‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances (volume 2)Chapitre 39 sur 76 · DE PHILIPPE DE COSSÉ · texte numérisé non relu

DE PHILIPPE DE COSSÉ

Cossé* est une terre noble au pays du Maine, qui a donné (ou reçu d'elle) le nom à la très noble famille du prélat dont nous avons à parler en ce chapitre. Les seigneurs de cette maison sont maintenant plus connus sous le nom de Brissac^ terre d'Anjou que le feu Louis XIIP érigea en duché et pairie , l'an 1620, en faveur de Charles de Cossé, deuxième du nom.

Cette famille de Cossé s'était autrefois plus attachée aux ducs d'Anjou, rois de Naples et de Sicile, ce qui a fait dire à Philippe de Commines, que Jean de Cossé, sénéchal de Provence, si hardi et si fidèle chevalier de René, roi de ce pays-là, était de bonne maison et du royaume de Naples^

Philippe de Cossé, notre prélat, était fils de René, grand panetier et grand fauconnier de France, charges

^ Dép. de la Mayenne, arr. de Châteaii-Gontier.

2 Dép. de Maine-et-Loire, arr. d'Angers.

3 «Jehan Cossé, seneschal de Prouvence, homme de bien et de bonne maison du royauhTie de Naples. » Mémoires de Philippe de Commynes, édition de la Société de V Histoire de France, t. II, p. 17.

et honneurs presque héréditaires en leur maison, et de Charlotte Gouffier, fille de Guillaume, seigneur de Boissy, et sœur d'Adrien, cardinal, notre évêque.

Notre Philippe avait deux frères qui furent l'un et l'autre maréchaux de France et d'une distinction très grande dans nos historiens : Arthur, connu sous le nom de maréchal de Gossé, et Charles sous le nom de Brissac. C'est de ce dernier que sont descendus les ducs de Brissac d'à présent. René de Cossé, père de notre évêque, eut le bonheur d'être gouverneur des enfants de France et Philippe en fut précepteur. Il fut grand aumônier de France, abbé de Saint-Jouvin-de- Marnes \ au diocèse de Poitiers, et de Saint-Michel-en- Lherm^ au diocèse de Luçon, dont la manse abbatiale est maintenant unie au collège des Quatre-Nations. On dit qu'il était religieux profès de l'ordre de saint Benoît, ainsi que son prédécesseur.

Le roi François P' le nomma pour tenir l'évêché de Coutances , peu de temps après la mort de René de Brèche, et seulement en commande du consentement du pape, et le 15" mai 1530, il fut reconnu et reçu à Coutances par ses procureurs, constitués officiers de sa part, pour administrateur général perpétuel de l'évêché.

< Saint- Joiivin ou Saint- Jouin-de-Maines, dép. des Deux-Sèvres, arr. de Parthenay.

* Dép. de la Vendée, arr. de Fontenay-le-Comte. — Le Gallia christiana, II, 1418-1422, ne mentionne pas Philippe de Cossé dans la liste qu'il donne des abbés de Saint-^Iichel-en-l'Herm (in Eremo). Il est du reste inexact sur le compte de Philippe de Cossé qu'il dit « filius Theobaldi de Cossé et Fœlicae de Gharnon de Saint-Julien. » Ibid., 1276, liste des abbés de Saint-Jouvin-de-Marnes.

Voici le titre du registre de Tévêché :

(( Registrum secretariatus Constantiensis episcopatus « sub venerabili et egregio viro domino vicario genea rali reverendissimi in Ghristo patris et domini Phi- « lippi de Gossé, miseratione divina et sanclissimce a sedis apostolicaî gratia^ administratoris perpetui ec- « clesiae et episcopatus Constantiensis, incipiens die <( 15^ maii 1530, qua die dominus admissus fuit et re- (( ceptus in administrationem perpetuam hujus epis- « copatus in persona sui procuratoris et cœpit idem « procurator, dictinomine reverendissimi domini, pos- « sessionem [ecclesiae] et episcopatus. »

Ce fut François de Lautrec, le premier secrétaire de sa maison, lequel avec Robert de Glos, prieur commandataire du Moustierneuf de Poitiers, furent envoyés à Coutances pour cette prise de possession : de Glos en qualité de grand vicaire et l'autre en qualité de secrétaire ou procureur général.

Ce de Glos, par ordre de Philippe de Gossé, son maître, établit Guillaume Quetil, dont nous avons tant parlé, pour gouverner le diocèse en qualité de vicaire général. Lautrec choisit pour secrétaire de l'évêché Robert Fréchier, bachelier en théologie et chanoine de la cathédrale, et ce dès le lendemain de cette prise de possession, c'est-à-dire le 16^ mai 1530. De tout ceci nous apprenons que le siège épiscopal vaqua environ cinq mois après la mort de René de Brèche.

Au reste, Guillaume Quetil, demeurant seul chargé de l'administration des affaires de tout le diocèse, et n'y pouvant toujours vaquer parce qu'il était souvent

oblisé de sortir de la ville, il substitua en son absence Jean Belamy, vicaire général, l'onze octobre de la même année, lequel Belamy était licencié en théologie et déjà officiai de Goutances , en présence duquel il fit, le même jour, lire, vérifier et homologuer en l'officialité les lettres de grand vicaire que lui avait données le 24' prieur de Saint-Lo de Rouen, nommé Nicolas de Lion \ ou le Lion, en tout ce qu'il lui pouvait compter et appartenir dans le Gotentin : Universis praesentes litteras inspecturis, Nicolaus^ permissione divina, prior sancti Laudi Rothomagensis , ordinis sancti Augustini , et canonicus praibendatus ecclesiae cathedralis Gonstantiensis , salutem in Domino sempiternam. Notum facimus, quod nos de scientia et doctrina, necnon de diligentia, fidelitate et aliis virtutum meritis venerabiiis et circumspecti viri, magistri Guillelmi Quetil, presbyteri, ecclesise praedictae Gonstantiensis canonici^ ex ipsa rerum experientia et odore bonae famae, et nominis insignis, ipsum fecimus, constituimus (c et creamus et deputavimus vicarium nostrum generalem , dantes et concedentes plenariam potestatem facultatem et mandatum spéciale ad quaecumque bénéficia ecclesiastica, cum cura et sine cura, quorum jus nos competit, disponenda, danda, praesentanda, etc. ))Et le surplus de l'acte n'est qu'une

* Ms. M. Nicolas Oulelion. Le Neustria pia, p. 812, appelle également cet abbé Nicolaus Léo. Mais ce nom provient d'une mauvaise lecture. Ce prieur de Saint-Lo s'appelait Nicolas Ler. V. Farin, Histoire dé la ville de Rouen, édit. de 1738, t. VI, p. 36, et VHistoire du prieuré de Saint-Lo de Rouen, ms. du xviie siècle, aux Archives de la Seine-Inférieure.

plus ample explication de ce pouvoir ou vicariat, donné au dit Quetil, daté d'Agon^ le 10' juin 1530, lequel grand vicaire donna aussitôt cette cure d'Agonà Jean Quetil, absent, et Belamy lui en fit délivrer la collation.

L'onze juillet de l'an 1532, Guillaume Quetil renouvela, par un acte particulier, la substitution de vicaire général au dit Jean Belamy, officiai, et admit au même office ce Jean Quetil dont nous venons de parler, qui était chanoine aussi bien que Belamy. On trouve plusieurs renouvellements de vicariats semblables, d'où nous apprenons qu'ils n'étaient que pour un temps.

Le 25" août suivant, il donna la vice-régence du doyenné de Jersey à Jean l'Arbalestrier, curé des paroisses de la Trinité et de Saint-Pierre en cette île.

Le 13° avril de l'an suivant 1532, il conféra la cure de Saint-Clément de cette même île à Thomas Steill àlui présenté par Jean Beautroy, lieutenant d'Antoine Vulfret, chevalier, gouverneur de Jersey pour le roi d'Angleterre. Steill est dit présent par Pierre d'Ollebec, prêtre.

En cette même année 1532, le 28° juillet, il ratifia et approuva l'acte par lequel Leobin [Le] Fillastre, abbé de Cherbourg, avait donné à son abbaye 16 livres 10 sous tournois de rente, pour dire une messe tous les dimanches en la chapelle de Notre-Dame-du-Vœu.

En 1534, le 12° avril, frère Denis de Vieux-Châtel,

« Arr. de Coutances,

chevalier de Rhodes ou de Saint-Jean-de-Jérusalem, commandeur de Villedieu, présenta à l'église ou commanderie de Villedieu, vacante par la mort de frère Jean Le Rentier, frère Nicolas Bouge, prêtre dudit ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem , qui en reçut aussitôt la collation du même grand vicaire Quetil. Ce Denis de Vieux-Ghâtel, dans l'acte, chevalier, commandeur de Villedieu^ baille Montchevreuil et Saultchevreuil comme membres de ladite commanderie de Villedieu.

Le 14^ jour du même mois et an, François Le Cauf d'HuberviIle\ en qualité de vicaire deDenis Brissonnet, abbé de Saint-Paul-de-Gormery, présenta au prieuré de Marchésieux^ un nommé Gilles Bosebo.

Il ne paraît point qu'il fût alors nécessaire d'être religieux de l'Hôtel-Dieu, pour être curé de Saint Pierre-de-Goutances , puisqu'un nommé Julien Pottier, à qui on avait résigné ce bénéfice en cour de Rome, fut admis, le 25" mars 1536, par le grand vicaire sans cette qualité de religieux.

Nous avons une longue bulle obtenue cette année 1536 du pape Paul III par laquelle le chantre et le chapitre lui ayant présenté requête pour la conservation de leurs biens, dîmes, et autres revenus, ce pontife, après une longue énumération de ces mêmes dîmes, rentes et revenus, les prend sous sa protection et prononce anathème contre les usurpateurs. Elle est trop longue et trop ennuyeuse pour être insérée ici.

* Arr. de Valognes.

' Arr. de Goutances.

Les curieux pourront se satisfaire, s'ils le veulent : nous la rapporterons, Dieu aidant, ou dans notre Recueil, ou à la fin de ce chapitre'.

Nous trouvons dans nos mémoires l'enregistrement, fait le 20° août 1538, de certaines lettres obtenues en cour de Rome pour un nommé Guillaume Billon, par lesquelles il lui était permis de posséder trois bénéfices-cures en même temps. Ce n'était pas une nouveauté; nos registres sont remplis de faits semblables. Dès 1496, Jean Sabine, curé du Mesnil-au-Parc% obtint du pape de posséder en outre celle de la Haye-Piquenoi% qui est dans le diocèse de Bayeux, éloignées de six grandes lieues l'une de l'autre ; et le motif de cette dispense est la noblesse de sa maison. J'en ai eu l'acte et l'ai donné depuis peu à. . . Sabine, écuyer, seigneur de la Hinaudière, descendu d'un des frères de ce curé dispensé.

Cette même année 1538, Guillaume de Grimouville, chanoine de Goutances, duquel nous parlerons tant dans la suite comme ayant eu tant de part à l'administration de ce diocèse, commença d'entrer dans les affaires par être vicaire général substitué, et en cette qualité, il pourvut le 22' avril de cette année, frère Jean Hubert, religieux de Cherbourg, du prieurécure de Barfleur, lequel Hubert lui avait été présenté par LéobinLeFillastre, abbé dudit lieu de Cherbourg, après la mort de frère Mathieu Le Neveu.

1 Voy. plus loin, p. 80.

2 Le Mesnil-Opac, arr. de Saint-Lo.

3 Paroisse réunie à Baynes, dép. du Calvados, arr. de Bayeux.

Cependant Philippe de Gossé était à la cour, jouissant tranquillement du revenu de notre évêché, auprès des princes, le Mécène de son temps, savant, et protecteur des gens de lettres, qualité qui a rendu sa mémoire illustre, qu'aucun écrivain de son temps ni même du nôtre n'a oubliée, et qui le rendait aimable au roi François I" son maître, monarque qu'à bon droit tout le monde appelle le père et le restaurateur des lettres.

SalomonMacrin\ poète lyrique, surnommé l'Horace de son temps, parlant de notre commendataire, dit qu'il avait une passion extraordinaire pour la poésie et philosophie et la langue hébraïque, sentiments alors très rares parmi les personnes de sa naissance, qui languissaient de mollesse et vivaient dans une certaine oisiveté qui leur faisait regarder les sciences infiniment au-dessous d'eux.

Guillaume Budé, qu'Erasme nommait le prodige de son siècle et de la France, était alors estimé le plus savant de l'Europe. La pénétration de son génie et la grandeur de ses travaux lui donnèrent une réputation au-delà de ce que l'on peut penser et lui acquirent pour amis ce qu'il y avait de personnes plus distinguées dans le monde.

Philippe de Gossé, notre prélat, fut une des plus illustres entre ces personnes; j'ose le dire, parce que son amitié, comme celle de la plupart des hommes,

* Jean Salmon, né à Londun, connu sous le nom de Salomon ou Salmon Macrin (Salmonius Macrinus). D'après Moréri, le surnom de Macrin lui fut donné par François ler, à cause de son extrême maigreur.

ne finit pas avecles jours de ses amis, [et] que le monde [lui] est redevable de la vie de Budé, écrite par Louis Le Roy, un des plus grands ornements du diocèse de Goutances.

Comme la famille de ce Le Roy subsiste encore noblement en plusieurs lieux de notre diocèse, on me permettra de dire ici, pour l'honneur de ce même diocèse, qu'elle a donné au monde deux grandes lumières.

Le premier était Pierre Le Roy de la paroisse d'Orval près de Goutances ^ Il vivait sur la fin du xiv" siècle et le commencement du xv^; il fut, par son propre mérite, le 20^ abbé de Saint-Taurin d'Evreux, le 17' de Lessay, le 24^ du Mont-Saint-MicheP. Sa mémoire est enbénédiction partout, mais encore plus au Mont-Saint-Michel qu'ailleurs. Son occupation était la prière, l'étude et la classe ; car il enseignait publiquement la théologie et le droit canon. On a de lui des commentaires sur le droit, que les maîtres en cette matière estiment fort; il augmenta notablement la bibliothèque du Mont- Saint -Michel ; il y donna plusieurs beaux livres et riches ornements. On remarque, entre autres, un missel magnifique, couvert de pierreries, qu'il avait fait transcrire à Paris. Il enrichit ce monastère de gros revenus et y fonda à perpétuité deux chapelains pour la chapelle de

1 V. sur Pierre le Roy, V Histoire générale du Mont-Saint-Michel au péril de la mer pardom Huynes, publiée par M. E. de Beaurepaire pour la Société de l'histoire de Normandie, t. I, p. 189-194. Dom Huynes compte Pierre le Roy comme le 29e abbé.

2 II y a ici désaccord entre Toustain de Billy et le Galliû christiana, t. XI, qui fait de Pierre le Roy le 32e abbé de Saint-Thaurin, le 20« de Lessay, et le 30e (iu Mont-Saint-Michel.

la Vierge, nommée desTrente-Cierges. Il mérita la faveur de Charles VI. Il fut son secrétaire et le porta à faire plusieurs legs pieux. Ce monarque se servit de lui en plusieurs ambassades avantageuses. Nous trouvons encore que notre Pierre Le Roy fut bien aimé et très considéré du pape Alexandre V, pour l'élection duquel il avait précisément travaillé au concile de Pise, et de Jean XXIII, les droits duquel il soutint par une longue harangue dont il avait pris pour thème ces paroles du psaume 59 : « Da nobis, da nobis, Domine, auxilium (' de tribulatione », et l'équité du refus que faisait l'université de Paris d'obéir à l'antipape Benoît. Il avait été du nombre de ceux que cette université avait députés en Avignon vers ce prétendu pontife pour le fait de l'union de l'Eglise. Et enfin les titres qu'on lui a toujours donnés, c'est d'avoir été « notabilis prselatus^ « clericus optimus'. »

L'autre est Louis Le Roy^ dont nous parlons. Il s'est fait connaître et estimer dans toute l'Europe par ses épîtres, ses critiques et ses voyages, au retour desquels il professa la philosophie à Paris au Collège royal. Il a donné au public plusieurs ouvrages de sa fciçou ; il en a aussi publié plusieurs autres dont il était le traducteur. Celui de ses ouvrages qui nous donne occasion de parler de lui, je veux dire la vie de Budé, est un des plus remarquables^ Il l'entreprit particuliè-

1 Gallia christiana, XI, 527.

« Louis le Roy. dit Regius, né à Coutances au commencement du XVI* siècle, fut professeur royal de langue grecque. La vie de Budé parut en 1340.

•i Est le plus recommandable (M).

rement pour le respect qu'il avait pour notre prélat. Ce fut aussi par la volonté de ce même prélat qu'il dédia ce même ouvrage au fameux Guillaume Poyet\ chancelier de France, si connu des savants. Voici comme notre Louis parle de ce fait : « Philippe de « Gossé^ évêque de Goutances, par l'ordre duquel j'ai « entrepris d'écrire la vie de Budé, a voulu que je vous (( dédie ce mien travail. J'aurais commis un crime de (( ne pas déférer en ceci à une personne aussi illustre « qu'il l'est, lequel me commandait une chose si juste a et qui désirait de moi un ouvrage qui m'était si « agréable. Je n'ai osé * différer à l'autorité de mon « protecteur. J'ai eu honte de ne pas suivre son senti- « ment et ses désirs, et c'est ce qui m'a fait entre- « prendre cet ouvrage : Philippus Gossaeus, Gons- « tantiensis Autistes, cujus jussu G. Budaei vitam « explicandam suscepi, author mihi fuit ut hune meum « laborem nomini tuo consecrarem... Viro çlarissimo « atque doctissimo et justa imperanti, et praeclara « cupienti, non parère nefas esse putavi. Itaque non (( ausus Patroni mei, aut authoritatem aspernari, aut (( voluntatem negligere, recusandi pudore, scribendi « onus suscepi ^ »

* Nos deuxmss. portent Guillaume Postel, mais ce personnage, originaire du diocèse d'Avranches, et l'un des savants les plus distingués de son temps, n'a jamais été chancelier de France. La confusion est-elle imputable à Toustain de Billy, ou faut-il voir là encore une de ces erreurs de copiste fréquentes dans nos mss?

2 Le texte des deux mss. n'est pas satisfaisant à cet endroit. P. : Je n'ai pu ne pouvoir diférer... M.: Je n'ai su différer... Le texte latin indiquait la correction à faire : Je n'ai osé différer...

3 G. Budâsi viri clatnss. vita per Ludovicum Regium ad Gulielmum Poietum magnum Francise Cancellarium. Parisiis, apud Joannem Roigny,

Ce que le fameux Nicolas Bourbon, précepteur de la reine Jeanne de Navarre , écrit de notre évêque Philippe est commun; il est néanmoins trop avantageux à ce prélat pour être oublié ici.

Quod cudo opus, pacem requirit et otium

Profundum, praesul optime :

At otium taie unde nanciscar miser,

Nisi ab inclytis heroibus, Tuiqiie similibus : quare te oro te tui

Generis per claritudinem, Rarasque per dotes animique et corporis,

Quibus cumulavit te Deus, Meis ut et tu adsis favens conatibus ^.

Cependant Guillaume Quetil, vicaire général de Coutances, mourut, et Frauçois, l'autre vicaire général, fut obligé de s'attacher plus particulièrement au service du diocèse et de faire sa résidence, du moins pour quelque temps, en notre ville épiscopale. C'est ce que nous apprenons de nos mémoires : « Hac die 18^ « februarii 1540, dominus Franciscus de Lautrec, fecit « suam moram in hac civitate Constantiensi. » Guillaume de Grimouville était déjà officiai de Coutances. Il se substituait vicaire et avait soin des expéditions en son absence et en cette qualité. Le 17'... suivant, un nommé Jacques Martin exhiba des lettres de Rome pour la cure de Fierville^ en faveur de Nicolas de Briroy, âgéseule-

via ad D. Jacobum, sub Basilisco et quatuor Elementis, 1540. - -Je donne, d'après le texte même de cet ouvrage, p. 3, la citation faite inexactement par les deux mss.

* Jeanne d'Albret, mère de Henri IV.

2 V. Gallia christiana, XI, 901.

' Arr. de Valognes,

raent de 14 ans, lesquelles furent lues et agréées par ledit grand vicaire et ledit Martin, procureur de Briroy, [fut reçu] à faire le serment ordinaire pour lui.

Guillaume de Grimouville fut, peu de temps après, créé vicaire général absolu. Nous le dirons bientôt. En attendant, nous remarquerons que le premier acte du mois de mai suivant est l'enregistrement de la lettre de grand vicaire dudit de Lautrec. Nous avons jugé à propos d'en insérer ici quelque chose, afin de faire connaître les titres que prenait notre prélat : a Philippus « de Gossé, administrator episcopatus Gonstantiensis et « abbas monasterii SanctiJovini-de-Marnis, ordinis (( sancti Benedicti. Pictaviensis diœcesis,priorprioratus (( conventuàlisSanctae-Grucis-de-Volta, etSancti-Eutropi « Xantonensis, ordinis Gluniacensis, et Sancti-FIori ex « Xantonensi respective dioecesi, universis praesentes « litteras inspecturis salutem in Domino sempiter-

« nam, etc. » En cet acte, qui est du 17^ 1540, ce

François de Lautrec y est dit chantre et chanoine de Saint-Lo-d' Angers et l'autre, Simon Albert, curé de Saint-Germain au diocèse de Nantes.

Il y avait alors deux évêques in partibits dans le diocèse ; l'un était Gharles Boucher, abbé de Montebourg, évêque de Mégare, et l'autre Pierre Pinchon, abbé de Hambie, desquels nous avons déjà parlé. Le dernier fut choisi pour être sufFragant, ce qui se faisait par un acte particulier par lequel le titulaire donnait permission à l'autre de faire toutes les fonctions épiscopales dans son diocèse. Cet acte est daté du 25** janvier 1548 et commence d'une manière différente de

ceux que nous venons de rapporter en lesquels il se nomme simplement administrateur de notre évêché et ne fait mention que de ses abbayes et prieurés, au lieu qu'en celui-ci il se qualifie d'évêque de Coutances, de conseiller du roi et de grand aumônier de France : « Philippus de Gossé, miseratione divina episcopus « Gonstantiensis, christianissimi régis nostri privati (( consilii consiliarius et Franciae magnus eleemosina- (( rius, etc., universis notum facimus, quod visis litteris « apostolicis promotionis dilecti fratris et episcopi do- « mini Pétri Pinchon in episcopatum Porphiriensem « necnon supplicatione, qua nos officiariosque nostros (( supplicat quatenus possit libère et valeat libère per (( praedictam nostram diœcesim exercere pontificalia (( [tam in] continenti, quam in insulis, etc. » Nous avons remarqué que cette date est celle de l'insinuation au secrétariat de l 'évêché, Jean, évêque de Gastorie, ayant fait toutes les fonctions épiscopales et de suffragant jusqu'en l'an 1546, auquel il mourut.

Voici le titre de l'ordination du 17^ septembre 1530: (( Ordinati in majoribusetminoribus in ecclesia Gonstan- « tiensi per reverendissimum dominum Johannem, (( Gastoriensem episcopum, de licentia et permissu (( venerabilis et egregii viri vicarii generalis in spiri- « tualibus et temporalibus reverendi in Ghristo patris (( ac domini de Gossé, miseratione divina et sanctae « sedis apostolicae gratia ecclesiaeetepiscopatusGons- « tantiensis administratoris perpetui. »

Voici le titre de la première ordination faite par Pierre Pinchon : « Registrum ordinatorum in majori-

(( bus et minoribus per reverendura in Ghristo patrem (( ac domiiiuiii Petrum, permissione diviiia Porphi- « rienseni episcopum, pro prima vice in ecclesia Gous- « tantiensi, de licentia et permissu Guillelmi de Gri- (( mouville vicarii generalis Philippide Gossé, magistro (( Joanne de Lafont presbytero cauonico Gonstantiensi, (( secretario : 1547, 2r et 25" février. » Ge secrétaire de Lafont était chanoine et avait la prébende de Vire; elle lui avait été donnée en 1540, le 22" juin, après la mort de Jean Le Marquetel. Le 1 8" septembre suivant, au même an 1540, la pénitencerie fut conférée à Robert Bavent par la démission simple de Pierre de Pienne, et le 4" octobre suivant. Bavent permuta cette dignité contre la cure de Querqueville ^ que lui bailla Guillaume de Saussey.

Guillaume de Grimouville, qui était chanoine, officiai et curé de Granville, n''exerça la charge de grand vicaire que par substitution et en l'absence de Laulrec, mais au mois de janvier 1544 ou 45, il fut seul grand vicaire absolu. Nous trouvons qu'au même temps Jean de Lafont commit Jacques Fricam au secrétariat, et lui de Grimouville, étant obligé de sortir le diocèse, substitua de Lafont, le 8' août suivantjusqu'à son retour « usque ad regressum a viagio suo incepto hodie. » Ge voyage ne fut pas long, étant de retour le 17" du même mois; néanmoins, il y a deux témoins dans l'acte de cette substitution.

Le 10" avril, an 1545, Jean Godard fut pourvu en

' Arr. de Cherbourg.

cour de Rome de la cure du Mesnil-au-Parc \ et le 17' de mai de l'an suivant 1546, il fut à la nomination de Jean duPlessis pourvu de celle de Saint-Romphaire^ vacante par la mort d'un nommé Olivier Labbé. Et ce qui est de plus à remarquer, Payen d'Esquetot, que nous verrons bientôt notre évêque, fut, le 6* de juillet de cette année 1546, pourvu de plein droit, quoique absent, de la prébende de La Vauterie en la paroisse de Quibou \ vacante par la mort de Thomas Huet.

Le 1 2' jour d'août suivant, on doit encore remarquer qu'un autre de nos évoques, je veux dire Etienne Martel, fut présenté à la cure de Montpinchon\ non pas à la vérité sans contestation, mais enfin dont il fut le maître. Voici le fait : Deux jours auparavant, savoir le 10' août, noble homme Jean de Gourfaleur, seigneur de Bonfossé, de SouUe en partie et de Montpinchon aussi en partie à cause de damoiselle Barbe de Cambernon son épouse, fille et seule héritière de feu noble homme Guillaume de Cambernon, en son vivant seigneur des terres et seigneuries de Montpinchon et de Gonneville, présenta à la dite cure vacante par la mort de Jean de Cambernon, Roulland de Gourfaleur. Le lendemain, noble homme Olivier Martel ^ chevalier, sei-

1 Le Mesnil-Opac, arr. de Saint-Lo.

' Arr. de Saint-Lo. Cette prébende est appelée plus loin du Vaultier.

*■ Arr. de Coutances.

s Olivier Martel et son frère Etienne, qui fut plus tard évêque de Coutances, étaient fils de Louis Martel (de la branctie des Fontaine-Martel) et de Marie de Cretot. V. M. A. Hellot, Essai historique sur les Martel de Basqueville et sur Basqueville-en-Caux, p. 241. — D'après D. Pommeraye, Histoire de CEglise cathédrale de Roue/i, etc., p. 255. Etienne Martel avait d'abord été curé de BoUebec (Bolbec.)

gneur de Gretot et de l'honneur de Montpinchon, à cause de damoiselle Marguerite de Gambernon son épouse, fille aînée et héritière de feu noble homme Jean de Gambernon, seigneur de Montpinchon, présenta à ladite cure Etienne Martel, lequel, pour me servir des termes de notre registre, fut rejeté, « obstante praesentatione priùs admissa » . Il ne fut pas seul à obtenir un acte de refus. Un nommé Jean Le Masson présenté du roi à raison du litige, le fut aussi le 5^ de novembre suivant, comme aussi le 20^ du même mois fut rejetée la présentation de François Le Jolivet, faite par Jean Le Jolivet, seigneur d'Andouville, Fervaches, Blosville et Montpinchon en partie; mais le 22° du même mois fut admis et pourvu de la chapelle Saint-Julien du même lieu de Montpinchon Nicolas Préval, prêtre, présenté par Jacques Dubois, seigneur de Pirou et en partie de Montpinchon, à cause de damoiselle Jeanne de Gambernon son épouse. Enfin trouvons-nous que le 20° avril suivant [que] nous comptons 1547/ la cure de Montpinchon fut conférée à notre Etienne Martel en vertu d'un compulsoire et lettres royaux ad conservationem juris.

Le dernier jour de juin 1548, Payen d'Esquetot remit entre les mains du grand vicaire la prébende de . La Foulerie', dont il avait été pourvu depuis ce que nous venons de dire % en faveur de René Gottereau qui en fut aussitôt pourvu.

» Paroisse de la Mancelière.

2 A cet endroit, le ms. P. ajoute ces mots : rfc celle de Vire, entre les mains du grand vicaire, qui ne sont pas dans le ms. M.

Le 13* septembre, commission fut donnée à Geoffroi le Roi, officiai de Saint-Lo, de visiter les abbayes de Saint-Lo, de Saint-Sever et le prieuré de Villedieu, je crois qu'il veut dire de la Bloutière'.

Le 17^ octobre, après la mort de Charles Paniot, frère Jacques Guilloste ^ fut élu abbé deSaint-Sauveur-le- Vicomte. Il le fut peu, puisque nous trouvons en 1551 Jean Gruger^ tenant en commende cette abbaye.

Il y a encore quelques autres particularités pendant le gouvernement de Philippe de Cossé, que nous ne devons pas oublier. La première sera le recueil des statuts synodaux qu'on eut soin de faire publier et imprimer. Les anciennes constitutions du diocèse, dont nous avons rapporté la plupart, étaient dispersées et presque anéanties; on les ramassa et on en fit un petit livre sous le titre Prœcepta synodalià sanctœ ecdesiœ Constantiensis "" \ on le publia au synode de Pâques de 1538 et donna-t-on ordre à tous les ecclésiastiques du diocèse d'en avoir chacun un et de l'observer en tout.

Nous remarquerons encore la venue et l'établissement des Gordeliers proche la ville de Granville. Ils étaient en l'île de Ghaussey ; mais, ne pouvant plus

* Arr. d'Avranches.

- Le Gallia christiana, xi, 925, ne fait pas mention, après Charles de Panyot, de Jacques Guilloste ou Gaillotte (M). Le Neustria pia, p. 544, n'en parle pas davantage.

3- Le Gruyer, Gallia christiana, xi, 925, mort le xiii des calendes d'avril 1560.

* Frère [Manuel du Bibliographe normand) cite cette édition, d'après le Journal de Verdun, dans la note suivante, v» Statuta : Le Journal de Verdun, t. Lxn (1753), p. 120, cite une édition du xvi^ siècle des statuts synodaux de ce diocèse : Synodalià Constanciensis ecdesiœ; Rothomagi, 1538, in-8 goth.

souffrir les persécutioDs des Anglais qui devenaient de plus en plus perfides et impies non-seulement, mais aussi hérétiques, ils furent obligés de quitter, abandonner Tîle et emporter ce qu'ils pouvaient du peu qu'il leur restait. Ils vinrent à Granville ; ils y furent humainement reçus par un bourgeois de cette ville nommé Jacques Pigeon, qui les logea dans une maison qui lui appartenait dans le faubourg. En 1546, hautes et puissantes dames Jacqueline et Adrienne d'Estouteville^ mère et fille \ achetèrent et aumonèrent proche Granville le fonds nécessaire pour y bâtir un couvent, en obtinrent sans peine la permission de Paul III, souverain pontife, et de Philippe de Gossé, évêque de Goutances, et aussi le peuple contribuant à cette bonne œuvre, de leurs aumônes ils bâtirent ce couvent, lequel étant achevé, messire Pierre Pinchon, évêque de Porphyre et notre suffragant, en 1547, le consacra à Dieu sous l'invocation de la très sainte Vierge et du bienheureux saint François. « Quapropter », dit Le Fillastre, évêque de Gapoue, en parlant de ce couvent et des maux que souffraient les Gordeliers ses confrères dans l'île de Ghaussey, a pauperculi fratres, suis « rébus consulturi, eam deserendam putaverunt, at- (( que a pio quodam Jacobo Pigeonio Grandivillano « proprio eoque humanissimo hospitio in suburbiis

i Jacqueline d'Estouteville, fille de Guyon d'Estoiiteville et d'Isabelle de Croi, épousa en 1509 son cousin-germain Jean d'Estouteville qui mourut en 1517. De ce mariage naquit le 21 octobre 1512, Adrienne d'Estouteville, qui épousa le 10 février 1534 François de Bourbon, comte de Saint- Pol, qui reçut d'elle le nom et le titre de la maison d'Estouteville. Elle mourut en janvier 1500. V. Recherches historirjues... sur les sires et le duché d'Estouteville, par M. le vicomte d'Estaintot, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. xxiv, p. 414 419.

praefatae civitatis Grandivillse excepti, ibidem per très aniioscoutinuos commorati sunt, quibus tandem exactis, a devota matrona et insigni fœmina Jacquelina Estoutevilla et Adriana ejus filia, emptum Grandivillae proprio serefundum fratribus adulterius conventus œdificationem^ anno domini 1546, liberalissime contulere. lUi vero, obtenta tum a reverendissimo Philippi de Gossé GoDstantiensi episcopo, tum quoque a Paulo IIP summo PontiQce humanissime accepta [permissione], hoc sacrum monasterium beatae Mariae ac beato Francisco dicatum a fundamentis eleemosinis Grandivillce erigendum absolvendumque^ immo ecclesiam a reverendissimo quondam Porphiriensi episcopo, ac Constantiensis reverendi praesulis suffraganeo, anno domini 1547, consecrandam praefatis cunctisque titularibus quam diligentissimè curaverunt, quam et très particulae dominicae crucis honestant. Inhabitatur hic locus a 23 religiosis. »

En 1532, le roi François I" vint à Goutances, le 2r avril, ainsi que feu M. du Vaudôme m'a fait remarquer des registres des Thibout, Havard et Gocagne, tabellions à Goutances, dont voici les termes : a L'an (( 1532, François de Valois, roi de France, fit son « entrée en la ville de Goutances, le dimanche 21*' (( avril, à cinq heures du soir, et vint par le pont de (( Soulle, et furent au devant de lui les gens de jus- « tice et les bourgeois de la ville vêtus de longues « robes noires, et messire Nicolle Gadier, avocat en « cour laie, lui fit la harangue ; Nicolle Le Grand,

(( Robin de Maisons, Gilles Blondel et Guillaume Petit, (( bourgeois, portèrent le pesle \ Le théâtre était à « travers la grande rue, à l'endroit de la maison de (( Bertrand du Billard et la maison qui fut Germain « La Garde, sur lequel étaient, quand vint à passer, {( les trois états : c'était l'église, la noblesse et le la- « boureur. Messire Lucas Le Sieur était l'église, a Guillaume Philippe le jeune, la noblesse, et Jean « Percepied, le laboureur. Etaient avec le roi M. de « Vendôme % M. le cardinal de Lorraine'*, M. le carci dinal de Grammont*, etc. » M. de la Roque, « dans son Traité de la noblesse^ remarque que le roi étant à Goutances, le 3® mai suivant, fit expédier des lettres signées des Landes pour la foi et Thommage que lui rendit Jean de Saussey, écuyer, à cause de la fiefferme de Montchaton, dépendante de la vicomte de Goutances. En voici les termes : « Entre les mains « de notre très cher et féal et grand ami le cardinal de (( Sens, légat et chancelier de France, a été rendu « ledit hommage, etc. »

Je ne dois pas non plus oublier cette grande céré-

* Passage altéré dans les deux mss. : ^.portèrent la parole, ce qui ne peut convenir puisqu'on a vu Cadier faire la harangue ; M. portaient le perle, c'est-à-dire le pesle, le poêle ; c'était le dais que l'on présentait aux rois quand ils faisaient leur entrée dans une ville.

2 Charles de Bourbon, duc de Vendôme, né le 2 juin 1489, mort le 25 mars 1537, était fils de François de Bourbon, comte de Vendôme et de Marie de Luxembourg, comtesse de Saint-Pol, etc.

3 Jean de Lorraine, né en 1498, mort en 1550, cardinal en 1518, archevêque de Reims et de Lyon, abbé de Fécamp et de Saint Ouen de Rouen. 11 était fils de René, duc de Lorraine, et de Philippe de Gueldres.

* Gabriel de Gramont, fils de Roger de Gramont et d'Eléonore de Béarn, évèque 'de Gonserans, puis de Tarbes, puis de Poitiers, enfin archevêque de Bordeaux et de Toulouse, cardinal en 1531, mort le 26 mars 1536.

monie au parlement où le roi assista pour donner audience au procureur général, (' demandeur en commise pour félonnie des Comtez de Flandres et Arthois contre Charles d'Austriche esleu Empereur, Comte desdits Comtez \ » Du Tillet, dans son Traité du rany des grands^ dit que le lundi 15" jour de janvier 1536, le roi tenant son lit de justice était en son siège et trône royal au parquet de son parlement ; il était en cette cérémonie accompagné des rois d'Ecosse et de Navarre et de tout ce qu'il y avait de princes, de prélats et de grands seigneurs, du nombre desquels était notre évêque, Phillippe de Gossé".

Enfin il cessa d'être évêque et mourut à Paris sur la fin du mois de novembre 1548 ; je ne sais ni le jour de sa mort, ni le lieu de èa sépulture ; je sais seulement que sa mort fut connue à Coutances le T du mois de décembre audit an : « Hac die secunda decembris », porte le registre de 1548, « apud Constan- (( tias notificatus fuit decessus reverendissimi inChristo c( patrisPhilippi de Gossé, dum viveret, episcopi Gons- « tantiensis. » Après les cérémonies ordinaires et les prières accoutumées, François de Lautrec et Guillaume de Grimouville furent continués grands vicaires ; Jean de Marmenges et Jean Michel, prêtres et chanoines, furent élus secrétaires et exercèrent cette charge par

« Passage altéré dans les ms. Le ms. P. donne ce texte : « demandeur en contumace par félonie contre Charles d'Autriche élu empereur comte de Flandre. »

2 Recueil des Roys de France, leurs couronne et maison, ejisemble les rangs des grands de France, par Jean du Tillet, sieur de la Basbière, etc. Paris, 1680, p. 434-435.

messire Jacques Fricam. François de Lautrec était chantre de Coutances ; Pierre Pinchon. évêque de Porphyre, était abbé de Hainbie ; ils permutèrent. Cet évêque de Porphyre fut aussi choisi grand A'icaire, sede vacante, ainsi que Lautrec et Grimouville. Ainsi l'ordination générale, qui fut faite en l'église cathédrale, les 21* et 22' décembre 1548^ par le mêaie évêque de Porphyre, a pour titre : « Per reverendissi- (( mum in Christo patrem Petrum miseratione divina « Porphiriensem episcopum, cantorem et canonicum (( in eadem ecclesia cathedrali Goastautiensi et alterum « vicarium generalem in spiritualibus et temporalibus (( episcopatusGonstantiensis, episcopali sede vacante, (( de sua auctoritate et licentia et permissu ceterorum (( vicariorum gênerai ium, etc. »

Le siège episcopal ne vaqua que jusqu'au mois de mars suivant, que l'on comptait encore 1548 et que nous comptons 1549, ainsi que nous dirons bientôt.

Ge pendant nous ajouterons ici cette bulle du pape de laquelle nous avons parlé pour la conservation des biens de l'église cathédrale. La voici :

« Paulus episcopus, servus servorum Dei, adperpe- (( tuam Dei memoriam. Pastoralis officii debitum, quo « universis ecclesiis astringimur, nos inducit ut circa (( ipsarum personarumque earumdem statum prospère « dirigendum paternis studiis intendamus, et ipsarum (( personarum necessitatibus etiam ad divini cultus (( augmentumconsulendo, eaquepropterea processisse (( dicuntur ut illibata persistant, cum a nobis petitur, (( apostolici muniminis praesidio solidemus. Tune pro

parte dilectorum fîliorum moderni cantoris et capituli ecclesiae Gonstantiensis provincise Rothomagensis nobis nuper exhibita petitio continebat quod, in fuudatione dictse ecclesiae, diversi Ghristi fidèles décimas fructuum in dicta provincia et infrà limites parochiarum ecclesiarum de Rosello, Noinvilla, Otevilla, Csesarisburgo, Torlavilla, Cattevilla, Monte Acuto, Rabefrapeio (?), Brettevilla, Mesnilovari, Clytorpo, Gathehumo, Octovilla-Lavenel, Morvilla, Lingrevilla, Ragnauvilla, Bonavilla, Altavilla, Orglandes, Sancta- Maria -de -Monte, Haya-d'Equelot, Varanguebeco, Praetoto^ Alno, Callou(?), Buzevilla, Gapella-Engelgerii, Arteneyo, Deserto, Langl (?), Hebler (?), Fatigoa (?J, Ganegero, Tesseio, Sancto Vigore de Montibus, Gavafraxino, Montbreio, Altavilla-la- Guichard, Geoffossa, Vaudrimesnillo, Monte-Hugonis, Vande]eya,Nidocorvi,Huguevilla, Monte-Pichonis, Guillelmo, Geraseyo, Bella-Valle, Ronceyo, Sancto-Dionysio-Induto , Longavilla , Gerenciis , Avicularia, Mesnil-Auber, Treilleio, Sancto-Fragasio, Fresné-le-Puceur et Saceyo, excrescentium una cum pensionibus de Poterel, de Orleande, de Neyo, Moyono, Perceyo, Tollevasto, Gattevilla, Brixio et Telleio nuncupatis, a nonnullis laicis qui illas a tanto tempore, cujus jammemoria hominura non habetur, tenuerunt, seu perceperunt, etiam emptionis et venditionis expresso nomine acquisierunt et illas canlori et capitulo praefatis pro certis fundationibus seu ipsarum fundationum dote donaverunt, et inter ceteros, annis a tri-

82 HISTOIKE ECCLÉSIASTIQUE

ginta vel circa elapsis, bonae memoriae Gauffridus Herbert, dum viveret, episcopus Gonstantiensis, duas partes decimarum garbarum, infrà limites parrochialis ecclesiae de Hebertoligno (?) excrescentium, a dilectis in Ghristo filiabus, Catharina et Margareta du Mesnil-Guillaume, domicellis, quondam Gauffridi et Joannis de Magiieville,laicorum nobilium, tune in humanis agentium, respective uxoribus, quarum praedecessores dictas duas partes decimarum garbarum perceperant, seu iisdem Gauffrido et Joanni, tanquam dictarum Gatherinae et Margaretse specialibus procuratoribus, etiam emptiouis et venditionis nomine, pro certo tune expresse pretio, intentione illas cantori capitule praefatis et pro fundatione celebratiouis missarum jam in dicta ecclesia minime fundata^ dimittendiseudonandi, acquisivit, ac, eodem Gauffrido episcopo sublatode medio, quondam Ludovicus etiam Herbert, episcopus Abrincensis diœcesis, tune in humanis agens, tanquam haeres et executor testamenti dicti Gauffridi, episcopi, insequendo ejus voluntatem et dispositionem, duas partes decimarum garbarum hujusmodi cantori et capitulo praefatis, pro certis fundationibus in dicta ecclesia factis, donavit et concessit; ac deinde similis memoriae Adrianus Goufïier, dam viveret, episcopus Gonstantiensis, praefati Gauffridi immédiate successor, donationem ejusmodi ratificavit et omne jus quod sibi in hujusmodi duabus partibus decimarum garbarum competere poterat eisdem cantori et capitulo certis mediis remisit, necnon.

(. a duabus annis citra vel circa, ipsi cantor et capitu- (( lum ac dilectus filius Malheus de Mesnillo, rector (( diclœ ecclesiae de Herbertoligno (?) aut certo alterius « parrochialis ecclesiae, super certa lite seu differentia (i inter eos, occasione certarum deciraarum, exorta, « concordarunt per cerlam compositionem inter se, (( et a dictotempore dicti cantor et capitulum seu alius « eorum nomine, mediam partem decimarum infrà (( limites parrochialis ecclesiae de Sancto-Frague- '< rio a dilecto filio Guillelmo du Bullet, laico, titulo <( venditionis et emptionis, pro certo tune expresso u pretio, pro nonnullis fundationibus in ipsa ecclesia a factis acquisierunt, prout in diversis lilteris auten- (( ticis seu instrumentis aut documentis publicis de- « super confectis dicitur plenius contineri. Gum f( autem sicut eadem petitio subjungebat, inter ipsos H cantorem et capitulum et alium seu alios, super « decimis hujusmodi seu aliquibus de eis et illarum <( occasione, quaestionis materia orta fuerit et lis pen- « deat^ seu ipsi cantor et capitulum desuper molestenc( tur pro parle cantoris et capituli praedictorum affe- '( rentium inter se et dictum Gauffridum episcopum a convenisse, quod quatuor capellaniae, una videli- « cet de Loiselet nuncupata, et Sanctye Petronillae, et « alia sub invocatione Omnium Sanctorum et de Enne- <i villa, dictse Constantiensis diœcesis, quarum idem « Gauffridus episcopus patronus fuerat, et quarum jus « patronatus iisdem cantori et capitulo donaverat et « concesserat, uecnon alia sub beati Rumpharii at- « que alia sub sanctae Annae invocationibus dedicatœ

84 HISTOIUE ECCLÉSIASTIQIK

in praefata ecclesia Gonstantiensi ipsi cantori et capitule affectae essent et illae ad praesentationem eorumdem cantoris et capituli, per episcopum Constantiensem, pro tempore existentem, conferri deberent, nobis fuit humiliter supplicatum, ut acquisitioc nibus, donatioaibus, concessionibus et aliis praemissis pro earum subsistentia firmiori robur apostoliccC coufirmationis adjicere, ac aliàs in praemissis opportune providere de benignitateapostolica dignaremur. Nosigitur, qui ecclesiarum et ecclesiasticarum personarum quarumlibet profectui, cum a Deo possumus, libenter consulimus, modernum cantorem et capitulum praefatos ac eorum singulos a quibusvis excommuuicationibus, suspensione et interdicto, aliisque ecclesiasticis sententiis, censuris et psenis a jure vel ab homine, quavis occasione vel causa latis, quibus quomodolibet innodati existunt, ad effectum praesentium duntaxat consequendum, harum série, absolventes et absolutos fore consen [tientes] ac litis hujusmodi statum eorumdem litterarum seu instrumentorum, aut documenlorum praedictorum verioris tenoris praesentibus pro sufiicienter expressis habentes, supplicationibus inclinati, absque litis praedictae et rectorum parrochialium ecclesiarum locorum hujusmodi praejudicio, siugulas acquisitiones, donationes et concessiones, ratiûcaliones, remissiones, concordiam et compositionem aliaque praemissa ac prout illa concernuut omnia et singula in dictis seu litteris seu instrumeutis aut documentis contenta, licita tamen

et honesta ac sacris canoiiibus non contraria et deinde secuta quaecumque excerta scientia,auctoritate apostolica ettenorepraesentium, approbamus et confirmamus, et il lis perpétuas firmitatis robur adjicimus. Nihilominus pro potiori cautela eidem moderno ac pro tempore existenti cantori et ipsimet ecclesiae Gonstantiensi ac praefato capitulo singulas décimas hujusmodi, prout hactenus consueverunt, perpetuis et futuris temporibus percipere, exigere et levare ac in suis et mensce capitularis ecclesiae hujusmodi usus convertere, et quascumque alias similes décimas per laicos detentatasabillis acquirere libère liciteque valeant, auctoritate et teuore praedictis, concedimus et pariter indulgemus, non obstantibus praemissis ac constitutionibus et ordinationibus apostolicis, cœterisque contrariis quibuscumque. Nulli ergo omnino hominum liceat banc paginam nostrae absolutionis, approbationis, confirmationis, adjunctiouis, concessionis et indulti infringere vel ausu temerario contraire. Si quis autem hoc attentare prsesumpserit, indignationem omnipotentis Dei et beatorum Pétri et Pauli, apostolorum ejus, se noverit incursurum. Datum Romae apud Sanctum Petrum , anno Incarnationis Domini 1536 \ ))

^ Nous n'avons pu nous procurer une bonne copie de cette pièce et corrig-er tous les passages défectueux qu'elle présente.

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