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CHAPITRE VII

DE PAYEN d'eSQUETOT ET d'ÉTIENNE MARTEL

Charles de Gossé, maréchal de Brissac, frère de Philippe notre évêque, avait épousé Charlotte d'Esquetot fille de Jean, frère de Payen, et unique héritière de l'un et de l'autre. Il était naturel que ce maréchal de France employât son crédit pour faire succéder l'oncle de sa femme à son frère.

Payen et Jean Le Sueur, dits d'Esquetot, oncle et père de Charlotte, étaient fils de Guillaume Le Sueur, conseiller au parlement de Normandie, seigneur d'Esquetot, Riquierville\ Buglise et autres seigneuries et de dame Marie de Normanville son épouse. Ce poète de Carentan, Nicolle Aubert, parlant de lui dans ses vers faits sur les officiers du parlement dit :

Je souhaite à monsieur d'Ectot L'interprète Serapion Pour bien trousser un Palinot Plus doux que la harpe Amphion :

1 RicarvilJe (Seine-Inférieure), arr. dYvetot.

Car il figure un Scipion Tant est constant, ferme et rassis, Et de vertus bon champion Tout ainsi que futLabusis.

Payen fut destiné à l'église dès sa plus tendre jeunesse et envoyé étudier à Paris en l'université \ M. Le Prévost remarque qu'il fut reçu chanoine de l'église de Rouen le 9^ août 1522. L'auteur de l'histoire de cette église ^ l'a aussi remarqué dans le dénombrement qu'il fait des chanoines de cette église qui ont été élevés à l'épiscopat et M. Farin, dans son Histoire de la ville de Bouen^, racontant l'établissement de l'office de garde des sceaux de la chancellerie du parlement de notre province, dit que le cardinal Georges d'Amboise en fut pourvu en 1499, que son neveu Georges d'Amboise, deuxième du nom, lui succéda en cette qualité, aussi bien qu'aux autres en 1510^ et qu'en 1544, Payen Le Sueur, dit d'Esquetot, qui fut évoque de Goutances, le fut aussi, auquel succéda en 1552 Raoul Bretel, sieur de Gremonville, particularités qui n'ont pas été oubliées de ceux qui ont écrit de notre évêque comme n'étant pas incompatibles à l'épiscopat.

^ Les Recherches et Antiquitez de la Province de Neustrie, à présent duché de Normandie, comme des villes remarquables d'icelle : mais plus spécialement de la Ville et Université de Caen,ipàr Charles de Bourgueville, etc. Caen, 1588, p. 49.

* Dom Pommeraye, Histoire de VEglise cathédrale de Rouen... Rouen, M. DC. Ï.XXXVI, ch. XIX, p. 234-233.

3 Ce passage est altéré dans les deux mss. dont voici le texte : « racontant le tarde des sceaux de la chancellerie du parlement de notre province, dit que le cardinal Georges d'Amboise lui succéda en cette qualité, aussi bien qu'aux autres en 1310, et qu'en 1544, Payen le Sueur, dit d'Equetot, qui fut évêque de Coutances, le fut aussi, auquel succéda en 1531, Raoul Bretel, sieur de Gnmouville, etc. » Je l'ai corrigé d'après les détails donnés par Farin, édit. de 1738, t. II, p. 247-248.

Nous l'avoiis dit, Payen d'Esquetot était membre de l'église de Coutances auparavant que d'eu être le chef. En 1545, il fut pourvu de la prébende nommée du Vaultier en Quibou ; il eut aussi celle de la Foulerie en la paroisse de la Mancelière. Nous avons dit que le dernier de juin 1548, il la remit en faveur de René de Gottereau.

Le siège épiscopal vaqua seulement trois mois et quelques jours, depuis le mois de décembre 1548 jusqu'au 16" de mars suivant 1549, que Ton comptait encore alors 1548, auquel jour Guillaume de Grimouville prit possession pour lui : « Ilacdie 16^ maii, anno « domini 1548, horaquinta post meridiem, venerabilis « et discretus dominus et magister Guillelmus de Gri- (( mouville, presbiter, canonicus Gonstantiensis, vice et « nomiue reverendissimi in Ghristo patris [ac] domini (( Pagani d'Equetot, miseratione divina Gonstantiensis (( episcopi, praesentavit in capitulo litteras provisionis « hujusmodi episcopatus, qui quidem de Grimouville « receptus fuit per dominum de capitulo nomine u praedicti d'Equetot, ac etiam cœpit idem de Grimou- <( ville nactus et adeptus possessionem hujusmodi « episcopatus. »

François de Lautrec avait aussi été choisi grand vicaire ; j'en ai vu les lettres : elles sont datées du 4^ du même mois de mars, ce qui nous fait connaître que Payen était dès lors notre évêque. Elles sont expédiées à Paris, rue Quinquempoix, à l'hôtel Disteolar (?) ; elles sont trop longues et trop ennuyeuses pour être rapportées ici, outre qu'elles ne contiennent autre chose

DU DIOCKSE DE COIJTANCES. 80

sinon que lui évêque étant embarrassé d'une infinité de diverses occupations qui l'empêchaient de venir en son diocèse aussitôt qu'il désirait, il donnait pouvoir à ce grand vicaire de le gouverner ainsi et de la manière qu'il aurait pu faire s'il eût été présent.

François de Lautrec fut grand vicaire fort peu de temps; il mourut au mois de mai suivant 1549, ainsi qu'il paraît par un acte du 24'' de ce mois de mai, qui contient la confirmation que fit Guillaume de Grimouville de l'élection faite par les religieux de Hambie de la personne de frère Gilles de Vauborel * pour lui succéder et être leur abbé.

Messire Pierre Pinchon, évêque de Porphyre, fut aussi continué suffragant ; toutes les ordinations, tant générales que per turnum^ furent faites par lui aux années 1549 et 1550, aussi bien que celles d'auparavant à la réserve de quelques-unes, mais c'est très peu que nous trouvons avoir été faites par Charles Le Boucher, évêque de Mégare et abbé de Montebourg, en l'église de cette abbaye.

Nous trouvons peu de choses dignes de remarque dans ce diocèse en ces temps dont nous parlons ; nous dirons seulement que la mémoire de feu René de Brèche, notre prélat, était précieuse en son église et nous en avons une très grande preuve. Un nommé Jean Villenon, archidiacre du Gotentin, s'étant simplement démis de son archidiaconé entre les mains de Guillaume

1 Le Gallia christiana ne fait pas mention de cette élection et donne pour successeur immédiat à François de Lautrec, Jean de Ravalet, sieur de Tourlaville.

de Grimouville, ce grand vicaire le conféra de plein droit à Etienne de Brèche, chanoine de Paris, neveu de feu son prélat, le 19' septembre 1549, le préférant ainsi généreusement à son propre neveu Jacques de Grimouville, à qui il s'était contenté de donner la prébende d'Yvetot * .

Nous remarquerons aussi pour Tannée 1550*, la mort de Georges d'Amboise, deuxième du nom, archevêque de Rouen, parce que notre évêque Payen d'Esquetot fit la cérémonie de son inhumination. Le cardinal mourut, en sou château de Vigny, ^ le 26' jour d'août; son corps fut apporté et mis en dépôt dans l'église de ses religieuses du faubourg de Rouen qu'on appelle les Emmurées, le 16' septembre. Le lendemain, il fut conduit en grande pompe en la cathédrale, le 18% à Saint-Ouen pour y être les services faits en sa mémoire, et enfin le 19% rapporté avec toutes sortes de magnificences en sa cathédrale et enfin inhumé dans le tombeau qu'il avait fait faire pour feu son oncle et pour lui, et ce fut Payen d'Esquetot, évêque de Gou^ tances, qui présida et officia en toutes ces grandes cérémonies par le choix qu'en avaient fait les exécuteurs du testament de ce grand cardinal.

L'année suivante, 1551, Payen d'Esquetot vint en son diocèse et arriva en son château de la Motte; il y

' Arr. de Valognes.

2 Le registre des délibérations capitulaires de Notre-Dame de Rouen, pour les années 1548-1351 (Arch. de la Seine-Inf., G. 2160), nous apprend que le 23 février J550, le serment de fidélité fut prêté par Payen d'Esquetot, évêque de Goutances.

' Département de Seine-el-Oise, arr. de Pontoise.

resta jusqu'au 22^ dudit mois, auquel jour, pour parler comme nos registres, « suum iugressum fecit in a sua civitate Sancti-Laudi ». Le lendemain, 23" du même mois, il confirma par un acte nouveau le titre de grand vicaire à Guillaume de Grimouville, réservant néanmoins les bénéfices qu'il conférait de plein droit. Il continua la qualité de suffragant à M. l'évêque de Porphyre, et, le lendemain 24^, Louis de Folligny, abbé commendataire d'Igni, ordre de Citeaux, dans le diocèse de Reims, ayant exhibé lettres de Rome pour être promu aux ordres sacrés, extra tempora, il permit à M. de Porphyre de les lui donner. Le vendredi 1" jour de mai, fête de saint Philippe et de saint Jacques^ il fut ordonné sous-diacre ; le dimanche suivant, diacre, et, le jeudi suivant, 7' jour de mai, jour de l'Ascension, il fut sacré prêtre.

Ce même jour 7^ mai, fête de l'Ascension de Notre- Seigneur, Payen d'Esquetot fit son entrée solennelle en sa ville épiscopale. Notre registre s'en explique en ces termes : « Hac die, 7^ maii, festiva Ascensionis « Domini nostri Jesu Christi, reverendus in Christo '< pater, dominus Paganus d'Equetot, episcopus Consu tantiensis, ingressum fecit in sua ecclesia cathedrali (( Constantiensi. »

Nous trouvons qu'à la prise de possession de l'évêché par son procureur et à son arrivée, le chapitre protesta de son droit d'élection contre la nomination du roi, mais ce ne fut qu'une formalité sans suite qui n'empêcha pas que ce prélat ne fût très bien reçu et bien aimé.

Il s'appliqua aux devoirs de sa charge. Il fit particulièrement la visite des abbayes et prieurés de son diocèse et, sous prétexte de l'ordination per turnum, il connut entièrement son diocèse. Voici le titre du registre qui contient ce que nous disons : « Registrum « tonsuratorum per reverendum in Ghristo patrem « et dominum Paganum d'Equetot, miseratione divina « Constantiensem episcopum, faciendo turnum seu « cursum visitationis abbatiarum et prioratuum epis- (( copatus'sui in anno Domini 1551, diebus et locis iu- « frà scriptis, etc. », le 20^ et 22^ mai à Saiut-Lo, le 23*' en l'abbaye de Saint-Sever, le dernier mai en l'abbaye de Montebourg, le 1", 2^ et 3' juin à Valognes, le 4' en l'église paroissiale de Cherbourg, le 6' en l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, le 8' en l'abbaye de Lessay, et enfin le 9' à Périers, et de là en sa ville capitale et épiscopale. Pendant qu'il y resta, noble homme messire Jacques Pillegrain, prêtre, chanoine de Coutances, prébende du Bois-Hérou\ archiprètre et curé de Sainte-Marie-du-Mont^ et de la grande portion d'Appeville^ seigneur temporel de Marmion et de Botteville, fonda en l'église cathédrale l'office du Saint-Nom de Jésus par 35 livres de rente suivant le contrat du 14' janvier 1550 à la manière de compter ancienne, passé devant Gillebout Havard et Gabriel de La Mare, tabellions, et Jean Henry, écuyer, seigneur de Tracy, vicomte de Coutances, garde des sceaux,

< Paroisse de Qiiiboii, arr, de Saint-Lo. « Arr. de Valognes.

3 Arr. do. Coutances.

entre le révérend père en Dieu le seigneur évêque de Porphyre, chantre et président au chapitre avec les autres chanoines de ladite église, d'une part, et ledit Piilegrain, d'autre, le 25' août 1551.

Deux jours après, Payen notre évêque loua et accepta cette fondation par l'acte que voici : « Paganus « d'Equetot, miseratione divina Constantiensis epis- « copus, venerabilibus fratribus nostris, cantori et (( canonicis ecclesice nostraecathedralis Constantiensis (( universisque et cunctis Ghristi fidelibus praesentes (( litteras iuspecturis, salutem in Domino. Notum faci- « rausquod,diedat3e pr8esenlium,pro parte venerabilis (( et uobilis viri magistri Jacobi Piilegrain prosua suo- « rumque parentum et amicorum vivorum atque mor- « tuorum animarum sainte, ad laudem, gloriam, ho- « norem et exaltationem nominisDomini acsalvatoris « nostri Jesu Ghristi, sub bene placito nostro, in eadem « ecclesia nostra servitium solemne de nomine Jesu (( fundare supplicando et requirendo, prout nobis « supplicatum et requisitum exstitit, quatenus funu dationem hujusraodi laudare et approbare atque « servitium praedictum de nomine Jesu in praedicta « nostra ecclesia celebrari ac solemnisari mandare « dignaremur et vellemus ; nos igitur hujusmodi supplice cationi inclinati, cupientes et affectantes saluti ani- « marum providere atque etiam divinum et salutare « nomen Domini et salvatoris nostri Jesu Ghristi re- (( verenter, ut decet, laudari, glorifîcari, solemnisari « atque exaltationem nominis ipsius elevari, fundatio- « nem praedictam laudavimus, approbavimus atque

« etiam emolagamus tenore praesentium atque servi- « tium praediclum in nostra ecclesia celebrari volu- « mus, permittimus atque mandamus modo et forma « coufectis cum quibus nostrae praesentes alliguntur. (( Actum et datum apud castrum nostrum de Bono (( Fossato sub sigillo nostro, anno Domini 1550, 27" « augusti'. » Et est signé : Guibert, et au dessus est écrit « de mandato domini. »

J'ai vu un aveu qui lui fut rendu le 15Memai 1551 d'une terre noble de la paroisse de Gourfaleur % dont voici quelques termes : « A révérend père en Dieu et ({ seigneur messire Payen d'Equetot, par la permis- (( sion divine évêque de Goutances, sieur et baron de (( Saint-Lo et de la Motte-l'Evêque, nous Guillaume u Hébert et Michel Planchon, etc., confessons tenir (( nous et nos puinés et branchiers un fief ou vavas- (( sorie nommé le fief du Hommet en la paroisse de u Gourfaleur, contenant cent dix acres deterreouviron (( qui se relève par un huit® de fief de haubert, où il y « avait anciennement cour et usage, dont le gage (( piège est devenu en la main dudit seigneur évêque, (( sur lequel fief il y a place de manoir et domaine, a et en sont dus audit aîné par les puinés et bran- (( chiers plusieurs rentes et redevances et au dit sei- (( gueur par ledit aîné et branchiers... de tournois u pour aider quand le cas s'offre, relief et treiz^ quand u il échoit, bans et droits de moulins de mondit sieur (( responsif à juridiction eu tant qu'est la sergenterie

Seplimo augusti (M.) 2 Arr. de Saint-Lo.

,{ aux Besineurs... » et le reste dont je ne dirai plus rien, sinon que Jacques Quetil^ écuyer, était alors sénéchal de cette baronnie.

Peu de temps après, notre évêque se retira à Paris et y mourut le 24' décembre, et le 3" janvier suivant que l'on comptait encore 1551, sa mort fut notifiée à Goutances. Ce jour-là et, après le service fait pour lui à l'ordinaire, le siège fut déclaré vacant.

Ce prélat fit son testament peu de temps après sa [nomination]^ par lequel ilaumônaà son église 36 livres 17 sous, à raison de quoi on fait tous les ans deux services pour lui : le premier au jour de son décès, 24' décembre, auquel il y a distribution de trente livres, lequel obit ne doit point être transféré à moins que ce jour ne soit un dimanche ; l'autre se doit faire le 3' janvier, auquel il y a distribution de 6 livres 17 sous. Voici les termes du Nécrologe de la cathédrale sur le mois de décembre : « Paganus d'Eque- (( tôt, episcopus Constantiensis. Prae manibus distri- « buatur summa triginta librarum et non moveatur a a die 24^ decembris , nisi dominica fuerit >/, et dans le compte du chapitre de 1661, décembre : « Pour (( l'obit de M. Payen d'Esquetot, 6 livres 17 sous. » Il paraît par tout ce que nous venons de dire qu'il fut notre évêque seulement deux ans, neuf mois, huit jours. Le chapitre nomma pour vicaires généraux pendant la vacauce Guillaume Le Prévost, trésorier, avec ledit de Grimouville, et pour secrétaires Mathurin Perreau et Jean de Marmenges, chanoines.

^ Ms* M. avant sa mort.

96 HISTOIRE ECCLÉSIASÏIQUK

Cet évêque portait d'argent à trois fasces de gueules. Cet écu se voit encore aux deux vitres qui sont sur les deux portes du parvis de l'église cathédrale qui sont aux deux côtés de la grande porte.

Nous avons dit que sa nièce et héritière, nommée Charlotte d'Esquetot, fut mariée au maréchal de Brissac. On voudra bien me permettre d'ajouter ici qu'elle était si riche que, par contrat du 27^ novembre 1567, le clergé de France, qui était fort taxé, eut recours à cette dame et lui constitua 23,449 livres 17 sous de rente, laquelle rente se paie encore entre les mains du roi, les prédécesseurs de Sa Majesté l'ayant retirée il y a longtemps. Voyez le contrat de 1567 du 4' volume des Mémoire^ du clergé\

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