Epone et par ses images peintes dans les écuries. Minucius-Felix tourne avec finesse en ridicule les païens qui lui dressoient des niches dans leurs étables. TertuUien et
Phidenceea fo&t'aiitantl La ville de Soleure, en Suisse , «doroit la méose déesse. On a pu aussi lui rendre dçs honneurs à Yene. Mais étoit-ce là VÉpao oit VBpawM de notre concHe?Desrtt»onspartloBlièrès nous empêchent de le penser. Une terre d'Epone dépendoit originairement de Téglise de Vienne : Louis le débonnaire la donna en fief au comte Abbo par an diplôme d^Aix-4a-Ghapelle , la 18* année de son règne ; elle y est appelée epaonensis. Par une donation faite sous Charles le Chauve à l'églbe de Vienne par Arlulfe di •sa femme Adoara , des biens qu'ils avoient dans le Viennois ^ il' est dit qu'Ancyron est au territoire d'Epone. Ancyrôn , qui est encore à présent une paroisse du Viennois, dépend du comté d'Albon. Comme elle étoit autrefois âtk territoire d^pone, Epone est le même Uén qn'Albon. Cette terre , i'une des plus anciennes dp royaume.de France , est sur une hauteur proche la rive gauche du Rhône. Ej^nà ési for Aie dV, rhiète-, et de* pon, élévation. Al y hauteur; bon, rivière : hauteur qui domine sur une rivière.
CIUQUIÈMS SI^CLB* 3l3
A. ce motif principal 9 nous pouvons en ajouter deux autres y dont le poids ne laisse pas que d'être considérable. Les clercs qui ; comme nous l'aTons vu , voyageoient de temps en temps et s'arrétoient dans d'autres diocèses , ëtc^ept admis parmi le clergé et y faisoient les fonctions de leur ordre ^ lorsqu'ils étoient munis de lettres de recommandation. Dans cette circonstance j il lent étoil avantageux de retrouver le même office et la même psalmodie que datas leur église. Comme , suivant les canons , les évéques de la province s'assembloient deux fois Tan en concile , et qu'il falloit y durant ce temps , assister aux offices , leur diversité deveuoit embarrassante»
â36. Mais quel étoit le corps d'office que se donna le concile de Venues? Voici ce que nous pensons à ce sujet. Musée (i), prêtre de Marseille y composa , vers le milieu de ce siècle ^ à la prière de Venere , son évéque , un lectionnaire pour Voffice de l'Eglise. Ce livre contribua beaucoup à l'instruciion du peuple et à faire l'office divin avec plus de majesté. Les leçons que ce savant prêtre employa étoient tirées de l'Ecristure, avec des répons, des versets ou capitules , despseaumesqui avoient rapport aux temps et aux leçons pour toutes les fêtes de l'année. Cet ouvrage fut généralement adopté j dit Genna(ie , parce que l'usage qu'on en fit aplanissoit toutes les difficultés (2). Les évêques de la province de Tours ne pouvoienl mieux faire que de recevoir ce lectionnaire , qui a donné la naissance à ce q)ie nous appelons maintenant bréviaire, lln'avoit point encore paru d'autres ouvrages sur cette matière.
^37. Si les religieux , les vierges consacrées à Dieu par le vœa.de vir* ginité se sont fait un devoir de réciter les heures canoniales , ainsi que les Pères l^attestent , les clercs ont cru y être astreints plus étroitement. Outre que les divines Ecritures enjoignent à tout fidèle de prier sans cesse j les ecclésiastiques y dégagés de la servitude des affaires du monde et médiateurs entre Dieu et les autres hommes y deviennent dès lors des personnes de prières. Ils sont donc obligés par état et avant toute rétribution à des heures réglées de la prière vocale. L'infirmité pouvoitles dispenser de les réciter à l'église avec les autres y comme le dit le quatorzième canon du concile de Venues ; mais ils étoient tenus de le faire en particulier , suivant l'usage, si leur position le leur permettoit. L'Eglise , en leur don*
(i) Musée monnit , selon Gennade (de Vir. une parfaite connoissaDce des Ecritures et con-
illost. c. 79) , sous Tempire de Léon et de Ma- serve le goût de l'ancienne éloquence, jorien; c*est-à-dire y entre les années 456 et *6i. Il aToit acquis, par un travaU assidu , (2) Gennade , de Vir. Ulust. c. 79.
3i4 mnovBm woufeiASTiQuc.
nant un honnête entretien , les privoit de leur rétribution lorsqu'ils man« jquoient à remplir quelqu'une de leurs obligations. C'est pourquoi le •même canon que nous menons de citer punit d'une suspense de sept jours un derc qui n'asnste pas à l'office du matin : à cette suspense étoit atta«dtkée la privation de l'honoraire. Par ces termes : ojffice du matin , le concile entend la même chose que vigUe. Il donne à l'office de la nuit le nom de matines, parce qu'il duroit jusqu'au matin : 4*Autres l'ont appelé vigile i parce qu'il commçnçoit à minuitt
a38. Si les évéques étoient attentifs à conserver la discipline dans leur dei^é y ils n'avoient pas moins de soin à dissiper tout ce qui pouvoit ressentir la superstition. Quelques-uns d'entre les clercs exerçoient la divination par l'inspection des premières pages , à l'ouverture des livres saints ; ce qu'ils appeloient les sorts des saints. D'autres pr^tepdoient dér couvrir l'avenir par le moy^n de toute espèce d'écriture. Le çoqcile de Venues excommunia ceux qui exerçoient ou enseignoient cet art.
Cette double manière de percer dans l'avenir n'avoit pas été connue des Gaulois, lis étoient dans l'usage de ne rien coucher par écrit. Les Romains j leurs vainqueurs , accoutumés à cette vaine science , la leur communiquèrent. Valère-Maxime rapporte que^ comme Brutus étoit incertain du sort qui l'attendoit à la bataille de Philippe , le hasard lui offiit cet endroit de l'Iliade où Patrocle se plaint que \9 cruel destin et le fils de . Latone lui ont 6té la vie. Cet auteur ajoute que ce romain ç'eq fît l'application à lui-même y et qu'elle fut justifiée par Tévénement (i). L'empereur Macrin cherchant à connoltre , daps le même poème , si son règne seroit marqué par une longue durée et par la prospérité , tomba sur ces vers , dont le sens est : « Vieillard , vous êtes bien serré par de jeunes » guerriers ; votre force est détruite , et vous êtes menacé d'une triste » vieillesse. » On crut que dans ces paroles étoit contenue la prédiction de la mort de cet empereur. Ce qui donna lieu à ce préjugé , c'est aue Macrin étoit déjà vieux lorsqu'il monta sur le trône impérial ^ que son règne ne dura que quatorze mois , et qu'Héliogabale , qui lui enleva la vie et la couronne , n'avoit dans ce temps qu'un pareil nombre d'années. Nous avons deux autres exemples de cette espèce de divination : le premier concerne Adrien , le second se trouve dans Alexandre-Sévere. L'un ^t l'autre se servirent , à cet effet , de l'Enéïde de Vii^e.
(1) Lib.l. €. 5et7.
cnfQurbcE siècle. S 1 5
^39. Les Ârmoriquesy devenus Romains , partagèrent avec le sexe le prétendu moyen de pënëtrer dans Tavenir. Eclairés par le christianisme ^ ils tâchèrent de retenir les pratiques qui n'attaquoient pas directement lâ foi. Ils s'imaginèrent que la divination ^ qui se faisoit surtout à l'ouverture des livres saints j n'y ëtoit pas contraire. Des clercs y entrahiés par l'exemple et fortifiés par l'autorité de l'Ecriture sainte qui raconte que , dans des affaires importantes , on avoit employé le sort , jugèrent être en droit de faire la même chose. Dans cette persuasion j ils qualifièrent cette action du beau nom de Sort des saints. Us ne réfléchissoient pas que les saints qui s'en étoient servi n'y avoient procédé que par inspiration divine.
L'opposition que quelques évéques et tuie partie du peuple formérttt à l'élection de saint Martin fut levée par le sort des saints^ Sulpice-Sévere el Fortunat disent que le lecteur qui devoit ce joùr-là lire datis l'église , n'ayant pu percer la foule pour se rendre à sa place ^ un des assistans prit le psautier et lut la première page qui se rencontra. C'étoit le verset du psaume huitième j où il étoit dit : a vous avez tiré la louange de la » bouche des enfans à cause de vos étiuemis , pour détruire l'ennemi et » le (iéfenseur (i). » C'est aitisi qu'oti lisoit dans l'ancienne version ita* lique^ au lieu que nous nous servons maintenant du mot vengeur , qui se trouve dans notre Vulgate (a). Celui qui blàmoit le plus la nomi-* nation de saint Martin étoit l'évéque d'Angers. Comme il s'appeloit Dé» fenseur y le peuple crut à l'instant que ce prélat étoit désigné par ce mot du pseaume , et que la volonté de Dieu avoit fait tomber sur ce verset. Il s'éleva sur-le-champ un grand cri en faveur du saint , et tous se réunirent à approuver son élection. Le changement subit qu'occasionna la lecture du pseautier prouve que cette méthode étoit connue et qu'on l'employoit depuis long-temps.
a4o. Il n'est pas surprenant que ceux qui , par hasard ou de dessein prémédité y consultoient l'Iliade et l'Enéide , ou quelques-uns des livres saints, crussent y rencontrer des prédictions. Ces ouvrages contiennent un grand nombre d'événemens j de sentences et de maximes qu'on peut adapter à toutes les circonstances de la vie. Les versets , qu'on tiroit au hasard , auront quelquefois répondu à ce qu'on vouloit savoir : dès lors les livres où on les puisoit auront passé pour contenir des oracles. On ne chercha pas à s'instruire si une volonté supérieure conduisoit la main et
(i) Ut destmas inimicam et defensorem; (2) Ut destmas inimicam et oltoreni.
3 1 6 HISTOTU ICCEUtSiâfTiqiJE.
les yeux à Touveiture du livre ; od ëtoît bien aise de le lupposer. . a4i. Ce défaut de drconspeoiicm ne jkrésenloit rien d'eitwiordinaire dans les païens : ils agissoient presque toujours en aveugles. Pour les chrétiens 9 leurs démarches dévoient être Raisonnables conime leur foi. Pour avoir licitement recoura au sort que les saiilts àvoienft pratiqué y une inspiration divine étoit nécessaire. C'est par un mouvement de cette nature que saint Augustin , après avoir entendu , à trois différentes fois , ces pa« rôles : prenez et lisez , ouvrit les épttres de saint Paul , dans lesquelles il lut le fameux passage qui opéra sa . conversion (i). Ce saint docteur a fait assez connottre ce qu'il pensoit sur la matière présente. « A l'égard, dit» » il y de ceux qui tirent des sorts des évangiles , quoiqu'il soit à désirer » qu'ils en usent ainsi plutôt quei de cônèulter les démons ^ cependant » cette pratique me déplaît ; je n'aime point que , tandis que les oracles » jlivins ne parlent que pour l'autre vie , on \ts applique au néant de 9 celle-ci ni aux affaires du siècle. » C'étoit tenter Dieu , que de penser qu'il dût manifester ses volontés ou découvrir l'avenir autant de fois qu'il plairoit aux chrétiens d'ouvrir les livres saints. On n'y rencontre rien , ni dans la tradition , d'où l'on puisse inférer que le modérateur de l'univers ait fait avec eux un pareil contrat. Il est probable que l'excommunication lancée .par les Pères du concile de Venues , contre ceux qui Xea* toient de découvrir l'avenir ou la volonté de Ueu par cette méthode , arrêta leur témérité dans l'Armorique , durant le reste de ce siècle ; mais cette superstition ne fut que trop répandue pendant le suivant dans le reste de la Gaule.
%fyk. plusieurs anciens Pères ont enseigné que le lien du mariage pou*» voit se rompre par l'adultère de la femme. Tel a été le sentiment de Tertullien. « Le Créateur ne désunit pas , dit-il , ce qu'il a uni lui-même , si » ce n'est pour cause d'adultère (a). » D'où Ton peut conclure que ^ suivant ce célèbre écrivain , Dieu désunit ou permet de d^nir j pour cause d'adukère , ce qu'il avoit uni. Saint Epiphane , après avoir exposé que les secondes noces sont permises, proteste que les divines Ecritures ne condamnent pas et n'excluent point de l'Eglise ou de la vie étemelle celui qui 9 après avoir fait divorce avec sa femme pour cause d'adultère , en épouse une autre , ni cette femme , si elle prend un autre mari ; ce saint docteur ajoute que les livres saints les tolèrent à cause de leur foiblesse ^
(1) Confei. 11b. 6. (3) Lib. 4. contra Mftfcion.
CINQUIÈME SIÈCLE. Sl^
de manière cependant que le mari n'ait pas deux femmes en gardant la première; mais qu'en ëtant réellement séparé^ il lui soit permis d'en avoir une autre (i). Ssutft l^eré-^'jl^ipà$|4 .fa^ qu'on doit être bien
persuadé que le mariage ne se dissout que parla mort et l'adultère (a).
Ces Pè.^es et; qud^peSfAUti!^» appuyoient leur opinion sur le neuvième verset du «^lÉpitmedtx^nieuvième de saint Matthieu. Ceux qui pensoient autrement réclamoient en leur faveur la même autorité. Saint Augustin
Cepehdsint ce docteur, quelque éclairé qu'il fût, recp^nç^t^ fiuf» cette question souffroitencore^diffi^^^^ ,^ ?t^y flj'^Qçp, W f^tteç.d^^^^
tièreineqt ëcïaircie (è j! . ., ,, . m .r*^ . , , . ;
Dans,ce,pairtage de sentimens et dans tfn ftemps ou 1 Eglise, n a^Yq^t;pa|i prononcé sur le vrai seiis des paroles, de Jésus-Christ au sujet du divorce t il n est pas etonjnant que 1<^ iTeres du conçue defVeBnes.alen|tcr^m^ lien du mariage pou voit se rompre, pa (J^^^l^ Ç^iP^jf; . ! 'i .., ,.:>
(1) S. Epipbanius advenus tores, c. 59. (4) Tract, de fide et operibus , c. 19.
(2) Hom. in S. UaUb. (5) Retract, lib. 2. c. 57.
(3) LIb. de Cé«j«|(i-àda!t. «A ^nentitatti:'
*i ' t i: f'iîj^ .'i
!. r .' -.I jui /i» »M' i 'i'\iin. l'ii.j . ./
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tri».tfi«ii|ilHBretid;
I. Ls coaimenc^ùéttt ^é-db siècle fui remarquable par là mort d^aa saint fondateui^ de Tordre religîéiix , qiii àVoît éclairé rÂrtnorïque. Son nom Abil Brieuc (<).
a . Cet illustre àbbë n*iaiVott point pris naissance & (jorck (a}^ ., en Irlan^ de I comme quelques-mis Font avance sans fondemept : c'étôit dans File de Bretagne qu'il avoit re^u le jour; mais il iiW pas si fkdJe de déterminer le lieu précis de jiOn origine. Ôfi 'tic peut mieux le fixer que dans le Rudand , pays qui Ait le premier déitiicîle des Contani^ ôû du moins dans Tune dés contrées Voisines; de cette province , sur I^uelles les co^ lonies de ce peuple se répandirent (3)«
(1) [Ao 502 enTiron.]— Omission* a. V.
(2) Corck s'appelle ainsi , parce que cette Yille esta Temboachare de la Lée, qui y forme an bon port. Cw, imb(mehmr€;kf deAoer, viUe. Le nom de Léê Tient de laUh , rivière. Nous Terrons bientôt qne Fétymologie deCorck ne convient pas à la patrie de saint Brieuc.
(3) Les Actes de saint Brieuc portent qu*ii étoit Corrilicianm regUmU indigena* Pour découyrir le lieu de sa naissance , il ne s'agit donc que desaToirdans quelle partie de TAngleterre étoit située cette Corriliciana regio. Les uns , tels que Bertrand d'Argentré et le P. Albert le Grand , prétendent que c*étoit la Gornouaille insulaire ; les pren?es quUls en ap* portent ne sont rien moins que conyaincantes et n'ont pas besoin de réfutation. D'autres Teuleot trouver ce lieu dans le Cardiganshire^ parce qu'autrefois on Tappeloit Cerelka regio , et CaHigan » Cereliea. La ressemblance qu'on croit apercevoir entre le terme Corriliciana et celui de Cereliea « a fait adopter ce sentiment Nous verrons bientôt ce qu'il en faut penser. Le mot Cereliea est composé de eer , montagne; d'al, en composition el^ auprèê ^ eiûHc^ rivière. Ce qui veut dire : eolline auprèâ d'une rivière» Cardigan, belle ville au pays de Galles,
esi tasisetorla penchant d*ane colline* et fortifiée d*Qn ancien château élevé surun rocher» à rembonchure du Tywy. Le terme Cereliea exprime donc la position de Cardigan ; on la retrouTO même dans le nom que cette Tille porte à présent. Car » rocher; ii , rivière ; gan^ embtmehwre. Il reste à examiner ce que l'on doit entendre par Corriiidana ; c'est un composé de cor, particule diminutive ; de rhuih , en composition , rhyà , ronge , et de <û , ho- IntalUm. Ce qui se rend par pelite haîbiUUUm rouge. Cereliea et CorrUiciana ne désignent donc pas le même lieu. Ptolemée, liv. n , cb. 3, parle des Corilani : ils s'étoient établis dans le Corriticiana regio. Pour se convaincre de ce fait , il suffit de décomposer leur nom. Co , particule diminutive ; rhyd^ rouge; tan ^ pays : haifitans d^unpetitpayê dont la terre est rouge. Ce pays est le même que le Rutland : c'est la plus petite province d'Angleterre ; mais elle nourrit une multitude étonnante de brebis , dont la laine est rougeàtre , aussi bien que le terroir : le Rutland a , de là , emprunté son nom ; rhud, rouge; lann , âoL Cambden , Aodifret et le P. Briet donnent une plus grande étendue de terrain aux Coritani; outre le Rutland , ils occupoient , selon ces écrivains.
3. Saint Germain , ëvéque d^ui^èn^, kt^i réAii\^lin 419 léto^ Bretagne-, où les prélats de» Gaules râVéièitt^éé)p«téfMMifi^>tfër^ Vopposér aux progrès de l^bérésie p^Ugiehlié ,-^^dlt entrëfëhiié dâtfs rile par im nommé Agricôlà^, fils de Sérëriù^'icftiV)»' ir^oit hoiioré^ l'épiscopat; Brieuc, qvà w<M alort^ëÉmi^m'^w^'^àiÂy'à^^ des vertus de ce vicaire apostolique , et par Téclat de ses miracles, fbf témoin ,des victoires qa'il\renp<Mt«:.sunTié:dëiboii fdièrefreur. Gb jeune homme Vei!ispres6a d'ientrersomtfnhi dUcij^ibe d,'un «d: mattrt. L'àlëriedr imposant de sa haute naissance ne lui fascina point les yeux ; il pensa que plus le rafig qu'il tenoit dfltis lé<«lèckfi'^éiroit an*des8us destfù^eB(car il
^toit 4*vp^^ ^^ P'^^wiièc^E»; fe^lf^È^^^^ , pipâ .!?Î4^
les comtés de Norlliamptûn , fle Xeyceslejr , de JfoUingham , de Lincoln et de Parby ou Derby. Là vîUé de Northaoïptan tire s(ïn nom dé nàty tnibouchurt; de (an , rivière ^ cl 4e Um, hàlHiatUm; ftWa est sjir leNcn ou Nécn { nom appcllatif de rivière) , qaî y reçoit TAufoir, aiitrenom nppellalir de rivière. Nollingbam^ sar le Trent, ainsi appelé , parce qu'il se parUjÇç en dilTcrcnâ braa Iterr ^ partage; anl, en composition^ enJ, rivière) ^ cs^ un terme corrompu du saiODt Snoiinga-iam ^ qaî signifie :, habîiaii<m det groilet. Cette vflle senhiffffi^éG.autennUj^ dans TUinéraire d'Aniànln; gau y gratter; stn^ beUtf. La coUiae sur laquelle Notlingbam est situé , offre ^ en divers endroits , des grottes so^iteitaio^v
ges de rcmpartj et de fossés ; on y remarque 'encore les traces d'une voie ^miine qui conduisoît jusqi]*à Stanford. Xe brave Vortimer "niotirut dans celte ville. Le ôîém'e Ptolfémée ^ donne Lindum aoï CoHtcad' Derby, près le cooQuent de deui rivtèreà., ne signifie. point antrecbose ; itr , rmère;l^i, âiiiw. Les Corffanî, en s'av&ncant hors du l^utlaod, conservèrent leur nom dans lés provincés'i dont îèt villes ^ que nous venons d'appeler , sout capitales, quoique le motif giii {è leur a voit fait donner , ne p^t y avoir lieu. De pareils exempTcs sont plus fïéqucns qu^on ne pense. Lès Bretons, ou , ce qui est la même chose , les "Blancs p rétinrent Jeur premier nom , quoique 'la plupart d^entrVux se fussent peints etstîg-
léesdans le roc avec beaucoup de symétrie ; màtisés dans1a'sùî(è^Onh*àppelad*abordAr-
eIIe&.sont partagées en plusieurs diambr^ \jiifi en voit d'autres qui font autant dé maisQns.à plusieurs étages les uns sur les autres ; on y lîfmarque des cheminées , des fenêtres et plusieurs chambres. Leycester, qui çst sur la Stoure (nom appellatif de rivière) , se nomme RaUi , dans Antonin : rai^ rivière ; tei, ^abitalion. Lincoln , qui est dans une agréable situation , le long d'une colline^ i^u ba/t de laqudle coule le Witham , qui s'y partage en trois bras « a pris de là sa dénomination : Ugn, ritnère ; col , partagée. Le Witham , qui pjrend sa source à Stanford , fait beaucoup de sinuosités avant de se rendre à FOcéan :vw ,tn composition vy , einuosité ; tan , rivière. Ptolemée, liv. n^ chap. 3, fait mention de £tiidum, qui occupoit le sommet de la colline dont nous venons de parler : leyn^ sommée; dnrn , eoHinê. On y voyoit autrefois des vesti-
moriqnès quci ceiùcqufhàbîtoient les côtes de 'ià mer ; ce nom passa îi ceux. qui dtmieurôient !bica avant dans le terrain. De 'tout' ce que nous venons de rapporter, il r^ulte que, pour prouver arec certitude la patrie de S. Brieuc , il f a u 1 1 a che jrc ber dan s l'une des provinces du peuple €oriiani , mais aucun mpnfament ne nons enseigne k Laquelle il faut donner la préférence, (1) Saint Brieqc avoit pour père Cerpue et pour mère ÈUbrude., JJai^ tire son nom de çer , grande , et de hwth , (font on a formé pwd ouyto^, maieon : homme de grande maiton. L*autre prend le sien d>l# grande , et 4e dr^d , Ulu$tre : grande et iUuelrè dame. Les noms de Cerpue éid^Eldmde ne *sont point çaxons, comme l'a cru BoUanduf : ils sont tirés du gallois et de Tancien breton. On a donc eu tort d'en conclure qa^Eldmde étoit saxonne d'origine. On n^a pas mieux réossi à
320 XISTOIAE' XOÇU^IASTIQUE .
les surpasser, en w^ri^f ^ douceur dç :^n caractère , second^ par TÀlucatiopyun ajv.préiveufûty uâ efipni av^ et docile , la modestie qui accpmpagQOÎt sqn ext^ur ] )k)uie«<çe4 qualités, qui déposent si favorablement en faveur 4e k| j^wi^sse / frappctrent .««ipt Germain y et lui firent naître un Firfsfiçutm^fitjd^ ;b:isvateté émine^t» ou devoit par-
venir. . ■: .^. ,\. 1, (., , ;. ^ . ' . ;
4* ir^e .saint préAit ae.fit'ménteauîvMen Fnme par son disciple (i). Les taleds.et les.àrea qualîtili^'dn>aulive^paniffent bientôt communes
doonerpp<ifai^|lreiBffiMH<,en|rlMd^«p^ .4>PÎ9> is«.iueçe«9ear, et s'y forma au miûes saints da pom <fe Germain , qui y opt été, - nistère de l'Eglise et à toutes les Tortus d'un eélèbres » et qû*on a trafesÙ en un saintiBeN ' Wnt'paste'ur. On Mi de nouveau Patrice à main- Auxerre , après le retour du voyage que saint
(1) Si les Actes de saint Brieuc . tels que Germain ay^ it fait en Angleterre , l'an 429. nous les avons , méritent de la créaniqe en bien 'Pour saint ïliaf , H n*a pu prendre les leçons
des circonstances > ils renferment aqssi des contradictions manifesta* Cette dernière proposition 89 prouve p|ar ce qqi suU : ^'MUuUt 9 eûm '(Bnoéum)\ jfii rautéur de cf|s actiss', a ad civitaigm Pam(acam .ad (eoitiai «(nim » Germanum ejuidem civiki^is epùcopuma MUUiwr' Palritiuê : dm ait virwmJ)ei Pari-
ée saint GÎ^nnàin durant aucune de ces deux ' époques : fl n'étoit pas encore né, lorsque saint ^^Âuricê se mit, en 418^ sous la direction du nônvèt évéque d*Àuxerrc ; et il ne pouvoit étfYi ^nc dans'renfkncê , temps où Ton ne peut faire dé véritables liaison^ , quand cet apôtre de^rtrlanidè visita saint Germain en 430. En
» êXHi perveniiêH , . ele. Duqprm emUrit , ta^ .!^^\ lï^gunide , mère dlltut , étott fille de » li^'uf «al(cf I el ïtttiliis «jncero iniin omore » ampk^î simi. o C?est là un anachronisnîe bien marqué. Le saint Germain dont on vent que saint Brieuc ait été disciple fut ordonné évéque de P|iris Tan S55. Saint Patrice mourut vers. Tan 464. La vie de saint II tut ne fut pas prolongée beaucoup au-delà du commencement du sixième siècle. Saint Brieuc li^a donc pu trouver ces deux saints , depuis 55S» à l'école de saint Germain de Paris ^ et ils n^odt pu , depuis cette époque , lier avec lui une étroite amitié. S'U est vrai que saint Patrice , saint ntnt et saint Brieuc aient eu le même maître , et que ce maître se sojt appelé Germain» comme rassurent les actes que nous venons de citer» ce n'a pu être que Germain » évéque d* Auxerre l*an 418 et mort Tan 448. Aussi lit-on dans la vie de saint Patrice que ce généreux confesseur » animé du désir constant de porter la foi chez les Irlandois, consulta à ce sujet les prélats les plus éclairés et lef plus vertueux de la Gaule. En 415 » il alla trouver à Auxerre Tévéque saint Amateur» sous la discipline duquel il resta jusqu*à sa mort qui arriva trois ans après ; il continua encore trou années sous celle de saint Ger«
ioh . roi. dé l'Armorique» ainsi que nous ràvoj^^'yu aihenrs.; Ce prince ne fut marié qiie Vers tân 4^'; Renguilide ne vint au monde qu'après Audren et Constantin , ses frères^ vers Tan 411. Il est très-probable qu'elle n'épousa pas Bican avant Tàge de quinze ans » ce qui renvoie à l'an 426. En supposant qùlltutait été son premier enfant» die n'a pu lui donner le Jour qu'en 427. Ce ne ftit qu'au second voyage que saint Germain fit , en 446 » dans la Grande-Bretagne» qu'IItut ftat connu de ce prélat» et c'est à cette occasion que cet abbé passe pour son disciple. Quant à ce qui regarde saint Brieuc » dès lors que ses Actes le font contemporain de saint Patrice » mort vers Tan 464 » et de saint Utut » décédé au commencement du sixième siècle» et qu*Os donnent à tous trois le même maître, on doit en inférer que c'a été saint Germain d'Auxerre. Si ces mêmes Actes ne font mention à présent que de saint Germain de Paris» on doit reconnoltre qu'une main étrangère les a interpolés dans cette partie. Par ce moyen» toute contradiction disparolt, et la vie de saint Brieuc se lie avec ce qui s*est passé de son temps.
SIXIEBCE SlisÈLÉ.' 3a I
à rélève. L^iDlelIigence des saintes Ecritures devînt fàmili^ère à Brieuc, et les vertus qu'elles recommandent , se gravèrent prorôndément dans son cœiir. Son amour pour les pauvres n*èift, point clç bornes : on le vit se dépouiller pour les revêtir. L'austérité de sa vie àpprochoit de celle du saint évéque qu'il s'étoit proposé pour modèlç. Ce. qyi prouve l'état de perfection où il parvint avec l'âge, c'est que saint Germain, qui connoissoit toute l'étendue de la sublimité du sacerdoce ^et des * qualités supérieures qu'il requiert , l'honora de cet auguste caractère.
5. Brîeuc, aflermi dans les voies de la sainteté , et reppli des dons de la science , non de celle qui enfle et qui donne tout à l'extérieur , maia de celle qui, en faisant connoitre à l'homme ses devoirs, lui apprend en même temps à les pratiquer , repassa dans sa patrie. La religion et les moeurs y prirent une nouvelle vigueur sous ses étendards; la grâce des miracles que saint Germain avoit si bien employée pour la gloire de Dieu et le salut des peuples^ fut suivie des mêmes effets entre ses mains : ses parens fureni une des premières conquêtes qu'il fît à Jésus-Christ. Les kalendes de janvier , ancienne fêtç du paganisme , n'étoient pas encore entièrement oubliées dans l'Ile ; sa famille , guidée par l'habitude , s'y livroit le jour même qu'il la visita ; il lui fit comprendre que le culte de Dieu doit être sans partage , et qu'il n'a rien de commun avec les extravagances des païens. Ami de la retraite d^ns laquelle habite Tinnp^ cence, tandis qu'elle est sujette à sç ternir dans le tumulte du monde ^ il fonda le célèbre monastère de Grand-lann (i) , des libéralités de sa famille. Ceux qui entrèrent dans sa communauté trouvèrent,, dans leur chef, l'exemple dé toutes les vertus , et se sanctifièrent avec lui.
6. Plusieurs années après , le saint abbé se retira en Armorique avec un grand nombre de ses disciples ; il aborda à la vallée qu'on appeloit alors Trecor (a) , et de là s'avança dans le contineqt , entre la rivière de Trouer et celle de Trieu (3).
Un officier étoit alors préjposé à la garde de ces rivières : cet emploi
(1) Grand-lann tire son nom de çrand , da midi , d'où', s'avançant vers le septeacrasede^erand^^and^etde lann, monastère, trion , il passe k Gaincamp et à Pontrieux ;
(2) L*auteiir dies Actes de saint Brienc ap- de ce dernier Kéu il se rend dans la Ifandie , pdle Jemdi l'endroit où cet àbbé s'arréta.< Le au nord-est, età trois lieues environ de Twt^ nom de Jouit se tife d'to , rmàre , et de iK,, gaer. Le nom de Drieu est formé de ^, par deum. Deux rivières ariosent Treeor, jauire- transposition iry, Hvière, et d'eu , uitim. menlTregner. Le Liés, après avoir coulé à Chitd-Andred, va
(3; Le Trieu ou Trieuz prend âa source à se Joindre au Trieu au-dessus de Pontrieux (*). Itextrémité du diobèse dé T^guer, du côté Liée tire son nom de liêw^ rkière.
(*) Oa Poii-Rien. Voyez ci-dessus , cinquième siècle , n<> 195 , p . 202 , à la noie n» ÎO. a. V.
3aa HlSTpUE S^Ljisi^TlQVE.
lui avoit fait 'donner, le nom de Conan (i)- Ce comte; c}onna à saint
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Brieuc un jétablissement où il form^ un monastère ; ph. en pçut encore reconnottre de nqsMours le nom , par celui de Landebarôn ou Landebairon.(!2) , paroisse situëe ,ver]5 Ifi spuf^ce;des^ deux rivières que nous ve^ nôns a appeler. ' *.,
7. La piété, de l'abbé ne demeura pas 'oisive dans c^tl:e nouvelle terre : il fut le .père et Texemple d'une, nôipbreuse société.; .^es, soins- paternels s étendirent jusqu'au peuple jde son voisinage ,. parmi lequel oq çomptoit beaucoup de ses conèifo^ens» Tandis que les bénédictions du ciel se répandoieqt sur. Je Ijeu.q^u'il T^âbit^^^ gémissoiént dansTaf-r
flictjon : une cruelle maladie en faisoit périr chaauejoiir un grand nombre; pour désarmer le bras de ta justice divine ,, ils eurent recours à la ciharité de leur saint patriote , et à son crédit auprès de celui qui donne la vie et la mort , suivant les conseils 4^ sa sagesse infinie. Les correspondances qu'ils entretenoient avec JesArmoriques rinstruisifiçnt bientôt de leur triste jposilion. o - " i
Le serviteur de Dieu prouva, d^ns cette circonstance , que les saints n'abandonnent point ceux qui leur çxposent leurs besoins , et surtout les personnes avec qui ils ont eu ides liaisons particulières. L'empressé^ ment de saint Brieuc , à secourir ses fràres.,^ ne connyt point d'obstacles : la guérison de leurs maladies corporelles lui fut chère; celle qu'il se hâta de procurer à. leurs. âmes étoit.d'up. tout autre prix, parce que ses yeux, toujours clairvoyants , ospient d^irer.le voile qui cpuvf^er^^^^ sa
présence dissipa les alarmes , et tout répopdjit au. ^è^Ie.qj^j^i ^.'j^niippit. Âpr^èj^ avoir béni Je Dieu do^^ipiséricordes j^ il revint en.Afmorique serenfevmer dans, son iponastère. x . ^^, . /.. .
.8. Quoique la ferveur «e soutint toujours dans 3a. çomipunauté , le judicieux supérieur s'aperçuj qu'il ^toit 4. charge à quelques-uns de ses religieux. Des vertus subUmes font quelquefois oq^b^e dans le Ueu mém^ qui est destiné à.leur servir de sanctuaire. JBneuc ,( qi|i çraignoit la division , se fit remplacer par'un'abbé (à) selon le cbêur deïiiéu , et alla chercher une autre, solitude. ... .^ , ^^ . , .^ .^
(t) Le nom de CoiNm vteDiilQ^Mi,' ektf,. (9> Lndebnon'.te LaAidekeiroil , <ful 4!st
eid?jati, riniènt dmf yél ûommo^n imr .mit. entrei PootrieiÉblel JGuicimp , est ainsi 9p^\
en pUuiewr$ rw^r^. . O9 copscurrqit tn^m^. pelé de fann v éioMt fM ;û&dê, vér$i de tor
Fnsage que les Roenaîna avoient introduit » oaaiin> «eiirM^ éld*eflv*ri«i^; ceqÎBi^ul'
de ftiire garder par des troupes les embon- dire : numaslère iUuiven la âouree éTunêou
cbures des rivières, parce que les écumears plmimr$ rk>ièr$s..
de mer les remootoieot pour faire :des incur- (3) Xlapfeur dé la vie de saiAt Brieueiliii
sions bien avant dans le terrain. donne aaînt Tugdi^al pour successeur : c'e3t
'îiiièmi'Mc^\''''- 3à5
9 '. Quatre-vingts ^ dé sçs ri
^ g/^^ùatre-vingts de i^^^^ tàôines^é ^ùï^^bVj pohv ne pas' iè^ ](î^iVé^ a'un SI gt^nd înëi^M^
tré âans la ^^^ Hongeh c%ïte*#niëf\ et Vâfreîà à i^éild^èit
qae n6iis'i;onim6ns.îe rivièi^é', quf'a''6Biï'ietû'i
Louctiiire aans'^ce \my'te\'''p6riùih\(ii^ l^'ÀMdê ;î%f/^i^,- i)arU qùé des troupes y ëtoieixl postées sur ses rives pour en défendre l'entrée (îi^- Lç terrain , qui est au-dessus de ce port , étôît cotlvcfrt de bois (3);
10. àaîpt Brîeuc/accojm'pagne^é^séi^ religieux^ s'avança dans le cbntinént où ta Toret se prbiôrigèdîl^ ; 'cBticiniè il s*entret5étioit âvéo ^ti)^^de$ avantages qu'ils pourroient se procurer dans ce lieu , l'une des séntinelfes qiîfleV apérçqï kè ^èpcfil^ ^auprès diiconairiândaht , pôtlf lui faire lé rapport de ce qu'elle vi^noit 'dé découvrir. Côitlmé lèf^cfaâtéaa de ce (3pmiè n^étoît pas éloigne , les ordres furent bientôt reçùis : une trûqpe de cavaliers fut chargée dé Taire rafain-basse siir ces etVàngers ^ qu'dn prenoit pour des ennemis. ' * ] . - *
11. Des douleurs aiguês/dont le gouverneur est saisi à Pinstâtlt mém«, le font penser plus mûrement ; il fait revenir rescadron sûr ses pas et lui enjoint de conduire à son château les hommes qu'on lui avoit dénoncés. Il fut étrangement surpris de trouver da^ns leur chef un paretit et uu ami : tous deux étoient nés soys le jméipé ciel çt de la même faoïill^^
Le nom de cet officier étôit Rigual (4) ou Ri vallon (5). On le lui avoit
nue fiouyèUé erlrenr dû légendaire ; sâiiit êxpriiiiéDi-ils ici ce l|iie cet historien veut
Tagdual n'a jamais été abbé de Landebaron : nous faire entendre? C'est en quoi consiste
le monastèi^é qu'il fonda prît le nom dêLann- Tétat de la question : on ne toit ni dans la
Treguer. "^ qualité des «eant <le k mière de Gouet» ni
(1). Lé nom du hatfe dit Legutr a -pour danscellë du sol t^u'elle baigne , de quoi au^
origine U , port , et gwer , Hfixèré ; ce qui toriser Fétymôlogie qu'on lui donne. L'his-
signifie : havre de la rivière, toire ne fournit pas plus de lumière à ce so-
(2) Les Actes de saint Brieuc, portent ce qui jet : il paroit donc qu'il faut donner une autre
suit : a Devenit (Briocus) ad fluvium qui db origine aumot^owel; elle vient naturellement
» ineolie ierrœ vocatur sangua. » Le terme de (nmù^ rivière, et d'al on eî, partieule dt^
tangua a pour étymologie tam, rivière, et minulivê : petite rivière,
guad, tentineUe; ce qui veut dire: nvtère au- (3) Ce terrain s*appeloit Cenon , de ces ,
près de laquelle il y a dee sentinelles, ta ri- bois, et d'on, rivière : bois sur le bord d'une
vière Sangua s'appelle maintenant Clouet oU rivière.
Gouat. D'Argentré , dans son histoire de firé- (4) Rigual étoit ainsi appelé de rî, gtmotf-
lagne, art. Saint-BrieMC , dit que gouet est neur \ tiAegwal^ fortification.
un mot corroinpu dévouai, qui signifie «a»^ (5) Le nom de Rivûllon est le même que
en breton. 11 auroit parlé plus exactement , celui de Aigual ; il vient de ri, gouverneur ;
s'il eût assuré que ces deux termes sont égale- ' de bal ou u>al , fàrtification > et d'oii , rivière ;
ment bas-bretons et désignent la même chose, ce qui veut dire : gouverneur d^une fortifias^
c'^t-à<-dire ^ du.ii^n^; mais gouet ou gouat tion ilablie sur une rivière.
3a4 HISTOIBB . f GCl«49IA$TIQUE.
doDDç dans rArmorique ,. 9 cause de Temploi qu'il y avoit obtenu. Les titres y dont sa naissance 4iftipçuée^^r.^y,o|ent décora .dans sa patrie , ne jj'avoient pas suivi, à son ép»i|^tion/ ^ rexemjple de tant d'autres, il avoit quitté la Bretagne , pour respirer plus à Taise dans une terre qui étoit le refuge des insulaires | et ou il ëtoit à la tête des Lëtes du canton, .....!.,,
Rigual confessa devant Brîeuq la faute (^u 'il a^oit èié sur le point de commettre contre sa personne et contre ceux de sa suite , et lui en demanda pardon : la santé ^ qu'il venoit de perdre /lui fut rendue par les prières du saint.
m. Cet événement piqua Rigual d'une vive reconnoissance , et le pénétra d'admiration, et de respect pour un parent d'une si haute vertu , à qui le ciel rendoit des témoignages sensibles ; il lui donna le palais au* près duquel ses troupe^ faisoient l'exercice , et annexa à ce présent tout ce qui en dépendoit. (La plus grande partie de ce terrain , qui devoit être fort étendu , étoit encore inculte et rempli de bois. Cette cession fut faite à titre de bénéfice (i),
(1) Voici ce fu'on lit dans les Actes de saiot Brieuc : « Àulam eampi robori* (aUàs » HelUmij^olimvHuiitahuhmvocàbaiur\ p êwm w^ersa qmm ad eamptrimffeMy rtctt- » tuum poiêuêiome , frodeni , ut ibidem ad » Dêum perpetualUer serviendum monaUieo p aptum ardini mdificarelhàbitacuiMm, » De là 4B conclueroit que Vaula eampi roboris seroît le mémo q\l'^é^imi et le ttttus Habubm; ce- IkeodAnt, k coUeoUoa de Téglise de .Nantes dîstiDgae riin et l'aitre ; elle porte que Rigual m retira à IleUion, et qu*il abandonna à Brieuc routa can^ reèoriê ; ce qui nous parolt dans Teiacte vérité. En effet , le terme atila , qû se tire d*ot^ JMilolt'oii, indique , à la vérité, une maison qui devoit être de conséquence 9 mais il n'annonce pas qu'elle ait été faite pour se mettre à couvert de la violence ; c'étoît plutôt un lieu de plaisance auprès duquel le comte du canton exerçoitses troupes et leur faisoit livrer des combats simulés. C'estpour cela que nons avons rendu le terme campi, par Uêu d'exercice ; ce mot est pris de camp, qui a cette signification , et d'où est venu le latin eampuâ et le françois chan^. An contraire, Heliion étoit un château fortifié : hell^ palais; ion, forli/ié. Le nom d'Hi/h'on, que porte à présent une paroisse voisine de la ville de
Saint-Brieuc , est sûrement pris de ce château, parce qu'il étoit dans ses enclaves. C'est sans fondement que les mêmes Actes confondent «elMt êlabulum avec Heliion ; le nom destabulum vient d'eê , près , et de tab , eati, fft«r. La paroisse d'Hillion est, à la vérité , sur TOcéan ; mais on y en voit aussi une autre qu'on appelle ElaibU , mot qu'on a traduit du latin en françois , parce qu'on ignoroit qu'il prenoit sa source dans le celtique. Nous avons avancé que le terrain cédé par Rigual â saint Brieuc , ^toit, pour la plupart^ rempli de bois. Le ter* me rc^rii nous a porté à former ce jugement ; on peut le rendre par rouvraiy nom si commun en Armorique , qui veut dire : lieu ewKtiTî de ehénei. Le latin robur^ qui n'est pas sorti du grec , est formé du celtique rove , ehéne. L'aula campi roboris , avec ses dépens dances , devoit être d'une étendue considérable. Ce dbtrict renfermoit remplacement de la ville deSaint-Brieuc, puisque ce fut là que cet abbé bâtit son monastère ; il occupoit en outre la paroisse de Cesson , qui en est à une demi-lieue , et qui étoit alors couverte de bois , comme son nom le prouve ; il faut peut-être y joindre ce que nous nommons Languenx et Treguenz, paroisses voisines de Saint- Brieuc. Comme l'aula eampi roborisj et ses
SIXIÈBCE SIÈCLE. 3a5
Brieuc , qui ^ du sein de la grandeur humaine , s^ëtoit fait pauvre avec Jésus-Cbrist , n'habita pas long- temps le palais de Rigual. Le lieu appelé la vallée double , que des sources vives arrosent , et qui est masqué par des montagnes qui lui ôtent la vue de la mer , quoiqu'elle n'en soit éloi* gnée que d'une demi-lieue , fut choisi par cet abbé pour y établir sa demeure et celle de ses religieux ; les chênes antiques , qUi couvroient cette place I et dont la tête orgueilleuse sembloit s'élever jusqu'au ciel j tombèrent sous la coignée de la nouveUe colonie ; ce qui environnoit cette humble troupe devoit s'abaisser comme elle , pour se relever avec plus de sûreté ; ces arbres dociles , qui se prêtèrent à la construction du mo^ nastère, n'en furent que plus précieux : ils cachèrent au public des vevw tus qu'il ne pouvoit voir dans tout leur jour. L'église de cette communauté fut consacrée à Dieu sous l'invocation de saint Etienne , premier martyr.
i3. Le nom de saint Brieuc , ainsi que celui de Rigual , n'étoit qu'appellatif : il en avoit porté un autre dans l'tle de Bretagne , et même à Landebaron. Le nom que nous lui connoissons est pris du dernier Heu qu'il habita : il désigne un homme qui s'est fixé dans un endroit qui fait face à un rocher (i). Ce saint s'appelle encore Briomacle; ce qui exprime la bonté de son caractère , et son attrait pour la solitude (a).
i4- Le pieux abbé suivit , à la double vaUée , la même conduite qu'à Landebaron : le peuple , auprès duquel il vivoit , étoit composé des naturels du pays, et surtout d'un grand nombre de Bretons. Parmi les premiers , il s'en trouvoit qui n'avoient pas encore abjuré le paganisme ; les évêques de Dol , qui y avoient porté le flambeau de la foi , n'avoient pu l'extirper enlièrement. Les seconds, quoique chrétiens^ avoient besoin d'instruction ; dans l'tle , ils s'étoient plus formés au maniement des armes qu'à la pratique de la religion. Brieuc catéchisa les uns et les autres , dissipa leur ignorance , et les porta par son exemple , moyen toujours plus efficace que les discours, ou à embrasser le cliristianisme , ou à en remplir avec exactitude les obligations multipliées. Le caractère
dépendances , étoient des fonds létiques , Ri- rappelle le souTenir.
gnal ne put les donner à saint Brieuc que sous (i) Saint Brieuc a emprunté son nom de bri^
les charges ordinaires ; ib continuèrent donc rocher ^ et d^oc, vis-à-vis; ainsi, par le terme
d'être sujets à la régale de ce temps. On ne doit Brioe, on entendoit un homme qui hàbiloit
pas être surpris que la côte de la tallée dou- vis-à-^is d'un rocher.
ble fût alors soigneusement gardée. A deux (2) Briomacle est formé de 5n, rocfter; d'oc,
lieues au nord-nord-ouest de cette tallée , les vis-à-vis ; de ma , bon , et de de , çtij m cache :
Romains avoient établi auparavant une garni- bon-homme qui se cache dans un Ueu qui est
son fixe , dont le camp , dit de César , nous vis-àrvis d'un rocher.
3a6 HISTOIRE ECClisi ASTIQUE.
épiscopaly dont il Aoit revêtu, lui dotinoit une nouvelle autorité (i). Les miracles qu'il opëroit de temps en temps le faisoient regarder comme rhomme de Dieu , et rendoient croyables les vérités évangélîques à ceux qui étoient le moins capables de discussion ; la raison , tant soit peu développée , reconnoissoit la voix du Tout-Puissant dans ces merveilles.
La confiance que saint Brieuc s'étoit acquise étoit universelle ; c'est qu'il n'avoit pour but que de procurer le bien général et particulier : objet que s'est toujours proposé la vertu. L'attachement qui lioit Rigual avec l'apôtre de son canton , n'étoit pas tant l'effet du sang que de k ^nsidération qu'il avoit pour son mérite ; aussi , quand ce comte se sentit approcher de sa fin , il désira avec empressement que Brieuc l'assistât à la mort. Le saint , exténué de travaux , et cassé de vieillesse, ne pouvoit presque plus marcher ; il fut obligé de se faire porter en charriot. Dans cet équipage , plus brillant aux yeux de la raison que ceux qu'une indolente mollesse a inventés, ce respectable décrépit étoit entouré^ non d'une suite nombreuse de domestiques , qui sont presque toujours voués à l'ostentation , mais d'une troupe de ses religieux qui le portoient dans leur cœur, et qui, suivant l'usage , chantoient avec lui, sur la route , des pseaumes et des hymnes.
Cette visite fut^ pour Rigual, celle d'un ange descendu du ciel : l'âme du saint abbé semUa passer dans la sienne ; ses exhortations , ses conseils , ses prières animèrent le mourant à la vue du redoutable passage qu'il alloit faire à l'éternité , et affermirent son espérance dans les miséricordes du Seigneur.
i5. Le saint abbé ne survécut pas long-temps à Rigual ; presque con* sumé par les années et par les austérités , il fut attaqué d'une fièvre légère qui acheva de dissiper ce qui lui restoit d'esprits vitaux. On assure qu'immédiatement après sa mort , il apparat glorieux à deux de ses disciples de Grand-Lann. Son corps fut inhumé dans son monastère de la double vallée (a).
i6. Les miracles qui s'opérèrent sur son tombeau, furent un témoignage du bonheur dont il jouissoit dans le ciel et une suite non interrompue de sa charité. Pendant sa vie , un grand nombre de personnes
(1) Les Actes de ce saint ne dbent pas qu'il Srioci , ejpitcùpi Sritannim. ait été éTèque; mais il est qualiflé tel dans ,^ ,,^ . ^ . , t.. ^r ..
une inscription qui est sur une plaque de mai- (^ ^^*^^^ ^« ^""^ ' Lobineau ; Vies des
bre noir qu'on trouva dans sa châsse en 1210. ^"°^ ^^ *'^**»"^ ' *^ Marlyrologium Gal^
EUe est conçue dans ces termes : Hlciocel ^\ ^'^"^ ^» S^^mi , et le Proprium
carpuê sancliisimum sanclUsimi canfasorit **•****•
s'étoient établies auprès de son monastère pour recevoir avec plus de facilite^ et plus fréquemment, ses solides instructions. Après sa mort , la célébrité de ses miracles en attacha plusieurs à ce lieu par la gratitude, et d'autres par le commerce qu'y procuroient les étrangers qui venoient en foule visiter les reliques du saint. 'Peu à peu le monastère de ce pieux çvéque , à qui des boisavoient fait place, et qui en fut encore long-temps entouré , vit s'élever à ses côtés une multitude de maisons.
Les citoyens , à l'exemple des religieux de la double vallée , qui tous étoient témoins des jmerveilles que le bienheureux Brieuc faisoit éclater en leur faveur , et à l'égard des étrangers qui réclamoient sa puissante intercession auprès de Dieu , se mirent soi^s sa protection. Le nom du daint devint celui de leur nouvelle ville ; c'est ainsi que la religion a toujours servi la gloire et l'illustration des états.
17. L'un de ces religieux, à qui saint Brieuc a voit apparu après sa mort, s.e nommoft IVfarcan, et l'autre Sieu. On ne peut douter que tous trois n'^ent été unis , pendant leur vie mortelle , par le même esprit et par les mêmes vertus : l'apparition du père à ses enfans spirituels éloit pour eux un nouvel encouragement à la persévérance. La gloire , dont ils l'avoient vu tout rayonnant , étoit un pronostic de celle qui les attendoit après leurs combats sur la terre.
Saint Marcan ne pouvoit manquer d^être connu en Ârmorique : les Bretons , qui venoient successivement s'y établir , ne perdoient pas de vue la mémoire de leurs grands hommes. Les évêques de Dol , qui , pour la plupart , étoient sortis de la même tle , s'empressoient d'introduire dans leur diocèse le culte de ses saints ; par là ils piquoient l^mulation de leurs patriotes , et excitoient les anciens habitans du pays à marcher sur les mêmes traces. C'est d'après ces considérations que saint Marcan (i) devint le patroq d'une paroisse c|e l'évêché de Dol , à deux lieues de la ville principale.
18. Saint Marcan avoit terminé ses jours dans la Bretagne. Sieu , après la vision qu'il avoit eue à Grand-Lann , passa en Ârmorique , dans le monastère de la double vallée , pour se réjouir dans le Seigneur , avec les religieux de cette fervente maison , sur le triomphe de leur père coiifimmi.
19. Il y a lieu de croire que Sien ne tarda pas à.qilitier le régime cénobilique pour vivre en solitaire. Ce fut probablement dans un canton
(1) Le nom de iiarcan exprime la sainteté de celui qui le porta. Mat, (rèt ; tan , don.
33o HISTOlBEiBCCXisIASTIQlTE.
padoù j principale devoit tendre à faire jouir ses tajets des fruits de la paix. CepeDdant Clovis, quiiaspiroit à la puissance universelle dans les Gaules V .ile'se bornait plus à invoquer la loi du plus fort : les traites les plus solennels 'ëtoient une foihlè barrière à 3on ambition ; pour la couvrir, U osa même employer le manteau de la religion. Sigebert , roi de Cologhe , etdodôric aoB.fib> Cararic, autre roi (rànçois/Ragnacaire , roi de Cambrai^ et Rinomer , roi du Maine ^ furent imiiwlésB 6a jalousie , malgré les liens du sang qui les unissait à sa personne. Le meurtrier de ses proches n'avoit pu abaisser par la force le roi, de l'Ârmorique : la trahison le seconda et fit tomber à ses jneds un monarque puissant. Ce prince infortuné fut inhumé, i ce que Ton prétend , dans Téglisè de Saint Cyr de Nantes , qu'il avoir fait bâtir (i).
!i3. Budic enlevé à ses peuples , il ne restoit plus qu'à envahir ses états. I^s Frisons , alliés de Govis ou soumis à ses lois , firent une irruption en Armorique : leurs armes victorieuses pénétrèrent jusqu'aux extrémité^ du royaume, et bientôt ils s'en rendirent les maîtres. Pour affermir leur conquête , ils chassèrent les princes 4u sang royal et les seigneurs qui leur étoient attachés.
Clovis , au comble de sa joie , fit alors connottre sensiblement que cette expédition avoit été conduite sous ses ordres. Axissit6t il place des Ueute« nans dans le: pays conquis et fait battre monnoie à Rennes.
a4* U^^ chose qu'on ne peut trop louer dans le monarque françois , c'est que la ^ertu avoit un accès facile auprès de lui. Cet éloge seroit plus flatteur s'il l'avoit aimée pour elle-même : ceux des évéques de son royaume dont les talens et la sainteté étoient reconnus , entroient dans ses conseils ^tjouissoient des honneurs les plus marqués. '
L'Armoriqqe né fut pas plutôt jointe ii 'ses états que saint Melaine com-r Httônça à paroitre avec éclat à sa cour, il fut^ en quelque manière , l'o-^ rade du prince : c'est à sa persuasion qoè ce roi bâtit plusieurs églises nouvelles , qu'il televa celles que le inalbeur des temps avoit renversées et qu'il fonda quelques^ monastèftoL Las>tèmples vivans dû Seigneur \ ces pauvres dana .lesquels ae.trouvè surtout Jésus-Christ et qui étoient tou^ jours présens aux yeux charitables dusaiiitiévéquej reçurent aussi de puis* sans secours : c'étoit beaucoup obtenir d'un souverain. qui violoit, sans scrupule > les droits les plus sacrés de:lai justice et de l'humanité. '
a5. L'évêque de Reùbes^ qui 'tivoità looeur la ^cûnaervation de la discipline ecclésiastique , fut un des principaux mobiles de la convocation du
(i) [ An 509 environ.] — Omission, i. V.
SIXiÈJifE SIÈCLE.' 33^
coDcile d'Orléanfs, Cette assemblée fut tenue , au mois de juUlet, sous le consulat de Félix , c'est-à-dire , l'an 5i i . Les évéques de F Armorique , alors sujets de Clovis> durent y assister avec ceux des Gaules. Aussi en compte-t-on au moins trois : Melaine de Rennes , Epiphane de Nantes et Modeste de Vennes. Comme les canons de ce concile sont également Touyragedes ëglisesfrançoiseset arm€>riques, nous croyons devoir les rapporter ici : ils sont au nombre de trenle-Un*
I. a Les homicides j les adultères, les voleurs qui se réfugieront dans » réglise ne pourront , ainsi que les canons et les lois romaines l.'pnt » ordonné j être enlevés de Tenceinte de l'église ^ ni de la maison de 2> l'évéque , ni livrés à qui que ce soit, à moins qu'il n'ait prêté serment » sur les saints Evangiles qu'on ne les me;^ra point à mort ^ qu'on ne les » mutilera pas et qu'on ne leur infligera ^cune peine ; le coupable sera » tenu y néanmoins , de satisfaire à la partie. Celui qui sera convaincu » d'avoir violé son serment sera ^paré y non-seulement de la commu- » nion de l'Eglise, mais encore de la table de tous les fidèles catho^ » liques. Si la partie intéressée ne veut pas recevoir la composition , au » cas que le coupable s'enfuie par un motif de crainte , on ne pourra 3» le redemander aux clercs de l'église, p
II. <c A l'égard des ravisseurs qui se sauvent dans Téglise avec les filles » qu'ils ont enlevées , si c'est par force et contre leur gré qu'ils les ont » ravies et que le fait soit constaté , la fille enlevée sera mise en liberté. » Le ravisseur ne pourra être puni de mort ou de quelque peine afïlic* » tive , mais il sera fait esclave et obligé de se racheter. Si la fille a » donné son consentement au ravisseur , ou devant ou après l'enlèvey* ment , et qu'elle ait encore son père , elle lui sera rendue , après avoir » obtenu de lui le pardon de sa faute. Le père ne pourra exiger aucune » autre satisfaction du ravisseur. »
ni. ce L'esclave qui , coupable de quelque faute , se sera féfugié dans
» l'église , sera contraint de retourner au service de son maître , dès que
y celui-ci aura prêté serment de ne lui faire aucun mal pour son éva-
» sion. Si, contre son serment , le mattre est convaincu de l'avoir mal-
V traité , en punition du mépris qu'il fait de l'Eglise et du violement de
» sa foi , il sera séparé de la communion et de la table , de la même
» manière que nous l'avons ordonné ci-devant. Si l'esclave refuse de
» sortir , quoique son maître ait fait serment , à la demande des clercs ,
» de lui accorder sa grâce , il pourra le tirer par force de l'église. »
33a HfSTOiaB fOOliftlASTIQUE.
IV. et On ne técè^lèslBÎqiieéâà6s'U dergé que par ordre du roi ou » avec la permission du juge ; 'rtiaïs les enfans des dercs , c'est-à-dire , b» ceux dont les pèfeà , aièut ôU bisaîéut sout du clet^ë , seront sous W ia puissance et la discipliné Ae l'évéque. »
. . V. « Le^. offrsmdes ou les revenus dea terres que le roi » notre seigneur , » a données à l'Eglise , ou pourra donner dans la suite , avec exemption 3» de charges j seront employés aux réparations des églises , à la nourri* 1» turê des évé(^ues, des prêtres et des pauvres, et au rachat des cap- W' tifs. Les clercs , qui jouissent des mêmes immunités , seront obligés de
> tfâvailler à l'œuvre de l'Eglise. Si quelque évéque fait un autre usage » de ces biens j et ne veille pas sur les clercs , il en sera repris publique- 3 ment par ses coiùpfovinciaux. S'il ne se corrige pas /les évéques se
> sépareront de sa communion. »
VI. .a Nqus défendons d-excQâimuiçiier ceux qui croient pouvoir pour-^ » suivre leurs droits , soit contre Tévéque j soît contre l'Eglise , pourvu 9 qu'ils n'emploient pas des reproches outrageans, ou des accusations p criminelles.. »
vji. a Les abbés y les prêtres, tout clerc ou religieux , ne pourront aller 9 demander des grâces au prince sans la parikiission deTévéque ; celui 9 qui agiroit autrement, sera excommunié et privé dé son état. Son évé- 9 que pourra néanmoins l'y rétablir , lorsqu'il aura pleinement satisfait j> pour cette faute. »
VIII. « L'évéque , qui ordonnera prêtre ou diacre un esclave qu'il oon- » noltra tel , en l'absence ou à l'insçu de son maitre , dédommagera le » maitre au double ; mais l'esclave conservera l'ordre sacré qu'il aura 9 reçu. Si l'évéque ignoroit sa condition , ceux qui le lui ont présenté, » et qui en ont rendu témoignage , seront tenus au même dédomma-
* » gement. »
IX. «Le diacre ou le prêtre qui aura commis un crime capital , sera 9 déposé et excommunié. »
X. « A l'égard des clercs héréUques qui se convertissent i la foi catho- » lique , ou des églises que les Goths ont jusqu'à présentpossédées , et » où ils professoient leurs erreurs , si la conversion de ces clercs est sin- » cère, si leur foi est catholique, si leur vie est pure et sans reproche.
MXliMS SliCLE. 333
» ils seront reçus par rimpositîon des mains dans l'office dont Tëvéque » les aura jugés dignes ; les églises seront récoociliëes avec les mêmes D cérémonies que nous avons coutume de réconcilier les nôtres. »
XI. « Ceux qui , après avoir reçu la pénitence , abandonneront leur élat » pour retourner aux actions du siècle , seront séparés de la communion j> et de la table de tous les catholiques. Celui qui , après cet interdit , » osera manger avec eux , sera lui-même privé de la communion. »
xii. ce Le diacre ou le prêtre , qui se sera éloigné de Tautel pour faire i> pénitence de quelque faute , pourra donner le baptême , en cas de né- » cessité, et s'il ne se trouve point d'autre ministre de l'Eglise pour le » conférer. »
XIII. <c Si la veuve d'un prêtre ou d'un diacre se remarie , elle et son )i conjoint seront punis et séparés; s'ils s'opiniàtrent dans leur crime , » ils seront tous deux excommuniés. »
XIV. <c Suivant les anciens canons , que nous avons jugé à propos de » renouveler , nous avons réglé que l'évêque aura la moitié des ofîran- » des que les fidèles feront à l'autel (dans la cathédrale), l'autre moitié » sera partagée aux clercs , selon leurs degrés. L'évêque continuera d'à- » voir l'administration des biens-fonds de l'église matrice, d
XV. a Quant aux terres , vignes , esclaves , et même l'argent que les fi- *> dèles donneront aux paroisses, on suivra la disposition des anciens » canons , selon laquelle tous ces biens doivent être sous la puissance » de l'évêque. Il n'aura que le tiers des offrandes qui seront faites à 2> l'autel dans les paroisses. »
XVI. <r L'évêque sera tenu de vêtir et de nourrir , autant qu'il pourra , j> tous les pauvres et les infirmes qui ne peuvent pas travailler. y>
XVII. « Les églises bâties en divers lieux , et celles qu'on bâtit encore » tous les jours , dépendront , suivant les anciens canons , de l'évêque x> dans le territoire duquel elles seront construites. »
XVIII. « Un frère n'épousera point la veuve de son frère, ni un veuf la » sœur de sa femme. »
XIX. a Les abbés demeureront soumis aux évêques, comme il convient » à l'humilité de leur état ; ils en seront corrigés , s'ils font quelque chose
3 34 HISTOIBE ECCLÎ^IASTIQITC.
9 contre la règle. Ils s'assembleront tous les ans dans le lieu que Tévéque j» leur aura marque. Les moines obéiront en tout aux abbés : s*il s'en » trouve quelqu'un d'indocile qui yeuille courir en différens lieux , ou » posséder quelque chose en propre , l'abbé saisira , au profit du mo- 9 nastère , tout ce qu'il aura acquis ; le vagabond sera pris , avec le se- » cours de Tévéque, et renfermé comme fugitif. L'abbé j qui ne punira » point de pareilles fautes , ou qui recevra dans son monastère un moine » étranger , sera traité comme coupable. »
XX. «Il ne sera pas permis aux moines de se servir de Vorarium {i) , 9 dans leur monastère , ni d'y porter des chaussures (a) qui leur cou- 9 vrent les jambes. »
XXI. a Un moine qui se marie , après avoir pris le manteau , ne pourra » jamais entrer dans l'état ecclésiastique. »
XXII. a Aucun moine ne pourra quitter sa conununauté , pour se bà-
(f) Le P. LoDgQeval , dans son second vol. de l'Histoire de TEglise gallicane, rend le mot orariwm par celui dVlo(«. Ce sentbnent est réfuté par M. Hermant » tome S de son Histoire des conciles. «Le motoroHum, dit-il, » signifie proprement on liage fin, dont on » s^essnyoit le visage ; et c*est ce que le con- » cilc défend aux moines , et, après lui , saint » Isidore , dans la règle qu'il a faite pour les » moines , chap. 12. » D. Ceillier donne aussi le même sens à Vararimm. Celui qui l'employa le premier fut l'empereur llarc-Aurele, ainsi que Tatteste Yopiscus. L*usage qu'il en fit étoit uniquement pour servir, en l'agitant en l'air, de signe d'applaudissement ou de bienveillance aux spectacles. Nous voyons qu'il fut in-» troduit dans les assemblées des chrétiens. Eusebe rapporte que Paul de Samosate , prêchant un jour devant le peuple , s'attendoit à cette espèce d'applaudissement. Depuis , on se servit de Vorarium pour s'essuyer le visage et pour se moucher. L'étymologie de ce nom ré' pond à ce dernier usage : elle vient do celtique or^ visag€,
(2) Le texte latin porte Txangas, Ce nom se tire du celtique l pour ly, ainsi qu'on le remarque dans la vie de saint Gildas; terme qui veut dire maison , et de xangoa, jambe; à la lettre : maison des Jambes. Les Gaulois considéroient |f urs vétemens comme autant d'ha-
bitations , et se servoient des mêmes termes pour rendre à l'esprit les uns et les autres. Par exemple, cabota signifie pelUe maison^ et wumleau pour la pluie. Ce qui nous couvre s'appelle koHi, c'est-i-dire^ petite maison; hab, maison; U ou i$,peHU. Ledomtno, dont on se couvre la tète et les épaules, tire son 'nom de dowms^ wutison. Casula (chasuble) veut dire, AaMUmenl; c'est un diminutif de CM, habiladon. CaxaqenUy terme également cdtique (habit) , a la même origine ; eoi , MhiioUon; feim, heUê. Le Txati^ servoitdonc surtout à couvrir les jambes et à les garantir des dangers qu^elles pouvoient essuyer étant nues ; c'est pour cela qu'on en usoit à la guerre et en voyage ; mais , à la maison et à la ville, ee vêtement n*étoit pas d^isage. Une loi qu'on trouve dans le Gode Théodosien , le défend expressément. « Usum Tiangarum aique braecam rum UUra urbem veneràbilem nemini liceai 9 usurpare. p Les. 2. Cod. Theod. Charlemagne étendit cette loi aux clercs, a Clerici pam- 9 pisoMt Tsangis vel armit non uiantur, n Ca- |»il. it>. 7 , eq>. 304. Lanfranc , dans son règlement pour l'ordre de saint Benoit, veut qu'on accorde le Txanga aux religieux , lorsqu'ils sont en voyage. Le 20* canon du concile d'Orléans n'en restreint et n'en interdit l'usage , que dans le monastère.
2» tir une cellule particulière , sans la permission de son évéque, ou Ta- » grément de Tabbé. »
xxjij. a Si un évéque donne à des clercs ou à des moines quelques » pièces de vignes , ou de terres à cultiver^ ou à posséder pour un temps , » ces biens reviendront à l'Eglise , quelque espace de temps qu'il se soit y> écoulé ; et la prescription , qui est en usage selon les lois civiles ^ » n'aura pas lieu pour les biens de l'Eglise. »
XXIV. ce Tous les évêques ont ordonné que le carême soit de quarante » jours et non de cinquante. »
XXV. a Aucun habitant des villes ne pourra célébrer ^ à sa maison de » campagne, les fêtes de Pâques, de Noël et de la Quinquagésime (c'est- » à-dire, de la Pentecôte), à moins que quelque infirmité ne l'y re- » tienne. ^
XXVI. <c Le peuple ne sortira pas avant la fin de la messe , et sans avoir » reçu la bénédiclion de l'évêque , s'il y est présent. »
XXVII. a Les Rogations^ ou Litanies, seront célébrées, par toutes les » églises , les trois jours qui précèdent l'Ascension ; on jeûnera ces trois » jours , et l'on n'usera que de nourriti(f*e de carême. Les esclaves mêmes » ne travailleront pas^ afin que tout le peuple puisse s'assembler. »
XXVIII. <t Les clercs, qui négligeront d'assister aux Rogations, seront » punis (i) , à la discrétion de l'évêque. »
XXIX. « Les évêques , les prêtres et les diacres se conformeront aux an- » ciens canons, qui leur enjoignent d'éviter toute familiarité avec des » femmes étrangères. »
XXX. a Tout clerc , moine et séculier qui croira à la divination , aux » augures et à ce qu'on appelle faussement les sorts des saints , ou qui en- » seignera cette doctrine , sera excommunié. »
XXXI. <r L'évêque se trouvera le dimanche à l'église dont il est le plus » proche, à moins que la maladie ne l'en empêche (a). »
(1) Il y a, dans le texte latin, iuscipiani pariicolièrement en usage dans les monas-
ûUeiplinam; ce qu^on peut rendre par ces tères, pour le maintien de la discipline, on a
mots : qu'ilt toieM fmtigéi. Le terme diici- nommé cette conreciion dUeipUm.
pline se prit d*abord pour toutes sortes de cor- ^2) Sirmond , Concil. Galliœ. 1. 1. rections ; mais , comme la flagellation étoit
336 HISTOIRE EGClîgIÀ8TIQUS.
a6. Les actes de ce concile furent souscrits par ^iphane de Nantes ,' Modeste de Vennes et Melaine de Rennes. Celui-ci fut l'âme de cette sainte assemblée , par sa science et son zèle à combattre les erreurs des hërëtiques. L'auteur de sa vie en apporte pour garants les actes du concile même; mais nous ne les avons plus, et il ne nous reste que les canons dont nous venons de faire le rapport.
117. 11 parolt y par le rang de la souscription d'Epiphane au concile d'Orléans , qu'il étoit plus ancien dans Tépiscopat que les deux autres évéques armoriques. Peut-être étoit41 le successeur immédiat de Nunecliius y qui avoit assisté au concile de Venues , et de la mort duquel on ignore l'époque. Ce fait est d'autant plus probable^ qu'Eusebe , prédécesseur de Nunechius , s'étoit trouvé , en 461 9 au concile de Tours. Nous n'ignorons pas qu'on pltfoe à Nantes txxm évéques entre Nunechius et Epiphane ; mais leurs nons (1) ne se voient que dans des catalogues dont l'autorité n'est pas assez respectable pour qu'on puisse s'y arrêter.
a8. Si nous ne connaissons pas quel fut en détail le pontificat d'Epiphane , nous sommes , du moins , en droit d'assurer qu'en général il (ut plein de mérite. Ce ne fut que par de grandes qualités que ce prélat s'acquit le nom qui lui est resté j c'est-à-dire , celui d'illtistre (a). Il y a tout lieu de croire que la langue ^[recque lui étoit fiunilière , et que ^ pour instruire la postérité du cas qu'il en faisoit ^ on préféra d'y puiser son nom.
ng. On est fondé à penser que le sacre de Modeste avoit précédé celui de saint Melaine. Le rang dans lequel il souscrivit les canons du concile d'Orléans semble en être une preuve : il est donc vraisemblable qu'il remplaça Paterne 11 , immédiatement après sa mort.
3o. Ce prélat avoit reçu son nom du celtique, sa langue naturelle, et la plus aimable des vertus le lui avoit donné (3). La gloire de Dieu et le salut des âmes qui lui étoient confiées faisoient l'unique objet de ses soins; bien éloigné de dominer sur elles , il s'en déclaroit le serviteur en Jésus- Christ et pour Jésus-Christ. Sa retenue relevoit ses talens naturels et le rendoit d'autant plus propre à persuader les autres^ qu'il paroissoit se soumettre à eux.
3i. On remarque, parmi les Pères du condle d'Orléans, un Litba-
(1) Ces noms sont CarmunduioaCormudiM; (3) Le nom de ModitU est dérivé du cel- Cerimiui ou Cermieus ; Clemenl, autrement tique moie<l , d'où est venu le latin mo(ief(ti« Clemaliut, Clemartus on Clemanus, et le françois modeste»
(2) Epiphanes , itlutlre.
rede
. . sixiàaiE ^lècLE. ] 337
rede qui sHntiliile évéque de L'église Osismi^Qoe : c'est la même que celle de ^wimpèari L* ^^ ^ Corisopiti, qui avoit été (érigée ëi^i^éché dès |» fin du qMtiJeteie^ «èdë, était Uri démeial>remept dei^eUe des Osismii ^ dont Césaret leà àùteura du HaiM Eidpif e; ont parlé. Daoa Jle temps que Litharedese disbit e^équede ce penfiie^OD: Q'^e^'^npoissc^t^point encore d'autre du mé^ne hôm qui eût àe la :t^puiatipli duns* Je^.jGi^ules. Aller chercher dans l'HiémcMS le siège de Ulfaavede; qm: le r&ûre 4yêqM^ de Sé^ , c'est perdit de .vue k cité des Osismii y AonK}»^:Wf^^ï\s ont fixé^ à l'en- \i, la positioQ dans la partie inférieure de rArmoi'ique , pour nous trans*porter dans un canton qui; quoiqu'il ait été considérable, n'a eu de la célébrité que dans lé moyen-àge. Faire litharede évéque de lisieux , c'est abuser de sa souscription ; le placer à Ljépn ,» ç'^ wMciper le tempsi de l'érection de celte viUe en siège épiscopal(i).
(1) V It est certain qoe Litharede n'a point ^té évéque de Lideux. Bans Fédilî.oaÂes con-^ tiles du P. Labbe etiiaffseeHeduP. Bthnond, lÂtharedé souscrit en ces temiM : «Xîtiborf- 0 duê episeopus /eceksUiç O^tomensii svèicHp^ » H. » D'autres porùtnt Oxùnen$U. On lit dans un nuiouscrît de Çorbie : OpUcapus ûb Uœoma, Dans e^fw, de Reims : À ehitaU 1/49»ma. Claude Robert, Severt et quelques autres qui ne trouvoient point , dans toute la Gauloy de siège à qui convint le nom d'OxùmemU, à'CknmensU 00 Uicomemiê , 09t cru que le texte primitif étoit Luxaviensit. Mais rien n'oblige d'avoir recours à cette correction typographique , puisque , sans el^e , on découvre la place qu'occupoit Litbarede.H e^ vrai que le P. Le Cointë (Annal, ecdes. tom. 1. ad an. S02) avance cette proposition: «fU* » rique Codieei LUkaredum faeiunt episco- » pum Lexomemem. » Les exemplaires que nous avons cités sont publics : ceux qu'on nous oppose sont obscurs et ne sont probablement que des nomendatures d'évéques, peu propres à paroRre au grand jour. Atissi l'annaliste ne soutient-il pas absolnment qns Litharede ait été évéque de Lisieux ; il croit même qu'on peut, avec autant de fèndémeat, le donner aux Léxoviens de la Bretagne Armorique qu'à ceux de Lisieux : incertitude qui laisse la question indécise ; mais ce que nous avons établi pour la terminer reste dans toute sa force. 2^ Litharede n'a point été évéque de Séez , quoi qu'en dise M. Trigan dans son His-
toire ecclésiastique de Normandie, tome 1. En effet, il est constant , comme nous l'avons prouvé, toai. 1. de notre faistoke, p. 53 et suîvaatos (*J|, que ce fae César , Strabon „ Py-> theas , Pline et Ptolemée rapportent des 0#ùmU, convient nnlqueiiient à ceux de notre tàraiorique. Cinq sièdes après Jules-César, on ne iaisoit pas encore mention de ceux qui ont fait partie du diocèse de Séez. Fortunat , qui naquit vers i'an 5M et mourut vers 609 ^ parott avoir parlé 1» ptemier de l'Hiémois , canton fort étendu, qui renfermoit une ville qu*on a appelée Oximus, Oximum, Oximium, ôxmiiui. AkhsI m. Trigân, pour en prouver l'existence , n'iavoqoe-t-dl pas des monumens antérieurs au. huitième siècle. Parqe que Litharede inscrit, en 511 , epCrroput Oœimen^ m, imi-il aller diercher;flpn siège dans une ville d'un pagus, tandis qu'on trouve un ancien peuple de ce nom qui a conservé toute sa 4;àébrtlé jusqu'à ce temps? Les Osismii n'avoient pas seulement possédé le Léonois » comme k élit entendra M. Trigan ^ mais » de plufi^iont le territoire des Coriiopiii^ quoi>qii'il n'en parle pas. C'est die ceun-ci dont litharede étoil évéque. Gel historien ae persua-. derà d!aiUeun â personne qae les OtûmU del'Armoiique bretonne soient une colonie des babîtansde PHiémois, ni que les Curioiolitei aient été placés dans le pays de Bayeux, vers la mer. En vain diroit-on que Litharede a souscrit évéquê des OHsmUnt , comme saint Lo souscrivit depuis évéque de Briovere : la
(*) Voyez ci-dessus , Inlroduction , no 73 > p. 21. a. V.
338 HISTOURB SCCLIÎSI ASTIQUE.
32. Gomme Litharede signa les canons du concile d'Orlâins avant Mo^ deste et Melaine , l'époque de son avènement au si^e de Quimper peut remonter jusqu^àu temps où mourut Albin , Vun de ses préciéûes$eur&
33. S*îl porta le nom dje Litharede , c'est-à-dire, d'époque très-ban (i), ce ne fut point pour s'élever au-dessus des autres. Il ne Feut devant les yeux que pour se rappeler que Thomme a été créé bon ; que nous ne sommes fails que pour être bons, de mauvais que nous sommes , et que nous devons nous rapprocher , autant qu'il est en nous , de Dieu , bon par essence. Les tkres de grandeur qu'on prodiguoit alors aux personnes revêtues des dignités du siècle , ne lui paroissoient enfantées que poui bercer l'orgueil. Celui-là seul lui sembloit grand , qui, en rendant au Créateur ce qu'il lui doit , se fait l'ceîl de l'aveugle, le pied du boiteux , le père de l'orphelin et de l'indigent.
34- Saint Guignolé , abbé de Landewenec , qui étoit mort l'an 5o4 , avoit désigné , pour son successeur ^ un religieux de sa communauté. L'innocence de sa vie l'avoUfiEut appeler Gwnaelj c'est-à--dire , bon ange (2). Son père , qui tenoit un des premiers rangs dans l'Armorique inférieure, sa patrie, se nommoit Bomeuus o^ Gomelius, ce qui \em dire : puissant seigneur (3). On croit qu'il exerça les fonctions importantes de comte dans une partie de ce pays ; sa mère étoit sortie d'une famille qui ne le cédoit en rien à celle dfi flomeliu$. l^ nom de L^ticç, qu'il porta, le fait assez connoftre (4)«
35. Si ces illustres époux se firent respecter dans te monc^e par les avantages que leur procuroient leur naissance et leurs emplois^ iU montrèrent que leur grandeur ne les dispensoit pas de veiller à l'éclu-^ cation de Içurs enfs^ns. Leur premier soin fut dinspjrer à Guenael la crainte de celui devant qui les juges de la terre seront jugés , et de le
différence est qae ssiiH Lo étoit connu d'^i)- « prétonda siège disptrolt avec Litharede.
lears pour éfèque de Coutances , et que rien Panims, au secon4 concile d'Orléans de Tan
ne dépose que Litharede Tait été de Séei. On 533 « souscrit : «piteogncs Sa^UmU.
se tromperoît également si Van prétendoil (1) Litharede a pris son nom de li, prinet ^^
qu'Hiemes a été le premier siège deaprédé» è^.ta, hom, e^ de reêou r§ , tris : tris^-bon cesseurs de ce dernier évéquo. Les canons
BOUS enseignent que les apôtres des nations (S) Skim, hom ; atl, «fi^ ~
établissoient leurs chaires dans les capitales , (S) Le nom de Aomsitiit Tient de ro, grand ,
et jamais dans les cantons qui en dépendoient, et de mel, ieigniur. Celui de Gtmeliui a pour
à moins que des raisons puissantes n'enga- racine §0 , particule augmenUtive; ius est
geassent à y déroger. Du temps de Litharede une terminaison latine « ainsi que bien d'au-
tt auparavant, l'Hiémois ne faisoit qu'un po- très.
gus de la cité de Séez, et aucun motif n'exi- (4) Letice a pris son nom de It , grandi ,
geoit qu'on y érigeât un éféché ; d'ailleurs , et de iyie, maiion : damt de grandi maison.
tohduire dans les sentiers de la vertu. Ce fut une semence confiée à une terre féconde ; la sagesse , la retenue et la gravité des mœurs du jeune Guenael , annoncèrent de loin ce qu'il devoit être.
36. Saint Guignolé étant un jour au château de Rofnelius , et remar* quant quelque chose de majestueux dans T'^térieur du jeune Guenael > lui demanda s^il vouloit venir avec lui servir Dieu dans son monastère. « Oui y mon père, répond Tenfant^ sans hésièer; je vous suivrai trè»- :» volontiers , car il est ëciit , dans TËvangile j qu'on est indigne de Dieu, » si l'on ne quitte père , mère , frères , sœurs , biens , héritages , lorsqu'il » daigne nous appeler. » Surpris d'une résolution si généreuse, l'abbé^ pour l'éprouver, lui dit qu'il étoit encore trop jeune, et qu'il falloit rester quelque temps dans la maison paternelle. Guenael , à qui les saintes Ecritures étoient déjà familières^ répliqua avec la même présence d'esprit et la même énergie : « Quoi donc, mon père , ne savez-vous pas qu'il » est écrit que quiconque , ayant mis la maân à la charrue , r^arde der- » rière soi , n'est pas propre au ro^ume du ciel ? Me croyee-vous assee 3> pusillanime pour que je commence à m'jen déclarer indigne ? Sachez » que, ni la considération de mes parens, ni tout autre motif, ne me 9 feront changer de sentiment. »
Romelius et Letice consentirent à la retraite de leur fils , dont il sem* bloit que le ciel devenoit le partage. Le pieux abbé, qui admiroit l'écono* mie de l'Esprit-Saint , qui se communique à qui il lui plaît, se regarda trop heureux de se charger d^un si précieux dépôt. L'ardeur que le nouveau Samuel avoit pour les lettres , et surtout pour les divines Ecritures , l'y fit faire de grands progrès, et sa piété répondit à ces connoissances. Après ces épreuves , Guignolé lui donna l'habit monastique. Le novice remplit , avec la plus grande exactitude , les devoirs de isa profession : sa régularité ne se démentit point avec l'âge , et il devint le modèle de sa communauté. Tel étoit Guenael , lorsqu'il fut nommé pour remplacer le saint fondateur de Landewenec. Comme ce choix étoit appuyé sur le mérite personnel , il fut approuvé de tous les frères. L*élu , qui ne découvroit en sa personne que des imperfections , fut le seul à s'y opposer : ses remontrances n'aboutirent qu'à mettre son humilité dans un plus grand jour.
37. On assure que Guenael ne consentit à son élection que sur la pro*^ messe qu'on lui fit de lui rendre sa liberté au bout de sept ans. Ce qu'il y a de certain , c'est que ce terme expiré , il quitta Landewenec , et passa , en 5 1 1 , dans la Bretagne insulaire. Les Frisons , qui s'étoient
340 HISTpim EOCriSI ASTIQUK .
emparés de Vkrmcmqne, fournireol peut-être un nouireau rn)ptif à sa .retraite*'* •-•!; "■'•..• • , • .-,...
38. Cepeadant/AiQ ëaiiilper^npage itoil a)>ordé aux o6te$ 4e Léon ; 41 aYoit prU Dituflamie ; ow/daiM b ÇproouaiUe iQs«:d9ire » qu. au pays^ de .Galles 9 dam un canlOd ^e l'on i^peloil alors, en langue vulgaire ,
. JPenohen ^ c'est-Àniire , mom4H^. wcjhes (r) , ou^ que Tqn ne peut plu^ -reconnottre de nos jours.
39. 11 étoU piroche parent du vpî iMalgoçunus , et avoit pour père , iPorpkitts , frâioè qui i pfei: ses qualUài^ s*ëtoit attiré beaucoup de vénéj^atîon dans rtls (a)^
40. Son éducation fut eonfiée à siifnt Jltçrt* C'<!tpH un docteur* célèbre, dont la liàissahce égatok Je m^ilHe. Il avoit pour ^re Bican (3), Tun ^es principaux seigneur^ de TUe , et pour mère Renguilide , (Ule xle Sailomon , aneien roi de rAnnorique. Saint Geroiaii;! d^Â^uxerre avoit pu lui donner quelques ioitructibnft 4urfint le second, voyage qu'il fit dans le pays j et 4'mi de>seé'élèlv^ le perfecAuina dana }e$ scieuces divines et hulonaines. Apres avoir passé i4fuel<|ue|e|nps à la cour d'un prince de Gianiorgan, il renonça au mopd#* On attribue cet événement aux prières de saint Cado, abbé de Lancarvan. Saint Dubrice^ qui avoit professé , avec la plus grande distinction >. lies science diviues et humaines, depuis Tan 469 jusqii'en 4^4 i ^t qui conooissoit les tàlens supérieurs d'Iltut , le fit son successeur dws ce ge^e de travail. 11 le jplaça dans le Gla* morgansUie, auprès du monaêslbère ;de saint Cado. Une église et une communauté ^'élevèrent bient6t sous le ,nom <Ie Laii-Iltut. Avec Tagrément du roi du Glamorgan , il y ouvrit unie école publique où il ensei* gna r£oràturè*Sainte , la philosophie , la: rhétorique , la poésie et la grammaire. Sa rq>utation égala ceHe de aaint Puhîice » et la jeune nc^Iesse ^'«mpressa de piendra ses leçons. (^ dit qu'il se retira , dans sa vieillesse , eo Armorique , et quUl jflOAurfit à Ool ; ce qu'^ y a de constant , c'est qu'une ^paroiff» , q^i est à jcinq lieues dç (Q^tte ville , ^reconnoît pour padt>n, S€iU9<l^ nom de e|int Ic^euU. Mais il est plus probable qu'il finit ses jours dans l'tle de Bpçtagnje;j^. Le culte de ce saint est fort an* den dans le diocèse de Léon<5)*^lie;PQrt,Aber7lIdut et Lan-Udut, trêve de Plourin , ont été consacrés à sa mémoire. Tel étoit le maître du fils de -forphius.
(1) Pen^ montagnt ; ohen , vacha.. (4) Usscrius, Britannic. Ecdcs. Anliq. pag,
9Sa ovf S9S
(3) Bi, prince ; ean , bon. et de tud ou vdd , seigneur.
SIIIÈÙE SIECLE: 34 1
4i« La famille de cet enfant Ta voit destiné à figura dans le monde ; mais la Providence , qui l'avoit conduit dans la solitude , Vy attacha sans retour. Sa vocation à l'état religieux parut si marquée , que son père même n'osa s'y opposer. Tout ce qui l'environnoit dans le monastère de ^int Utût le portoit à la piété et au travail. Il y avoit entre ses condisciples 6t lui une sainte émulation à qui en feroit davantage. On assure que Dieu ne tarda pas à le gratifier du don des miracles.
4^* 3cs mœurs y sa sagesse et sa discrétion étoient si grandes, qu'lltut crut pouvoir l'abandonner à lui-même , quoiqu'il n'eût pas encore seize ans accomplis. Un lieu désert , qui appartenoit à Porphius, fut préféré , par son fils ^ à la maison là plus somptueuse ; il y éleva un oratoire et une cellule. Les années couloient , devant lui , avec la rapidité d'un torrent j parce qu'il ne s'occupoit que de Dieu , qui absorbe le temps dans l'éternité. 11 passoit ordinairement deux ou trois jours sans manger ; ses repas n'étoient que du pain et de l'eau ; dans les grandes fêtes , il y ajoutoit de petits poissons. Depuis qu'il entra dans la solitude , jusqu'à son dernier soupir , il s'abstint de toute espèce de viande et ne but jamais de vin. Son temps étoit partagé entre le chant des pseaumes et la méditalion de l'Ecriture-Sainte.
43. Le sacerdoce , auquel il fut promu , lui donna un nouveau relief. Douze prêtres se mirent sous sa conduite. Le monastère qu'il érigea devint le séjour de la pénitence la plus sévère. Ce qui remplit d'une sainte joie le saint abbé , fut la conversion d'un prince voisin. Celui-ci , animé par son exemple et par ses discours , eut assez de force pour rompre de longues habitudes , et pour se courber de cœur devant la loi du souverain de tous les hommes. Pour rendre son bienfaiteur plus utile ^ ilvoqlut le faire promouvoir à l'épiscopat : le prêtre charitable en auroit supporté volontiers tous les travaux , mai$ il en envisageoit avec tremblement la dignité ; toujours soumis néanmoins à la volonté de Dieu , il le pria de la lui faire connoître. On rapporte qu'un ange lui annonça que la Providence lui destinoit un autre pays , et qu'il falloit abandonner au plutôt celui qu'il habitoit. Ce n'est pas la première fois que Dieu a exaucé ceux qui l'interrogent avec un cœur pur et soumis.
44. Le saint prêtre se confia à la mer et fut conduit heureusement à l'île d'Ouessant (i). 11 avoit pour compagnons les ecclésiastiques de son
(1) Albert le Grand, dans la vie de saint qaenoosavonsprouyéélreOaessant.Voy.loin. Pol , nomme HeussaVWe où il débarqua. Cette i, pag. lOt et 102, au renvoi (h). (Ci-dessas, Hiuita n'est pas différente d'Una ou Uttan^ Introduct.^ n« 99 , in fine, p. 47. a. Y.)
3421 HISTOIBE ECClisiÀSTIQUS.
monastère de Tlle de Bretagne , et quelques autres personnes dévotes, le havre où a s'arrêta se nommoit dans la langue du pays Porz eugen, ou Porz enumet , c'est-à-dire , poH des bœufs (i). Il s'avança dans le terrain pour le reconnoltre , et de là passa à Molenes (a).
45. 11 quitta bientôt celte Ile ; pour se rendre sur le continent du pays de Léon. Il établil un monastère dans un lieu que^ par cette raison , on appelle Lan-pol. Aimoin assure qu'il y a subsbté jusqu'au dixième siècle : c'est maintenant une église paroissiale.
46. Qovts n'existoit plus alors , et l'Armorique étoit tombée en partage à Cbildebert , roi de Paris. Witur, autrement Gwitar , commandoit pour hii dans la Basse- Armorique (3) : il étoit à la tête des troupes de mer et de terre. Sa naissance n'étoit pas moins distinguée <pie son poste; un emploi de cette nature fait supposer qu'il avoit eu part à la réduction de l'Armorique , et que c'étoit une récompense de ses services. Une ar* mée de Frisons tenoit en respect la partie supérieure de l'Armorique : Corsolde en étoit le générd (4>
Le saint abbé crut devoir se présenter devant Wîtur. La demeure ordinaire de ce comte étoit à File de Bat (5) : il y passoit tout le temps qu'il
(1) Ce barre est appelé Pwt eugen ou Pan enwnet^ dans les Mémoires manuscrits du P. du Paz. P&rx,poH; eugen^ hœuf; enwmei^hamf.
(2) L*eadroit où saint Pol descendit , se nommoit Admaàeni ce terme est composé d'ail, près; de mae, qu'on prononce mol; ^plame, et d'en , ruisseau. Ltle portoit le nom de Veiona , mot tiré de «M 01 (c, partagée , divisée , et de dun, numiagne ; ce cpii veut dire : numtagne qui a été séparée du eonUntni. Une ou plusieurs rifières avoient eu leurs cours auprès de cette montagne. Yoyei ce que nous avons dit à ce sujet , tome 1 de ceUe Histoire « note (P) de la page fOi et 102 (*). L'Ile Banec, qui est entre Ouesunt et Molene, fait asseï connottre par son nom qu'elle a souffert de grandes rariations : Inm , ravagée , désolée ; ecq , habitalUm. Tout Fespace qui est entre rile d'Ouessajit et le passage du Four , û*an côté, et la Pierre noire, le Ranuei et la baie de Brest, de Tautre , est rempli d'Iles et de rochers , que la mer a séparés successiyement de la terre ferme.
(3) Le nom de WUur vient de wi, eau, et de tur , terre. Celui de Gwitar se tire de ^t, eau , et de (cpr 9 terre : hcmmt qui commande
?a« , et ae lor 9 fterre : nomme qui commanoe de maisoi n Ci*dessu8 , Introduction ,u**99, in fine , p. 47. a. V.
ewr mer et sur terre. « Les Gaulois aroient » Unt de goût pour la brièveté du discours» dit » M. BuUet , qu'ils omettoient ou sous-enten- » doient quelquefois , dans la composition , » «B motnécessaire, et même le terme princi- 0 pal.
(4; Le nom de Cweolde est 4érivéile cor , e^f , et de sM, armée.
(5) Cette lie est appelée Ba< par les uns et Bat par les autres. Le terme bas ou hais signifie un endroiê guéable; celui de bat désigne uesiieu submergé: bai, noyé^ submergé. De ces deux étymologies , il suit qu'on aHoit autrefois à gué dans cette lie, et que le terrain qui renvirennoit a été submergé. Ce terrain étoit traversé par une rivière, et cette rivière étoit celle de Léon, Roscof, qui est entre Léon et rtle de Bat , étoit autrefois une grande plaine marécageuse : rhoe^ flaine hmmide, La mer en a couvert insensiblement la plus grande partie et y a formé un petit port : de là le nom de eof^ creusé, couvert. Des personnes dignes de foi m'ont attesté que , dans une grande marée de réquinoze, la mer s'étant retirée fort loin , on y a aperçu , il y a peu d'années , des restes de maisons. On pourrait Dure à Boscof un des
SIXlÈBfE SIÈCLE. . 343
n'étoit pas obligé de donner à son ministère. L'amour d'une vie molle et oisive ne lui avoit pas fait prendre ce parli : des idées plus nobles Tanimoient ; il avoit choisi ce lieu retire pour servir Dieu avec moins de partage. Comme sa charité s'étendoit à tous les pauvres , son palais en étoit souvent investi.
Ce fut dans un de ces momens que l'abbé fut admis à son audience : cette a(Iluence de pauvres , dont quelques-uns gémissoient sous le poids des maladies y excita sa compassion et le détermina à les en guérir. La politique du monde ^ cet art trop connu d'en imposer aux autres par de beaux dehors , n'entra pour rîen dans l'entrevue du comte et de l'abbé ; la candeur et la sincérité présidoient à leurs pensées pour passer sur leurs lèvres. Witur reconnut aussitôt, dans cet étranger, un parent et un saint : le sang qui le$ avoit unis dans la Bretagne insulaire reprit à l'instant s<&s anciens droits : il les exerça avec d'autant plus d'activité que leur rencontre étoit moins prévue.
47. Witur, qui connoissoit la piété solide de son parent et l'attrait qu'il avoit pour la solitude , lui céda çon palais de l'ile de Bat , avec toutes ses dépendances. Cette demeure fut bientôt changée en monastère , et une grande église fut édifiée. C'est alors que cet abbé , dont l'amour pour le prochain ne se renfermoit pas seulement dans les prières qu'il portoit sans cesse aux pieds de Dieu , se répandit au loin comme une rosée bienfaisante qui fertilise les campagnes. En peu de temps, le peuple de Léon ne fut plus reconnoissable : les prédications du saint , fortifiées par son exemple , en firent de vrais chrétiens.
48. Witur, témoin des prodiges que la grâce de Dieu opéroit par le ministère de l'infatigable abbé , forma le dessein de faire ériger la ville de Léon en siège épiscopal , et d'y attacher ce zélé missionnaire (1). Ses démarches étoient inspirées par cette sagesse d'en haut , qui dispose tout avec douceur et qui atteint avec force depuis une extrémité jusqu'à l'autre, parce qu'elle conduit infailliblement ses élus jusqu'au point de la grâce et de la gloire qu'elle veut leur donner. Aussi fut-il plus heureux dans ses poursuites que ne l'avoit été le prince de l'ile de Bretagne. Sous prétexte de faire passer à la cour de Childebert des dépêches intéressantes, il députa rhumble abbé auprès de ce monarque. La lettre dont il étoit porteur conténoit l'éloge de son mérite et des grandes choses qu'il faisoit dans le pays. Le comte y peignoit , sous les couleurs les plus vives ,
meillenrs ports du royaume, et il aaroit cet toas vents.
avantage que les yaisseauz en sortiroient de (1) [An 512.] — Omissioa. a. Y.
344 HISTOIRE EOCLiSI ASTIQUE.
l'empressemetit que le peuple tëmoignoit de TaYoïr pour ëvéque , et il exposoit que rhumahé du saint s'ôpposoit seule à son élévation ; il conju^ roit le prince de le èontraindrt d'accepter un emploi doM personne n'étoit plus digne que loi.
Childebert , celui des rois François de la première race qui a fait pa* roitre le plus de sollicitude pour le bien général de T^lise, se fit un devoir d'entrer dans les vues de Witur. Pour préparer de loin le saint à y correspondre , il lui reprocha qu'il étoit un serviteur inutile dans la vigne du Seigneur y et qu^au lieu de faire ikiultiplier les talens que le Père de famille lui avoit donnés , il les cachoit en terre. « Ne craignes* vous point, » ajouta le roi y les menaces qui ont été faites aux ouvriers lâches et in- » dolens comme vous?» L'homme de Dieu ne répondit que par des larmes : persuadé qu'il n'avoit eii partage que te péché , il s'avoua coupable. Sa* chant que celui qui plante et qui arrose n'est rien , il ne pouvoit que s'humilier , et il craignoit de n'avoir pas travaillé autant que Texigeoit le talent qu'il aroit reçu.
Son abaissement aux pieds du souverain le fit paroitre tel qu'il étcît : Childebert n'en conçut que plus d'estime pour lui, A il se faàta de lé relever. Quelle fut la surprise de lltumble ministre , lorsque le roi , qui venoit de prendre le bâton pastoral d'un évêque de sa suite , lui dit , en le lui mettant à la main : « recevez la qualité d'évéque , afin que vous » soyez utile à plusieui*s ! » Les excuses que sa modestie lui suggéroit , ses prières et ses larmes , rien ne ftit écouté. Des évèques qui étoient à la cour le consacrèrent.
La ville de Léon , fondée par les Romains (i) , étoit une place forte où il y avoit toujours un officier général. Witur y commandoit alors. Cette ville avoit , sous sa dépendance y un canton assez considérable : celui des Agnotes ne Tétoit guère moins. Ces deux districts servirent à former le diocèse de Léon , dont la direction étoit confiée au nouvel évéque. Childebert le fit défrayer durant la roule de Paris à sa ville épiscopale (a).
(l)Vo7. 1espag.7tet72dal.tom. â«oo(re prendre. Cet usage venoit des Romains:
Histoire. fCi-dess.^ Introd..n*a6^p. 36. a.V.) Childet>ertrayoit maintenu dans ses états. Ce
(S) U ezbtoit encore « dorant le nzième prince fit expédier des ordres pour qa*on resiècle y des maisons de postes en Armoriqne çùt chaque jour, dans ces maisons , Tévèque «t dans la France : elles étoient placées de de Léon, dorant son Toyage. a SmguUs dit^ distance en distance snr les grands chemins ; » bus enm honorilUè mandavU suteipere ptr on y fonmissoit des chevaux frais à ceux qui » regiat ades quouifuè tucm âiofeesim tncouroient pourFutilité publique ou qui étoient » IrartL » Yita S. Pauli Léon, apud Bolland. I^orteurs d'un ordre qui les aotorisoit à y en in Actis Sanctonun , lom. 10.
Le
SIXIÈME SIÈCLB. 345
Le troupeau à qui le roi venoit de donner un pasteur y le reçut comme un présent du ciel. Dieu le rendit si puissant en œuvres et en paroles que , secondé par d'hi^iles et de saints coopérateurs qu'il prit dans son clergé et parmi les religieux qu'il avoit formés j il fut assez heureux pour détruire les restes de Tidolàtrie qui s'étoit concentrée dans la campagne. Son amour pour la retraite et surtout pour celle de son monastère de Tile de Bat, l'a fait appeler Poly c'est-à-dire , t homme de la montagne (1) , et ses travaux évangéliques lui ont acquis le surnom àt'jéurelien ou de grand.
49. Budic y roi de l'Armorique , avoit laissé , de la reine Ânaumed , six enfans, savoir: Hoel ou Rioval , Ismael, Tifei, Oudocée^ Urbien ou Concar et Dihoc , autrement Dionot ou Dinot. Hoel étoit , depuis quatre ans , à la cour d'Ambroise-Aurelien , son cousin. Pressé par les Frisons ^ il avoit été obligé de prendre la fuite. Durant cet intervalle , il rendit des services importans à sa famille de Tileetil y acquit un grand crédit. La nouvelle de la mort de Clovis et du partage de ses états entre ses quatre jfiils, lui fit naître l'espérance de recouvrer le royaume de son père (2). 11 équippe une flotte considérable et y fait entrer des troupes choisies : ceux des Armoriques qui Tavoient accompagné dans son évasion voulurent partager avec lui le sort qui l'attendoit.
Corsolde , général des Frisons , commandoit encore dans le pays d'Alet. Hoel l'attaque et le défait : ce succès donna de nouvelles forces aux troupes du vainqueur et jeta l'alarme dans les garnisons que les François tenoient dans le reste de l'Armorique. L'ennemi fut forcé dans tous ses postes et contraint d'évacuer les places. Witur mit bas les armes de lui-même, et mérita par là sa grâce. Maître des états de son père, Hoel se hâta de faire rentrer les princes et les seigneurs Létes dans la jouissance des terres que les Frisons leur avoient enlevées.
50. Qotaire, roi de Soissons, informé de tant d'exploits, désira de voir le héros qui en étoit l'auteur. Ce prince étoit alors à Paris , pour former, de concert avec Childebert et Clodomir, ses frères, le projet de la guerre de Bourgogne. Hoel alla le trouver en cette ville (3) : ils se lièrent d'une amitié réciproque et se firent des présens.
5i. Saint Melaine, cet illustre apôtre de l'Armorique et de la Gaule , termina sa carrière , dans son monastère. de Placium, probablement le 6 Novembre 53o (4). La contemplation des biens célestes avoit été , durant
(1) Pol ou jpod, moniaçnt. Ce saint passa (3) [An 523.]— Omission, a. Y.
dans nie de Bat la plus grande partie de sa (4) On n'est pas d^accord sur le jour du dé« ▼ie. ces de saint Melaine. L'auteur de ses actes le
(2) tAn 513.] —Omission, a. V. met au 6 de Noyembre. L'ancien bréviaire de
346 HI8TOIU BGCL^SlÀiTIQUe.
sa i^ie , la Dourriiure de 8oo âme. Cëtoit surtout à Ptadum ^ ce fieu écarté du monde , qu'il alloit goûter celte pait qu^on ne trouve qu'en Dieu I et rallumer avec une nouvelle ardeur ce feu sacréidont il embrasoil tous ceux qui avoient le bonheur de rapprocher. Les saints de tous les siècles ont connu par expérience qu'ib perdoient toujours beaucoup dans le commerce de la société civile , et que te seul moyen de se purifier de la rouille qu'on y contracte est de visiter , le plus touveni qu'il est pos«sible f ces lieux de silence que l'esprit de recueillement a consacrés à la connoissance de soi-même et à la méditation de sei devoirs.
Durant sa vie, saint Melaine avoit ^ par ses lumièl*es^ éclairé la foi ca-> tholique , affermi les fidèles dans leur créance , ramené les hérétiques au giron de l'Eglise ou confondu leur orgueil » et vei^ la discipline de la corruption qui t&choit de b'y glisser. Ce qu'on admira dans lui au con-» cile d'Orléans , répond de ce- qu'il fit durant son pontificat. Le don de sagesse , qui brilloit dans ses discours et dans toutes ses actions , décon^ certoit la superstition aveugle ; les mirades qui naissoient sous ses pas la faisoient rentrer dans le néant. On rapporte qu'il ressuscita un mort et qu'il guérit des possédés. Dans les cures miraculeuses qu'il entrq^renoit » il employoit ordinairement l'huile sainte ou l'eau bénile. Ce qu'il se proposoit surtout dans ces actes de charité , c'étoit de dissiper les maladies de l'àme , dont les suites , quoique moins sensâ>les sur la terre que celles qui regardent le corps, en sont dès lors plus dangereuses.
5a. Le corps du saint pontife fut transporté à Rennes^ par la Vilaine , avec beaucoup d'appareil. Saint L6 de Coutances (i) , saint Aubin d'Angers , Victor du Mans , successeur de Principe , et Marse , s'étoient rendus auparavant à Placium.Ces évéques, les ecclésiastiques et les moines condui-^
fftbbaye de Saint Meiaine de Rennes le fixe tet , bUnt: komwn qui a iê trûiêâè iîaa». La
au m^e jour ; plusieors «lartyrologes , cités ville qm porte son kom se nommoit Briovërts
par BoUandut » disent la même Chose. L'ilp- de Ma , wlh , et de ver, riviire : vilU sur U
penâix du martyrologe d*Adon fait mention (orilei'tifienvtére.Le Ver^aiàfnteiialitlâVinB,
de ce saint an 6 Novembre ; mais les marty* coule auprès de saint Ld. Là tille ide Ybt s
rologes romains d'Usuard et de saint Mr6ne« emprunté vm non da ostte rinère. JBriovere
placent sa mort au 6 Janvier : celui de NoUlc- étoit le chef - lieu d*uile terre coosidéral^le ;
ras porte la mort et roidination de cet évAqne saint L^ en fit présenta nm égRte , sinirant
an même jour , 6« de Janvier. Ceux qn| le l'assgeqoe les évoques Drféoîeal alors de leqcs
font mourir ce jour comptent à cette époque Usas. Les évèques ^e Goutaaces ont possédé
Fan 531 au Heu de 530. La fôle de saint Me- le tout , avec titre de baronie , jusqu'au temps
laine avoit été chômée dans le diocèse de de Philippe de Gossé, qui, par acte passé à
Rennes jusqu*en 1710. M. Jean-Baptiste de Caen le 12 mai 1576, échangea Cette terre
Beaumanoir la supprima alors. avec Jacques de Matignon , second du nom ,
(1) Saint L6 a tiré son nom de îod,rieKet' contre celle des Moustiers.
SIXIÈME $IÈGLE. 347
«irent, au chant des psetanmes , la dépouille mortelle du bienheureux prélat. ^. Tarrivça , le clergé et le peuple ^sortirent de l'enceinte de leur ville avec les croix^ les cierges et les bannières , en bénissant Dieu du dépôt dont il les honoroit* Les prisonniers , qui étoient renfermés dans une tour de pierrç 9^ midi de I4 ville y eurent recours 9 malgré leur indignité y au sain( 2 4ont Tapaour pour le pj^chain avoit été si puissant durant sa vie t ils s^ rppp?lèr^nt qu'il avoit été le ministre d'un Dieu sauveur qui a protesté 4§trp venu sur la l^re appeler les pécheurs. La tour se fendit à l'instant du haut en bas , pour inviter à la clémence ceux qui avoient le droit de vie et de mort. Les coupables , i^rès avoir recouvré la liberté de leurs corps j trouvèrent dans ce miracle plus d'un motif pour rentrer en euxmêmes et pour secouer le joug des ennemis de leurs âmes. Une dame qui avoit perdu depuis plusieurs années l'usage de la vue , animée d^une humble confiance , se prosterne aux pieds de son pasteur : la lumière , qui oe frappe plus ses yeux en vain , lui montre sur-le-champ son bienfaiteur.
Le corps du pieyx pontife fut déposé dans son monastère y qui étoit hors la vijlç (i). Les miracles qui se renouvelèrent sur ^b tombeau ont beaucoup contribué à étendre son culte. Outre que l'église du monastère que cet évéque avoit étabU auprès de Rennes est sous son invocation y une paroisse de la ville de Morlaix porte son nom : on en voit une autre entre Chàteaubourg et Vitré. I^ prieuré de la Corne, auprès de Lamballe, le reconnott pour patron titulaire» Une paroisse voisine de Laval, dans le Maine (a) , lui est dédiée.
53. Le siège de Marse, qui assista aux funérailles de saint Melaine y n'est point e^rimé dans la vie que nous avons de ce pieux évéque de Rennes. On croit communément qu'il étoit à la tête de l'église de Nantes (3). Il avoit remplacé Epiphane.
(1) Sancti Melann vila^ apud BoUand. Mane étoit évéque de Nantes. Il ne faut pas Albert le Grand et dom Lobineau , Vies des le confondre arec an saint Marse qui yivoft Saints de Bretagne. IVArgenlré , Histoire de aussi du temps de saint Melaine. Celui-ci étoit Bretagne. un solitaire, né à Bais; il passa une grande
(2) La ville de Laval est située dans un val- partie de sa vie dans un hennitage voisin de Ion , sur Pun et Tautre bord de la Mayenne. Vitré. Il termina ses jours en sa patrie ; son La y article ; val , vallon ; ce qui veut dire : tombeau devint fameux par les miracles qui s'y U vaUon. firent. Les habitans de Bais , qui craignoient
(3) IVArgentré, Histoire de Bretagne, pour leur dép^t, le transportèrent, Tan 1437 , L'ancienne GaWa Christianay Baillet^ Vies dans l'église de sainte Magdeleine de Vitré ; des Saints^ les auteurs de l'Histoire littéraire il y repose encore à présent, malgré les ré» de France, tome 2, et M. Trigan, Histoire damations de ses premiers possesseurs, ecclésiastique de Normandie , disent que
Ce prëlit s'éloit transporte à Angers , quelque temps avant la der« oière maladie de saint Melaine , avee ce respectable confrère , saint Lô et Victor , pour conférer avec saint Aubin sur quelques affaires de religion.
. Melaine j à qui sa sainteté et ses autres qualités éminentes déféroient le pas, célébra devant ces évéques le saint ^crifice de la messe , dans une église dédiée à la sainte Vierge , qu'on nomme le Ronceray (i)- Après le sacrifice , il distribua aux évéques pr^ns des eulogies sacrées , en témoignage d'une charité mutuelle et d'une même communion. Saint Aubin , saint L6 et Victor consommèrent leurs eulogies : Marse ^ qui ne vouloit pas rompre le jeûne (car c'étoit le premier jour de Carême) , laissa tomber la sienne dans son sein au lieu de la manger. Tous se séparèrent après s'être donné le baiser de paix.
Marse ne conserva pas long-temps celle que ses confrères lui avoient laissée. Le trouble et l'agitation s'emparèrent de son âme : il fit réflexion que la charité est la première des vertus , et que , comme il ne s'étoit pas conformé à ce qu'elle avoit exigé de lui , il avoit blessé ses frères. Ne prenant conseil que de soq repentir , il va trouver saint Melaine à Placium et se jette à ses pieds : celui-ci y quelque édifié qu'il fût de cette démarche , ne crut pas pouvoir prendre sur lui de lui remettre sur-lechamp cette dette ; il lui conseilla d'aller faire ses excuses à l'évêque d'Angers. Aubin le renvoya à Victor j qui remit son absolution entre les mains de Melaine. De retour auprès de l'évêque de Rennes, il attendit encore un jour sa réconciliation ; elle ne lui fut accordée qu'après que Melaine eut passé la nuit en oraison (a). On ne sait lequel admirer davantage , ou le cas que Marse faisoit de l'union fraternelle , par Tenvie qu'il avoit de réparer ses torts , ou l'ingénieuse fermeté des évéques qui vouloient instruire la postérité. Quelques-uns placent Marse au nombre des saints : son église ne lui a point décerné de culte religieux. Ce qu'on peut dire de lui avec Forlunat , c'est qu'il fut un grand évêque, comme son nofn le fait entendre (3).
54. Saint Aubin étoit né dans le territoire de Vennes , l'an 469. Sa far mille qui , comme nous l'avons dit ailleurs , portoit le nom à'Jlbina , Tune des plus illustres de l'Armorique , avoit jusqu'alors soutenu sou
(1) Le mot Ronceray est composé de ronz , (3) Harse tire son nom de mar , grand , et
auprès; d'er, rivière, et d'ai , habilalUm: dU pour ys^ trticle le; ce qui veut dire : U
demeure auprès d'une rivière, grand, par antonomase.
(2)yitaS.Melanu.
^ixrfeMB siicLE. 349
rang par ses services et ses emplois. Quelques-uns pî^lendeni qu'il étoit de la paroiissè de Languidic , près Hennebon (i); Ce tju^ y à de coDstant à cet égard y c'est que le nom de Languidic annonce une maison distinguée et puissante (a).
55. Docile aux inspiration^ de la grè>eè divine , Aubin connut dès son "^ enfadde combien le joug du 'Seigneur est doux ,- et combien est léger le fardea«f qu^il impose à ses serviteurs. La tendresse qu'il àvoit pour ses parens^ les agrémens qu'il goùtbit auprès d'eux ^ les espérances flatteuses que sa naissance et ses grands biens lui ofTroient , rien ne fut capable de l'attacher au siècle : les choses créées ne pouvoient arrêter un cœur fait pour le cieh Pour rendre son détachement et plue assuré et plus parfait, il se Retira dans un monastères , à Pextrémi té de l'Armorique. • 56. Il <Mblia , dans sa cellule, que la nature l'avoit fait pour commander-. Esclave du Seigneur , il n'eut d'autre volonté que celle de ses supélieurs^; il n'envisageoit en eux que lès ordres de Dieu et son autorité. La naisssmee et les dignités que le monde encense , s'anéantirent devant lui. Tout ce qui devoit lé'^tter à la mort , né lui partit que vanité ; l'honnêteté et la politesse , qui doivent iétre surto^rridppanage des grands , le distinguèrent encore ; mafs ces deux qualités , qui , pour l'ordinaire , servent de voile à l'amour propre, étoient éclairées par la charité. Les austérités auxquelles il assujettissoit son corps , cet ennemi si redoutable de l'esprit y l'en rendirent le maître^ Attentif à veiller sur ses sens , il ne les laissa jamais s'écatter; ses yeux ne se détournèrent point sur des objets dangereux ; ses oreilles furisnt fermées aux plaisanteries et à la médisance ; elles l'auroïent exposé à manquer au prochain. L'amour qu'il devoit à ses frères , étoil la règle de sa conduite envers eux ; soit qu'il fût renfermé dans son ihonastère , soit que les ciréoQstances l'obligeassent de se trouver au milieu du monde , les mouvémens dç son cœur étoient dirige vers Dieu. . iî .
57. Une vie sS exemplaire lui attira l'estime jet la vénération de sa communauté. L'abbé , qui la conduisoit ^ étant mort r«n 5o4 9 ce risligieax
* (i) Prèprium Venetense. rét^étr, ehém ; ùm , rhrièrt. La ri?ière d'B-
(S) Latogaidic est un tenne qui a pour on- kl est ainsi appelée » parce qn'eUe se partage
gîne lafin, hMtaiion; gui, Ubulre, et die, en plosieurs bru ;$, tam, ri»ièr$; taU, qui
puiiêa^^U; ce qui se rend par : ttrMqmaéié se parlage. L'Etel reçoit, à Gevin , la petite
hokHée for une famUe ilhutr§ el ptnssaiile. rinèr» de Tail , qui se dirise également en
La paroisse de Languidic a pour trèyé Bran- denx branches ; le nom de Omnn marque le
derion , sur l'Etel. Une forêt de chênes a cou- confluent : g$ , nWff ; via, con/liisiil. vert le terrain de cette succursale : (run, /h-
35o HISTOIRE ECCliSLMTIQUB.
fut éki d'une voix upapime pour Iç rçmplaper. Ce ^U fit égsAem^o/L honneur aux uns et avx autre3. Quand 4W. se 4pni9^^|in;flj|^v^ c'est qu'on a envje de l'imiter. ; > . :?
Aubin y qui n'avoit alors que trente-ciuq ans^ fit hï&im UV^ ^ag^s^ Consommëe. Il rendit s^ coomiii^apté. k sa pramèn^ (er^ur } efmi ^ ses moines j qui paroisspiiBpt )es meias vég\é$^ endopas^drett; U Tétopa^ avec une sainte ardeur. La tiédeur £t place «m zèle et a l'aeUvil^c PwwM cf siècle , aucun monastère ne fut plus saint et plus édifiaiA* Ce qa'09 ne pouvoit se lasser d'adiptrer , c'ëtoit l'ordre qui régnoil dans l'offîee d^vin , et les autres exercices de la vie veguUèi\e. Cette déférevM et eetàfiekm^ mutuelle qui unissoient tous les fnetnbres, el semblûîe«l n!eni fdire: qil'up seul et même corps dans un^ seuils et même àme ^ Ploient dea ayantrgo^ de cette paix profonde qui âiit le9^ délices 4^ <i^ y et qui diâeerne un i^uicun y à proportion de ses mérites» saoa que la jalouiie^ ce fléau: de la société , en puisse altérer la séMnité^ Ti»t de vei^iis rasiembléea dans h communau^ d'Aubin , lui firent donner le nom de aswtf atonaptèffe » cm de itncillac (i)- Quelqu^sHun^ Qpt oru^iue l'Arworique renfefiu^y dans son enceinte-, cette terre de ^nédictkm ; d'autres en foni hq^neur |i l'Anjou. Il semble que le pays nantqis poufroit la rev^Q^u^ avec avtant de fondement (t).
(i) Fortuoal, qui a écrit la tîs de s^nt Aubin, appelle son monastère rtii«iUact|Ui on Cincillaeense. Ces deux noms sont exacte* ment les mêmes; TS et le T se mettent indifféremment l'un pour Tautre dans ie cdti<|ue. Sen ou Un , sainl ; ni , mornuUre,
(2) D. Mabillon avance , dans ses Annales de Tordre de saint Benoît , tome premier^ qu'on n*a pu découvrir jusqu'à présent quel étoit le monastère de Tinciiiac , ni dans quel évécbé il étoit situé. Deux raisons engagent cet historien à penser que c^est dans TAnjou plutôt qu'en Armorique « qu'on doit placer cette communauté. La première est que^ saint Aubin a été tiré de Tinciiiac , dont il etoit abbé , pour monter sur le siège d'Angers. La seconde qui lui parolt plus forte , et qui l'est réellament , est que Fortunat passa par Tinciiiac en allant de Poitiers à Angers , comme ie prouvent ces vers qu'il adressa à^ainte Radégonde, qui avoit foulé aux pieds une brillante couronne pour porter la croix de lésus- Cbrist , et à Agnès^ abbesse à Poitiers :
. 'llattaii4lgrtai«aàTdbiiSoM9id9«««aâfH' . J||l|sni|cepj(.g«4boiiiUteiplet.
Hiiic cilos excurrens Cariacc devehor Aul« t
Tiicillaeenti perferor indè loco.
a)AC sacer anlistes rapuit me DomioUnnt Ad tancli AlbÎBÎ gaudia festa trabent.
On ToU parla , ditlfabillon , que Fortunat ▼inl de chez Edmond, à l'endroit qu'il appelle Àula Cariaea^ peut-être le même que Carrières , proche Thouars , en Poitou , et de là au monastère de Tinciiiac , d'où Domiden l'emmena à Aqgers , pour y célébrer la fête de s^int Aubip'.. Ce qui fait, ajoute-t-il « une route de pen de jours , au lien que Fortunat auroit pris un grand détour, si , pour aller de Poitiers à Angers , il eût dirigé ses pas du côté de Venues et de Nantes. Mais , 1'* on peut regarder comme certain que le dessein de Fortunat , quand il partit de Poitiers , n'étoit pas d'aller à Angers. Après avoir répondu aux politesses d'Edmond , qui l'avoit si bien -accueilli à Tordinaire^ il s'empressa de se rendre à Aula Cariaea : eitus eàcurretu Cariaeœ dirveAor Aulm. L'activité qu'il met dans cette
^HllftlÈfe «tÈC^B. 35 1
to. il f V^ditViUgt^dlWq iHA qtle SAittt AtibiH (i)étoitàla tête de sa C^MJètoiittiÂyVlâré^^^ IttiiKtiJt du cWgéël du pëâ[)le d'Angers rat)pelère^t Mu j^âUVërhëdièfût de lëïlr'égliM. La l'ésistettu^ë qu'il fit pour ne pas céttiehtîr i ébiîi éMébtton^ né ^rvit qu'à augmenter le dcîsîr des Ange- Vîtii : il iilt btâîgé de iéàét à' leurs înstaticeà.
L^AéVâtfoto d'Aubin Fut pour lui Ûri nouveau motif de croître en vertus, iptodt en répandre les înfltièhci» dans le champ qu'il s'ëtoit chargé de cultivée. Miùistre d'un Dieu hôttimé , qiii s'est fait èloîre de sanctifier rhûmiKté > il se tegàrdà cotnme une victime dévouée ati service de son peuple.' H fut ^e pèté dés pauvres y le consolateur des affligés , le libéfàteuf* ^ enclavés , h rirédecin des âmes et des corps. L'esprit de Dieu j qui TàVoit porté à là téforibé dé son monastère , n'éclata pas moins dans celle it^u'Û introduisit éh son diocèse. La grâce des miracles , dont le Tôûl-Pdlèsirtrt l'avôit îlbtwW datas l'obscurité du doltre, ne TàbandoùUà pdà àvtt^iïi sé^ lirAvàux Hpôstoliqtrîk Ces événemens extraordinaires aUiquc/là le IH-ë^deàeè dàighoit te ptétér , étbiént entre ses mains , comtiré autant dé ihùyehi assurés doUt il se sérvoit pour faire entrer dms hl béi^ériè de Jésu^-Cbrist ce qui réé^oit de païens , pour é(fifier léè fidèles et inêtià^T leUt sdlul:. t)ans un Vôjragé que lé 'Âiaumaturge fit à Vèûhei , il réteu^ita un niort ; ailléurâ^ par lé signe dé là croix , il rendit là Vtké l Xtàa àveuglè^.
circonsUoce soppoisé qh'il aVoit c(e pàUsans motifs pour hâter sa marche. A Tincillac , il Uoate rété^eDomicieb fai Itu fait de si fortes instances poarle suivre à Angers» qu'il ne petit s'jr yefbsër : ràpvU Mé Itahéàs. Ce ▼oysfgé iméti dune pal prdflfMité» lorà^û*!! sortit de Poitiers. 2^ L'AulaCuriaca n'est peutêtre pas CarrUfes. Suivant la Chronique de Hantes « Oiiehiinâb s^àppetoit àtitrefôis Àkla Quirm^. Xe tbrné Jbila értoit pifis aniâeniÉr^ ment pour la maison d'un prince ou d'une personne constituée en dignité. Celui de Quiriaca se tire de iir> ffrinUé, On sait que le 9 , le A et le e, ont dails le éfeltiqne , comme dans toutes les autres langues , le même son et la même valeur; iaea est une terminaison latine qui n'exprime rien. Par Àula quiriaca , on eaten^ doit ua9-mai$on fortifiée y un châUan. VÀuU Cariaea de Fortunat signifie la même chose» Car , fermé , enclos, Âula quiriaca et Ànla eœriaea donnent donc l'idée du même lieu. Cest donc à Guerrande qu'il falloit chercher VÀuia cariaea. Le nom de Guerranie fournit
d'ailleurs, les mêmes notions ; guer , palais ; ahéy pHkeè : pàïttis du pHnee. Guérech n y séjourèoA soutrent. Sainte Radegoade , qui n'avoit rien de plus à cœur que de rétablir la pait entre les princes de la Gaule , a voit probslbleitoéat député Fortutnit vers Guerech. Quoi quHI en soit , on doit reconnottre que le.monastère de Tincillac étok voisin de Guerrande , ef vraisemblablement dans le Nantois , vers les éMiétm dé FAnJou. Noua ne pensons pas cependantj avec D. Lobineau , Vies des Saints de B^tâgne , qu'il ait été à Tilliers. L'analogie qu'il a cru trouver entre TmciUae et niUcrs, n'est qu'appareiftè : ti, habitalion; liex , rivière : lieu voisin d'une rivière.
(I) Surius rapporte que saint Aubin conduisit An monastère pendant vingt-cinq ans. Les deui manuscrits dont ilabiilon s^est servi, né piiHenf (file tinq atis. K. FldH^y f eiiattacbé à ceul-ti. Nous suivons celui àè Surius avec M. Ba9let et leP. Longueval , auteur da l'Histoire de l'Eglise gallicane.
35a HISTOIBE EGCliSIAffinQUC.
L'action que nous allons détailler donnera u0. nouveau jour à sa charité. Une dame, noounée Eterie (i), étoiX prisonnière à Dullac, dans le diocèse d'Angers , pour une somme d'argent qu'elle ne pouvoit payer* Comme on la traitoit avec dureté et qu'il lui étoit défendu de converser avec qui que ce fût, Aubin appréhenda que, livrée à dlorméme, elle vint à tomber dans le désespoir. Le tendre pasteur , qui auipit donné sa vie pour conserver celle des âmes de ses ouailles ^ prit le parti d'aller visiter celte recluse. Sa charité , féconde en ressources, le fit triompher de la vigilance des gardes. Dès qu'Eterie l'aperçut , elle se jeta à ses pieds et les serra étroitement , sans pouvoir lui témoigner sa reconnoissance , autrement que par des larmes et par des soupirs. Un des soldats , qui eut connoissance de ce qui se passoit , bien loin d'admirer le courage du pontife et la gratitude de cette femme désola , aborda celle-ci avec une espèce de fureur, et l'arracha avec violence des pieds de son consolateur. Aubin , j^ touché de la manière dont on le traitoit , ne fut pas moins sensible à l'insulte qu'on faisoit à œtte dame ; il jette un regard foudroyant sur le barbare ; du souffle de sa bouche , il le renverse par terre. A cet aspect , les autres gardes sont saisis de frayeur: la punition de leur compagnon leur apprend à avoir du moins pitié des malheureux lorsqu'on ne peut les soulager autrement , et les fait s'abaisser devant le saint évéque. Sa tendresse paternelle l'arrêta quelqiies jours auprès de cette dame , afin de la consoler. Pour mettre le comble à sa bienfaisance , il délivra à ses créanciers l'argent qu'elle leur devoit , et la rendit à sa première liberté.
59. La douceur , qui faisoit le caractère de saint Aubin , ne l'empéchoit pas d'être ferme quand il étbit question des intérêts de Dieu et de maintenir la discipline ecclésiastique. 11 s'éleva avec force contre les mariages incestueux. Saint Jean - Baptiste fut le modèle qu'il se proposa; il crut que , comme lui , il trouveroit des Hérodes ; espérant dans la grâce qui avoit si bien servi ce précurseur du Messie , il étoit résolu de défendre la cause de Dieu aux dépens; de ses jours.
Pour ne rien faire avec précipitation , il prit conseil des personnes les plus sages et les plus éclairées. Il se transporta même jusqu'à Arles , pour
(4) Eterie a pris son ooin d*< » article , (#de Sir. C'est de là qo*eil' Tenu le nom de Sire , («r , on ser, wunUagm ; au Sguré , gr€»d » dont on s*est serti en France , depuis le treîiUné. Le terme Euriû est donc an nom gêné- lième siècle jasqu*an seixième , pour désigner rique , qui Teut dire, la çranAe ou la Damt, une personne de condition , et qn'on a résenré Le gallois et le breton Syr est le même que depuis ce temps aux têtes couronnée^.
consulter
siixiJÈaa.aiàci^Vr:;' 353
^OQiMllt0r<l6 eéiibra saîol Césaice , qjni îeoi^étoit if éque ; il fit touB>6eg :6fn forts dans plufiifiuif ^aonaile» pour faîn e«5fiér le BûMidale des mariages incestueux) il eoqiloyajméme les oeBsur6a>cçclésiafil^ilescontre<:^ qui na vQuIoienI; fw iq[iuiter «s. désordres^ I^iesauttes jprél^te^ ifoi,! par leur. Gênctàrp^iBNoioAï lauoiénie cause k défepdre^, n'iennent pasKtoujbur^ ia même fertnelé^ ilae laissa ^uimiknd ébranlei*, dakip^uo concile par kur exemple et par leur autorité : c'étoit proliafalemént ime assemblé^ de ia province, de. Toàirs; Xina personne puissames que le saint ^voîl excom* muniée ^ • s'eip. plaignit bwl lévéques^ qui rdsligèrént de lever la censure ; mais y odmBBe'îk iè prioiént d» bénir* ^wlqgies, c'est^niire.^ le pain qu'ils, envoyoient^àice^^éniliàit ^ en jsigne de' son> rétablissement à la com^ munion de l'Eglise , il répondit: «c Je suis obligé fde céder et'idèt vous » obéir ;iMi«iii:tandîsiq«ie vous iJ^andonnte là cause dé^^I^^ il saura la 9 déFeodi^e lufir mâeiew à( En: ^effet,! . la ^ personne èxiConanilBiée ^mouru| aieantiratirivfto'.dèilxMiqm luâ^poiAobnc^^ de ki part du oon«>
cîle. Aili««:.Dieii^ oonidlMwa ^ .molle èonqiaiaàtuiede ces évéques , et jus« tifift lja,séy^é«Hé:appirente de sonaenÂt^iiri: | : . ^
Ce.miiaûl^ ïdeasiUil 1» yeuk dès .éyéquea lqui!avoient Irabi les règles établies^ BeisaintB.^éiféqcrBf'j .panai lesquels on distieguôiti saint Aqbin , assemblés auxfrèisièmé; condle d'Oiiéai^y rekiiireptidn Tiguëufr ^^parteur dixième einsM^ ik|>tiebbème« qàejileK *Peres>d%^paeii<'avoienl: 4reaaé en 517* Ce caoosideftndoitMles mariïiges avec 4à béllemœvr^ la belle^mère , la. beOe^âUe^tla/Yeuver-de. Fonde, la cowine gemiakie ce issue de germaii^* .■■.■». i c- .*.!'' i ' . . - • •> )...:.■' ^ • '
6o. Aubin .orâtmua^dectraTeiller «sans TelAc^ à la vigne do Seigneur. U mainfiitt dans son diocèse TobseniAtiop dès saitits êanons^ pendant le reste de ses. jours irsa mort jint semblable ii sa vie ; elle Jui ouvrit Tentrée à une immortalité glorieuse. Cet événement arriva le i^ mars 55o (i).
Six a^s s'^Loif^nt à peine écp^j[és.y qu'Alain fut proposé à la vénération desfidèlesi Saint Germain ^évéqué de Paris , Eiitrope , successeitr immédiat du saint, et plusieqrs autres prélats, ûrent, en 556 1 la cérémonie de lever apn cpFps^ de sterne et de renchàpser. Le grand nombre de miracles qui s'c^érèrent alors' justifièrent le jugement qu'on avoit porté de son émiuieu!^^ s^nté^é. L'Àrmoriqiiç s'^eippifeçiç? 4!bopQrer ç^Mi ^.qui elle avoit donné le jouv<. Presque louies ses églises en ont fait l'office dans
(!) FoFtunat , In vita S. Albîsi apod BqU bineau , Vies des Saints de Bretagne. lattd.lfabmon) Act. 6S. ord. 8. Benedict. Lo*
354 HISTÔTÛ ECCLltsrilSTIQUC.
leurs bréviaiMs. Les villes de Gaerrmde et du Cormier lè recbdobissent pour patron : plimectH paroisses se sont mises sous sa pcotectiçn.
6i. L*^lise de Rpànes, après la mort du saint' eCisavadt évèque qui Tavoit gouvernée^ mijt à sa tête Febediole. L'homilitëptiajcbarité le ca^ vactérisèreût : ces deux vertus , ii^ sont le fondemerit des autres, le ren^^ dirent cher à son peuple (r). Il assbta ajftcih^uiàmé oodèilie d'Orléans de l'an 549 et en souscrivit les actes. - : r^
62. Marse y ëvêque de N^ûtes , n etoit plus : Eumere. l'avoit remplace au moins dès Tan 533. Il se trouva > cette année-la -méine, au second concile d'Orléans , et au quatrième qùt scf tinttlins lA BÔéme ville. Fan 541. Quant à celui dé l'an 538^ le prêtre Manàellien.,i5oii député , le souscrivit en* son: nom (a). • : :i. i ! ,
63. Eumere étoit un prélat d'un inériDe supérieur : sa'naitsmce n'étoit pas moins distinguée. L'office déjuge' qù'ilavoitexereë -dans lé siède , avoit fait connottne son désintéressement, et ion linl^gritéJSôii éloquence lui avoit acquis une réputation fort étendue. 6a v^rttf ne stt déoîientit pas dans répiscopat : il fut obligeant, doux et sensible }laii()olèrei qui, pres^ que toujours, se voit abandonnée par là raison et la vertu ,-n'eot: point d'empire sûr lui. La sérénité de son iràge apprepoitiaulLiatri^àseaiDdérèr; la patience lui parut tcop beUeiet trop, aimable :f>our «laisser toucher, par des injures : il envisàgeôitdftloinêiBliriîqui doitrla couronner. Tout étranger «vcfit :droît à sa' «Cable : leiimalftèfciitMix.attiroiipnt surtout icB regatd3 ; leursimaux devenbienï les sieosnc/lea pauVi^ étoient sa famille ; sa main bienfaisante alloit au-devant de leurs besoins; il leur partageoit avec joie les biêiis qu'il avoit reçus >desea pères et éeux de son église. Les malades , cette porlioD du genre humain qui doit être si chère à celle qUi jouit de la santé , excitcât::sa ioompassion :>il les visitoit
(1) Le nom de FebêiioUse tire de /k , pHU, meriéépllscopo ecéUS»Namae(eiisis sabscripr
hnmbU ; d» b4d,b(m, et d'tol, a§réakU. Ce si. *» Le mot Ijèmnm aînii que. cdloidè l^omi-;
qui veut dire : homme qui i'esi failmmerpar nut sont tirés. du çeltiqqe ékm^ qui., dans le
som hwnilUé el sa baklé. D. Morice avance « sens propre et figuré «* lignèrent tout cf qtU
dans sa Liste chronologique dei éréques de ui4tt9i. £ès Pèrêè dajiéobtile de Tours^, de
Rennes , qu'un Febediole ; souscrivit parpro^ Fan 46! ,' dopii^tif aaifil mHÎK\ile. titré de
cureur au cpnpilp tenu à Fréju^ , vers Tan 439. ÂwiniM ,^ c'est '^-dire^ de SHaneur. On avoil
Pour garant, il cite le quatrième volume des toxîàhen^à s'ènseîw'fl&lei^^
Anecdotes de D. àlartene.. Noua :&V avons SIdntEtieiiaè esta|)|MvAmiwf Sl^fcoAui,
point lu ce fait ; ce qui nous a déterminé à ne dans la relation de Tinvention de ses reliques,
reconnottre qu'un Febediole. Dom est une distinction encore à présent ré-
f2) Marcellien souscrivit en ces termes les sèrVée aux nUiteè dans l^t^agne.iCe litre se
canons du troisième concile d^Orléans : «Mar- conserve en' Franee dams k sens.de'#«>i«r>
cellianus prcsbyter directus à Dùmno meoEu- parmi quelques ordres religieux.
srxësME ^ÈCLE. 355
tous avec une tçndresse de pçre et. leur jjçnoit lieu de médecin. C'est là le poitrait que Fortunata crayppnë decefpieux^véquç (i).^£^^ en
rendant à ses ouailles çç^qu^l leur de voit ^ n'en étoit que plus disposé à la décçratiojQ dçff.]teqiples di^^eigne^r. Il jeta les fon^mens de cette fa« nveusq;basiliq)ie;d? N^Q^ , qM^A^t achevée par Félix > son successeur. ,
64v''^tiipei^ Uçuva dansf ^ll.diocèse^^u enfant qui ne se souvenoit pas d'avoir été bapti^:^. maisquL^ rappeloit sfuleniept d'avoir eu la tête enveloppée d'un lin^^vl^ YQulant pas décider par lui-même ce qu'il avoit à faire. (Utps. cette. Ç}îf^pnstance , ij^ ^^|||^rgea quelques-uns de ses diacres d'unei Jj^it^^ pour f»iat Trojan ^ ;)^^ue de Saintes : c'étoit un prélftt. qn\ Sjéfp|t.;attîné.i|iie estime universelle^ et dont la sainteté étoit telle|QAentayiéi^,:q)i!)l 13e ppifvoit porter de franges à ses habits, qu'on ne lei^ ^nrachàl aqssitôt pour les conserve»* comme des reliques. Dans la réponse qull fit à Eumer^, il se traite d'humble ministre et, honore son conijrèrQ,4u:titr^.4ç^ seigneur bienheureux en Jésus-Christ ^ sqivant l'usage encore eq^figlieliintiAprès, ce préambule ^ il dit qu<s le linge; dont cet en-: fant ^ wi|Tttnioit.v d'Avoir eu la tête en^i^loppée j étpit un signe équivoque, puis^'ot) ^nyelpppcHt soqyentla tête pour cause de maladie. ^Cest pourquoi 4lH<)€iP>çlul : « sachez qu'il est ordonné que qmcçniqùe.nç se souvient » pas d'ttQÎr.jâté baptisé , s} personne ne peut prouver, qu'il l'ait été , 9 doit recevoir ^u .plutôt le baptême , de peur qu!op iif^^p$. den^inde 3 compte d0:(!ette àme^ si ellçj demeure privée de ce.s^temçnt. » Le Knge dont on enveloppoit la tête du nouveau baptisé mérite potre attention : cette kandeleite n'était sans dofile employée qu^à cause de l'onction du saint chrême vcfnime on lepratiqjue encore aujourd^hijiî^dans quelques endroits à te cppfirmation. Nous ne connaisspps point d'autres particularités de Ja vie d'Eumere, niais on ne peut douter qu'il n'ait été grand selon Dieu (a). ..
65. Un neign^eur <ile l'Anvorique, à qui ses grands biens avoient fait
donner le pom de Petrap (3) , avoit épousé une fille que sa naissance
faisoil appeler Gueane (4). L'un et Fau^re étoient encore plus recomman-
dables par lei^ qualités de l'âme que par celles qui frappent les sens. Un
fils devint le ft-uit de leur mariage, vers l'an 48o : , ils bénirent, en
(i)Lib.*. carw^ l.| '^- • *Uhêisii ^ ti ée rûnn ^ partage : homme fui a
(2) Le nom d'Eumere se tire dW , partîcqle . ^« neheuet en partage.
qui marque le bien , et de mer, grand. Ce qui (4) Gueane est ainsi appelée de^ttenn, belle. ▼eut dire : très-grand homme. Ce litre, si recherché par le sexe , se donnoit
(3) Petran est un terme composé de peth , "« ^««^mcs débité.
3 56 uisTOiftE ttcta^kiijQïJif .
recevant ce dép6t , ràuteur delenin j<^ ee éé Ù iriè dë'cet enftihL kniinêi du désir d*ùiiè viè^tilùsr p9irkilëj ;fl»'iie^ëè'hëgàf(Kif6nt filas IfOe comme ft*èrè et sofur : fls 8*6kcut>€reht^nlqilétt(cfXit des riioyetis de pafre^ iiir k cet ^t heureux où Ton lie éëHtIélfrd plîM de ifains et d'épouses, et où tous ressembleront aux anges. GiidaM se cftttirgea de Féducation de son fAh. Petrati quitta rArmoriijue pour' dl l^tirër îeri IrMÀde ;où il^écut le reste de !âès jours dans lés exercices deld né dcrfiMirt; • ■' "
66. I^Ur etifknt suça avec le lait le germe dtftottlèsléft'Vc^tM. Comme il devint dans la suite le pS^ èfnn grand neliAi^ de rëllglettx'/ il' mérita le nom de Paterne, que lîf^térité Idr a ctMeisé¥Vé« SH^pvëttf ëavefre DieB le porta vers la retraite ; Texemplè de son "pif^ë^ i)tii"avblt aiMÎiMloèD^ ^ quHavoitdë plus cher pour servir sans partagé iè'tttallmdeFiitoHrers> lui offrit un nouveau motif de tendre à la perfièidtkyit. II fit tota '^prentis-> sage dans Mu des monastères de TArmofiqûe , sa patrie.
67. A peine étoit-il dans Tadoléscetiëè , que, d'iqp^ la' conviction que Toh aVoif de ses talens et dès^ rertvà , x)ti^ lir ii^ à la téfe' de huit cent qitaranteiWpt moines qui passèrent avec lui dans la Breta^. fie comté de Cardigan , au pa}*s de Galles; ïeur donna uq asile t le peuple leur b&Uiuh'mottastère. L'éminente ^ntétë de TaMbé lé fil cbc^sir pour scq)érteur géfiérlil des neligieux de fotrtélà contrée^ La^ilus considérable de toutes ses ébttinfànàut^s étoit celle de tAnh^Pmém^itviti(t) : eHéfut dans la suite Aûû^ en siégé épkcopal. Durant fie voyage qd*il Ût eu Irlande pour vdir mÀ ipère , il y réconcilia deux princel qui se faidoîent une guerre sanglaïité. Il fit le p^erinàge de Jérusalem àvèc saim ihrry et saint Telrau : if yflit s&^^^Vêque p^ Jeiani t^ , q^^
Après %6tai retbur /IK Continua de* gouverner, a v« ûnésaâs&cfiongé* nérale , les communautés de sa dépendaiice.- Son ten^sétoit partagé entre la prière et le travail des mains ; ses jeûnes étoîent fréquens ; Thospitalité étôir ùtle de dés vertus fiivorites; il avoit pour les jpaU^»Mi des entrailles de père ; tes affligés fronvoient «n lui îme ressource à leUt^HMix.
68. Soiï éloijg^étnent ne le rendoit pas moins ctef MÎi ÀrQKifriques : ce que la renommée publioit de liii , ïiisott fah^ d(sa 'ttmttrpMr son retour en sa patrie: Les Vennetois , qui venoiébt âe pàé^te Ida» ét^que (probablement Modeste), jetèrent les yeux sur ce saint abbé. Hoel interposa Àon crédit dans «ne affaire de cette conséqwoee. Paterne se rendit aux désirs du prinfce et à ceux de ses sujets.
(1)Llan.Patcrn-Vaar»erea4ï»r^j^JÎMiJii t9iiiu ; pour ou maur\ gratUl. grand Pal$me. Llann, égUèt; Patern.Pa- ' ; t •/ .,. .?' - i . •
sixAme siècle. 357
Il porta dans l'Armorique le» mêmes vertus dont la Bretagne avoît été témoin. Pour ne pas perdre Tesprit de recueillement si nécessaire à tout pasteur , il fit bàtif un monastère proche sa ville : il lia une étroite amitié avec saint Sanson. On assure que la plupart des évéques de la pro- ^ Tînce payoient alors des redevances à l'évêclié de Dol ; on ajoute que saint Sanson , par égard pour saint Paterne , en déchargea le sien.
Les évéques armoriques - bretons , c'est-à-dire, ceux deQuimper, de Venues et de Léon , se faisoient un devoir de déférer à l'ancien métropolitain d'Yorck j ks mêmes honneurs dont il avoit joui dans son premier si^e. Saint Paterne , à qui des personnes mal intentionnées prêtèrent des vues contraires, détrompa saint Sanson à ce sujet, dans une assemblée des évéques de cette partie de TÂrmorique. Il y donna des preuves non équivoques des égards qu'il avoit pour ce respectable pontife.
Ce ne fut pas là la seule a»ortificatJon qu'on tenta de faire souffrir au pieux évéque de Vennes* Des personnes puissantes ouvrirent contre lui la persécution , et quelques-uns de ses religieux mêmes , à qui Taustérité de sa vie faisoil ombrage ^ ei\|rèrent dans la même lice. Le pasteur ne leur opposa que la patience et la douceur. Peu satisfaits de la violence , ils eurent recours* à la calomnie. Paterne fut pleinement justifié dans le synode des évéques, quoique quelques-uns d'entr'eux fussent prévenus contre lui. La jalousie apprit à se taire et la charité repfit ses droits. ,
69. Cependant l'évêque de Veiines , au lieu de retourner vers son peuple, s'enfuit dans une terre étrangère. Comme Jonas , il avoit été l'occasion de la tempête qui s'étoit élevée; mais l'un avoit évité d'accomplir les ordres du souverain maître et méritoit d'être puni; l'autre, attentif à écouter la voix de sa conscience et k. suivre la loi de son Dieu , malgré la malice des hommes , étoit digne des plus grands éloges , et n'avoit que des récompenses à attendre de la justice même. Ami de la paix , il crut ne pas en acheter trop cher la coaservation par sa retraite : il abandonna même TArmorique , et alla s'exiler chez les François. Sa mort arriva probablement quelques années avant le milieu de ce siècle (i).
70. Un saint évéque de l'He de Bretagne, qiii étoit wau s'établir en Armorique , donna la naissanee à l'évêché d'Alet. Cette fondation , à
(!) BolUad. in Act. Sanctoniin;JaaDneiTiii- des. Antiq. p. â76; D. Iforiee , Bût. de Bref, motheasif ; Capgrayiiis in tîU S. Palemi ; Bot- 1 1. p. 998 ; Albert le Grané , Vies des Sainlf tcaa, Hist. Ord. S. Bened. ; Uaseriof , Brit Be- de Bietagoe.
358 HI8TOIBE ECClisiASTJQUE.
laquelle la religion et Vautorité civile applaudissoieût à Tenvi , ne^t pas moins d'honneur aux chrétiens de cette forteresse ^ qui le choisirent pour leur pasteur , qu'au discernement du roi Hoel qui y donna les mains. ^ Le nom sous lequel nous connoissons ce saint , est Malo. Nous ver*. rons par la suite pourquoi on le lui donna. Son père étoit probablement seigneur de<laerwent (i) , et se nommoit Gwent ou Vent (a)* Son épouse s'appeloit Darival ou Derivale (3).
7 1 . Malo fut baptisé par saint Brendan , autrement saint Broladre. Dès qu'il fut susceptible d'éducation , ses parens le mirent sous la discipline de cet habile maître (4)« Bf^ndan étoit un des plus fiimeux élèves de saint Finian , et avoit été perfectionné par le cél^re Gildas rAlba* uien. Il donna ses leçons dans le monastère de Lan-Carvan , au comté
(i) Sigebertde Gembtoars , qoi vi?oit dtns le onxième siècle , aotear de la Tie de saint Malo , 8*exprime eo ces termes : « PaUr ejui, • Gueni namine, eomês /Wil, qui urbis Gi- » mieastnm voeaiœ eonêUor txiUU; molrem » %p$iu$ Darival aceepimut. » La ?ie da même saint, écrite par an moine anonyme , que du Bosc a publiée dans la Bibliothèque de Fleuri, porte ce qoi suit : « In BrUanmia » quadrangula, quœ regio Vend dicUwr , mor » Irê ngmine Dtnwaia natuty qum erat sorar » AmokiijpairisiaMetiSamtimU^elVmbrafel » patrissaneli Maghrii^ex paUre nobiUnimo » regUmii illius^ nomine Foito, orimnémifuil. » Pour connoltre quelles étoient les possédions du père de saint If alo « il faut savoir ce ffèétoit GimieaUrum ti regio FeiUî. Gimitaiirum est un terme composé de gin , torluêusê , en sous-entendant rtoiér«; de mi, auprès , et du mot latin eoitrtm^ forUlieali<m ; ce qui veut dire : fortsrtise an^rèê «Time riviire lorlaetcae. Le mot venti est tiré deveal, rivière; ainsi , ngio venli signifie : pays arrosé par uns rivière. Il existe encore de nos jours, dans le comté de Montmouth , une bourgade à trois lieues de Caerleon , qu'on appelle Caervent , parce qu'elle est située sur une ririère. Cette rivière se nomme Wie : c'est exactement la même que Gies. L'v et le g se mettent indif-' féremment l'un pour l'autre au commencement du mot. La Wie baigne une partie du Montmouthshire, où elle décrit beaucoup desinuo* sites. Caerwent ne différoit point de la Venta SUurum , dont il est fait mention dans l'Itiné*
raire d'Ântonin. Caer, viXie; venî^ rivière* vm , rivière ;ta^ hàbitatUm, Caerwent étoit la capitale du Ifontmouthsllire, et lui donnoît le nom ; en effet, ce pays a été longtemps ap-^ pelé Gumi ou WerUiM. Le lieu de Caerwent n'estifeaiarqnable de net jours que par ses ruines : on y Toit des débris de murailles qui avoient enriron mille pas de circonférence, et quelques re mparts.t>n y a découvert aussi des monumens d*antiqaité , tek <pte des pavés à la mosaïque et des médailles. D'après ce que nous venons de rapporter, on peut con-« clur| que Vent étoit seigneur de Caerwent et d'une partiéduMontmouthsliire; ittab c'est trop avancer que de lui attribuer la fondation de cette capitale : l'autorité de Sigebert n'a pu àsseï de forée pour balancer celle de l'Itinéraire.
(2) Le terme (rtceiii ou Yèni se rend par rt- •tère. Appliqué au père de saint llalo, il a dd signifier un hopime qui étoit le maître du terrain que la Gie ou la Wie arrosoll.
(3) Le nom de DariwA a pour origine da , çiit a podÊor ànmaxM; ri, rivûre^ et vtal , for^ Ureeee. CeM de Derivale vient de der, dame ; d'i« rivière , et éewal,foHereeee; par où l'on entendoit une dame à qui appartenoit une place forte ei le terrain eptrosipar la rivière voisine.
(4) Le mot Brendan est formé de hren , chef, maître y et de dan, excellent. Le saint a élc encore appelé Brenvalat ; de hren, chef, et de val, gnmd: Broladre; de bro, maitre, et de laed, fécond.
::■ SIXIEME'^ SlèCLÉ. 359
de Glamoif^nVoù £llenius(i), grand littérateur , a voit auparavant enseigné. Des disciples de tout âge se rassemblèrent sous lui : il en eut jusqu'à près de trois mille.
7a. Le jeune Malo répondit si bien aux instructions de Brendan , que tout le monde fut surpris des progrès qu'il fit dans les lettres et dans les sciences divines. Ses mœurs respiroient l'innocence et la candeur ; tout à tQUSy il savoit s'attirer la bienveillance des uns et des autres. On le voyoit tour à tour enfant avec les enfans et vieillard avec les vieillards ; modeste I il ne s'éleva jamais au-dessus de ceux qu'il surpassoit , ni ne se compara à ceux qui l'égaloient ; humble , il se tenoit au-dessous de ses inférieurs. Son abstinence étoit grande ; la mortification de ses sens le détachoit de la terre , et lui donnoit une facilité merveilleuse à la recherche des biens spirituels ; son temps étoit partagé entre la prière et l'étude.
73. Pour se préserver de la contagion du siècle, que les guerres intestines et celles des Saxons rendoient plus dangereuse , Malo reçut des mains de Brendan la tonsure monacale et l'habit de religion. Ses talens et ses vertus lui gagnèrent la confiance entière de son abbé.
74' Cefut auissi un nouveau Joseph pour quelques-uns de ses frères : la jalousie entra dans leurs cœurs. Les égards que Breqdan avoit pour son fils bien-aimé y leur parurent injurieux : ils cherchèrent à s'en venger contre Malo. Leur envie ne servit qu'à les abaisser et à mettre dans un plus grand jour la sainteté de leur confrère. Heureux si de là ils avoient pris occasion de l'imiter! Pour lui , persuadé de plus en plus du prix de la vertu y il s'élança vers «lie avec plus d'activité ; il éprouva que le clottre ne fait pas les saints , et que j quand le vieil homme y pénètre , il y fait des ravages aussi terribles que dans le monde. Semblable à un torrent qu'une forte digue a long- temps retenu , s'il vient à franchir les barrières que la religion lui a constamment opposées y on n'aperçoit plus que du désordre et de la confusion.
75. Amis de la paix, Brendan et Malo crurent devoir céder à la tempête : le courroux de la mer leur parut moins formidable que les passions des hommes , lorsqu'elles sont déchaînées. Les îles du nord , qu'ils visitèrent , leur fournirent l'occasion de confirmer dans la foi et dans l'exercice des bonnes œuvres , les chrétiens qu'ils y trouvèrent ; ils eurent la consolation de s'édifier avec les saints personnages qui y vivoient :
(i) EUenîas tire son nom dVl , ffranie^ et 00 Ir^f-iavanl. dt Itn, êcienet : homm di grande êdtnet.
36o HISTOIfiE BGCliSUâTIQTnB.
c'étoient là les lieux fortunés qui couTenoieDl à leur diarité. Leur voyage se teriaiflia p%r les Orcades (i).
76. Cependant Torage , qui s'ëtoit formé à Lan-Carvan 9 avoit disparu : les faux frères ^ qui Tavoient occasionné , s'étoient retirés. La communauté reçut avec une joie inexprimable les deux saints ^ et s'empressa d'honorer leurs vertus. Malo se dévoua tout entier à aes premiers exercices : son humilité ne trouva rien de trop bas; la joie, qu'il goùtoit dans le Seigneur , ^toit pure. Mais s'il se regardoit comme un serviteur inutile et comme n'ayant en partage que des dé&uts , les autres découvroient en lui les perfections que son anéantissement lui cachoit. Ce qui
* troubla la sérénité de son &rae , fut la réoeptiao des saints ordres*
77. Peu de temps après, le si^e épiscopal de Caerwent , dont son père avoit été comte et où il avoit pris naissance , vint à vaquer par la mort de son évéque. Le peuple , que la renommée avoit instruit des rares qualités de Malo , se rendit en foule à Lan-Carvan , et le demanda pour pasteur. Le timide religieux , qui ne oraignoit rien tant que les dignités ecclésiastiques, se crut indigne de cet honneur; pour ne pas raccq)ter, il employa les représentations les plus fortes et les prières les plus touchantes. Sa résislance augmenta les poursuites ; sa cellute fut forcée ; il fut enlevé malgpé ses protestations et ses larmes ; on le conduisit à Caerwent , où il fîit sacré évéque.
78. liCs VŒUX du public ne furent accomplis qu^en partie; ils abouti rent même à le priver de ce saint pontife. Quelque avantage que Malo trouvât à le servir, il rencontroit dans son ministère trop de distractions qui le détournoient de ses premières occupations. Une multitude d'en* fans qui l'environnoient pour lui demander le pain q>irituel ; les cris des pauvres , les gémissemens , le bruit tumultueux des valets et des plaideurs ,
(!) Ces lies sont an nord de TEcosse , et séfmre de PEeosse « n*« pas même toujours n'en sont séparées que par un détroit qn^on existé. Une raste forêt les a cou?ertes d'abor4> nomme Pen-lan-firtb, qui a TingUqnatre mille et il 7 a lieu déjuger qu'elle se prolongeoit en longueur et douse en largeur. Pompo- jusqu'enEcosse. La mer se sera étendue suc-^ nius-Mela et Ptolemée en comptent trente , cesaîrement dans le détroit qu'elle occupe, et Pline quarante. Orose n'^ trouTe que Des arbres souterrains « qu'on découvre dans trente-une; il n'y en a à présent que fingt- ces lies, décèlent ses ancienli brigandages « huit. On pourroit en conclure ou que Véà^ et autorisent àsoiqiçonaer ceux qu'dle cache Tation de la mer est plus grande dans ces dans son sein. Le non , que les Oreadeseon*parages, ou que quelques-unes de ces lies a servent^ nous montre qu'elles n'ont été que perdu de sa hauteur, depuis le cinquième siè- des forêts. Or , grande ; cad, forêt. Les noms de. Les Orcades, qui sont voisines les unes de Pen-lan-firth annoncent un détroit qui cèdes autres, n'ont fait par cette raison qu'un cupe l'extrémité d'une forêt. Peu ^ extrémité; même tout autrefois. Le bras de mer ^ qui les Um, fi^rél ; firfh » délroU.
les
SIXIEME SIECLE. . 3^ï
les impcrtunif és des amis et des parens qui Tobsédoient tour à tour , tout cela interrompoit à chaque moment ses prières et son ëtude. Il pensa à se retirer dans quelque lieu écarté où il pût vivre pour Dieu seul , suivant ses premiers désirs.
Pour ne rien fidre avec précipitation , il s'abaisse devant le Père des. lumières , jeûne et prie. Comme il suppUoit un jour le Seigneur , durant Fauguste sacrifice de la* messe , de lui faire connoltre sa volonté , le diacre chanta Tévangile où Jésus-Christ assure que personne ne peut étrte son disciple, s'il ne renonce à tout ce qu'il possède; il regarda ces paroles comme une réponse à sa demande , et résolut dès lors de quitter sa patrie.
79. Oubliant la chair et le sang y il s'embarqua en secret avec quelques religieux , à la tète desquels étoit Brendan , son abbé. Son dessein étoit de passer en Armorique y où la plupart de ses compatriotes faisoient fleurir la religion. S'étant abandonné à la divine Providence , il aborda dans le canton d'Âlet.
A une distance peu considérable de la forteresse de ce nom , étoit un rocher désert et inculte. Nous avonâ dit ailleurs (i) que, dans la langue du pays , on l'appeloit Aron.
Pour se former une idée juste de la topographie des environs d'Alet , tels qu'ils étoient alors , il faut se rappeler ce que nous en avons déjà rapporté (a). Le port de Saint Père (3) , que l'on a creusé entrp le lieu qu'occupe maintenant la Tour de Solidor et ce qu'on appelle la Cité, n'a existé que long-temps après le sixième siècle. Celui de Solidor , actuellement l'un des plus beaux et des plus commodes de Bretagne , n^of^ froit encore à la vue qu'un humble vallon couvert de bois. La surface du terrain qui est renfermée dans ces espaces , faisoit toujours partie du continent.
La Rance continuoit de se partager en deux bras , auprès de Solidor. Nous ajouterons , pour plus grande précision , que cette séparation se faisoit devant un endroit élevé , qui est maintenant représenté par le Bizeu (4) f rocher entre la pointe de la Wiconté (5) et les Corbieres (6).
(!) Hist. eccl. de Bref. tom. 1 , p. 3d. (Ci- (4) Bi, deux s seu, rivièn. Ce liea t'est
dessus , Introduct. 9 n» 51 , p. 14. a. Y. ) appelé les deuœ rivièreê » parce que la Rance
(2) rm. p. 95 et 96. (N» 99» p. U, 45. a.Y .) s'y partegeoit en deux.
(3) Per, en gallois et en bas -breton, veut (5) Wi^ rivière; amt, bord: lieu sur y dire Pierre. La cathédrale d'Alet étoit dédiée bord diurne rivière. L'an des bras de la Rance an prince des apôtres. Le port S. Père» voisin loDgeoit la Wiconté.
de cette église , a pris de loi son nom. (6) Cwr , qu'on prononce cor , signifie
362 HISTOIRE ECGlifldULftTIQUE.
L'un de ces bras couloit à Touest,. sous Diov ( i), passck emife U j^wiQr (a) et le» Souars (3) , se prolongeoit à Nespud (4) ^ pour s^ feii4re ji. UpoîM^ du Décolé (5),. el de là à TArguenon , qui avoit son Ul à BanqhenoU ^ èipM près entre le vieux Ban (6) , et le château qu'on nomiae la Laih (7)^
L'autre bras , vers le nwd, longeoit les CocbiePiiy SoUdor et le promontoire de la ville ou cite d'Alet. Le ruisseau 4e Rotouao > après avoir baigné les Talars (8) y Gballes (^) et le Mai» (10) , aUoît, se eonfon^» dre avec celte portion de la Hanee j laquelle prenoil sa dmofion va» la Savat (11)^ au nord -ouest, où une rivière, dont nous parlerons bientôt, venoit s'unir. Ce même bras s'avançoit ven le» Babwaîs (13) et les Portes (i3), d'où il alloit se jeter dans la mer.
Les noms de grand et de petit Bé nous «^voient ci-d^^anf &it ilUiaion (r4).
tord; ht, deux; er, rivière : Ueu iwr U bord é'inii Hmère qui se partage en dêuœ. L'autre bras de k Rance prenoit aoa cours tous lés Corbierei. *
(1) Di, séparation; nar , rivière : Ueu eur une rwière qui 4'eêt parlagée.
(2) Bu , eoUine ; ior , rivière : eoUine iur le bord d^une rivière.
(3) Sou, rivière; ar, au-4es$ue : Ueu aicdeeeus d'une rivière, ^usor et les Souais sont presque à l'opposite Tan de l'autre. Puistpie ces deux aérations dominoient sur une rivière <)ai ne pouvoit être que l*un des bru de la Rance , on doit en conclure qu'une partie de cette rivière passoit entre Busor et les Souars.
(4) Ner, rivière;pud, élévaêUm: étévaiion eur le bord d^uno rivière,
(5) Ou de CoU. Yoy. ci-dess. , Introduct. , n* 99, page 45. a. Y.
(6) BaUj bourg. Ainsi, par vieux Ban ^ on doit entendre un Ueu qui a éU autrefois habité. Au-dessus du vieux Ban est la Caiis , qui, comme nous TaTons dit, tom. 1, p.98(^,étolt an milieu d'une forêt U est probable que la baie de la Fresnaye el celle que Ton voit entra Saint-Cast, Saint-Jacut, l'tle Agot et la pointe du Peron , n'existoient pas encore. L*ile Agot ou Agol parolt s'être ainsi iippelée de got ou gol^ bois, forêt. Le Peron a pris sa dénomination de fsr, moniale, et de on, rivière: Uiontagne qui domine sur une rivière. Audessus de Saint- Jacut, on voit i'ile des Ebi* hens. L'Argtienon , qui avoit son lit au-dessous , lui a donné son nom. Eb , rivière ; hen, ancienne.
(7) Lath, habitation.
(S) Taie, ruisseau ; or , ecsfrès : Ueu on-r prie d'un ruisêtmu.
(9) Chai, eoUau; lèêj ruiesee^: celeausiir un ruisseau.
(tO) Née , coUAia. H y a eu antinefois , audessouA de cette coUine, une fime mnpiiu d*eau dans laquelle on noyoU certains. malfaiteurs : ce qui a donné lieu de croire que le Nais avoit empninté delli seii nom. On reviendra facilement de eetCa érretn^» 41 l'oQ veut bien dire attention qu U y a sur la côte de Saint-Coulomb , h déttx lieues de Saint- Ifalo , deux cdllbMi, les grands et les peliU Nais , auprès desqndles on n'a jamaiaiait irubir à des criminels aucune espèce de supplice^ Durant le onsième siècle , les deux sexes n*étoîent pas également punis en Normandie. Un homme coupable de vol étojt pendu : une femme qui avoit commis le même crime étoit noyée dans une caverne crensée en len*e et ramplie d'eau. U npuà parolt d*ail%nt plus vraisemblable que le supplice peatiqiié au. Nais étoit seulement pour lès femmes, qu'il avoit pris son origine cbea \éb germains»
{il) Sav, étévaiion; al, dm/liKnl; éUvaUm auprès d'un con/fusnl.
(13) Bu, coWne; ar, auprèe;ai, rivièreeoUine auprès d^une rivière,
(13) Ce quTon noipme tes JFortee.tet un Heu semé de rochers qui ne laissent enVr'eux qu'un passage étroit : c^étoit aussi L'idée que nos pères en ont eu. Por , gorge de montagne.
(14) Le nom de be ou bay^ qui se rend fort souvent par canal , veut dire aussi morow.
(*) Yoyei ci-detstts , lotroduction , n« 99 ^ p. 43. a. V.
kixrfens stèclc* 363
-Nous ntibds crû' que cette partie de la Rahce aVôit son lit entre ces deux I rochers. >L%^ection plus attentive dés lieux nous a convaincus que y de tonte antiquité , son canal cotiduisoit aux Portes.
Les vhisseaux , même au quatorzième siècle j n'arrivoient à Alet et à Saint-Malo que par te passage de ces Portes. Le duc Jean nr, par son ordonnance de Tan 'i365, voulut que les navires qui entreroient par cette plgisse payassent de certains droits : ce qui suppose que , dans ce temps y on n'àbordoit enèore que par là à Saint-Malo ei à Alet. Si, comme de nos .jours , les navigateurs eussent pu s*y rendre , soit par le Decole j soit entre la Conchée et le Pointu , le tarif eût été illusoire et la douane de ni)Ue valeur. La mer respectoit donc ^ même alors , à la droite et à la gauche^ les cantons limitrophes des Portes , ou , du moins , elle ne s'y étendbît pas assez potir porter des navires jusqu'à Saint-Malo.
Les Malouins n'cHit pas encore perdu tout à fait la mémoire des anciens lits de la Radce, quoique la mer les ait fait disparotfre depuis tilusieurs siècles. La rade de Solîdor et de Saint Malo , qui s'étend depuis Dinar jusqu'au rocher du Buron (i) , a retenu le nom de Ronce. Lorsque les vaisseaux viennent de leurs voyages, ou quand , pour faire voile , ils veulent achever leurs chargemens, ils mouillent en cette rade , on dit alors qu'ils sont en Rance , c'est-à-dire , auprès , ou dans les anciens cananx de cette ripière.
L'une des rivières , qui prenoit sa source dans le canton de t)ol , qui , comme nous l'avons fait voir (a) , rouloit ses eaux entre le Groin de Cancalle et le rocher des Landes , et de là auprès de Herpin , continuoit son cours au-dessous &é la côte de la paroisse de Saint-Coulomb , vis-à-vis la Thouesse (3) et le Mengar (4).
Or, il parott certain qae le terrain qui étoil Anvergnacs appellent encore à présent hwrwa
aà-dessos des deux Bés d'Aronétoitfort maré*^ un petit toit de berger bâti snr lé haut d*ane
eageox , ainsi que celai qui répondoît à Tem- montagne , où il se retire quand le temps per*
placement dti bastion qu*on a construit an met de mener paître ses troupeaux. H est très-
comaieÉoement de ce siècle et qui a conservé vraisemblable que le buron d^Alet a servi de
Tanden nom de JRTaUafide.FoI, eomtrt; lant, retraite à des pasteurs. Tout le terrain voisin
en composition Une, ea% : lieu couvert â^eam, formoit une plaine entrecoupée de monticules ;
Les noms de grand et de petit Bé , de même on pouvoit y nourrir beaucoup de bétail. Llle
que celui de Hollande , nous indiquent donc Arbourg y qui n'en est pas éloignée » conte-
seulement une position auprès des lieux aqua- noit beaucoup dliabitans, comme nous Tavona
tiques. C'est ainsi que nous nous ferons un prouvé , tom. 1 , p. 95. (Gi^essdSy Introd.,
devoir de relever nos erreurs aussitôt que nous no 99 ^ p. M. a. V.^
les aurons découvertes. (2) Ibid , pag. 85 et 86. (N» 96, p. 41 . a,V.)
(t) Le Buron, rocher contre lequel des (3) Thol, éUvalUm; eii,rMire : eoUiue
vaisseaux vont quelquefois se briser , tire son «trr une rivière.
nom de hur , thaumiêre. On connolt cette fti- (4) Men , rhHèr^i ^or , auprèê : eotUne m«
çon de parler : t( m'a ni rnottoH ni Imrcn, Les prêt d'une rivière.
. . ^ : »DiiMr>giàtt^. ' 365
cMtoitun.pefsonnagç i^èaiiiiBiaadable;pair' sâ^sàinleté. Àrbâ'ii^t Ifftlo €t sei^bmpagôoiià^aTéc beâueoçp'^dliiMiiftiit^^^ Mn^les éofanMiré; C<mime leur roauèm de'ise ^eendùieè étoit^puyée dans les' taènSét prindpes que ceux de son hôte, ils furent bientôt liés par la charité la plus étroite : ils n'eurent. d'aitfre disputé entr'eui V^e de s^animer mutUiéllenlent à Jla. per/ectlQù chrétienne. Eloignés du tamolte' du monde y sans désir d'y rentrer^ a^t^chés uniqueitient à Dieu y ils jouisaoient de cette paix profonde que prpcvure Tunian des esprfts et dei coBurs ; les délices que leur (aisoU goûter cette sainte intimité , répandoient une douceur inexprimable sur les grandes austérités de leur pénitence : ils ne praaoient , pour nourriture , que du pain et des racines ; leur boisson n'étoit que de Teau ; encore en usoient-ils avec réserre , tant étoit grande l'ab^linence dont ils faisoîent profession.
, 82. Le dessein de Brendan n'étoicpas de rester en Armorfqiie; après .qu'il se fut édifié quelque temps avec Aron et ses élètes, il prit, congé de Malo. Les monastères et les solitaires de la plaine de Chosey attirèrent ses regards; il ne put voir sans admiration les merveilles que la grâce divine y eqfantoit daps des corps mortels. Ce vaste lieu étoit le temple de U divinîli : des anges , plutôt que des faonmieSy> en faisoient le service. *
. 8^. Brendan s'embarqua acuité pour passer à l'Ile de Gersey. L'endroit où. il aborda porte encore spo nom. On y a érigé une paroisse squs son invocation. Si le désir de la retraite le fil s^arrétfer en ce Keu , il y trouva apssi de ^grands exemples de. t^tus^ o
De Ëi^il prit occasion de retoum^ dans la Bretagne insolaire; il y construisit le monastère d'Ailecl^, et une. église dans le pays de Hetk. De retour en Irlande , sa patrie, il y établit des écoles et des monastères qui acquirent beaucoup de célébrité. Le plus renommé étoit celui de Ôua^n-FearU (1) , dans la province de Connaught , sur le Shannon (a) , au comté de Gallawai ; on le nomme actuellement Clonfert ; on en a (ait depuis up siège épiscopal , qui ressortit de l'archevêché de Tuam.
84. Brendan est auteur d'une nèjgle monastique qui a été long-temps en vénération dans l'Irlande. Il épseâjgna quelques années à Ross-Carbre , et mourut enfîn au monastère d'Inaçhduin , près de Tuam , daûs la Conacie j le 16 mai, l'an 678, âgé de quatre-vingt-quatorze ans. Cet abbé
{\)ClMaln,r€lraiU;f€arlû,aMitàbU:mO' (2) San, belU; on, rMin; cette rifière noêtin ok il êefaU deifrodigtê de veriui. est Itrge et profoode.
. Dr. ^L sixains StteLEl' I 367
futio^ârjqijetmiût Mab.eài]Qis)tj^ apœèolaAj H alla
«^lélÉrërdësiaBnùuapjBtères ddDs'F^atoirë.queîlâs^tàurétiensj avoieni bâti dandiaii^âibc:; 3 ml prit jdçrià; occasion ydefft-édbâi : Jésus HChriâf dans, la flace :pufal£qiie;^ aopres'de 4a(ytelie.éujit ettté chapdllçJrb'eqEiininde Frii<- «ioQ iy javpit eonduit ies^ ;fidèl68 i la. ouriosilëi :y iattirà le9>paftitisi • : •
. 88. PkisîeiM*S)fQrébt ttiucWaidepiëuàuriasiinpJe^CT leur fiiiidda^ïvëritéki^va^gëliques; II' ëloit énoore entouré 1 d'une grande foule dé p!eup]b'^i'lor^uxlDico■vtn fondore passia dansr: Je méine lieu : c'étoit un jeune homme qilei'on fidrtoil en terrei Le;:sahi|v iiis{H^é de Dieu^ Mp artétcr lé eada^vveyëtrsdst ^ qu'ail n^m dé éeltt^iqU'il- prêche, et qui. Si)est ressuscité* luâniÉnéme ià- pareil jour', il va «enidi^ la «tie au dé^ font. Le thaumaturge iappndche du, :cérciie3'^iâe<'nbt'à'giélliâ^r>y et prié celui c^K dmné kiivie pt la aaort.. Durant cetinièriallej inl- pt*ôSfoÀd;si^ lence règne de tous' côtés, en àtf^iidaiit ce qui va s-'opërel^. 'A<ribi»laiit que Malo; ^; lève de-jterre , lé mort lest rendu à la Krie ' Les infidèles , frappés d'wpi tel prod^^réconnôissënt le Christ pour fils'dpîDieu. Tout les avoit toniiaincua de la mort de celui qu'ils portovrât an tcmibeau ; tout leut" janôcmoe sa résùirrectiàâ. ta première paticde' qu'il profèiie, fait connoitre qu'il a soif et qu'il a besoin . de 'viq pmrd*a[^sep : il ne s'oflà-erdMs, le- moment qu'une;piërre concave et àe Usaur/Oômme on y verse cellis-ioi;^ Mai6 la bénit aveo le vate ; l'itti est dhabgë s^Ie-champ en verre y eljl'aiitrb en vin.- De noùiK^ui cris s'élè^enir' dans léls airs^ et chacuii repd gloire ube secbndé fois à Jésus*C3irisi. C'est par des eflfets semblables , signes dont il n'y a que Dieu qui puisse se servir* pon^ auto* riser les dogvie^ qu'il veui apprendre aux hommes^ et qui totit à la portée dç'tou» ceux qui dbeL^eh^nt la Wntë daps 1k simplicité de leurs cœurs y- que. la. itagesse humaine, qui n'est que folie ^ «voit é|é abaissée; qne lea préjugés de la plupart des peuples de l'univers avoient été dissipés, et qii^ leurs yeux s'étoient ouverts à la lumière^ Le Toat«Puîssant , qui se fait ebt0ndre à Alet, s'y acquiert lès mêmes hommages. Le plus grand nombre des cit(yyeûs n'aspire plus qu'a la grâce du baptême. Malo, après les avoir uni jtasaef par le catéchumenat,teur administra ce saer«ment^ Bientôt la* ville ne compta plus de païens; elle ne trouva pas seulement , dans'ce zélé ministre^ le pouvoir d'un apôtre^ la science d'un docteur^ et la tendresse d'un père ; ceux de son canton , flui n'avoient point encore donné leur nom au christianisme , partagèrent ses soins.
lui dooiier ube' noérribireriolide jrtpUsiW êwâifr piiiMrt' lëthiÉ «^ coarmtÀkk.êoia ôifiÉkie. f^>wik<;du>pUi^.w Fjh «iifagiemeiit pu
ëtendra Ucni^dfe la. Un dMisJHiô /.bt adMnlifeflfciiitSMiaoïi V'.^ ooii^ jMfaMnt )pir'Jtt»»-iiièiîf de i4iidb<un|M»taiiée:ll'ëlairf<iki« «s^aiébpliytes fiiiimt dirtilttlkid6:80D diooèM; .^ trapî|itfète^>«^pllÀidi^ desiàMtféM. JLa rai Hod> MèQ«iinné^àlttM11c|)în
.*^^.s^|ti4wliitl0 âé§» delblpffinais^aMHriiMUoH^ '^doit:B*i{tok'piir aiséK .oonrfdSnbfeilpoiit. lior^ on y
ajoulA ^ôi^lnrilemî d«8'£i|iiotdliln, dont h- capitale imk Aé-dëtroite depuw loDg^-Aempi; L^BvÉogfle y i^^t ^ porté: par. lié évétpMft de Dol } niai» il lyritMoit eoeora beaucoup dldoi&t^
• 91. Si- les'fofétsyqid'^ovfroieQt'laplittgfuid^ ^MUtiedeoeiMkiveau district I .etaoféchôieDt le àokil de la fifoocder par aa duleari'la gi!6a* nèreté.de «es hahitans émoassoit les'fiyons de Inndère que la vërilë y r^ndoit.'Ijèi littûtesdudiooèsp df Alet (urantà peu prds œUes qui arcâent (ké fixëeS|4aQi||||tt premiera teaips.: !:'..
Saint Mâlo» (fontle làle prànçst^d^^ en janr de nôu¥6abx*«bât>is^ semensy'passà de la eomsinpblion à la tie la pina adife. Des* murs d*Alet f il alfttt s'enfoncer dans: les bois des GuriosolileSy pour y cher*cher la brebis égarée et la condoire à la bergerie coounune; ses Ira-» vaux furent grands et les conversions nombreuses.
9a. Le roi Hoel, reconnoissant des services que Halotendoit à son peuple y lui donna des possessions et lui fit d'autres présens. Les fidèles ne furent pas moins généreux envers leur pasteur ; celui-ci forma ^ en peu d'années y à Alet j un clergé nombreux , qui , par sa bonne conduite, retraçoit les vertus de son chef. Sa cathédrale fut dédiée à saint Pierre.
93. La mort , qui enleva le respectable vieillard qui étoit à la tête du monastère du rocher voisin , ne causa point de dùngement à cette communauté ; elle n'en devint même que plus florissante , parce que le saint évéque en fut comme Tabbé (i). On ne tarda pas à rendre un culte religieux à Aron j on conserve précieusement son cheiPel lin de ses bras
(1) MtbUlon , in Actis SS. Ordinis S. Bc- ned. 1. 1. ; Surius, ad diem 15 norcmbris.
dans
SIXliKE SIECLE.' 369
dans le trésor de la cafbédrale de Sàint-Malo. Cette église et le diocèse font la fête du saint , le an juin (i).
94. Hoel j couveh^ de gloire et comblé de bonnes oeuvres , mourut vers Fan 545. Ses libéralités envers l'Eglise , et la générosité avec laquelle il rendit aux princes et aux seigneurs de TArmorique les terres que les Frisons leur avoient enlevées , le firent appeler Hoel (2). L'indépendance qu'il rappela dans ses états , lui acquit le nom de Reitb (3) ; la valeur et le courage qu'il montra dans la conquête qu'il en fit ^ lui valurent la qualité de Rio val (4)* Dès sa jeunesse , il avoit réuni tant de rares quali* tés y qu'on lui donna alors le titre de fils aîné accompli y ou de Murmaçon (5).
g5. Saint Sanson ne survécut pas long-temps au roi Hœl. Ses vœux les plus àrdens avoient été que le Seigneur daignât briser les arcs , brûler les boucliers et mettre en pièces les armes qui avoient désolé sa patrie , et faire régner la paix jusqu'au bout de l'univers , afin que les fidèles menassent une vie tranquille dans une piété parfaite et dans la pureté des mœurs qui convient à leur vocation sainte. Mais les pécbés de sa nation avoient armé contre elle le bras du Dieu des armées , et , ce qu'il y avoit de plus digne de larmes , c'est qu'elle ne travailloit pas à fléchir sa colère. Confondu avec les coupables , Tévêque d'Yorck partagea leurs tribuhtions sans murmurer ; forcé de quitter sa patrie, il vit » sous un ciel nouveau , reparottre les mêmes horreurs de la guerre. Il gémit y entre le vestibule et l'autel , sur ses péch^ et sur ceux du peuple.
Le calme , qui succéda à la tempête , lui rendit cette liberté si néces» saire aux ouvriers évangéliques. Il en profita pour réparer les pertes que la religion avoit faites durant le règne des Frisons. Les églises reprirent leur première splendeur ; les chrétiens , qui sont bien au - dessus des temples matériels , élevés par ses prédications et ses exemples à la perfection y s'animèrent à Tenvi à la pratique des vertus. Ceux des Armori-
(l]SanctiIogiomlladoTteii8e^ an. 176S^ ad (4) Le Dom de Aîooal est compote de no«
diem 23 junii. roi et de ^ od fM , foÊMtuùgwtrrur. On Ta
(2) Les noms de Hoel , EM, Ho$Mi., ^^«1 appelé Jîi^m 00 Miaâam.dt r«, HailoeK sont tous dérivés du gallois *ael, •^^ ^«* P*'*^^ ?«» - .^^«*^ •" «^*»' qui veut dire, Wêral. et ne sont i|ue "««^ *•" significatioii , et de la«i ou des manières différentes de proaoïiœr ce àam, pùmanl : raiirèi'jmiiMant. Agâwiloii l^fiQ^^ Raâval, de rhigh ou rhag, roi» et de ^ ou
val, grand guerrier.
(3) JletI*, roi. (%)Mwr,akké,'mâ€, fOe; on, aumfU.
370 HISTOIRE ECCliSIASTIQUf .
ques de son diocèse , qui pouvoient conserver encore quelque attache* ment aux superstitions du paganisme , apprirent de lui à en concevoir riiorreur qu'elles méritent. La c6te septentrionale , q^ étoit habitée par les Bretons de Tlle , ressentit Ifes salutaires influences de son zèle.
Regretté des siens, il s'endormît dans le Seigneur , le si8 de juillet de l'an 547. Son corps fut inhumé dans son église cathédrale. Les miracles fréquens, qui se firent sur son tombeau , le rendirent encore plus cher à son peuple. L'église 4e Dol , qui , de tout temps , a été dédiée à la sainte Vierge , a eu pour ce saint pasteur une vénération si profonde , qu'elle l'a pris pour patron titulaire.
96. C'étoit lui , probablement , qui avoit fondé le monastère de Car? fenten (i), auprès de sa ville épiscopale. Une autre maison religieuse portoit le nom de Saint Moach : elle étoit à sept lieues de DoL.Une troin sième s'appeloit Taurac (a). On ne peut mieux placer ces deux dernière^ communautés que dans la partie de la forêt deChosey, qui appartenoit a l'Armorique : ces lieux , moins fréquentés , étoient plus propres à enr tretenir le commerce avec Dieu ; il n'y a que les invasions de la mer qui aient pu en faire disparoitre la position.
97. Un saint abbé rendit célèbre , du temps de saint Sanson , un lie\i du canton d'Alet. Il étoit fils d'un prince du pays de Galles. Comme il prenoit un jour sa récréation avec ses frères, selon la coutume des jeunes gens , un abbé (3) passa devant eux , accompagné de quelques** uns de ses disciples. Cet enfant , touché du chant de cette religieuse compagnie (car les moines psalmodioient toujours en route), se joignit à elle , malgré 9es frères.
(1)Le Dom de Carfenien , comme nous Ta- tlloit se perdre dans la mer. Saint Moach aToU
fOiM dit , tome 1 ^ p. S6 (*) ^ signifie viUê oè été apparemment le fondateor do monastère de
ily a dêê êùHrees d'eau viv^fOudet fomUii$u$. son nom. Ses actions i|oos sont inconnoes,
Caêr,vilU;fiunUunf fontaine. Ce qui estTrai ainsi qne celles de beancoop d^aotres saints
à la lettre. Albert le Grand a donc en lovt de de rArmoriqne. Le nom qui loi a resté doit
placer ce monastère à Lanmeor. être pris de la position da lien qn*il habitoit ;
(3) Taurac» autrement Gaurac^ est ainsi dans ce cas «sa demeure étoH à une courbure
appelé de for ou car, mècnOmm , ^ d^ae , derifi^. Jfo, eourènrs lach, rtotért. Hvière : Uiu à Vimbiméherê d'tms rMèn. .3. j^^ Sanctilogedu diocèse de Saint-Malo
CeUe communauté dcToit donc être pUoée ^oiinelenom deftiiiiHiràcetabbé. Çeterme
^^}u ^^V" ^« ««onjagnes de Chosey (^^^ ^^^^^ ^ ^^^ personneen pince qui secon-
jourdbui lie) et Gancale.à rendroitoù l'un ^uit avec distinction. U est formé de yut,c*#A
des ruisseaux qui descendoit du terrain le ^tA^^mnf grand plus élevé de DoU dans la plaine de la forêts ' ^
(*) Gi«detêut , IntroduclioD » n*» 43 , p. iS. a. V.
SIXIEME SliCLS . 371
98. Le père, qui apprit bientôt cette nouvelle, entra en fureur (i) : il envoya sur-le-champ une troupe de gens armes pour enlever son fils y avec ordre de tuer Tabbé et ses religieux. La vocation du jeune prince étoit l'ouvrage de Dieu : le Tout-Puissant le soutint dans cette occasion et lui mit à la bouche des paroles qui arrêtèrent la violence. L'abbë se justifia avec tant de prudence et d'humilité , qu'il mit dans ses intérêts ceux qui étoient chargés de le perdre ; le père même oublia enfin son ressentiment ; ne prenant plus conseil que de la religion , il consentit aux saintes t'ésolutions de son fils. L'abbé, dans la crainte que le père vint à changer de dessein , envoya son novice dans File d'Anglesey , que le Menay (2), rivière, ou plutôt détroit, sépare de Caemarvan. Le jeune religieux y passa sept ans ; il y apprit à louer Dieu nuit et jour , et à s'offrir en holocauste par les exercices de la pénitence*
99. L'abbé , qui ne s'étoit privé de la présence de son élève qu'à regret , le fit revenir après ce temps dans son monastère. Son dessein étoit qu'il le remplaçât durant un voyage qu'il comptoit faire à Rome. Le disciple , avec qui il voulut bien en conférer , ne regarda pas ce pèlerinage du même œil que lui. Quoique jeune , il avoit le jugement d'un vieillard ; bien loin d'acquiescer aux vues de son supérieur , il osa lui exposer , en toute humilité , combien sa présence étoit nécessaire à sa . communauté , et lui représenter que cette absence pouvoit n'être pas aussi avantageuse aux intérêts de son âme qu'il se l'imaginoit. L'abbé ne rougit point de se rendre à ses raisons : c'est ainsi que le vrai , de quelque côté qu'on le découvre , devroit dominer sur les hommes. Le maître , qui ne vécut plus qu'un an , se prépara à un plus grand voyage , celui de l'éternité. Son disciple chéri lui succéda. Les vœux de son abbé et ceux de sa communauté Tavoient déjà élevé à ce poste éminent.
100. Une dame de la plus haute considération , qui étoit veuve depuis peu , même , dit-on , de l'un des frères du nouvel abbé , le fit passer par une épreuve délicate (3). Soit qu'elle fût excitée par un amour aveugle , ou par l'ambition , peut-être par l'une et l'autre de ces passions, elle tenta tous les moyens de le forcer à l'épouser. Les crimes de toute espèce , qui caractérisèrent ce siècle , rendent croyable cet attentat. L'abbé^
(1) Le père de ce saint est appelé BroeK- (2) lien , ptliU ; ai » mer,
maU^ dans le même Sanctiloge , de broch, ,. ^ . ^
colère, et de maUh, pHnee. Ce qui vent dire : /^^ ^ ^^ ^* •** ^^ nomment cette
prince iujet à la colère. Cet attribut ne suffit f*"""* Hajarmé. Ce nom est emprunté de
pas pour nous faire reconnottre quel étoit ce ** ' f'"^^ ' ^^ ^^'' f"^"^'"' ' «* ^« **«' prince. fremie ; la grande princesse.
Syià HISTOIU lOCUteaSTIQUX.
qui âYoit foule aux pieds la graoïdbur.de aajDWSWQe, et.gui aroit embrasse les mortifications de la croix , étoit l;>ieD éloigné de rentrer daus le monde , et de rediercbeir ses plaisirs séducteur^ par une prëvarication. Ferme dans ses résolutions, il quitte soq monastèce où sa vie et celle de ses moines n*ëtoient pas en sûreté. Caché dans un endro^it de rUe, il y est découvert et forcé de passer la mer.
loi. Arrivé à Alet, il remonta la Bance, sur la rive gauche delàquelle il trouva un désert où il se fixa pour toujours. )Ue Ueu qu'il occupa étoit sur le bord de cette rivière , et;pour <ela ne nonpnoiti^etau (i); c'étoit un terrain élevé où le solitaire n'avoit point à redouter la crue des eaux. Les babitans du voisinage l'appeloiQot f^lssi Sulii^i ou Suliac (2); ils en firent prendre le nom au nouvel hôte. Le soldat de Jésus-Christ , qui n'aspiroit qu'à la conquête du royaume céleste , se contente d'une simple cabane; Teau de la rivière étapche sa soif; un champ qu'il défriche lui donne sa nourriture, en attendant d'habiter les ubemacles étemels où il espère être amplement dédommagé des sacrifices qu'il a faits.
loa. io3. Quelques religieux , qui l'avoieut accompagné dans sa fuite, l'imitèrent dans ses austérités. L'odeur des vertus de ce grand homme lui attira de nouveaux disciples : ce qui l'obligea de bâtir un monastère. Ses talens ne furent pas couceutrés dans sa maison : il porta aux environs la parole de l'Evangile , et y fit plusieurs conversions. Saiqt Sanson 1 y en fiaisant la visite de soq diocèse , passa quelques Jours avec lui. IL fut très-utile à saint Malo , qui venoit de.se charger de la conduite du peuple d'Alet. Purifié par les tribulatiops et par la pénitence , il fut enlevé de ce monde pour se joindre au J)ieu des vierges , et cnanter avec lui d'éternels cantiques. Son corps fut enterré dans l'église de son monastère ;
(1) LeI, au^f ; an, fou, Wviére. coosidérablet^ Quand on.appllqqa le nom de
t2) Le nam de SMac ou S^Uam est pris de i$.i»liaii ou SMftc à l'heimite » oa sops-enten-
#iftl , élévation ; d't , awprèê » et d'acA » ou mi » doit le mot habUanl, Ce qui signifioit : Thaii-
rivière : éUvatUm otiprèt d'iisf rivière. Les iênid^umêerreUméUvéeBiirèid'uêirM^e.he
eaux de la Rance conleieiit alors paisiblement : oiot efUinus exprisiie k.|iitaie chose : lyn » ri-
dans lenr lit au-dessons do lien ({ne nous ap- vièrt. C'est upe tradition que des ânes vinrent
pelons encore Suliac : la mer ne remontoît dé Rigourdenne» qui est sor faiitre rive de
dans cette rivière qu'au-dessus des rochers des la Rance, manger le l>lé de saint Suliac^ et
Portes. Cet élément furieux a miné et détruit , que ^ par un miracle^ il les empêcha de conti-
depuis bien des siècles , le terrain de Suliac , nner. Quoi qu'il en'soK de ce Mt , on ne Fa
qui dominoit sur la Rance. On n'y reconnolt supposé que dans un temps où les eaux de la
même plus cette rivière : la mer y couvre pn Rance n'étoient pas encore mêlées avec celles
espace de plus d'une lieue, et elle y est si delà mer. profonde , qu'on peut y équiper des vaisseaux
c'est à prësept une ëglise paroissiale. On y volt encore son tonobeau qui est de pierre sur laquelle uile grsmde croix est figurée. L&'SànctHôge du diocèse de Saint-Malo place là mort de sairit Siiliac au 8 dé noVembre, et sa fêle au i octobre. A Lëon , on célèbre celle-ci le 29 dfejiifllet (i). On assure que Dieu Tâvoit honoré pendant sa vie du don dès miracles, et que plusieurs en ont éprouvé de puissans ^cours déduis Isa mort.
io4- 4naumed , qui avoit épousé le roi Budic^ étoit nièce de Tillustre saint Davy. En effet ^ ce prélat étoit frère de Guenbaf ^ femme d'Ensic ^ père et mère de cette princesse. Davy et Guenhaf étoient issus de Nonnita et de Santus (a) y prince de là Cérétique , maintenant le Cardigansbire. Cet eqfant de béné<liction fut élevé dans la piété ^ et par une sage conduite il mérita d^étire promu au sacerdoce. Pour se perfectionner dans la science qu^ doit être le partage des prêtres, il s'étoît mis sous la conduite du pieux et savant Paulin ^ qui en^ignbit dans Vile de Wight. On rapporte que Dieu liii accorda dès ce temps la grâce de faire des miracles y et qu'entre, céuxqu^D opéra , il rendit la vue à son maitre, en faisant le signe de la croix.
io5. Après s*être exercé plusieurs années à la pénitence*, et lorsqu'il eut acqub les connoissances relatives au saint ministère , il sortit du dessert comme un autre Jean-Baptiste, et alla prêcher aux Bretons la réfoinie des moe;urs. .^ '
io6..Glastenb^ijjryj ét(^it le lieu où les premiçrs apôtres de la Bretagne avoient apnonqél^vs^igQeji; cette place > ^"^ ^^^^* été sanctifiée parleurs travaux , fut.de u<j>uveau consacrée au Seîgpeuy.. Sa\nt Davy y construisit une chapelle. 11 fut ,1e père d'un grand" ^ombre de communauté : on en cQmpte jusqu'à douze. t<a plus "célèbre fut belle qu'il fonda dans une vallée' près dé Meneviè, qu'on appelôit Ross (3) /dans la langue du pays. On vit sortir de cette maison une multitude de saints personnages , dont plusieurs furent évéques.
107. La règle, que cet abbé donna à ses religieux , étoit fort austère. Leurs habillemens étoient des plus grossiers et dé peaux de bêtes ; du pain et 4es racines, où il n'entrôit que du selpouT tout assaisonnement , leur servoient de nourriture : ils n'avoient d'autre boisson que de l'eau avec laquelle on mêloit un peu de lait' Le triavail des mains , auquel ils
(Xi Ajjtiert .le,€iraQ4^ P- I-objncau; Vies Ce oui 5e rend par prince.
det Saints de Bretagne. Sanciil'oge de Saint- Xi) Roii , vaUéi. '6n 7 ajouta le noni de
Ifalo. non ou lann^ monoêlèrê : vaUée du mcmat-
i^y^am,, nu ; Im » prmc^^ on pnmUrê. f^ê. \ , . .^
$74 HI8TOIBE EOCUtoASTIQUC.
se UvroieDt , étoit des plus fadgans : ils n'^mployoient point les anifnaiix pour le labourage , afin de le rendre plus pénible. Le silence ëtoit continuel : la nécessite seule autorisoit à le rompre. Toutes les actions extérieures de ces moines étoient sanctifiées , ou par la prière vocale , ou do moins par l'union de Fesprit et du cœur avec Dieu ; ils ne rentroient dans le monastère que vers la fin du jour , pour se donner à la lecture et à la prière vocale ; leur repas étoit suivi de Foraison qui duroit trois heures ; le reste de la nuit étoit accordé au sommeil , mais on ne le prolongeoit que jusqu'au chant du coq. Tous se levoient alors et semettoient en prières , en attendant l'heure du travail*
io8. Ceux qui désiroient être admis au nombre de ces religieux étoient obligés de rester dix jours à la porte de la communauté. JDurant cet intervalle j on les faisoit passer par des épreuves les plus propres à mortifier l'amour de soi-même , et à leur apprendre qu'ils dévoient mourir au vieil homme. S'ils remplissoient avec persévérance et avec humilité ce qu'on exigeoit d'eux , on les recevoit ; leurs biens restoient à leurs familles. Une des r^les du monastère astreignoit tous les frères à découvrir à l'abbé l'état de leur conscience et leurs tentations les plus secrètes.
log. Un concile de la Cambrie ou du pays de Galles y qui se tint à Brevy vers Fan 619 , dans le Cardiganshire , à l'occasion du semi-pélagianisA^y qui se renouveloit dans la Bretagne, fit bt|Uer lestalenset la sainteté de Davy. On l'y appela comme l'une des lumières des catholiques. Il terrassa les hérésiarques par sa science , l'onction de ses discours j et par ses miracles ; aussi , lorsque dans la suite on bâtit une église dans le lieu où le concile s'étoit tenu, on l'appela Uan-Devy- Brewi (i).
110. Saint Dubrice , qui étoit alors métropolitain de Kaer-Léon (2) y et qui I pour.se disposer au redoutable passage de Féternité , vouloit se retirer en solitude et y mener la vie hérémitique , profita de cette circonstance pour résigner à saint Davy l'administration de son église. L'abbé , alarmé de cette proposition , fondit en pleurs : il refusa hautement de s'imposer un fardeau qu'il regardoit comme beaucoup au-dessus de ses forces. Les motifs les plus pressans ne firent aucune impression sur lui ; les Pères du synode furent obligés de se servir de l'autorité que Dieu leur fivoit mise en main, pour le détefmiàer'a.se rendre au
(1) Llan , égUêt ; devi , davy ; hréi , prêt ; (2) Ou Kairl$<m. YejéE cMlessos , dnquièm, rivière : égU$9 de Davy voisine d^tme rivière, me siècle , W* 192 , p. 288. a. V.
SIXlèHE SIECLE. 375
choix que Dubrice venoit de faire. Ce .que l'élu obtint, fut de transférer le siège de Raer-Léon, ville alors tres-considéi^abfe , à Meuew (1) , qui étoit un lieu solitaire. . .
III. Davy fut la gloire et le modèle des évéqués. S*il possëdoit dans un degré éminent le talent de la parole , son éloquence étoit encore moins persuasive que ses exemples. Après un épiscôpat long et laborieux , il mourut dans la paix du Seigneur, viers l'an 544 9 dans une grande vieillesse. Le corps du saint évêque fut inhumé dans son église cathédrale ; elle étoit alors dédiée à l'apôtre saint André ; depuis ce temps , elle a pris le nom de saint Davy , de même que la ville et le diocèse de Mené vie.
On remarque plusieurs chapelles auprès de l'église de saint Davy. Il y en a une qui porte le nom de la pieuse jnère du saint évêque; cette femme s'étoit consacrée à Dieu durant sa viduité , et s'étoit mise à la tête d'une communauté de plusieurs personnes de son sexe , qui , à son exemple, a voient renoncé au monde (^). On voit une autre chapelle sous l'invocation de saint Lily (3) , le disciple bien -aimé de saint Davy ; c'est pour cela que , dans la lanjgue du pays , on Tappeloit Gwas-Dewy (4).
lia. Ce n'est point par les vertus d'éclat qu'on a cherché à caractériser saint Davy. C'est par celle qui paroit la plus facile à observer et cependant à laquelle on manque peut-être le pUis, je veux dire , le silence , qu'on a voulu nous le peindre (5). Conduit par les lumières du christianisme , il s'étoit convaincu . que , si le don de la parole suppose que l'homme est né pour vivre en société avec ses semblables et pour leur rendre les services qui sont dans son pouvoir , son principal commerce doit être avec son Créateur; que, conséquemment , il doit se former au-dedans de lui-même une retraite^ où, maître de ses passions, et ne faisant servir les objets extérieurs qu'à la gloire de Dieu , il ne se gouverne que par les lois du ciel, et qu'il ne peut mieux faire que de consacrer chaque jour des heures réglées à converser uniquement avec la
(1) Letemin de Menew , autrement Jfe- basse latinité^ le tenne nomiui, rtUgieux ,
urne , s^ayance dans la mer à Toccident. Il est et celui de nomna , wmne » Aonnatsi. ( Yoyes
pierreux et stérile. Ifen, pterrs; mtMw , ci-dess.^ cinquième siècle ^n^U, p. 217. a.Y.)
SUrreux, LesiégedeKaer-Léon, quifuttrans- (3) uii, lys. Ce religieux aura été chéri de
porté danscelieu, a donnéla naissance aune gainl Davy, à cause de la pureté de ses
Tîlie qui porte encore le nom de saint Davy. mœurs.
(S) Le nom de Nimnila Tient de l'état saint (4) Gwoi^ kommt.
que la mère de saint Davy avoit embrassé. (5) dewi, Hlincieux. De dewi Pou a fait
Naim , dans la vie de saint Thuriau , évêque de Jk^y , que , mal à propos . on écrit à présent
Dol , veut dire , saint. De là est venu , dans la David.
376 mmoaà wàaJuAmçfCE^
Divinité 1 afin de fe pr^arcr à s'unir à dDe d^ime pendant dei années âèmdlcs (i).
1 1 3. L'Annorique a connu dans tous les temps oe i^otieux saint. Les lieux qu*on appdle Saint-Divr , proche Landenian , et M-Détj, aiqures de Douamenez , nous rappellent sa mémoiFe.
1 14. Cependant , saint ïdiau , après aToir quitté sîmt Smson pour retourner dans sa patrie , ne tarda pas à être placé sur k chaiwMipr dé TEglise. On Téleva, malgré lui » sur lè siège épiscc^nl de Landaf, vers l'an 5ia, temps où saint Dubricè fut transféré à la métropole de Kaer- Léon.
1 1 5. Les pétales , en changeant de pasteur , refronrérent les mêmes vertus et les mêmes talens. Là prière , la pénitence, la prédication et la charité occupoient tous les momens du nouid érêque. L'attention qu'il eut de n'admettre dans son clergé que des personnes vertueuses et éclairées , fit fleurir dans son diocèse la science et la piété. On avoîl une telle confiance dans ses lumières et dans son équilé , que son autorité seule suffisoit pour terminer sans appel les affaires les plus épineuses.
1 16. Ambroise-Aurelien , qui avoit combattu avec tant de gloire pour la défense de la Bretagne , n'étoît plus : il avoit péri de la main de Cerdic , en 5i5. Arthur ^ son fils, dont le nom seul annonce les exploits (ji), soutint le sceptre que les Saxons vôuloient lu! arracher ; il les battit en 520 ^ à plate couture , dans luie bataille rangée. Cerdic 'n'en établit pas moins le royaume des Saxons occidentaux ou de Wessex. Cet état étoit composé des provinces de Hauts , de Dorset , de Wilts , de Berks et de l'ile de Wight. En 5^7 , une colonie nombreuse de nouveaux Saxons fit une descente dans la Bretagne , et fit connoltre, par sa contenance , qu'elle vouloit y former des établissemens solides : c'étoit un présage de la fondation des royaumes des Estangles, de Merde et d'&sex. Arthur attaqua en 54 ti les Saxons, sur le bord du Camb (3), les tailla en pièces , et mourut d'une blessure qu^ reçut dans le combat (4).
(1) Usserios, Britin. Ecdes. Antiq.; Ginl- bboleux, à cause des anataret qn*on loï 9 dos CanbrensU dans FAngUa sacra de War- prMéet» tat iûhumi à Gtaslenbiiry. Sous ton, t. 2.; Brown Wils» et WHIdnt^ Goncfl. Henri n^ en 119t, lorsqu^on crensoit un Britan. et Hiber. 1. 1. fombeai pour nn moine de Fabbaye, on
(2) Arihmr^ marteoM. Ce prince fat le Bar- tronta les ossemensd^Arthar^ qui étaient d'nbe tean des Saxons. Ainsi Charles , père de Pe- grandeur prodigiensé, avec cette inscription : pin , fut sornommé Marul. Ci gUUm Ârihur^ enterré dans FUe Aval-
(3) Camb, lariueuse. Celte rivière est ainsi font. An-dessns de son coffire et dans le mèappelée à cause de ses sinuosités. ne tombeau , étoient les os de la reine Gnen-
(I) Ce roi , qu'on a voulu faire passer pour Ha? ere^ sa femme. Ces faits sont tirés des An-
Les
SIXIEME SliCLE. 377
Les espérances des Bretons furent ensevelies avec ce roi. Ses successeurs n'eurent ni sa bravoure y ni son intelligence. Les dissensions dômes» tiques armèrent le plus souvent les princes du pays les uns contre les autres. Les Saxons , qui étoient commandés par des chefs belliqueux et accoutumés à profiter des fautes de leurs ennemis, parvinrent bientôt à former leur heptarchie.
C'est alors que ceux des firetons qui ne passèrent pas en Armorique , se cantonnèrent dans la partie de File, qui^ par ses rochers, sembloit devoir leur servir d'un asile impénétrable aux traits des Saxons. Comme ils n'avoient presque plus rien à perdre , ils devinrent invincibles : aussi leur donna-t-on le nom de Gallois , ou de braves (i).
117. Saint Teliau, qui gémissoit sur les malheurs où la guerre entrâtnoit sa patrie , la vit tout à coup désolée par un fléau dont les suites étoient également redoutables. La peste fit d'étranges ravages dans son diocèse et dans les autres parties du pays de Galles. On la nommoit jaunisse , parce que tous ceux qui en étoient frappés devenoient extrêmement jaunes (a). Le prélat donna des preuves de la charité la plus ardente et la plus généreuse durant cette contagion.
Le peuple et le pasteur prirent le parti de se soustraire par la fuite à cette cruelle maladie. Tous se rendirent en Cornouaille auprès de Gerennius y qui en étoit souverain. Ce prince les reçut avec humanité ; là ils se partagèrent : les uns passèrent en Italie , d'autres en France. Pour saint Teliau , il cingla vers Dol , avec une grande partie de ses ouailles.
1 18. Le siège de cette ville vaquoit encore par la mort de saint Sanson i. Le nouveau venu fut prié de se charger du gouvernement spirituel du diocèse : il le fit avec la satisfaction universelle des Dolois et des hôtes qu'ils avoient reçus parmi eux.
119. Après sept ans et sept mois de séjour, Teliau reprit avec son peu*> pie, vers Tan 554 > la route de Cornouaille, où il trouva Gerennius prêt d'expirer. La peste avoit cessé lorsqu'il rentra à Landaf, mais elle avoit enlevé le roi Malgocunus. Les difierens noms qu'on lui a fait porter prouvent assez que c'éloit un mauvais prince (3). On ne peut nier cependant qu'il n'ait eu de la bravoure.
nales de Tabbaye de Morgan^ aa comté de (3) Ualgocanasa été ainsi appelé de mal,
4ilamorgaii , et de l'Histoire de Jean de Glas- prince ; de go , mawaU , et de eum, vaillani :
tenbory. mawoaiê prince qui n*a que la hratùure inpor-
(1) Gai, brave. tage. Ce roi avoit encore plusieurs autres
(^ Le nom qu'on donnoit à cette maladie noms, qui confirment Tétymologie que nous
étoit gaUoekn. GaU , peite ; vden , jaune. venons de donner du premier. Celui de MeU
378 HISTOIRE EGClisiASTIQUE.
120. Saint Teliau gouverna encore quelques années TëgUse *de Lan^ daf. Après avoir travaillé long-temps au salut des autres , il prit le parti de ne s'occuper que du sien. Il se relira dans la sotttnde où Dieu et les anges furent les seuls témoins de sa vie pénitente. Consommé en vertus , il mourut dans un monastère qu'il avoit bâti : celte communauté s'appe* loit Landeilovaur (i). Son corps fut transféré à son église de Landaf , où il se fit plusieurs niiracles (a). La paroisse de Saint Dolay ^ au diocèse de
vas vient de mel , prince , et de vas , méchant. Celui de Milcun est tiré de mil, guerre , combat, et de cvcn, brave. Celui de Mailcun, de mailh, chef, et de cwn ^ vaillant. Celui de Megil, de mailh , chef, et de gil, méchant. Malgocunus étoit fils d'Aircor - Lauhir çt d'Anne , sœur du roi Arthur. Il étoit né vers l'an 491 : dans sa jeunesse , il enleva Guenhavere , femme de son oncle Arthur , et soutint ce rapt par les ^rmes. Saint Gildas TAlbanien le fit rentrer en lui-même elle réconcilia avec son oncle , après lui avoir fait réparer ses torts. Vers Tan 516 , temps où arriva la mort d'Aircor-Lauhir, son père, qui, selon Geoffroi de Montmouth , étoit roi des Yenedotes qui habltoient le pays que les Bretons appeloicnt Qucnt, maintenant le Montmouthspire, il s'unit par le sacrement de mariage à une femme qui lui donna un fils que Ton nomma Run ou Prince, par antonomase. Les Bretons Taimèrcnt autant qu'ils détestèrent son père. Los vers suivans en sont une preuve :
liifausius , graCus nulU, Mailgo Venedolus
Su , modo ne Rhenus filius isla luat.
Eslo hrcvis vilŒj vasti sine frugibus agri ; Perpétua àpropriis sedibus cxul agal.
Plusieurs années après , Malgocunus quitta sa femme et laissa le sceptre à son fils , pour pleurer ses fautes dans un monastère où il fil profession. Le dégoût succéda ù ce saint engagement: il osa le rompre et reprit sa femme. Bientôt il la Ot mourir pour épouser publiquement la veuve de son neveu qu'il venoit «le fuirc périr. Ces faits sont consignés dans le traité que Gildas le Sage Ht en 5i3 sur les causes de la ruine des Bretons. A ces crimes, Malgocunus ajouta ceux que Tambition lui suggéra. Il fit perdre la vie à plusieurs princes bretons , pour s'emparer de leurs états. Constantin, qui avait succédé Tan 542 à Arthur, •on père , fut tué en 544. Aurele-Conan , qui
l'aToit remplacé , moamt en 546 , suivant Us« sérias , p. 200 (^ril. EeeUs. AnL). Vortipor ne régna qae quatre ans : il iiioanit en 55Q. Le pouvoir où Malgocunus étoit parvenu par ses forfaits le fit reconnoltre pour roi des Bre-^ tous. La peste les en délivra vers Tan 554.
(1) Landeiloyanr est un terme composé dp lan , monastère; de Deilo , et de vaur, grand. Ce qui se rend par grand monoitère de Deilo. Le nom de Deiîo est pris de de, lumière , et dp lo, rempli : homme rempli de lumière. C'est sous ce nom que ce grand homme fut connu durant son épiscopat. Ceux de Dolay et de Telo ou Teliau , qu'on lui a donnés en Armorique , sont les mêmes que Deilo. Le Cartulaire de Redon l'appelle Deloeus. On a dit indifféremment autrefois Delo ou Telo, parce que le D et le T se mettoient souvent l'un pour l'autre. Jean de Tinmouth nous apprend qqe Teliau a été aussi appelé Madoe. Ce nom exprime la déférence et le respect qu'il avoit pour ^es parens : mad, h^ ; oc ^ fils. Le mèmp auteur rapporte que Teliau se nommoit encore Eliud. La raison qu'il en donne est que Teliau ayant crû avec l'âge en vertu et en sagesse , on le désigna par un nom qui devoit exprimer son mérite. Car , dit-il , elios , en grec , signifie soleil. Aussi la science de ce docteur brilloit comme cet astre ; de mépae que ce corps bienfaisant anime la nature par sa chaleur , ainsi cet évéque éclairoit les esprits par la vivacité de ses lumières et portoit puissamment à la vertu les autres facultés des âmes par ses exemples. Quelque analogue que soit cette interprétation avec le mérite du saint , il ne nous parott pas probable que les Bretons aient pris dans le grec le nomd'Eiiud. Il vaut mieux le tirer de leur langue naturelle. El ou hel , chef ; iud , excellent : excellent pasteur ou évéque.
(2) Warthon ; Capgrave ; Usserius , Britan.
sixiikins siiiCLfs. 37g
Nantes , et celle de Saint Telo ^ dans celui de Saint-Brieuc , ont ce saint pontife pour patron.
lai. La plupart des frères du roi Hoel ne s'acquirent pas moins de réputation que lui- Elle ëtoit d'autant plus solide , qu'elle avoit pour principe les vertus qui forment de vrais chrétiens , et dont les grands du siècle ne sont que trop rarement les sectateurs.
Ismael (1) avoit eu pour maître saint Teliau^ son oncle maternel. Il succéda à saint Davy dans le siège métropolitain de Menevie. Son mérite , bien plus que la parenté qui l'avoit uni à ce saint personnage j le conduisit à ce poste si relevé ; la manière édifiante avec laquelle il ad*ministra son diocèse le fit chérir de ses peuples ; la sainteté qui cou-» ronna ses jours y lui fit décerner un culte public après sa mort.
laa. Tifei (a), qui eut la même éducation que son frère, apporta les mêmes dispositions à la piété ; comme lui , il renonça à la grandeur que sa naissance lui préparoit dans le monde. On lui donne la glorieuse qualité de martyr : il en Ait probablement redevable aux Saxons infidèles. Sa dépouille mortelle fut déposée à Pennalun (3) , au comté de Pembrock : c'étoit là que reposoient les cendres de ses aïeux maternels.
123. Ces deux princes avoient pris naissance dans la Bretagne insulaire, dans le temps que Budic leur père étoit à la cour d'Aircor- Lauhir. Pour Oudocée (4) f il ne vint au monde qu'après que son père eut recouvré les états de ses ancêtres. Ânaumed , qui le porloit dans son sein lorsqu'elle suivit son mari en Ârmorique , avoit promis à saint Teliau , son frère , de lui confier son instruction et de le consacrer à Dieu.
124* Ses parens le firent en effet élever sous les yeux de ce saint oncle. Le registre de Landaf dépose que , dès l'enfance , ce prince acquit beaucoup de connoissances^ et qu'on admiroit son éloquence ; on y ajoute encore qu'il surpassa tous ses condisciples par la pureté de ses mœurs et par sa sainteté.
125. Lorsqu'il fut formé à l'étude des lettres divines et humaines , il revint en Ârmorique. Rien ne fut capable de l'amollir ; rien ne le détour-^ na de la perfection vers laquelle il tendoit : il marcha avec constance
Eecles. Ântiq. ; Lobineao , Vies des saints de (3) Pen, mofilagHe; llun, rivière, Penna-
Bret. ; Lectionar. Dolense. lun étoit un lien montueax sur le bord d'une
(i) h, postérieur, second; maety prince, rivière.
Ismael étoit le second enfant de Budic et d'A- (4) Le nom à'Oudocée vient d'oude , de-
nanmed. puis^ et d'oc^ fiU. Ce qui doit signifier ici:
(2) 7t ou t ^ fili ; feij au-deetous; c'est-li* fils né depuis que Budic se relira de la Bre»
dire, Iroiiihme fils, tagné pour retourner enÀrinorique.
38o HiaroiAA mcctàBUASTiQVE .
dans les voies du Seigneur. On lui rend oe témoignage n recherche d'une
l)elle âme y que les rares qualités de son cœur égdoient celles de son
esprit.
126. Saint Teliau , qui en l'aimant aimoit la vertii tnéme , \t prafi* qua durant le second séjour qu'il fit à Dol ; il Temmena même à Lan*» dafy et lorsqu'il eut abdiqué sa dignité, le clergé et le peuple le nommèrent à sa place. C'est ainsi que la sagesse divine conduit les événemens avec douceur j et se plait à élever ses oints j dans aa miséricorde*
1 27. Mauric , roi de Glamorgàn (i) , eut tous les égards qu'il devoit àla naissance , au mérite personnel et au caractère dont étoil revêtu Oudoeée ; il confirma toutes les donations et les privilèges que ses prédécesseurs avoieut concédés à l'église de Landaf. Le saint évéque lui procura un bien plus solide : la paU avec Cynedu (a), seigneur puissant; elle fut jurée de part et d'autre en présence d'Oudocée j devant les saintes reliques , sur l'autel des apôtres saint Pierre et saint Paul.
ia8. Cependant ce roi à qui la passion fit oublier son serment, les droits de l'humanité et ceux de la religion , tua Cynedu et usurpa ses grands biens. L'évêque gémit quelque temps en secret sur cet attentat ; Mauric triompha dans son cœur. L'uti découvroit dans cet homicide plusieurs autres crimes, le sacrilège , le parjure et l'usurpation ; l'autre s'ap<phudîssoit du fruit de son forfait. Oudoeée crut enfin que des lénitifs appliqués à un mal de cette nature n'aboutiroient qu'à l'augmenter : il falloit un remède violent.
i!i9. Le prélat convoqua un concile des abbés et du dei^é de son dio** cèse : après en avoir pris l'avis, il excommunia solenmellement le coupable. Mauric resta deux années, et plus, sous Tanathème. La fermeté d'Oudocée , qui n'avoit en ^iie que la gloire de Dieu et le salul du prochain , lui ouvrit enfin les yeux. Il demanda pardon et se soumit à la pénitence ca«» nonique. L'évêque lui imposa des jeûnes , des prières et des aumônes : son absolution fut solemnelle , coînme son exconununication l'avoit été (3).
i3o. Ce ne fui pas là la seule occasion où saint Oudoeée fitparoftre rameur de l'ordre. Un événement semblable au premier donna lieu à un second synode dans la ville de Landaf. Le roi McMrgant , petit**fiis de Mauric , et Frioc , son oncIè paternel , s'étoient réconciliés sincèrement
(1) Mau ou mail , mauvaU ; rie » roi. riche,
(2) Cyn, premier; edus ^ riche : prince (i) Labbe^Concil. t. 5.
erâ^nhk. Çd présiGùoiteè de phnieiors personnes de eonsidératkm ^ Sfe aboient jure la paix eqr raiited^eisawit Hmi : Morgant k rompît en mettant Frioc à mort. '...: . . , ■ ' ,' . i:'. . '
Plus promet <|ueMauric à rentrer eti feii-mémé', il se rendît à Fëglise de Landau y se pt^ésenta devant Oudocëe et demanda 'làpënîlence; Vé^ vêque tint une assemblée sur celte affaire : il y fut décidé qu'on n'enjoindroit pbînt de pèlerinage à Morgaixt , pour ne pas priver le royaume de sa présence , qui lui ëtoit nécessaire dans ces temps orageux ; on loi recommanda seulement de racheter ses péchés par les jeûnes / les prières et les aumônes. Il s'avança vers ses juges pour en reeevoiih la pénitence qu'ils dévoient lui imposer : il l'accepta humblenfent, promit de se corriger et de rendre à l'avenir la justice avec miséricorde. Cela fait , il fut rendu à la communion chrétienne (i).
i3i. Lbng-temps après ^ Guidnerth et Merchîon se disputèrent la couronne. Le premier , qui avoît osé tuer son frère pour vider ce différent , fut excommunié dan^ un concile : trois ans s'écoulèrent avant qu'il vtnt à résipiscence. Oudbcée lui enjoignit defaire'un pèlerinage en Cornouaille, et l'obligea de s'absenter de ses états durant une année. Comme ce prince revint avant le temps marqué, le saint prélat refusa de l'absoudre (a). 1/anathème ne fut levé que par son successeur^ car il ne tarda pas à finir sa carrière. Lés Calendriers d'Angleterre mettent sa mort au a de juillet.
La conduite de saint Oudocée fut toujours la même pendant son épis^ copat : aihi de la discipline ecclésiastique , il ne se laissa jamais entraîner par de lâches complaisances ; il attaqua le crime partout où il le trouva , afin que la justice divine, apaisée par la pénitence, ne rencontrât plus de criminels. Ceux qui s'ofiroient d'eux-mêmes à subir la rigueur des canons éprouvoîeht en lui Un père compatissant: il s'enf^pressoit de la modifier à proportion de leur repentir. Pour lui , il ne cessa pas d'être austère dans «bn ^nre de vie et il ne se glorifia que- dans la croix du Seigneur (3)^
î'ioL. Dionot , autrement Dinot , vécut dans le moqde , ainsi qiie Hoel , mais d'une manière bien différente : oehn-ci fut grand dans ses actions , celui-là ^voit l'âme penchée vers la terre. Aussi leur;^ noms (4) feront passer à la postérité k gloire de l'up et l'infami^ de. l'autre.
'UJ
(i) Labbe , C«ncrt.,«oi!i, 5. n^.^^.W^rlbon , Ang\iafaw.
(2) Idem, , . (4) Le nom de JKonoV^^, 13^1 vient dé 4^
(3) Usserîus , Britan. Écclcs. Antiq. ; Lobi- ou dto , sans , et de not ou nod , eaniidéraUon : neau , Vies des Saints de Bret. ; Alford, in An- kanmê «néi coiiiM^MMéï ' Wof v^-psg. i^ ,
383 hÎsTOIR£ EGCLisiiJTfQtrE.
1 33. Dîonot ne rougit pas de commettre uni inceste ftyec sa propre fille J De ce commerce si contraire à la iiaturè naquit un fils , qui couvrit par ses vertus la honte de sa naissance : il s'appela Kined (i). Le lien où il vint au monde étoit situe dans le pays de Galles , à an mille de l'un des palais du roi Arthur. Ce fruit infortuné de riuconlinence fut soustrait sur** le-champ aux yeux de ses auteurs : on le transféra dans une lie qui n'étoit habitée que par des personnes de la lie du peuple (a). On l'y laissa dix-huit ans : ses jours ne furent conservés que par une espèce de miracle.
Morgant , roi du Glamorgan, lui donna des terres dans sa principauté. Sa piété le fit considérer de saint Teliau et de saint Davy : il lia ime étroite amitié, avec eux. Après avoir mené une vie pleine de bonnes œuvres , il mourut dans le Glamorgan même : on érigea ^ sur le bord de la mer^ une chapelle sous son invocation (3).
i34* Urbien fut le dernier des eufans de Budic et d'Anaumed (4). Le nom de Concar (5) qu'on lui jdonna, suppose son mérite. Nous le verrons par la suite , sous ceux de Coaamer (6) et de Comorre (7) j soute«« nir constamment l'idée avantagevise qu'on avoit de sa personne. Les ver-^ tus sociales l'emporteront toujours sur celles des guerriers.
i35. Hoel I avoit épousé Aspasie durant le règne de Budic^ Cette prin^ cesse j fille du roi Eusebe j avoit donné j dès l'enfance ^ des preuves de sa piété. Les droits qu'elle pouvoit prétendre à la couronne de TArmo-» rique^i se confondirent avec ceux de son mari. Le nom d' Aspasie disparut (8) y pour faire place à ceux que la reconnoissance du peuple lui destinoit (9). On l'appela tantôt Alma-^Pompa et tantôt Copaja.
i36. Ces illustres époux eurent pour enfans Hoel 11 y Léonor ^ Tugdual , Canao j Waroc , Alacliau, Budic ou Bodic et Soene. Léonor , Tugdual et Soene renoncèrent à l'héritage paternel ^ pour ne penser qu'à celui du
ceqaenonsaTonsdiisarl'orisinedesnoiiisde (5) Le terme (Toiieor le tire de eùHfprinee,
Hoel. (Gi-desios , n» 94, p. 369. a.Y .) et de car , grand.
(1) Le nom de Eined est empranté de chy , (6) Con , prince ; mer grand, défaut , et de ned , qui couvre : homme gw, (7) Con , prince ; mor , grand.
par $e$ vertus , faU oublier U défaut de ea (8) Noas avons dit , tome â , page 385 ('} ,
naittanee. qu^Aspasie avoit été ainsi nommée d'as , tige »
(2) L'Ue où Kined fat relégué se nomtnoit et de pas, abbaissée, parce qtfon l'aToitpri- Inii Werin; d'înw ^Ue, eide wefin , popu- fée du sceptre de son père.
lace : iUdela populace. (9) Aspasie fut désormais connue sous les
(3) Usserius, Britan. Eccîes. Antiq. noms d'Àlma-Pompa et de Copeja ou Copaja.
(4) Urbien a pris son nom dV, dernier^ Al^ la; ma, bonne; pom , princeae. Copa, et de bihan, enfasu. '' princesse ; jach , bienfaisante*
, (•)CiHdeu^t,tin4iaèm«iiè(te,n»l73,p.aa()ii. a. Y.
ciel. Les cinq autres princes partagèrent TArmorique entr'eux ; ils ne prirent d'autre qualité que celle de comtes.
137. Hoel II étoit né dans TArmorique vers la fin du cinquième siècle et avoîi accompagné son père dans la Bretagne , lorsque les Frisons s'emparèrent des états de son aïeul. II revint Tan 5i3 , ou peu de temps après , dans sa patrie , et partagea avec son père ses glorieuses expéditions. Il eut l'honneur de défaire Marchil , l'un des géuéraux frisons^ dans une occasion particulière : ces actions d'éclat lui valurent le titre de Rîoifal j ou de prince guerrier. I^s égards marqués qu'il eut , à l'exemple du roi ) pour les s^gneurs qui les avoient aidés à dissiper les ennemis , lui firent donner, comme à ce prince , le nom de Hoel ou de libéral{i),
i38. Cependant , les vertus de Malo se multiplioient comme le nombre des fidèles de son diocèse , et le Tout- Puissant se plaisoit à les couronner par des miracles. Un riche seigneur des environs d'Alet a voit une fille possédée du démon ; comme on ne pouvoit en approcher impunément , on avoit été obligé de la charger de chaînes. Son père, convaincu que les moyens naturels ne pouvoient opérer sa guérison , eut recours à son évêque. Attendri sur son état , le pontife répandit sur elle de l'eau bénite : à l'instant elle fut délivrée de ses maux et rendue à sa liberté.
139. Les offrandes que les fidèles portoient au saint évéque , les terres qu'ils attachoient à son siège , tout ne tournoît qu'au soulagement des pauvres et à la gloire de son église. Sa cathédrale , trop petite pour contenir ses ouailles , fut considérablement augmentée : il porta le nombre des clercs , qui en faisoient le service avec lui , jusqu'à soixante-dix. Le monastère du bienheureux Aron compta dans son enceinte autant de religieux. Malo, attentif aux besoins spirituels et temporels de ces deux maisons , leur fournissoit le nécessaire à la vie. L'ordre , qui régnoit dans la distribution des biens dont il étoit dépositaire , le mit en état de fonder plusieurs autres communautés sur le continent et aux îles voisines d'Alet.
i4o. Tandis que Hoel i avoit vécu , l'évêque d'Alet avoit éprouvé la protection de l'autorité civile. Hoel 11 prit une autre route : les donations qu'on faisoit à Malo , excitèrent sa cupidité et la jalousie de sa cour. Le prince vint lui-même pour faire renverser un monastère que le
(1) Hoel n 8*est encore appelé Eailoch on de jan ou ean, premier^ et de reUh, prince:
Hoelochy de hail ou hoel ^ libéral, et d'oc, premier prince^ parce qu*il étoit l'atné de ses
fili. Ce qui veut dire : /iU du libéraUOn Fa frères, nommé Jona^ de jon, grand.., Jan-Reilh^
384 HI8TOXBB SOCbiSUSTlQim.
aaint fiûfoit b&tir sur un fomfe de peu de coD8éfii|Aoe qu'on lui mmt donne. Les remontranoes et les piièresdu serTiteur de lUeu fiimnt înup tiles. Le Sdgneur prit en main la cause de Topprimé ; Qoel per^ In Tue; cette affliction temporelle lui fit réparer sa fieuite. Il s^liyniilia ^ vaut l'homme de Dieu ; Halo , toujours disposé à rendre le Jxen pour le mal , oignit les yeux du prince a^ec de Thuile béiyte» et lui en rendit auaûiAt Tusag^.
i4i . Ce double miracle lui attacha le cœur de Ifoel n , qiu h» fit de grands présens. Biais les jours de ce comte dévoient biebtM s*édipser : Canao , son firère , ausâ cruel qu'ambitieux , le fit périr Tan 54? t dans une partie de chasse.
i4a. Hoel avoit épousé, vers Tan 535 , Rimo (i) , sœur du roiMalgo-
cunusy dont nous avons parlé. Le seul fruit de leur msfiage fut Judnal.
i43. Canao ne se contenta pas d'avoir trenqpé ses mains dans le sang
de son frère : il épousa encore sa veuve , malgré elle. LesiévAqnes de TAr-
morique vengèrent ces deux crimes par Texcommunication.
i44* La persécution s'ouvrit alors de toute part contre Malo. « Quel
» est I disoit-on , cet étranger qui est venu dominer id ? Jaloux de nos
9 héritages , il s'enrichit de nos pertes. Tandis que les iqp6tres et leurs
» successeurs n'ont rien possédé sur la terre , celui-ei , sous le, manteau
j» de la pauvreté , cache adroitement le vice honteux de l'amour des ri-
» chesses ; en préchant de faire raum6ne , il recueille le fruit «de Tava*
» rice. Sous prétexte qu'il prie beaucoup pour les autres, il dépouille
9 les maisons des veuves. Celui qui voudroit nous persuader qu'il a tout
» abandonné pour suivre Jésus-Christ et qui se vante de tout avoir en
}} le possédant j ne nous laisse rien , ni à nos enfants : il saisit toutes les
» occasions de s'emparer de nos héritages. Celui qui fait semblant de
9 donner ses biens a-t-il besoin d'être l'économe de ceux des autres ?
9 Nous n'avons rien de mieux à faire que de le chasser de notre pays ,
» et que de reprendre les biens que l'on a attachés à ses églises. Comme
9 il a tout pris y il ne nous reste plus rien ; il nous fait acheter l'espé-
9 rance des biens à venir par la perte de ceux qui sont entre nos mains ,
» et il a grand soin d'en prendre l'usufruit.
Tels étoient les discours séditieux que Canao autorisoit parmi le peuple. Ces suppôts de l'ange de ténèbres ne s'en tinrent pas à la calomnie : ils en vinrent aux voies de fait. Le bétail et les meubles des terres de la ca-
(1) Ri, trè$i mo, aimable : trèt-aimàbU.
thédrale
SIZSÈMB SIÈCLE. 385
ihedrale d'Alet tnrm^l'whvés : celui, qui étoit chargé de la boulangerie de la mai30Q di^M^o, futy.^tc'autres, traité inhumainement. On alla rexpos(pr sur l^ijl)pr4 4e la mer, pieds et mains liées^ après l'avoir fouetté avec des. Inranches d'osier ; on se flaltok qu'il seroit suffoqué par le premier flux des eaux ; mais Ifalo ^ averti! dei oet étrange événement « lui sauva la vie par un miracle. Les flots respectèrent cette victime de la passion ; en justifiant son innocence , ils donnèrent liew aux coupables de reconnoitre la griè^yeté 4? Iwr crime. :
145. De pareils^ attentats touchèrent Sensiblement Malo. La perte de ses biens n'étoit fien à sesyeux :41 en tiroit même occasion de bénir le Seigneur. Lsfr mort, spi^^ue^lç : des âmes, de oéuii:dont sapréisenceoeifaisoit qu'irriter la ftireuj^ , lui, fit yçrser des torrens de larmes et perça son cœur de la plus viyq ^douleur. Comme les crin^inds persévéroient dans leurs mauvab procé<lés , il consulta Dieu par la pri^ y siu* ce qu'il avoit à faire. '
Le parti de.s'é)oigaer fut pris , non pour abandonner ses ouailles ,: pour lesqueUes il. auroit volontiers sacrifie isa vie^ mais pour faire cesser les vexations qu'on exerçoit contre son clergé. Odieux à CAnao qui ne respiroit que les fprfaits, il ne pouvoit. avoir de paix aveclui.
Cependant;, compoie. sa patience , sa douceur , ses avis salutaires qui avoient suivi le lu^cle que novis venons de rapporter , n'avpient pas été assez puissans. pK>^r. ramener ses enqemis:à leur devoir, il ne lui resta plus qu'à exercer contr'eux la rigueur des canons. Toujours animé du même esprit de miséricorde et de charité , il lança l'analhème contre ces aveugles volontaires , afin que , n'iayant plus de commerce avec les fidèles , la confosîon les fit rentrer en eux-mêmes et leur ouvrit les yeux sur la perte de leurs âmes.
i46. Cet. lacte. terminé^ il quitta sa ville et s'embarqua avec quelques religieux ; il se mît sur mer afu gré des vents , sans autre dessein que celui de suivre Dieu : il arriva en peu de tçmps à rjfle dl'Qleron (i). Alors
(1) La Légende raanascrite de-Marmotitier , tlon réciproque d'Agenii et d'Oleron . fait as-
dont on Ht nne copie ^ an premier toiné des sez voir qné ces deux noms désignent la
Preuves justificatives db PHîstoire'de Breta- lïréme Ile. D'ailleurs, le mol Okron est formé
gne, par D. Horice, pag; 192 et 193 , tfôbmo dV, montagne ) tîc lar^ pr^i , et dW, f^« ,|
cette lie ^^enî«. Ce terme èèt tiré d'à \ àtiprèt; riviOre. Ce qui signifie ^ montagne auprès drs^
de gen, €Wkbouckwr9^ et d'i# , indnld^e. Ce' ritihci. Du temps lie Sidoine^Apollinaire,.
qui Tent dire : màfkiagm èiu^rèé' deê imbou- cette H c se nommott Olarto, d^où Ton ;t fait.
churet, L'Ile d'Oleron est située vis-à-Vîis de ôlétân. Cet auteur appelle Olariontnxes les
l'embouchure de la Seii4re et jji^ cel(Q( (|^ la lièvres qui y séjournoicnt alors. Il p^rolt
Charente^ au diocèse de Saintes. Cette posi« qn'Olèron a été autrefois dîf^^ntinent. Du
SlXlàlCE SIÈGLS. 387
de saint DenU.; cdle. qu'U.fonda àBotdeiiujcsurpassoit toutes les autres en magnificence ; il y fit placer un si grand nombre de lampes , que la clarté de la nuit ëgaloiiipf^e^u joiur« :3a pAtrie eut part à ses bienfaits : il reconstruisit à Saintes l'égUsed^ saint Entrope , qui y avoit prêché la fq^ vers le milieu du ^pi6ième:^ècle;.xy i^t. achever Téglise dont Eusebe, évéque de cette \ilJe>fiv.oi^jft^j€»ifon<jtffn^ et qui fut dédiée à saint Vivien. Le tombeau de ce >i^tf ^yêque 61 1 couvert, a ses frais, de
lames d'or et dVg^^v
Tel étoit lepçorsoniiage qti^)roQ';fit coanottre à Malo. La réception dont il l'honora > ffit de$ plu$ 'di^ngnées ; sensible aux persécutions que cet illustre fug}û( St^itit mtit^^^i ^t convainiiu de sa sainteté par la sa» gesse qu'iladfnîroil>dapa tout soB^: extérieur, il remercia Dieu de lui avoir ménagé rentreviieiii^in ai grand homme.
i48« Miilo n'éprouva pas seulement la bienveillance de son hôte chaii*lable : celii|i*ci M fil;|>résent. d'une maison dans un lieu solitaire et lui as» signa des revenus pour son entretien et celui de ses religieux.
De IHle 4efté ^ MalO passa parvîntes (i) pour all^ prendre possession de la nouvelle depieiire que la Providence lui avoit procurée : il y vécut quelque temps, occupé de Dieu seul et de son peuple.
149. La guérison mii*aculeuse ^û'il fit de la fille du comte de Saintes , mit bientôt au jouir sa sainteté. Cette jeune jtersonne avoit été mordue d'une vipère : prête à expirer, Malo appliqua sur le mal une feuille de lierre trempée dans l'eau bénite : l'enflure disparut tout à coup ; le sang
(1) La vie de saint Malo , que î). Mabillon bon , iPlolemée , Marciea é'tleraciée font mcn*-
a insérée au t. 1. des saints Bénédictins^ porte tion de Saintes sous le non de Med^olanium,
ce qui suit : t^ieoUns in pwrlu Sanelonieo , L'Itinéraire d'Antonin et laTabl&théodosienne
aneharam furil. On ne peut douter que ce por- l'appellent MedioUmum SaneUmum. Cette vilk
iu$ SancUmicui ne soit le même que le Sane- étoit une des plus florissantes de TAquitaine ,
Umum portui. Ptolemée , dans la description du temps d'Ammien-Marcellin. Il y subsiste
qu'il a faite de la côte d'Aquitaine » en procé- encore un pont béti sous la domination des
dant du sud au nord, marque ce port entre Romaina v «u^^mus est up arc de triomphe
l'embouchure de la Garonne et celle de la Gha-. qu'on fait remonter jusqu'au règne de Til>ère.
rente. «On auroit dû, remarque M. d'Anvil- Le long.^e'la frise, de çe^itfoiiuneiitest une
» le dans sa Notice de la Gaule, reconnoltre ioscriptioii: latine qu'on nepeul plus lire. Ph>-
» le port des Sanlonet , dans l'embouchure de (^ J'éfliae^de saint Eutrope ^ oa Toft les res-
» la Scudre, cette longue manche qui pé- tpa é'iuiT amphithéâtre «onstruit <ie petites
» nètre dans les terres , à la hauteur de Sain- pierres. Mediolanfm a' tiré» son nom de la fer-
» tes précisément, et par laquelle lâchante- tililé dt sou AmfAr^rmeéLi'fMiUfdan', ier^.
» mer, en montant jusqu'à Saujon , nW dis- mm, €ommç la pbipart dés autres Tilles de la
» tante de la capitale des SanUnm , que d'en- Gaule , «Me « pW» le nom dé mm peuple , ap-
» viron quatre lieues de plaine fort uiâe. »\ pelé tonton /de î#an, poiyi^éi de Ipt», êxed^
C'est là que saint Mafo mit pied à tcrycv Stra- laa :ptuftlt fn&kaJlnif m pays eafeêUe$u. '
388 msTommîaecutstMtJQVE.
déjà i^àvigre^ clrculft [d^ 4icAiimhi , et te hiàlâiâ^^ire|>rft «i première
^âttiroiënt 4é icMps àliuâ^ V'^^*t^^^^<^^ "^^^^ MtiÛ.'toiiitiMèib éloient un jour daM le teoMitoiré éé BT6àsL^e{}t)\ tto'dHMiiéll^dë (fe T^êque, en tirant de l'eau dNiii puSts -/ tbMilà dedàris ^éfisé'tiô^f: Le matti^ fit porter le cadavre à Téglise de saitit Bfate ^;rà WpMîfeâsl dlî'déftibt, qui fondoient en pleurs j le gardèrent durant une nuit. Le saint 'i'9lt> par feft èfdres que son bienfaiteur avoit donnés , oeqù^'il^exigcWit'dèlai.^Elifti déicéttipasSsion^ il se mit tn prières ^ et le mort fol n^às^té. 'li'hMnbl'è nSiUfeiliré rapporta foute la gicnre dt ce nwaek à Dieu èl atit: mdrtois ^/liébiii»!! ^^y:
i5o. Cependant y Canao étoit loûjôuM>4éfmêinc^ t^dèitt 'Âill^ de ses frères , Bodic (3) et Waroc (4) 9 foirenl éiicore fes- viitiiiiw d«'4^on ambition. Macliâu et Judual auroiènt subi le knéme sort ^ ei ftrdsT^âts ^ qui avoient encore plus die dbaritë que de crédh /ne sa filisMit ioppméâ à ses pernicieux desseins. ^m -..r-K- -rfi^/t .
i5i. C'étoient saint Lëonor, saint %an9oo tr. d^ nom êi'saititFéKx. Léonor étôit venu au monde dans le temps que sa riièl^ Âlaîa^Pômpa et Hoel I y son mari , et oient à la coulr d 'Ambroise-^Aur^en j leurpârettt.
A pj^oe étoit-il àgë de cinq ans , . qu'il fut missràs la discipliné du bélèbre saint lltut. U trouva dans son école Un grand noitibrè d*ilhjstre9 compagnons^ elitr'aulres^ saint $anson 11. du nom et ^int Màgloire. 11 apprit , ainsi qu'eux , les arts , la philosophie , les mathématiques et l'Ecrilure-Sainte.
i5a. Les honneurs et les richesses de la terre j auxquels il sembloit dei^tinéy ne flattèrent point son cœur. Son seul désir fut de servir unique* ment le roi des rois. Après, s'être préparé à la vie religieuse par la retraite et les austérités , il l'çttbrassii sans retour.
(t> L^satSiir d€ k Tie de saint Mak> que nous stods dit à ce st^et, saffit poor réfu-
Ton voit dsas êsriliè , oooMiie ce pa^v Btta / ter ion seAtiméM , BrooÀg:e eithù lîèa incon-
et rapporte <fÈà XtH étoH ce tl^iù ûès fahcieD nn à toute Tantiqtiité, ainsi que l'assure de
«Mttpsw GaNs ifa"^ lit daM les Aëtéi de D.' Lobgtienie. On n*)eo a MX mention que soûl
llatMlloa que: nom «tona déjà elt«a^ porlè^ gî troisième raèe dés rois de France
Brimge. Bna, qui vient de brat, vèat dire ^^ MabiUon , in Aciis SS. Ordinis S. Bc-
tnre fangeuiê. Tel e^ It térrild 'd» BroiÉga,. „-^. ^^ ^ ^^^ ^^ ^j^ |g novembris.
oùl'on ToiiaojMtrd'bsidagraèdinmnmrai- • ^^ ^ • « ^. \.^ . .
Uns. Le nom de Briage est enèore pliis éx- W ^'^ <>«»«*« « ^^^*»°" "^"î"^ f
passif :è^<,lerr«/liw^anié,ic^, tau: lairr *^^« ^' P'^'^- «* ^« dic , diminutif. A la
toii«t*a««leii^lta«Hiea»t#d>««.Adriehdt^ ^«^^ = iré#-pe(il, c'eSt-à^ire, dernier tn-
Valois a pria la petite ville de.firoua8é)>our f^^^'
le SaneUmum pùrlmt ; maié » snlr^ qa^ ce que (iy Wàr , dtmx , débonnaire ; ôc , prince.
SIXIEBTE SIÈCLE. 889
1 53. La science de Lféonor ne fut point pour lui une occasion de se livrer à ràïnour-propre ; il se rappeloit que le père de toute lumière a dit : a Qu^aVez-voùs que vous n*ayez reçu ? Si vous Tavez reçu , pourquoi vous - » en glorifiez-vous? » De là nàissoit , comme d'une source féconde , cette Immilité profonde qui le caractérisoit. Mais j comme la vérité éternelle a dit également : « que votre lumière luise devant les hommes a» , il employa ses confnoiissances à embrasa les autres de Tamour céleste , et à faire naitre avec Dieu l'Esprit-Saint dans leurs cœurs. C'est surtout lorsqu*on l'eut mis à la tête d'une coioimunauté qu'il remplit avec ardeur cette fonction importante. On l'honora même de l'épiscopat , pour donner plus d'étendue h son zèle.
i54. La Bretagne ne devpit pas être le seul théâtre de ses vertus; l'Ârinorique en devint le témoin : il y passa avec soixante-douze de ses dis- ^ ciples. Hoel i vivoit encore et gouveruoit ses états avec gloire. L'humble abbé y qui se regardoit comme étranger dans sa propre famille , et qui n'avoit plus sur là terre d'autre héritage que la croix de Jésus-Christ , fixa sa demeure au milieu des forêts , entre les rivières d'Ârguenon et de la Rance. Le lieu où il s'établit porte de nos jours le nom de saint Lunaire , terme corrompu de Léonor (i). Il est probable qu'on l'appela aussi Pontuâl j et que son monastère occupoit l'endroit même qui maintenant est ainsi nommé (a). Persuadé qu'on n'est puissant et riche qu'autant qu'on jouît de la présence de Dieu , il tendit à ce bonheur par les vertus qui Ten approchoient. Semblables à des troupes qui ne font que camper sous des tentes , cet abbé et ses religieux n'élevèrent que d'humbles cabanes , et ne cultivèrent qu'autant de terre qu'il leur en falloit pour leur nourriture. Leur patrie étoit dans le ciel ; comme ils n'avoîent que peu de temps à passer sur la terre , ils ne se donnoient que le nécessaire.
' Léonor fut la joie du roi, son père, par l'éducation chrétienne qui lui avoît formé l'esprit et le cœur. Exemple que ne doivent point perdre de vue les chefs de famille. Cet illustre fils remplit , à l'approche de la mort , l'auteur de ses jours , de la plus douce consolation , et contribua beaucoup à le détacher de la terre. Les grands ne sont tels ,
(1) Le terme Léonor est composé de le , qui étoit an pronostic de ce qu*il devoiiétre.
enfani ; d'on , 5on, et d'or, irh : trèt-hon en- Quoi qu'il en soit de cette vision^ Léonor dut
font. Il est rapporté^ dans les Actes de ce son nom à ses l>onnes qualités,
saint 9 qu'un ange apparut à ses parens , et (2; Pon^ chef ^ tu, maison; ail, tiom-
qu'il leur ordonna de rappeler Léonor. Ce Jn'evie : chef d^une communauté nmbreute.
3gO RI8TOIRS ECClisiASTIQirE.
pour l'ordinaire , que par les dehors imposans qui les entourent. Léonor , qui s'en étoit dépouillé volontairement, le fut par sa personne : une précision d'esprit , qui savoit apprécier le néant de ce qui éblouit dans le monde ; un amour constant de Tordre , et par rapport à Dieu , et par rapport à lui-même et au prochain ; une volonté ferme de pratiquer les conseils évangéliques : tout cela lui acquit une réputation brUlante»
i55. Childebert, qui distinguoit le mérite réel, désira de voir, cet abbé. Léonor , qui respectoit dans ce monarque Timage de Dieu, se ren* dit à son invitation. Accompagné de quelques-uns de ses religieux , il fut reçu du roi et de la reine Ultrogothe , avec les preuves les plus scBsibles d'une estime particulière et de la vénération qui doit suivre la vertu» Plusieurs seigneurs de la cour lièrent avec lui une amitié étroite.
f 56. Les attentions dont on llionoroit , et le concours de ceux qui s'adressoient à lui, le détoumoient à regret de ses exercices spirituels : ce qui l'obligea de précipiter son départ. A son retour , il apprit la mort tragique de son frère, Hoel ii. ïjb meurtrier et oit alors dans un château voisin , qu^on appeloil Crehen (i) ; la veuve du prince infortuné , forcée de l'épouser , l'avoît suivi dans ce lieu.
157. Judual avoit été traité jusqu'alors avec assez d'égards, âa mèrei qui , en songe , le vit élevé sur le sommet d'une montagne, d'où il recevoit les hommages de l'Armorique , et qui , peu de temps après , marchoit à la tête de ses sujets , eut l'imprudence de faire ce détail à Ca* nao. Le prince , jaloux de Fautorité qu^il avoit usurpée, entra en fureur ; il dit à sa femme qu'il avoit un moyen d'anéantir ses prédictions , celui de faire périr son fils dans le jour même.
Judual , instruit par la princesse du danger prochain qui le menaçoit , se réfugia dans le monastère de son oncle : celui-ci ne le crut pas en sûreté dans l'asile que la religion lui ofTroit. Lorsque la passion étouffe le cri de l'humanité , elle a bientôt franchi les barrières que le sanctuaire lui oppose. Léonor fît sur-le-champ embarquer son neveu pour le soustraire à la mort. A peine le jeune prince quittoit-il le rivage, que Canao entra dans le monastère.
i58. Léonor , qui se félicitoit d'avoir tiré Tinnocent d^un si grand péril , et qui ne craignoit pas de braver la rage de son frère , lui montra
(1) L*auteur de la vie de saint Léonor , dit résidence. On ne peut mieox fixer la position
qoe son monastère n*étoit pas fort éloigné de de ce cbAteau qa*en la paroisse de Crehen >
la demeure des comtes de la Bomnonée , ou qui parott en avoir emprunté son nom. Cre »
de TArmorique, et que Canao y faisoit sa lUu fortifié ^ km, anckn: anciin lieu fortifié.
le vaisseau de Judual qui voguoit à pleines voiles : c*éloit lui annoncer que f quelque grande que fût son activité à consommer les crimes que lui suggëroit l'envie démesurée de dominer , elle se trouvoit en défaut dans ce moment , et que son autorité n'étoit pas encore assez établie pour empêcher qu'on ne vint au secours du malheureux qu'il opprimoit. Canao y furieux d'avoir manqué sa proie , fut assez maître de luimême pour ne donner qu'un soufflet au saint abbé. Ce ne fut ni la sainteté du personnage , ni les liens du sang qui furent cause qu'il ne lui porta pas d'autres coups : l'ambition lui tenoit lieu de toutes les vertus , et il n'avoit de rapport qu'avec ceux qui avoient la bassesse de la seconder. Le respect que le peuple portoit au saint évéque , la reconnoissance qui l'attachoit à lui , et la considération dont il jouissoit à la cour de Cliildebert , arrêtèrent dans cet instant le br&s de Canao : une passion fut surmontée par une autre (i).
iSq. Saint Sanson 11 du nom étoit sorti d'une des familles les plus illustres du pays de Galles. Par son père , il tenoit aux rois du pays des Demetes qui occupoient le Caermarthenshire , le Pembrokesliire et le Cardiganshire, et étoit cousin germain de saint Malo. Par sa mère, il coroptoit pour aïeux les princes du Montmouthshire, et avoit pour oncle le roi MalgocunuS; dont nous avons parlé (n).
(1) Duchesne, 1. 1. des Histoires de France ; roit » d'après Geoffroi de Montmouth , que la Martyrologe d'Usuard ; Lobineau , Vies des Denuntia ou Venetia provinda fut restreinte Saints de Bretagne; Usserius » Antiq. des au Montmonthshire. Selon lui , Aircor-Lauhir Eglises de Bret. en étoit roi ; ses sujets se nomment VenedoUt
(2) L'auteur de la vie de saint Sanson que ou WeneUs. Son fils Halgocunus le remplaça : l'on voit au 1. 1. des Actes des saints de Tor- il avoit au moins deux sœurs» dont une dre de saint Benoit, par D. Mabillon, dit avoit été mariée à Hoel n, qu'elle avoit fait qu'il étoit demetiana patria, 11 ajoute ce qui père de Judual. L'autre étoit Anne, mère de suit: Pater ejusdem sancti Samsonis deme- Sanson. Il est au moins probable qu'Anne tiano ex génère, Àmtmm nomine , el ejut ma- étoit née dans le Montmouthshire. Le Montfer, Demeniia {aliter Devenlia) provituia prfh- mouthshire tire son nom des montagnes qu'il xima ejuidem Demeliœ , Arma nomine. La vie contient et des rivières qui l'arrosent : mon , du même saint, qu'on trouve dans Surius, rivUrê; mua, montagne, IfC terme Wenetet porte ces iermes: Anna de Venetia provineia^ vient de «renl ou gueni^ rivières. Celui de quœ proxima est eidem Demetiœ, exorta est. Demeniia est pris de de, auprès, et de men Albert le Grand , et après lui le P. Le Cointe , ou wenl , rivière : pays où il y a beaucoup de ont pris Venelia pour Vennes, comme si cette rivières. On y compte l'Usk, la Wye , le Monville avoit été voisine des Demetes : par con- now et le Rumney , sans parler de la Saveme tinuation d'erreur, ils ont fait naître saint qui la baigne au midi. Le lieu le plus proche Sanson en Armorique. Cependant la Demeniia des Demetes et des Yenetes étoit le Caermarou Venelia provineia étoit originairement le thenshire. D'où il faut conclure que Sanson y pays des Silures , où sont Hereford , Radnor , avoit pris naissance.
Brecnok , Montmouth et Glamorgan. Il pa-
39^ HI8T0IBE ECClisiASTIQUS.
Sa mère le regarda comme le fruit des prières et des vœux qu'elle avoit faits à Dieu pendant une stérilité de quelques années. Son mari , qui ne désiroit pas moins d'avoir des enfans, avoit distribué dans la même vue beaucoup d'aumônes aux pauvres , et fait des largesses aux églises. Pour perpétuer la mémoire du bienfait dont le ciel les avoit honorés, Tun prit le nom d'Ammon (i), et Tautre celui d'Anne.
i6o. Cette tendre et pieuse mère avoH toujours les yçux levés sur le dépôt que la Providence divine lui avoit confié. A peinç cet enfant coo^mençoit-il à faire paroitre les premiers rayons de la raison , qu'elle lui inspira l'amour de la vertu et le goût de l'étude. Pour seconder ces heureuses dispositions , cette nouvelle Anne réspli;^ dp Ici. mettre entre les mains de quelque maître à qui la piété et la, science fiissem également chères ; elle crut d'aifleurs que la reconnoissance qu'elle deyoit à Dieu , l'obligeoit à le lui consacrer comme un autfj^ Saniuel » et à Iç (^x^ élever d'une manière qui répondit à une si sainte vocation*
i6i. Ammon , excité par des vues humaines, s'opposa quelque temps à celles de son épouse. La crainte de résister à la voloqté de. Die);i| le fit néanmoins céder à ses instances : il sentit que la noblesse n'est jamais plus respectable que quand elle s'allie avec la vertu , et que ceux qui , par leur rang , ont droit de s'approcher du trône des rois de la terre , n'en sont que plus estimables, lorsqu'ils quittent tout pour s'attacher à celui dont le service vaut la plus brillante couronne.
i6a. S'étant ainsi réunis , Ammon et Anne mirent leur enfant , qui n avoit encore que cinq ans , sous la discipline de saint lltut. Ce célèbre instituteur de la haute noblesse bretonne donnoit ses leçons dans un monastère du Glamorgan , qui est au levant de la province de Caermarthen , où Sanson avoit pris naissance.
i63. Les progrès que le nouvel élève fit dans les différentes sciences qu'Iltut professoit avec tant d'honneur , furent grands et rapides : il excella surtout dans l'intelligence de l'Ëcriture-Sainte ; lorsqu'il rencontroit de l'obscurité dans quelque passage, il la levoit par la prière et le jeûne.
164. Son genre de vie fut très -austère dès sa première jeunesse '.jamais il ne mangea de chair. L'humilité accompagnoit toutes ses actions ; il étoit doux , modeste , prévenant et officieux : ce furent autant de moyens qui lui gagnèrent l'affection des autres ; ceux-mémes à qui sa
(1) Le nom d* Ammon est composé d'am ou l'autre), et de mon, homme: homme dtvenn ab, père (l'm et le h se mcltenl l'un pour père. Le nom d'Anne vient d'ana, mère.
vertu
vertu et ses talens ëtoient une occasion de jalousie , se virent désarmés par la bonté de son cœur : ils ne purent résister à sa patience sans bornes, et à la tendresse qu'il leur prodiguoit.
i65. i66. Tant de vertus jointes à la science ^firent élever Sanson aux ordres sacrés^ et Inentèt après à ta prêtrise. Son abbé le fit éns«ke économe ou câérier de la communauté , emploi dont il s'acquilli* avec toute la fidélité j la prudence et rexacUtude qu'on pouvoit désirer^ Cependant , il n'en fut pas DMins en butte à l'envie de deux de seë frères ; par sa charité, il fit Âsparoitre de nouveau cette basseet son(ibrepfv»Ii»du mé-* rite. C'étoit un usage dans son monastère de donner , les Jours de jeâne , après rheure de tierce , k chaque religieux , une liqueur dans laquelle il entrent une décoction d'herbes ; ces deux malheureux , que le sang et la même passion unissoient , empoisonnèrent la coupe de Sanson f et , pour ne pas manquer leur coup , ils en firent boire à un animal , qui pétrit sur^Ie-ehamp. Lorsqu'ils présentèrent ce breuvage au saint économe , il s'aperçut que ce n'étoit pas là une liqueur ordinaire ; sans faire connottre le moindre soupçon , il fit à l'ordinaire la bénédiction de la liqueur que les religieux alloient prendre ; quant à sa potion , après avoir fait sur elle le signe de la croix , il la but tout entière sans en ressentir la ^noindre incommodité. A l'heure du repas , il témoigna sa i*econnoissance à celui des deux coupables qui lui avoit versé le poison , et le combla d'amitié, a Le premier bi*euvage que j'aie pris, dit-il, de la jour- » née, celui que vous m'avez donné (i), étoit délicieux et m'a fait le » plus grand bien ; que Dieu éloigne de vous , mon très- cher frère , tout » ce qui pourroit altérer votre santé. » La douceur et l'honnêteté de Sanson fit rougir l'homicide ; la vue de son crime lui en inspira une su* iMte horreur ; la comparaison qu'il fit de la noirceur de son àme avec la grandeur et la magnanimité de celle de son confrère , le pénétra de confusion. Une salutaire componction le prosterna aux pieds de celai qu'il avoit tenté de faire périr ; une amitié réciproque les lia sans retour. 11 ne manquoit au bonheur du religieux réconcilié , que de faire rentrer en lui-même le complice de son crime ; ses prières et ses instances réitérées furent inutiles ; bientôt le démon obséda cette malheureuse victime de la plus honteuse des passions» Sanson fondit alors en larmes et conjura le Seigneur , au nom de ses frères , de rétablir cet infortuné dans son premier état. Dans cette confiance, il bénit de l'huile, y mêla un peu
(1) Il étoit jeûne cé Jour-là daos la commu- naaté de saint Iltnt.
394 HISTOIRX EGCLisIASTIQUE.
d'eau , et en fit donner au possédé. A peine en eut-il goùfaé , qu'il tombar comme mort ; trois heures après , il donna signe de vie , et la santé duf corps lui fut rendue ; celle de Tàme la suivit de piiàs« Cet esclave de sai passion en reconnut toute l'injustice ; il s'accusa de« son crime en présence de toute lacoinmunauté^eten fit pénitence. Saoson n'avoit d'au-«^ très désirs que de surmonter la malice de ses ennemis , et de les obliger^ à l'aimer : ses bienfaits fiirent autant de charbons ardens qu'il jeta sur leurs têtes , el dont il échauffa leurs cœurs, pour s'attacher à lui. Telle fut la victoire qu'il remporta sur eux et sur lui-même: victoire d'autant plus brillante qu'elle est avouée de la raison et de la peligion^;
167. Sanson j convaincu de plus en plus que l'hoitime porte en lui-v même le germe de tous les vices , veilla avec une nouvelle activité sur. toutes ses actions. I^ considération que ses vertus lui avoient acquise blessoit son humilité , et les visites fréquentes qu'on lui faisoit lui enle* voient un temps précieux. Saint Utut, ce respectable vieillard, malgré l'attachement qu'il avoit pour son élève j lui permit de passer dans une ile voisine , où habitoient des hemûtes qui jouissoient d'une grande répur talion de sainteté : l'un d'eux ^ nommé Piron , qui étoit prêtre , avoit l'inspection sur les autres et sur un monasâère qu'il avoit établi dans ce lieu^ Sanson se rangea sous sa discipline : là , il employoit le jour à la prière et au travail des mains ; il consacroit la nuit à la méditation des saintes. Ecritures et à la contemplation de la divinité. Lorsqu'il se sentoit accablé par le sommeil , il s'appuyoit contre un mur ou sur quelque autre chose qui pût résister , et dormoit ainsi sans jamais se servir de lit.
168. Cependant Ammon , qui éloît dangereusement malade , le fil prier de le venir voir. Sanson crut d'abord que c'étoil une tentation de l'ennemi de son salut , c|ui avoit trouvé ce prétexte pour le tirer de sa solitude : assuré néanmoins de la maladie de son père el qu'il ne vouloit point avoir recours aux sacremens qu'il ne l'eût vu , il partit, d'après les ordres de l'abbé Piron , dans la compagnie d'un diacre. Ammon , qui étoit mourant, reprit des forces à son arrivée : la parole lui revint. Il saisit ce moment pour se confesser à son fils ; tous ceux qui l'environnoient se retirèrent, à l'exception de sa femme et du diacre. Devant eux, il s'accusa d'un grand crime qu'il avoit caché jusqu'à ce temps, et demanda à erv faire pénitence.
169. Sanson prit occasion de celte circonstance pour parler du détachement du monde : il le fil avec tant de force et d'onction , qu'Ammon le pria de lui couper sur-le-champ les cheveux ; il protesta que , puisque
le Dieu de miséricorde lui rendoit la vîe , il vouloit la consacrer tout entière à son service. Anne , qui avoit souvent tâché de lui inspirer cette sainte résolution j obtint de lui la liberté de prendre le Toile de viduité et d'aller passer le reste de ses jours dans un monastère de vierges. Les cinq garçons qui leur restoient , animés par leur exemple , s'empressèrent de le suivre. Comme Dieu devenoit Tunique héritage de cette pieuse fa^ mille j les biens de la terre lui devenoient étrangers. Ammon et Anne distribuèrent la plus grande partie de leurs possessions et de leurs ri* tresses aux pauvres et aux églises : ils n'en conservèrent que ce qu'il falloit pour l'éducation et la dot d'une jeune fille qu'ils laissoient dans le siècle.
170. Ammon avoit un frère à qui ses exploits militaires avoient acquis ie nom d'Umbrafel (i) : ce guerrier avoit épousé Afrelle (a) , sœur d'Anne. De leur mariage étoient sortis trois fils : Sanson eut encore le bonheur de les conyertir tous et de les attacher particulièrement à Dieu. Comme ce ministre de la grâce exhortoit sa femille à bâtir des églises et à fonder des monastères , sa mère lui dit , par un mouvement prophétique dorit nous verrons l'accomplissement : « J'espère , mon fils j de la bonté du » Seigneur , que , quand nous aurons achevé les églises que vous nous 3» recommandez de bâtir , vous les consacrerez. y> Sanson fit placer ses frères et ses cousins en diflférens monastères. Pour son père et son oncle, il les emmena <lans sa communauté , où l'on joignoit la solitude des anachorètes à l'institut de la vie cénobitique.
171. L'abbé Piron étoit mort d'une manière qui donna une vive atteinte à l'opinion que l'on avoit toujours eu de sa sainteté. Sanson , dans le cœur duquel la vertu étoit gravée et dont l'humilité , quelque grande qu'elle fût , ne pouvoit cacher tout l'éclat , fut choisi pour le rempla* cer. Ce ne fut qu'avec la plus grande répugnance qu'il se chargea de cette administration. Les commodités de la vie lui parurent trop grandes dans ce monastère : comme il ne pouvoit les souffrir ni les retrancher pour leur substituer la pauvreté et la mortification que la discipline régulière exigeoit y après dix-huit mois de patience , il abdiqua la place.
17a. La raison qu'il allégua à ses religieux fut qu'il vouloit vivre en hermite. Des moines savans et vertueux qui revenoient de Rome lui fournirent l'occasion de passer avec eux dans l'Irlande , leur patrie. 11 y fut fait supérieur d'un monastère et l'édifia par ses exemples.
(I) Um 00 sum^ ieigmwrf bra,vaHlani; (2) il/r, particule angmenUtife ; t<^Aatile. • fel, gu$rr$ : i$ign$wr pU i'ut diiUngué à la âam étme hauU nmi$time$. gntrtê.
396 HISTOIRE EGCLiSIlSTIQUE.
173. Deux ans après, il le quitta pour rentrer dans sa première com* muuauté : comme il avoit promis de donner un abbé à celle d'où il ve» noit de sortir , il y envoya son oncle Umbrafel , qui éioit devenu un modèle de la vie religieuse.
174- Bientôt après , il alla avec Ammon , qui fut suivi de ce religieux qu'il avoit gagné le premier à Dieu par sa charité, et avec quelques autres moines choisis, dans une solitude sur les bwds de la Saveme (i)» Un vieux ch&teaa abandonné fut Tasile que ce chef leur donna. Pour lui , excité par le désir de ne s'occuper que de Dieu , il se renferma dans une caveroe. Ce que l'on rapporte de son abstinence n*est presque pas croyable : il jeùnoit tous les jours de la semaine , sans prendre aucun aliment ; le dimanche , il mangeoit la quatrième partie d'un pain qu'on lui donqpit tous les mois. Sa vie étoit partagée entre la prière , la contemplation et la lecture des saintes Ecritures. Les dimanches , il sortoit • de sa grotte pour aller offrir le sacrifice de la messe, qui se chantoit solemnellement dans l'oratoire que ses jiiermites avoient bâti : après qu'il leur avoit donné la communion et qu'il les avoit exhortés à la perfection de leur état, il se retiroit dans son antre , dont l'avenue étoit cachée par une épaisse forât.
175. Les yeux du public furent aussi attentifs à éclairer les pas de cet homme extraordinaire , qu'il étoit soigneux à en couvrir les traces. Lp lieu de son refuge fut découvert : l'évéque dans le diocèse duquel il vivoit , frappé de son genre de vie , le fit venir à l'un de ses synodes. Les honneurs qu'on lui rendit répondirent à l'idée qu'on avoit de sa personne : l'assemblée le pria de prêcher ; b noUe sia^>licité de l'Ecriture étoit répandue dans son discours : réunie au zèle qui l'animoil , elle fit adflurar ses coanoissances.
176. Des talens si précieux ne dévoient pas être ensevelis dans l'obscurité des fooèts : on ordonna à Sanson de quitter la solitude où il ne travaiUoU cpe pour lui , et de reprendre la vie cénobitique , où il seroit utile à phifiîran. Pour lever tout prétexte , on le fit abbé d'un célèbre monastère qw saint Germain , évéque d'àuxerre , avoit auttefois bâti dans cette oontvét^
177. Peu de temps après, on le sacra évéque, sans lui assigner de
(1) La SaTerne (aotrefois Sabrima) , qui lit, le Ciit monler jusque sur la sorfiee des
prend sa source au M ontpUniUmouth , dans eaux et en forme quelquefois des amas. Cest
le comté de Cardigan , au pays de Galles , et de U qu'elle a pris son nom. Sàbr, tabU ; sa-
fejetfe dans le eanaKde Saintêeorges , est fort Mn , st^lonniuii. boueuse : elle agile fbrtesKnt le aablt dt son
SIXIÈME 8IÈCL£. 397
8ié^ particulier j afin qu'3 pût prêcher et remplir les autres fonctions du aàint nttmstere partout où i'appelleroit Fesprit 4e Dieu. La Providence lui prëpwoit de loin un diocèse dans une terre étrangère. Quelques années s'écodièrebt à peine ^ qu'un ange Tafvertit^ une nuit de Pâques , d'abandonner la Bretagne pour aUer gouverner le troupeau qui lui étoit destiné.
178. Avant que d'entreprendre ce voyage , il alla visiter sa famille. Sa ' mère et sa tante vivoient encore : leurs vertus s'étoient augmentées comme leurs années : chacune d'elles avoit bâti une église sur ses terres ; le saint évéque en fit la dédicace. Ses frères et ses cousins avoient fait de leurs maisons comme autant de monastères ; ils y menoient une vie tout à fait religieuse. L'homme de Dieu les exhorta à la persévérance , et loua le Seigneur des saintes dispositions qu'il entretenoit dans leurs cœurs. Sa sœur , dont il avoil prévu les désordres dès le berceau , s'étoit séparée de sa mère pour vivve d'une manière licencieuse : les avis qu'il lui donna fprent aussi infructueux que ceux de ses autres parens. En admirant la miséricorde de Dieu sur la plus grande partie de sa famille , il adora la profondeur de ses jugemens sur cette impénitente.
179. Avant que de quitter sa patrie, il s'associa son père Ammon et saint Mbgloire , son cousin , fils de son oncle Umbrafel , qui n'étoit encore que diacre : il y joignit quelques autres ecclésiastiques qui dévoient être les compagnons de sa mission et de ses travaux. Tous les lieux où il passa furent marqués par des actes de sa charité. Par ses miracles et ses prédications , il convertit sur les côtes de Comouaille un village entier : il y bâtit un petit monastère des libéralités des habitans , et en confia l'administration à son père dont il connoissoit la sagesse et à qui l'extrême vieillesse ne permettoit plus de déplacer.
i8o. Cela fait j il s'embarqua avec saint Magloire et ses autres coopérateurs , qui , presque tous , étoient religieux : il prit terre sur les côtes de Dol (i) y à un petit port qui étoit a l'embouchure d'une rivière et auprès d'une montagne.
(1) La Tîe de sâint Sanson , qu'on lit au 1. pwrL Ce qui Teut dire : pari au eonflitini d'une
tom. dea Actes des nmU de l'ordre de S. Be- rwiire. Cela posé , on coaçoit que ce port
DoAt , par D. Mabillon , ne dit point dans quel étoit dans le district des Dyablîntes de Dol , à
lieu cet éTèqpeakorda. D. Lobineau rapporte femboudiure de quelqu'une des rifières de
qu*il s'arrêta à la partie la plus orientale da ce pays , vers Chosey et les autres rochers de
la c^ seplealrionale de la Bretagne Amo- Cancaven f) dont nous ayons parlé, et qui ser-
rique , à uo petit port qu'on nommoît pour Toient de digues è la mer. Le même D. Lobi-
lors Wimùm. Ce larme » qui est celtique , # aeau nous apprend que cette rivière s'appa-
pour racine vin , cmllumi; i j rMhrê « et ôw « ioit OukiolmM. Porim Wmiam qfdHlm /kiïm-
(*)CancaUe(C(mcarriia).— V07. ci-deisui « la- ttodacUon, a^* 05,96, p. 41 et sair. a. T.
398 HI8T0IBB JKCGiisiASTIQUE.
181 . Comme Saoson mettoit le pied mut le rivage , il vit un pardcufier foodanl en pleurs à la porte d*one cabane 9 et qui avoit les yeux toujours fixés du c6ié de la mer ; le saint en prit occasion de lui demander quelle étoit la cause de ses larmes et d'une pareille altitude. Cet homme lui répondit : « il y a trois jours et trob nuits que j'attends un étranger qui , ^ d'après une révélation que j'ai eue , mettra fin à mon affliction. J'ai , » ajouta-t-il , une femme couverte de lèpre et une fille possédée du dé^ » mon. » Les entrailles du charitable pontife furent émues à ce récit : surle-champ y il alla visiter les malades , pria Dieu pour elles et les gué*^
ni GuHdL Le terme Gubioku n*a été employé que ponr désif oer la position de TemboQchure de cette riTÎère. Gwh^ ewUHmehmr§i i, riviirê; ol, wumtagnê. Ce qui signifie nne rkfièrê qui a am tmbfmchwrt aigrit d^um Mon* iagnê.
(i) Balderic, archeTèqne de Dol, qni ^i- Toit an douxième siècle et qui a mis an jonr une Tie de saint Sanson , prétend que l'époux de cette lépreuse qu'il guérit étoit un seigneur puissant à qui il donne le nom de Privai; et qu*en reconnoissanoe du bienfait qu^ aroit reçu , il donna au thaumaturge remplacement de son monastère et des terres pour son entrêtien. Il Tcut que Sanson , pour éterniser la mémoire delà douleur que Prirat afoit eue de la maladie de sa femme, appelât son monastère Dol, terme quil croit un abrégé du latin dolor. Pour faire voir combien cette fable a été mal ordonnée , il suffit de citer le texte sur lequel on Ta fabriquée. Le yoid iel que D. Mabillon Ta donné : a Descendentibus il- 9 lis ( Samsone et Monachis ) de nafi , yi- 9 derunt tuguriolum neo grande prope por- 9 tum situm, ad quod sanctus Samson ap- » propinquans ridit ad ostium mansiuncul« » prtraliMi plorantem , atqne ad mare sem- » per aspidentem. Sanctus iftf^ Samson in- » tendens in eum , pereunctabatur ab eo » qnidnam hoc esaet. At prtooAit dixit ei : » très sunt jàm dies totidemque noetes à qui- » bus spero in hoc portu auxiliatorem quem 0 Deus mibi transmarinum venire promisit » Sanctus Samson illi dixit : quis est dolor 0 tuus ? nie dixit : uxorem habeo in hac mano sione leprosam , necnon et filiam dsmo^ » niaeam » et promissionem habni illamm
% sanandarum in hoc porto. Sanctns Ter& » Samson incunctanter in Hlam mansionem » întroiens , ac super utrasque egrotantes ora- » tionem fundens , sanas atqne incolumes eas, 1» neo anctore» coram omnibus dimisit ; ac * indè exiens, Deo duce , aptîssimnm repfBfîl 9 inibi locum , atque honorificum fundafit » monasterium , quod usque hodiè proprio » Toeabuk) Dolum nuncupatur. » 1<> Ce texte Ikit Toir que la maison de cet homme qu'on regarde comme un des plus qualifiés du pays , n'étoit qu'une simple chaumière : lugwriolmm non grtmdê , wuuuiwuuki. Aussi ce mari n'est point appdé par son nom propre : on en parle plutôt comme d'Un particulier fort obscur : frivatui. Soit qu'on Tcuille tirer ce terme du cdtiqne prto ou du latin privaius , qui en est sorti 9 on n'y trouyera qu'une personne priyée. Ce ne peut être que par inadyertance, ou par une ignorance grossière , ou par dérision , qu'on a tenté d'attacher au motprtmUiif 4es idées de grandeur. 2^ Ce texte ne fait pas même soupçonner que' le mari de cette lépreuse , ou elle » eussent des possessions considérables. 3^ Rien n'y indique, pas même indirectement, qu'ils aient donné le moindre fonds à Sanson ^en signe de reconnoissance. Ce prélat trouye un endroit propre à bâtir un monastère» et presque sur-le-champ l'ouyrage est commeneé. Qu'est-ce qui a fait la cession du terrain ? c'est sur quoi les Actes de saim Sanson gardenit un profond silence. 4^ Ce monastère de saint Sanson, qu'on appelle Dol , h'ayoit point le même emplacement que celui de la yille de Dol. 11 étoit à l'embouchure de l'une des riyières de Dol , et cette embou^ chure étoit auprès d'une éminence. Ce qu'on
SIXIEME SliCLS. 3991
182. Le saint trouva dans les environs de ce port un lieu très^ropre à recevoir un monastère : c'ëtoit un terrain qui dominok sur le rivage , et que j par cette raison , on appeloit Dot. L'abbâye qu'y construisit San* son j étoit encore célèbre au septième siècle , et conservoit son ancien nom de Dol (1). Ce ne fut pas là la seule communauté qu'il érigea. L'auteur de sa vie iissuire qu'il en établit plusieurs autres en Armorique.
i83. Saint Teliau gbuvemoit le diocèse de Dol ; lorsque saint Sanson aborda sur ses côtes. A son retour à Landaf , cette église resta sans chef ; elle se dédommagea de cette perte par le choix qu'elle fît de l'évéque régionaire : c'est ainsi que s'accomplirent les desseins de Dieu sur ce fidèle ministre (a)^
.i84< Saint Léonbr ^ en confiant Judual aux ondes de la mer , comme à un élément dont les furies étoient beaucoup moins redoutables que celles de Canao j Tavoit fait accompagner par des personnes qui dévoient le conduire à la cour de Chîldebert; il s'étoît flatté que ce roi , ' dont U étbit connu, jetteroit un œil de compassion sur le jeune' prince y et que du moins il adouciroit ses malheurs.
Le saint ne (ut pas entièrement trompié dans son attente. Judual devint le pupille de Childebert, qui l'élèva avec beaucoup de soin. La protection du roi n'alla pas plus loin ; il ne pensa pas à Je rétablir dans les droits de son père j ni à venger les crimes de Canao. Sa cour tnéme étoit pour Judual une honnête prison. ' '
n'a jamais pa dire de la ville de Bol. Bans les Bretons de Tlle et les Armoriques donaacoD temps, cette Tille n*a été. à*nne manière noient asseï ordinairement à un temia élewéf ' permanente » sur le riyage de la mer ; elle en ^e nom de X^. Le lien où Sanson u bâtit son^ est même & présent î )plu$ d'une lîeue. 4^ Ce monastère pouvoitétre nommé ainsi , dès lors n'est qu'an douiième siècle que Baideric a qu'il dominoit sur le riyage. imaginé la fable de Forigine du nom de la (i) L'auteur delà vie de saint Sanson » que Tille de Dol : il a cru , sans discernement^ en nous. suiTons. de préférence ^ et qui est diflé- . trouTcr la preuTe dans la ressemblance des rente de celle que du Bosc,.Qif du Bois, a, ^ mots Dol et dolar. Pour rendre îâ chose plus iiisérée^ans sa bibliothèque de ^leury , la dé: | Traisemblable, il a supposé que ce dont sfint dia àTigêrinomalns , éTéque de Dol , au s^., Sanson aToit été témoin à son arrlTée en Àt-, tième siècle. Cette Tie a été dre^e sur des morique, aToit donné lien à ce nom. Mais m^moiros â'tin Tiétllard cousin de aaiot Sandans la Tie la plus ancienne que noius ayons . sou , qui avoU habile près de 80 Ans dans U de ce saint, et qu'on trouye, comme nous maison du m^mc saint, t;trU dorant aa yi<ï l'aTons dit Vdans D. Mabillon et cheilfe^ ^9^*/ qn'apri^s sa mort. Ce f^u'on y dit du traitement landistes^, au 28Jùil1et, il n*est po^t/^^ei&n ! q\i<^ la reioe Lntrogolbc dut faire à Sanson ^ de cette ptëtendue' anecdote. Ausd là yjuÊlae^. n^est pas vraisemblable > et c'est à tort qu'on Dol et son nom existoient aTayit sai|ît Sanson ' rend ChiMcbert complice des crimes de C^r^ n. L'autetxr de la Tie de saint AlbiMqt^e'dtie ' nào, 11 vaut mieux suivre 1rs Actes de saia^, Usserius , dépose que le Heu où sahit'^S^éptf . LËoaor , quL déposent le contraire. \^
I. demçuroit, s'appeloit Dolmhùttrkii tèitt/ (2) [An 554 environ. 1 — Omisaion. t* V.'
4oO HISTOI&S EGCU^ASTIQUE.
i35. Les diocèses de Dol et d'Alel gënûssoient surtoul som Toppression du meurtrier de ^ frères. Des plaintes de toute e^èee fiiveat âdres* sëes au nouvel ëvéque , coanne à celin qui pouvoit seul en tarir la source. Accoutumé à venir au secours de l'humanité , et plus attacha encore à la justice qu'à Jvdj^al qui lui étoit Uni par le 9W% (i) y.il prit le pwtlde porter aux .pie4^ di;^ tr6ne de^ Childebett, les grie&diift paÉple? contre l'usurpateur des biai$ de son pimc^ legilis»e , et de sdHbîlersôft retour. Il avoit U9 préoexte d'aiU^i«ts pout! mrtreprendre ce voyage : e'étoii afin de faire approuver son ékclioa par ce roi ^ et de sefMirai eonfirmep dans la jouis$ande dte revenus qui dépiendoient de^aon évéohé» .
i86. Le don des miracles n'abandonna pas le saint ë«éque pendant sa route y doqt le princûpaj wotif ^^lioit la qhari^. U guérk un des prind*^ pau comtes du palais qui étoit possédé da démon. Celle merveilfe , qui fut rapporté^ sur-le-c)iamp au souv^ain , lui faeilitii'um audience; il trouva bei^ucoap pl^s de difficultés qu'il n'avoil peAsé à faire rendre à Judual sa libert.é.^]^ «wse^.Uljt^ogptbei^gagnée^^^ de Canao,
avoit épousé ses intérêts rÇbildebert trou Voit en lui un homme qui ser» voit son autorité dans UArn^orique ^ et qui lui étoit enlièilement dévoué, lie rappel de Judual ponvoil opc^fÀonDer des ti*oublës (kns ce gouvernement; la France se seroit vue dsjus la nécessité d'y prcoidi^ part , sans espérance d'y gagner. ,.,..;.
187. Cependant Childebert j édifié de l'humilité ', de la charité et de la sagesse du saint prélat , ne put refuser à Timportunité de ses prières , le retour de Judual : ce prince lui ayoit même de grandes obligations. Les païens, qui habitoient sur la Risle(2) , entre Brionne(3) etPont-Audera^r (4) , jusqu'alors rebelles à la grâce qui les avoit appelés au cbris-
(i) Judualo , cognomenlo candido , Domno- Id cavUé duquel sort une rivière, nensis palHœ magna ex paru duce nobilissi* (3) Brionne , ville sur la Risle ^ n'étoit d'amo, S. Samonis consanguineo, ( Vila S. Paulî bord qu'un cWteau. Bri, fortereue / 0», ri- Leonensis, apud bibliolhecâto Floriacpn- v\ère : forteresse tur le lord d'une rivière, 8ôm.) ............. (lypontaudemcir est nommé jBrwiodMmm
(2) Le nom ancien de celle Hvîêre eslfti- dans l'Itinéraire d'Antonîn, et Brevodurum sela, II se tire de ri , rivière /c\4fi seî^ qui se dans là Table théodosienne. Ces termes ont cache. Cette rivière^ qui prahû sa soiirce sur pour;racîhe breva ou hriva, ville, et dur , les confms du diocèse de Scez , après avoir rivi^rJe : vîliesurlehq^dd*ùn§ rivière, La ville entré' dans celui 4'Evreil^x ^ dont elle arrose de iPpntaudcmer est sur.UVjriye gauche de TAigle , Bugles VXife , jF'einçîe^re^^ la t(ide!;fcé n'est que dans Iç, moypn-âge que
de la tune, se pW>ôus (erre dans i'clç)ace \ Brevio^rùm a pris le noip de tontaudemer. d*unè lîeud, et' ne fait repacbltrje ses eaux ' Oa prétend qu'Aldcmar, seigneur françois , qu'aux environs de Grôslay , qm de là a pris : qui y fil faire apparemment djss réparations, ton nom, Gtav^ creuse^) U^^ ' le ^j^ 4<jpni^,, A*\ feiffr.owg.dil. de. Saiat
tianisme
tianisme , venoient enfin de céder à k voix de Sanson. Pour mettre cet apôtre à portée de consolider cet ouvrage important , Childebert lui céda en propriété les terres de ce canton , sous la dépendance de son église ,de Dol. Sanson y fit bâtir un monastère > que Ton nomma Pental (i) , à cause de Taustérité de la Vie qu'on y pratiqua.
i88. Sanson , comblé des bienfaits du roi, eut la satisfaction de rame* ner avec kn le prince Judual. Ils ne ri^*ent qu'une partie de la route par terre : un vaisseau les prit dans la Neustrie et les transporta à Guernesey (n) et à Gersey , d'où ils se rendirent au ndonastère de Dol j qui étolt auprès du rivaige de la met. Judual ne rentra pas sur-le-champ en possession de ses états. Canao , qui maintenoît l'iaitorité de Childebert dans l'Armorique y sse aoviserva sa protection; il lui fut seulement enjoint de ne pas insulter son neveu. Celui*ci , en attendant des circonstances plus propres à îùtiré valoir ses droits , contracta une alliance avec une princes^ qu'on Aommoit Azenon
1 89. Quelques années après , des affaires appelèrent de nouveau saint Sanson à la cour de Childebert. Sa santé , que les jeûnes et les travaux avoient rendue extrêmement foible et languissante , ne lui permit pas d'entreprendre de voyage à pied , suivant sa coutume : il fut obligé de se servir d'un chariot. Comme il passoit dans les plaines de la Beauce (3), une àes roues de sa voiture se brisa ; les religieux , qui l'accompagnoient selon l'usage j n'ayant point trouvé de bois pour la réparer , furent sensiblement touchés de cet accident imprévu. Le saint ^ qui mettok toute
Aignan , od toH à la droite de la Rîsie les restes t^or faire passer & la postérité la mémoire du
d*un vieux château. changement qui y étoit arrivé.
{\)Poen,péniUneê; taie, rivière: lieu près ,«v , ,. ^ , .. ^ ..« d'une nvière , eamaeréà lapénilenee, ^p ^^ '^8*°^» ^^^^\^^ «"»* Sanson ap-
^ Dans la vie de saint Sanson, donnée P*"« Beyeeupagui, le heu où arriva ce m.-
par D. MabUlon , û est dit ce oui suit : C- "^'^- f;^ "l^ ^'^^ "?* T^'^'t ï ^
. . . . . , ruMifcni; d'#, particule pnvative, et de it,
ttam , Angtamque ^ fnannat tnsuloi , proêpero ^ ' m . -sa • r,
N0J.TOD. fait Toir.t. 1., p. lOOn.que ««JOYedan.!. Bcaœ n, bois . m rmèrcs
Luxa e.t la même lie que Cerie» . Il nous pa- "» f?!!'""^-^* P*" If, P""»,. '^ "". ^ ™"
roil qn'Angia n'estpa» différente de Gaeme- »?»* *'*»-P«>^»*' ' •»«'"«»" ',"»»«■» 'f*
«y. Ce nom Tient d'an, au-(l«*«.*, etdepi, "«";« qu'estcauM qu'onsy MJrtdeciter-
Mt : Ueu qui damin, tur un, foril. Guerne- "«• ''«'*UD.t , dans la «e de sa.nt Germain,
sey est appelé 5armte. dans l'Itinéraire mari- *'*<I"« ">« ^^'^' «• "' «PPeMe '• »»»«
time. Ce terme est pris de*ar, au-de*su*, et *«''«• G»"?»»»» >• B^^n, an livre second
demih. /br«. Quoique les environs de Guer- ^« " PW»»PP««ie* •« tourne BeUia. BH ,
nesey/devenne lie , ne fussentplus couverts «^« » A^&w; « , défaut , manquement :
de bois , ce lien conserva son ancien nom , '»«* ***' »'»« Po»»« defonlaina.
n Ci^essiu, Introduction , n» W, p. M , note 4. a. V.
4oa HISXOIM aCCIiiilAiVIQITE*
sa force dans celai qui a tout fait de rièu , fit \^ signe de le croix s»r cette roue : dans le moment U fracture disparut
Childebert j qui fut instruit de cet événement BMarreilleux , voulue qu'on bâtit un monastère dans le lieu même où s'éfpit (ait m miraple ^ et y attacha de grands revenns. Pour perpétuer lesoirvWHrdle'Oette ac* tion j cette communauté (ut appelée Rotmou (i).
190. Le pieux évéque de Dol assista au concile de Saris , qui fut tenu celte année (a). Ce n*étoit qu'avec la plus irivedcmleiir qu'il voyoit Canao vivre comme mari avec la vetnre de son fiiène : il n'étoit pas moins sensible à Tusurpation deshieûade TëgUse d'Alet. Le patrimoine des pauvres, en proie à Favidité des laïques, étok un aeerilége à ses yeux. Le premier et le quatrième canons du e— cileide Par^ réprimer rent ces entreprises téméraires. Sanson eo souscrivit les acteaen oes terr mes : « Sanson , pécheur , évéqu(e , j'ai donné «um consentement et ai D souscrit. V Dix autres évéques employèrent la même formule* Ia souscription de l'évéque de Dol est TavantHiemière , parce qu'apparemment sa promotion à ce si^e étoit postérieure à cette de tous les autres , à l'exception de Ferrocinctus. De quinae évéques qui se trouvèrent a cette assemblée que Childebert avoit convoquée , il n'y en eut que quatre à faire connoltre les noms de leurs églises (3). Félix étoit du nombre des premiers.
191. Ce prélat, dont le nom est romain , étoit né dans l'Aquitaine. Sa famille en étoit un des plus illustres omeinens..On dit méoMt qu'il étoit sorti de Félix , qui avoit été consul sous Théodoric , roi des Ostrogoths. D'atitres le font naître à Bourges : oe fut Tan 5i a qu'il vint au monde.
19a. Ut nature lui avoit donné un génie supérieur : une éducation convenable à son rang le développa. Le mauvais ^ût de aonriècle pour les lettres ne l'empèoha pas d'y faire des prc^rès étonnans. Ilfiit poète et orateur : c*étoit , suivait Fortunati^ un torrent d'éloquence. La langue grecque lui étoit si familière, qu'ion eût dit qu'elle lui. étoit nalurdle; mais ce qtii rend s^n éloge accompli , c'est qu^à tous ses talens il joi* gnoit une piété solide.
193. Ces grandes qualités le firent choisir pour remplir le si^ épis* copal de Nantes , vacant par la mort d'Eumere. Son ordination ^e fit
(i) Rot, r<mê;mùH$, arréU$. (3) Mabiltoo , in Aelis 8S. Ordln. Bened. ;
(2)rAD 557.1 — Omisfion. a V I^chcsne.Hist.Franc.t. l.;Sirmond.Concil.
Gall. t.l.
sixiims sièglbJ 4o3
Tan 549, après le cinquième concile d'Orlëans, où Ton ne vil paroUre iri ^véqiie de Nantes, ni dëputë de sa part. Félix ëtoil marié; mais , suivant les canons, il ne regarda plus sa femme que comme sa sœur. C'est lui qui fit à Gr^oire de Tours l'histoire du fait que nous allons rapporter, La femme d'un èvéque de Nantes , à qui son marri éloit de*, venu suspect , ayant voulu le surprendre , le trouva qui reposoit Iran*quillement dans son lit; elle vit sur son sein un agneau aussi blanc que la neige , €ft dont Pëclat ^aloît cehiî de la plus vive lumière. Cette femme jalouse, q'uî se croyoit méprisée, reconnut par ce miracle la vertu .de son époux et son attachement aux r^let de l'Eglise (1). Nous croyons que c*ert d'Eumere dont il est ici question.
ig^. WKi^ sbtï ^ccesèeur , vn fit revivre les vertus. On retrouva en lui la même charité, le même attachement aux pauvres et aux malades , le même gôùt pt>ur ta prière, le même esprit de mortification , la même humilité, fa même douceur et le même zète.
195. Canao , qui avoit fait périr trois de ses frères , vouloit encore traiter , avec la même barbarie , Macliau , le quatrième. Après s'être saisi de sa personne , il l'avoit châtié de chaînes et le retenoit prisonnier dans Tun de ses châteaux. Cette place forte étoit probablement dans le diocèse de Nantes : il nous semble que ce lieu n'étoit pas autre que Guerrande, et que ce palais a donné l'origine à la ville de ce nom.
196. FeKx, sous les yeux duquel cette étrange scène se passoit, se hâta d'en arrêter les suites. 11 employa si à propos son crédit et son éloquence auprès de Canao , qu'il en obtint la grâce du prince infortuné. La vie lui fut conservée et la liberté rendue; il ne sortit cependant de prisbn qu^apràs avoir prêté serment de fidélité à son frère , et promis de se contenter de la part qu'on lui céderoit dans la succession de son père.
197. Macliau , qui ne se fioit pas à la parole de Canao , se mit sous la protection de Comorre, l'un des plus puissans seigneurs de l'Armorique. Nous croyons que c'est le même qu'Urbien ou Concar , fils du roi Bu* die (a). Il avoit trop de motifs de prêter une main secourable à l'inno* cence opprimée : aussi ne fit-il pas difficulté de lui donner un asile chez lui.
(1) Greg. Turon. de Glor. Confess. c. 78. lui donne encore^ présente ht même idée.
(3) Noos afons faitToir,p. 1G7(*)^ que Ctm ^ prince ; vaur , grand. La vraie grandeur
les noms de dmear et de Comorrê sont exac- se platt à secourir les malheureux , surtout
lemeot les mômes. Celui de Conovamr qu'on quand ils sont opprimés injustement
n Cî-detras , no 13« , p. 882. a. V.
df» réfiéuQiiSifloIideai; Ji^;!pr^îi^^<f{Wi'^^ le sairU
çviqu€-s#idb9i9)èl^ktT/PQ^iriiA^^ !que ses. .vertus. On
Uijer^Uk6^^W;4p pjpi>s$éAç9ii^«prmi^aif^ «eii^spiea d'un ipasieur
djois l€^lî0adi9bW9;eiil .TPort^ceni trioitifbr^^ii^idA^ila it}!^ épàcopale , dle^iSri^ll^qSfmoU^^ db celui quUes avoit
aifim^^iimK.flfiifi (4f|iiwaj|im(>iiç« q<te la ^HMwHp^f 9e foffdrjc^U bientôt îW P?eTO^i^.^j^if|^^ On éleva
une ^g)i(^j^qi»tA9f.TJiht)|) fiàiOej d^pôtrfttïi t4lwé:«^Yefi la* distinction qu'il ^M"^pi^ eWttf ;'^p[l¥»j>ert(jnp>l^inyt^ iM; poi*e le ,ik>ûi du
WPtT4ff i^v4« «^Ilf3<rm^l4tiap «9 «él%e<|(idta6 ;ledioçè$e:<ii? Viennes ,
. .<^ià(i ||a9)ia»^>iq«$ulftifiaiflsahoe|éleMciitfarilbi^ ^.•dessus des autres clercs et dont le mérite sembloit y répondre , futélu évéquèideVennes ap»'èfti%mpi;lï;dQ^^(iilfli5^©àl ^^l)-* to NerMvéfoititq possedsîon de. s asseoir. ^V/4a^j^»! fie )q«^t1%)ÎS0>; féuttifi^àll^çlal qui jepvironf^j la por ^>kfi^iifi^9)^^Ç^\MMi^^^ .ï^boiPWigwjqui lui: pont dus.
i%^3')il#i.fr*Rfeirr*>WPM*e^»ï^ ,rpî4(*epMî*î la'i*ft^rt d^Gloyis, rentrfi.tQH^^i^f^6.,soi|yn4f^uti0rj|(é^^ de. Childe-
bert, arrivé Tan 558. Ce prince , dont les mœurs ne,fép4>i|doîent pas à la. purç^é,,^jja,j ï;f^igipi},,^s^8P^t j^^.^yyéiwmfnj parr une icoMlilulion propi?e^^r?^^, I^li^r^xi^^pikf^ffSlp^i^ 1er civU sont con-
çus en ces t(^g^Ç|f[jPpp|;rjlep^ci?fi^Q^^^
» \p\^^ fl^}fi(^f.gjrffiifffi;p)^^^ leur prféHft^ice sëronlî réputées nulles
» ipi^r lesjuge^ : sL.quçlqi^tfln, est jiçfiM ,df un efm»,,^ .qu'il ne* soit pas 3» condamné saps être entendu.)jii^iss'iJt:€|st t^ot^vaincp^ qu'il soit puni » ^s^lon. ^ o^^jure, du çriçt^ç.jLes camuses des BL9«iaias<c'estrà-dîre , des » Qaulqi?) se/çflnt teripiu^fi^, ^«i^,?"?!^ ^f» Jpis,romaiqçs. , Une ^râce obtenue » de nqps p^r sjul^eptjpn sera nullp-; ;Si cgi^elque juge çonddmne quelqu'un j> injuslOTiepf el<;ontre ^,.Joi, il; sei;^ çprrjgé en Botre absence par les » j évêquejs et obligé de réformer ce quî'jl a mal; ji|gé» Personne ne se ser- » vira de uotre autorité pour épou^çr une veuve 01) une fille malgré
(1) Le Propre da diocèse de Vennes , de La fin de sa Tîe fut en botte aux penécotioDs,
Tan 1757 , ne reconoolt qu'un saint Paterne^ et ce ne fut qu^après sa mort que se$ enne-
ceJui qui siégea le premier il Venues, du temps mis lui rendiretot justice. Les derniers jours
de Gonan Meriadec. On ne pieut s'èmpéeher de Tautre sont couyerts tflpais nuages. Ce
d'admettre eelui-d : ee serôtt'flK>ader des qu'on eii sKif, b*ëst qu'il tèrmiBa saintement
autorités respectables q«e' de réToquér son sa carrière, existence en doate. Ilitéeât aiv siiième siède. (à) Grègôr. Turon. Hist. \JBb. 4. n. 4.
0 aç^y. ÇJ^ra^ttUfi^î^wiîy^ldi?, ,Ç»nflf|y ^ a'.çi^ |iOJ\^t : 4ïO)çreur iJ^jiUer à la ren-
l^■yue4^ç9W^^?^ifl^i^aJ|f^ pro|i|3Pt.dê pplle circonsr
tance , dit à Chramne ijft ,^(ç, ,lie,ç?:PW ps? ? ff9W!9P:i:fl}?"*i. cpnyieune que j> , >ous rfiçm^ji^lityfiz /Q9PtftV yptre.pèrjç j, j^issef-^mpi^oi^^ lui cette » nuiti'e^ jç.\q^s r($(>pf c^ /i^ la \jctoire* |» I^^jpnQCç francois^ que Dieu poursuivioU fjl^f^s. ça pp^ère^i^rej^^ ^ut^ânt f^Uc; ^proppsitioQ et remit
, î ;4P&^)4Q94;|Ci^9e ^.dpilltl^vie n^av(>ittriqQ qpi,»r^pproch4trde celle 4l# ^ayÀdqu<p9^9i9^utaèlm>etpar:la péq^^ cm il ^pît/^'f^n venir aux mains .<H>qU*e'un fils f^P»(A^^t<>Mfie^ mettre; ^p^^ o^roi. Avant que
de livrer la bataille , il s'écria les larmes 91^9^. jyçax^ >« ypy^ 9 Seigneur , j>. du /l^ut^:4Pi:^^r leçpjutKfiges que :ip6r:fai^.n)OQ fils : ji^çz ma cause >..iX)M^qieiypi^rf|y^9llt|^fob jugé;€pjlre^|a^ père. » La
fureur., qjui .aaifBfQÎ|(^ie# çY^eb passa. dans le^ soldats-: le combat fut opi<* niàtre et sanglant et la victoire long-temps balancée. Les Àrmoriques per- 4i£€^ifepfin le{ir,4*f(ug I .et bientôt après ils Ivr^t nais en déroute. Judual q^yy da^f ufieguerf^e Ji^te^ dierchoità venger la .mort d'un père et celle de ^s oncl^^el^ [laver;,: dans le sang;du tyran, des outrages personnels , si^it de près Çanao et l'atteint d'un javelot qui lui enlève la vie dont U pi'étojt pas dig^na. Cbramncprit la fuite vers laflotlErqu'ilavftît fait tenir prête en cas d'échec. Mais , père et mari aussi tendre que :fiU dénaturé , U 1^, rappela q|U/e. les princcjsses.seffî^^^ su .femme couroient les plus
gff^nds dangctrs. A l'aide de qudqju^ l>raves qui le seooodèr^nt, il étoit sur le ppint de les. en retirer, lorsque les soldats victorieux le firent pri* sopnier ; ils lei lièrent comme un criminel et refermèrent dans une chaumière. Clotaire , informé de cette nouvelle , ordonna , dans le premier mopyeaient dej^ colç^e ,,q]i'on le l^rûlât vif avec sa (tmu^ et ses enfans. Cet prijtre , que la baii>arie avoit dicté, fut mis à exécmipin , excepté que Çhramne, qui étqit le seul coupable, fut étouffé avant que d'être consu.
mé.par le feu {0* 1 •
210. Clotaire profita de la défaite deCanao, ce prince .si digne des noms qu'on lui donna (a) , pour s'emparer des comtés de Venues et de
'(t)fGr«g,Tiin>a< Hîkt.1ib.»44B. 1K)(Viè4e aoKtteiite la njgùïûCdWm ^ ti ù'o , vidini ,
S. LéoDor , dans Dacbesne. furieux rprineê irèi^ioUni. Canao a été auui
<2) Le aom de Cwm» vient d»tan,prine$ ; appelé Conaber et Canbur : ces deux noms ré-
d*a, particule, qvî^'âjoiMée aot mots/ en pondent an premier. Ber, impéimÊuœs bwr.
^ HisTotkà'tccmiii/tiQVt*
Xmhv»; â y joignit celai de lUXifaei,<^'v^^ patriinoioe
Je tkJn.'jodaàl, fili dd cëlaî-d , conseil la^otie septentrionale de
txrrooiiqae, qui s'Aedtf'ddpnls Dol' jcisciu'à ÉëôiiJ Le resté fut du ressort des autres princes de saîkmflle • tous fuiwtiiëanmdîns, probablement, sous la dé^diln'ce'da mrtnàrqûè françois. '
211, (î) Le* lauriers qtté Clotah^ cudlUt en AnnWiqWi, hii tîoûièrcntbîen de^Tcmordfir: 'leS jïr&ens qu'U fit i fMgkitfde'saint'BIarlin et à d'autres , ne lui rendîlrent pas !à p/àîi: de TAinfe; le jdnr même , et à rheure même qu'il a voit fait périr son fils , il mourtrtdSme fièvre dont 'A «rt pris en chassant daiié la forêt de Cdmpîéj^ («)* AfHiM que d'expirer, il prononça ces paroliïsr remarquables : «; Co«tfiîéttl|^ndi> doit être là » puissance de ce roi du del , qiii fait iainsi mourir f fÊfimàd SL kti plalt , les » plus grands .rois de la tctré ! »
ai ni Cherebert , (Contran , Sigebert et ChH^riC , sesenfàns, partagèrent ses états. Les comrés d^Retmes, de Nantei^ «t'deVMkii»iy avec la souveraineté sur le reste de l'ArmoriqHe , "édioretil k Cli()peric , roi de Sois*sons. ....
ai 3. La vie de l'un de« frètes de CanWo, Amt nous n^avons pas en* core parlé , ne présentera point de ces scènes qui alarhieîM l'humanité. I^es maximes des grands dé son siècle nSvoifent pàiiit inAié «tSir ses moeurs. Iji religion y ce puissant mobile ides grandes actions, et qui ennoblit celles qui paroissent les plus petites aux yenx du monde , avoh réglé les mouvemens de son cœur.
m 4* Ce prince se nomma Tugdual, parce qu'il devint le chef d'un grand nombre de religieux (3). Elevé y comme' Léonor , à l'école *de saint Utut , dans la Bretagne insulaire où il avolt pris naissance^ il renonça dès sa jeunesse aux possessions de la tierrb / et s'acquit une réputation fondée sur le mérite personnel.
ai 5. La reine Alma-Pompa j sa mère, sl^étolt séparée du monde aussitôt après la mort de son mari. Soene , sa (3Ie, avoit fait vœu de virginité. Toutes deux se h&tèrent d'aller trouver Tugdual, en Bretagne, d'où il n'a voit pa» sorti depuis sa naissance. Elles ne rougirent pas de se met* tre sous sa direction.
colère, fougueux. Dominé par on tempéra- de eol, forêt. Gompiegne Ure ton nom de
ment fougaenx , Canao n'épargna nijle3acré, compen, beUe^, et de It , ea compositÎDn di,
ni le profane , pour paryenir à ses fins. maison.
(1) [An 561. ] - Omission. a. V. (3) Tug , chefs ^, $mUion ;al, mmbreuti:
(2) Cette forêt se nommoit Sylva Coiia, chef d'une nom^eme mwan.
aj6.
SIXIEME SliCLE. 409
a 16. Bientôt après il passa avec elles , et avec un grand nombre de religieuxy en Ârmorique. Hoel 11 (i) reçut cette sainte troupe avec les égards qu'il lui devoit. Ce prince , qui ne respectoit pas moins dans ses chefs les vertus éminentes que la voix de la nature , donna à son frère ce qu'il voulut de terres pow bâtir des monastères.
ai'j. Il en construisit un proche le Conquet. Ce lieu se nomme j de nos jours , Trepabu (ri). On Ta converti en une église paroissiale.
a 18. Tugdual en édifia un autre à la jonction de deux rivières , dont une se partage en deux bras , avant que de s'unir à l'autre; ce qui a fait donner à ce terrain le nom de Trecor^ ou des trois rivières (3). . La maison qui y fut établie s'appela Lan-Trecor ou Lan^Treguer (4). Cette communauté , qui étoit placée dans une position avantageuse , a donné la naissance à la ville de Treguer.
319. Tugdual fut l'administrateur et l'abbé de ces deux maisons reli* gieuses ; il s'arrêtoit le plus souvent dans la dernière : ce qui ne Tempecha pas de conduire l'autre avec autant d'activité et de vigilance que s'il y eût toujours été présent.
aao. Les évéques de Dol s'étoîent chargés , depuis la fondation de cette ville par les troupes de Maxime , et depuis son érection en siège épiscopal , de conduire dans les voies du salut celles qui s'étoient fixées dans le reste de la partie septentrionale de l'Armorique. Ils àvoient même formé déjà quelques paroisses dans le territoire qui compose maintenant le diocèse de Trouer. On y distingue entr'autres Lan-mur (5), où il est probable qu'ils avoient établi un baptistère. Des évéques régionaires y dont la plupart avoient habité vers l'embouchure du Léguer , proche la paroisse de Ploulech (6)^ dans un lieu qu'on nomme Cozgueuded , avoit rendu aux évéques de Dol des services importans dans le saint ministère (7). Le zèle des évéques de Dol et de leurs coopérateurs
(l;La Légende de saiot Togdiial nomme toîre^ au renvoi (a). (Ci-dessus, Introduc-
Beroch celui qui le traita si fayorablement. lion , n"" 89 , p. 38, note I. a. V. )
Ce nom vient de der , chéri , et d'ocik , jwniice. (4) Lan , mmasthe.
Hoel n avoit beaucoup contribué par ses (^)Lanyégliie; mur ^grande.
talens militaires à faire rentrer l^Armorique (6) Ploulech tire son nom de |)2ou , dont
sous Tempire de son père. Ce qui Ten avoit nous avons déjà donné Tétymologie , et de
fait beaucoup aimer. Sa générosité envers les lech , eau : canton habité sur le bord de Veau.
seigneurs le fit chérir de la nation. (7) Parmi les soixante-quatre évéques qu*Al*
(2jTrejdemeure;pab^père: demeure iupère. bert le Grand donne à la ville de Lexdbie
(3) Yoyei t. 1. » p. 75 et 76 de cette His- avant l'arrivée de saint Tugdual à Trecor , on
4lO HISTOIEE ECCL^I ASTIQUE.
s'ëtoit étendu jusqu'aux naturels du pays. Plusieurs avcient embrassé le christianisme ; les autres persévéroient dans leurs superstitions.
Tugdual fut employé à leur conversion ; il porta chez eux la lumière de TEvangile ; partout il fit la guerre, aux vices.
nnï. k l'exemple de son frère Léonor , il entreprit le voyage de Paris pour faire confirmer par Cbildebert les donations qu'on avoit faites à ses monastères. En passant par Angers j il lia une étroite amitié avec saint Aubin , évéque de cette ville. Ce prélat, qui Taocompagna le reste de sa routç f voulut bien se charger de le présenter au prince et lui servi? d'interprète (i). Le roi lui accorda sa demande avec plaisir.
222. Informé des obligations que la religion luiàvoit <ians l'Armorique j et convaincu par lui-même de son mérite , il crut que , s'il étoit revêtu de la plénitude du sacerdoce y les fruits qu'il recueilleroit seroient encore plus abondans. Cet abbé fut consacré éyéquç ,^ malgré sa répugnance. Cbildebert ne lui fit assigner d'autre district que celui de sa charité (2).
223. L'élévation de Tugdual ne lui fit point oublier son état ; toujours également humble et mortifié , il ne s'abaissa pas moins au-dessous des autres ; il conserva le même esprit de pénitence et d'oraison. Saint Sanson II s'en servit comme d'un instrument de la grâce du Toptr Puissant ; Dieu répondit de nouvelles bénédictions sur ses travaux apostoliques : ce qui contribua beaucoup à adoucir la peine qu'il ressentoit de la perte de sa solitude. Il se rapprochoit de son cher Lan-Tr^;uer , aussitôt que ses occupations publiques le lui perméttoient ; là il respiroit à son aise au milieu de la vertu que l'a^* contagieux; du monde a toujours alarmée y et il repreno^ de nouvelles forcer pour soutenir les fatigues au^^i quelles son zèle l'appeloit.
224. La sainteté de Tugdual , son ardeur pour la gloire de Dieu et le salut des hommes étoient autant de reproches qu'il faisoit au vicieux et inhumain Canao. C'en fut assez pour encourir son indignation : la
n'en ▼oit aucun dont Texistence soit prouvée , doit son orifine Qu'ipx Bretoi^ de (tle. Sa t^-
ou par leur assistance à des conciles, ou par ritable étymologie se tire de Uêx , rivièn^ e^
des rapports avec quelques affaires civiles du d'o5 ^ au-dessui : kàbitaiUm swr une rivière. temps. Leurs vies ne sont liées avec celles (f) La langue naturelle de Tugdual éMtlô
d'aucun «Téque et d'aucun saint de rArmori- g^iioî, ^ le même , à peu près , que le gadois.
que. Nul monument certain ne dépose en leur Celle de Cbildebert étoit le tudesqùe, différent
faveur. Cette liste fastueuse paroit donc de- ^q gtUois. voir rentrer dans l'obscurité où elle a pris
naissance. Comme on n'a parlé que dans le <2J Lan-Treguern'a été érigé en siège epis-
moyen-âge de la Lixobit armorique, elle ne ^^P»' «"'^« "^"^'^°*^ "^** ' P" Nominoe.
SIXIEME SlikCLE. 4lt
iqualité de frèk*e , selon la chair , fut oubliée ; celle que donne la religion, faisoit depuis long- temps l'objet de son indifférence. Ceux qui prenoient le parti du tyran (et il ne s'en trouvera toujours que trop qui épouseront les intérêts du plus fort , quelque marqués qu'ils soient au coin de l'injustice ) soulevèrent le peuple contre celui à qui ils auroient pu par reconnoissance ériger des trophées.
2a5. Tugdual alla cacher son innocence dans la solitude avec quelques-uns de ses religieux ; les bêles féroces le servirent mieux que les hommes. Il s'y offrit chaque jour comme une victime de propitiation pour les péchés de son frère et de ceux du peuple ; ses humiliations 'et ses prières ne firent pas descendre du ciel cette grâce victorieuse , qui , en ménageant la liberté de l'homme j triomphe des cœurs les plus endurcifi. Quelques années auparavant, le Dieu des miséricordes avoit prêté une oreille favorable à ses vœux durant une maladie contagieuse qui avoit affligé le territoire de Treguer et celui de Léon. C'étoit la peste qu'on nommoit inguinaire. Cet abbé , dont les prières se réunirent à celles de Pol/ ce pasteur si tendre, avoit fait une sainte violence au maître souverain de l'univers.
aa6. Vivement touché des scandales que Canao multiplioit , Tugdual , pour fortifier sa foi et s'aflermir dans les souffrances , alla visiter à Rome le tombeau du prince des apôtres. Ce pèlerinage , qui de nos jours n'est presque plus qu'un sujet de dissipation et de curiosité , fut pour le saint prélat une nouvelle source de mérite. Dans la route , il le sanctifia par le recueillement intérieur et par le chant des pseaumes. Humilié devant les saintes reliques , il comprit mieux que jamais que la devise d'un chrétien qui se fait gloire d'être le disciple de Jésus-Christ , est de souffrir ou de mourir.
1227. Le saint évêque , à son retour, n^eut plus d'ennemis à redouter. Canao avoit péri les armes à la main contre son souverain. Une disette, qui avoit répandu la misère dans les campagnes , avoit rendu le peuple plus traitable : le temps , qui fait presque tout oublier , avoit fait s'évanouir là calomnie. Tugdual mit à profit ce moment ; il l'employa pour porter les uns et les autres à Dieu et à la pratique de sa loi. Il continua de gouverner ses deux monastères avec la même édification et le même applaudissement.
aa8. 11 mourut un dimanche , dernier jour de novembre : ce qu'on peut rapporter à l'an 564 au plutôt , ou à quelque autre année postérieure. Son corps fut inhumé dans son monastère de Treguer. Dieu illus-
6iioceneuir::(if). Gomme ;k)ewn y fl aviik été foriaé à Técole de saint Pol , €i il' 6tt «voit les^artas.. Qti .efpfcdilquèsofi poûtificfBt serok aussi saint que celui de son prédécesseur çauds bni se ftaltoit «[ue sa 4«rée seroit plus longue. XaPrôwideDèèdÎTiseedavoit autrement dispersé : à peine r1jeraiamaiil:;ëiil<-il passé uii an dans les travaux tie son ministère , qu'il -tenf[iitia -ses jours. .
i ^3b. Cet éyëneiàent firsqppa saint Pbl d'une manière sensiUe. Durant le CQU^a de denx années^ leà ddi}^ minisires ^ qu'il avoit donnés à son égUselui étbient ra:vis{ le niialtre des destinées , qui teilloitsur lui, semblpitne U cdnserter qve peur Tinviler à reprendre ses fonctions. Son peuple le soUicitoit »Yéc empressement à rentrer dans sa première carrièrëi Soumis asix ordi^es de Dîeai, fl crut en tout cela les reconnoUre. Dès lors y sans écouler la foiblesse de 9on tempérament , que les veilles et les travaux àe toute espèce avoient étrangement altéré , il se livra avec une nouvelle ardeur au gouvernement de son diocèse. Son amour pour son jpeuple n'âvoit rien perdu de son activité : il travailla avec le méme.zàle à, l'édifier .par- ses instructions et ses exemples. Sa charité ingéiiiëuse suppléai oe que les forces de son corps ne lui permettoient pas d'éfitreprendre*
; a33: Après avoir rempli de nouveau les fonctions de médecin , de maître et de père , il s'occupa sans retour du compte qui lui restoit à rendre à Diaft^udans ortie vue^ il se fit substituer par Cetomerin {t)^ l'un de ses relîgieiiXy dcmt le mérite étoit connu. Il le sacra en présence du comte Judual , à qui apparteooit le pays de Léon.
> a34- Au milieu de cette céréaMuie^ un aveugle supplia saint Pol d'avoir pitié de lui i^.Mt d'adresser ms vieeux au ciel eo sa faveur : à l'heure mène ^: il fut guéri, par le ^ul attoàchëment des mains dn pieux é vaque. Le prinée ^ qui Ait témoin de op miracle , donna au saint une grande étendue de terrain qu'on nommoit le ierritoirr , par antonomase : c'est ce <}u'on a nominé depuis le Minibi (3). Nous en ferons metitioli lorsque nous parlerons des lieux d'asile qui ont suhâsté si long-lemps en Armorique.
a35. Saint Pol retourna à son monastère de l'tle de Bat. Les travaux ,
' i(t^ iUû iBo4ii» 4e Saint Bendlt Mr L(]!iré, (f) Cc«otiftfitr t tiré sdli nom de etî, eem-
qii a écrit la fie de mIdI Pol » it^>«ie m»^ eumaiii^; (fo , ittAcatir de laérRe , et de mit,
aeMityiftie le êàémmm' ib ëMât^eetln. «e ^i^. Ce qttl veut dite : U phn p»Mî d^nm
oeian Hm de itiMii> #P»èf ; û'ôViMimimée tmtMHomit.
4l4 RI8TOIBB EGClisUSTIQUS:
les veilles et les je&nes , joints à son &ge aTanoë| en firenfcun squelette animé ; il ëtoit cependant toujoqrtf le premier à tous les eurcices de la communauté et surtout à cdui de Toiaison.
u36. Comme il étoit un jour, dans mie cellule voisine, de son monastère , lieu où il se retiroit pour prier avec plus;de tràÎNpnllilé.^ietquiâ conservé le nom de PerUtiy il eut un pressentiment, de sa moitprdchaine. Il pria ses religieux de se réjouir avec lui sur ia>cou)roBne dé justice que Dieu préparoit à son amour;- tendre pècè^ îi lem* promit que son esprit seroit toujours avec eux et qu'il les secourrôîti idàds leurs besoins; il les consola en leur. faisant observer qu'il ne Jes kdssoit ptis orphelins y et que le pasteur, qu'il leur a voit ^dol!mé y. autoit|^our eu|L les mêmes sentimens que lui. « Suives ^ mes clièrsenfims, leur dit«îl^ 9 suivez les exemj^ que je vous ai laissés , et pratiquez les règles que » je vous ai données. C'est le seul témoignage de reconnoissancejet d'at- » tachemeot que vous demande la tendresse de votre. père mourant; V en agisisant ainsi, il vous promet ^ de.fa. part de Dieu f.:miUebénédicr » tions. » Fortifié du pain des forts ^ c'est^à-^Hre , diii.côips et du sang de Jésus-Christ y les mains levées pour bénir ses chers idiscîples , il leur dit : «i Que la bénédiction de Dieu^ que nous adorons. Père, Fib et Saint- » Esprit, descende sur vous. ». Dans le. monâent même, il rendit l'àme à Dieu. (...'.: ij i
137. Sa mort arriva le ri de 'mars,' qui ^loit un ' dîalanéhe ; ce qui nous fait présumer que ce fiit l'an 573(1). SoB^corpsfiil inhumé dads son église cathédrale : son tombeau est efiçpreiou milieu ;de la nef. ÏA^ vers miracles se firent à la prince de seS'Saiùtes teïques. Son église, pour honorer sa mémoire , a pris le nom de^sànfondatéui* ; Léon même l'a fait précéder du sienl Le culte de liet évéquè sfétpndit en peu de temps dans toute l'Armorique :' il est invoqué^ parini kftisaints confesseurs^ dans les litanies angk>ises du; septième siècle.
a38. Saint Pol avoit reçu de Dieu des grâces particulières , pour persuader aux fidèles la pratique des eonseik évangéltques; IDansla vue de seconder leurs généreuses résolutions , il leur construisit des monastères.
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(1) Un incien Bunuserit , cité par BoUin- il tToit $3 ms. Un moine de Saint Benoit sur dus, fixe la mort de saint Polà cette année. ^Loirey-qp .tîto^ su ^ix^ime siècle ft qni a Il avoit été mis dès son enfance sons la disci- ^eoi^popé si^.Tie ,qle.,fait firre an moins cent pline de saint lUul » probablement dès î'iige ^n^, <Se jpiV di| dp c^eigrend âge n*a pour fonde cinq ans, et peut-être la première s^née dément qu'ici ouMîns «f^pl^sde quatre cents que ce maître enseigna, c*est-à-dire » Tan ans. Ce ovHiûv^ passé pat^taat de bo«cb«L, 485. Pol étoit donc né vers l'an 480. En 573| ne mérite p^s nœ fd^i^uio^use. 1
SIXIÈME SIÈCLE. ai 5
Outre ceux dont nous avons parlé , celui de Gerber (i) tient un rang distingué : il étoît situé dans le lieu même où Ton a bâti le monastère de Rélecq(a).
aSg. Le premier abbé de Gerber fut Tangui , autrement Gurgui (3); il fonda lui-même, comme oti le prétend , l'abbaye de saint Matthieu , des libéralités de Gualon son père. On assure que c'étoit un seigneur riche et ptiissant : c'est du moins ce que son nom indique (4)*
a4o. On donne une sœur à cet abbé : elle portoit le nom de Haude j qui désigne une personne accomplie (5). Elle a été mise au nombre des saints : l'ancien bréviaire de Léon en fait mémoire le 1 8 de novexnbre, et lui donne la qualité de vierge.
a4i- La mort dé Canao àvoit été une nouvelle preuve de la manière dont Dieu punit de temps en temps l'ambition des grands de la terre , ce fléau delà société civile; la vertu osa se montrer à découvert et répandre au loin ses salutaires influences. Saint Léonbr qui , par ses vœux au ciel, n'a voit pu changer le cœur de son frère, redoubla ses eflbrts pour assurer sa vocation par de bonnes œuvres. Le reste de sa vie approcha plus de celle d'un ange que d'un homme.
a4^. Sa communauté de Pontual reçut ses derniers soupirs. On ignore combien de temps son monastère subsista après sa mort. La paroisse , dans rétendue de laquelle il l'avoit établi , a pris le nom de ce saint abbé ; l'église paroissiale conserve son tombeau , qui est élevé de deux pieds au-dessus de là tcffre : on y voit son chef dans un reliquaire d'argent ; ses autres ossemeus reposent dans deux châsses d'ébène vitrées. On l'honore particulièrement en Armorique ; l'église de Saint-Malo en fait la fête le premier de juillet; une chapelle de la cathédrale de Rennes lui étoit dédiée avant sa démolition. Plusieurs paroisses le reconnoissent pour patron , entr'autre celle d'Andouillé (6). Il y a lieu
(1) Le monastère de Gerber i eflipranté son au rniHiu éTunt flwét. 6wr , homme; §wi , fo-
nom de gtr , auprèt , et de 6er , fctéU^e Re- rêi : Aornint de la forêt.
lecq quiest ^ns un tilton, «M confln.de. ^^^ g^^ trit-riche! im. prince . prwc.
diocèses de Léon ; de Treguer et de Qoim- i^J^kj^ ' r r
per » est dominé par ane grande forêt auprès fK\ iw a
de laqoclle sont ceux de CoeUosquet et de W ^OMd, accomplie.
Penhoet (6) Cette paroisse, du diocèse de Bennes,
f 2) Le nom de RêUeq se rend par IteK^iiee. q«i «»l pw»qut entourée de la rivière d'Isle ,
Celte communauté a dû être ainsi nommée en a pris son nom. in , auUmrs d«m,rwièr€;
de quelque relique considérable qu^on y plaça ^' P^^i «t ^rre : lerroin envîroiiii^d'tme
d'abord. 9^^ rivière. Telle est la ri?ière d7e(e; it , ri--
(3) Tan, tUfi gwi, forêt: ekif qui hàbUo ^ére; le, petiu.
4 16 HisToiu icmi.fa»gnQOTw
de penser qu'il employa utilenient le oovaetèr* %iMQO|il:d<HaA. fl.éloit honoré , et qu'il s'en servit pour llnstnwtiQP dwihtlHtaq» de ipp y^sit nage , à l'exemple des autres saints abbés , à qui Ton avoit déféré cMte distinction. • ■..,;:. ..j-, •..,.:,: ■•-.: ■ i ■.* .
a43. Sanson u ^ à qui le. pnncci Jff^uplrjftoifc WJWdryiWn s jmït ioprèl de lui delà plus haute coosi^énition.; CeiOooMe^l'apiuitooiftilieionpère et récouta comme un or^de. Ç«. saint ér/èque pwrtltgea.m ^luinsloîl d'années à vivre, en|i;e les traviBiQa de hk p^niteiiflti.lA Imn de son diocèse et de ses monnst^est
a44- L'auteur de s^ vie rapporte qu'il paifoit;]«^ Mr^PPM dans qndk que lieu solitaire où il n'avoit que Diea^jpfivr jt^oif^. de s«s aiist^ritéi el de ses litres pratiques )iéroIques ; ii fQoiilte^fqik^ ptirtflU avec lui trois pains, la seule nourriture -qu'il eût durant ce swottempa^ .;
a45. On ne peut dire Qpmbiea il CArnsea 4e^ désbrdves et de supers* tidons. L'Ue de Gerasyt yofm^ .d9/K)o.|irepvflr moPMtike, fut arroséo de ses sueurs ; il y abolit les fét^ p^ennei dès oiendes de janider. Pix la douceur de ses discouiit, UrgagMi^l^ ^^<^ ^ étaient capaUes d'é^ couler la raison; pour JUs .enifap^i qui nft m 09n4|u8oi«itci|i€on que par les sens /il les détourna de (Courif^.jpajiq^fkjW jow.de cette fête, en leur distribuant des <ni^aillfli4py^îi»>tt. ^i n-- ^Ç" h -
2i46. Le monastère q|uCil,fiyoi!t b$ti<«Kir.J»kiord:dala mer , à son arrivée en Armorique , étoit celui qw'jj habitoi^dApréfénofoe.': ce|te Aaison étcxl assez éloignée de la ville de Dol pqui; le s^éparer^ du tUmilledà «Mode , de manière cependant qu'il pouvQÎt être instruit chaque jour de ce qui concernoit son église catbédi:aie« D^ pi^ sauiiifiges (j) , qui se rassem-
(1) Voici ce que porte la tie de saint San- par la Germanie» on doit entendre les deox
son donnée par Sarios: tdUeCSawuùnJquert' prorinoes des Gavles , qo*on appeloit Ger-
» tout hahebat , eo quàd divenm aves tirnu- maniqaes. Les commandans des troupes ro-
» merabilii eirea monatlmwm ex ulraque maines qui bordoient le Ahin» pour mettre les
>» parUf id ut, anures fiUvm eiQtbkanUi^ Gaules icMtforides incursions des Germains^
» conveniébanl ^ quœ moUsUam UU oe aUU enxoyoieiii des colMrtes cotières à la chasse
» fralribui inferelanl; ilà ui aUquU verlmm de ces oiseaux. Fortanat met ces oies parmi
» allerius, prapter sonos diversos vis auàirs les oÎMaos qui fréqoeiitoient la Meuse.
» poterat. d Dans la vie manuscrite du même j^^ ^^ j„,^^ ^^^ ^ ^^ ^, ^ g^^, ^ ^^^^^
saint, ces oies sont appelées ganUs^ à cause olorqué,
de leur blancheur. Ganl , dUsieAs. Pline np- Triplice merce lém , aille , pîscc , rate,
porte, 1. 10 , c. M, que, dtns^la Germnie, g^^^ Vaïbert, abbé deLuxeuilau septième
on toyoit une espèce d*oies sauTages , qui ^^^ ^ empêcha , par un miracle , les ravages
étoient blanches et plus peUtes que lesautres, ^^ j^ ^.^ sauvages , appelées gantm parles
à qui l'on donnoit le nom de ganUB ou pwi- p^ygaos, faisoient dans sa terre de Want en
sœ. Sur quoi le P. Bardouin remarque que, g^e.
bloient
SIXIÈME SliCLE. 417
bloient aux environs de cette communauté , faîsoient souvent un tel bruit par leurs cris , que les moines ne pouvoient pas même s'entendre ; Sanson les en délivra par un miracle , si Ton s'en rapporte à l'un des auteurs de sa vie.
a47« Sanson mourut dans ce monastère vers l'an 576 , dans un âge fort avance (i). Il fut universellement regretté : les grands, le clergé et le peuple perdirent en lui un père. Son corps fut enterré dans l'église de la communauté , où il venoit de terminer ses jours. Les miracles , qui se perpétuoient encore à la fin du septième siècle sur ses cendres , avoient rendu ce lieu célèbre; son nom ne tarda pas à être invoqué , et la fête de ce saint fut solennelle dans son église cathédrale.
5i48. L'armée de Clotaire avoit ruiné le monastère de Taurac , pendant son séjour dans le pays de Dol. Ce qui nous fait penser que le champ où la bataille avoit été livrée à l'avantage du roi , étoit voisin de cetis communauté , et que la flotte de Chràmne n'en étoit pas éloignée (2). Sanson fit réparer cette maison^ qui étoit un sanctuaire de la pénitence. Il avoit mis à sa tête un abbé d'un grand mérite y qui se nommoit Similieu. L'amour de la retraite lui avoit fait quitter l'Irlande , sa patrie. 11 est probable qu'il avoit passé en Armorique à la suite de saint Sanson.
(1) Nous avons prouvé ci-dessus^ aa renvoi (a) des pag. S05 et 906 (*) , que ce monastère ctoit auprès de Temboachure de Tune des rivières des Diablintes , et qu*à cette embouchure il y avoit un port de mer. Dans le voisinage étoit un terrain élevé que , par cette raison , on appeloit Dol. Comme le monastère de saint Sanson fut bâti sur cette éminence^ il en porta le nom {Dolum mona$Urtum). La vie de ce saint , insérée dans celles des saints de Surius, porte ces termes : a Mo- » noiUrium ejus (SamamU) prope man est. » A ces traits , on ne reconnottra pas le lieu où est située la ville de Dol. Ce sont donc deux endroits différens. L*un dominoit sur le rivage de la mer et sur un port ; Tautre sur la plaine de la forêt voisine. L*un étoit une ville 150 ans avant Tarrivée de saint Sanson u , en Armorique ; Tautre ne fut habité que quand cet évéque y établit un monastère. De là on doit conclure quel cas on doit faire de Topi-
nion qui attribue à ce monastère Torigine de la ville de Dol , et qui n*en fait remonter les premiers évéques qu*à saint Sanson 11.
(2) L'abbé des Fontaines , Hist. des ducs de Bret. , t. i ^ croit que cette bataille se donna entre Saint-Malo et Chàteauneuf. D. Morice , plus réservé » se contente de la placer vers Saint-lfalo. On ne peut rien dire de certain à cet égard. Grégoire de Tours, 1. 4^ n. 4. de son Hist. , dit seulement que le lieu 011 les deux armées se battirent étoit une plaine, et que Chramne avoit des vaisseaux tout prêts à le recevoir en cas de défaite. Les troupes du rebelle étoient vraisemblablement postée auprès du monastère de Taurac, qui , d*un côté^ avoit la mer en face^ à Tembouchure d'une rivière où il pouvoit se trouver un petit port^ et de l'autre une plaine. La retraite des troupes de Chramne dans leurs vaisseaux , donna lieu à la ruine du monastère de Taurac.
[*) Voyez ci-dessus , n« 180 , p. 397 , à la note. a. V.
4l8 fllSTOIBC ECCIJÊSTÀSTIQUE.
a49- Parmi les religieux de la communauté de Taurac , on distinguoit saint Ethbin (i). 11 avpit pris naissance dans TArmorique , d'une famille illustre. Son père se nommoil EutjrchiuSy autrement Encùis ou Eucius{iÀ\ et sa mère Eula (3). Il fut élevé avec soin y jusqu'à T&ge de quinze ans ^ dans la maison paternelle. Eula , devenue veuve , ne pensa plus qu'à vivre pour Dieu. Saint Sanson ii lui donna le voile sacré.
250. Ethbin , animé par la vue de ce sacrifice y s'offrit également au Seigneur. Le saint prélat , qui venoit d'être nommé à Tévéché de Dol, lui donna la tonsure cléricale , et le prit dans sa maison épiscopale y pour le former au saint ministère. Le temps que cet élève y passa ne fut pas long ; mais il fut marqué par une grande docilité et par un désir sin-, cère de travailler à sa perfection.
25 1. Un jour que le saint évéque célébroit les saints mystères^ un 4iacre nommé Baumer (4) , chanta ces paroles de Jésus-Christ dans l'E-^ vangile : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède y ne peut être >* mon disciple. » Il n'en fallut pas davantage pour déterminer Ethbin à tout abandonner et à embrasser l'état religieux. Il fîit «icore fortifié dans cette résolution par son pieux évéque. Sanson y qui ne vouloit pas le perdre de vue y le fit entrer dans le monastère de Taurac, et le confia au saint abbé Similien.
25a. Comme son mérite s'accrut avec l'âge y Sanson le fit passer par les différens ordres jusqu'au diaconat. Il y avoit alqrs , dans le méa»e monastère j un religieux honoré du sacerdoce. Son nom étoit Guigûolé. Ce prêtre , qui admiroit les dons de la grâce que Dieu répandoit sur Ethbin y avoit pour lui une affection vraiment paternelle. Comme il alloit de temps en temps, ps^r l'ordre de son abbé, célébrer la messe à une église éloignée d'environ un mille, il se faisoit accompagner par çesainç diacre , qui le servoit à l'autel.
a53. On rapporte qu'un jour, lorsqu'ils revenoient au monastère, après avoir satisfait à leur dévotion , ils rencontrèrent qn lépreux couché par terre , qui imploroit leur secours; son corps étoit couvert d'ulcères, dont le seul aspect inspiroit de l'horreur. L'aversion quç la nature re^* sent pour de pareils objets , ne fut point écqutée. Après que ce^ deux
(1) Ethbin i pris son nom dVi, aimabU , ingnenr. Celai A^Emmê , d*<ii , (on « et de #i, et de hin , écmx, seignewr,
(2) Eu^chius tire wn nom d',«, ftomw, ^ . j^^^^ et de tyeh > maucn : homme de b<mne mauon. ^ ' ' ' ^
Le nom d'Eneiue vient d'en , grand , et de si ,^ (4) Bau , chef; mer , grand.
nligieux eurent rendu au malade le service qu'il attendoit de leur charité f ils reconnurent que Jésus-Christ , pour mettre en action leur amour envers le prochain j avoit pris la figure du malheureux qu'ils venoient de soulager ; ils le virent s'envoler au ciel tout brillant de lumière.
a54- Ces deux saints se séparèrent après la destruction de leur communauté par les François. Guignolé s'attacha à quelqu'un des autres motiastères de saint Sanson , en attendant que Taurac fut réédifié ; il mourut dans celui-ci de la mort des justes (i).
nSS. Ethbin s'enfonça dans une solitude , peut-être dans la partie de la plaine de Dol qui n'étoit pas encore défrichée. Il y habita plus de trente ans ; de là il passa en Irlande et se fixa dans une épaisse et sombre forêt (a). Il y construisit un oratoire , qu'il dédia à saint Sylvain ; martyr; tout auprès , il se fit une chaumière^ où il demeura plus de vingt ans.
a56. Son abstinence étoit telle j qu'il ne prenoit de nourriture que deux fois la semaine , le dimanche et le jeudi. Sa réfection consistoit en du pain et de l'eau ; il ne se servit jamais de vin que dans le sacrifice de la messe.
257. Dieu releva la vie cachée de ce saint hermite par un grand nombre de miracles. Un des plus remarquables est la guérison d'un enfant paralytique ; sa mère l'avoit porté au tombeau de sainte Bngide d'Irlande; là elle eut une révélation que son fils ne seroit guéri que par saint Ethbin.
aSS. A l'âge d'environ quatre-vingt-trois ans , ce solitaire fut attaqué d'une fièvre violente : c'étoit là le dernier sacrifice qu'il avoit à faire avec Jésus-Christ crucifié. Se sentant près de sa fin , U assembla les vertueux hermites qui habitoient la même forêt ^ et les supplia de l'inhumer dans sa chapelle ^ au côté droit de l'autel , et de faire célébrer la sainte messe pour le repos de son âme; il se fit même porter dans son oratoire ; à peine étoit-il auprès des marches de l'autel , qu'il expira : cet événement arriva le 19 d'octobre. Le Martyrologe romain fait mention de ce saint sous le même jour. Tritheme le fait vivre jusqu'au commencement du septième siècle (3). Son corps fut déposé dans le
(1) Usserius , Britan. Eccles. Antîq. , p. forèf : «Sylva, quœ Neelensis dkiiur.9 Le
â48;SQrius^ ad diem 19 octob. ; BolUnd. , t. mot Neeientis est formé de necA, smbre,
i . Martii ; Lobineaa , Vies des SS. de Bref. épaitie , et de len , forêt.
(S) Voici les termes dont se sert Taatear (3) G. 54 des Hommes illustres de Tordre de
de la Tie de saint Ethbin , pour exprimer cette saint Benoit.
4aO HISTOIRE ECCLESIASTIQUE.
lieu qu'il avoit désîgaé , et donna occasion à plus 4'un -miracle (i),
i^Sq. Vers le n^ieu de ce siècle , nn saint homme Vétoit retiré dans l'Armorique. Le nom d'AnDoel ou d'Arzel qu'il porjtoity éit ime preuve de l'e^Ume dont il jouissoit (a). Le pays de Galles avoit été le lieu de sa naissance.-$a famjJile étoit distinguée dans le monde.
!26o. Ses, premières années furent consacrées à se former le cœur et l'esprit sous un mattre vertueux et habile. Comme il avoit un heureux caractère et beaucoup de pénétration , il surpassa ses condisciples en vertus et en science. Ils le respectoient comme un saint et le r^ardoient cornnie un maitre. Un de ses compagnons , attaqué d'une fièvre violente , prit y au njijUUeu de l'accès , son habit , dans la persuasion qu'après s'en être revêtu , il sçroit guéri ; son attente ne fut pas frustrée : à l'iostant le mal disparut.
^6 1 . Quoique le commandement que le Seigneur a fait de renoncer à toutes choses ne regarde que les dispositions du cœur , Armel voulut le suivre dans toute son étendue. Hien de ce qui est créé ne lui parut capable de le rendre heureux. Il n'y vit que des sujets de se distraire de sa dernière fin , l'auteur de son être, dans lequel réside la plénitude de tous les biens. Son coeur , dont les désirs étoient immenses , ainsi que ceux de tous les hommes, se porta unicpiement vers Dieu , comme le seul qui put le rassasier. Armel ^t la résolution de quitter sa patrie , ses parens et ses richesses. Plusieurs d'entre ceux à qui il ^ervoitde. modèle entrèrent dans les mêmes sentimens. On remarque sur tous un riche sei-* i;iieur , nommé Carencinal (3) , parent de saint Pol , évêque de Léon.
jlG'2, Armel prit terre , avec cette troupe choisie , dans le canton d'Ack, au diocèse de Léon. S'élant avancé sur le continent , il bâtit un oratoire et de petites cellules , où il vécut avec ses religieux dans une grande austérité et dans une application continuelle au service de Dieu. Le lieu qu'on lui donna étoit d'une étendue considérable , mais il étoit inculte. L'abbé et ses religieux , aidés d'un certain nombre de serfs , ne tardèrent pas à défricher ce terrain et à le rendre fertile. Le temps , devant qui les générations s'écoulent comme les eaux d'un fleuve rapide , a fait disparoître leur monastère ; mais le nom de celui qui l'a gouverné s'est con-
(l)SiH-ias, ad diem 19 octobris ; D. Lobi- seigmur f d'en , puiêW^f ^^ cin^ inUlU'
neau , Vies des Saints de Bretagne. genee , et d'al , hauU : pmêtami $^ig^€^r ira-
(*2) Ar , article; mel , grand, ilr, article; éclairé. Le plus éclairé panai les chrétiens est
xel , grand : le grand homme. celui qui cherche à imiter de plus près Jésus-
(3) Carencinal est ainsi appelé de car , Christ.
/ BlklÈMÏ: SIÈCLE. '^1i
serve prëcieusemènt pak* «es eolons.^L^r jpâroisse s'appèlfé' Plou-\rzel.
263. La sainteté et les mirades( de* )à communauté d' Armel ni^TrafpIpèrent pn^ ^ulement lés ArméiPiqueS'tia^ èour dé Childebert fiit raviié*'d^admiration sur le r^cit qui lui en fut làît^ Ce pritice les fil venir auprès de lui ; Fesprit de pénitenbe les accèmpagha dans son palais : là Vertu iië devroit jamais être étrangère dans les maisons des princes de la terre. Si lés i*ois sont les images de Dieu par leu^ puissance , ils ne doivent pas moins
^rêtre par les autres attributs qui les* rendent cliers à leurs peuples : lé respect et l'amour aiment à marcher sur la même ligne.
264. Après que Chiklebert se fut édifié avec les religieux d'Armtel [ il leur accorda la permission de reprendre la retraite. Pour les multiplier dans son royaume , il laissa à chacun d'eux la liberté • tfe Vétablîr oiî^ils voudraient, avec le consentement de l'abbé. II n'en retourna qu'uit^etit nombre à Plou-Arzel.
•265. Armel ne jouit pas du même avantage que ses compagnons. Childebert, qui a voit reconnu sa prudence et ses autres 'qualités propres au gouvernement , ne put se déterminer à' se priVèr sitôt de lui. Quelque avei^sion qu'eût cet abbé pour le tumulte de la cour j il fut obïîgé de passer six ans auprès du monarque ; toujours ami dé' la vertu; et la préférant à tout , il ne fit point plier sa religion suivant fes caprices des courtisans. Attentif à veiller sur lui^-mêmle ,* il pos^da son âme en paix au milieu du tourbillon dés passions iqui reri'Uïrôiihôit ; le seul plaiisîr qu'il y goûta fat de porter au pied du trône les vœux des mdheurènxi; au milieu du centre de la grandeur . humaine , il en com|)rit mîerix qtie tout n'est que vanité.
à66. Rendu à lui-même , il quitta le mondé aVec tmë boûvéBe joie , po^r jouir plus facilement de Dieu.' Le roi , qui àvôît à é'^iWar qué'*cét abbé ne retournât point à^ son premier monastère , lui fit doniïér'pàr le prince Judual ,.qui étoit encore à sa cour , un canton à trois lieues de Rennes , dans nne forêt voisiné de la rivière de ^eiclfe'', et que pour tela l'on ponamoitBochod (r). Armel y bâtit un monastère^ qui a piprté longtemps le nom de Moustier (a). Si, par ses miracles, il s^acqitit la vénération la plus profonde, il fut encore plus recomtnândalile par ses vertus.
{\)Bo , rivièrt i thod , forêt : rioièri ftd4ra- meré bt à Gbanstiy.'CAod ,' fÊréi r^neti gtànie *
vtrst une [orit. i»ai^ Seicke tr9Ter$oit;«élta fo- gratide faréêydxn^leU&isai lf6fHe ' -'
rét, entrele lieuoùAnnel se plaça et Chatil- ' • ' .^ ^- «* *^^^^ • .'• •'•■'•
Ion, qui veut dire :pai/#de>(n^l'#«r-feford i^)^^^m\^\¥^W»^mAàn%^W^^
àun, miére. Chad, forêt; il, e6nttée; oH , • "^^^f 0,^ pof^neiirf ,?u ^(Ui^iè|n« Jièfile,
rivière. Celle même forêt se rclroùi* à Chau- PWdt^gf^. un moiiaftëre.