‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances (volume 3)Chapitre 50 sur 66 · DE NICOLAS DE BRIROT · texte numérisé non relu

DE NICOLAS DE BRIROT

Le rcrt, ayant su la mort d'Arthur de Cossé, donna l'évêché de Goutances et l'abbaye de Lessay à Lancelot de Matigoon, déjà abbé à Cherbourg, fils du maréchal, de Matignon. Ce jeune seigneur néanmoins n'en jouit point ; allant à Rome rendre ses devoirs au pape et obtenir ses bulles, il mourut de maladie en chemin, le 1er jour de janvier 1588.

Notre monarque avait des considérations très grandes pour le maréchal. Il voulut bien lui témoigner par lettres la part qu'il prenait à son déplaisir, et, pour le consoler, il lui envoya le brevet de son évêché de Goutances en blanc pour le remplir de telle personne qu'il voudrait.

Le maréchal connaissait le mérite de M. de Briroy. Il avait été vicaire général de son fils en l'abbaye de Cherbourg ; il était à propos qu'il y eût à Coutances un évêque qui ne songeât point à faire de peine sur l'échange de la baronnie de Saint-Lo et qui voulût bien accepter ce bénéfice chargé d'une grosse pension en faveur de ce maréchal. Il suffira d'en rapporter

cet acte, par lequel on verra que M. de Matignon s'en étant remis à sa Majesté, [le roi] lui envoya ce brevet qui contient non-seulement la nomination à l'évêché, mais aussi le don de la régale : « Aujour- « d'hui, 29* octobre 1588, le roi étant à Blois, vou- « lant gratifier M. le maréchal de Matignon, suivant a ce que Sa Majesté lui avait dès le 21* décembre « dernier 1587, octroyé de faire [don] pour l'un de ses « enfants de l'évêché de Cou tances vacant par le décès « de messire Arthur de Cossé, Sa Majesté a de nou- « veau, en lui confirmant ladite grâce, voulu et [dit] « avoir pour agréable qu'en considération dudit ma* « réchal, au lieu de sondit fils, messire Nicolas de « Briroy, licencié aux droits, archidiacre, grand vicaire « et officiai dudit Goutances, icelui soit pourvu dudit « évêché vacant; Sa Majesté a aussi remis le droit à « elle appartenant, tant de collation des prébendes, « chanoinies et autres bénéfices. Lui en soient expé- « diées ensemble les autres lettres qui seront né- « cessaires tant en cour de Rome qu'ailleurs pour « obtenir de notre Saint-Père le Pape les bulles et pro- « visions apostoliques et ce pendant ce présent brevet « qu'elle a voulu signer de sa propre main et icelui « être contresigné par moi son conseiller et secrète taire d'Etat. » Signé : Henhi, et au-dessous : Revol. Nous expliquerons tout ce qui ensuit plus au long.

Nous remarquerons cependant que Nicolas de Briroy était d'une famille noble et ancienne de ce diocèse, originaire d'une paroisse nommée Fierville, dont il était seigneur, en l'élection de Yalognes, sergenterie

de Beaumont. Raoul de Briroy, fils Jean, fit preuve de sa noblesse en 1464 devant Monfaut. Nous trouvons son nom au rôle des véritables nobles, qui parurent devant ce fameux commissaire. Ce Raoul épousa la fille d un noble homme Jean Roudet, dit de Crosville, duquel sortit Robert qui fut père de Guillaume \ père de Jean 2e du nom, père du prélat dont nous avons à parler^ et de Jean et de Guillaume ses frères. Ce Jean 3e du nom , fut père d'Adrien que nous verrons bientôt un de nos archidiacres, et de Nicolas, sieur de Fierville, lequel ayant épousé Diane de Thieuville, dame de Guéhébert, fut père de Marie de Briroy, laquelle, par contrat de mariage du 17* janvier 1614, épousa Pierre de Harcourt, baron d'Olonde, Saint- Ouen, Longé, etc., auquel elle porta les grands biens de sa maison. Guillaume de Briroy, autre frère de notre évêque, fut seigneur de la Comté en la paroisse de Gouey. La postérité de ce Guillaume subsiste encore en la famille de... Briroy, prêtre, curé de Bi ville1, et de... Briroy, sieur de la Comté, cousins germains, mais pauvres gentilshommes, les biens de leur père ayant été décrétés.

Nicolas, notre prélat, entra fort jeune dans l'état

1 Toustaïn de Billy n'est pas d'accord, sur la généalogie de la famille de Briroy, avec La Roque, Histoire de la maison d'Harcourt, I, 945-946. D'après ce dernier, Guillaume de Briroy eut trois fils : Jean, Nicolas, évêque de Coutances, et Guillaume, sr de la Comté ; oe Jean (le Jean 2* de Toustain dp Billy) eut trois fils, Nicolas, Adrien (celui qui fut archidiacre) et Pierre, et deux filles, Marie qui épousa Pierre de Harcourt, et Marguerite, qui fut mariée à Jean de Silens, seigneur de Saint-Pélerin. On ne trouve point chez La Roque un Jean &• du nom*

* Arr. de Cherbourg.

DU DIOCÈSE Dft GOUTANCKS. 189

ecclésiastique ; il avait à peine quinze ans, quand messire Nicolas de Briroy, son oncle, lui résigna la cure de Fierville. Il lui obtint du pape dispense d'âge; cette dispense et les provisions furent, le V mars 1541, présentées à Guillaume Quetil, grand vicaire de Philippe de Cossé, et par lui lues et admises, et lui en prit possession par procureur, comme nous avons déjà remarqué.

Cette qualité ne l'empêcha pas de continuer ses études où il profita tant qu'il fut licencié en droit. A son retour, il fut établi receveur de décimes et pourvu d'une des prébendes de Quibou nommée de Vaultier. Il la permuta le 30° décembre 1574 contre celle de Saint-Nicolas l et dès lors était si distingué qu'il fut choisi vicaire général substitut. Le 19* mai suivant, il fut pourvu de l'archidiaconé du Bauptois par la résignation que lui en fit Julien Quersent ou Mersent. Il fut créé vicaire général absolu en 15J5 et, depuis ce temps-là, il gouverna presque seul le diocèse, les autres vicaires étant seulement ad honores ou ses substituts.

En l'année 1580, il fut député en l'assemblée générale tenue à Paris et à Melun. Nous le trouvons signé aux résolutions qui y furent prises, lesquelles ne sont pas de mon sujet. Il avait été aussi aux Etats de Blois, vers la fin de l'année 1576 et le commencement de 1577 ; nous le trouvons souscrit au pied de la résolution du 22* février 1577, contre certains contrats faits

« Saînt-Nicolas-de-Coutances.

par les agents du clergé. Ces particularités, jointes à ce que nous avons dit ci-devant sous l'épiscopat d'Arthur de Cossé et à plusieurs que nous omettons exprès, font voir en quelle estime était dès lors monseigneur de Briroy.

En effet, lorsqu'il fut nommé par le roi pour être évèque, le chapitre d'un commun accord ne s'était pas contenté de le choisir pour vicaire général pendant que le siège vaquerait, mais s'étant assemblé selon les formes anciennes, l'avait élu pour son prélat, bien moins pour la conservation de ses droits qu'à raison de son propre mérite et qu'il le jugeait digne de l'épiscopat.

Il se pourvut aussitôt après sa nomination en cour de Rome, mais les affaires étaient alors dans une si grande confusion qu'il ne put obtenir ses bulles ni être sacré que neuf ans après. Je ne parlerai point ici de ces désordres ; ce n'est pas mon affaire. Après la funeste mort de Henri III, arrivée le l#r août 1589 \ Henri IV, son successeur, connaissant le mérite de M. de Briroy, ratifia toutes les grâces que son prédécesseur lui avait accordées de nommer et pourvoir aux bénéfices vacants en régale. Nous en expliquerons la pratique ; en attendant, voici la concession du roi : « Henri, par la grâce de Dieu roi de France et de « Navarre : A nos amés et féaux les gens tenant notre « cour de parlement et chambre des comptes à Caen, « bailli de Gotentin ou son lieutenant, et à tous nos

« Henri III fût frappé le 1* août par Jacques Clément, mais il ne mourut que dans la matinée du t août*

<t justiciers et officiers, à qui il appartiendra, salut. « Savoir faisons que, voulant nous conformer, autant « qu'il nous sera possible, à ce qui a été de l'institu- « tion du feu roi, notre très honoré sieur et frère, et « désirant gratifier et favorablement traiter notre « amé et féal M* Nicolas de Briroy, évêque de Cou- « tances, pour ces causes avons confirmé et de notre ce grâce spéciale, puissance et autorité royale, confir- « mons par ces présentes signées de notre main, les « dons qui lui ont été faits par ledit feu sieur roi, « ainsi qu'il appert par les patentes dont copie colla- « tionnée à l'original et ci~attachée sous le contre « scel de notre chancellerie, de tous et chacun les « droits de régale, fruits et revenus dudit évêché, « tant ceux qui nous peuvent co m peter et appartenir « à cause de l'ouverture de ladite régale que ceux « que pourraient prétendre les chanoines et chape- « lains de la Sainte-Chapelle de Paris à nous acquise « et confisquée par leur rébellion et félonie, desquels « droits et revenus à quelle somme et prix qu'ils se « puissent monter, nous avons de nouveau, en tant « que le besoin est ou serait, fait et faisons droit au « dit de Briroy, voulons, entendons et nous plaît « qu'il jouisse dudit évêché, droits, dignités, revenus « et fruits qui en dépendent tant en spiritualité qu'en « temporalité, et que toutes lettres pour collation des « prébendes, chanoinies et autres dignités, bénéfices « et offices dudit évêché qui ont vaqué ou vaqueront « ci-après durant les dits droits de régale, soient ex* « pediés à sa nomination et non autrement et sans

« faire réserve de celles qui nous appartiennent à « cause de notre avènement à la couronne, combien « que les lettres en cour de Rome ne lui aient été a expédiées. Si donnons en mandement, etc. Donné « au camp de Cbelles le 10° mai 1590 S de notre « règne le premier. » Signé : Henri, et au-dessous par « le roi : Ruzé \

En conséquence de ces lettres, Monseigneur de Briroy, lorsque quelque bénéfice ou office de cette espèce vaquait en régale, nommait en régale telle personne qui lui plaisait, et l'acte de cette nomination étant présenté au conseil, on expédiait les provisions à l'ordinaire en cette forme : « Nous, Nicolas de Bri- « roy, nommé par le roi à l'évêcbé de Coutances, <c certifions à tous qu'il appartiendra que suivant le « don à nous fait par la majesté du roi dernier dé- « cédé, dès le 29e octobre 1588, et confirmé par la « majesté du roi à présent régnant, le 10* mai 1590, « des prébendes, cbanoinies et autres bénéfices dépen- « dant dudit évècbé et qui vaqueront durant l'ouver- « ture de la régale en icelui, avons nommé et nom- « mons par ces présentes, M. Jean Gueurey, clerc « dudit diocèse pour être pourvu de la chapelle de « Saint-Christophe fondée en l'église de Picauville ', « à présent vacante en régale par la mort de M. Jean

1 Le 19 mai d'après D. Bessin, 2* partie, p. 539, mais c'est une erreur, le Recueil des lettres missives de Henry IV contenant à cette date, une lettre donnée au camp de Beaumont, t. III, p. 499.

* Le Recueil des lettres missives de Henry IV, publié par M. Berger de Xivrey, contient, t. III, p. 192-193, une lettre adressée au maréchal de Matignon et datée également de Ghelles, ce xiiij may 1590.

3 Arr. de Valognes.

« Mauduit, suppliant très humblement Sa Majesté de « vouloir et ordonner que lettres provisions à cet « effet lui soient présentement expédiées. En témoin « de quoi nous avons signé la présente de notre main « à Paris le 56 août 1594. Signé : Briroy, avec « paraphe. »

M. de Briroy, pendant tout le temps dont nous parlons et jusqu'à ce que le roi Henri IV fût réconcilié au pape et à l'Eglise, s'intitulait ainsi : « Nicolaus « de Briroy, presbyter, episcopus Gonstantiensis no- « minatus et ejusdem episcopalus, sede episcopali va- « cante, vicarius generalis in spiritualibus a dominis « de capitulo insignis ecclesiae cathedralis Constance tiensis commissus. »

Tout était cependant en désordre en France à cause de la dissension entre les catholiques, les royaux d'un côté et les ligueurs de l'autre. Le pape Sixte V, qui était d'un naturel un peu violent, s'était fait partisan et pour ainsi dire chef de la Ligue, et on n'expédiait rien à Rome si ce n'était en faveur des insignes ligueurs. Il y avait sept archevêchés et trente-cinq évêchés vacants. A l'égard des autres bénéfices, prieurés, cures, canonicats et chapelles qui venaient à vaquer, on s'adressait au conseil qui, au défaut du pape et des évoques, nommait un prélat pour ces sortes d'expéditions.

Ainsi, Nicolas Traisnel1, conseiller au parlement

1 Nicolas Throsnel (et non Traisnel) fut d'abord conseiller lai au parlement de Rouen en 1588 ; il fût reçu en 1692 à un office de conseiller clerc de nouvelle création, et résigna son office de conseiller lai. H fut

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de Rouen, ayant été nommé par le roi au prieuré de Saint-Manvieu en la paroisse de Marchésieux, vacant par la mort de Jean Adam, et ne pouvant obtenir les provisions à Rome, eut recours au conseil, lequel nomma Renault de Beaune, archevêque de Bourges, grand aumônier de France, pour les expédier.

M. d'Angennes, en la remontrance qu'il fit au roi au nom de l'assemblée du clergé de 15961, dit que les juges royaux ordonnaient de la police spirituelle, commettaient personnes pour admettre résignations, ordonner collations, dispenses sur la pluralité des bénéfices, absoudre d'irrégularité, permettre mariage en degré prohibé, et autres choses semblables.

Nous avons néanmoins divers témoignages que le pape recevait quelquefois des résignations et donnait même la collation de divers bénéfices. Ainsi Charles Bernard, un des vicaires généraux, sede vacante, pourvut par forme de visa Louis Le Goupillot de la cure de Magneville* à lui résignée en cour de Rome par Nicolas Sauver ; ainsi que M. de Briroy pourvut Jean Blondel de la cure d'Yvetot à lui résignée par Nicolas Tiébeau ; ainsi que Charles Miron, évêque d'Angers et abbé de Cormery, ayant en cette dernière qualité

aussi chanoine à Notre-Dame de Rouen et prieur de Saint-Martin-sous- Bellencombre. — Recueil des présidents, conseillers et autres officiers de tBschiquier et Parlement de Rouen, etc.; Ms. de la Bibl. de Rouen, f. Martainville, Y 24 et 25.

1 V. Mémoires du Clergé de France, t. V, ps 127-166 : Remonstrance du Clergé de France, assemblé à Paris, faite au Roy Henri IV, à Folambray, le 24 janvier 1596, par illustrissime et reverendissime Messire Claude d'Angennes de Rambouillet, évesque du Mans, assisté de V évesque de Sar* Ml, et autres députe* en ladite Assemblée.

» Arr. de Valognes.

nommé Mathurin Joret au prieuré et à la cure de Saint-Germain- des- Vaux * et donné le prieuré de Sainte-Hélène, en la paroisse de Saint- Martin-la- Hague f, à frère François Gallot, religieux de Saint- Sauveur- le- Vicomte, Charles Turgbt, chanoine, scolastique de Coutances, conseiller au parlement et grand vicaire, leur en donna la collation sur les provisions de Rome.

On s'adressait quelquefois au pape immédiatement, ainsi qu'il paraît par un acte de la duchesse de Longue vil le * au sujet de la cure de Bourey , lequel acte est tel : « Marie de Bourbon \ duchesse de Longue- « ville, d'Estouteville, comtesse souveraine de Neuf- « chàtel, aussi comtesse de Saint-Pol, Chaumont, « Tancarville, baronne de Briquebec, Orglandes, « Gacé, Cleuville et Berneval, dame de Hambie, les « Perques et Bourey, Saint-Clair et Saint-Samson, « à notre très Saint-Père ie Pape Clément VIII, par la « divine providence, salut, la vie et révérence avec due « obéissance. A la cure et église paroissiale de Sainte- « Marie de Bourey, diocèse de Coutances, à présent

1 Àrr. de Cherbourg.

• Le lieu où s'élevait le prieuré de Sainte-Hélène se trouve dans la commune d'Omonville-la-Petite, dont l'église est placée sous l'invocation xle Saint-Martin ; arr. de Cherbourg.

3 Arr. de Coutances.

* Marie de Bourbon, née le 31 mai 1539 de François de Bourbon, comte de Saint-Pol, et d'Adrienne d'Estouteville, épousa : 1* 1557, Jean de Bourbon, comte de Soissons, mort la même année à la bataille de Saint- Quentin ; 2° 1560, François de Glèves, duc de Nivernois et de Betbelois, mort en 156% à la bataille de Dreux; 3° 2 juillet 1563, Léonor d'Orléans, duc de Longueville, comte de Tancarville et de Dunois, souverain de Neufchatel et du Vallengin en Suisse, mort en 1573. Marie de Bourbon mourut le 6 avril 1601.

(( vacante par la résignation de M* Michel Malherbe, de « laquelle le patronage, nomination ou présentation « nous compète et appartient, toutes fois et quantes que « vacance arrive, [à raison de] de notre seigneurie de a Bourey et [dont nous] avons la collation, provision et « toute autre disposition, nous vous nommons et pré- « sentons à icelle cure de Bourey notre bien-aimé « maître Guillaume Le Chevalier, prêtre, pour icelle « cure avoir, tenir et desservir, à la charge de faire « et continuer audit Malherbe, sa vie durante, 100 « livres de rente , suppliant très humblement votre « Sainteté admettre notre présente expédition et pource voir ledit Le Chevalier à ladite cure, à la charge de « ladite pension à laquelle nous consentons par la « présente autant qu'il nous compète et appartient. « Père saint, votre santé dure et vaille envers Dieu. « En témoin de quoi, nous avons signé les présentes « et à i celles fait apposer notre sceau. Donné à notre « château de Briquebec, Tan 1594, le 21e juillet. « Signé : Marie de Bourbon. » Et sur le replis : oc Par « Madame duchesse et comtesse, Rotai le, » et scellé d'un sceau de cire rouge sur double queue.

Notre Cotentin, d'autre part, était rempli de ligueurs dont les uns par la langue et les autres par le fer, travaillaient à détourner les sujets du roi de leurs véritables devoirs. On conserve dans les archives de la maison de Canisy une lettre d'un feu roi, par laquelle il mandait à ce seigneur de veiller à ce que les curés et prédicateurs n'eussent à prêcher que la parole de Dieu et à ne parler que des choses de leur ministère.

Un seigneur nommé Le Tourps, gentilhomme du nom de La Cour, est renommé pour avoir été un chef terrible des ligueurs. J'ai vu un contrat de fondation fait en l'église du Désert1, par noble homme Louis d'Auxais, seigneur et patron dudit lieu du Désert, pour prier Dieu pour ceux de sa famille et spécialement pour Philippe d'Auxais, son frère, guidon de la compagnie de cinquante hommes d'armes de noble seigneur Hervé de Garbonnel, seigneur de Canisy, etc., lequel Philippe fut tué à une charge donnée par ledit seigneur de Canisy contre Le Tourps * en Cotent in, le 4* mars i 592.

François de Bourbon, duc de Montpensier ', gouverneur de Normandie, par acte daté de Croisset, au camp devant Rouen, le 13e mars audit an 1592, choisit Jacques de Sainte-Marie, seigneur d'Aigneaux,son lieutenant au pays de Cotentin, « pour procurer le « bien et le repos au pays et s'opposer aux courses, <c pilleries, voleries et oppressions que Le Tourps et « autres ennemis rebelles qui l'assistaient, font ordi- « nairement dans des courses au bourg et havre de « Barfleur et aux environs sur les bons et fidèles « serviteurs de Sa Majesté, » et le pourvut du gouvernement de Barfleur avec pouvoir de le faire fortifier, et en outre [d'] une compagnie d'arquebusiers

1 Arr. de Saint-Lo.

* Le Tourps périt lui-même à Gonneville, le 22 décembre 1592. V. La Ligue en Normandie, par M. le V1* Robert d'Estaintot, p. 266-267.

• Ce prince, qui rendit de très grands services à la cause de Henri IV, mourut peu de temps après, le 3 juin, des fatigues que lui causa la campagne de 4592.

français à pied, les meilleurs qu'il pourrait choisir. Ce n'était partout que pilleries et brigandages ; ceux qui étaient en réputation d'avoir de l'argent, étaient aussitôt réputés royaux par les ligueurs et ligueurs par les royaux, et ainsi infortunés de tous côtés. Ce Nicolas Traisnel, dont nous venons de parler, pourvu du prieuré de Marchésieux, obtint du conseil que la possession qu'il prendrait d'une chapelle de Notre- Dame de Paris , lui vaudrait de prise de possession actuelle de la chapelle de Saint-Manvieu de Marchésieux, attendu que le pays étant tout rempli des soldats du parti contraire, il ne pouvait y avoir aucun accès. Les exemples particuliers seraient odieux. Je les laisse ; je me réserve à celui-ci .

Il parait par plusieurs lettres du duc de Montpensier, du maréchal d'Aumont et d'autres grands officiers de la couronne que l'on conserve en la maison d'Aigneaux, que ces seigneurs d'Aigneaux et de Canisy frères auraient rendu de bons services à la couronne contre les ligueurs. Ils ne remirent néanmoins les places dont ils s'étaient emparés, qu'après avoir obtenu abolition de tout ce qu'ils avaient pu commettre contre la justice et leur devoir, « Aujourd'hui « 16* mars 1577, porte l'acte, nous sieur de Matignon, « maréchal de France et lieutenant général pour le « roi en Guyenne, traitant avec les sieurs de Canisy et « de Sainte-Marie d'Aigneaux, capitaines [des places] « de Carentan et de Barfleur, ensemble de celle du « Pont d'Ouve, leur avons accordé suivant la volonté « du roi et commandement à nous expressément fait

« par Sa Majesté leur faire donner abolition et aux « leurs dont ils nous ont baillé le rôle signé d'eux, de <( toute levée de deniers, impositions, contributions, « exactions, pillages et autres choses par eux com- « mises en la garde des dites places et à raison d'ici celles. Fait audit Carentan ledit jour et an susdits. « Signé : de Matignon. » Et plus bas : « Par monsei- « gneur le maréchal: Àrcambault. »

Le roi cependant abandonna le calvinisme dont il avait fait profession et rentra dans la religion de ses pères faisant son abjuration entre les mains de Renault de Beaune, archevêque de Bourges, et fut reçu à la, porte de l'église de l'abbaye de Saint-Denis, 1593. L'année suivante, le 27e février 1594, il fut sacré dans l'église de Chartres 1 et oint de l'huile sacrée de saint Martin que l'on garde à Tours. L'histoire en est commune ; je veux néanmoins remarquer ici deux choses : l'une particulière et l'autre publique à la vérité, mais qui nous appartient proprement. La première est que notre évoque qui aimait véritablement son roi et qui demandait incessamment sa conversion au ciel, voulut avoir l'honneur d'assister à son sacre, et nous trouvons que huit jours auparavant, le 19e du mois de février, M. de Briroy ayant fait une démission verbale de la prébende de Saint-Nicolas entre les mains du roi, ce monarque en gratifia aussitôt Adrien de Briroy, neveu du prélat.

L'autre est que cette conversion de Henri IV et sa

* Henri IV fut sacré par l'évêque de Chartres, Nicolas de Thou, oncle de l'historien.

réconciliation à l'église uhiverselle est presque toute due à notre diocésain le cardinal du Perron1. Son grand génie, sa science, son éloquence et ses autres dons extraordinaires l'avaient fait connaître et aimer du feu roi, et son successeur ne l'estima pas moins ; il l'écoutait fort volontiers et enfin l 'écouta tant, que Dieu par son moyen lui fit sentir la vérité et l'embrasser.

Le pape Clément VIII, qu'on sait avoir été un pontife d'un très grand mérite et qui connaissait déjà la réputation et les qualités de M. du Perron, sut avec joie qu'il allait à Rome pour la grande affaire de la réconciliation du fils aîné de l'Eglise avec sa mère, que M. d'Ossat avait déjà si heureusement traitée.

Jamais affaire n'a été plus grande , ni plus éclatante. Ces deux excellents hommes, je veux dire MM. d'Ossat et du Perron, la négocièrent avec tant de prudence que toute l'Eglise et le royaume en reçurent une satisfaction toute extraordinaire. Elle fut telle à Rome que si le roi avait dès lors voulu demander le chapeau de cardinal pour M. du Perron, le pape l'aurait accordé. « Sire, » écrivait M. d'Ossat au roi dans la lettre du 4* novembre 1591, a Monsieur le cardinal « de Toleto s'est laissé entendre plusieurs fois, que « s'il plaisoit à vostre Majesté escrire au Pape de faire « Cardinal Monsieur du Perron, Sa Saincteté le feroit « volontiers à la première promotion qui se fera à <( ces quatre temps du mois de Décembre prochain,

Jacques Davy du Perron, évoque d'Evreux en 1591, cardinal en 4604, était né à Saint-Lo en 1556.

« adjoustant de plus qu'il sçavoit bien ce qu'il disoit, « et qu'il ne parloit point sans fondement ; et, m'en v< parlant à moy-même, m'a exhorté d'en escrire à a vostre Majesté, etc.1 » D'ailleurs, Henri IV reçut M. du Perron à son retour de Rome d'une manière qui témoignait très parfaitement la satisfaction qu'il avait de ses services. « J'y arrivay doue, » écrivit à monseigneur le cardinal Aldobrandin M. du Perron, aussitôt après son retour en France auprès du roi, « le vendredi cinquième de juillet, estant sa Majesté à « Amiens, où je fus receu d'elle avec des caresses « extraordinaires, car il m'embrassa par cinq ou six « diverses reprises et témoigna plusieurs fois aux a assistants, combien je l'avois dignement servy (il lui « pleut de parler ainsi) et combien il se sentoit content « de mon labeur, et plein de désir de le recon- « gnoistre*. »

Je ne prétends pas écrire la vie ni faire l'éloge de ce grand homme, mais je ne crois avoir pu ni dû me dispenser de rapporter le peu que je fais, puisque c'est à son heureuse négociation que nous fûmes redevables d'avoir enfin eu un évêque. Ce fut le 7e septembre 1597, que, toutes sortes de difficultés levées, les bulles venues de Rome, Nicolas de Briroy fut sacré évêque de Coutances en l'église de Saint-Germain-des-

1 Lettres de C Illustrissime et Reverendissime Cardinal d'Ossat, évetque de Bayeux, au Roy Henry le Grand, et à Monsieur de Villeroy, depuis Cannée M.DJCCIV, jusgues à ï année M.DC.UÙ. Paris, 1624, in-fol., p. 81 .

* Ambassades et Negotiations de l'Illustrissime et Reverendissime Cardinal du Perron... Paris, 1623, in- fol. , p. 48, lettre datée de Paris le 14 juillet 1595.

Prés par M. l'évèque d'Amiens, assisté de ceux de Digne et de Beauvais \

Au mois de décembre suivant, il prit possession de son église ; mais, comme le témoignent les mémoires du chapitre, d'une manière fort sommaire et sans cérémonie, tant le monde était dans la misère et l'accablement. Ce fut néanmoins avec la joie et l'applaudissement universel, non-seulement des habitants de la ville épiscopale, mais en général de tout le Cotentin qui connaissait ce prélat, lequel d'enfant de cette église en devenait le père et qui espérait de lui toutes sortes de consolations. On n'en fut pas trompé, et si le ciel, en donnant à la France le roi Henri IV, lui donna un libérateur et un restaurateur, de même en donnant au Cotentin Nicolas de Briroy pour évêque, il lui donna un véritable restaurateur de la piété et de la justice et un père très affectionné dont le zèle ne cédait en rien au zèle de ces grands hommes qui en furent les premiers évèques.

Il avait été plus de 20 ou 30 ans vicaire général. Nous avons pu remarquer qu'il était presque lui seul chargé du poids des affaires publiques. Il connaissait très particulièrement les besoins de chacun ; il avait le zèle de vigilance, la charité et les autres vertus nécessaires à l'épiscopat, et ainsi personne n'eût été plus capable que lui d'être élevé en cette haute

< Geoffroy de la Marthonie, évêque d'Amiens de 1577 à 1617; Claude Coquelet ou de Coquels, aumônier de Marguerite de Valois, évêque de Digne de 1587 à 1602 ; René Potier, évêque de Beauvais de 1595 à 1616. A ce dernier succéda, de 1616 à 1650, son frère Augustin Potier, qui joua un rôle en 1643 dans la cabale des Importants.

dignité. Aussi, depuis cette élévation, tous ceux qui ont parlé de lui en ont fait mention comme d'un prélat donné véritablement de Dieu par un acte particulier de sa providence sur ce diocèse pour consoler son peuple et l'encourager dans ses misères, et rétablir le bon ordre et la discipline ecclésiastique.

Monseigneur révoque de Porphyre, Philippe Troussey, abbé de Blanchelande, avait fait toutes les ordinations jusqu'au sacre de monseigneur de Briroy, mais depuis nous ne le trouvons plus dans nos mémoires. Notre évoque était encore à Paris au commencement du mois de décembre qui suivit son sacre et notre registre porte que « die 5* mensis decembris « 1597, reverendissimus in Ghristo pater et dominus « Nicolaus de Briroy, Dei gratia episcopus Constan- « tiensis, concessit litteras demissorias personis infrà <( scriptis. »

Mais nous trouvons que, depuis son retour, toutes les ordinations furent faites par lui dans le cours de ses visites dont nous allons bientôt parler. Il donnait assez souvent la tonsure et les quatre moindres ordres dans les abbayes, prieurés ou autres lieux semblables, mais il faisait toujours les ordinations générales, dans sa cathédrale.

Jacques de Serres1, du diocèse de Viviers, était alors abbé de Montebourg; Jacques de Cerceau8 l'était de Saint-Sauveur ; Philippe Troussey, de Blan-

1 Jacques de Serre fut député aux États généraux tenus à Paris eu 1593. Gailia ckristiana, xi, 930.

« Ms. P. Jacques Carreau, Ms. M. Jacques Cerveau.

chelande; Pierre, de Lessay1, et M. de Tourlaville, de Hambie. Je n'ai pu découvrir les autres. Nos vicaires généraux étaient MM. de Tourlaville, Turgot, Bernard et du Quesney. Le 30e janvier 1595, noble homme Michel Glerel avait été pourvu par M. de Briroy de l'archidiaconé de Cou tances. Un nommé Pierre Àubril avait pris un dévolu sur l'archidiaconé de Gotentin, possédé par Bertin Mangon, prétendant qu'il avait en même temps plusieurs bénéfices incompatibles. M. de Briroy, par l'autorité du roi sur le litige, le^en priva tous deux et le donna à Jean Le Roux. Charles de Parfouru fut aussi pourvu par le même prélat de l'archidiaconné du Bauptois et Pierre Lancise de celui du Val de-Vire. C'est l'état où était l'Eglise et le diocèse de Coutances, avant9 que M. de Briroy en fut assuré évèque.

Ce bon prélat, pour travailler plus sûrement à connaître les besoins de son diocèse et y remédier, crut qu'il fallait les connaître et les voir de ses propres yeux. Aussi, pendant que l'âge lui permit, il visitait tous les ans son diocèse, une partie en une saison, et une autre partie en l'autre, prêchant, catéchisant, enseignant partout de paroles et d'exemple la véritable piété. On remarque la douceur et le caractère de son esprit dans les corrections qu'il était obligé de faire de temps en temps, et que sa plus grande application

« Le Gallia christiana, xi, 921, dit qu'après la mort de Lancelot de Matignon, 1er janvier 1588, il n'y eut pas d'abbé jusqu'en 1619, « quo defuncto sedes vacavit ad annum 1619 .» — Le ms. M nomme cet abbé Pierre aux Oubeaux.

• Les deux m se. portent sans que.

était de rétablir en son diocèse l'ancienne discipline de l'église et le bon ordre, conformément aux décrets des conciles et spécialement de celui de Trente, qu'il avait vu commencer et finir1, et de celui de Rouen où il avait assisté \ La pureté de sa vie et le bon exemple étaient les moyens efficaces dont il se servait. Il remarqua une pauvreté extrême dans toutes les églises de son diocèse. Les hérétiques et les impies s'étaient emparés du plus beau et du meilleur ; les titres avaient été dérobés et brûlés pour la plupart, et lorsqu'on pouvait découvrir quelques enseignements des anciens revenus, on s'en défendait par le moyen de la prescription. Pour remédier à ces désordres, notre évêque, tant en son nom qu'en celui de son chapitre et de son clergé, présenta requête au parlement de Rouen, expositive « qu'à raison des troubles et guerres civiles advenues, et qui ont esté en ce Royaume, principalement audit diocèse de Goutances depuis l'an 1561, les lettres, titres et enseignemens concernans les droits, dignitez et libertez, tant de ladite église Cathédrale que des Eglises Abbatiales, Paroissiales, mesmes des Prieurez, Hospitaux, Trésors et Chapelles du Diocèse, ont esté la pluspart perdu z, égarez, les autres rompus, cassez, bruslez par les gens de guerre, qui ont tenu garnison et fait leur corps de garde tant ausdites Eglises Cathédrale que Paroissiales et Maisons ecclésiastiques, à raison

1 Le concile de Trente, réuni par Paul III en 1545, ne termina son œuvre qu'en 1563, mais ses sessions avaient été interrompues à plusieurs reprises.

* En 1581, comme on Ta vu plus haut.

(( dequoy les redevables tenans biens et héritages « dépendans desdits Evesché, Eglises Cathédrale, « Abbatiales et Paroissiales, mesmes desdits Hospia taux, Prieurez et Chapelles, sçachans ladite comte bustion et perte desdites lettres, titres et enseigneci mens, ont depuis dénié et dénient et ne veulent « reconnoistre ny payer lesdites rentes et arrérages « d'icelles, droits et devoirs, dont les precedens « Evesques, Chapitre, Abbez, Prieurs, Curez, Chapece lains, Trésoriers et Marguilliers desdites Eglises « jouyssoient auparavant desdits troubles, tellement a que la pluspart desdites rentes sur lesquelles lesdits « Ecclésiastiques, Trésoriers et Marguilliers ont à « supporter grandes charges, se trouvent mises en « contredit, et totalement déniées. A raison dequoy, « plusieurs desdites Eglises et Maisons Ecclésiastiques « sont tombées et tombent de jour en jour en ruine, « et n'y a moyen de satisfaire aux charges d'icelles, « pouvoir faire célébrer le divin Service : Tendans lesa dits Evesque et Députez par leur dite requeste à ce « qu'il leur soit sur ce pourveu tout ainsi qu'il auroit « esté cy-devant fait en cas semblables aux Evesques « de Bayeux, Abbé de Montebourg, Chanoines de la « Sainte Chapelle à Paris, et plusieurs autres eccle- « siastiques de ce ressort. Et outre déclarer que les- « dits redevables ne pourront eux aider de prescrip- « tion pour le temps desdits troubles et guerres civiles, « conformément aux Edits et dispositions du droit : a en laquelle ne sera compté ni compris le temps « encouru depuis ledit an 1561. » La cour lui accorda

les fins d'une demande si juste, et ordonna que les registres desdites églises, comptes, papiers, titres, journaux, enseignements et dernières quittances, serviraient de lettres et possessions aux demandeurs, que lesdits redevables ne pourraient se servir de prescription pendant lesdits troubles et se retireraient vers lesdits demandeurs pour compter à l'amiable, ou qu'autrement ils y seraient contraints par toutes voies. Cet arrêt qu'on pourra voir, dans son intégrité1, dans les Mémoires du clergé, où Ton a jugé à propos de l'insérer, tome III, page 323, est du 5e décembre 1598 et Ton ne saurait trop dire quelle en fut et est encore l'utilité.

Nous avons pu remarquer en tout ce que nous avons vu de ce qui se passait en cet évêché avant l'épiscopat de M. de Briroy, que, sans parler de l'ignorance, il y avait quatre grands défauts en nos ecclésiastiques, la pluralité des bénéfices*, la non-résidence, la simonie et la confidence. Dieu fit la grâce à notre évèque d'en purger la maison de Dieu commise à sa garde. On n'eut plus de dispense accordée au sujet des deux premiers ni de dévolu pris au sujet des deux autres. Et on remarque que c'est le premier évèque qui ait voulu que les confident i aires soient publiquement

1 En voici le titre : « Arrest du Parlement de Rouen du S décembre 1398, rendu au profit de M. CÈoesque et Clergé du Diocèse de Cous tances, portant que les Registres, Papiers, Journaux, Titres, Enseignement et dernières Quittances qui leur sont demeurées après les guerres, leur serviront de lettres et possessions à V advenir ; pour se faire payer des cens* rentes, droits et devoirs à eux deus, sans que les redevables se puissent ayder de prescription ou possession au contraire pour le temps des troubles. » Nous avons reproduit, d'après le texte même des Mémoires du Clergé, le passage cité inexactement par Toustain de BiUy.

excommuniés tous les dimanches aux prônes des grandes messes.

N'étant encore que grand vicaire d'Arthur de Cossé, il avait remarqué qu'il ne se trouvait presque plus de livres pour la célébration du service divin, et le très peu qui en restait était dans un si mauvais ordre qu'il était presque impossible de s'en servir ; aussi il s'attacha très soigneusement à en fournir à son diocèse. On vit donc bientôt de lui des bréviaires nouveaux, des missels, des rituels, processionnaires, catéchismes, prières et autres livres nécessaires pour le public et les particuliers, l'instruction et édification de tout le monde.

C'est ce qu'il témoigne lui-même dans les lettres pastorales qu'il en écrivit à son clergé sur ce sujet et qui servent comme de préfaces à ces livres, assurant' que depuis qu'il avait été appelé au gouvernement de ce diocèse, son plus grand soin avait été non-seulement de donner des bréviaires, mais de se conformer autant qu'il le pourrait faire à celui de Rome, sans néanmoins altérer en rien l'ancienne méthode de chanter reçue et usitée en ce diocèse depuis plus de deux cents ans, dessein qui avait été projeté par Arthur de Cossé son prédécesseur, mais empêché par la mort, et que même il aurait exécuté, il y avait longtemps, s'il n'en avait été empêché par les guerres civiles, parce qu'il savait bien qu'on manquait tellement de bréviaires, qu'il y avait très peu de prêtres qui en eussent d'entiers; pour à quoi remédier, il avait commis des personnes doctes et expérimentées pour cette

commission et ce renouvellement, par le soin et la vigilance desquelles l'ouvrage se trouvant en état, il croyait le devoir donner au public.

« Gum primum ad episcopalem dignitatem assumpti « sumus, * dit-il en l'épftre qui est à la tète de sov Missel, c nihil nobis potins fuit quam ut divimiai « cultum heresium saevitia parti m intermissum revoie caremus, partinf neglectum restitueremus, efficere- « musqué ut sacerdotes et clerici nobis subditi, qui- « bus ex officio incumbit pro populi salute apud « Deum preces fundere et ex quorum ore ipsemet « Deus laudes requirit, ad debitum persolvendum « officium studiosius et religiosius animum adjun- « gèrent. Incubuimus ut-breviaria, missalia, procès* *« sionalia, diurnalia, horae novis typis excuderentur. « Non sine Deo breviarium diu ab omnibus expecta- « tu m, mendis repurgatum et meliori quam anteà « ordine dispositum, tandem in lucem prodiit ; quo « opère féliciter absoluto, ad missale quam primum « addendum mentem cogitationemque converti mus, « ut eadem prorsùs divini officii recitandi et rei divin» « faciendae ratio haberetur. »

Il nous reste encore deux manuels de ce grand évoque, l'un de 1601, si je ne me trompe, et l'autre de 1616. Ce dernier est plus ample que le premier. Il est aussi rempli de doctrines et de belles instructions sur les devoirs des curés et des prêtres et sur la connaissance de l'état et de l'administration des sacrements. Il fit cette seconde impression du manuel parce qu'il n'y en avait plus des premiers, « distractis

« jam et coemptis uuiversis exemplaribus », à quoi il ajouta, comme il le dit lui-même en sa préface ad clerum Constantiensem « multa de i asti tut io ne, « dignitate, materia et forma, usu et milita te sacra- « mentorum ex sacrosanctis conciliis et doctoribus « sanctae ecclesiae decerpta, quae in veteri a nobis « edito desiderabantur, sine qui bus ipsa haec sacerdo « ta lis muneris seu artis artium prâecepta egena certe « et imperfecta videbantur. »

On s'est toujours heureusement servi de ces livres jusques à l'épiscopat de MM. de Lesseville et de Brienne, qui les ont mis en meilleur ordre et les ont fait réimprimer en leur temps, comme nous dirons en leurs chapitres ; mais je veux dire ici que les instructions de M. de Briroy sont telles qu'on les peut désirer, courtes, nettes, simples et tout à fait satisfaisantes.

Contre l'abus général de ce temps-là, il a toujours pensé à ne se fier qu'à lui-même pour le régime de son troupeau ; quoiqu'il eût d'excellents officiers, il résidait toujours et n'a jamais cru pouvoir se dispenser d'une obligation qu'il croyait être du droit divin.

L'usage du sacrement de confirmation avait été presque aboli dans ce diocèse. On ne le donnait quasi qu'à ceux qui étaient près de recevoir la tonsure. M. de Briroy renouvela la pratique de ce sacrement. « Il a toujours résidé », dit François des Rues parlant de notre évêque, a et réside actuellement en son « évèché, faisant les fonctions, visitant les paroisses

« d'icehii, où Ton estime qu'il a conféré le sacrement « de confirmation à près de trois cent mille per- « sonnes. » Il avait dit un peu auparavant en traitant de notre ville : « Le 76* évèque de Goutances est Ni- « colas de Briroy, pasteur très digne de sa charge « tant pour son intégrité de mœurs que pour la libé- « rai i té dont il use envers les pauvres, étant un des « plus aumôniers de la France, selon son revenu, et « lequel a fait une infinité d'autres œuvres pieuses « qui témoignent assez sa prudhomie. »

Cette charité pour les pauvres dont parle des Rues était telle que difficilement on en trouverait de semblable ; à peine se réservait-il le nécessaire. Lorsqu'il mourut, on ne lui trouva que 10 sous1 et si peu d'autres biens meubles et immeubles que ses héritiers y renoncèrent. On fut obligé de vendre le peu qu'il avait pour fournir à ses frais funéraires. L'odeur de cette grande charité se répandit par toute l'Eglise ; le pape la connaissait, et lorsqu'il apprit la mort de notre charitable évèque, il le qualifia du beau titre de père des pauvres : « In publico consistorio pr opter « eximiam vit» probitatem », disent MM. de Sainte- Marthe, « meruit a Paulo V pontifico decorari titulo « patris pauperum * » .

On peut dire que, depuis plus d'un siècle, la non-

1 Gallia christiana il, 904, nota : «Tantaerat ejus in pau pères charitas, ut obeunti asses duntaxat novemdecim superfuerint, ac divendit» publiée modicœ suppellectilis ad iuneralium onera pretium non suffecerit. »

* Le texte du Gallia christiana, xi, 904, diffère de celui de Toustain de Billy : «... in publico consistorio ob eximiam ejus caritatemet largitionum copiam, meruit a Paulo V pontifice maximo decorari titulo patris pauperum... »

résidence de nos évoques avait fait naître le libertinage et le libertinage avait enfanté l'impiété. La vertu et la présence de M. de Briroy fit tout le contraire. Qu'on se donne la peine de lire et de réfléchir sur ce que nous avons dit et rapporté en notre Histoire générale de l'établissement des Capucins de Cou tances1. J'ose dire que la piété, la charité, le zèle et la recherche de la gloire de Dieu, paraissaient tout entières dans l'évêque, le chapitre, les gentilshommes, les bourgeois et autres, comme dérivés du chef et répandus en tous ces membres. Je ne rapporterai pas ici les règlements qu'il fit en 1607 pour les prieur et religieux pauvres et administrateurs de l'Hôtel-Dieu de Coutances; il n'y en a pas un néanmoins qui ne soit un témoignage de la grande prévoyance et de la sagesse de notre prélat. Les religieux qui n'aimaient pas le bon ordre et la dépendance en emportèrent ; mais le parlement, reconnaissant également l'équité de ces règlements et l'autorité d'où ils émanaient, les confirma par son arrêt du 10* avril 1609.

Le 7* février 1612, le chapitre de Coutances, suivant la requête de son promoteur, au 5* jour du chapitre général tenu à l'ordinaire après la fête de la Purification, fit et approuva plusieurs belles ordonnances touchant l'ordre et la célébration du service divin, toutes lesquelles sont un beau témoignage de la piété et du zèle de cet illustre corps. Nous en avons autant, signé Le Roux, et peut être en donnerons-nous

i V. Mémoires sur le Cotentin, ms. de la Bibl. de Rouen, f. Martaiuville, Y 43, p. 92-95.

autant en notre recueil. Nous remarquerons ici seulement qu'il commence ainsi : « Le promoteur du vé- « nérable chapitre de l'église cathédrale de Coutances, « pour le devoir de son office, requiert avec toute a -humilité et révérence à révérend père en Dieu « monseigneur l'évèque de Coutances, président audit « chapitre et à MM. les chantre, chanoines et autres, « ayant office et dignités en ladite église, afin que le « divin service soit célébré, continué et maintenu en « icelle église, à l'honneur et gloire de Dieu et sui- « vant l'intention des gens de bien, qui ont fondé, « doté et augmenté ladite église ; que les statuts et « ordonnances qui ont été ci-devant faites sur l'ordre « et manière de faire dire et célébrer icelui en la- « dite église soient inviolablement gardés et obser- « vés, etc. »

Il y a pour chaque personne un article de réquisition et ordonnances : la première regarde le chantre à ce qu'il ait à résider et ensuite de tous les autres. Il est seulement à remarquer qu'ayant été requis « que M. le trésorier, ou son clerc en son absence, « continue à parer et décorer l'autel et lieu où l'on « célèbre l'office de la messe, secundum diei et iem- « ports exigentiam, resserrer les ornements et dresser « iceux ainsi qu'il appartient, et tenir les lieux « qu'ils ont accoutumé d'être mis, bien fermés en- « semble; qu'il en soit fait fidèle inventaire, ainsi que « des calices, linge et argenterie de ladite église, « lequel inventaire, dont M. le trésorier aura un du- « plex, mondit seigneur de Coutances un et ledit

« chapitre aussi un duplex duement signé, à ce qu'il « n'y ait aucune chose perdue ou adirée et que le « tout soit conservé fidèlement et que Ton puisse « reconnaître ce qu'il y manque et ce qu'il y est « nécessaire d'y pourvoir. » Voici la réponse qui fut faite : « M. de Lancise, trésorier, a déclaré qu'il oppose « formellement sur le contenu en l'article ci-des- « sus ». C'est le seul que j'ai vu opposant à aucun des articles de cette réquisition.

Dieu donna la consolation à M. de Briroy de voir son diocèse rempli de grands hommes en piété, charité et mérite, tous imitateurs de leur évèque. Tant que la ville et ce diocèse de Coutances subsisteront, la mémoire de messire Jean de Tourlaville, abbé de Hambie, chantre et chanoine de la cathédrale, sera en bénédiction et avantageuse à ses habitants ; c'est lui qui a fondé le collège de Coutances. Qu'on se donne la peine de voir notre Histoire générale l au sujet de ce collège et au sujet de l'aqueduc de Coutances pour l'entretien duquel il donna 71 livres de rente9. C'est ce seigneur dont il est tant fait mention dans l'obituaire de la cathédrale, lequel, au mois de décembre de 1579, fonda l'office de Sainte-Barbe par 36 livres de rente et, le 2e juin 1593, celui de la Visitation aussi

1 Mémoires sur le Cotentin, ms. de la Bibl. de Rouen, fonds lfartainville, T 43, p. 98-99.

1 Ibid. Toustain de Billy parle longuement, p. 56 et suiv., de cet aqueduc qu'il appelle « une des raretés de sa province ». Vers la fin, p. 56, il dit : « Par contrat du mardi 6 décembre 1586, noble et discrète personne M™ Jean de Tourlaville, prêtre, abbé de Hambie, chanoine et chantre de Coutances, donna le fonds de 120 livres de rentes pour aider aux gages du fontenier et aux réparations et entretien des tuyaux ».

par 36 livres de rente, et résigna son canonicat à messire Jacques de Franquetot, conseiller et aumônier du roi, qui a fondé en la cathédrale le service de l'Octave du Saint-Sacrement par 300 livres de rente foncière, suivant le contrat du 18* septembre 1647 '.

Outre ce que nous avons dit en parlant des Capucins de Coutances, M. Le Roux archidiacre du Cotentin, a fondé en la cathédrale l'office de Saint-Jean-Baptiste solennel de sa nativité, des obits pour ses père et mère et pour un nommé Féret et a donné 1 6 livres de rente par chaque obit, et M. de Parfouru un autre. M. Clerel a donné 17 livres 10 sous de rente à l'église cathédrale.

Ce M. de Parfouru, qu'il avait fait son archidiacre du Bauptois et Adrien de Briroy, archidiacre du Valde-Vire, son neveu, furent créés ses grands vicaires, mais uniquement pour leurs mérites, et tous généralement ses amis et les personnes de son conseil et ses officiers étaient personnes distinguées par leurs mérites et leurs vertus, ainsi qu'il parait, par ce que nous avons dit de ces deux et par la connaissance que nous avons des autres.

Aussi inspirait-il la piété et la dévotion à tout le monde et ne laissait passer aucune occasion qu'il ne le fit paraître. On remarque que, dès l'an 1581, il

1 Ou cette date est une erreur de copiste, puisque Jacques de Franquetot, aumônier du roi et chantre de l'église de Coutances, est mort le 2 avril 1626, ou Toustain de Billy Ta confondu avec son neveu, qui s'appelait de même Jacques de Franquetot, et qui fut aussi chantre de 1626 à 1664. Voy. GaUia ckristiana, XI, 91 1.

se fit inscrire en la confrérie de l'Annonciation de la Sainte-Vierge, instituée en l'église paroissiale de Saint-Nicolas de Cou tan ces, et que, le 12* de juin 1596, s'étant faite une procession générale par les soins de frère François Hélye, prêtre, curé de Saint- Pierre de cette ville pour mettre la première pierre de la chapelle de la Roquelle, ce bon prélat y assista et fit cette action avec tant de zèle et de dévotion qu'il édifia tout le monde et qu'elle mérita que la mémoire s'en soit conservée dans les registres publics.

Enfin le terme de ses travaux et le temps de leur récompense étant venu, il mourut le 22e mars 1620, Agé de 94 ans, tous lesquels il avait passés dans une pureté de cœur et de corps vraiment angélique. Nos mémoires, parlant de la mort de M. de Briroy font son éloge en trois mots : « Sancto fine quievit » , et le Livre noir du chapitre en deux termes : « Vir integerri- « mus». Son corps fut inhumé dans le chœur de sa cathédrale sous un tombeau de marbre blanc sur lequel on avait gravé l'épitaphe suivante; mais ce monument ayant été cassé et les morceaux de ce marbre jetés derrière l'autel l, on ne trouve plus cette épitaphe que dans les livres :

* « Le tombeau de marbre de feu messire Nicolas de Briroy, évesque de Cou tances, étoit dans le chœur de l'église avec quelques autres de ses prédécesseurs. M. de Brienne les fit ôter lors du sacre de M. l'abbé Gaillard, qui étoit chanoine et théologal, évesque d'Apt. Son épitaphe qui étoit gravée sur ce marbre, celles d'Algare et de Hugues de Morville, sont imprimées dans le livre de feu M. Morel. » Toustain jde Billy, Mémoires sur le Cotentin, ma. de la Bibl. de Rouen, f. Ifartainville, Y 43, p. 76.

Piis manibus reverendissimi D. D. Nicolai deBriroy, Gonstantiensis episcopi vigilantissimi, religionis pietatisque avitœ et patriaeservatori9fidelissimi,qui quatuor etnonaginta an nos agens, io episcopatu très et viginti, féliciter obdorraivit in Domino 21* martii 4620. Ad sanctitalis aram monumentum hoc pietatis et liberalitatis posteritatimandandum,Àdrianus, ex fratre nepos, hujus ecclesiœ arcbidiacoaus et canonicus, dat, dicat et consecrat, 4624.

Il fut évêque de Coutances depuis son sacre en 1597, le 7e de septembre, jusqu'au dit jour, 22e mars 1620. Il avait été nommé du roi neuf ans auparavant, mais il avait gouverné le diocèse presque seul depuis le 7° mars 1575 1 que M. de Cossé par la connaissance et l'assurance, ainsi qu'il le disait, de sa fidélité, intégrité, bonne œuvre, honnêteté, diligence et expérience, l'avait choisi pour son vicaire général, de vicaire substitut qu'il était auparavant.

Il a fondé en sa cathédrale le service double et solennel de la Translation de Saint-Nicolas au 9e du mois de mai, à la fin duquel on est en obligation de chanter le Libéra et le de Profundis avec les oraisons accoutumées sur son tombeau, pendant lequel se doit faire la distribution de 30 livres. Il y a encore un service et un obit pour lui le jour de sa mort, 22e mars, pour lequel il y a 22 livres de distribution et 25 sous pour les pauvres, et enfin deux autres de 15 livres de distribution chaque pour le repos des âmes de Jean

1 La date donnée plus haut, p. 142, est celle du 17 mai. Le ms. M. dit ici le 17 mars.

et Adrien de Briroy ses frère et neveu. Voici les termes du nécrologe de la cathédrale au mois de mars : « Obiit, « reverendissimus in Christo pater et dominus Nico- (( laus de Briroy, Constantiensis episcopus, parentes « ipsius amici et benefactores. Pro quo 22 libras super « communia videlicet capiendas et pauperibus 25 so- « lidos et non moveatur a die 23* martii nisi domi- « nica fuerit. » Trois articles après, nous lisons : « Commemoratio reverendissimi in Christo patris ac « domini de Briroy, Constantiensis [episcopi], ex fonde datione Nicolai Michel, scutiferi, domini temporalis « du Hamel, pro qua dictus Michel dédit summam « 21 librarum super communia capiendam et distri- « buantur 25 solidi; non moveatur a die 24* martii nisi a dominica fuerit. » C'était son filleul. Au mois de mai, dernier article : « Servi tium duplex et solemne « de Translatione sancti Nicolai ex fundatione reveren- « dissimi in Christo patris ac domini Nicolai de Briroy, « Constantiensis episcopi, ad utrasque vesperas, inatu- (i tinam et missam, continue, prae manibus, et non mo- « veatur a die nona maii, nisi festum Ascensionis do- « mini impediat, quia tune celebrabitur in crastinum. « Cantabitur Libéra me, Domine, et de Profimdis, cum « orationibus solitis per canonicum, tum officium « exercentem super sepulcrum ejus in choro ecclesiae, « et iterum distribuatur summa 36 librarum super « communia capienda ».

Il y eut encore en son diocèse plusieurs personnes de science, de mérite et de distinction, outre celles dont nous avons parlé et entre lesquelles nous ne devons

pas oublier le père François Feuardent, cordelier. Il était de la paroisse de Grouville \ d'une famille noble, laquelle subsiste encore en plusieurs branches. Il faudrait être étranger dans la république des lettres pour ne le pas connaître. Ses savantes notes sur saint Irenée qu'il fU imprimer, ses commentaires sur les épftres de saint Pierre, saint Jacques, saint Jude et saint Paul à Philémon, sur Job, Ruth, Esther et Jonas, et autres ouvrages que nous avons de lui, seront à jamais des témoignages de sa grande érudition et de la connaissance qu'il avait des langues et de la théologie et feront honneur au diocèse.

II avait une aversion extrême des novateurs1. Il s'attacha fortement à les combattre par la langue et par les écrits. Je ne citerai que celui qui a pour titre : Entremangeries et guerres minisirales ' , qu'il dédia à son évêque M. de Briroy et qu'il composa particulièrement contre un ministre de Carentan, nommé Brouaut*.

On remarque encore entre les savants de ce diocèse un nommé M. Pierre de Vennes, prêtre de la paroisse

1 Ile de Jersey.

1 Feu-Ardent ne fut pas seulement un adversaire résolu des protestants. Il embrassa avec ardeur le parti de la Ligue et se distingua par la violence de ses prédications contre Henri III et Henri TV. Il mourut le 1«* janvier 161 0.

3 Voici, d'après Frère (Manuel du bibl. norm.), le titre exact de cet ouvrage : Entremangeries et guerres minis traies y c'est-à-dire contradictions , injures, condamnations et exécrations mutuelles des ministres et prédicans de ce siècle, par le frère Feu-Ardent ; Caen, par Tite-Haran, 1601, pet. in-8. — Une édition plus complète a été publiée à Paris, 1604.

* Jean Brouaut, sr de Sainte-Barbe, médecin et ministre protestant, né à Carentan.

de Saint-Denis-le-Vestu1, professeur en philosophie et en mathématiques au collège de Lisieux à Paris, et excellent prédicateur, lequel par son mérite devint théologal de Vannes et curé de Hennebont \ et encore un autre nommé Nicolas Gosse] iu8 de la paroisse du Pont-Farcy*, si excellent en mathématiques, qu'il fut un des savants choisis par le pape Grégoire XIII pour la réformation du calendrier et que Henri IV le fît garde de la bibliothèque du collège de Clermont, pendant l'éloignement des Jésuites. Il mourut peu de temps après, âgé de quatre-vingts ans.

« Arr. de Coutances.

* Pierre de Vennes, prêtre du diocèse de Coutances et bachelier en théologie de la Faculté de Paris, pourvu par révoque de Vannes de la paroisse d'Hennebont (Saint-Gilles), le 29 décembre 1608, accepté par î'abbesse de la Joie le 9 janvier suivant, prit possession le 11 janvier 1609. Nommé chanoine théologal par l'éveque le 29 avril 1609, il fut installé le 1er mai. En 1613, le 19 octobre, il résigna sa paroisse entre les mains du pape en faveur de Pierre Morice, du diocèse de Coutances, pour devenir recteur de Baden (près Vannes). H prit possession de cette paroisse, le 24 décembre 1613. Il fut en même temps vicaire perpétuel de Saint-Pierre de Vannes, du 4 juin 1613 au mois de mai 1615. 11 mourut au mois de janvier 1616, et fut inhumé dans l'église cathédrale. (Note communiquée par Vivéchi de Vannes.)

* Bayle fait mention, dans son Die t. hist. et critique, t. II, p. 570, édit. de 1730, d'un mathématicien du nom de Jean Gosse Un. a II était, dit-il, de Vire et fut garde de la Bibliothèque du Roi. 11 composa entre autres ouvrages une Table de la réformation de l'an, et une Version française du calendrier grégorien. » Il semble être le même personnage que le Nicolas Gosselin de Toustain de Billy.

* Dép1. du Calvados, arr. de Vire et sur la rivière de ce nom.

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