HIST01HE ECCLÉSIASTIQUE
baillait à Cartel sa prébende des Viviers pour la pénitencerie [et] la prébende de Saint-Louet. Il est porté en termes exprès en cet acte que ledit Basire s'obligeait de réciter tous les jours dans le chœur de l'église cathédrale les psaumes : Exaudi, Domine, justitiam fneam; Diligam te, Domine, fortitudo mea; Cœli enarrant gloriam Dei; Exaudiat te, Dominus, et Domine, in virtute tua lœtabitur rex; et, comme au pareil, Cartel devait réciter par raison de la prébende des Viviers : Nisi Dominus œdificaverit domum; Beati omnes qui timent Dominum; Sœpe expugnaverunt ; De profundis clamavi; Domine, non est exaltatum cor meum; Mémento, Domine, David; Ecce quam bonum; Laudate nomen Domhi; Confitemini Domino quoniam bonus, *et Super flumina Babylonis, après quoi l'évêque leur donna leur collation. Peu de temps après, ce Gilles Cartel résigna en cour de Rome la prébende des Viviers à Balthazar Cartel, son neveu. L'évêque refusa de lui en donner collation; appel comme d'abus. Par arrêt du parlement, il fut dit que, attendu le refus dudit sieur évêque de Coutances, ledit Cartel se retirerait par devant Me Antoine Gaudet, docteur en Sorbonne, et grand vicaire de Mgr l'archevêque, qui lui donnerait sa collation par forme de visa. Elle lui fut donnée parce qu'il serait eu obligation néanmoins de rendre ses respects à son évêque. Il y fut; M. Àuvry le refusa et ne voulut pas le voir. Cartel en présenta sa plainte au chapitre le mardi 8e janvier 1651. Le chapitre en rendit une espèce de procès-verbal et pria les sieurs Boucher, Basire et de La Luzerne, chanoines,
de vouloir bien accompagner Cartel et le présenter à l'évêque et lui rendre ses respects; mais ils ne le voulurent pas. Ils y envoyèrent donc seulement Pacary, leur greffier; ils furent l'un et l'autre une heure entière dans la salle du palais épiscopal sans qu'on voulût leur donna: audience) quoique plusieurs autres l'obtinssent et quoiqu'ils eussent prié le sieur Drieux, écuyer de l'évêque, et Encoignard, conseiller au présidial, son intendant, l'un après l'autre, de leur faire parler, dont ayant fait rapport au chapitre encore assemblé, le sieur Campion, archidiacre, fut prié de retourner avec Cartel et conjurer l'évêque de le recevoir et ses respects. Le prélat parut à cette fois; le sieur Cartel, le genou en terre, le pria d'agréer ses respects et ses obéissances, lui présenta sa signature en cour de Rome avec le visa de l'archevêque. Il les lut et se retira sans dire mot; de quoi ayant été fait rapport au chapitre, ce corps parut en être mal satisfait.
Etant à Paris le 18e avril 1651 , il donna de nouveau de très amples et de très honorables lettres de grands vicaires à MM. Basire et Cor bel, curé de Montpinchou. Elles contiennent entre autres choies que y depuis qu'il avait été élevé à l'épiscopat, il s'était particulièrement appliqué à choisir pour le secourir en son ministère : « vita et doctrina excellentes, virtutibus « eximios, prudentia illustres [viros] » et tels qu'étaient véritablement,1 ces deux grands hommes.
M. Àuvry passa presque toute l'année 1651 à Paris,
1 Ms. P : verbalement; ma. M : en effet.
et dans les expéditions que nous avons de lui en grande quantité, il ajoute ordinairement cette clause : « Datum Parisiis ubi nunc commoramur de rébus « episcopatus nostri » , et semblables. Voici ce que nous en remarquons. Le roi, au droit de son joyeux avènement à la couronne, présentant, le 66 janvier 1651, un nommé Alexandre Durand, clerc de Bayeux, au premier canonicat qui vaquerait, usa de ces termes : « Si vous prions et néanmoins mandons et ordonnons « qu'en ladite première place de chanoinie vacante « vous ayez à le recevoir ».Etle 20e, Charles de Montchal, archevêque de Toulouse, étant abbé de Saint- Sauveur1, résigna cette abbaye à Charles de Ruolz, du diocèse de Vienne*. M. Basire, en qualité d'official et grand vicaire, vérifia ses lettres et en mit en possession M. Gilles Denis, docteur en théologie, son procureur, le 4e jour d'octobre. Jean de Passelaigue, èvêque de Belley, était abbé de Hambie ' par la cession que lui avait faite de ce bénéfice le fameux messire Jean Camus, pour se retirer en l'hôpital des Incurables à Paris. Melchior de Polignac était alors abbé de Montebourg* ; Alexandre-Guillaume Le Jay Tétait
1 Le Gaïlia christiana, xi, 926, accuse ce personnage d'avoir dépouillé l'abbaye de Saint-Sauveur de ses manuscrits.
1 Nos mss. disent : du diocèse de Trente; mais le Gai lia, ibid., porte : Carolut II de Ruolz diœcesis Viennensis.
' Jean de Passelaigue était bien abbé de Hambie ; mais c'est au cardinal Alphonse de Richelieu, archevêque de Lyon, qu'il avait succédé. Quant au célèbre Jean Camus (et non Le Camus, comme l'appellent nos mss.), il possédait l'abbaye d'Àunay, au diocèse de Bayeux, dans laquelle il se retira après s'être démis, en 1629, de son évêché de Belley en faveur de Jean de Passelaigue, qui occupa ce siège jusqu'à sa mort 1664. Touslain de Billy a confondu l'évêché avec l'abbaye.
* Melchior de Polignac avait succédé à Juste de Serres, qui mourut le
de Cherbourg *, et François Fou que t, évêque d'Agde, de Saint-Sever1, lequel choisit pour son grand vicaire en cette abbaye le fameux Louis Abelly, docteur en théologie '. Enfin Vincent de Tulles, évêque de Lavaur \ avait l'abbaye de Blanchelande.
Je crois encore ne devoir pas oublier que, le 16* mai 1651, Claude Foucault, clerc, bachelier en théologie, étant présenté à notre évêque pour être pourvu de la première prébende de Trelly, vacante par la mort de Julien Richouey, comme y étant nommé par Claude Foucault, conseiller au parlement de Paris, en vertu de l'induit5 des chanceliers, présidents et conseillers
28 août 1641. Il fût conseiller du roi et aumônier de la reine, et mourut le 8 juillet 1699.
* Le Gallia christianœ, xi, 944, dit à tort que cet abbé était premier président du parlement de Paris. Il Ta confondu avec Nicolas Le Jay, qui exerça en effet cette haute fonction de 1630 à 1640, date de sa mort.
1 François Fouquet, évêque d'Agde, puis archevêque de Narbonne, mort en 1673, était le frère du surintendant des finances.
* Louis Abelly, qui Ait évêque de Rhodez, a composé entre autres ouvrages une Vie de saint Vincent* de-Paul, et 1* Medulla theologica, qui lui a valu d'être appelé par Boileau le moelleux Abelly.
* Nos mss. disent de Tarbes, ce qui est une erreur. Jean- Vincent do Tulles fut d'abord évêque d'Orange, après son oncle Jean de Tulles, dont il avait été le coadjuteur; il occupa ensuite l'évêché de Lavaur, de 1646 à 1668, date de sa mort. Il succéda encore à son oncle en 1640 comme abbé de Sainte-Marie -de-Longues, au diocèse de Bayeux.
B « L'induit du parlement de Paris est une grâce singulière, purement « expectative, perpétuelle, accordée par le souverain pontife Eugène IV « à la couronne de France, renouvellée, confirmée et amplifiée par les « papes Paul III et Clément IX, sur les instances et la recommandation « des rois très chrétiens Charles VII, François Ier et Louis XIV, en « faveur des chanceliers de France, des présidons, conseillers et autres « officiers du parlement de Paris, en vertu de laquelle ils ont droit une « fois pendant leur vie, ou plutôt pendant le cours de l'exercice de leurs « offices, de se présenter au roi, s'ils sont capables de bénéfices, ou de « présenter des clercs à leur place, pour être ensuite nommez par le roi « à un collateur de France, et ce une fois pendant la vie du roi, ou « pendant le temps de la prélature du collateur, à l'effet que le nommé
audit parlement, le prélat lut ses titres et dit seulement ces deux mots : « Je ne saurais répondre à a cela », ce que ledit Foucault, qui s'était fait accompagner par un notaire apostolique, ayant pris pour refus, il en envoya un procureur à Cou tances, et le jour Saint- Jean- Baptiste suivant, ce procureur voulant prendre possession, le chapitre s'y opposa, lui faisant connaître qqe la place était remplie par Pierre Richouey, auquel Tévêque l'avait conférée par la résignation dudit feu Julien et la possession prise du vivant même dudit résignant.
Les brouilleries de cour continuaient toujours et Téloignement du cardinal retenait presque absolument notre évêque à Paris. Claude Auvry était son élève, sa créature et son domestique. Il fallait abîmer les ennemis de ce cardinal, non par le fer ni par la violence, mais par la force des négociations, et c'est à ' quoi notre prélat réussissait parfaitement, sachant bien d'ailleurs qu'en faisant les affaires de son maître, il faisait les siennes propres. Le cardinal, au retour de sa première retraite1, le créa trésorier de la
« soit pourvu en vertu de la concession du S. Siège, et de la nomination « du roi, qui se fait par lettre du grand sceau, du premier bénéfice sé- « culier ou régulier de la qualité, valeur et revenu requis» venant à « vaquer par mort ou autrement, et étant à la disposition du collateur « chargé de la nomination du roi pour induit. » Dict. de Moréri, v° Induit
* Mazarin, sorti de France en mars 4651, y rentra en décembre. Le Gallia christiana, xi, 906, fixe en 1653 la date de la nomination de Claude Auvry comme trésorier de la Sainte-Chapelle, cette nomination est donc postérieure à la seconde retraite de Mazarin, qui sortit de France en août 1652, et rentra à Paris le 3 février 1653. D'ailleurs, Edouard Mole, évêque de Bayeux, trésorier de la Sainte-Chapelle avant Claude Auvry, ne mourut que le 6 avril 1652.
Sainte-Chapelle du palais de Paris1, bénéfice et qualité qu'on sait être préférables à beaucoup d'autres du premier rang ; aussi depuis en prit-il toujours le titre.
Dans les expéditions ordinaires que nous trouvons en grand nombre de ce prélat, après le daturn Parisiis, il ajoute toujours « où nous demeurons pour les « affaires de notre 'église. » Cette addition était à juste titre. Il y avait une affaire de grosse conséquence, un procès contre son chapitre, qui dura plus de six ans. M. Auvry était bon, mais il avait le cœur haut et impérieux; il voulait tout faire par lui-même et de sa propre volonté et autorité, et il exigeait de ses chanoines des soumissions que tous ne voulaient pas lui rendre. La cause de ce procès était double. M. Auvry avait vendu des bois de haute futaie dépendant de l'évêché pour 1.290 livres. Le chapitre prétendait qu'il ne le pouvait pas et qu'il était comptable de cette somme. Le 19e septembre 1650, et le 13e du mois d$ novembre de l'an suivant 1651, il s'éleva deux tempêtes si furieuses que la pointe d'une des belles tours de la cathédrale fut renversée et l'église en général si maltraitée que ses réparations en ayant été bannies en rabais par ordre de justice à 5.000 livres, le chapitre prétendait que l'évêque seul était obligé de faire faire ces réparations. L'affaire fut premièrement portée devant Jacques de Saint-Simon, lieutenant général du bailliage de Cotentin à Coutances, de là aux requêtes
C'est ainsi que Claude Auvry est devenu le prélat terrible du Lutrin de Boileau.
du palais et enfin terminées par le parlement en ces termes qui expliquent le tout si clairement que je n'ai pas cru pouvoir me servir d'autres termes. Les voici :
« Notre susdite Cour, par son jugement et arrêt, a mis et met les appellations respectivement interjetées, sentence et ce dont a été appelé , au néant sans amende, et mandant et faisant droit sur le tout, a ordonné et ordonne que ledit Auvry et ses successeurs, évêques de Cou tances, auront l'admihistration de la fabrique de l'église dudit Goutances et des revenus dépendant d'icelle, ainsi que leurs prédécesseurs, suivant la sentence arbitrale de l'année 1263. Ce faisant, sera tenu icelui Auvry faire faire toutes les réparations ordinaires lesquelles sont à présent à faire dans ladite église suivant le procès- verbal qui en sera fait par vous, notre bailli de Coutances ou votre lieutenant, entretenir à l'avenir icelle de toutes lesdites réparations et fournir les aubes, nappes et autres linges nécessaires pour le service1 de ladite église. Jouiront lesdits chanoines et chapitre des droits des chappes, réception et entrée des chanoines à ladite église, à la charge d'employer iceux en chappes, ornements et décorations de ladite église, sans qu'ils les puissent divertir à autres usages, ni les mettre en distribution. Et pour ce qui concerne les ruines et les réparations extraordinaires arrivées en ladite église par
4 Ms. P : pour la sacristie.
« accident et cas fortuit, le 19e septembre 1650 et « 13* novembre 1651, lesquelles ont été rétablies
« moyennant la somme de 5.000 livres par le bail au
« rabais qui en a été fait le 84 janvier 1652, seront
« payées par moitié par ledit Àuvry et ledit chapitre
« et chanoines, sur i celles préalablement déduite la
a somme de 1.290 livres provenant de ladite vente
a des bois de haute futaie dépendant dudit évêché,
« vendus par ledit Auvry, laquelle sera employée au
« paiement desdites réparations. Et quant à celles
« depuis survenues, si aucunes y restent jusqu'à pré-
« sent à faire, et qui arriveront à l'avenir à ladite
« église par vents, foudres, tonnerres et autres acci-
« dents et cas fortuits ou par vétusté et non faute par
« ledit Àuvry d'avoir entretenu i celle et fait les répa-
« rations ordonnées, en cas que la dépense qu'il con-
« viendra faire pour lesdites réparations extraordi-
« naires qui surviendront par un ou plusieurs desdits
« accidents et cas fortuits en une même année,
« n'excède la somme de 1.000 livres précisément par
« les estimations, de baux au rabais qui en seront
« faites de bonne foi, seront tenus lesdits Auvry et ses
« successeurs les faire seuls à leurs frais ; et où lesdites
a réparations excéderont ladite somme de 1 .000 livres,
a seront payées en communs frais, savoir moitié par
« révoque et l'autre moitié par lesdits chanoines et
« chapitre, sans que iceux pour se libérer desdites
« réparations, lorsqu'elles excéderont la somme de
« 1.000 livres, puissent prendre les baux en rabais
« d'icelles sous leurs indemnités ou autrement à ladite
a somme de 1.000 livres ou au-dessous, à peine d'en « être tenus. Défense audit Auvry et à ses succes- « senrs évêques de faire abattre aucuns bois de haute a futaie dépendant dudit évêché sans le consentement « desdits chanoines et chapitre et sans avoir, au « préalable obtenu nos lettres et icelles fait vérifier, a Et sur les débats formés par ledit Auvry contre le « compte-rendu par lesdits chanoines et chapitre et « surplus des demandes desdites parties, mis icelles « hors de cour et de procès sans dépens même des « réserves par l'arrêt de notre conseil. Si vous mante dons qu'à la requête desdits chaqpines, chantre et « chapitre de ladite église cathédrale deGoutances, le « présent arrêt vous mettiez à due et entière exécute tion; de ce faire vous donnons pouvoir et au pre- « mier notre huissier. Donné à Paris, en notre Cour, « le 34 mars 1657, et de notre règne le quatorzième. « Par la Chambre. Signé : du Tillet. »
L'évêque et le chapitre n'en demeurèrent pas là et ne voulurent pas faire les réparations de bonne intelligence. Nouveau procès au Parlement. La difficulté consistait à distinguer les réparations ordinaires et extraordinaires. Le juge de Coutances en avait rendu son procès-verbal, mais on le croyait insuffisant et on n'y voulait pas acquiescer. Il prétendait que les réparations excédant la somme de 1.000 livres, le chapitre devait y contribuer et demandait même qu'un conseiller commissaire descendit sur les lieux et distinguât les réparations ordinaires, à quoi il était obligé, des réparations extraordinaires. 11 y eut di-
DU piocàsE np couTAwro. 283
verses procédures, écrits et sal vations ' après lesquelles fut prononcé que « la Cour faisant droit sur le tout a « ordonné et ordonne que les réparations contenues « audit procès-verbal du 20e août 1657, seront faites a et réparées par ledit Àuvry, éyêque de Coutances, « et lesdits chantre et chanoines et chapitre, savoir « pour les vitres et couverture de ladite église et ce 0 qui concerne l'ardoise, clous, lattes, plomb et peines « d'ouvriers, les deux tiers par ledit Auvry et l'autre « tiers par lesdits du chapitre ; et pour les réparations a d'architecture, charpenterie, menuiserie, pavé et « maçonnerie, ledit Àuvry et le chapitre les feront « faire à frais communs et y contribueront chacun par a moitié; et si, après toutes lesdites réparations con- « tenues audit procès-verbal, il en restait encore « quelques-unes, elles seront incessamment faites suite vant le présent arrêt, et sera procès-verbal fait tous « les ans de l'état des lieux et édifices de ladite église « pour la conservation et entretien d'icelle et suivant « icelui seront toutes réparations incessamment faites « tant ordinaires qu'extraordinaires qui arriveront par « vents, foudres, tonnerres et autres accidents et « cas fortuits ou par vétusté, suivant l'arrêt du « 34 mars 1657, qui sera exécuté selon sa forme et « teneur sans dépens entre les parties. Prononcé le a 16* avril 1658. »
Ce procès et quelques autres mépris qu'il reçut de
4 « Terme de palais, qui se dit des dernières écritures qu'on fournit dans un procès pour répondre aux contredits et objections de la partie adverse, et défendre les pièces qu'on a produites, et les inductions qu'on en a tirées. » Dict. de Trévoux, édit. de 1704.
284 HISTOIRE EGCLÉSIASTIQUB
son chapitre, furent suivis d'ennuis et enfin de la résolution qu'il prit de quitter absolument son évêché. H le fit enfin cette même année 1658, au mois de septembre, en faveur de l'abbé de Lesseville par la permutation de quelques autres bénéfices, comme nous dirons bientôt, permutation néanmoins qui ne finit pas si tôt ses chagrins ni les persécutions du chapitre. Elle ne fut pas sitôt connue à Coutances que les chanoines assemblés, moins par droit que par dépit, déclarèrent ! MM. Basire et Godard, ses grands vicaires, et de La
Luzerne, son promoteur général, déchus de leur au- ! . torité et nommèrent d'autres officiers, comme si, dès
| lors et sans attendre l'admission de son successeur
| et la permutation en cour de Rome, le siège avait été
: vacant, quoique peu de jours auparavant, c'est-à-dire
dès le 2' octobre, on leur eût fait signifier l'arrêt du ' conseil du 26* avril 1657, par lequel, suivant la
remontrance de la dernière assemblée du clergé, défenses sont faites aux chapitres de troubler les évêques en leurs fonctions et juridictions ordinaires, sous prétexte qu'ils auraient donné résignation ou procuration pour résigner. Leur nomination fut cassée : par sentence du bailliage de Coutances et il y en eut
appel au parlement, mais le procès finit par l'admission dudit sieur de Lesseville en cour de Rome, le ( 19e février de l'an 1659.
M. Auvry avait encore une espèce différente de chagrin de la part de M. l'archevêque de Rouen. Le 18e du mois de septembre 1655, cet archevêque, M* François de Harlay, par sentence donnée sur le
réquisitoire de son promoteur général, déclara que M. Claude Auvry avait encouru la suspense et l'irrégularité et était conséquemment inhabile à assister à l'assemblée provinciale qui était prête de se tenir à Gaillon, et ce, pour avoir fait les fonctions épiscopal es et conféré les ordres sacrés dans le diocèse d'autrui sans la permission de l'ordinaire. Voici le fait : Jean- François-Paul de Gondi \ premièrement coadjuteur, et, après la mort de son oncle, archevêque de Paris, s'était tellement intrigué dans les brouilleries de la cour qu'il en avait à la vérité obtenu le chapeau de cardinal, mais aussi, quelque temps après, il eut le château de Nantes pour prison; d'où, ayant trouvé le moyen de s'évader, il s'était retiré à Rome. Nous avons remarqué plusieurs fois que notre M. Auvry était créature du cardinal Mazarin. Celui-ci, qui n'aimait pas le cardinal de Retz, avait engagé notre évêque de faire les ordres à Paris. Les amis de l'exilé le trouvèrent mauvais, et M. de Rouen surtout, en trouvant cette occasion, s'en servit pour mortifier M. Auvry par cette sentence qui lui fut signifiée à
1 Paul de Gondi, plus connu sous le nom de cardinal de Retz, naquit en 1614. H devint, en 1643, coadjuteur de son oncle Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, et fut nommé archevêque in partions de Corinthe, On connaît le rôle important qu'il a joué dans la Fronde et sur lequel il s'est complaisamment étendu dans ses importants mémoires. Nommé, en 1652, cardinal malgré l'opposition de Mazarin, il fut arrêté la même année, 19 décembre, et enfermé à Vincennes. 11 y subit une captivité de quatorze mois. Archevêque de Paris, le 21 mars 1654, par la mort de son oncle, il obtint d'être transféré, au mois d'avril de la même année, de Vincennes au château de Nantes, à la condition qu'il donnerait sa démission d'archevêque. II réussit à s'évader de Nantes, le 8 août 1654, et se retira à Rome. Il revint plus tard en France et mourut le S4 août 1679.
286 HISTOIRE ECCLÉSIÀ8TIQUB
Louviers où il était à dessein de se rendre à Graillon le 20* septembre 1655, par un nommé Le Roux, prêtre , curé de Vesly , avec déclaration expresse qu'il avait encouru ladite suspense et irrégularité portée par les décrets pour les raisons que nous venons de dire.
Cette sentence au reste fut sans effet. Le conseil du roi et la cour de Rome approuvèrent ce que notre évêque avait fait et les personnes ordonnées par M. Auvry, que cette terrible sentence avait fait trembler, furent entièrement rassurées par le jugement du pape. L'archevêque se plaignait dans cette sentence que notre évêque n'avait pas rendu ses respects ni fait le serment ordinaire à l'église de Rouen. Il est pourtant vrai qu'il l'avait fait trois jours avant la sentence, qui était le 17e jour dudit mois et ah, au rapport même de l'auteur de Y Histoire de F église de Rouen. La cérémonie s'en était faite avec tant de solennité que la messe y avait été chantée double par M. le chantre, avec Gloria et Credo, quoique ce fût un jour de jeûne. Cette sentence ne fut pas non plus un obstacle à notre prélat qui l'empêchât de faire ses fonctions ordinaires ni d'assister à l'assemblée générale du clergé de 1656, et, ce qui est de plus désigné dans le contrat passé entre Sa Majesté et le clergé1, le 19° mai 1657, il est porté en termes exprès que les seigneurs évêques de
* Mémoires du Clergé de France, t. IV, p. 703-714 ; Contract passé le dix-neufviesme Mai 1657, entre le Roy et le Clergé de France assemblé à Paris, pour le Don gratuit de deux initiions sept cents mille livres accordé à sa Majesté par le Clergé pour les nécessitez de VEstat causées par la continuation de la guerre.
Séez1 et de Goutances avec quelques autres sont nommés députés par les ecclésiastiques de la province de Rouen, par acte du 22* septembre 1653', c'est-àdire deux jours après la signification de cette sentence, et deux jours avant l'ordonnance de la faire enregistrer, publier et imprimer.
En ce temps dont nous parlons, les troubles de l'Etat étaient finis, et, sitôt que notre roi eut paru comme un nouveau soleil par son sacre9 auquel notre évêque eut l'honneur d'assister, toutes les ténèbres et les brouillards du royaume furent dissipés. Il n'y eut plus de difficultés, et il fallut plus de temps à dissiper les brouillards 4 qui s'étaient élevés entre les théologiens qui troublaient la beauté de l'église gallicane. On entend assez que je veux parler de l'affaire des cinq propositions. Notre évêque y eut trop de part pour la passer tout à fait sous silence.
Un docteur de Louvain, nommé Cornélius Jansénius, qui fut pour un peu de temps évêque dTpres8, composa un traité de la grâce, auquel il donna le titre d'Augustinus, et par lequel il prétendait réfuter la doctrine de Luther, des pélagiens et semi-pélagiens
» François-Rouxel de Médavy, né le 8 août 4604, fut élevé à l'évêché de Séez en 1651; il fut transféré à l'évêché de Langres en 1670, et devint bientôt après, 1671, archevêque do Rouen, en remplacement de François II de Harlay, promu à l'archevêché de Paris. Il posséda en Normandie les abbayes de Cormeilles, au diocèse de Lisieux, 1617, et de Saint- André-en-Gouffern, au diocèse de Séez. 11 mourut le 29 janvier 1691.
• Mémoires du Clergé de France, t. IV, p. 703.
* Louis XIV fut sacré à Reims le 7 juin 1654.
* Ma. P : brouilkries; de même deux lignes plus bas;
• Il fut nommé évêque dTpres en 16& et mourut le 6 mai 1638.
et établir uniquement celle de saint Augustin, du concile d'Orange * et de saint Prosper1. Il mourut avant de pouvoir faire imprimer son livre; ses amis en eurent soin8, mais il ne parut pas plus tôt que ses ennemis ne fissent tous leurs efforts pour l'étouffer dès le berceau, comme contenant quantité d'erreurs. Ses amis répondaient que ces erreurs étaient imaginées et que ce livre était odieux parce qu'il détournait4 et réfutait en même temps les erreurs de certains théologiens, lesquels faisaient revivre en nos jours la doctrine des prêtres de Marseille 5. Il se fit dès lors deux partis : on nomma les défenseurs de Jansénius, Jansénistes, et ses adversaires Molinistes, du nom d'un jésuite Molina ' qu'on disait avoir renouvelé le semi-pélagianisme. Un docteur de Paris, grand-maître du collège de Navarre7, publia cinq propositions qu'il disait avoir extraites du livre de Jansénius; c'est ce qui fit le discord. Les défenseurs de Tévêque d'Ypres soutenaient que la doctrine contenue en ces propositions n'était pas celle de Jansénius ni de son livre. Ses ennemis, au contraire, le préten-
* Le deuxième concile d'Orange tenu en 529.
* Saint Prosper d'Aquitaine dérendit contre les semi-pélagiens la doctrine de saint Augustin, et composa contre les ingrats (les nonpartisans de la grâce), un poème latin traduit en vers français par Lemaistre de Sacy en 1646.
3 VAugustinus parut à Louvain en 4640.
* Il semble qu'il faudrait lire découvrait,
* Le semi-pélagianisme.
* Le jésuite espagnol Molina, né en 1535, mort en 1601, essaya de concilier la grâce et le libre arbitre, dans un traité qui fît naître beaucoup de controverses : De liberi arbitrii cum gratin donis concordia, 1588.
' Nicolas Cornet, dont Bossuet a prononcé, en 1663, l'oraison funèbre.
datent et donnèrent ainsi le change à leurs adversaires qui, au lieu de poursuivre leur route contre les semi-pélagiens, s'amusèrent à soutenir ou le droit ou le fait de ces propositions en disant ou qu'elles n'étaient pas condamnables dans le sens de Jansénius, ou qu'elles n'étaient pas dans son livre.
Les évêques et les docteurs se trouvèrent partagés. On en consulta le pape, et cet oracle qu'on a écouté dès les premiers siècles de l'Eglise s'étant fait entendre, on reçut sa bulle en France, datée du dernier jour de mai 1653, et les prélats qui étaient à Paris et à la cour s'étant assemblés, elle fut reçue avec toutes sortes de respects et de déférences.
M. Auvry, notre évoque, était de ce nombre. On en écrivit à Sa Sainteté et autres prélats du royaume pour rendre compte au premier de la réception de sa bulle et pour instruire les autres de ce qui s'était passé à cette réception et de ce qu'il était à propos qu'ils fissent. Notre prélat fut un des neuf commissaires députés par l'assemblée pour la lecture et l'approbation de ces deux fameuses épltres, ce qu'il fit le 15* juillet audit an 1653. L'an suivant, le cardinal asssembla derechef les prélats au sujet de quelques difficultés nées à l'occasion de la bulle. M. Auvry fut de cette assemblée. On examina ces difficultés et tout se passa au désavantage des défenseurs de Jansénius. Le résultat fut que les cinq propositions étaient condamnées comme étant de Jansénius et au sens de cetévêque. Il fut encore résolu que le pape et les évêques seraient informés de ce jugement. M., de Toulouse écrivit la lettre au pape et
M. de Chartres celle aux évêques. Elles furent souscrites des prélats de l'assemblée le 28* mars, entre lesquels nous y voyons le nom de notre évèque, M. Auvry, comme l'un des plus zélés. Le 29e novembre 1654, le pape fit expédier un bref en réponse à cette épltre du clergé de France; il fut adressé aux prélats de l'assemblée prochaine. Ce fut en 1656. Notre prélat y assista et souscrivit à toutes les résolutions qui furent prises contre les sentiments de Jansénius ou plutôt contre ses défenseurs et pour la condamnation d'un million d'écrits qui se publiaient tous les jours pour sa défense et pour faire voir que la doctrine des propositions condamnées n'était pas celle que l'évêque d'Ypres enseignait en son livre intitulé : Augustinus.
Ces occupations étrangères n'empêchaient point Claude Auvry d'avoir incessamment l'œil ouvert et vaquer sur son troupeau. Nous avons dans les registres des expéditions ordinaires de l'évèché et dans ceux des insinuations, des preuves littérales de cette vigilance : qu'il venait de temps en temps à Coutances pour y faire les ordinations, et que ses grands vicaires, que nous avons nommés et qui étaient personnes de mérite et de distinction, faisaient les autres fonctions en son diocèse, lorsqu'il en était absent. Nous ne nous y arrêtons pas ; mais nous sommes en obligation de remarquer qu'il a procuré trois grands avantages à tout le diocèse, à ses successeurs et à la ville de Coutances : premièrement, par l'érection de deux séminaires; secondement, par l'augmentation qu'il a faite du revenu de son évêché; troisièmement enfin, par
l'affranchissement des tailles et la modération qu'il a procurée à la ville épiscopale.
Ces deux séminaires sont : l'un à Coutances i et l'autre à Valognes \ Nous avons rapporté dans l'histoire de ces villes ce que nous savons de chacun d'eux, il n'est pas nécessaire de le rapporter ici; mais je ne dois pas oublier ce que je crois déjà avoir touché ailleurs. Le revenu de l'évèché avait déjà grandement diminué par le mauvais ménage d'Arthur de Cossé, et particulièrement par l'aliénation de sa baronnie de Saint-Lô. Son cœur généreux ne put le souffrir davantage; il s'en plaignit et il trouva M. de Matignon disposé à lui faire justice. Ainsi, par acte passé devant les tabellions, on lui donna pour supplément les sei-
4 Les séminaires de Coutances et de Valognes ont été fondés par le père Jean Eudes, frère de l'historien Mézeray, originaire d'Argentan. Le père Eudes fut d'abord oratorien et dirigea pendant longtemps, à titre de supérieur, la maison que Tordre possédait à Caen. L'amour de l'indépendance, dit Toustain de Billy dans ses Mémoires sur le Cotentin (p. 06 du ms. de la Bibl. de Rouen, f. Martainville, T 44), le porta à établir un ordre nouveau. Il institua un premier séminaire à Gaen, avec la permission de l'évêque de Bayeux, Jacques d'Angennes. Claude Auvry l'autorisa, par acte du 8 décembre 1650, à en fonder un autre à Coutances. Le 23 janvier suivant, le lieutenant général du bailli de Cotentin, le maire et les échevins de Coutances, accordèrent permission au père Eudes et à ses associés d'établir leur congrégation en cette ville, et le 22 avril 1651, le vicaire général, Abraham Basire, les mit en possession de la place du séminaire et bénit leur chapelle, érigée en l'honneur du cœur de la Vierge.
• a A l'égard du séminaire de Valognes, on peut dire avec vérité que « c'était le plus bel ornement non seulement de cette ville, mais de c toute la basse province, moins par la beauté des bâtiments et de c ses jardins, sa riche bibliothèque et autres choses semblables, que « par les grands biens que l'on y faisait et les avantages publics qui en « provenaient. Ces avantages ont seulement duré 18 ou 20 ans, après « quoi les fonctions du séminaire ayant été interdites et les ecclésiastiques « qui y étaient, renvoyés chez eux, ce beau lieu est demeuré désert et « seulement habité par le fondateur jusqu'au mois de septembre 1699, « qu'il mourut. » Mémoires sur le Cotentin, p. 204.
gueuries de Bon fossé, Cotan ville et de Tournières f , dont ses successeurs ont toujours depuis joui et jouissent encore aujourd'hui paisiblement.
M. Duprey, panégyriste de M. Auvry, parlant du grand malheur dont la ville de Coutances était accablée par la sujétion de la taille dont ce prélat les affranchit par son crédit : « Et ce qui était, dit-il, de « plus dur que tous les maux, chaque citoyen était « ennemi de son concitoyen. Tout était rempli de divi- « sions dans les familles, de haine, de vengeance, de « cruauté par la rigueur de ceux qui devaient porter « à l'épargne les deniers publics. Cette dureté était « excessive et accablante à cette pauvre ville, puisque « ses persécuteurs étaient ses propres citoyens. Ses « prisons étaient remplies de ses habitants qui, « tour à tour, après avoir perdu leurs biens, ache- « vaieiit de perdre la liberté dans la pauvreté. » Et, poursuivant son discours qu'il adresse à ses concitoyens : « Quel bien, ajoute-t-il, n'a-t-il pas fait à « votre ville, messieurs, et quelle grâce avez-vous de- « mandée que vous n'ayez obtenue ou de sa bonté ou « de son crédit. Votre ville était en esclavage sous la « domination de ceux qui n'avaient en vue que leur « intérêt particulier; il la rendit libre. Votre ville « était dans une assiette semblable à celle qui fait
* « Ce sont trois fermes ou trois terres comprises dans les paroisses de Saint-Sauveur-de-Bonfossé et de Saint-Evremond-de- Bon fossé. Elles appartenaient autrefois à la baronnie de Saint-LÔ, et se trouvaient à peu de distance du château de la Motte, construit par Geoffroi de Montbrai et restauré par Geoffroi Herbert. En somme, le seigneur de Matignon rendait à Claude Auvry une partie des terres de la baronnie de Saint-Lo, vendue par Arthur de Cossé. » (Note communiquée par l'évéché de Coutances.)
« gémir nos campagnes et il Ta anoblie. Votre ville « était dans le trouble et la division, et il y a établi « la paix et le repos, y ajoutant les nobles privilèges « dont vous jouissez, lorsqu'il trouva ce juste tem- « pérament de rendre au prince tout ce qu'il deman- « dait et d'ôter aux particuliers les occasions de « vengeance, de haine et de rapine, et d'empêcher « d'enfermer tant d'honnêtes citoyens qui n'avaient « d'autres crimes que de ne pouvoir suppléer à ce que « les pauvres ne pouvaient payer, »
Il travailla fortement pour cet amoindrissement de la taille de la ville de Coutances dès l'an 1658. Néanmoins, le dernier arrêt pour ce sujet, je veux dire pour le tarif1 au lieu de la taille, est daté du 21e juillet 1662, auquel temps il n'était plus notre évêque, et les bourgeois de cette ville lui en sont d'autant plus obligés que, rompant le lien spirituel qu'il y avait entre lui et eux, par la renonciation à l'évêché, il n'avait pas rompu le nœud de l'amitié qu'il avait pour eux, et n'a pas cessé de leur procurer la satisfaction qu'ils désiraient le plus.
C'est ce que nous pouvons dire de l'épiscopat de M. Auvry. Il a vécu longtemps après l'avoir quitté, mais le surplus de sa vie ne nous regarde plus. J'ajouterai seulement ici quelques époques de son pontificat que peut-être je ne dois pas oublier; car, le 28e décembre 1651, il assista dans l'église
« 4. C'est un droit que. les habitans ont imposé sur eux-mêmes pour tenir lieu de taille, sur les marchandises qui se débitent dans leur ville, dont ils ont fait une taxe et un tarif. » Diet. de Trévoux^ édit. de 1704, v« Tarif.
£94 HISTOIRE jECCLÉSUSTJQUB
des Chartreux, .avec Edouard Mole1, évêque de Bayeux, Nicolas, des comtes de Balneo1, nonce du pape Innocent X, au sacre de feu François de Elarlay de Champvallon, pourvu de l'archevêché de Rouen sur la démission de son oncle du même nom'; 2e le 10e du même mois et an, il avait rendu le même office dans l'église des religieux de saint Thomas, proche la porte de Richelieu à Paris, à feu messire Gabriel de Boislève* pourvu de Tévêché d'Avranches, avec Robert Cupif, évêque de Dol5, et Jean d'Estrades, évêque de Condora 6; 3° il rendit encore le même service à M. de Lesse ville, son successeur, en l'église des pères jésuites, en la rue Saint- Antoine, au carême de 1659. Il a été plus de quarante ans grand vicaire des cardinaux Barberin et de Bouillon7, en leurs qualités de
1 Fils de Mathieu Mole, premier président du parlement de Paris, et de Renée Nicolaî. Il fut nommé évêque de Bayeux le 22 mai 1647, trésorier de la Sainte-Chapelle en 1649, et mourut le 6 avril 1632, à Fàge de 43 ans.
* Gallia christiana, XI, 111 : « Tandem V calendas Januarii sequentis, in Cartusia Parisiensi consecratus est (Francisais de Harlay) a Nicolao e comitibus Balnei, sedis apostolica apud regem nuncio, assistentibus Constantiensi et Bajocensi episcopis, suffraganeis suis. »
* François Ier de Harlay fut élu archevêque de Rouen en 1615, après la mort du cardinal de Joyeuse, dont il avait été le coadjuteur. 11 se démit en 1641, en faveur de son neveu, François II de Harlay, qui, en 1671, quitta l'archevêché de Rouen pour celui de Paris. François II de Harlay mourut le 6 août 1695. L'abbé Le Gendre a composé son éloge cette même année et publié en 1720 l'histoire de sa vie.
* Gabriel de Boislève Ait évêque d'Avranches de 1651 à 1657.
* Robert Cupif, qu'on a vu "plus haut disputer l'évêché de Léon à René de Rieux, avait été transféré à Dol en 1648.
* Jean d'Estrades n'était plus évêque de Gondom en 1651, d'après Le Gallia christiana, II, 971-972. Promu à cet évêché en 1647, il avait abdiqué en 1649, pour se retirer dans l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes, dont il était abbé; il y mourut en 1685. Le maréchal d'Estrades était son frère.
v Emmanuel-Théodore de La Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon,
grands aumôniers de France. Enfin, il mourut à Paris le [9 juillet 1687], figé [de plus de 80 ans1], et fut inhumé dans la chapelle basse de la Sainte-Chapelle. MM. du chapitre de Cou ta ne es, ayant appris sa mort, firent en la cathédrale un service solennel pour lui, auquel M. de Brienne, notre évêque, officia, et son éloge fut prononcé par feu M. Blanger, chantre, grand vicaire et officiai, et les officiers et bourgeois de cette même ville, en témoignage et mémoire des bienfaits qu'ils avaient reçus de lui, firent un second service dans l'église des Jacobins, où M. Duprey, prêtre de cette ville, fit cette belle oraison funèbre que feu M. du Yaudôme a bien voulu insérer dans ses mémoires, et dont nous avons inséré ici quelque chose. Enfin, je remarquerai que l'abbaye ou prieuré de Saint-Michel-du-Bosq, dont nous avons déjà parlé, qui est l'unique couvent de filles qui fût en ce diocèse avant l'épiscopat de M. de Matignon, commença de se rétablir en ce temps-ci ; les guerres et l'injure des temps l'avaient rendue déserte. Par traité passé le 24* octobre 1626, entre Henri d'Orléans, marquis de Rothelin, seigneur et châtelain de Varenguebec ', et, en cette dernière qualité, fondateur de ce monastère, d'une part, et dame Elisabeth de Bouille s, abbesse
grand aumônier de France, a possédé entre autres abbayes celle de Saint- Ouen de Rouen, de 1667 à 1715.
* Gallia chrislxana, XT, 907 : « octogenario major. »
* Ce personnage qui fut gouverneur de Reims et mourut en 1651, avait épousé Catherine-Henriette de Loménie-firienne, tante de François de Loménie, qui fût évêque de Coutances.
» Elisabeth de Bouille, fille de René de Bouille, comte de Créances, et de Renée de Bois-Dauphin, fut prieure de Sainte-Marie de Moutons de 1605 à 1637. Gallia christiana, XI, 534.
296 HISTOIBE ECCLÉSIASTIQUE
de Moutons, d'autre, ledit monastère ou prieuré de Saint-Michel fut uni à l'abbaye de Moutons ' au diocèse d'Avranches, sans aucune autre obligation que d'y entretenir un prêtre qui dirait la messe trois fois la semaine, tant audit lieu de Saint-Michel qu'au prieuré du Parc. Mais, comme il était stipulé dans ce traité qu'en cas que le revenu de ce monastère se trouvât augmenté ou par la libéralité des seigneurs de Varenguebec ou autrement, la réunion pourrait cesser, il arriva qu'en l'an 1640 ou 1641, sœur Marthe de La Rocque, religieuse de Moutons, qui était titulaire de Saint-Michel- du-Bosq, s'y retira à raison de quelques brouilleries qu'il y avait à Moutons avec sœur Renée d'Arelais de Mon tan ci s, obtint sentence de l'official de Rouen en sa faveur contre l'opposition de l'abbesse de Moutons, et ayant, sur la fin de l'année 1 652, résigné en cour de Rome Saint-Michel-du-Bosq à sœur Jacqueline d'Arelais, sœur de ladite Renée, religieuse de Villiers-le- Bocage, M. Basire, notre grand vicaire, l'en pourvut par forme de visa, et cette communauté s'y est depuis maintenue et augmentée à l'honneur de ce diocèse et à l'édification de tout le peuple.
M. Âuvry portait un écu d'azur à la fasce d'or, chargée d'une tête de lion de sable, accompagnée dé trois roses d'argent, deux en chef et une en pointe.
* Le prieuré de Sainte-Marie de Moutons, fondé à peu de distance de Mortain par Henri I", roi d'Angleterre, a été transféré à Avranches par l'évêque Daniel Huet en 1693 et uni à un autre couvent de filles établi dans cette ville en 1635, sous le patronage de Sainte-Anne. Gallia christiana, XI, 533.