‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances (volume 3)Chapitre 55 sur 66 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE CLAUDE AUVRY

On ne parle point des parents de ce prélat, parce qu'ils n'étaient pas d'un rang ni d'une distinction dans le monde à lui faire honneur, et on le regarde lui-même comme Fauteur de sa famille. Il était néanmoins d'une honnête et riche maison de Paris, ainsi qu'il parait par les soins que l'on prit de /son éducation et à bien cultiver ses rares talents de corps et d'esprit. Il eut pour précepteur un docteur de la maison et société de Sorbonne, Abraham Basire, personne d'un grand mérite et que Coutances vit, avec toute sorte de considération, chanoine de sa cathédrale, pénitencier, officiai et grand vicaire.

Claude Auvry avait un esprit vif, pénétrant et naturellement élevé. Il profita si bien des bonnes instructions de ce docteur qu'il devint bientôt lui-même capable d'enseigner les autres. Comme il avait fait choix de l'état ecclésiastique, il résolut de passer quelques années à Rome, afin de s'instruire mieux. Ur-

bain VIII, ce docte et très grand pape \ régnait et faisait l'honneur et les délices de l'univers, comme ses éminentissimes neveux, François et Antoine Barberin, faisaient la gloire de Rome '. L'ambition, ou plutôt le grand cœur de Claude Auvry, le porta à se faire connaître à cette cour et à s'y attacher, et à ces trois princes ; la chose ne fut pas difficile à un grand génie. Ces seigneurs se faisaient honneur d'être les protecteurs des gens de lettres et des beaux esprits et certainement il en était du nombre. Il dédia des thèses de philosophie au souverain pontife et les soutint en sa présence avec tant de netteté d'esprit et de solidité qu'il charma toute la cour et acheva de s'y faire considérer cofnme un homme de grande espérance et qui se porterait loin, il devint dès lors domestique et favori du cardinal François et le pape ne trouva aucune occasion de le gratifier sans s'y appliquer de grande affection. C'est ce qui parut bientôt après à ce qu'un certain bénéfice à la nomination du souverain pontife ayant vatqué en Lorraine, Urbain VIII en gratifia notre Auvry. Ce fut une espèce de jalousie entre lui et le

* Maffeo Barberini, qui fut élevé à la papauté le 6 août 1623 et qui prit le nom d'Urbain VIII, protégea les lettres et fut lui-même un lettré. Il a laissé quelques poésies italiennes et un grand nombre de poésies latines. Il mourut le 26 juillet 1644.

* Urbain VIII combla d'honneurs et de dignités ses deux neveux François et Antoine Barberin, et particulièrement le dernier, qui joua un rôle important dans les affaires politiques de son temps. François, élevé au cardinalat en 1623, exerça en France les fonctions de légat et mourut en 1679. Antoine, cardinal en 1627, fut en 1633 nommé par Louis Xtll protecteur à Rome des affaires de France. A la mort de son oncle, il se retira en France, où il dut à la reconnaissance de Mazar'n de devenir grand aumônier du roi en 1653. Jl obtint ensuite l'évêché de Poitiers et ■ l'archevêché de Reims. 11 mourut à Némi, près de Rome en 1671.

seigneur Jules Mazarin qui était le favori et le domestique du cardinal Antoine, comme Tétait M. Auvry du cardinal François 1 ; tous deux demandèrent la même grâce; mais le généreux Auvry se contenta de l'honneur de cette préférence, fut trouver le cardinal Antoine, céda de grand cœur ce bénéfice au seigneur Mazarin et fit cette cession d'une manière si noble et si généreuse qu'on attribue à cette action la source de toute la grandeur à laquelle il a été élevé. Aussi ces deux grands hommes, je veux dire le cardinal Antoine et le seigneur Mazarin, lui continuèrent toujours depuis une très particulière estime. La grandeur de son génie se faisait de jour en jour plus connaître dans les diverses négociations 'que traitaient ses maîtres, spécialement au Piémont pour les affaires deMonferrat*. Ce fut là que, remarquant le train que prenait la fortune de M. de Mazarin, il s'attacha plus fortement à lui ; il mérita même l'estime du cardinal de Richelieu jusque là qu'on dit qu'il fut longtemps comme le nœud du commerce qu'il y eut entre ces deux grands hommes

d'Etat. Il fut lui-même employé en des affaires de grande importance dont on rapporte trois des principales. Les voici en peu de mots :

Le prince de Garignan, un des frères de Charles- Emmanuel de Savoie, plus connu en France sous le nom de prince Thomas ', avait très bien servi en la

1 Nous suivons ici la leçon de M ; on lit dans P : domestique de ce dernier, comme rétait M. Auvry du pretnier.

* Mazarin fut le négociateur du traité de Cherasco, 1641, qui mit fin à la guerre de la succession de Mantoue et de Montferrat.

3 Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, était non pas le

guerre d'Italie, et même avait épousé la princesse Marie de Bourbon, fille de Charles, comte de Soissons; mais, après le traité de Monçon *, ne pouvant supporter les hauteurs et les mépris du cardinal de Richelieu qui, par raison de politique ou par inclination, paraissait s'attacher à la maison de Savoie, il se retira en Flandre et prit les armes contre la France. On crut que cette défection ne s'était pas faite sans la participation de leur cour1 et du duc de Savoie. On jugea donc que M. Auvry était un sujet propre pour s'en éclaircir et en demander raison. Il eut ordre de se rendre en cette cour pour ce sujet, sous prétexte d'aller à Rome, et il négocia avec tant de dextérité qu'on eut lieu d'eu être pleinement satisfait. On eut aussi sujet de l'être des soins qu'il se donna pour la satisfaction que les Espagnols furent obligés de faire au maréchal d'Estrées, notre ambassadeur en cour de Rome, sur la mère d'un de ses écuyers qu'ils avaient assassiné, et sur la liberté de quatre esclaves turcs, lesquels, après s'être fait baptiser, s'étaient sauvés dans l'église des Minimes, qui est sous la protection de la France, contre les poursuites des Espagnols, qui voulaient les en arracher et les envoyer à la chiourme. M. Auvry vint à la cour en poste apporter la nouvelle

frère, comme le disent nos deux mss., mais le 5* Dis du duc Charles- Emmanuel.

* Le traité de Monçon, signé avec l'Espagne en mars 16*6, régla laffaire de la Valteline. '

• Il s'agit ici de la cour d'Espagne; il semble dès lors que quelques mots ont été précédemment omis et qu'il faudrait lire : il se retira en Flandre, auprès des Espagnols.

de cette satisfaction qui avait été telle qu'on la pouvait désirer.

Enfin, après la mort du comte de Soissons1 en la révolte du duc de Bouillon et l'affaire de Cinq-Mars", M. Auvry fut envoyé à Sedan où ses efforts8 furent si efficaces qu'on en fut tout à fait content, jusque-là qu'on lui offrit en récompense une grosse pension; mais on remarque qu'il eut tant de générosité pour la refuser. Il était domestique de M. Mazarin, lequel, ayant non-seulement obtenu le chapeau de cardinal, mais de plus la qualité de premier ministre après la mort de Louis XIII, sous la régence d'Anne-Elisabeth d'Autriche et la minorité de Louis XIV, il n'oublia pas son mérite et ses services. Ainsi, l'évêché de Saint- Flour étant devenu vacant, M. Auvry y fut nommé évêque; mais peu de temps après, Coutances ayant aussi vaqué par la translation de M. de Matignon à Lisieux, le cardinal Mazarin jugea qu'il pourrait rendre plus de services à la cour en basse Normandie qu'en la haute Auvergne.

Innocent X avait succédé à Urbain VHP. La maison Barberine perdit beaucoup de son autorité en ce changement; elle fut obligée de sortir de Rome et, par un effet merveilleux de la fortune du cardinal Mazarin, les deux cardinaux, François et Antoine, se virent en

1 Louis de Bourbon, comte de Soissons, périt le 6 juillet 1641 en combattant à la Marfée dans les rangs des Espagnols.

3 Cinq-Mars fût décapité le 12 septembre 1643.

' Mss. P et M : affaires.

♦ En 1644.

nécessité de rechercher la protection de cet homme qui n'était parvenu que par la leur. Par Téloignement de ces seigneurs, le cardinal Regnault d'Esté1, frère du duc de Modène*, fut fait protecteur des affaires de France. En cette qualité, le 3° décembre 1646, il préconisa Claude Auvry pour évoque de Coutances, et comme son mérite et sa capacité n'étaient pas inconnus à Rome, les bulles lui furent aussitôt expédiées, et qui plus est, gratis. Elles furent même peu de temps après reçues en France et, le 15e janvier 16478, il fut sacré à Pontoise par Dominique de Vie*, archevêque d'Auch, assisté de François Péricard, évêque d'Evreux, et d'Ârtus de Lionne', évêque de Gap.

Il fit son» entrée triomphante en sa ville épiscopale et prit possession personnelle de son évêché, le dimanche 15e de septembre de la même année 1647. Nous en avons la description et les magnificences dans un livre imprimé, composé et donné presque en même temps au public par un conseiller au présidial de Gou-

4 Lors de l'affaire de la garde corse, Regnault d'Esté se signala par son sole pour la France. Né en 1618, il mourut le 3» septembre 1672.

2 François d'Esté, duc de Modène et de Reggio, de 16-26 à 1658.

1 Gallia christiana, XI, 906 : c 15 (ebr. 1647. • — Le Gallia fait assister également François Péricard au sacre de Claude Auvry, mais cet évoque d'Evreux était mort le 21 juillet 1646 {Ibid. XI, 617), et avait été remplacé par Jacques Le Noël du Perron.

* Nos deux mss. défigurent les noms de Dominique de Vie et d'Artus de Lionne. Ms. P : Dominique Tye, archevêque d'Auses ...et d'Arinhe de Fronne, évêque de Tabre. Ms. M : Dominique Thye, archevêque cTAuçh, et d'Arinches de Fronne, évêque de Tarbes.

• Artus de Lionne est le père du célèbre ministre de Louis XIV, Hugues de Lionne. Conseiller au parlement de Grenoble, il avait épousé Isabelle Servien, sœur d'Abel Servien, qui fut surintendant des finances. Elle mourut à l'âge de 21 ans. Le chagrin qu'il en éprouva le détermina a embrasser la vie ecclésiastique. Il fut nommé évêque de Gap en 1638.

tances, nommé M. Morel1. Ce livre est entre les mains de tout le monde, il serait inutile d'en dire rien ici. Je remarquerai ici seulement deux choses : la première, le serment de fidélité que nos évêques sont en obligation de faire devant la statue de saint Lo et à l'entrée de l'église entre les mains du chantre de la cathédrale et que fit M. Auvry entre les mains de M. l'abbé de Franqufetot qui présidait à cette première dignité en notre cathédrale.. Et voici le serment : « Ego Claudius Auvry, « Dei et sanctae Sedis apostolicaa gratia Constantiensis a ecclesiae et diœcesis humilis episcopus, jura, sta- « tuta, cousue tud in es, libertates, honores, cœteraque « omnia ad eamdem ecclesiam spectantia, nunc et « in perpetuum illibata me servaturum et pro posse « meo defensurum super sacrosancta haec evangelia « juro, spondeo, poiliceor, et sic Deus optimus maxi- « mus, intemerata virgo Maria atque omnes sancti me « adjuvent. »

L'autre est que cette grande joie que témoignèrent les habitants de Goutances à la venue de leur nouvel évêque procédait de l'espérance qu'ils avaient conçue de son crédit auprès du premier ministre dont ils se promettaient mille biens, ainsi qu'il avait déjà fait voir par trois grandes grâces qu'il leur avait procurées : la diminution de la taille, l'exemption de logement

1 Morel (Hilaire de) : Relation véritable des cérémonies observées par les habitants de la ville de Constances, à Ventrée solennelle de Mgr. VJllustrissime et Reverendissime Svesque dudit lieu prenant possession de son Evesché, le dimenche 15e jour de sept, année présente 1647. Ou le Triomphe de î Eglise Cathédrale de Constances; Constances (s. n. d'imprimeur), 1647, in-4. (Frère, Manuel du Bibl. normand, t. II. p. 324.)

des gens de guerre et principalement pour avoir déchargé la ville de la garde d'une très grande quantité de prisonniers espagnols dont elle était extrêmement foulée. On me permettra de reprendre la chose un peu plus haut.

Don Francisco de Melos [gouverneur] des Pays-Bas, voyant le feu roi à l'extrémité et enfin mort le 44e mai 1643, pensa à se servir de l'occasion et de la faiblesse du gouvernement pour l'avancement des affaires de son maître. Il fut pour ce sujet mettre le siège devant Rocroy, place d'une très grande importance pour la conservation de la Champagne. On venait de faire généralissime des troupes françaises Louis de Bourbon, duc d'Enghien, si connu dans la suite sous le nom de prince de Condé. Ce jeune commandant n'avait que dix-neuf ans. Emporté du désir de la gloire, [il] entreprit contre toute sorte d'apparences de faire lever le siège. Il réussit et battit les ennemis d'une manière désolante pour eux1. Cette victoire fut suivie de tant d'autres qu'en peu de temps on vit les villes de France peuplées pour ainsi dire d'Espagnols prisonniers. Le malheur de Coutances voulut que les caves en fussent remplies. Il fallait du pain pour les nourrir et des gens pour les garder; on ne saurait dire de quel. poids fut cette surcharge.

Claude Auvry, aussitôt qu'il fut notre évoque, travailla fort efficacement à l'en délivrer. Aussi M. Morel, parlant des obligations qu'avait la ville à

< Le 19 mai 1643.

se réjouir à son entrée « ... et par la décharge de la « garde importune des prisonniers espagnols dont il « avait procuré le délogement et fait prendre la poste à « ses frais au sieur Gérard, l'un des siens, pour leur en « apporter Tordre, » [dit qu'elles allaient jusqu'à Tinfini1;] et M. Dupray, dans le panégyrique de notre éyêque prononcé dans l'église des Jacobins et rapporté dans les mémoires de feu M. du Vaudôme, traitant délicatement ce môme sujet : « Cette pauvre ville, « dit-il, languissait dans le deuil et la tristesse; elle « gémissait sous le poids de ses fers, sous la dureté « de ses chaînes, et ne trouvant point de consolateur, « elle élevait ses yeux baignés de larmes vers le ciel « pour en obtenir. C'était le temps où la victoire de « la France dans la fameuse bataille de Bocroy avait « été, si je Tose dire, très funeste à cette ville. La « chute de ces Espagnols après leur défaite était plus « à craindre à cette ville qu'elle n'avait été auparavant « dans le champ de bataille à nos escadrons et les « soldats victorieux étaient d'autres ennemis domes- <( tiques qui, par leur grand nombre et par la licence « où ils vivaient, achevèrent de ruiner ce qui avait a échappé à la subsistance des ennemis dans cette « ville. Il y a toujours procuré la paix et le repos, en

1 J'ai rectifié ce passage, visiblement incomplet dans les mss., d'après le texte même de Morel (ouvrage précité, p. 9) : « Or comme les bien- « faits et les obligations qu'ils avoient reçeu de ses bontez, par la mo- < dération des Taille*, qu'il leur avoit fait donner, par l'exemption des « Gens de Guerre, qu'il avoit obtenu pour eux, et par la décharge de la « garde importune des, prisonniers espagnols, dont il avoit procuré le » délogement, et fait prendre la poste à ses frais au sieur Gérard, l'un « des siens, pour leur en apporter l'ordre, alloient jusqu'à l'infiny, etc. »

« éloignant d'elle ces fâcheux ennemis domestiques « qui viennent chercher, pendant l'hiver, la récom- « pense des travaux du printemps, qui regardent nos a villes comme des villes ennemies. C'est de ces fâcheux * hôtes dont il vida nos maisons comme nos caves « d'Espagnols qui, tout enchaînés comme ils étaient, « nous faisaient beaucoup de peine. »

Le 17e août de l'an 1646, le siège épiscopal ayant été réputé vacant, le chapitre avait choisi pour grands vicaires Jacques de Franquetot, conseiller aumônier du roi, prieur de Bohon, de Saint-Ermerand, chanoine et chantre de la cathédrale, Nicolas Mortaing et Michel Martel, archidiacre, et Raoul Le Pileur, théologal. Ce fut le premier qui, comme nous venons de dire, reçut M. Auvry; sur quoi on remarquera que le siège fut toujours réputé vacant jusqu'au jour de cette prise de possession personnelle et cette prestation de serment. Ainsi, trouvons-nous que six jours avant cette cérémonie, c'est-à-dire le 9e de septembre 1647, le même Jacques de Franquetot, en qualité de grand vicaire, le siège vacant, pourvut par forme de visa un nommé Pierre Rigault de la cure de Saint-Denis-le-Vestu f. Que la mémoire de ce M. de Franquetot doit être chère à l'église de Cou tances pour avoir entre autres choses fondé l'office de l'octave du Saint-Sacrement par le don de 300 livres de rente foncière, suivant le contrat du 18e septembre 1647.

Claude Auvry, néanmoins, dès le 18e mai précédent,

1 Arr. de Coutance*.

avait choisi pour ses vicaires généraux deux personnes illustres, docteurs de Sorbonne, Abraham Basire et Antoine Andecenay, qui était du diocèse de Chartres, protonotaire apostolique et professeur de théologie à Reims, mais nous ne trouvons point qu'ils aient fait aucun exercice de cette charge, jusqu'après le 16e septembre, le lendemain de cette entrée solennelle, auquel jour ils présentèrent à l'audience des assises de Coutances tenues par Jacques de Saint-Simon1, écuyer, lieutenant général du bailli de Cotent in, leurs lettres de grands vicaires lesquelles y furent lues et homologuées.

Je ne prétends pas faire un détail de toutes les actions ou expéditions de ce prélat en ce diocèse. Je remarquerai seulement que la première expédition que je trouve de son nom est celle des provisions par forme de visa du prieuré de Lestre * à frère Jean Préal \ religieux de Blanchelande, le 19e de septembre, c'està-dire quatre jours après son entrée.*

Il avait auparavant exercé quelques fonctions épiscopales. Le 20e avril précédent, étant à Paris, par la permission de François de Gondi*, archevêque de cette

1 * Jacques de Saint-Simon, eacuyer, sr de Plain-Marescq, conseiller du Roy en ses conseils d'estat et privé, lieutenant général au bailliage et siège présidial du Gotentin, maire perpétuel de la ville. « Acte du 26 août 1643, rapporté par Toustain de Billy, dans ses Mémoires sur le Cotentin, ms. de la Bibl. publ. de Rouen, f. Martainville, Y 43.

* Ait. de Valognes.

* Ms. H : à François-Jean Michel.

* Jean François de Gondi, oncle du cardinal de Retz, mort le 21 mars 1654. Il avait succédé comme évêque de Paris à son trère Henri, dit aussi le cardinal de Retz, lequel avait remplacé son onde Pierre de Gondi, qui avait obtenu également le chapeau de cardinal. C'est pendant Tépiscopat de Paul-François que l'évêché de Paris fut changé en archevêché.

ville, il avait fait les ordres généraux à Saint-Lazare, et par la même permission, le 15* juin suivant, conféré le sous-diaconat à André Burnouf, clerc de son diocèse, dans la chapelle du Palais-Cardinal, et aux premières, c'est-à-dire qui suivirent son entrée, c'est-à-dire le samedi 21e septembre audit an 1647, il fit l'ordination générale en son église cathédrale, sur quoi on a dit et écrit qu'il fit cette auguste action avec tant de grâce et de majesté que les diocésains publiaient qu'il était [né] évêque. Il a été seulement onze ans notre évêque, s'en étant démis en faveur de M. de Lesseville, comme nous dirons bientôt, au mois de septembre 1658, et, pendant son épiscopat, il ne s'est presque rien passé digne de mémoire dans les affaires de l'Église gallicane ni de l'État sans qu'il y eût bonne part.

L'histoire de nos troubles pendant la minorité du roi est trop connue et trop funeste pour en renouveler ici la mémoire. Ils commencèrent1 presque avec l'épiscopat de Claude Auvry et ne finirent entièrement qu'en l'an 1654. Notre prélat ne balança pas un moment sur le choix qu'il devait faire. Il avait prêté serment de fidélité entre les mains du roi et il craignait que, sous prétexte de s'attaquer à son premier ministre, on ne voulût s'attaquer à Sa Majesté même. Aussi soutint-il hautement les intérêts de ce premier ministre. On le vit dans les rues de Coutances, à cheval, armé de pied en cap, pour s'opposer à ses ennemis qui vou-

1 Le premier mouvement éclata le 26 août 1648, journée des Barricades.

laient enlever les deniers de la recette, et nos mémoires nous sont des monuments assurés des soins qu'il se donna pour retenir ses diocésains dans le devoir et pour la conservation de Valognes, parla lecture de cet ordre suivant de feu M. [le duc] de Longueville1 et d'Estouteville, pair de France, gouverneur pour le roi en Normandie * : « Sur l'avis qui nous a été donné des (( pratiques et cabales que fait journellement l'évêque « de Coutances, contre le repos public et notre autoce rite, nous ordonnons à M. de Matignon', lieutenant « général de Sa Majesté en basse province et de « l'armée que nous avons fait lever pour le service du a roi et la conservation de cette province, de faire « arrêter la personne dudit évêque, le mettre en « bonne et sûre garde, dont faire lui donnons pou- « voir; mandons à tous ceux qu'il appartiendra, sur « lesquels notre autorité s'étend, de lui donner maince forte pour cet effet. En témoin de quoi, nous « avons signé le présent de notre main, fait contre-

1 J'ai dû corriger ce passage altéré dans nos deux mss. P : par la lecture de cet ordre suivant de feu M. de Longueville combien les poids et le port de cette affection à ses ennemis et le duc de Longueville et d'Estouteville, etc. M : pour la lecture de cet ordre suivant ; Monsieur feu de Longueville et d'Estouteville, etc.

9 Beau-frère du prince de Gondé par son mariage avec Anne-Geneviève de Bourbon, Henri d'Orléans, duc de Longueville et d'Estouteville, prince souverain de Neufchâtel, prit une part active à la Fronde. Né le 27 avril 1595, il fut d'abord gouverneur de Picardie, puis de Normandie, et mourut le 11 mai 1663.

3 François de Matignon. Par la mort de Jacques, comte de Thorigny, tué en duel, 1626, par le comte de Bouteville, et la renonciation de Léonor de Matignon, évêque de Coutances, puis de Lisieux, ses frères aînés, François avait succédé dans ses biens et dignités à son père Charles de Matignon, maréchal de France, lieutenant général du roi en basse Normandie, mort le 8 juin 1648. Charles de Matignon, ayant épousé Eléonore d'Orléans, tante du duc de Longueville, François de Matignon était cousin-germain do ce prince. Il mourut le 19 janvier 1675.

« signer par un de nos secrétaires et apposer le « cachet de nos armes. A Rouen, le 21e mars 1649, « et est souscrit Henri d'Orléans ; » et plus bas : « Par « mondit seigneur, Pigeon, » avec paraphe; le cachet est à côté.

L'Angleterre était en ces temps agitée de troubles qui furent bien d'une autre conséquence. On ne peut, sans horreur et sans indignation, penser au crime que commit, cette même année 1649, cette nation perfide contre son souverain. A quoi bon en renouveler le funeste souvenir? Ils le contraignirent de sister en jugement devant un prétendu conseil composé d'un petit avocat et quelques autres misérables canailles eucore de moindre condition, et après un million d'indignités, sans aucun respect des lois, de sa qualité, ni de son innocence, lui firent tomber la tête sur un échafaud. Ses deux fils, Charles, prince de Galles, et Jacques, duc d'York, furent obligés de dérober leurs têtes à ces scélérats par la fuite. Ils abordèrent à nos côtes et nous comptons comme une des plus belles époques de la vie de notre évêque l'honneur qu'il eut de les recevoir en sa ville épiscopale et il le fit d'une manière si pleine de générosité, que MM. de Sainte- Marthe, dans leur Gallia christiana, n'ont pas cru devoir l'oublier : « Anno autem insequente (c'est « 1649), Carolum secundum magnas Britanniae regem « cum Jacobo Eboracensi principe in urbem suam « excepit1. »

* Le texte de la dernière édition (V. Palmé) du Gallia, XI, 906, diffère de celui que donne Toustain de Billy. Le voici : « Partibus cardinalis

Au surplus, M. Auvry passait ses jours dans une agitation continuelle en son diocèse ou à Paris, selon les divers besoins de son peuple, de l'Église, de l'État ou de ses maîtres, je yeux dire du cardiual Mazarin, dont il était maître de chambre, et du cardinal Antoine Barberin, dont il était grand vicaire, ainsi qu'il nous paraît de plusieurs actes que nous avons, datés de ces divers lieux; entre lesquels il y en a de datés du château de la Motte où il paraît, qu'à l'exemple de ses prédécesseurs, il se plaisait beaucoup. En voici quelques exemples : il était au château de la Motte le 19e mai 1648 où il donna au nommé Louis Jamet les provisions de la cure du Mesnil-Benoist 1 à la nomination du seigneur du lieu (elle était vacante par la mort de Jean Chappedel aine), étant de retour de Paris où le 10e de mars précédent, il avait fait au roi le serment de fidélité ordinaire, comme nous avons déjà remarqué. Il était à Paris le 14e mai 1649, où il conféra Saint-Christophe1, paroisse du doyenné des Pieux, au nommé Gilles Le Ganu. Il était de retour à Cou tances, où le 23e de septembre dudit an, il conféra le bénéfice â'Auxais* à Gilles Bourdon. Il était à Rouen le 14e et 15e janvier 1650, où il conféra les cures de Tercet à

« Mazarini addictisaimum, cum multa ejus gratia moveret, eum comprec hendere jussit dux Longavilleus regius inférions Normanni» profectus « 21 martii 1649. Ast .aut nulla, aut emendata fuit accusatio, nam c eodem anno Carolum II Àngliae regem cum Johanne Eboracensi duce c fratre ejus in urbem suam excepit. •

i Dépt du Calvados, an*, de Vire.

* Saint-Christophe-du-Foc, arr. de Cherbourg.

9 Arr. de Saint-Lo.

Charles Le Marchand, et de Gonne ville ' à un nommé Jourdain. II était à Paris le 10e de mars suivant 1650 et encore le 14e août, ainsi que nous l'apprenons par les provisions des bénéfices de Carquebut * à Thomas Truffaut et de Briqueville-sur-la-Mer *, à François Costel, et, enfin, le 20e septembre suivant, il était à Coutances où il conféra à Pierre Richouey la prébande de Trelly, pour la troisième portion à lui résignée par son oncle du même nom.

Abraham Basire, son vicaire général, vaquait à tout pendant son absence. Il était chanoine honoraire de Lisieux au commencement et le premier acte [où] je le trouve chanoine de Coutances est du 13e septembre 1650 en la collation de la chapelle Toulest4, paroisse de la Pernelle, à Guillaume de Tilly, curé du lieu, présenté par Jean de La Houssaye. Il était pourvu de la prébende des Viviers1 ;-j 'ai vu l'acte par lequel, le 12e octobre 1650, le chapitre agréa la permutation faite entre lui et Gilles Cartel, par laquelle il

1 Arr. de Cherbourg.

* Arr. de Valognes.

8 Arr. de Coutances.

*Ms P la chapelle Toulest, paroisse de la Pernelle, à Guillaume

Tilly, curé du lieu, présenté par Jean de La Chaussaye. Ms. M la

chapelle des Vantés, paroisse de la Pernelle, à Guillaume de Tilly, curé du lieu, présenté par Jean de La Houssaye. — D'après les renseignements que je dois à l'obligeance de M. l'abbé Chasles, curé actuel de la Pernelle, et qu'il a tirés d'anciens mss. et de registres qui sont entre sfes mains, on ne trouve point mention en cette paroisse d'une chapelle qui se serait appelée soit Toulest, soit des Vantés. H y avait autrefois en cette commune cinq chapelles : de Sanoville. d'Ecarboville, dont Jacques de Tilly était le seigneur en 1684, du Vivier, ^des Moines et d'Ourvifle * dont Jean de Tilly était le seigneur en 1588, et dont Jean-François La

Houssaye devint le propriétaire. »

8 Paroisse de la Mancellière.

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