‹ Histoire ecclésiastique de BretagneChapitre 83 sur 84 · HISTÔIAS SOCtisiASTIQITS · texte numérisé non relu

HISTÔIAS SOCtisiASTIQITS

267. Il ne se contenta pas.de conduire saintement la nouvelle corn* munautë dont il étoit devenu le.chef ;.i} visita se$ anciens disciples dans les différentes solitudes où ils s'ëtoienl;, répandus ; ils les excita puissamment à marcher avec persévérance dans la carrière qu'ils avoient commencée j et à enlever la couronne immortelle qui les attendoit k la fin de leur course.

a68. L'idolâtrie , qui régnoit encore parmi la plupart des habitans de la campagne , le pénétra de la plus vive douleur. Tous les hommes sont sortis du même père : leurs généalogies , qui remontent toutes à Noé y et de là jusqu'à Adam^ les rendent tous semblables. Frères , suivant la nature j ils ont encore la même fin ; leurs âmes immortelles sont également destinées au bonheur éternel que Dieu leur destine. Quoique Jésus- Christ soit mort pour le salut de tous les hommes , cependant j né dans la pauvreté et l'humiliation , U semble inviter surtout au christianisme ceux dont l'état se rapproche davantage de sa vie.

Ces considérations , jointes à la charité qui animoit le saint abbé ^ le déterminèrent à porter l'Evangile dans les villages et les hameaux : il catécliisa les campagnes voisines avec tant de succès, qu'il convertit à la foi chrétienne un grand nombre de personnes , et qu'il bannit les rits superstitieux.

269. Le terrain qui forme la paroisse qu'on appelle le Teil , étoit alc»^ couvert d'une forêt qui s'étendoit probablement jusqu^au lieu qu'occupoit saint Axmel (r). Ce canton étoit célèbre par un sanctuaire consacré aux cérémonies païennes : c'est pour cela qu'il avoit pris le nom de Teil (a).

Le lieu où les païens s'assembloient se rcconnoit encore. On voit, proche le manoir du Rouvrai , ainsi nommé , parce qu'il a été environné de chênes , un double rang de pierres plates , placées verticalement , qui en supportent de transversales. Les pierres verticales , qui regardent l'orient , sont au nombre de quinze ; elles sont sur une ligne qui a cinquantehuit pieds de long ; il y en a seize dans l'autre ligne parallèle , qui est à l'occident : elle contient en longueur cinquante-neuf pieds. La laideur de ces deux ligt^es , prise en dehors , est de quinze pieds et demi ; ces

(1) La paroisse de Jamai , qui est entre prouve par le nom de Coéme , qui en est voi-

Saint Armel et le Teil , a d'abord été une fo- sin. Coét, foril; «m , eati, twi^Tt, rét. Jan ou can , htlU ; tai , foréi. Cette forêt joignoit celle du Teil , dont une partie (2) Le nom de Teii vient de (a ou da, *a^

subsiste encore; la forêt du Teil s'avançoit ^^f^* «* ^® «*^ P^^^^* Ce qui veut dire :

jusqu'à la petite rivière de Bru; ce qui se P^^^ '(^^^'

SIXIEME SliCLS. 4^3

pierres né sont pas toutes d'une égale* hauteur : six à sept piedb , hors de terre j donnent rélévation des unes et des autres.

Les pierres transversales sont au nombre de neuf : deux , qui occupent le milieu des deux rangs , méritent le plus d'attention : Tune a dix-huit pieds de longueur , sur huit pieds neuf pouces de large ; l'autre , dixsept pieds trois pouces de long^ sur neuf pieds et demi de lai^e ; toutes deux ont cinq à six pieds d'épaisseur par le milieu j mais elles sont beaucoup diminuées vers leurs extrémités. Les deux rangs de pierres sont fermés au septentrion par une seule qui va les joindre et s'unir à celles qui sont au-dessus. Pour l'ouverture de la partie méridionale , elle n'est point plose ; l'une des extrémités de ce monument est moins élevée que le reste. Toutes les pierres qui le composent sont brutes et à peu près telles qu'elles sont sorties de la carrière (i). On l'appelle dans le pays la Roche aux Fées (a).

La paroisse de Retier se glorifioit également d'être la retraite du culte ancien : elle possédoit une pierre , plantée perpendiculairement , et d'une énorme grandeur ; c'est maintenant un carré long et aplati , qui a dix pieds d'élévation sur huit de large , et environ cinq d'épaisseur. Cette pierre a été mutilée étrangement : quelques-uns de ses débris approchent de son volume actuel (3). Le nom du village de Richtbourd , dans le voisinage duquel on Ta élevée , nous rappelle sa destination primitive (4). Nous la retrouvons encore dans celui de Retier (5).

Armel n'eut pas de peine à dévoiler les absurdités du culte insensé

(!) Ces pierres sont fcoilletées comme les cription de ces deux monomens. Il nous

pierres ardoisines^ mais plus grossièrement, donne lien d'observer que le dernier n'a pu

Elles sont d'un rouge-brun. On ne connolt être pris que dans les carrières de Saint Ber.

de carrière de cette espèce de pierre qu'à thevin, proche Laval, à dix lieues de Richt-

cinq quarts de lieue, dans les landes de Re- bourd.

*'^^- (♦) Le terme iRieMHmrd ou] RiehUM^rg est

(2) Le terme Fée se tire du latin fada , qu'on co°^P<»^ àe rUhl^ repoi^ei de Inord qu'on a protrouve dans les anciens monumens. Fada est nonce dour^, table. Ce qui signiOe à la lettre : pris du celtique fadh, devin. Comme il n'ap- ^^ ^* ^^P^- ^*« *"**«» religieuses sont des partenoit qu'aux devins d'exercer les fonctions Joonderepos.Le sabbat des Juifs ne présentoit de pontifes^ il s'ensuit que la Roche aux Fées P" d'autre idée : Sabbalwn^ requies , eestalio. étoit un de leurs sanctuaires. Celui-ci ne pou- ^* pierre de Richtbourd étoit donc faite orivoit être mieux placé : il étoit environné d'un «i^irement pour des cérémonies religieuses, grand nombre de chênes pour lesquels les ^?°* rassemblerons , à la fin de notre quadrutdesavoient eu une vénération particulière. *fi*roe volume, dans des réflexions particu- Le nom de Rouvrai ne permet pas de douter ^^^^ * ^ ^^ concerne lldolâtriede nos pères de la vérité de cette circonstance. ^°< sixième et septième siècles. (Voyet ci-

(3) M Guérin , doyen et ancien syndic des ^?^' ««pti^me siècle , rmatfmi portkuprocureurs et noUires de la baronnie de la ^^^* ^; " •* •^^'' *• ^'^

Cierche , nous a fourni obligeamment la des- ^^^ ^^ ' ^^^ ' ^^ » maiêçm , $an$lmire : ^ ""'^ maUcm in rifoê.

4ei4 msTOiu xccijiiiiMTiQra

personnes grossières à qui l*habitiida tenoit Uetaf.dfi raison' y. et deks* faire: agir >4n: comëquélioe. La pëtience^ k doubeor et left inatrnctiofas réiiâ'ées de FapÀtre du Teil lui soulnikedttles asprits et luFaltacherenftf les- cœurs, ;43ta: cesafc de firëquenler le-temple du ^Teil;vpeu;!k peà ilr tomba dans. le méprià. La ^êrrède Ridbtboahllne tarda pas (à -{prouvera le métne.flort;!

270. Anh^lavoit été honoré 'du sàodrdoce'^ aTbnt que de* passer en Armoriqué; it mourutdans'son aponkslère le 16 août;. niabott ignore^ dans qiielle éuttéé cisi; événement' arriVar. Soii décès fut âk long^^empa postérieure celui ide-Childebert : ce qufil fit dèpois son reloiir de la couir! de ce prince , etige' beaucoup d^annéeé. L^jour> et l'heure' de sa'mprt' ne > lui avoient* pa»;éUé inconnus comme aà reste «dés hoinmes : Dichi a voit bien voulu les lui révéler.

ayi.- $Qn ipopastàrev dw diocèse de'I^fines^pDdiéda sa dépouille mortelle : on montre «ncore à pjrésent soft tombeau diuis ce libu même'} rArmonqiie a conservé la ^néqooKevde cesainti;a#ec une vive reeonnoissance;, OujUre plusieurs; cliapiQU^ érigéts en ^oii Hbiièeur, et les églisea nii^întenant paiYrâfialeS|de]8e%,dew pris

poqr pjEitronii il a. donpéj||e^^wi<^P)o^Ei*mdi9* fieurplacé sur une petite, rivière |.:qui: bifeptùt .afH^ès mél^ b^ ^ux. avëCiOellea dé>rOw; C*est main»' tenant une ville dont la:prii|cipale église lui est dédiée (i).

127^. 11 avoit pairu i i^ la-çour dt' CUldebert, v|in bretqn* de rile, qui s'y étoit acquis de la considération par ses poésies et les airs de musique dont il les accompagnoit ; aussi le uomnioit-on Arvian {p). Les bardes étoient toujours en possession de chanter les louanges des héros. Dans la Bretagne , ils étoient en outre chaii^és de veiller à la conservation de Taneienne langue , et lès lois mêmes leur accordoient des récompenses à cet effet (3). On les employa dans la Gaule jusqu'au temps des ti*ouhadours; c'est de ceux* là qu'étoît venue celte coutume^ encore en usage au commencement de la troisième race , de ne point livrer de bataille qu'une douzaine de grosses voix n'eussent chanté de toutes leurs forces la chanson de Roland.

273. Ce qui fixoit particulièrement les regards sur Ârvian , c'est que

(1) D. Lobioeau , Albert le Grand ; Vies des op veat dans le cdtiqne, et de bian ou via» , Saints de Bretagne. agréabU, le b et !> se metUnl Tan pour l'au-

(2) Le terme Arvian tkX composé ùé bord, tre. PoëU 00 eharUrê agréable. dont on a fait ard> parce qde> le bsMte quand (3) Da?icz, prcfat, in Gram.

sni

s'il s*6toit rendu agréable au roi par une profession dont tant d'autres abusoient pour se livrer tout au moins à la frivolité , il en mérita l'estime par une vie chaste, chrétienne et exemplaire.

274* Apres avoir passé quelque temps à la cour de ce prince , il en obtint des lettres de recommandation auprès de Canao , pour le faire repasser dans sa patrie. Pendant son séjour en Armorîque , il fît connoissance avec une fiUe vertueuse qui étoit douée des mêmes talens que lui : on l'appeloit Rivanon (ï). Unis par les mêmes inclinations , ils le furent bientôt par le sacrement de mariage. Arvian oublia sa patrie et passa le reste de ses jours dans le diocèse de Léon , où son épouse étoit née.

275. De ce mariage sortit un fils ; comme il naquit et vécut aveugle , on le nonmia Hervé (a). Dès qu'il fut susceptible d'instruction , sa mère s'appliqua surtout à lui apprendre les lettres ; conune il avoit un esprit naturellement judicieux et une mémoire prodigieuse , il y fit de rapides pr(^ès. On dit que , dès l'âge de sept ans ^ il sa voit par cœur tout le pseautier , avec les hymnes de TEglise.

276. Lorsque ce jeune homme fut parvenu à un âge où il pût se conduire par lui-même , sa mère , qui probablement avoit perdu son mari y se retira dans un lieu solitaire , avec quelques saintes filles , pour y passer le reste de ses Jours. T^ musique , qui, par sa nature , doit élever l'homme vers Dieu , dont toutes les perfections sont à Tunissop , et le mettre d'accord avec lui-'méme , en ne permettant pas à ses passions de suivre un autre ton que celui de la raison , avoit pu être ravalée quelquefois par cette femme , et servir , par son organe , le mensonge et l'illusion. Pour ne plus laisser d'empire à ses sens, cette veuve descendit dans son propre cœur : en l'interrogeant , elle vît sa haute destinée , l'étendue de ses facultés et de ses devoirs. Conune elle ne vouloit plus vivre que pour Dieu , et n'être connue que de lui , elle cacha à son fils et à sa famille le lieu de sa retraite. Bien loin d'avoir étouffé l'amour maternel , la religion l'avait perfectionné : c'étoit eUe qui lui avoit inspiré de travailler uniquement à son salut sous les yeux d'un Dieu qui prend envers tous les hommes la douce qualité de père.

^77. Hervé, qui avoit puisé dans les instructions et les exemples de Rivanon des sentimens projfres à le détacher du monde , embrassa avec joie la vie religieuse ; U alla trouver , dans lé pays d'Ack, un saint homme

(1) Le mot Rivanon est formé de ri, forlt ; ce nom qu'après avoir quitté le monde, de han ou van , femme , et d*on , terminaison (2) Air , lumière ; 5ai ou vai , défaut : défaut indifiérente : ftmme forte. Elle ne dut prendre d$ kmièrt » c'est-à-dire , WMtgU.

4^6 HISTOIBf ECdLisiASTIQtTC.

nommé Urfoed , l'un de ses parens , qui habitoit auprès de la mer (i), Son occupation principale étoit d'apprendre à la jeunesse des environs, les ëlémens de la religion et des lettres; cet emploi si noble , mais si peu recherché , parce qu'on s'aime trop soi-même , et qu'on ne réfléchit pas assez sur ce que l'on doit à la société , devint celui d'Hervé. Urfoed lui céda son école avec ses bàtimens.

ul'jS. Ce pieux instituteur , qui alla s'enfoncer dans une forêt (a) pour se préparer à la mort, lui découvrit le lieu où sa mère s'oifroit chaque jour en holocauste à Dieu. Averti qu'elle étoit sur le point de mourir , ce tendre fils alla recevoir sa bénédiction et lui fermer les yeux. On croif qu'il se fit plusieurs miracles ^ur le tombeau de cette femme pénitente.

1279. Les merveilles qu'Hervé opéroit lui-même , lui attirèrent une pror fonde vénération de tout le voisinage : ce qui l'engagea à suivre les traces d'Urfoed. Arrivé à la soUtude de ce saint hermite , il en apprit la mort ; sa cabane étoit ipême déjà détruite ; aidé par des personnes charitables il la rebâtit plus solidement , et y dressa un oratoire. Il couvrit de grande^ pierres le tombeau d'Urfoed.

1280. Quelque temps après , il alla trouver l'évéque de Léon j qui l'ordonna exorciste (3). Toujours ami de la solitude y il la rechercha de nouveau ; un champ qu'on lui donna servit d'emplacement à un monastère ; la terre de Lan-Quedré , qui étoit considérable , et dont un seigneur lui fit présent, lui fournit le moyen de l'édifier (4).

a8i. On rapporte que ce saint opéra un miracle à la cour de Judual ,

(1) Urfoed tvoit pris son nom da liea qu-il s'y ptrtage en deax branches , dontuoe va se

htbitoit. Ur, homme; fo , auprès ; ed, eam: rendre à Gnicourvet. Ltndivîziaa a pris son

homme qui demeure auprès de Veau. nom do lan , grande ; de dt^ habiialion ; de

(2} Les Actes de saint Hervé appellent cette vw^ en composition vy , eowrhure, et d'au,

forêt Duna ; c*est le même mot que dtMi , qui rtvî^re. Ce qui signifie : gramàe hàintatUm au-

yeut dire forêt, près d'une rivUre, qui form des sinuosités,

(3) L'auteur des Actes de saint Herréap- La rivière de Landernau fait plusieurs courpelle cet évêque Hoiiardon. Cest probable- bures k Landiviiiau. Landivltiau renfermoU inent le même que Getomerin. Nous avons autrefois la paroisse de Gniconrvet , dont eUe remarqué» pag. 245 n.que, parce dernier ^i devenue trêve. Gnicourvet a emprunté terme > onentendoitte plus parfait d'une eom- son nom de sa position. Gui , rMère; cour, munauté. Par celui de Houardon , on conçoit habitation; vet , auprès : habitation auprès le plus élevé au-de$SHs des antres, (htar , au- dune rètière. On pe peut assigner positivedessus; don, élevé. ment le lieu de Lan-Quedré. Ce qu*on peut

(4) Le nom de Quedré se tire de cwUr , par» ajouter de certain , avec Fauteur des Actes de tage, et à'ei, rivière. Ce qui veut dire : lieu saint Hervé , c'est qu'il étoit couvert de bois. auprès duquel une rivière se partage, La ri- Ce qui se confirme par le terme lan , qui sivière de Landernau, qui passe à Landiviiiau^ gnifie hais ou forêt.

(*) Ci-destui y n*» 833 , p. 413 /note 2. a. V.

SIXIÈME SIÈCLfi • 4^7

dâDS une visite qu'il fit à ce prince (i). On dit aussi qu'il fut ayerti du moment de sa mort par un ange. Sainte Christine , sa tante j qui s'étoit sanctifiée dans la communauté de Rivanon , l'assista durant sa maladie et mourut peu de temps après lui. Les actes de ce saint placent sa mort au vingt-deux de juin. L'ancien bréviaire de Léon fixe sa fête au dix-sept du même mois ; l'église de Nantes la célèbre le dix-huit de juillet. Son corps fut enterré dans son monastère (2) ; c'est à présent une église paroissiale que l'on appelle Lan-Houarnau (3).

!î8a. Saint Hervé étoît uni parles liens d'un commerce réciproque avec différens abbés de l'Armorique. I^ plus connu est saint Goueznou. La Bretagne insulaire lui avoit donné le jour ; ou , du moins ', sa famille en étoit sortie. Ses parens étoient distingués par leur noblesse.

a83. Goueznou^ après la mort de son père, fit divorce avec le siècle et se retira dans une forêt (4) , à quatre milles environ de Brest. Le monde étoît trop mauvais pour lui : il se crut trop mauvais pour le monde. Sachant qu'on doit user des créatures comme n'en usant pas, et ne point s'atracher à la figure du monde qui passe , il se défia de lui-même et ne voulut point avoir à combattre en même temps et contre le monde et contre soti cœur.

(i) Il est appelé Jlehn ou Alain dans les Actes de saint Hervé. C'est là an des noms que Judual porta , comme nous le verrons par la snite.

(2) D. Lobineau , Albert le Grand ; Vies des saints de Bret.

(3) [Lan-Houarnau ou]Lanbouarnan est auprès del'extrémitédn golfe dePanse deGoulven* C'est de li que ce lieu a pris son nom. Lan^ monastère; ouar, auprèê ; nau , %au. Par cette même raison , saint Hervé a été appelé Houame*

(4) Suivant Albert le Grand et D. Lobineau, Vie de saint Goueznou , le lieu où ce solitaire se retira étoit une forêt traversée par une ri* vière. C'est aussi ce qu'exprime le nom de Goueznou. Goed, foréi; oto^ rivih'e. L'n se met souvent en breton à la tète du mot, parce qu'elle est la crasc d'ait^ article. Gouetnou signi6c donc une forêt qui est traversée par une rivière ou petit bras de mer. Ce nom avoit* été donné à ce lieu avant que ce solitaire y habitât. On le lui a prêté pour faire connottre la nature de Fendroit où il demeuroit. Au nom de Goueznou, on a ajouté celui de km.

qui signifie ici monastère. Aiidsi, par Langouexnou, on spéciûoitle monastère d'unabbê au milieu d'une forêt traversée par une rivière. Cette forêt ne renfermoit pas seulement alors le terrain qui compose actuellement la paroisse de Langoueznou ; elle s'étendoit d'un côté jusqu'à Coatmely qui veut dire tête de forêt (eoat , forêt ; met , sommet ) , et à Guiprouvet , terme qili désigne un bois où il y a une habitation avec un étang {gui , bois ; prou , étang ; vel, habitation). Cette forêt, se rapprochant de Goueznou , traversoitMt^{ûac, ainsi appelé à cause d'une courbure que la rivière forme en cet endroit (mil, courbure; lis , rivière; ac , habitation) , pour joindre ÉriiyZer , près Brest. Gwi, forêt; 1er, habitation. De l'autre côté de Brest , on retrouve cette forêt à Coetodon , au-dessus duquel la rivière se partage (coet, forêt; 0, rivière; ton , en composition donn , partagée) ; à Guipava, lieu entre deux rivières {gwi, forêt; pa, Ueu; va, rivière) ; de là à un canton qu'on nomme la forêt, et enfin à Beuxie, où il y a eu un bois de bouleaux (beu , bouleaux ; si , bois).

4^8 HISTOIB» BOCI^](MfIQUS«

!i84. Ucfaftsse, autrefois nëces$aire|>tiiu|6KteriBip«r9 ûU;^;^ pour diminuer l'espèce det adimaux «lialfiHsana, et à l9que^e 00 P^M^fiv^ de droit que pour le délassement , dôtma à Gonomor , cdunlàprdbalile^ ment qui avoit sauvé la vie à HacUau , Toccasion de conoottre GoqemQtt* Ce prinee y vit Thomme dans iat grandeur naturelle. Ce Hé sont point de# honneurs frivoles et passagers qui doivent le distinguer. Le luxe , fruit de l'opulence , ne Tenvirotine point ; des jeux et des spectacles que de gronda frais enfantent, ne vont point au devant de lui. U aies yeux fixés sur ladivi*» nité dont il écoute sans cesse les ordres. Le plaisir de la servir lui cause une joie inaltérable , fidt évanouir les dioses créées et lui inoutre dwptt J» loin* tain Timmortel laurier qui doit couronner ses travaux* Tel fut Goufmoii aux yeux de Conomor , dan* sa pauvre cabane.

a85. Le prince fit bàtfr dans ce lieu m^me un monastère ou cetfaermite devint le père d'un gfand nombre de n^Ugieux, L'amnen- biériaire 49 Léon lui donne le titïe 4'ëvéque. On Tavoit revêtu de cette digpité. pour rendre plus utiles les soins charitables qu'il isocordoit au puUic. Cest là^ce que nous pouvons (fire de plus pertain sur son épîscopat. >,-

a86. On fait la fête de ce saint le a5 octobre dans le diocèse de Léon* Son monastère a été changé en église paroissiale : elle pprte le nom de Lan-Goueznou (i) et est sur un golfe que l'Océan forme au havre d'Abbre* vrak. Deux gentilshommes portoient encore en procession 9 le jour de l'Ascension , durant le dernier, siècle , les reliques de ce saint *a2ibé. dbfolM de Blots avoit rempli le même cérémonial l'an i34^ ; Jeap v en r4i7 > et le duc Pierre avec le connétable Arthur, son oncle, en i455 (a). C'est ainsi que les grands de la terre se font quelquefois honneur d'applaudir aux triomphes de la vertu.

287. Cependant la main de Dieu s'étoit appesantie sur les persécuteurs de saint Malo. Canao avoit été puni l'un des premiei^ ; les autres furent affligés de la peste et leurs terres frappées de stérilité. Ces fléaux leur ouvrirent les yeux : ils reconnurent que ces maux étoient venus fondre sur eux eu punition des injures et des torts qu'ib avoieut faits à leur pasteur. Ils députèrent des plus distingués d'entre eux pour le conjurer de revenir, et lui protester qu'ils étoient déterminés à réparer leurs fautes par )a soumission la plus respectueuse et par la pénitence qu'il voudront leur enjoindre.

a88. Ces envoyés remplirent exactement leur commission. Us se prosternèrent aux pieds du saint prélat , les arrosèrent de leurs larmes , lui de-

(i) Ou Langauexwm. Voyez pige précé- (2) Albert le Grand , Lobineaa; Tm des dente. i. Y. Saints de Bref.

i«*Rdw»«flaf#i?vaft;^ 4e WPir .lever

l!wopi«BauDiq»^ofl,,qft'a^yqi| j5^9ççp,jy)rtrp.,^p^,.;Malp lx;^la p non 4w QifH^ dfti^fta.ffyqH^pg^ ^«i,pevpl^^,nai^4fl If çonyewiqq qui ea élok:b,^i4W^t»S^i*Wii^^4w4op^ ppurypler au secours de son

troupeau. De retour à Alet , instruit par lui-même du changement qge la grâce du Pieu^ ^des |mséfiç9r4e^.^y(n( op|M idaps lecteur ^ coqpables ^ U prononça levir «^^^Q^i^tiçn; c^^nojniqA^ ! .

La fëçpnd^^fotc JtyeQtiOt rendue à^ la terre ; l'air devint pur , les m^ladi^ cessèr^^t j^ila^s^r^n^^Tepafxit s^^ lou;$ les \|âage&. Le saint éyéqne remplit dfje^sola^i^^^cc^x^^w.^pj^e^ fidélke qu'ils

deyoi^oA àrE^et) ,i|çj,Je^.%iifi^ cojatre la itentation et l'adversité. Pour ceux qai l^voient per^f^t^i/H^leor pardonAa de bouche comme il l'avoit tou^^ jouf^ failde^çcepr y. pai^cf.fiu'ilx) VpU jamais œnsi leurs {autes que sous Jer^aqppPrtiqja'ellçfti^Tpiffît ayeia Çieu. JLa. paix et l'union régnèrent entre le pasteur et ses OjOiS^U^* >:%'» ; ,; , , j .

289. Quelque attaché que Malo fût à son église , il ne put résister longtemps MX attraits qn^ aveit pouf là solitude. H en eonnoissoit lés avantages , et iltdtiloît consacrei^ le reste de ses jouri à converser avec Dieu. Dans ce dessein^ il se fk donner utt suëcésseur. Son nom étcdt Gurval : cominé lui , fl ^vôît été éïeVé à i'écote d^ sairit Brendan .

%g6. Malo, décharj^é^du fardeau de ('épiscopat, retourna dans la Saintonge. Léonce , à qui il *voit écrit, alla au ÛêPmlt de lui jusqu^à Arcanhiac (i). C'étoîr un Eeo agréable qui-feisètt partie des grandes possessions dont ce métropolîtaîri jouîssolt dans Ta Smntonge. Tous deux y passèrent quelques jours j^ur se témôîgilter le plai^ qu'ils avoient de se revoir et pour s^entretenîr de Dieu. - î- . '

29 1. Léonce , avant que dé se séparer de son ami , lui fît présent d'Arcanbiac. Malo n'y passa pas une année entière : ri fut pris d'une fièvre qui Tenleva en trois joïirs. Durant cet intervalle , il ne quitta pas le cilice et coucha sur la cendif^, suivant son usage. Toujours dans la même attitude, les i^ihs et lés ^etix'élevés vers le cîfef, il expira le quinze novembre , qui tomboit alors en un dimanche de l'an 565.

agi. L'amitié que Léonce avoît pour Malo pe se ralentit pas après la mort de cet jUustre pàûlent. B lui lit faire d^ funérailtea magnifiques

(I) Ce lieu se nomme Vieits Areh(milii^èùi cAam5iacfi« répond à cette idée. Il vient d'ar,

dans les Actes de saint Malo. B^lllfel ettdl^i- article; de ean, heUe; de hi, élévation, et

neau rendent ces ter(nes par Àrehamb^ài. i'ae, demeure: bette élévation oà il y aune

Ces n^émcs ^ctes portent que. pe rtci4i. éfoii.iin ' dem^ré. endroit agréàbU , aménus'tàetU, té 4101" j^^

43o HISTOlItE ECClisi ASTIQUE.

qu'il honora dé sa présence. Le jour de son inUilniétion Aif'¥feéÉHi^^[tiil^ par deux miracles : un ateugte irècbuViiil la tue é^-uh' éArëi^guniéÉfè'fut délivre du démon ; le troistèmejoûry' 'km paralytique fùt'^éériei'ail^iiet commença de parler. Léonce fit ëléVer une 'église sàrletbmliêâia^'dè 6e nouveau saint-(i); ' • • ->: • î i 'i^. j •::.■.,'.. ., ..• .: .; -i : .k. ît.- .:;

agS. L'ambition qur aVoit ainàé é^mo cémtre-iéi fthrësk avôlt été te source d'un grand nombre de crimes^; t)'autrès''fkiâsi6ns-^lem(elttt vîo^ lentes avoient fait d'étranges ravagés sur les mœurs*. 'Les'lnéésês sèatidâles régnoient dans toute la France : partout les pridcéà ek lèi sùjleft^r avoient dégénéré. La charité , cette vettu si aîmkWe,^tfét6ît*plWqfit'ùû^^ chez la plupart des chrétiens. L^E^Kse/ ijpjî'wplorbît ^ n'y

trouva point de remède plus efficace ^ue def saséenâbler éÀ concile. 1) s'en tint un le i5 descalendéis dedécembl'é,^'est-&-icfire,léÎ7lirivëmbre^ l'an 567, dans la basilique dé Saint Martin de 'Mii^, ^^leé éVèqùes Vé^

toient probablement rendus pour la fête de cë'ètilnt. • • .

294. «t C'est dans l'assemblée des évéques^ àk^x/ilL leg Pères de qe sy*" >) node^ que l'on doit établir les règles de la discipline ecclésiastique ^ » et tout ce qui peut assurer l'aOermissement de; 1^ religion. Tandis que » tous les pasteurs ; veillent à la garde de la bergerie, Jes décrets que » font quelques*uns d'eptar'eut ^ deviennent l'instrument; du bonheur pu- » blic. C'est à: eux qu'9ppartient le soin des éunes qui sont chères à j> Dieu. Dépositaires de la tradition^ c'est à eux de redresser ces hommes » téméraires qui ont osé s'écarter des routes anciennes que nos pères » leur ont tracées ; de corriger les fautes passées , et de pourvoir , en les î) condamnant , h ce que Kon n'y retombe pas. La sévérité même prend » la place de la charité , quand elle est assez ingénieuse pour ôter le » pouvoir de pécher. Une liberté mal réglée est la source de mille dé- » sordres : la rigueur sacerdotale en est le remède. »

» A ces causes, le saint concile , assemblé dans la ville de Tours, au » nom de Jésus-Christ , et avec la permission de notre très-glorieux sei-

(1) Surius ad diem i5 novcmbris, Mabil- siter le diocèse de Saintes par «a qualité de Ion in Aclis SS. Ord. S. Bened. 1. 1. L'an 565, métropolitain, comme il y avoil de grandes le quinze novembre étoit un dimanche. Ce et de nombreuses terres , il étoit obligé d'y qui fait présumer que celle année fut celle de aller de temps en temps. Faire vivre saint Mala mort de saint Malo. Les principaux événc- lo jusqu'en 625, temps où un Léonce siégeoit mens de sa vie ont d'ailleurs un grand rapport à Saintes, c'est prolonger ses jours au-delà avec ce temps. On ne doit point être surpris du cours ordinaire ; supposer que ce ne fut que Léonce de Bordeaux Tait connu dans la qu'au commencement du septième siècle qu'il Saintonge et lui ait donné un refuge dans ce réconcilia ses diocésains, c'est blesser la vraipays; outre que ce prélat avoit droit de vi- semblance.

SIXI]ÈM£ SIÈCLE. ^ , 43 1

»""gncur , le roi Caribert , pour la paix et rédification de TEglise , a juge »' il propos de faire lés décrets suivàns , de peur que, par notre si- » lence , la licei^iéene vienne à s'accroître. »

I.. « Il a donc plu au concile ' d'ordonner , sous l'autorité de saint », Martin , et dans la si^nte Eglise , 'c|ue le métropplitain assemble , deux » fois par an , le conoilç de sa province , dans le lieu qu'il aura choisi ; » ou , s'il s'y rencontré quelque obstacle qu'on ne puisse surmonter , » comme il ne. s'en est Irôuvé que trop jusqu'à présent , qu'on le tienne » une fois chaque année. On ne pourra , pour s'en dispenser , se cou- » vrir de l'autorité de qui que ce^soît, même de celle dés rois, ni f^.préfpxUar; fi€l9 afTiyre^ particulières. Il n'y aura qû^ la maladie qui » puisse servir d'encuse légitjine; L'apètre nous dit : qui nous sépa-

V rera de M c^i^téde Jésus-Ghrist ? .$era-ce la tribulation , la détresse , « la persécution, la fain^, I9. nudité ,:ie péril, Je glaive ? Cette œuvre » sainte doit l'emporter sur toute autre chose , puisque l'Eglise ne con- » nolt point de coinmandement avail celui qui dit : vous aimerez le » Seigneur Votre Dieu , de tout votre cœur , de toute votre âme et &é » toutes vos forces. Il n'est conséquemment personne qui doive l'empor- » ter sprlç précepte du Seigneur. Rien ne doit intimider sur la terre ceux » ^ui'SQnt armés de 4a ^^rojix dfs Jés^&-Gll^^st, C'est pourquoi celui des

V évéques qiilne se rendra pas au synode, ainsi que nous venons de le j> dire , demeurera excommunié jusqu'au premier concile. Aucun évéque j> des autres provinces ne pourra communiquer avec lui. »

II. a On ne perdra poiiit de vue ces paroles émanées du ciel : je vous » donne ma paix. Pour s'y conformer, on conservera inviolablement » l'union et la charité sacerdotale ; mais si , pour nos péchés , il s'élève » quelque différent entre nous , on choisira , de part et d'autre , des ar- » bitres entre nos frères les prêtres, qui, parla voie de la douceur, met- D tront fin aux procès et rétabliront la paix.' Car* dé quel front oserions- » nous tirer une paille de l'œil d'un autre, si nous ne voyons pas une 9 poutre qui va tomber sut* le n6tre? Conmient pounions*nous repren^ 9 dré dans les autres ud vice dpnjt nous leur donnerions l'exemple ? C'est i> pourquoi celui qui refusera de se réconcilier par la voie que nous ve- » vôns de tracet, ddit s'attendre , c^uand il viendra au concile, d'être » traité comme coupable , et d'être iûis. en pénitence ; car il est juste de ' )» punir celui qui a péché de propos délibéré , et qui n'a pas pratiqué » lui-même ce qu'il devoit enseigner aux autres. »

HISTOIIUB EGClist ASTIQUE.

III. « Le cprps du Seigneur ne sçra point placé sur l'autel , dans un ar* 3» rangement arbitraire ; mais il sera disposé en forme de croix (i). »

« IV. Les laïques ne se placeront point avec le$ clercs^ çjrè^ de Tau-

» tel où l'on célèbre les saints mystères , pendant |a messe eî pendant

D les vigiles (c'est-à^dife , pendant les mafines). La partie supérieure de

)» Téglise, séparée par une balustrade , ne doit être ouverte qu'aux

» chœurs des clercs qui psalmodient ('i). Cependant le sanctuaire sera

» ouvert aux laïques (3), et même aux femmes pour prier et pourrece-

» voir la communion , ainsi qu'il se pratique. » \

V. « dhaquè vHle ivtrà soin de nourrir èevix; d« fim bAkaM'4^i sont 9 danâ la pautrelé et la misèt^. lies {>rétfeÀ de la tâimpàgae et les laïques a» nou^rriront aus^i les leurs ^ afii!^ d'etispécher'les memfiàns vagabonds de » courir dans les tilles et dids^ les pt<6viilees. i^ <

VI. « Aucun clerc ou laïque pcqpo^rra idbnner des lettre^ dç commu* m nion ^ ou de recommandation* Celte faculté «est réserv4âe fiux ^véques.j»

(1) Ce ctnon est conçu en ces termes : « tfî » eorpuê Jhmini inàJHêri , fioii in imaginorio » orâim , i&d iub erueU tkuh eompmMmr^»

Baronius pense que lecoocile déclare ici qu'on ne doit point mettre le corps de Notre^i-* gneur Jésus-Christ sur TauteF^ k cM des images^ mais sous la croix, comme cela se pratique encore de nos jours. D'habiles critiques autorisent le sentiment que nous avons embrassé. Il parott d'ailleurs plus conforme à la discipline du sixième siècle , où Ton mettoit sur Tautel les pains qui dévoient être consacrés pour la communion du peuple.

(2) La partie supérieure de l'église , séparée par une balustrade et destinée aux clercs, a été ainsi nommée , suivant Isidore, à coronis cireumstantium , parce qu'autrefois on se plaçoit en rond autour de Tautei pour chanter. C'est de là que cette partie de l'église est appelée chœur. Nous nommons autel à la romaine un matt^e^tcl où l'on peut adorer de tous côtés. Xes auteb des Grecs ne sootpoi^t encore faits autrement : les chantres et. les^ clercssont placés tout autour. Durant les trois premiers siècles de TEglise, le chœur n'étoit pas séparé de la nef. Ce chasgemeat n'arriva

que 8ou^ l'emp^ireiir (îonstimfrn. bepuis ce temp^/ies'K^es Vtct^HknH k 4ite qâè lé efaœar étoîtrfiwaé debthubtad^ On y mettoil m^me des Toiles qu'on n^ouvioit qu'après la Consécration.

(3) Dans ee canoA , le sanctuaire est appelé sancia-sanctorum. Il est ainsi nommé du sancta-sançtorum ^ c'est-à-dire., sanclUtima, de Tancienne loi. Le tabernacle de Moïse étoit divisé en deux parties , dont la première portoit le nom de sancta , et la seconde , celui de sancla-sanclorum. L'arche d'alliance étoit dans le lieu tris-saint ; un voile le séparoit du saint tieu. Il n*étoit permis qu'au grandprêtre d'entrer dans le lieu très-saint , et une seule fois Tannée. Ce même canon nous donne lieu de remarquer la différence qui se trouvoit danf la manière de communier les laïques ^, entre l'Eglise de Rome et celle de la Gaule. Dans la seconde, les hommes et les femmes alloient recevoir k communion dans le sanctuaire. Au* contraire , dans la première, les évoques , selon qu'il est marqué dans Tordre romain, qui avoiént assisté lepapeàla messe, parcou^oient l'église , communiant JbtoBimes et femmes , jch^ya i sa plaçfSL. , .

SlX|i:V[E^$^cu:. 433

'irpJ «• Les éVéqii6â^ii«i^oiirrobl défMSser un «rdh^rélre oa un abbé sans » V^iiAs' des )yréfM9 àë lèMr lefeeirgdyowi te conseptemenl des ^ibés de leur tf ^échéi ibiM'H9deinbIeit>nt ï ne eondamnQront raceuaé que qisvid xr 9 bdri» jUgé;coii{)Qble'V de Pii>^ioêifl|iiiun;db ses confrèfcs. n

VIII. a L'ëvêque qui communiquera avec celui qu'il saura avoir été ex- » cbmoiraHié |>hr^ "Àii âutlne évéqiiiey sepalui^mémr excommiiBié jusqu'au ïi pi*èriiier iJoofdïe. **^ î . ;. :

" IX. (t 'On n^ordoiinera poàit d'évéc^ue dans TÂrmorique , soit breton ^ v soit ro]SHimi.^c'6sl}-à*din& gaulois)^, sans le consentement du métropo- » Ëtaki.y cm des cbfnproiittetaux. Celiàî qui ne se conformera pas à ce rè- » ^ien^enty s^bita' la pfine portée à cel égard dans d'autres conciles, » et ^ent excommunié jusqu'à, la première assetnUée générale. En effet , » ce n-W pas sans sujet que nous séparons de. notice communion^ ceux » qurmépriseiii tes décrets de nos Pères^i »

X. oc Quoique Ton ait déjà fait un grand nombre de canons contre » la familiarité des femmes , nous voyons avec douleur les mêmes abus » se renouveler y et nous sommes dans la nécessité de détiwe ces mau* iD» vais rejetotis t&bjours renaissans. Aucun derç n'aura donc désonnais »- datis iM!nMâ90tt^e femme jétrangère ^ sons tel prétexte de nécessité que » ce puisse étM, inênie pour conduire son ménage. Puisqu'il nous est » ordonné db frataillét* . de nos mains /pour nous nourrir et nous vêtir, » pourquoi enfermer dans nos maisons un serpent , sous prétexte que » nous en àVÔïirf besoin pour travailler à nos vétemens ? Ilul d'entre les » clercs , evéque , prêtre ,' diacre et sous^cfiacre , ne pourra donc avoir j> désormais cfeèz llii ni viei^e consacrée à Dieu , ni femme veuve , ni » son esclave, d'autant plus aisée à corrompre qu'elle est plus assujet^ » tie. Nous n'exceptons que la mère , la «oeur ou la fflle. Toute étrangère » peut être une occasion dé faute / par cela même qu^elle est sous la dé*^ » pendance. Quiconque ,' soit 2vêqUe, pfiârré, diacre ou sous'^diacre , j> transgressera sur ce point les statuts des Pères et les nôtres , sera ex- » communié.. »

XI. a L'évêqiie ,' qui négligera de tenir la main à l'exécution du pré- )> sent statut , subira ]a rigueur des canons précédens. Le métropolitain » et ses comprovînciàux se prêteront , pour cet effet , un mutuel se- » cours y lorsque quelqu'un d'entr'eux trouvera de la résistance de la

4 34 HISTOIÈÎB ÉèCLÉSiÀiflQUE .

» part de ses clercs , selcm qu'il est décrit : }e frère , .aidant son frère ^ » sera exalte (i). Celui qui refusjera>dé veilir au' s^our^ ^de soin,£r^ ^ » sera excommunié jusqu'au synode. Hais si un évéqtie qui ycd^qa^on » ne l'écoute pas, n'en donne point iivis à ses frères | pour qi^^il s^iiy » nisse à lui , il doit s'attendre à en rendre compte au Seigneur. »

XII. « L'évéque , qui est marié , doit vivre avec sa femme comme, avec » sa sœur : il gouvernera si saintement toute sa maison y,t^t:ceUe. de » ses clercs que la sienne propre , qu'on ne puisse former aucun soup- » çon contre lui ; et quoique , par la grâce de Dieu^ il vive dans la chas*' » teté y que ses clercs ^ qui l'accompagnent toujours dans sa chambre » et partout où il va , en soient témoins; que les prêtres , les diacres et » les jeunes clercs veillent aussi à sa garde. Cependant, pour répondre » entièrement aux Vues d'un Dieu jaloux , et afin d'éviter tout soupçon , » l'habitation de l'évéque sera tellement séparée de celle de sa femme , » que la compagnie des personnes du sexe qui la servent ne puisse être 0» contagieuse aux jeunes clercs que l'Eglise voit s'élever à ses côtés , » comme sa plus chère espérance. »

xiif. a L'évéque, qui n'est pohit marié (a), n'aura point de femme » étrangère chez lui, quoique , comme le dit l'apôlre , l'homme soit p sanctifié par la femme fidèle , de même que la femme l'est par rbom<« » me fidèle... Les clercs qui servent l'évéque et le gardent , seront char 7 i> gés d'éloigner de sa maison celles qui h fréquenteroient. »

XIV. a Comme les laïques sont toujours portés à soupçonner dans les 9 autres le mal qu'ils font eux-mêmes , les prêtres et les moines , pour » leur ôter tout soupçon, coucheront toujours seuls ; ceux-ci n'auront » point de chambres à deux , ni de particulières : tous seront dans un » dortoir commun, sous Tinspection de l'abbé ou du prévôt. Deux ou » trois y veilleront et liront tour à tour , tandis que les autres prendront » leur repos ; ainsi le corps et l'âme trouveront leur avantage réci- » proque. »

XV. a Les moines n'auront point la liberté de courir hors du monastère , » ni de fréquenter des femmes étrangères. Si quelqu'im ose se mariçr ,

(1) Le lexle latin du chapitre 18 des pro- par son frère, sera comme une ville forte, verbes ,i.i^, porte : Frater , qui adjuvatur à ^2),La Temme d'un évéque est appelée Episfraire , Çftuui civiias firma; le frère ^ aidé copa , dans ce canon.

STXliKTE SliCLE. 435

^ il sera excommunié , et Ton emploiera , pour le séparer de sa femme ,

» Tautorité du juge séculier , qui sera obligé de prêter main-forte , sous

*^ peine d'excommunication. S'il arrive qu'un moine trouve dans cet état

» quelqu'un qui le soutienne , lui et ses adhérens seront chassés de VE-

te glise. Si cependant il revient au monastère ^ et s'il s'y soumet à la pé-

» nitence que lui imposera son abbé , il rentrera en grâce , lorsqu'il

» l'aura accomplie. j>

XVI. « On ne permettra à aucune femme d'entrer dans l'enceinte des » monastères ; l'abbé ou le prévôt qui seroient négligens en ce point , » seront excommuniés. »

xvii. « Pour les jeûnes des moines , on gardera les anciennes consti- » tutions. Depuis Pâques jusqu'à la Quinquagésime ( c'est-à-dire , la Pen- » tecôte) , ils ne jeûneront que les jours des Rogations; mais ils jeûne- » ront la semaine entière qui suit cette fête ; ensuite trois jours de la se- » maine , le lundi , le mercredi et le vendredi , jusqu'au mois d août ; » ceux qui auront quelque incommodité en seront exempts. Pendant le » mois d'août , on ne jeûnera pas , parce qu'il y a tous les jours quel- » que fête de saint. En septembre, octobre et novembre , on jeûnera, » trois fois la semaine ; et depuis le premier décembre jusqu'à Noél, touâf » les jours. Comme les jours qui se trouvent entre Noël et l'Epiphanie sont y> autant de fêtes , on ne jeûnera point durant ce temps , excepté les » trois jours où nos Pères , pour abolir les superstitions païennes , ont » ordonné qu'on récitât en particulier des litanies au commencement de » janvier ; qu'on psalmodiât dans les églises , et que , le jour de la Cir- » concision , on célébrât la messe à la huitième heure (c'est-à-dire , à V deux heures après midi). Depuis l'Epiphanie jusqu'au Carême, on y jeûnera trois fois la semaine, v

xviii. « Par respect pour saint Martin et pour l'honneur de son culte , 9 voici l'ordre de la psalmodie que nous voulons qu'on observe , tant » dans la basilique de ce saint que dans nos églises. Tous les jours de » fête^ on dira à matines six antiennes avec deux pseaumes à chaque » ftitienne. Durant le mois d'août , où il y a des fêtes et des messes de .V saints, on fera l'office plus matin. En septembre, on dira sept an- » tiennes et deux pseaumes à chaque. En octobre^ huit antiennes avec » trois pseaumes à chaque antienne. En novembre , neuf antiennes , » avec trois pseaumes à chaque antienne. Au mois de décembre , dix

436 HIST^IU, JBQOiiSfriATIQUE .

» antiennes >t (rois pdeaumes à <ftit^pAe aolîeppe. JEo,j^vi^r^ ^W^ ^ » jusqu'à Piques y on fera la niém^ chose; le itçittf.xi/éapipoiaf.i^utauft « que fitire se poanra^viais on observe» cofistapunent de , ne dire j>- « mais moins <le douze pmâUxnefi k mutines. Car ies Pçre^ icun. ordonné » de dire six pséaùiMsÀ^sexAe^^fai^eo a/&/M*a, çtjdoft^!^ 4^j;dQiu^eme » heure ( c'est<-à-dhre y à vêpres) , aassi SLvec all^ui^ ;, ce.f)4'ij[s,0|it ap- » pris par la révélation d'un ange(i). Pourquoi doue ne dif!oit-on pas » au moins douze pseaumes à matines ? Celui qui aura manqué de satis- » faire à ce devoir , jeûnera ce }our*-Ià an pamiet àPaaoi; s-i^ manque à » faire cette pénitence , il jed^nera une semaine entière mm painet à i'eau.»

XIX. « Plusieurs archiprétres de la campagne , des diacres et des sous- 9 diacres sont soupçonnés d'habiter avec leurs fetiatnes. Pour cUssiper ce » soupçon, rarcliîprêtre se fera accompagncjr en loul Hqu par un fec- » teur d'entre ses chanoines , où par qnèlqôe'Cleré v^ q«i <oouciheirà dcins 9 le même appartement que lui , pour être témdfn de sa diasteté. Sept , » entre les sous-diacres , lecteurs , ou même les laïques , seront choisis » pour passer tour à tour lem* semaSne en sa compagnie ; celui qui man- » quera à ce devoir , sera (hstigé. Si , de son cèté , l'arcl^prétre ne fait » pas exécuter ce T^ement, 3 sera mis en pénitènoe et pi^ivé de la » communion pendant trente jours. Pour les prêtres , diacres et sous* » diacres de la campagne qui sont mariés, il suffira qu'as ne condÊent y^ point dans la même chaihbre que leurs femmes^ et qiie ceDes^n soient M toujours accompagnées de leurs esclaves. Si un prêtre, diacre ou sous- 1) diacre habite avec sa femme (a) , il sera excommunié pendant un an , » sera dégradé de tout office clérical , et réduit au rang des laïques ; la » seule grâce qu'on lui accordera sera de le mettre au nombre des » lecteurs qui sont chargés de la psalmodie. Les archiprétres, qui ue » veilleront pas sur la chasteté des jeunes clercs qui leur sont soumis, » seront renfermés par l'évéque et jeûneront un mois entier au pain et » à l'eau ; car les canons ne permettent à aucun clerc d'habiter avec sa » femme. On sait que le diacre Nicolas a donné occasion à l'hérésie des » Nicolaïtes ; mais on ignore par quel prêtre elle s'est introduite dans le

(l) Cassicn rapporte , 1. 2. c. 4 , des insti- (2) De même que le canon treizième aonne

tutions monastiques , qu'un ange avoil aver- à la femme de Tévèque le nom d'Epûcopa,

ti les solitaires de l'Egypte et delà Thébaïde, ainsi le canon dix-neuvième appelle les fem-

de réciter doute pseaumes à vêpres , et douze mes des prêtres, diacres et sous - diacres ^

à Tofûce de la nuit. Le concile fait ici allusion Preshylera , Dvaconissa et Sub-lHacùtUssa. à cette révélation.

Ji sacerdoce ; c'est qu'on n'a pu se persuader jusqu'à notre sîèicle que

n celui qui consaare le corps du Seigneur , fût assez hardi pour se por-

» ter à un pareil excès. Si ces diacres ont été condamnés par les éré-

» ques et traités d'hérétiques ; si les Pères les ont soumis à l'anathème ,

» que doit-on penser de ces prêtres indignes qui ^ sujets au même crime ,

» y font tomber les autres par leur mauvais exemple ; qui , au lieu d'être

p la loi vivante par leurs actions , la font transgresser par leurs péchés ?

» Il vaut mieux retrancher de notre corps un chef qu'on ne peut guérir ,

^ que de le laisser à la tête du troupeau , à qui il communiqueroit sa

1» maladie* Un prêtre et un pasteur de cette trempe ne mérite donc plus

» les i^spects du peuple ; bien loin de le reconnottre , on doit l'éviter ,

» dè$ lors qu'après avoir abandonné la discipline , il n'enseigne que le

» vice et ne cherdie pas à se corriger. »

XX. <K Nous lisons, dans la réponse du pape Innocent , à Victrice , évé- » que de Rouen , au sujet des vierges consacrées à Dieu , et qui ont reçu ]> le voile de l'évêque , que , si elles viennent à se marfer , à peine peut* » on les admettre à la pénitence. En effet , si l'on regarde y dit*il , comme » adultère celle qui , du vivant de son mari , s'est mariée à un autre , p combien est plus condamnable celle qui , après avoir choisi un époux » immortel , se marie à un hoDdme mortel ? Quant aux vierges , ajoutep t-il y qui n'ont pas encore reçu le voile , mais qui ont promis de garder » la virginité , si elles se marient , il faut , quoi qu'elles n'aient pas reçu » le voile , les mettre quelque temps en pénitence \ parce qu'elles s'é- » toient obligées à Dieu par leur promesse ; car si les contrats qui se font » de bonne foi parmi les hommes ne peuvent se rompre , à plus forte rai- » son les engagemens que l'on prend avec Dieu ne peuvent être enfreints » sans s'exposer à en être punis. Et au sujet des veuves , il parle en ces » termes : Si l'apôtre saint Paul dit que celles* qui abandonnent l'enga- » gement qu'elles ont formé de garder la viduité j se damnent , parce p qu'elles agissent contre la foi qu'elles ont donnée , quel est le prêtre p qui osât contredire ces décrets émanés du siège apostolique , et l'oracle p du Saint-Esprit même, par la bouche de l'apôtre? De quels docteurs p écouterons-nous la prédication , si ce n'est de ceux que le siège aposp tolique a reçus, ainsi que nos Pères l'ont toujours pratiqué? C'est en » marchant sur leurs traces que , conformément à ce qu'ont ordonné » l'apôtre Paul et le pape Innocent , nous défendons à tout homme de » ravir ou de prendre pour femme une vierge consacrée , et qui a changé

438 HISTOIRE ECCL^IiLSTIQUe.

» dliabit pour Jésus-Christ. Les lois romaines les condamnent à mort ; et

I» nous lisons , dans les histoires du paganisme ^ que les filles qui, s*ëtaDt

7> consacrées à la déesse Vesta , venoient à se laisser corrompre , étoient

» condamnées par les lois à être enterrées vives. Si ces filles , attachées

» à ces profanes superstitions , subissoient une telle peine pour leur pré*

» varication , quelle condamnation ne doivent pas attendre celles qui ,

» consacrées à Jésus-Christ , manquent de foi ? Aussi , le concile d'Arles

» ordonne que les filles qui , ayant voué à Dieu leur virginité , se marient

» après rage de vingt-cinq ans , seront excommuniées avec leurs maris ;

j> mais il leur accorde la pénitence , lorsque les uns et les autres la de-

3) mandent. Le concile de Mileve avoit permis de consacrer et de voiler

p une vierge avant qu'elle eût atteint Tàge de vingt-cinq ans , lorsque sa

» chasteté étoit en danger par la puissance de ceux qui la demandoient

3> en mariage , ou qu'elle demandoit cette grâce à la mort , si ceux dont

]» elle dépendoit la demandoient avec elle. Nous rappelons à la vie celles

» que la loi condamne à la mort ; mais si elles se rendent indociles à la

D voix de leurs pasteurs et rebelles à nos décrets , elles seront frappées

» du glaive de la parole et séparées de la communion de TEgliâe ; alors

» personne ne pourra communiquer avec elles , sans être sujet à la même

» peine. Qu'on ne prétende pas , au reste , s'excuser comme font quel-

D ques-unes , en disant qu'elles n'ont changé d'habit que dans la crainte

» d'être déshonorées par des personnes indignes d'elles. Nos rois , de

» glorieuse mémoire, Childebert etClotaire,par une constitution que le

» roi Cherebert , aujourd'hui régnant , a confirmée , ont défendu de

» prendre pour femme aucune fille , sans le consentement de ses parens.

» Celle qui craint la violence , et ne veut point avoir pour mari celui qui

» la poursuit , a le droit de se réfugier dans l'Eglise , jusqu'à ce que ses

» parens puissent l'en tirer sous l'autorité du roi et la protection de TE-

» glise. Pour celle qui a changé d'habit , elle doit persévérer sans détour

» dans le parti qu'elle a embrassé. Quant aux veuves qu'on prétend pou-

» voir se marier , parce qu'elles n'ont point été bénies , il est vrai que

» l'Eglise n'a jamais employé de bénédictions pour elles , mais leur pro-

» messe suffît pour les obliger. Les Pères ont défendu , au concile d'E-

» paone (i), de consacrer des veuves en qualité de diaconesses (2) ; ils ont

» ordonné qu'on leur donnât seulement la bénédiction des pénitens (3).

(i)0u Epone. Voyez ci-dessus , cinquième donnoit aux veuves qui se consacroient à

siècle , n" 235, p. 312. a. V. Dieu, en promettant la continence, étoit dis-

(2) Gan. 21. tinguée de celle qu'on donnoit aux pénitens

(3) Cette bénédiction de la pénitence qu'on publics , lorsqu'on les réconcilioit à l'Eglise.

j» Le synode d'Arles les soumet à rexcommunication avec leurs ravis- » seurs (i). Nous lisons dans l'ancien testament , que les Hébreux , ayant » pris des femmes étrangères , malgré la défense de Dieu , ce peuple fut j> vaincu par les gentils , et que , quand ils eurent renvoyé ces femmes et p cessé de contracter ces sortes d'alliances , ils furent vainqueurs à leur » tour. Celui des Ingénus qui osera donc communiquer avec ces ex- » communies , le sera dès lors lui-même. »

XXI. €c A l'égard des mariages incestueux , nous croyons qu'il suffit de » garder les anciens décrets ; nous les renouvelons seulement , parce qu'il » y en a qui disent les avoir ignorés par la négligence de nos prédéces- » seurs ; c'est trahir la vérité : car nous savons que ces grands hommes y » bien loin d'être coupables d'une pareille faute , n'ont jamais cessé de ji prêcher ce que les Ecritures nous enseignent. Mais afin qu'on ne puisse » continuer de nous faire ce reproche , nous avons jugé à propos d'ex- P» traire quelques passages des livres saints , et de les insérer au présent » canon , dont on fera la lecture au peuple. »

Après ayoir cité le i8' chapitre du Lévitique, le verset i5 et suivans du 27*' chapitre du Deuteronome, ces Pères continuent en ces termes : « Ce que. portent les lois romaines sur les mariages incestueux doit être » également clair aux savans et aux ignorans : l'une veut qu'on sépare ^ » celui qui a épousé la fille de sa sœur ou de son frère , ou même sa cou- » sine germaine , ou la femme de son frère (a) ; l'autre condamne 3» toute femme qui épouse le mari de sa sœur après sa mort , ou celui » qui, après la mort de sa femme, en épouse la sœur (3). Le concile d'Or- » léans (4), qui fut assemblé par ordre du grand Clovis , défend, sous peine D d'excommunication ,' à un homme d'épouser la veuve de son irère ni V la sœur de sa défunte femme. Celui d'Epaone veut qu'on ne reçoive à la » pénitence ceux qui ont contracté des mariages incestueux qu'après qu'ils » se seront séparés. U déclare incestueux les mariages avec la belle-sœur, » la belle-mère, la belle-fille , la veuve de l'oncle , la cousine germaine ou 3> issuede germain (5). Celui deClermont en Auvergne excommunie celui qui » épouse la veuve de son frère , la sœur de sa femme , sa belle-fille , sa cou- » sine germaine ou issue de germaine et la veuve de son oncle (6). Nous ra- ]» tifions et confirmons ce que nos Pères ont ordonné. Il vaut mieux em-

(i) Can. 46. (4) Concil. Anrel. I. c. 18.

(2) God. Theod. de incertis nuptus , lib. 3. (5) Concil. EpaoD. c. 30.

(3) Codice eod. lib. 4. (6) Concil. Arvern. c. 12

44o HISTOIRE EGCLiSf ANTIQUE.

» ployer la sévérité pour corriger nos enfants , que de lâcher la bride à D de plus grands abus par une molle complaisance. Le Seigneur nous D en a fait un commandement et saint Paul est en cela notre modèle , » lorsqu'il dit aux Corindiiens (i) : leqael des deux préférez^Tous , oti » que je vous visite la verge à la main , ou dans Tesprit de charité et de » douceur ? II court un bruit qu'il se commet parmi vous des impuretés » si abominables qu'il ne s'en trouve pas de semblables parmi les [MiieBs : » c'est qu'il y a un homme chez vous qui abuse de la femme de son 3 père et commet impunément un inceste. Et , sachant eela , vous êtes » enflés d'orgueil et vous vous occupez de vaines disputes j au lieu que » vous devriez être humiliés pour un tel scandale et demander , par vos » gémissemens et par vos larmes , qu'on retranchât de votre Eglise celui qui » a fait une action si honteuse. Pour moi , quoiqu'absent de corps , mais » présent en esprit , j'ai déjà porté cette sentence contre celui qui a » commis un si grand crime (a). Puisque le même apôtre dit ailleurs : » soyez mes imitateurs comme je le suis de Jésus-Christ (3). Qu*on ne » nous accuse point de présomption si j marchant sur ses traces , nous 9> chassons de l'Eglise ceux qui sont coupables de pareOs crimes, jusqu'à » ce qu'ils rentrent en eux-mêmes et retournent à la vie qu'ils avoient » acquise pour toujours par notre Seigneur Jésus-Christ et le baptême. »

XXII. ce Nous avons appris qu'il y a des personnes qui, par im reste de M superstition païenne , célèbrent les calendes de janvier. Janus étoit un D gentil qui , à la vérité ^ parvint à la royauté , mais qui n'a pu devenir w Dieu. Ce n'est pas être chrétien que de croire un seul Dieu , le Père » régnant avec le Fils et le Saint-Esprit , et de mêler avec cette foi les » erreurs du paganisme. 11 y en a encore qui , le jour de la chaire de » l'apôtre saint Pierre , offrent des viandes aux morts et qui , après avoir » assisté à la messe et reçu le corps du Seigneur , se trouvent à des as- » semblées païennes et mangent des viandes consacrées au démon. Nous » conjurons les pasteurs et les prêtres de chasser de l'Eglise , en vertu » de l'autorité sainte qui leur est confiée , tous ceux qu'ils verront prati-

(1) 1. Cor. 4. 21. pudié Ingoberge pour épouser Mirefleur, fille

(2) L'attention que les Pères de ce concile d'un artisan : bientôt après , il Tavoit remplaont de citer les anciens canons , l'autorité des cée parsasœurMarcoucse, qui étoit religieuse, papes et des rois contre les mariages inces- Aussi saint Germain, évéque de Paris > ne tartueux et ceux des religieuses , prouve le des- da pas à l'excommunier.

sein qu'ils avoient d'excommunier Caribert , (T^i'c II 1

s'il ne changeoit de conduite. Ce roi avoit ré- ^^ '

quer

SIXliMi$ 5IBOZ2C. . 44 1

W quer. de telles folies , ou faire , devant certaines pierres;, devant des 9 arbres I dl^ Contaities où lespaleqs CHit coutome.de s'assembler, des » choses qui n'ont point de rapport avec les cérémonies de l'Eglise , et »^ de ne point laisser participer au saint autel des personnes qui gardent » les obseHrànces des gentils. Les d^ëmons n'ont riéti de commun avec Jé-

> su^-€hrist. Toutes ces pratiques superstitieuse , bien loin de purifier le n pécheur, ne îotA que le souiller. xr

xxiii . « Outre les hyomes de saint Ambroise qui sont reçues dans l'office, /» nous permettons d'en admettre quelques autres qui paroissebt dignes p d'être chantées , pourvu cependant que le. noiù de l'auteur soit marqué p au conuiiencement (i)«» ^

XXIV. «c Lorsque les rois nos seigneurs sont en guerre, et que, poussés ji par des gens mal intentionnés , ils envahissent les possessions les uns » des autres, pour qu'U n'arrive pas qu'à cette occasion les biens des » églises soient pillés , nous ordonnons , conformément aux anciens ca- » nous , que quiconque attentera d'envahir ou de faire confisquer les 9 biens des églises , des évéques, des alrf>és , àéi inèiiâstèrës et àe^ prêtres, » situés àttùë un autre royaume, sera ï^lA^^ôrà' sflperti par im prêtre de » l'église intéressée. S'il ne se rend pas à cet kvî^ , tous lès frères, c'est-

> à-dire , les évêques , lui écriront comme à un fils par une lettre com- 9 mune , pour l'engager à restituer. Mab si , après c^ monitions , il per*- » siste dans son usurpation , comme nous n'avons point d'autres armes , » tous , d'un consentement commun avec les abbés , les prêtres et le » reste du clergé ^ réciteront contre ce meurtrier des pauvres le pseaume » io8 , afin qu'il soit frappé de la malédiction qui est tombée sur Judas » pour avoir soustrait la nourriture des pauvres ; et que celui qui , au » mépris de Dieu, de l'Eglise et des évêques, fait ces usurpations, soit 9 frappé du glaive du Seigneur et queure non-seulement excommunié , 9 mais encore anathématisé. Si l'évêque ne peut, pour cause de maladie, 9 assembler lé clergé , il chargera les abbés et les prêtres de le convoquer. 9 Si , hors le cas de maladie , il ne fait ni l'un ni l'autre , il sera excom* » munie. Car l'évêque q|cii, malgré no^e défense , osçroit çompiunic^^

(l>Ce cancn semble regarder les bymnei. ) et eofoite ) ^f tiers. Paul, 4fMré^d^A4àiMé, de Fortunat. U arriva en France Tan 565 on ,^el après lui ^ Sigebert, assurent ^'i|/^voi( 5S6, Tannée du mariage (fe Sigebert avec composé des hyifanes pour toutes les féCes de Brunehaut. U en composa Tépithalame , étant Tapnée. Nous avons encore celles pour Noël , à la cour d*Austrasie. De là il passa à Tours Pâques, la Satnlë Onh il&ttktééiijftMé.

44^ HisT0nrw«cet;]é8iiM:iQnE.

» avec ufa .pareil usnrpateur ,î œ -que ckiius 'ne t^kmtoDScroinE^ , mërife » d'éiré exGomiminié et se s^rd ^ aVCSe té cduipable^ iâé ik charitë de » tout le clergé; »\- • ■'- •' -- ■ -' ' -'-..' "- - ''■ -i *•■' ■• •' '■ ■ >

XXV. a Nous ne pqi^vpps, nous eippécber de reiÂapguer que la plupart » des. legs qui ont été fai|^.aM,f fglUes pour le ^^lut des âmes ^ sont entre » les mains de personnes qui les ref^nnent par des supercheries qui leur » sont meurtrières. Aveugles qu'ils sont par la convoitise , ils ne pensent 3> pas au jour du jugement* Quiix>ttt}ue donc , sàbs.s'occupler de sa der- 9 nière fin , retient injustement l£»'ctt>iialibns faites ^ux ^liises et né veut » pas Les en ssnâry doit èinsi silpai^ ^e toutes les églises et aucune ne doit » le recevoir dans sa communion. Car celui qui ose* enlever les biens ec- » clésiastiques et qui s'obstine à les posséder injustement , n^est pas digne » qu'on lui permette d'appi*ocher'àèrautel du Seigtièur. On doit regar- » der comme meurtriers- déS' pàtifvres'ee\ix qui enlèvent ce qui est destiné » à les nourrir. On aura ^6in ' liéatimoins dSidmonester les détenteurs » avant que de lancer côtitreeut^ la sentence. »

XXVI. a Les juges et le$»selggeqi$; qui opprimant lés pauvres seront ex-i » conununiës ^ >'its ue^dj^h^ixi^yf^ 4^ conduite iq>cès Tav^rtisaimient que » leur en aura donné l'évêqu^; » ;j :

XXVII. « l-ics évéques.né recevront Vîen. pour l'ordination dés clercs. » C'est une action sacrilège et hérétique , ainsi qu'il est dit dans . les » dogmes ecclésiastiques. Ôflrir de l'aident àrévéquè, c'est imiter Simon » lé magicien. Il est écrit :. vous avez reçu gratuiterpent j donnez gratuite- »' ment. Celui qui croît que là gr|ice de Dieu; peut.. sVcheter à prix d'ar- :> gent et celui qui la vend sont également coupables. Us èeront l'un et o l'autre séparés de l*Egliséjusqu't(u premier synode j(i). ».

- agS. Ce concile n'étoit cotlipà^é'qii^'de'l^euf éyêques j mats tous étoient reconunandables par leur niérite. Euphroné de Tours y présida. Saint Prétextât de Rouen , saint Germain de Paris , saint Chaletric de Chartres et Leudebaude de Séez s^y réunirent. t)omitièn d^A'iîgerâ, Domnple du Mâha, saint F^Itxde Nantes et VictBr^d^ Ketinés furéiit leé seuls de la troisième Lyonnoise à s'y trouver. Comme les diocèses de Quimper ^ yenn#^y Léon , Alet et Dol formoient une nation particulière /les évéques de ces' sièges n'a voient pas une Kaison étroite îivec le métropolîtaîh. ,

(i) $Mra|ood. GoQçi|..GalL M*?i ; ; ,r» . 'I , . , 1. ■:: f»

296. Félix aclievà, l'année siUyante (a) ^ T^glise cathédrale de Nantes , * qu'Eumere avoit commencée. Rien n'étoitplus grand ni plus majestueux , selon la descriptiqn que pous en soyons dans ForVunaUll y avoit deux grandes ailes au côté de la nef ; du milieu: de Tédi^çe s'éleyoit fort haut une toUr carrée, qii'une espèce de cati]pqle tërminôît. I^e toit étoit couvert d'élain. Les voûtes, les arcades ,fles chapiteaux et i^ étpient enrichis

des omemenfc les plus recherchés/ L'azwr} i*or,: le marbre, les peintures à la mosaïque , les féjuiU^g^es et )te$ fleurs /yétôîenl prodijgués avec art. On assure qu^ le pavé étoit fje marbre de d4fl]érentes couleurs et arrangé par conipartinïefns. Un crucifix d'ai^èînft d'une grabdeur extraordinaire , dont la ceinture étoit Une draperie dVr^ fïxoit^ûr tout les regards. Le principal autel étoit 6Oiisaoi;é90us^riqvocalioD d|9 g9ipjl> Pierre;; celui delaile droite étoit dédié sous iéélle de saint Hilaireet-iâé^ isaint Martin , et celui de l'aile gauche en ITionheur desaint Ferreol. Ce qui suppose que saint Pelix avoit obtenu des reliquesde ces quatre saints , et qu'il les avoit déposées dans les trois autels de soii église:

397. L'évêque de Nantes invita les prélats voisins à ta dédicace de cette

superbe basilique. Cette céréniouie auguste se fit le 3o septembre. Cinq

évêquès y assistèrent : Euphrone 4e tours (îi), Victor de Rennes (3) , Do-

mitien 4^Ângers (4) , Domnole du Mans (5) et Macliau de Venues (6).

* agS. La magnificence de Félix (7) ne parut pas seulement dans la décora-

(1) [Ad ^8.]— Omission. a. V. raisonné de la manière que nous le faisons^

(2) Euphrone tire son nom d'eu , bon » et Comme dans la suite des siècles on n'a pas de fron , seigneur, connu ce qu'étoit cet évéque Macharius , on

(3) Celui de Victor vient de vie , intrépide » l'a confondu sans raison tantôt avec Romachaet de tor ,. seigneur. riusûe Coutances et tantôt avec Magnackarius

(4) Celui de Domitien est formé de àom, d'Ângouléme. seigneur, et d't(y bon»

(5) Domnole est ainsi appelé de dom, sei- (7) « C'eslt , dit Lobineau (vie de saint Fégneur , et de nolt, illustre, » ^ix) 9 Topinion commune du diocèse , mar-

(6) Dan3 les ancienpcs éditions des OÊuvres » 0^^® même dans les leçons de Toffice du de Fortunat , on lit Sfacharius, Ce terme ek- » s^nt , que ce fut lui qui flt creuser le canal prime la même chose que celui deltacliavus » qui est entre Fextrémité de la plaine de (AfacWau) , dont nous avons donné ci-devant » Mauves et la pointe supérieure des prairétymologie. II vient de ma, homme qui se » ries de la Magdelaine , et qui, passant le déguise , et de car, en se renfermant. Macho- » long dëRichebourg , du château et des murs rius et MacUavus sont donc deux mots qui dé- » de la ville , reçoit TErdre au - dessous du signent la même personne, le terme Macho- » pont de la Saussaje et va faire du port de rius , qu'on trouve dans quelques éditions de » la Fosse , un des plus beaux de l'Europe ; Fprtunat » n'est donc point line.erreur de .co- » et il faut avouer que Tangle que fait le bras p(ste , comme le pense M. Travers , qui pré* » delà Loire au bout de la prairie de Mauves , tend que le texte original portoit MacUavus. » où il tourne tout court à droite , semble fa- S'ih avoit connu l'affinité que ces deux termes » voriser cette opinion». Voici ce que dit k ont l'un avec Tautre dans le celtique , il auroit ce sujet le Lectionnaire de Nantes de l'an 1733.

tioii des temples et dans^la pohipe dû service divin ; il étendit ses soins à

a Félix erga saos dves et colonos maximà » cbaritate flagrans , at eis aqoarnm oppbrtii- 10 nitate copiÀque prodessel , ftuWum Ligerim» » ctim anteà |>er milliarii spatipm ab vurbe dis- » taret, jaxta eJQsdem arbis marô»na^a- » bilem re<|didit.»i «Qpiçonqaç pp^rMo) ,.(Ut » le mémeD. Lobineau, cet babileet laborieux » historien à quinotre prorince est si redérable^ » lira Fortunat avec attentioii , ne pourra Ja* » mais se persuader qi^ee^td'unirayaibivr » la rivière de Loire qu'il ait youla kfuer.Fér » lix , puisque rien de ce qu'il dit , né peut, » a'entendre du canal dertt il est qpMBieii; » Selon Fortunat , pour iairei \9 qotfTe^Uklit; » de la rivière dont Félix détourna le cours , » il fallut entreprendre deux choses : couper x> plusieurs montagnes 9 ou coUineai et fair» » une digue élevée comme une montagne » dans le vieux çapal qpi fut comblé. Cest » assurément ce qu'on ne peut pas dire du » canal de la Loire qui baigne les murailles » du château et delà ville de Nantes. On » n'a qu'à ouvrir les yeux pour voir qu'il M n'y a point eu d'ancien lit de rivière rem- » pli par des niontagqes artificieUea , et qu'il » n'y a jamais eu de montagnes à couper , » ni de collines à baisser pour faire un nou- » veau lit. Le canal qu'on prétend avoir été » fait par Félix , coule dans une prairie dont » tous les bords sont fort bas , et où il n'y a » jamais eu de hauteurs ,• et ce canal est si » large qu'on ne peut douter , quand on y » fait réflexion, qu'il ne soit naturel. Com- >» ment dailleurs la ville de Nantes auroit- >• elle pu se former , subsister et s'accroître, si » le canal dont il s'agit , n'avoit pas été dès » le commencement , proche de ses murs ; » puisque , sans ce canal , la ville seroit éloi- >' gnée de plus d'un quart de lieue du lit de » ce fleuve ? l'Erdre , qui pour lors étoit » hors la ville , n'est point potable. Ainsi D les habitans , qui n'ont ni fontaines , ni » bons puits , auroient été dans la nécessité » d'aller chercher de l'eau à plus d'un quart » de lieue. Qui pourra encore s'imaginer que » le port de Nantes fût à Pirmil , qui, ep est » éloigné de près d'une lieue ? et si Ton » Touloit dire que le port étolt au bord du » canal qui est au delà de la prairie de la

» Ifagdelaine , comment les vaisseaux y au-^ » roient- ils pu aborder et décharger leurs o n^^rchai^ises , en hiver , que toutes ces » prairies sont inondées ? la ville de Nantes » n'aui^t jamais été où elle est , si le canal « n'y amt taqiours été. C'est donc une er- • • rei^r populaire de croire que saint Félix ait » fait le canal de la Loire qui joint Nantes , w dont on ne peut entendre les yen de For- *

; » tiiqat, qi;elqueseD9 qu'on leur Yéuille doQ« »^. ner , et dont néanmoins Fortunat n'auroit »> pêa oublié de parler^ si Félix avait fait cet » ott¥rage ^ puisqu'il a lanf exagéré ce que ce

. . »,§^nt évèque fit faire pour dètoumer le cours » de la petite rivière de Ceil ; car c'est indu- » bitablement d'elle qull fkut entendre Forp tunal, qui n'auioît'pas manqué- de parler » des grands av^tages et des commodités ^e » Nantes auroit reçues , pour le commerce et 9 pour l'usage de la vie , de cette nouvelle ap-i

: » proche de la Loire , si ç'avoit été l'ouvragq » de Félix. Il se borne à dire que Félix a 1^ trouvé le moyen d'élever une montagne ob 1^ la rivière couloit, et de ftilr^ copier la ri-j 9 vière où il y avoit des montagnes ( ce qu| v> n'est pas imaginable de la Loire ) et nom-j » me effectivement Celer la rivière dont it Vf parle ».

Quo rapidus fluerel , Ceier amnis adhesil , El subilô , nalo colle , retorsil iler.

« Terme qu'on a mal pris pour une épi- 1^ thète de cette rivière , au lieu que c'est sonç » nom 'propre , en français , le Ceil , d'où » ont pris le nom le château de Chasseil ^ » maison de plaisance des évoques de Nantes, » et celui de la Geilleraye qui est au-dessus ».

M. Travers , dans son histoire abrégée des évéques de Nantes , s'exprime en ces termes : » il n'est pas certain que l'évéque S. Félix. » ait détourné le cours de la Loire pour la » faire passer à Nantes ; il faut plutôt dire , » avec D. Lobineau , que c'est le Ceil ». Dans sa dissertation sur les monnoies bretonnes , il s'explique autrement, a La cité des Nantois » a eu de tout temps un port qui l'a toujours » rendue fameuse. Mais les anciens écrivains » ne nous disent point où étoit ce port. En » quelque epdroit donc qu'il ait été ancien- »' nement, ou' à, Coueron , à trois lieues au-

tout ce qui pouvoit faire fleurir le commerce dans sa ville capitale ; il

» dessous de Nantes^ sur la Loire, oa vers Re- » lay , à une lieae , oa à un mille de la ville, aa- » dessos de Ricbebourg (un des faubourgs ), 0 il est maintenant à la Fosse. Nous croyoqii » en être redevables k saint Félix , seiiième » évèque de Nantes , par les soins duquel il » fut fait vers Tan 560 ».

Dans cette diversité d'opinions , il est nécessaire d'examiner de nouveau cequeFortunat a dit sur la matière présente. On doit convenir , avec D. Lobineau , que ce poëte n'auroit|MM manfué de parler des grands avanloges et des commodités que Nantes auroit reçues pour le commerce et pour V usage de la vie , de celte nouvelle approche de la Loire , si ç'avint été Vouvrage de Félix. Interrogeonsle : c'est le seul juge en état de décider, par-* ce qu'il étoit contemporain et voisin de Félix. Voici comme il en parle :

Qui probus ingenio , nutans meliore rotalu , Currere prisca facis flumina lege nova.

Que priùs in prsceps veluli sine firuge, regebant, Ad viclum plebis nunc famulantiir aqus.

Ce que l'on peut rendre en ces termes: « Toujours conduit par la sagesse , si vous » donnez de nouvelles lois aux fleuves , c'est » pour en tirer de nouveaux avantages. Les » eaux qui^ dans leur ancien lit, n'annonçoien t » presque d'autre dessein que de suivre la » pente qui leur est naturelle , s'empressent » à présent de fournir, dans celui que vous » leur avez creusé , aux besoins des citoyens. »

Le poëte continue ainsi :

Altéra de fluvio metilur seges orta virorum , Cùm per te populo parturit unda cibum.

« Le fleuve , docile à votre tendresse , en » faisant sortir de ses eaux la nourriture du 9 peuple, semble être par là une nouvelle pé- » pinière du genre bumain. vTels sont , d'après Fortunat , les avantages du nouveau canal que Félix avoit pratiqué. Pour qu'on pût les appliquer au Ceil , il faudroît que cette petite rivière fût navigable, et qu'elle portât à Nantes de grosses barques. Ce que personne n'a dit jusqu'à présent Ce n'est donc point de ce ruisseau dont Fortunat a voulu parler. Pour peu qu'on pèse ses expressions , on ne peut les entendre que de la Loire. Elle seule pouvoit procurer aux Nantois des denrées de toute espèce. En supposant que cette

rivière fût éloignée de Nantes avant que saint Félix siégeât en cette ville , on conçoit que le transport des marchandises par terre étoit dispendieux. Lorsqu'elle baigna les murs de cette cité^ les choses nécessaires à la vie se trouvèrent, pour ainsi dire , sous la main.

Ne nous lassons point d'écouter Fortunat. Il aplanira peut-être les autres difGcuUés. Il continue de parler de Félix en ces termes : Aggere composito , removens in gurgîle lapsum ,

Quô natura negat , cogis habere viam.

Ei'igis hic Tallem , subdens ad concava montem ,

Et vice conversa , h«c tumet , ille jacet. Aller in alterius migraTit imagine formam ,

Mous il» valle sedet , vallis ad aslra subit. Qu6 fuit unda f ugax , crevît pigro obice terra ,

El quô prora priùs , hùc mode plauslra meanl. CoUibus adversis flexas superinvehis undas,

El fluvium docilem , monte vetanle , trahis. Quô rapidus flueret, veniens celer amnis adhesit ,

Et subito « nalo colle , retorsit iler.

Si nous comprenons le sens de ces vers, voici à peu près comme on peut les rendre en françois. « Par le moyen des digues que 0 vous opposez aux eaux^ vous leur faites x> prendre un cours que la nature leur avoit » refusé jusqu'à présent. Ce qui étoit enfoncé , » s'élève sous vos mains ; ce qui étoit élevé , » s'abaisse à son touf : la forme de l'un se n communique à l'autre. Le terrain qui domi- » noit sur Tancien canal , se change en vallon 10 pour recevoir les eaux; et ce canal ^ qui x> étoit profond, prend la place du terrain » élevé. Là où l'onde se plaisoit à couler avec » vitesse , on ne voit plus que de la terre qui , » à force de travail, en a arrêté le cours. Au » lieu des vaisseaux qui y voguoient, on ne » rencontre plus que des chariots. Vous trans- 0 portez les eaux au-dessus de leur lit , et vous » les retenez par de nouvelles rivés. La ri- » vière , accoutumée à couler avec rapidité » dans son premier lit , s'est arrêtée tout à » coup , malgré la force avec laquelle elle a » tenté de repousser votre levée , une résis- » tance plus opiniâtre l'a obligée de suivre une * » autre direction. » Lorsque Félix détourna la Loire, il n'avoit donc pas besoin de couper de» montagnes^ ni d'abaisser des coUines. Co qu'il devoil faire , c'étoit l'' de creuser , à cette rivière , un vaste lit qui, paria profosdeur ,

f\l\6 HISTOIRE ECCLisi ASTIQUE.

détourna la Loire avec des travaux immenses, et la fit passer sous les

resscmblÂt à un vallon , et dont les rÎTes imitassent des monticules , par leur élévation ; 2** de combler Tancien canal qui « de vallée qu'il étoit^ eu égard au terrain voisin, devoit s'élever insensiblement comme une montagne pour prendre le niveau. C'est là ce que veut dire Fortunat dans son style poétique^ qu'on ee doit pas prendre dans toute la force des termes. Des lors que Fortunat, en décrivant les avantages que Nantes rcliroit du nouveau ca« nal de Fclix , n'a pu parler de celui du Ceil , il est constant que les vers cités par D. Lobineau ne peuvent regarder cette petite rivière, et que le terme ceUr n'est ici qu'une épîthète à'amnU, La maison de plaisance des évéques de Nantes , qu'on nomme communément Chassais ou Chassey , est ainsi appelée de cas , nom appellatif d*habitation , et d'fi on ai, rivière. Celle de la Sellerayc tire son étymologie de sel , hahilalion , et de re, rivière ihahiUilion auprès d'une rivière.

Les autres objections qu'a proposées D.Lobineau ne doivent plus embarrasser. Mais cependant il ne faut pas les laisser sans réponses. La ville de Nantes , autrefois bien moins considérable , est presque entièrement située sur le penchant d'une colline , à l'exposition du levant, et , pour la plus grande partie , au midi. Ceux qui se ûxèrent d'abord dans ce lieu, durent préférer cette position è celle de la plaine qui est au-dessous , è cause de son humidité et des inondations. Aucun monument ne nous instruit que l'Erdre ait beaucoup changé de position. Ce que nous pouvons en savoir, c'est qu'on attribue au duc Pierre Mauclerc d'avoir rétréci le lit de celte rivière dans la ville, de l'avoir éloigné de la place des Changes et fait se décharger dans le Râteau. Ce Râteau , où les eaux de l'Erdre et de la Loire se joigaent , étoit pris dans les murs de la ville, au quartier de Sainte Catherine, et fermé par une grande grille de fer qui se haussoit et se baissoil au besoin. Au-dessus étoient deux tours qui en défendoient l'entrée. C'est de là que le Râteau a pris son nom. Ce lieu n avoit été d'abord fermé que de palissade. Rat , camp fermé de palissade ; au , rivière: camp fermé de paUssade sur une rivière. Quoique l'eau de TErdre ne soit guère

potable, les Naiitois n'avoient pas besoin de recourir à la Loire pour apaiser leur soif. On voit maintenant beaucoup de puits à Nantes , tels que ceux du château et de la place Saint Pierre ; ceux de Notre-Dame , du Pilori ; celui qui est voisin des pnsons royales ; cdix de la Monnoye^ des Changes, delà porte Saint Nicolas ; ceux du Marchix, de la rue Saint Léonor, des Cordeliers-, et un grand nombre de puits domestiques dans les communautés, hôtels et maisons des particuliers. Les premiers habitans de Nantes, gai, d'ailleurs avoient de puissans motifs pour ne pas quitter ce lieu, ont pu employer les mêmes moyens : la nécessité rend industrieux. Les eaux de ces puits dévoient être d'one grande utilité. Ce que l'on ne doit pas passer sous silence, c'esique les Nantobétoient voisins de la Chezine qui se jette dans la Loire à l'endroit où la ville se sépare du faubourg de la Fosse , et qui de là a pris son nom. Ced , confluent i rîn, port. Ce qui veut dire : rknèrt qui a son confluent à un port. Les avantages que les premiers Nantois tirèrent de TErdre , furent d'autant plus grands et plus prompts que la navigation , alors dans l'enfance , y étoit plus facile. Cette rivière prend sa source dans l'Anjou, à quatre lieues ouest- nordouest d'Angers , en un canton qu'on a appelé pour cela Lorow , de lor , source , et d'oto , rivière. Ce qui veut dire : source de rivière, L'Erdre reçoit sur les confins de la Bretagne une autre rivière. Ce lieu se nomme Cdnde, à cause du confluent des deux rivières. Cand , confluent, La rivière qui s'unit à l'Erdre en cet endroit , porte le noiQ de Mandy , parce qu'elle va couler avec elle. Afan, rivière; dy, deux. Cette jonction contribue à rendre l'Erdre navigable. Riale, la Uerllere et Nor, par où cette rivière passe , en ont emprunté leurs noms. Ri, rivière: al, auprès. Mer ^ près; liex , rivière ; re , deux. Nor , rivière. Le port de Nor pouvoit servir , comme à présent , d'entrepôt: les marchandises qui y arrivoîent éloient voiturées de là par eau jusqu'à Nantes. Il n'est peut-être pas hors de propos de remarquer , à cette occasion , qu'il y a à Nor une mine de charbon de terre qui peut suppléer aux charbons étratt^^ers. Le lien où est cette

lïîurs de Nantes. Il établit à la Fosse le port qui paroit avoir été auparavant à Piremil (i).

agQ. Félix ne pouvoît faire un emploi plus noble des grandes richesses qull avoit reçues de ses ancêtres. Les malheureux attiroient sur tout son attention. Sa charité pour eux n'avoit d'autres bornes que celles de leurs besoins. S'il ne se regardoit que comme l'économe de son propre patrimoine ,,B'il le vendoit même pour le service de TEgh'se et celui de la chose publique , il considéra toujours les revenus ecclésiastiques comme le patrimoine des pauvres. Ce qu'il craignit le plus , c'étoit de laisser dans son diocèse quelque indigent dont il n'eût pas soulagé la misère.

3oo. La conduite qu'il gardoit dans son diocèse fut une des princi-

miDe se nomme Languen , parce qu'autrefois c'étoit une forêt qu'un événement particulier a renvetsée. Lan^ renversée; guen , forêt. Elle a eu le mAme sort que plusieurs autres de TEuropc. Il n'a fallu rien moins qu'une révolution violente dans le terrain qu*occupoit cette forêt , pour la faire s'enfoncer dans le sein de la terre. Elle devoit contenir beaucoup d'arbres résineux. Leur substance à dû se décomposer après bien des siècles et se changer en une espèce de terre, qui, étant pénétrée par la matière résineuse que ces arbres avoient déposée , s'est enfin minéralisée. S'il faut avouer ,'«omme le dit D. Lobineau , que l'angle que fait le bras de la Loire au bout de la prairie de Mauves, où il tourne tout court à droite , semble favoriser l'opinion de ceux qui pensent que c'est cette rivière que Félix détourna ; ce sentiment prend de nouvelles forces à l'appui de Fortunat, En effet , la rivière dont l'évêque de Nantes changea le canal , prit un cours opposé à celui qu'elle suivoit : ntorsU Uer. Ce cours opposé n'est-îl pas bien rendu par la droite et la gattche ? La Loire , au lieu de se rendre , comme par le passé , dans son ancien lit qui étoit à la gauche , l'abandonna , parce qu'il étoit comblé , pour tomber dans le nouveau que Félix lui avoit préparé à la droite. Par ce changement , U plaine de Mauves et celle de laMagdelaine , qui n'en faisoient qu'une, furent séparées par la rivière, et chacune prit le nom qui lui étoit analogue. Mauves slgni-

(*) Ci-dessus , întroduclion , n» 218, p. 103.

fia des pâturages que la rivière avoit coupés , et Magdelaine, desprairies sur la même rivière. Moes, pâturage; ves ou hes, coupé; mad, prairie ; kiiime , coupée. Qu'on nous permette de remarquer, en passant^ que la Dinate qui , au-dessus de Mauves , s'unit à la Loire ^ tire son nom de dan , en composition , den ou din , rivière , et d'à/ , confluent. Le fameux temple dont nous avons parlé , t. 1. p. 269 et 270 (*), avoit été établi à Bichtbourd , maintenant faubourg de Nantes. C'est ce que nous découvre l'étymologie de ce nom. Voyez ci-dessus le renvoi (a) de la p. 271 (**). Nous ajouterons que TErdre reçoit à Nantes le nom de Barbin , parce qu'il va se joindre à la Loire, au-dessous du pont de la Saussai, Bar^ rivière; bin,deuœ. C'est de là que le canal de la Loire va former le port de la Fosse.

(1) Le terme fos , dont le françois a formé celui de Fosse , et qui désigne ici une levée , suppose que Félix ne se contenta pas d'y construire un port, mais qu'il l'enrichit d'un quai pour la facilité du commerce.

Il nous semble que l'ancien port de Nantes qui subsistoit avant le pontificat de saint Félix^ étoit à PiremiL Ce que nous pouvons dire en faveur de cette assertion , c'est que le nom de Piremil paroit attester la vérité de ce fait. Ce terme est composé de pw , en composition , Py » 9^V^ 9 ^^^ > ^c ^^ » rivière , et de mil , élévation. Ce qui veut dire : élévation au hord de laqueUê une rivière forme une haie.

(**) Ci- dessus, n» 269, page 423, note 4. a.V.

SIXIÈME siècle/ ' 449

çlus ^ qui avoit pris naissance j à ce qu'on croit , vers Fan 5 1 1 , dans la paroisse de Benai ^ au diocèse de Nantes (i). Ses parens , qui étoient pail* vres> ne lui laissèrent d'autres biens qu'une éducation sainte ; comme son père , il laboura la terre : ce qui lui fit donner le nom de Friar (2). Là vie champêtre , qui a fait la gloire des peuples les plus sensés , qui a été sanctifiée, par les patriarches, et qui n'a été avilie en France que d'après les anciens préjugés de nos pères qui ne connoissoient que l'art meur«trier de la guerre , sera toujours regardée avec distinction par des yeux clairvoyans ^ parce que l'agriculture sera , dans tous les temps , le plus nécessaire de tous les états et le plus analogue à la nature humaine.

3o4« Occupé des mêmes sentimens qui animoient la plupart des religieux de l'Armôrique durant leurs travaux corporels, Friar pensoit sans cesse à l'arrêt que le Dieu de justice a porté contre le premier des hom*mes. Eh s'inclinant vers la terre , il se représentoit la mort qui fait rentrer du même coup le monarque et le sujet dans la poussière d'où ils ont été tirés. Levant ensuite les yeux vers le ciel , où l'on ne sème ni nfe laboure plus , mais où l'on recueille pendant l'éternité ce qu'on a semé dans le temps , son cœur s'élançoit vers celui qui devoit faire sa félicité* Il savoit tellement allier la prière avec le travail , que bien loin que Tune fût un obstacle à l'autre , elle le lui rendoit plus facile.

305. Sa piété lui occasionna des railleries fréquentes de la part de ceux qui n'en connoissoient pas les avantages. Gomme la plupart n'ont pas ou la volonté d'imiter les saints , parce que la pratique constante et affectueuse des devoirs de la religion coûte trop à la nature dépravée , ou sont trop légers pour apprécier le vrai motif de la conduite des âmes pieuses, ils ne s'appliquent qu'à jeter du ridicule sur leurs actions. Aveugles qu'ils sont , ils ne réfléchissent pas qu'en s'égarant de la voie de la vérité , le soleil de l'intelligence ne se lève point sur eux ; tandis qu'ils regardent comme une folie la vie du juste , celui-ci se prépare de loin une place parmi les enfans de Dieu , et assure son partage avec ses élus.

306. Un jour que Friar ramassoit des javelles de blé dans un champ avec les autres moissonneurs , un essaim de guêpes s'éleva tout à coup

(1) La paroisse de Benai n'étoit â*abord La terre et seigneurie de Coislin a son chef-

qu^une forêt qui s étendoit jusqu'à Coaslin ou lieu auprès du marais de Saint Gildas.

CoUlin , et joignoit le marais de Saint Gildas. (2) Le nom de Friar vient de fri , qui ou-

Ben , extrémité; hai, forêt; eoad ou coet , vre, et d'ar, terre , cAamp .- homme qui omfre

forêt; lin , marais : forêt auprès d'unmarais, la terre , c'est-à-dire ^ lahomeur.

sixiioiE siicLS. 45 1

cbarrue s'arrêta à regarder en arrière , et fut idlement efîrayë de la tâche qu'il aToît entreprise^ qu'ayant perdu courage, il retourna dans sort mona^ère , où la ^ie ëtoit moins dure. Les suites de son inconstance ne furent pas aussi heureuses qu'il se l'ëtoit imaginé : il fut tuë peu de temps après , sans qu'on ait pu découvrir quelle fut l'occasicMi de sa mort.

3ii. Le diacre Secondel eut plus de persévérance : il demeura assez fidèlement attaché à la compagtaie de saint Friar , qu'il regardoit comme son maître y malgré la supériorité à laquelle son ordination Télevoit. Il fut enfin tenté par le démon , qui lui apparut de nuit sous la forme de tiotre Seigneur , et qui lui dit : « Je suis le Christ à qui vous adresseaS » tous les jours vos prières ; vous voilà maintenant devenu saint , et j'ai » écrit votre nom dans le livre de vie , avec celui de tnes élus. Sorte» w présentement de cette lie , et allez faire des guérisons miraculeuses par- » mi les peuples. »^ Le solitaire , trop crédule , n'écoute que son zèle et sort de son réduit sans avoir pris conseil de Friàr. Les malades sur les«* quels il impose les mains sont guéris. De retour , il raconte au saint le voyage qu'il a fait , et lui détaille l'histoire de ses miradeSé

3ia. Au lieu des applaudissemens qu'il attendoit, il ne reçut que des reproches, a Nous sommes bien malheureux , dit Friar , en pleurant amè* » rement ; car je vois, par vos discours , que vous arez été séduit par la » tentation de l'ennemi de notre salut. Allez donc et faites pénitence , » pour ne pas vous laisser prendre désormais dans ses pièges. » Secondel , frappé de cette remontrance comme d'un coup de foudre j se jette aux pieds de Friar , confesse sa (aute et le conjure , les larmes aux yeux , de prier pour lui. Le saint , qui a appris que Dieu ne rejette pas un cœur contrit et humilié , lui expose Tétendue de sa miséricorde. Le coupable sollicite aussitôt son pardon auprès du Seigneur ; celui qui l'a excité à une componction sincère le demande avec ardeur.

3i3. L'ange séducteur avoit trop bien réussi pour ne pas revenir à la chaire : il reparut sous la même forme devant Secondel et lui dit : a Ne^ 9 vous avoi&-je pas donné ordre d'aller visiter mon troupeau , parce > que mes brebis sont malades, et qu'elles sont sans pasteur? v Le solitaire, qui commençoit à discerner les esprits , le traita d'imposteur et le somma de lui montrer sa croix , pour prouver qu^il étoit le Christ. Le démon , vaincu cette fois^ ne se crut pas désarmé.

3i4* 11 revint avec une légion d'autres mauvais esprits , et frappa Secondel d'une telle manière , qu'il fut en péril de la vie. Docile aux ins-

4^^ HISTOIRE E0CLÉSIÂ8TIQUE.

pirations de la grâce , llierinite la fit fructifier avec persévéranoe i #1 parvint à une grande sainteté. 11 mourut entre les bras de saint Friar p qui Fenterra dans l'oratoire de leur lie. Ses reliques sont maintenant dans rëglise paroissiale de Benai j qui en fait la féte^ comme l'un de ses patrons , le 119 d'avril.

3i5. Pour saint Friar , il ne sortit jamais de Vindunite ; c'est pourcela que Grégoire de Tours l'a mis au nombre des reclus : diaque jour releva à un nouveau degré de perfection ; Dieu le favorisa même du doo des oiiracles. Parmi ceux dont il l'honora ^ on remarque qu'un bâton sec , qu'il avoit enfoncé dans la terre , prit racine et porta des fruits. Les peuples vinrent de toutes parts admirer ce prodige ; comme il pouvoit être une occasion de vaine gloirç , l'humble pénitent le coupa et le fit brûler : sacrifice qui nous enseigne que nous devons éloigner de nous les préseus , mém^ de Dieu , lorsqu'ils peuvent être un sujet de l'offenser. te chrétien qui connott sa foiblesse et la perversité de son cœur , ne se soutient que par la vigilance. Saint Grégoire de Tours , qui vivoit du temps de Friar y avoit une si haute opinion de son crédit auprès du Tout* Puissant , qu'il le croyoit en état d^ reçsusciter les morts , s'il eût de*> mandé cette grâce à Dieu.

3 1 6. 3 1 7 . De nouveaux disciples se rangèrent auprès de Friar , sur la fin de ses jours. Sa mort donna un nouvel éclat à sa vertu ; étant tombé malade, il envoya prier son frère , l'évéque Félix ^ de venir le visiter avant son décès, qui devoit arriver un dimanche. Le prélat, qui étoit arrêté par des affaires , lui fit dire d'avoir un peu de patience et de différer le jour de sa mort, afin qu'il pût se procurer la consolation de le voir. Lliermite, qui étoit à l'extrémité^ agissant comme s'il eût été le mattre de prolonger sa vie , dit alors : «c levons -nous donc pour attendre notre frère. » Dieu suspendit , en effet , la maladie du saint ; en accordant à l'un et à l'autre cette grâce signalée , il manifesta le mérite de l'évéque ^t du solitaire. Lorsque Félix arriva , Friar lui dit : « Saint évêque , vous retardez » bien le voyage que j'ai à faire. » Aussitôt la fièvre le reprit, Après avoir passé la nuit du samedi en prières avec l'évéque , il expira saintement entre ses bras le dimanche matin , qui étoit , comme on le croit , le premier jour d'août; ce qui nous fait rapporter sa mort, avec le Père le Cointe, à l'an 577 (i). Une odeur admirable remplit, après son trépas, sa cellule , dit Grégoire de Tours , et parfuma les assistans.

(i) Gregor. Turon. Vit. Patram , c. 10. Baillet » D. Lobineau.

Saint Félix lava et revêtit le corps de son cher frère , avant que de l'enterrer : c'étoit un ancien usage reçu parmi les chrétiens. Les restes du saiot furent déposés dans son hermitage ; plusieurs miracles s'opérèrent sur son tombeau : on y bâtit depuis une église. Ce saint est le principal patron de la paroisse de Benai; on y conserve une partie de ses reliques ; l'autre est dans la cathédrale de Nantes (i).

3i8. Saint Sanson ii a voit désigné , en mourant , Magloire, son cousin, pour son successeur dans le gouvernement de son église ; ce choix , qui n'avoit d'autre fondement que le mérite , ne pouvoit manquer d'être agréé du clergé et du peuple.

319. Magloire, beaucoup moins âgé que saint Sanson , avoit eu le même maître. II tut , après l'avoir" formé à la piété et aux belles-lettres ^ le renvoya chez ses parens. A la visite que Sanson avoit faite à son père Ammon durant sa maladie y il avoit persuadé à Magloire d'embrasser l'état monastique : ce qu'il fit dans une communauté voisine du lieu de sa naissance.

3ao. Il en observa les régularités avec tant de zèle et d'exactitude , qu'il devint en peu de temps un modèle de la vie religieuse. L'innocence de ses mœurs étoit fondée sur une humilité vraiment chrétienne : attaché à la prière , il ne connoissoit que les biens célestes ; par la mortification de ses sens y sa liberté le portoit avec plus de force à la pratique des vertus.

321. Sanson s'associa ce jeune religieux , lorsqu'il passa en Armorique. Pour le rendre plus utile au public , il l'éleva au diaconat. Ce lévite fut le compagnon de tous ses travaux et de ses bonnes œuvres. Lorsque le saint évêque fut placé sur le siège de Dol , il le mit à la tête du monastère de Carfenten : c'est dans ce temps qu'on donna à celui-ci le nom de Magloire , ou de chef préposé à l'instruction des autres (a).

322. Ce poste important fit connoitre ce qu'il étoit : sa science et sa sainteté brillèrent à Tenvi. Le sacerdoce , auquel il fut élevé , le conduisit à un nouveau degré de perfection. Quoique appelé à l'épiscopat par la voix d'un saint et par les vœux de son peuple y il n'en redouta pas moins le fardeau , et ce ne fut que par obéissance qu'il se laissa imposer les mains.

3a3. Semblable à son illustre prédécesseur y il prêcha la pénitence dans

(1) Gregor. Taroa. Vit. Patnim, c. 10. (2) Mag .prépoiéàVinUructUmslor, chif. BaiUet , Lobineau.

454 HISTOiaS ECOisUSTIQUE.

lout son diocèse et y catéchisa. Les côtes septentrionales de rArmorique y qui ne reconnoissoient point encore d'autres éréques que œiix de Dol , furent arrosées de ses sueurs. Ses instructions , ses vertus et ses exemples portèrent partout la conviction et opérèrent des changement admirables dans les mœurs*

324. Malgré la continuité de ses travaux , sa vie n'en étoit pas moins austère : sa nourriture étoit ordinairement du pain d'orge et des légu-' mes ; aux grandes fêtes, il mangeoit par complaisance quelques petits poissons ; son jeûne étoit presque continuel , et il ne le rompoit que le soir. Les mercredis et les vendredis , il faisoit une abstinence entière ; il portoit toujours un cilice ; ses habits n'étoient ni vils , ni précieux ; il en agissoit ainsi , pour tenir un milieu entre le luxe des grands et la pauvreté.

325. 11 étoit sorti de l'école de saint Iltut un personnage qui ne mé* rita pas moins l'admiration de son siècle que saint Sanson et saîol Ma* gloire. Le nom de Gildas , sous lequel on le connolt , prouve sa sainteté } celui de Sage , qu'on lui a conservé , ne dépose pas moins avantageusement en sa faveur.

3a8. 11 vint au monde, comme il nous l'appivnd lui-même» l'année où les Bretons remportèrent une victoire conq^lète sur les Saxons qui avoient assiégé Bath (i), c'est-à-dire , l'an

(1) Celte vOle est située an pied de Bases- ditex très-blaflciie que Von Irmre proche downe , qui est le moM Badomcus des as- des bains , et dans la cMipagne astssr dt la ciens. Le nom de Banesdown$ est composé de rille. Lorsqa^on jette cette chaox dans l'eau hmi.jêt; d'or, eau, et de âanm, montagm. froide, fl s*y fait une fermentatios si forte Ce qui veut dire : aïonla^fiM oapràf dêlaquilk qu'on j peut cuire des œnflb. Cette cImnix n'sst os dofise la douché. Bath est remarquable probablement autre cbosa que la fleur des par ses bains chauds , les plus fameux de toute minéraux qui fermentent et qui s*exhalent sur l'Angleterre. Les eaux de ces bains paroissent la surface de la terre. Antonin , dans son lÛdaires quand on les regarde à quelque dis- néraire, donne à Bath le nom d^ifiMi SoUi. tance ; si on les rapproche de Toeil , elles ont Gale observe à ce siget que ces bains avoient la couleur de l'eau de la mer. Leur odeur, été consacrés au soleil, àPallasetàHercuIe. qui tient de celle du bitume , est désagréable ; Le soleil avoit un temple dans la viHe , qui mais leur goût ne choque point le palais, de là , si on en croit cet auteur « prit le noa Ces eaux minérales ont une grande vertu que lui donne Antonin. Solin dit que la déesse pour guérir plusieurs maladies , entr'autres PaUas y avoit aussi un temple où Toa entrela paralysie, le rhumatisme, la foiblesse des tenoit un feu perpétuel. Sur les murailles de nerfiijes maladies scrophuleuses, etc. On croit la ville on voit encore, dit- on ^ diflKrentes quelles passent par des minières de soufre , représentationsd'Hercule: dans Tune, il presse de nitre et de bitume, qui leur commun!- un serpent en chaque main ; dans une autre, quent la chaleur et les propriétés dont elles il écrase deux serpens ; dans une troisième , sont douées. Une des causes de la chaleur de il lève la main gauche et tient sa massue de ces eaux vient d'une espèce de poussière de la droite. Cependant , il parolt plus naturel de

SfXlisME SIÈCLE. 4SS

499 (^)* ^^^^ ^îll^ luî donna la naissance , et il en prit le surnom de Badonique.

3ti7. Son père , qui étoit un des seigneurs les plus qualifiés de Ttle de Bretagne, et qui vouloit procurer à son fils une ëducalîon sainte , renvoya au monastère de saint Iltut. Ses heureuses dispositions annoncèrent qu'il deviendroit un des plus illustres élèves de ce docteur ; exempt des défauts attachés au premier âge j il réunissoit la sagesse et la maturité d*un vieillard. Humble , doux , complaisant , tout à tous , il se fit aimer des uns et des autres. L'habitude qu'il prit de chercher Dieu et de le trouver dans tous les livres , rendit ses études une source de grâces , tandis que , chez bien d'autres y elles ne servent qu'à les dissiper et à leur dessécher le cceur.

3!à8. Son amour pour la retraite le détermina à embrasser l'état monastique. Après avoir passé encore quelques années auprès de saint Iltut, il alla en Irlande, pour se perfectionner dans la pratique de la vie spirituelle , sous les grands maîtres que saint Patrice avoit formés.

Sag. A l'âge d'environ vingt ans , il se retira dans TArmorique , et choisit pour le lieu de sa solitude la petite tle d'Houat , au diocèse de Venues ; ce refuge , dont le seul aspect faisoit frémir , n'eut que des attraits pour Gildas ; le monde , si souvent anathématisé par la vérité éter^ nelle , dont les charmes prétendus , pour paroitre éclatans aux yeux de la multitude , n'en sont pas moins fragiles au jugement du sage, avoit disparu devant lui. Semblable au rocher toujours immobile qu'il fouloit aux pieds et qui bravoit , par la solidité de son assiette , les vagues impétueuses de la mer en courroux , il défioit les créatures de le séparer de l'amour de son Dieu : l'essai qu'il avoit fait de demeurer en lui-même et en Dieu , le dédommageoit au centuple de ce que le siècle séducteur pou* voit lui offrir de gracieux.

33o. Dès l'âge de quinze ans, son genre de vie étoit si austère , qu'il ne mangeoit que trois fois par semaine : la réfection qu'il prenoit alors

tirer da celtique le nom de SolU. SomI, ^Ikteûi Balhan eester ^ ouUville des bains,

chaude; ù.eau. Les RomaiDS , qoi ne con- ^^^ ^^^^ ,3^^ la TÎctoire remportée sur les

noissoient pas cette langue , aurontjgouté au ^^^^ ^ ^ quaranle-quatrième annéedepub

mot iolU celui daquœ. Le nom de Bath, qne y^^^ ^^ ^^ ^^ ^^^ p,,^ ^ ^^^^^

^Uent celte YiUe, est le même que Sal ou ^^ les Saxons ayant abordé pourla première

Bad qui Teut dire 5ain. Celui de Boloi^ ^^^^^^^ cette llel'an 456, il s'ensuit que cet

queUe a.oit d'abord, signifie lu ftatiu. C'est ^,^„ement arrita Fan 499, et conséquem-

le pluriel de liai. On sai que le et le d se ^^^^ ^^^^^ ^^^^^ ^^ ,,^ ^^ j^ „^.^

mettent indifféremment lun pour Tantre. Les g^^uç^^^ saint Gildas Saxons, qui devinrent maîtres de Bath , Tap-

sensible , parce qu'eUe est plus propre a fefirè rentrer ÎTiomme au dedans de lui-même. Z?te/*?rig'am, cette capitale dès *F<^/i<^fi?, autrefois si florissante , et ces places fortes qui Tavoient environnée , n*ëtoient plus reconnoissables (i) ; le fer et le feu lès avoient fait disparoitre, après le triomphe trop sanglant de Julès-César. A i'aspect de ces tristes débris de leur grandeur pass^^ Gildas se conyainquif de plus en plus qu'il n'y a que Dieu qui soittoujouTS le même y et que tout ce qui porte Fempreinte de la main de l'homme , quelque solide quMl paroisse , participe à son inconstance et à sa fragilité.

Si le pieux i^bé promenoil ses regards à Fouest de son île, ei au

(t] II. le comte d^ Caylus^ datià son Recueil d'aiMi^iiîtés , t. %, a pris le boBrg de Lomariaker. pour Dariorigum. C«(ie coajec^ tare ne parott pas vraisemblable. Lomariaker est situé sur le bord de la mer , au sud de Veunes « dans une espace de presqu'île , ou de langue de terre ^ à la gauche de l'entrée daixs le Morbihan. Son terrain est coupé par de petits bras de mer, par des marais et par des étangs. C'est là aussi Tidée que nous fournit le terme Lomaricûcer. Lo , golfe ; mariae , maraii; h&Ty tille, habitation. Ce qui veut dire : lieu habité sur un golfe où il y a des marais. Gomme le terrain de ce bourg joint d'un côté le continent , Jules-César en auroit pu faire le siège par terre : il auroit pu en approcher en jetant un pont sur la rivière d'Aurai. La position de Danon^m étoit bien différente : la mer baignoit^ au moins cbaque jour, ses murs de tous côtés. Nous croyons cependant Tolontiers que Lomariaker a été Tune des places fortes des Veneli, On y remarque encore des fondemens de tours et de murs. On y a découvert plusieurs médailles romaines; en 1748 , on trouva dans les ruines que la mer couvre, en draguant des huîtres , une statue d'or de deux ponces de hauteur et pesant deux louis. On dit qu'elle représente Harpocrate , dieu du silence. M. de la Sauvagere rapporte qu'en 1755 « lorsqu'on nettoyoit le chenal de la rivière d'Aurai , « on » trouva vis-à-vis la pointe de Kerantrait , au » fond de Peau , enfoui dans la vase , un tas » de grosses poutres très-saines, très-longues, » et d'un bois dur comme le fer , si pesantes , » qu'après en avoir tiré quelques-unes hors » de l'eau, on a été obligé de renoncer à ce

» travail , et d'y laisser forcément celles qui » y restent , qui barrent le sol de ce chenal, » qjUe Ton n*a pu approfondir aa point oà » on. le vouloit. Ces débris marquent cer-^ » tainement la cbute d'un pont de charpente; » et , en effet, on y a reconnu en même temp» » les ruines des murs de la culée, maçonnés » en mortier de ciment. » Ce pont est probablement l'ouvrage de César; il s'en servit pour aller mettre le siège devant Lomariaker. Il y construisit deux fautes terrasses de moi- Ions placés les uns sur les autres sans mortier ; I^ine est au nord de Lomariaker et porte le nom de butte de HeUsu , c'est*à-dire , de place élevée. Bel, élevée; leu, place ^ lieu. L'autre regarde le midi et a retenu le nom de BuUe dû Cisar. Elle contient , à peu près » 3400 toises cubes. On conçoit aisément l'usage qu'en Gt Jules-César contre Lomariaker. C'est là l'une des pkces des Veneti que ce général prit par terre.

A cette occasion , nous obser?erons que^ sur la rive opposée^ dans la presqu'île de Ruys , il y a deux autres buttes (rès-remarquables. On appelle ordinairement l'une le Grand Mont^ et l'autre le Petit Mont. Quelques-uns donnent au Grand Mont le nom de Butte de César. On la connoit aussi dans le pays sous lé nom de Mottien Tumiaeh. Ce sont deux termes celtiques : le premier est formé de mot, élévation, et de tien^ belle. Ce qui signifie, belle élévation. Vautre est pris dç. (tim ^ élévation , et é'iach, bien conservés: élévation bien conservée. Çetjle butte ^ d'dù l'oi^d'écoûvre le plus bel bprisson du monde , domine $ur le Morbihan.

SIXIÈME SI^èLE. 459

^39. Plusieurs personnes du monde , qui désirèrent marcber dans les sentiers étroits du christiabisme , se servirent utilement de ses conseits. Le prince Waroc , autrement Guerech ou Erech /second du nom , comte de Venues, avoit mis à profit les trésors cachés de la science et de là sagesse de Dieu dont il éloit rempli. Pour le rapprocher de sa personne , il lui avoit fait présent de la presqu'île de Ru^. Trifihé,'sa fille, étoit devenue , soùs la conduite de ce saint et éclairé directeur , un modèle accompli de piété.

340. Comorre, son grand oncle ^ ami de la paix et sans ambition , charmé dé ses veirtus , se l'associa par les liens du mariage'. Un fruit pré^ deux de leur tinion alloit bientôt pàrottre ati jour , lorsque Canao , qui vx>uloit régner seul eu Àrmorique , fit p^rir Waroc. Pour jouir en entier des suites de son crime , Trifine dévoit éprouver le même sort : sa fuite ne la sauva pas du poignard encore fumant du sang de son père ; Gildas la rappela à la vie par uu miracle. L'enfant qu'elle portoit dans son sein ne tarda pas à venir au monde.

34 î. L'abbé de Ruys, protecteur de Tintiocence , mit la mère et le fils à l'abri des nouvelles insultes du tyran. Trifine se fit religieuse dans un monastère de vierges ; après y avoir pratiqué les vertus propres de ce nouvel état, elle mourut saintement (i). Le jeune prince /dont Giidas étoit devenu le père , entra dès ses premières années dans sa communauté ; il y fut instruit dans les belles-lettres et dans la piété ; sa vie angélique , que des miracles abcompaguèrent, lui acquit le nom de Tremeur ou de très^ grand (îi)«

342. Trifine et Tremeur sont honorés d'un culte public : leurs noms se

(1) Trifine a pris son nom de irx , irU , et de /in , eœeellenU : femme â^une grande verlu.

(2) Le nom de Tremeur ou Tremar, autrement TrechmoTy vient de Ire ou treeh , trèi , et de iiifur ou mor , grand •* très-grand. L*autenr de la vie de saint Giidas^ que Mabillon nous a donnée au premier tome des Actes des saints de son ordre , a cm que le Gonomer meurtrier de sainte Trifine étoit son mari ; de la manière dont il peint ce tyran , on ne peut s'empêcher de reconnottre Ganao. Ge prince , quelque inhumain qu'il fût , n*étoit pas encore assez dénaturé pour faire mourir sa femme^ par la seule raison qu'elle étoit enceinte. Un mari , qui veut de sang-froid cesser d'être père^ en mettant amortie fruit de ses entrailles, est un monstre dont on ne voit peut-être pas

d*|Ëxemple. Dans le temps qu^on suppose Ganao mari de Trifine, il avoit pour femme la veuve de Hoel u , qu'il avoit tué dans une partie de chasse. Sa passion dominante et la cause de tous ses crimes étoit l'ambition. G'est elle qui l'arma contre Waroc et contre la princesse sa fille. L'auteur de la vie de saint Giidas a confondu Ganao ^ qu'on appeloit aussi Gonomer^ ou plutôt Gonober , avec un autre Gonomer , qui étoit son oncle paternel. Gette erreur est pardonnable à un historien qui n*a écrit qu'environ cinq siècles après la mort du saint. Quoique le légendiste de Ruys ait écrit sur d'assez bons mémoires , tout n'y est pas également certain , dit Baillet ^ et il y a aussi quelque chose de défectueux.

46o HISTOIBE ECCL^&USTIQUE.

trouvent dans les litanies angloises .du septième siècle y avec k qualité de ip^tyrs. L'ëglise collégiale, de Carhaix porte le nom 4e Saint Tremair ; sou culte s'est répandu dans celle de Saint Magloire, à Paris. La succursale de Bothoa , qui est entre Corlaix et Tabbaye de Coetmaloen , s'appelle Sainte Trifine. Nous remarquerons ici que ^ dans le cimetière de cette église, on voit une pyramide très-ancienne , où Ton distingue des caractères inconnus ; on croit que ce sont ceui dont les Armoriques se ser voient avant qu'ils eussent reçu Talphabet romain..

343 i Si Gildas n'épargnoit rien pour rendre le christianisme florissant eu Armorique, il u'avoil pas moins les yeux fixés sur sa patrie. Tou<^é des déréglemens des Bretons ^U les combattit dans an traité eti forme de plainte sur la mine de leur lie. Cet écrit ooortieat detix parties ; Tau» teur y dans la première , déplore les malheiurs de la Bretagne; il attribue la conquête des Saxons aux. mœurs corrompues des Bretons , à leur pu* sillanimité , à leur penchant aux guerres civiles , et à leur ékngnement pour la paix et la vérité. Le Seigneur n'éloit plus consulté dans l'élection des rois : ceux qui passoient pour les plus cruels , étoient âevés à ce rang suprême. & un roi avoit de la douceur el de l'amour pour la vérité y dès lors il encouroit la haine de ses sujets ^ et ils le regardoient comme le destructeur de l'état. Tek étoient les Bretons, suivaift Gildas^ lorsque les Pietés leur firent la guerre. La plupart de oeux que le fer avoit épargnés , furent enlevés par la iamine et la peste. Ce dâx>rdemedt des mœurs ne s'étoit fait sentir que depub Tannée du siège de Batb. Jusqu'à ce temps ^ les rois , dit Gildas , les évéques , le clei^é, les monastères , le peuple j tous avoient vécu suivant les règles de leur état ; l'ordre fut ehangé depuis d'une manière si ouverte , que les nations voisines disoient : la Bretagpe a des rois, mais ce sont des tyrans ; elle a des juges, mais ce sont des impies ; die a des guerriers , mais ik n'aiment que les guerres civiles. GUdas s'adresse en particulier à cinq princes des Bretons , Constantin , Conan , Vortipor , Cuneglas et Jttalgocunus ; il leur reproche leurs meurtres, leurs sacrili^es, leurs adoltèiM et leurs parjures , avec une liberté de prophète et im style des plus véhémens ; il leur témoigne le désir le plus ardent de savoir qu'ik rentrent en €u»*raémes et qu'ik vivent d'une manièt^ conforme aux lois de l'Evangile; il i^jette l'amertume et la dureté de ses invectives sur la nécessité de s'élever contre le vice. A la tête de cette première partie , est une courte description et une histom abrégée de la Bretagne.

344 • 1^ seconde partie est employée à reprocher au clergé ses dé-

âordres« Son pinceau n'est tii moins tranchant y ni moins amer. La su* percherie ^ la gourmandise , l'aTarice étoient des vices dominans parmi les ministres de T^iise. Les pasteurs distribuoient encore le pain de la parole de Dieu ^ mais leur conduite ne rëpondoit pas à leurs discours ; ils approchoient quelquefois des saints autels , mais ils n'y portoient pas un cœur pur ; leur vie , peu réglée , leur fermoit la bouche sur les fautes des autres ; ils ne pouvoient ni reprendre ni corriger les pécheurs. Comme ils ne donnoient rien aux pauvres , ils n'osoient appuyer sur l'obligation de faire Taumône ; ceux qui n'avoient pas d'ailleurs des fautes graves à se reprocher y donnoient ou recevoient sans scrupule de l'argent pour répiscopat ou pour la prêtrise. Cet abbé reconnott cependant que tous n'étoient pas également mauvais. Dans plusieurs , il loue leur chasteté et leurs autres bonnes qualités ; mais il leur fait envisager qu'ils manquoient de zèle , et qu'ils n'avoient pas assez de fermeté pour défendre la vérité aux dépens de leur vie ; il leur met devant les yeux la constance inébranlable de saint Ignace, évéque d'Antioche , dont il cite Tépitre aux Romains ; l'exemple de saint Polycarpe y évéque de Smyrne , et de saint Basile , évéque de Césarée y qui y supérieurs à toutes les menaces et à tous les tourmens y défendirent la religion jusqu'au dernier soupir ; il rassemble les différens passages de l'Ecriture y où Dieu se plaint des mauvais pasteurs y de leur négligence à instruire les peuples y des scandales qu'ik leur donnoient y leur procurant la mort par le défaut d'aliment, et pour ne pas leur montrer par leur conduite le bien qu'ils dévoient faire.

345. Le traité de Gildas a une préface par laquelle il prépare les esprits à lire des choses si humiliantes : il proteste que ce n'est point par aucun mépris pour les personnes y qu'il s'est déterminé à en faire le détail ; qu'il ne les a écrites que d'après une délibération de plus de dix ans, et pour satisfaire la compassion qu'il porte à sa patrie , aux malheurs de laquelle il voudroit procurer quelques adoucissemeiiS ; qu'il n'a d'autre dessein que de s'unir aux gens de bien , pour déplorer les maux dont ils sont accablés.

11 se flatte que ceux qui craignent véritablement Dieu recevront son ouvrage avec joie , et qu'ils lui accorderont de ces larmes qui sont si familières à là charité ; il dit qtie les méchads , au contraire , ne pourront le supporter, et que la tristesse et l'indignation qu'ils en concevront seront les effets d'une conscience criminelle ; qu'au reste , quoique son écrit soit d'un style bas et rempant , il ne contiendra que la vérité (i).

(1) Biblioth. Patram , tom. 8.

de Guenael et le couvrirent de gloire. Comme en tout il n'avoît consulté que les intérêts de Dieu et du prochain , il s'humilia de plus en plus devant celui qui a trouvé du dérèglement jusques dans ses anges y et redoubla les macérations de son corps , afin que son esprit fût plus soumis. La crainte que les lieux qu'il avoit sanctifiés lui inspirassent de la vanité y le fit retourner dans sa patrie.

350. Le prince Guerech ou Erech (i) lui donna , et aux religieux qui l'avoient suivi , un emplacement dans l'évêché de Quimper , pour bâtir un monastère. Lorsque cet établissement fut achevé , il alla en fonder un autre dans File de Groais , au diocèse de Venues (2) , où plusieurs anachorètes avoient habité auparavant.

Le désir de n'être plus observé que de Dieu , le fît passer dans le pays des Corisopites ; il y fut encore découvert , et fut contraint de recevoir quelques disciples , pour lesquek il construisit un nouveau monastère , c'est-à-dire, un hermitage composé de pauvres cellules.

35 1. C'est dans ce lieu que Dieu couronna sa vie sainte par une glorieuse mort, le troisième jour de novembre, vers l'an 570; il y fut enterré sans appareil et avec cette simplicité qui avoit fait tant d'honneur à la pauvreté évangélique dont il avoit fait profession (3). Son tombeau fut remarquable par les miracles que Dieu y fit paroitre ; il s'y rendit une telle affluence de peuple , qu'on fut obligé d'empêcher les laïques et les femmes d'en approcher , pour ne pas troubler la solitude et le silence des religieux.

(1) Dans les Actes de saint Guenael , ce de Saint Denys. On voit dans la We de ce saint prince est nommé Rualon, Ce terme est com- que l'Ile de Groais s^est appelée Croy ou posé de ru ^prince ; d'aï ^^and, et d'on^eâp- Croylan. Le terme Croy, comme nous IV celUnl, Ces qualités se retrouvent dans le nom vons dit , t. 2. p. 249 Ç;^*) , vient de cro , mad'Erech ou Guerech d du nom , suivant Téty- rait^ et d't, rivière. Celui de lan^ qu'on y mologie que nous avons donnée de ce mot à ajoute « signiGe hoMlation. Par où Ton entend la page 339 de notre second volume C*^). Gue- un lieu habité qui domine sur un marais orrech u s'étoit distingué par les vertus pacifi- rosé d'une rivière, Groais est sur Tembouques^ les seules qui servent l'humanité et la chure du Blavet , au midi occidental du Portreligion. Louis. Le Blavet passoit autrefois auprès de

(2) La vie de saint Guenael a été mise au Groais , qui étoit environné d'un marais. Le jour par un inconnu qui étoit postérieur à ce nom de Groais^ qui a été substitué à celui de sainte au moins de trois cents ans. D. Hugues Croy, nous fournit encore l'idée de ce ma- Menard l'a jointe à ses observations sur le rais : gro, marais ; ais^ montagne .montagne Martyrologe des Bénédictins. U y a ajouté une au milieu d'un marais.

autre vie de ce même saint , faite par Gui , abbé (3) D. Menard , Baillet , Lobineau .

(*) Ci-dessus , cinquième siècle, n« 130, p. (**)lbidem,n" 42, p. 228, noie 1. a. V. 262, note 4. a.V.

464 HISTOIBE ECClisUSTIQUE.

35a. Un priuce irlandois vint à son tour édifier rÂrmorique. U étioit fils de Tim des rois de cette Ue (i) 9 et d'une dame recomBUuidable par sa beauté et sa noblesse (a) ; ces deux époux étoient encore plus grands par leur piété. Dieu avoit rendu leur mariage fécond* La recomioispance les engagea à lui consacrer leur dixième enfant , comnie k plus noble offrande qu'ils pussent lui présenter; ils l'appelèrent Mandé on Maucfé ^ c'est-à-dire , t enfant de Dieu (3).

353. Le jeune Samuel soutiiit avec fidélité une destinée si glorieuse.* Après avoir reçu dans un monastère ujoe éducation conforme & la sainteté après laquelle il soupiroit , il prêcha avec succès à la cour de spp pèie et dans ses états.

354- Pour éviter les appkudissemens et pour se perfectionner dans la vie spirituelle , il se retira dans l'Ârmorique. \a Uqu où il aborda étoil un port de la c6le de Dol ^ sur la plaine de Cancaven. O9 remai'^uoit dans cette plaine , encore couverte de bois , surtout trois monastères ^ Saint Moach , Taurac et Dol ^ ainsi que nous l'avons dit.

La partie de cette même plaine , qui dépendoit des diocèses d'Avran* cbes et de Coutances , étoit également illustre par la demeure qu'y faisoient de saints pénitens. Un évéque d'Evreux , après avoir gouv^tié long-temps son église , y étoit mort l'an 491 i et en avoit pris le nom de Gaud (4). S. Paterne venoit de bàtiv un monastère sur le tombeau de ce saint solitaire. U avoit converti ce qui restoit de paiens dans cette forêt et détruit un ancien temple fort révéré (5). Scubilionet Aroaste, qui lui étoient attachés , se distinguoient en même temps par l'austérité de leur vie. Le premier (6) avoit sa cellule dans la même fo-

(1) On donne à ce roi le nom d'Àrdée. Ce ceUe colline ipie saint Gand aroit été Inhntenne Tient d*ard , roi. mé et que saint Paterne établit son monas-

(2) Sa femme se nommoit Geiu$e. Gel on elj tère : ce dernier fonda plnsieors commonaohelle ; ux , noble. tés. U contribua beaucoup à l'érection de Tain

(3) Mon , homwu ; «uw , enfant; de , DUu : baye de Saint M daine de Rennes. Le nom de enfant de Dieu. Pair^ qu*il a encore porté ^ signifie rocker :

(^) Saint Gaud a été ainsi nommé de gaud , homme du roehir.

forêt. On rappela aussi Waldue, de t>alou (6) On appela Jfoniaii ou Jfaïuiaii le lien

gai , forêt , et de due , élevé, grand : le grand que saint ScnbUion habitoit Ce nom estcom-

hùmme de la forêt. posé de man ou moii, hàbitatUm ^ et de do» ,

(5) Saint Paterne s*est ainsi appelé, parce rivière : habitation aiiprét d*iiii# rioière. For-

que sa demeure n'étoit pas éloignée d^uneri- tunat , qui a écrit la vie de saint Paterne^

Tière. Pab , père ; lem « rivière. On Ta ap- rapporte qu'il y avoit un petit bras de mer

pelé Palier, k cause de sa sainteté : pab ,père; entre Thabitation de Paterne et celle de Scu-

tier , grand ; Poy , parce qu'il habitoit sur une bilion. Celui-ci , averti de la maladie de son

colline ; poi^ coUine. C'est sur le penchant de ami , ne put le passer de nuit Le nom de

rét,

SIXIÈME SliCLC. 465

rét, sur le bord d*tine rivière, le second (i) habitoit aussi Chesey. 3S5. Maudé j après avoir passé quelque temps dans les monastères de la côte de Dol y alla visiter ces anachorètes. Semblable à ces abeilles industrieuses , qui , après avoir puisé les sucs de mille fleurs odoriférantes , s'appliquent à en composer un miel délicieux , il vouloit , en prenant les leçons des plus grands maîtres , s'approprier leurs vertus.

Scabilion apprend que te saint deâieûroit sur le bord d^une rivière , à Tendroit où U y aToit des bateaux. Scub, haUau; hil^ bord; on, rivière. Cet anachorète étoit donc séparé de saint Paterne païr tine rivière. Le canal , sur lequel étoient ces bateaux > devoit recevoir les rivières d*Ardée , de la Selune et de la Sée. Ce lit étoit conséquemment très-profond et très-latge. La mer , qui y entroil à l'embouchure , faisoit refluer les eaux et les grossissoit. C'est là ce que Fortunat appeloit un bras de mer. Ce même historien dit encore que la demeure de Scubilion étoit à trois milles de celle de Paterne. Comme les rivières, dont nous venons de parier, étoient entre ces deux solitaires, h cellule de Scubilion devoit être placée dans ce qui fait à présent partie de la grève du Mont Saint Michel. L*Ardéeou Ardres (Àrdea ou Àrduruê) prend sa source à rentrée du diocèse d'Avranches , du côté de celui du Mans , et un peu au-dessus de Mortain {Morilolium ou Mbretontum ), ville ainsi appelée , parce qu'elle est de difflcile accès et presque environnée de rochers asseï escarpés {mor, rochers f toU, coupés), et traverse tout TAvranchin où elle arrose environ douze paroisses. Les rivières qui entrent dans TArdée , sont la Selune, qu'elle reçoit au-dessus du bourg de Ducey ; une autre petite au-dessous de Tabbaye de Montmorel^ et une troisième au-dessous de Polier. Grossie de toutes ces eaux, elle entre dans la mer un peu au-dessous de Pontaubau (ainsi nommé de pont^ pont ; d'au , rivière, et de lau , canal ) , assez près des salines de Courty , entre Avranches et le Mont Saint Michel. Courty a pris ce nom, parce qu^il est sur la rivière. Cowr, ha* Intalion; t, article; t , rivière. Quand le flux de la mer est retiré , l'Ardée coule dans les

sablesjusqu^au dessons du Mont Saint Michel , avant que d*entrer dans TOcéan. La Sée {Se»gia) a sa source auprès de la butte de Brimbal'y elle passe à Charancé , à Cuve, à Breeej, à Saint Brice , au pont Gilbert sous Avran^ ches. De là on la voit se rendre dans la mer » entre le Mont Saint Michel et le MontTombellennes , après un cours de dix lieues. Tout le terrain ou espace qui est entre le Mont Saint Michel et les lies de Chosey , étoit, comme nous l'avons prouvé 1. 1 , p. 87 et sniv. n» une forêt immense. Nous ajouterons ici que cette forêt s'étendoitau delà d'Avranches. La paroisse de Geness, qui est sur les rivières dont nous venons de parler, étoit couverte de bois. Gen, fotét; esSy rivière. La Sée ne s'est ainsi appelée que parce que , dans tout son cours, elle traversoit une forêt. Say, forêt,gi^ rivière. Le terme Gilbert dénote la même chose. Gill, petite rivière; ber, for^l. La ville d'Avranches même ( Jn^ena ) n'a été d'abord qu'un bois, comme nous l'avons dit, 1. 1. p. 110 {**). Ça été aussi le sentilnent de Robert Cénalis. Ducey étoit autrefois une épaisse fo«rêt. Du 9 noirs; say , forêt. La Selune a tiré son nom de say , forêt, et de luun , nom appellâtif de rivière. La même forêt s'avançoit également dans le Gêtentin. Une partie est encore couverte de bois. Si l'on joignoit le Coesnon à la Rance, de la manière que nous l'avons proposé, t. 1. p. 93 et suiv. {***), on pourroit en même temps unir l'Ardée à celuilà. Ce seroit une correspondance méditerranée entre la Normandie et Saint-Malo ; elle seroit d'autant plus avantageuse qu'en temps de guerre, les corsaires ne pourroient la troubler.

(i) Aro , dans; ast, forêt : homme qui vit dans une forêt.

(*) Ci-dessus, Inlroduclion,n' 95, p. 4«. a.V, (**•; Ibidem , o® 98 , p. 44. a. V. (**J Ibidem , n» 105 , p. 50. a. V.

466 • HISTOiaS EOCUiSI ASTIQUE.

Comaierce qui Tentiporte infinimeot sur celui que font d'aveugles mortels y eo traversant les mers et en affirootant la mort, pour acquérir les richesses de la terre. Si leurs vues lie sont (>as épurétti, et s'ils ne font pas un saint usage du fruit de leulrs travaux^ on doit les comparer à ces personnes qui , durant leur sommeil | s'imaginent regorger de biens , et qui ^ à leur réveil | se trouvent les mains vides. Leur nom périt avec leurs possessions : la mémoire du juste est étemelle comme son bonheur.

356. Lorsque les autres communautés de la partie supérieure de l'Armorique eurent contenté la piété de Maudé , il s'arrêta auprès de saint Tugdual. Tous deux étoient fils de rois ; tous deux servoient le roi des rois. Les délices qu'ils goûtèrent ensemble furent d'autant plus pures , qu'elles avoient la vertu pour principe.

357. L'amour de la solitude porta néanmoins Maudé k abandonner le saint abbé. Mais il ne s'en éloigna pas tellement qu'il ne put se rapprocher à l'occasion. L'endroit qu'il choisit étoit entre la rivière de Trew ou Trieu , et celle de Jaudy. Il le sanctifia par une union parfaite avec Dieu et par la mortification la plus austère. Ce canton lui a été consacré par la suite : on le nomme Lan-Maudé. Titre plus flatteur que ceux des conquérans ou des maîtres ambitieux , qui , en donnant leurs noms à des royaumes ou à des villes , ne font souvent que perpétuer le souvenir de leurs brigandages on de leur vanité. C'est ici un ami de Dieu dont on réclame le crédit.

358. Importuné par de fréquentes visites , et craignant les suites des bénédictions qu'on répandoit sur lui , Maudé se détermina à changer de demeure. U passa le bras de mer que l'on voit entre la terre ferme et rtle qui porte encore son nom de nos jours. C'étoit un repaire de serpens où personne n'osoit entrer. Cet asile lui parut moins dangereux que les honneurs qu'on lui rendoit sur le continent. Son [H^mier soin fut de bâtir un oratoire; une grotte fut sa demeure. C'en étoit ^ssez pour un homme qui ne pensoit qu'à l'édifice qu'il avoit à former dans le ciel .

359. Ce pieux solitaire eut deux disciples , Tudy e€ Bothmael. L'un et Tautre s'étoient mis dès l'enfance sous sa discipline. Bothmael , ainsi que son maître , fut favorisé du don des miracles. On dît qu'ayant été chercher du feu sur le continent , il l'apporta à saint Mandé dans un pan de son habit , qui n'en fut pas endommagé. II paroit que c'est à ceUe occasion qu'on l'appela Bothmael , c'est-à*dire , homme à l'égard duquel le feu perd son activité (i).

(I) Bot, feu; mael, au-dissus.

On croit que saint Tudy alla , après la mort de saint Blaudë , fonder une abbaye dans une tle qui est à Tembouchure de TOder et du Their. 11 fut effectivement le père d'une maison religieuse (1). Cette lie porte le nom d'Ënès Tudy (2). On ajoute que cette abbaye fut transférée dans la suite à l'église qu'on appelle Loc-Tudy (3) , où l'on assure qu'il y a eu long-temps des templiers (4).

360. Parmi les disciples de saint Tugdual , qui se distinguèrent par leur sainteté , on connott Guewroch , autrement Kireck , et Briac ; le premier avoit suivi ce saint abbé ^ lorsqu'il quitta la Bretagne pour se fixer en Armorique. Après avoir passé quelque temps au monastère de Treguer , il alla s'établir sur une langue de terre qui s'avance dans la mer , à l'embouchure d'une petite rivière appelée pour cela Menow (5) ; c'est maintenant une paroisse qui se nomme Lo-Kirech (6). 11 paroit qiie ce saint a pris ses difFérens noms de la position de ce lieu (7) : il y fonda un monastère qui devint considérable.

36 1. Après y avoir fait fleurir la régularité, cet humble abbé se retira à Ploudaiiiel j au diocèse de Léon y dans une vallée que Ton appela Traoun Guewroch (8). Sa sainteté et ses talens étoient connus de saint Fol ; ce sage prélat lui fit comprendre qu'en travaillant à son salut , il étoit avan*tageux qu'il ne négligeât pas celui des autres , et qu'il ne pouvoit mieux faire que de consacrer au public les dons que Dieu lui avoit confiés. Le solitaire , qui ne découvroit dans sa personne que des imperfections (aveu que tout homme doit faire avec l'apôtre des nations), mais qui honoroit dans son évéque l'autorité de Jésus-Christ, se rendit à ses vœux.

36a. Il partagea, avec le saint pontife , les fonctions les plus impor^ tantes du ministère , celles de la prédication et de l'administration des sacremens. Rentré dans le monde qu'il avoit fui , il n'en fut que plus attentif à veiller sur tout son extérieur , dans la crainte que , tandis

(1) Tu, maUon;âi on da, chef: chef de m$ qui hMUnt un lieu qui s'énnâ 1$ long eommunaulé ^ àbbé. éPunê rMèrÉ. Lo-Kirech est à présent une

(2) Enè$, iU. succursale de Lsn-mur^ tontes deux au dio-

(3) Loe , liiu , habiUUion. cèse deDol, dans les enclaves de celui de Tre-

(4) Albert le Grande Lobinean; "Hi^d^ gner. Le nom de Ouewroch désigne une terre Saints de Bret. Proprium Leonense» qui est iHe-à-tii U hwâ de teau. Gue , terre ;

(5) Jtfen , petite; OU), rivière. m, sa»; iir, ^rd; 00, viê-à^tie. En appli^

(6) Le terme Lo-Kirech se tire de loe , Heu ; qnant ce nom an saint dont il s^agit, on von* de hir , long , et à'ech , rivière : lieu qui #V- loit parler d*tiii homme qui heèHoit un lieu vistend le long d^une rivière. à-vie le bord de Veau.

CI) Par le terme Kireeh , on conçoit «n hom-^ (8) rraotni , vaUée.

468 HlSTOIftfi ECCtiSIAitlQUC.

qu'il rapprochoit les autres de Dieu , il ne 6*en éloignât et devint un réprouvé.

363. La modestie Taccompagnoit dans toutes ses actions ; ses vête* mens annonçoient son détachement. Il étoit toujours seul , & moins que ses occupations ou la charité ne l'appelassent parmi les hommes. Du pain, quelques légumes et de Veau étoient sa nourriture. L'oraison miissoit à Dieu toutes les facultés de son Ame.

364* Les miracles sont ordinairement attachés aux vertus héroïques. Le Seigneur , toujours admirable dans ses saints , se servit de Guewroch pour manifester son pouvoir. On croit que ce ministre fonda au milieu de la ville de Léon une chapelle en l'honneur de la sainte Vierge. C'est celle que Ton nomme Creisker (i). Guewroch termina sa carrière dans l'exercice de ses fonctions , en un lieu où Ton a bàd depuis la ville de Landemau. Son corps fut transporté à son monastère de Lo-Kirech où son culte est établi de temps inmiémorial. On fait la fête de ce saint , le dix-septième de février , dans le diocèse de Léon. La paroisse de Peros- Kirech (2) a pris son nom de cet abbé (3).

365. Saint Briac avoit pris naissance en friande. Ses parens, qui étoient nobles, eurent soin de lui donner une bonne éducation. Il y apprit à envisager les avantages d^une condition relevée et des richesses qui la suivent communément , sous le point de vue qu^une saine raison doit la montrer , et que la religion bien écoutée présentera toujours.

366. Uniquement avide de la noblesse que donne la vertu , et à qui ces biens ineffables dont on jouit dans le ciel, sont réservés comme une récompense , il quitta sa patrie j et alla se perfectionner auprès de saint Tugdual , dans le pays de Galles. Son atUchêm^t po)ir cet abbé fut si grand qu'il passa avec lui en Armonqpe,

367. C'est par le conseil de ce ^aint évéque qu'il devint lui-même le fondateur d'un monastère considérable , k l'endroit où le Trieu se partage en deux branches. On avoit appelé ce lieu Boul-Briac , à cause ^e sa position (4). Briac et son monastère prirent de la leur nom (5). On dit que cet abbé n'avoit bâti d'abord qu'une simple chapelle qu'il (lér dia à la sainte Vierge , sous le nom de N. D. de Bod^ Fao ou tt^ia

(!) Criii , miUiu; k$r. »»«• (k)Biml,HmÊOsUé;hri,hr^; ae, rivière:

,a\ n^ ^ é2M - • ¥ • .viv.%^ '^ ^ ^ ^'w âê rivière farmnU dei si-

(2) P$ , peUi ; roi , pro«Mmlotr«. La paroisse '

de [Peros-Kireckool Peros-Kirec dépend ***îî^ *' , ^ „. * ^ *

d d'ocèse de Dol ^^ tenue Prioe^ on entendoit un

k^mmi q^ KàhiU tm Ifiratii sur U hord duquel

(3) Albert le Grand , Lobineau ; Vies des une rivière $€ partage en rameaux enî ftmt dee SS. de Bret.; Propriiun Leonense: einuoeiêée.

/ordtdès:Mrvs{i).ljecBnion <ie BoûUBriac ëtoit effectivement couvert de ces aH»rë$; Cette forêt s'ëtendoit jusqu'à Coadow , auprès de Guincamp (a). Hod u, frère de saj^nl Tugdual , avoit donné à Briac remplacement 4$ sa communauté. Ce comte avoit à Monsterus un château dans ie Voisiqage. • '

368. Loc$qiie Briàic n'étoit pas oUigé de résider à son monastère , il alloit s^enfoncet dans l'intérieur de la forêt. Le lieu où il se rendoit s'appelle Penili. C'est là que Dieu le conduisoit pour se communiquer à son cœur et le foyoris^ de ces grâces abondantes qu'il n'accorde qu'en secret.

369. A l'exemple de saint Tugdual , Briac entreprit le voyage de Rome. A sqq retour , il séjourna deux ans auprès de l'évêque d'Arles , celui-là qu'on nominçiit Sapaudus, et qui, après avoir occupé le siégé de cette église depuis plus de trente années , mourut l'an 584. On lui attribue beaucoup de miracles durant ce pèlerinage.

370. Il vint fiqir ses jours dans son monastère. Son corps ftit déposé dans son église , qui est devenue celle de la paroisse. On y voit encore son tombeau où la dévotion conduit beaucoup de pèlerins (3).

371. Saint Tugdual eut saint Ruelin (4) pour successeur , dans le gouvernement de son monastère de Trouer. C'étoit un religieux respectable par son âge , et bien plus encore par la régularité de ses nïoeurs , par sa science I sa charité et sa douceur. Ces qualités brillèrent avec un nouvel éclat , dans lé poste éminent où il fut placé.

Comme son prédécesseiu* j il fut élevé à la plénitude du sacerdoce ; comme lui , il eut >une tendpessé de père pour ses religieux. H y a dans la ville de Treguer une cbapelle qui porte son nom. Le diocèse , qui a adniiré de près; ses vertus, en célèbre la fête de temps immémorial : elle est fixée au 08 de février (5).

37a. Macliau s'étoit soutenu avec honneur durant les premières années de son épiscqwit; la crainte de Canao , plutôt que celle de Dieu , l'avoit retenu dfins ^oa deiK>in Après la mort de ce prince, à qui ses attentats avoient acquis le gouverUement de l'Armorique , il commença à respirer; sa veltu, qui n'étoit qu'empruntée , disparut peu à peu ; avec le temps , ses vices se montrèrent à découvert.

(l)lîod,/br^l/,yho^,M(re#J Saints de BreUgDe.

(â) Coai , forêt; €iw, rivière. La paroisse (4) Le nom de BmUn Tient de ru, in la

de Ooadôw estsné'Itf Triea. EHe fdt partie place de; d*s<, grande et de lin» iupMewr:

du dioêèse de Dol, qnoiqiie dans lea enclaves homme pd a prie la plaee d^tm grand wudire.

de celui de Treguer. (5) Albert le* Grand » Lobineau ; Vies des

(3) Albert le Grand , Lobinean ; Vies des Saints de Bret. ; Proprium Leonense.

SIXIEME SliCLE. ' 47 <

3178^ €etre iwmée vint damper sûr le^ bords de^ ta yMB^&i pour passer ensuite dilns k . cobité . de Vénnèsv' Oueréch y ^qoi aVoit ^ttSfceUiblé toutes seâ forcefe; , M pcfetà fièrèhicait sur la rive Opj^o^^ po^riUi disputer lé passage. Aporèft avoir passé , dlirant la nuit, ûû gu^ ttli-deésus du camp ennemi , sans qà'on eût soupçonné sa marcfae , il ft»i<^t tout à. coup sur l'aile droite: des François^ çtphssa au fil de l^épéé lia pli!^ gfrànde pari tie des Saxons. . / i : ■ 1 . :.

379. Trcns jours après , sans se laisser éblouir par cet avantage , il fit la paix aux oottdition& suivadtes : «Qu'il ferovt tertùént d'être fidèle au »' roi ; qu'à hii reinéttrôit la ville et le territoire de VeikHés y ou que , s'il » plaisoit au; toi de lui en céder la possessïôti ^ il paiéroit un tr3>ut , et » qu'8 donneroit son fils eil 6tagse; » Les choses aiilsi réglées , lés François se retirèrent (i). **

380. Cependant, Gilerech oublia bientôt ses ëngagèifnens ; il députa Eonius à la cour de Chilperic f pour lui proposer de nouveaux arrangemens. Ce prélat eut tout le temps de se repentir d'avoir accepté cette commission : kon procédé déplut éxtrêiii€»netit au roi ; lés pfropositions qu'il lui fit au nom de Guerech ne rirritèr^:)^ pas moins. Il fut accïblé de reproches et envoyé en eiil (2).

38 1. Guerech y vivement piqué de l'outrage qUe Chilperic venoît de faire à son député ^ et delà hauteur avec laquelle il rfvoft rejeté ses propositions^ eûtré dans le pays -de Repnei dont les FrdnçôSs étoient les maîtres. 1{ y met tout à fea^et i-saiïg j fait pitièiéui*s prisonniers et eii enlève un gtand butin (3). . . / ;

383. Cependant Chilperic voolm bieti râf|i>pélèr Éonius ; il lui permit de se retirer à Angers et lui assignai «iiHé péMstoâ', niais à (fôfidlti6n qii'il ne retouhderoi^pQint àspn^îse. PbUtréj[iHittérlescoui^éide Ôuerech, il envoya en Armoriqae un^ de se» iitltllâ.;Bëppoleh se ieôhtèntà dé ravager quelques-uAes des- terres do prineé p^ttdandt iTéfé,^ et se riEftirà k l'approche de l'automde/Guèrêdh^ par représailles ;-f^rta dé nouveau Te dégât dans le pays de Rennes ^ désola celui de Nantes, dont il tira des biens immenses. U pal*couriul les campagnes , etileva lès vendanges et fit beaucoup de pritoùniers. L'évéque F^elit^ toujours zélé pour le bien de ses diocésains , liii envoya des députée pour lui remohtrër les pertes qu'il leur avoit Causées. Ils forent assez )'i^feux pour^ le faîfe corfve^ir de ses torts , et l'engager à promettre dé les réparer \ Vhais ils ne réussirent pas à lé &ire tenir sa parole (4)i

(1) Greg. tur. îfCst; ïib. 5. c" 26. (3) [An 579.] -Omission. a. V.

(i) IHi$wti (4) Ibidm. c. 29. SI.

4^2 klSTOIBB WOCÙtUÀATlÇfJZ:

383 384-. Lapeste, qu'on croyoit éteinte ^ avoit Mptni toat à coup dan^ la Gaule, et porte la terreur dans tous les lieux avec Tiinage de la mort. Quatre ëvèques , savoir , Euphrone de Tours , Fdix de Naoles , Domitien d'Angers et Domnole du Mans, écrivirent une lettre ^ circulaire , au nom des évéques de la province de Tours, à tous les peuples de ce ressorte C'est une exhortation pathétique pour les porter à dëtoumer, par de bonnes œuvres , les maux dont ils étoient menaça.

< Il est , disent*ils , du devoir des évéques de rappeler ianx peuples 9 tout ce qui peut contribuer à corriger leun mœurs. En -manquant à » cette obligation , ils exposerment leur salut et celui de levrs ouailles. » Un bei^er , qui peut empêcher le loup d'enlever ses brebis et qui ne le 9 fait pas , en est le meurtrier. Le prophète a dit aux prêtres de la part » de Dieu : si vous ne parlez point aux personnes qm vous sont confiées , » afin qu'elles quittent leurs mauvaises voies ^ et si elles meurent dans » leur iniquité , je vous redemanderai leur sang à vous-même. Cest pour-> 9 quoi de quelle faute n'est pas coupable celui qui , en cessant de pré«* » senter aux autres le breuvage de la santé , se donne la mort à lui- » même , et s'expose à être puni des péchés d'autrui, tandis qu'à peine il 3> peut satisfaire à ses dettes personnelles ? Biais , pour ne pas nous diar->' » ger des fautes des autres , nous faisons retentir nos voix aux oreilles » de tout le monde. Personne ne pourra prétexter de n'avoir pas été D instruit. Mais si , dans tous les temps , nous sommes oUigés de vous » parler , vous devez aussi nouf écouter , afin que nous ne répaïKiions » pas la semence dans un terrain rempli d'épines , et qfue vous ne deve^ x> niez pas semblables à un champ stérile. Ce que nous déurons le plus , » c'est que vous ayez autant de plaarir à exécuter nos avis., que «nous en » ressentons à vous les inculquer ; ce sera le moyen que, quand le mattre » de^la moisson paroltra ,• vous puissiez , ainsi qu'une terre féconde , lui » offrir vos bonnes œuvres ; et que nous , qui avons jeté la semence » dans vos cœurs, £i^ons valoir iauprès deluii les fruits que vous avez ï) portés. » *

• « Aussi , nos très-chers enfans , vous que la grâce du Seigneur a en- » fautes , qui êtes le fruit de l'élise ^ qui avez été r^énéréâ par lebap- » tême , qui avez le ciel pour héritage , et qui êtes les membres de Jésus- > Christ y vous à qui il a pronâs son royaume , comme la récompense de » vos victoires , et qui devez nous y servir de couronne , nous avons cru 2> devoir vous donner cet avis salutaire^ que, comme nos péchés semul- » tiplient chaque jour^ nous sommes menacés des malheurs les plus

» grands.

^ grands , et que y dans la calamité présente , Tobservation dé la loi et ■» les œuvres de pénitence sont la seule ressource que nous offre celui a» qui a bien voulu par sa mort nous rappeler à la vie. »

« C'est pourquoi nous exhortons ceux d'entre vous qui sont fiancés , » de renvoyer à un autre temps leur mariage. Deux raisons vous y enga- » gent : la première , afin d'apaiser la colère de Dieu , par la chasteté » du corps, la pureté du cœur, et par de fréquentes prières. Peut-être » par là déloumerez-vous le fléau. Vous pourrez alors célébrer des ma- » liages , sans avoir devant les yeux la crainte d'une mort prochaine. La » seconde , pour que ceux qu'il plaira au Créateur de priver de la vie, » puissent du moins avoir plus de facilité à purifier leurs âmes, et à évi- » ter une seconde mort plus terrible que la première. Car la mort du » corps n'auroit rien d'efirayant pour un chrétien , s'il pouvoit se flat* » ter qu'elle le conduisit au bonheur éternel. »

ce Nous vous recommandons à tous , de la manière la plus pressante, » de payer à Dieu , ainsi que l'a fait Abraham , la dtme de tous vos j) biens, pour conserver le reste. Celui qui ne donne rien pour garder » davantage , doit compter qu'il sera pauvre un jour , et , pour parler >/ exactement , donner est une dette qu'on est obligé d'acquitter. UE- » criture assure que l'aumône éteint le péché. Le Seigneur a dit : don- » nez l'aumône , et toutes choses vous seront pures. Pourquoi ne lui of- » fririez-vous pas une partie de ses biens ? Ce n'est point les perdre que » de les lui donner. Ceux donc qui veulent être placés dans le sein j> d'Abraham , doivent s'empresser de suivre son exemple. Pour régner » avec Jésus-Christ , il faut donner l'aumône. »

« Nous avertissons tous les ennemis , s'il y en a , de se pardonner mujf tuellement , et de se réconcilier avec une charité sincère. Celui qui ne » pardonne pas à son ennemi , sollicite en vain auprès de Dieu l'oubli de » ses fautes. La plus belle aumône qu'on puisse faire , est de ne pas cher- » cher à se venger : il faut rendre le bien pour le mal. Si , comme nous » l'avons dit, c'est une obligation de donner la dime, à l'exemple d' A- 3D braham , le fléau qui vous menace nous fournit une raison pour vous » engager à donner le dixième de vos esclaves. Car , puisqu'on dit que j) cette maladie , de dix personnes en enlève neuf , n'est-il pas conve- » nable d'en donner une à Dieu , pour en conserver neuf? Ceux qui n'ont » pas d'esclaves , pourront donner à Tévêque le tiers d'un tremissis {i) ^

(1) Les lois des Yisigoths , des Boargui- gnons , des Bavarois^ des Frisons et des Al*

SlXlillIE SIECLE. 475

387. C'est probablement au ConcUe de tours que Félix avoit fait contioissance avec Fortunat : celui-ci , arrivé depuis peu d'Italie en France y commençoit dèis lors à faire les délices des évêques ; depuis ce temps , ces deux grands hommes furent liés d'une étroite amitié. Fortunat adressa à Félix plusieurs de ses poèmes : le saint évéque de Nantes , qui avoit aussi le talent de la poésie ^ lui envoyoit quelquefois de ses pièces de vers ; elles en étoient reçues avec applaudissement : Félix avoit fait en vers le panégyrique de sainte Radegonde , autant que l'on en peut juger par les expressions de Fortunat. Les malheurs des temps nous ont enlevé cet ouvrage , et lés autres productions de sa plume»

388. La charité , qui doit unir toiis lés chrétiens , et surtout le sacerdoce j avoit eu à souffrir quelque temps de la part de Félix et de Gre* goire de Tours > qui venoit de succéder à saint Euphrone. Leur premier démêlé fut à l'occasion d'un village , que tous deux prétendoient apparu tenir à leurs églises ; le second étoit la suite d'un avis que Félix avoit donné à Grégoire ; il accusoit son frère j nommé Pierte , diacre de Lan* grès y d'avoir été tué en punition de son ambition démesurée. Si l'ob en croit l'évéque de Tours , les lettres que lui écrivit Félix étoient pleines d'aigreur et d'injures ; celles du métropolitain ne renfermoient ni plus de douceur , ni plus de modération : cette dispute prenoit sa source dans Un préjugé. Riculfe , qui avoit tenté de faire déposer Grégoire , trouva^ un refuge auprès de l'évéque de Nantes. La compassion avoit réglé cetti^ démarche : l'évéque de Tours la regarda d'un autre œil. Ces deux pré*lats f qui servoiént si utilement l'Eglise , se réconcilièrent enfin sincèrement y et Grégoire reconnut le mérite de Félix (i). Les taches que nous découvrons dans ces deux grands hommes , sont des suites de l'humanité. La religion leur apprit à réparer ces fautes , et ce n'est qu'en ren* trant dans les règles de l'évangile qu'ils sont devenus saints. Leur foiblesse doit nous tenir en garde contre la nôtre , et leurs vertus nous animer à courir dans la même carrière.

389. Cependant saint Magloire , après trois ans d'épiscopat , forma le dessein d'aller vivre dans la solitude. La guerre \ qui s'allumoit entré Guerech et Chilperic ^ et dont le génie entreprenant de ce comte n'annonçoit pas si tôt la fin y lui inspira ce projet : Dieu y lui-même , parut agréer la résolution qu'il avoit prisé de se décharger du poids de la diguité épiscopale. La retraite qu'il choisit y fut dans une^ terre que Hoel i avoit donnée à son église (a).

(1) Greg. Taron. Hist. 1. 5. c 5. (2) Voici ce qu'on lit dans ta vie de saint

âme paroissoit résider plutôt eu Dieu que dans son corps ; sa bouche ^ de concert avec son coeur ^ célëbroit à chaque moment les louanges du Seigneur.

39a. La renommée y qui ne lui fut que trop fidèle ^ en publiant son renoncement au monde et ses autres vertus , attira dans sa communauté un grand nombre d'étrangers. Ses diocésains n'étoient plus les seuls à le visiter : de tous côtés on se rendoit auprès de lui ; les uns pour le consulta ; d'autres pour obtenir , par son intercession , la guérison de leurs maladies. On y voyoit des aveugles ^ des boiteux y des démoniaques et des lépreux. La pauvreté volontaire , à laquelle il s'étûit réduit , inspi* roit pour sa personne une nouvelle vénération ^ et le rendoit encore plus cher ; les présens de toute espèce qu'on lui offroit , pouvoient enrichir sa communauté. L'usage qu'il en faisoit , étoit de les répandre dans le sein des pauvres y des veuves , des orphelins et des captifs.

393. Ainsi 9 M^^oire qui avoit voulu éviter y autant qu'il étoit possible , de converser avec les hommes , rentroit dans le tumuhe du monde. Poiu* se soustraire à cette afQuence de peuple y il résolut d'aller se cacher dans quelque lieu plus éloigné ^ où il ne fut connu de parsonne.

394. L'attachement qu'il portoit à Budoch ^ et la déférence qu'il lui devoit comme à son pasteur y le déterminèrent à lui faire part de son dessein et de la cause de ses peines. Le jeune prélat se rendit auprès du saint. L'entrevue fut des plus touchantes. « En vain y lui dit le respecta* » ble vieillard , les larmes aux yeux y ai-je abandonné le monde pour ne x> servir que Dieu : le monde me poursuit et vient m'enlever à Dieu y » avec qui il ne me permet pas de m'entretenir. Les peuples me laissent » moins de temps pour satisfaire à mes exercices spirituels y que quand x> j'étois leur pasteur; jamais je n'en fus plus visité, ni plus importuné. » Ne convient-il donc pas que je prenne la fuite , et que je me traus- » porte en quelque désert où l'on ne puisse nie trouver ? Ce qui me cha- » grine encore davantage y c'est qu^on m'apporte avec profusion de ces » choses qu'on appelle biens : on ne comprend pas que la sainte pau- » vreté m'est plus précieuse que tous les prétendus trésors de l'univers ».

A de grandes peines y on ne peut répondre que par le silence. Budoch ne le rompit qu'après quelques heures. « Je. comprends facilement y dit- 1» il , mon père y toute l'étendue de votre chagrià y p&rce que j'en juge » par celle de votre piétés Le grand nombre de personnes qui viennent » vous importuner , vous privent sans doute des douceurs que vous es- » périez trouver dans la vie retirée. La fuite dans des lieux étrangers

SIXIÈME SliCLE. 479

» céui qui en seront tëmoins , glorifient votre ipuissance ». Cette oraison finie, il lava le comte , en le frottant avec la main ; sa peau parut aussi saine que celle d'un enfarit.

396. Loïescon, pénétré de la plus vive reconnoissance, se jette aux pieds du thaumaturge , le remercie et rend grâces à Dieu du bienfait qu'il en a reçu par sa médiation. Il lui cède une partie de Tile de Gersey , pour servir de nouveau théâtre à ses vertus. C'est ainsi que la Providence servît le désir que Magloire avoit de s'expatrier.

Le saint accepta la donation avec d'autant plus de plaisir que cette île avoit été depuis peu arrosée du sang d'un illustre martyr. C'étoit saint Relier y cet homme admirable , qui avoit quitté le monastère de Nanteuil dans le Côtentin , pour habiter un rocher escarpé où il n'avoit d'autre toit que le ciel , ni d'autre lit qu'une caverne. Comme il y menoit la vie hérémitique, dans la pratique du jeûne et l'exercice de la contemplation ', il avoit été mis à mort par une troupe de barbares (i).

397. Saint Magloire établit dans son île un monastère fameux. Il y ras» sembla plus de soixante religieux. Toujours le même y il ne relâcha rien de son genre de vie. Tandis que ses moines prenoient leur repos, il alloit sur le rivage de la mer , pour s'unir en paix avec Dieu , en attendant l'heure de matines. Personne n'exerçoit l'hospitalité avec plus de zèle que ce saint abbé ; il recevoit avec la même bonté les pauvres et les riches , pour les gagner tous à Jésus-Christ. La virginité , cette fleur si précieuse, ne souffrit en lui aucune altération. Le don des miracles le suivit dans son ile ; il rendit la parole à la fille d'un seigneur puissant (2) à qui appartenoit

(1) Les Actes de saint Helier l'appellent HeUr et Heliberl. Le terme Heler vient d'Ael, ou eely groUe; et (fer, hommt : homme qui habite une grotte. Celui d'Helibert se tire d'Ael, grotte , d'i , dans, et de herty retiré: homme retiré dans une grotte. Saint Helier avoit vécu d'abord sous la discipline de saint Marcot ( Marculfus ) à qui ses austérités ont donné le nom, Mar ^ grand , cul , pénitent. Comme il vouloit se faire anachorète , son abbé lui désigna Gersey , et lui donna , à Nanteuil , un guide pour Ty conduire. Arrivé à Geness , dont nous avons parlé d-dessus, une barque le passa dans Tlle. Il y avoit donc alors un port à Geness , d'où les bateaux se rendoient par la rivière dans la Manche. Cette rivière alloit couler autrefois directement à Gersey. C'est ce que nous fait comprendre le

nom de Gereuih que cette Ile conserve dans les Actes de saint Helier. Ger , auprès ; ew , rivière ; ulh , principale • lieu auprès d'une forte rivière. Le nom de Gersich , qu'on lit également dans cette même vie , fait connoitre encore plus distinctement Gersey. Ger , auprès; «i, forêt ; ie , rivière • Ueu auprès à^une forêt traversée par une rivière,

(2) Ce seigneur se nommoit Nivo^ paice qu'il partagea ses grands biens en trois portions , dont il en offrit une à saint Magloire. Ni , partage ; vod , habite^ion : homme qui a partagé ses biens. Llle de Gueioesey est appelée Bissargia dans la vie desaint Magloire. Ce terme vient de his , élévation , montagne ; de sar , auprès , et de gi , forêt. On se rappeloit que cette Ile avoit été d'abord contiguë à la forêt de Gersey. Pour rendre la pa-

. . 8IXI]kBCE SliOLE4 48l

à cet ^ard , et ce qu'il fallait faire : ces deuX officiers lui répondirent que Tavis de la communauté étoit qu'il gardât avec lui quelques religieux 4 qu'il dispersât les autres deux à deux , ou trois à trois , et qu'il leur permit d'aller ainsi chercher à vivre dans l'Irlande , ou dans le pays de Galles y en attendant que la famine eût cessé «

4oa. A cette proposition qui paroissoit blesser la Providence , altérer

.la régularité et préjudicier à l'innocence de ses ,frères, Magloire ne put

s'empêcher de pousser des soupirs et de verser des larmes. Animé d'un

.esprit prophétique y il répliqua : ^ Oh ! mes frères, dit-il^ que vous avez

» peu de foi ! qu'est-ce qui vous rend si timides? Croyez- vous que Dieu

» ne puisse pas vous nourrir dans le désert ? Qui est-ce qui a fourni autre-

9 fois la manne à une multitude innombrable d'hommes ? Qui est-ce qui

» a conservé leurs vétemens dans leur première intégrité pendant qua-

» rente années? Qu'est-ce qui a fait jaillir du rocher , des eaux assez abon-

» dantes pour étancher la soif du peuple dlsraél et de ses troupeaux ?

j» Toutes ces merveilles ne sont-elles pas l'ouvrage de N. S. J.-C. ? n'est-

» il pas dit dans l'Ecriture : le pain , le rocher et les eauï représentoient

» Jésus4i;hrist? avec cinq pains et deux poissons , n'a-t-il pas rassasié cinq

» mille hommes j sans compter les femmes et les enfans ? j>

L'heure du diner qui survint , empêcha Magloire d'en dire davantage.

L'économe lui demanda ensuite quelles personnes mangeroient avec lui.

<c Ce seront , dit-il j avec cette cordialité que lui inspiroit l'amour de ses

» semblables ^ les enfans à la mamelle ou qui viennent de la quitter,

. » ceux qui vont entrer dans la puberté ou qui sont dans cet âge , les

. » vieillards , l'étranger et le citoyen : tous ont un droit égal à notre table » .

403. Dieu y que Magloire avoit nourri dans ses membres , ne manqua . pas à sa foi et à sa charité. Comme les provisions du monastère venoient

de s'épuiser , un vaisseau chargé de vivres arriva dans l'île , et y apporta les secours dont on avoit besoin.

404 . 4^5 . Le sain t vieiU^d, qui ne soupiroit plus que pour le ciel, fut averti . par un ange, la nuit de Pâques de l'année suivante (i) , dans le temps qu'il

étoit à l'église , de se disposer à la mort, et à recevoir bientôt dans le ciel la récompense de ses travaux. Cet éloge , dont il ne se croyoit pas digne , lui parut une tentation du démon , qui sait quelquefois se transformer en . ange de lumière. Dans cette circonstance critique , il s'humilie devant la majesté suprême de Dieu , le reconnoit pour l'auteur de tout bien , et à qui seul il doit rapporter ce qu'il a fait par sa grâce ; il le supplia de ne

(1) An 586. a.V.

porteur ; il le supplia de lui donner la tonsure , et de venir à Nantes pour le sacrer du vivant de son oncle.

408. Grégoire , qui n'avoit devant les yeux que les règles de FE^lise , refusa de l'ordonner. La chair et le sang font quelquefois illusion même aux saints. Les bonnes qualités que Félix reconnoissoit dans son neveu et les espérances qu'il en avoit conçues ^ avoient surpris son zèle. L'avis que Grégoire donna à ce jeune homme , étoit marqué au coin de la sagesse. Il lui remontra d'abord que, pour être promu à l'épiscopat, il Calloit avoir passé auparavant par tous les ordres inférieurs , de la manière que les canons le prescrivent. « Retournez donc^i^dit le saint, auprès de votre oncle , » et priez-le de vous donner la tonsure. Lorsque vous serez honoré du sa- » cerdoce , servez l'Eglise. Alors, si Dieu appelle vers lui votre oncle, il » vous sera facile de lui succéder». Burgondion , à son retour, trouva le malade dans im état moins critique : ce qui lui fit différer de mettre en pratique le conseil du.saint métropolitain. Dans le temps qu'on comptoit sur la convalescence de saint Félix , des pustules enflammées parurent sur ses jambes. Un cataplasme decantharides, qui y fut appliqué, occasionna la gangrène et lui donna la mort.

409. Le siège de Nantes ne fut pas cependant enlevé à sa famille : le roi Gontran y nomma Nonnechius 11 du nom , son cousin , homme d'un grand mérite (i).

4 10. Cet évêque , qui , de Tétat du mariage , avoit passé à la plénitude du sacerdoce , avoit un fils qui fut enveloppé dans le crime de Bobolen^ Antistius se rendit à Nantes pour le punir. Comme le coupable s'étoit retiré à la cour du roi Clotaire , le commissaire assigna l'évêque à Châlons pour y répondre , devant le roi Gontran , de la conduite de son fils. Nonnechius se rendit au jour marqué et calma la colère du prince par de grands présens (2).

4ii. Cependant Chilperic 1 étoit mort à Chelles Tan 584 (3), sans avoir pu tirer raison des dégâts que Guerech avoit faits dans les pays de Rennes et de Nantes. Le prince armorique embrassa le parti de Frédegonde , sa veuve , et de Clotaire 11 , son fils , contre Gontran (4) , roi

(1) Gregor. TaroD. Hist lîb. 6. d. 15. Sainte Clotilde fonda tout auprès un monas'^ Le nom de Nmnechiui vient de non on àon , tère de religieuses. Sainte Batildc le rebâtit mérUe , et de neeft , ^rrand : homm% de grand dans le siècle suivant, et y mourut l*an 685. mérite. Les rois de la race capétienne résidoientquel-

(2) Gregor. Turon. Hist. lib. 8. c. 43. quefois au château de Cala. Le roi Robert j

(3) Ce château se nommoit Cala^ parce fit assembler en 1008 un concile.

qu'U étoit sur une éminence. Càl, éminenee. (4). Grégoire de Tours lait voir qae le vrai

SIXIEME SliCLB. - 485

deraishi formées. Un ëtang d'une lie ybisÎDè de la ville* dd Yenneâ ièe chiangea ensailg; durant plusiéars jours V '^nle multituide prodigieuse d'oiseau^r' carnassiers 8*én rassassioient La nature entière sembloit ne' plus suivre ses anciennes lois(i).

4ï5. La cminte àvoit dict<é les engagemens de Gùerech : l'espërance^' de rimpunîté en fit disparottre les effets. A peine les députés ' éloient-ils • partis > qtie tiè prinoe , sans penser à ses sermens, ni à ses côhveiitièiisv'' ni à ses otages, entra de nouveau dans les vignobles du territoire de-' Nantes, y fit faire la vendange et transporta le vin dans sa ville de^ Venues (a^- "»''»■ '^

" 4i€- Cependant , Eonius avoit fait de nouvelles tentatives pour reldur- * nér à son église. La Chronique de Tours, qui nous apprend cette par- ticulàrité , ne nous en fait pas connottre la suite. Ce pVélat étdît im vil' esclave de l'ivrognerie , vice qui n'étoit que trop connnun dans la GauleJ Comme il célébrôîl^les saints mystères un jour de dimanche dans* une église de Paris, il tomba subitement à terre; on attribua cet accident à' une apoplexie. La compassion se changea en scandale , lorsqu'on sut ^^iie' l'ivresse avoit été la cause de sa chute. Il étoit quelquefois si épris 'de' vin, qu'il étoit sans mouvement et que l'écume lui sortoit'de la bouche. Pour manifester l'horreur qu'on avoit de sa conduite, on l'appela Eonius (3).

417. Dieu avoit donné ce pasteur dans sa colère : Dieu l'éloignadàns sa miséricorde. La piété rentra , avec Regalis (4) , dans la chaire de Venues ; il répara , par une vie réglée et édifiante, les excès de se^detix' derniers prédécesseurs. Ceux-ci avoient prouvé sensiblement que ce n'est pas l'état des personnes qui les sanctifie , mais que chacun doit marcher, avec crainte et tremblement, dans sa vocation, en réprimant ses passions et en coopérant à la grâce.

4i8. La saison trop avancée avoit empêché Contran de punir Guerech. Occupé l'année suivante d'affaires plus sérieuses, il le laissa tranquille. Le prince armorique , attiré par l'appât du butin que l'automne lui offre , pénètre dans les territoires de Rennes et de Nantes. Il enlève les vendanges , détruit les semences et fait beaucoup de prisonniers (5).

(i) Marias in Chron. Fredcg. Epitom. c. hwime sujet à écumer. Greg. Tur. Hist. lib,

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