‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 14 sur 30 · DE GILLES DES CHAMPS · texte numérisé non relu

DE GILLES DES CHAMPS

Ce prélat est le premier des évèques de Coutances élevé à la dignité de cardinal ; aussi fut-il en son temps un des plus illustres du royaume pour avoir excellemment travaillé à l'extinction du cruel schisme dont l'Eglise était alors divisée.

Cette dignité et cet emploi ont fait que sa vie a été écrite par divers auteurs, et feront que nous ne rapporterons presque rien ici, que nous n'ayons appris de Frizon *, d'Aubery *, du Prévost % de MM. de Sainte- Marthe, et des autres qui ont écrit de ce temps-là, nos mémoires étant en défaut à son égard, parce que Gilles des Champs n'a été pour ainsi dire évèque de Coutances que de la main, je veux dire pour recevoir le revenu de l'évèché et non pas pour y faire les fonctions d'évèque. Il était de Rouen, fils de Robert des Champs, seigneur de Tourville, maître et premier capitaine de

* Gailia purpurata, Parisiis, 1638.

* Histoire générale des cardinaux, 1643.

* ArmaUum S, Rotomagensis Bcclesie Epitame, efc., ab anno ChrisH C usque ad annum MDCXXXIl opéra et studio Joannis Prevotii^ Rotomagasi Canonici et Biàtiothecarii. ~ Bibliothôqae nationale, fonds latin, 6194.

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Rouen, et de Thomasse de Mandestour à qui Frizon donne pour armes un écu de gueules à trois fasces d'argent accompagnées de trois aigles couronnés d'or. Ce Robert des Champs, au rapport de M. Le Prévost, mourut en 1388 et fut inhumé dans l'église de Saint-Maclou de Rouen en la chapelle de la Trinité. On dit qu'il y en a encore de cette famille descendus de Robert des Champs, frère de notre évêque. Il y en a en effet de ce nom, mais je ne les crois pas de cette maison; ils ne portent pas les mêmes armes.

Quoi qu'il en soit, nous apprenons des mémoires de M. Le Prévost, que notre Gilles des Champs fut reçu chanoine en l'église cathédrale de Rouen, le 3 juin 1380. Il dit en parlant du seigneur de Tourville : « Duos habuit liberos , Robertum et hune iEgidium « episcopum, theologum et confessarium régis , qui « receptus est ad praebendam ecclesisB Rhotomagensis, (c quam obtinuerat Peti-us Chaumilly, anno 1380, a octavo junii. »

Il fit ses études à Paris et devint un des plus. signalés docteurs et professeurs en théologie de cette fameuse université. L'an 1380, il fut fait proviseur du collège de Navarre et eut cette charge jusqu'en 1404, qu'il fut choisi par le roi Charles YI pour être un de ses aumôniers, et son confesseur. Un auteur semble révoquer en doute cette qualité de grand aumônier de France ; voici ce qu'il en dit : « iEgidius des Champs, a cardinalis, theologus Parisiensis, Caroli sexti Francoce rum régis a confessionibus, magnum Navarraei coUegi a moderatorem et principem, Franciae eleemosina^

« rium voluerunt extitisse nonnulli, sed quo autore <( ipsi videant. »

L'auteur de X Histoire des cardirumx^ partie 2% page 721, parlant de lui, dit qu'il pannnt par ses mérites à la charge de grand-maître du collège de Navarre, et l'exerça jusqu'à l'an 1 404 ou environ, ce qui serait plus que suffisant quand même nous n'aurions aucun autre témoignage de sa doctrine, pour prouver qu'il a été un des plus célèbres théologiens de son temps et une des principales lumières de l'université de Paris.

Au reste, on ne peut révoquer en doute sa qualité d'aumônier du roi\ Nous en avons une preuve incontestable, puisque nous trouvons qu 'au retour du concile de Pise dont nous allons parler, Gilles des Champs corrigea certains règlements que M'"" Hugue Blanchet, trésorier de la sainte chapelle et aumônier du roi, avait faits en 45 articles pour l'administration de l'hôpital du roi en la ville de Rouen, où est maintenant la maison des pères de l'oratoire de cette ville, ce droit n'appartenant qu'à la charge de grand aumônier.

Quoique le schisme ait été le théâtre où notre Gilles des Champs ait le plus paru, l'histoire en est trop commune pour en dire ici plus que la nécessité ne le requiert. Je dirai donc seulement que, suivant les résolutions du conseil et de l'université de Paris, le roi, en 1395, ayant envoyé à Pierre de la Lune, autrement Benoit XIIT , qui siégeait en Avignon, la plus célèbre ambassade qui peut-être ait jamais' été au monde, son

* liais fot-il fiOD confesseur? V. Laanoy, Histoire du cotUge de Navarre.

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frère et ses deux oacles étant du nombre des ambassadeurs, notre Gilles des. Champs porta la parole, et prenant pour texte ces paroles de Zacharie dans saint Luc : Illuminare his^ qui in tenebris, et in umbra mortis sedent^ ad diriff endos pedes nostros in viampacis^ il prouva très-éloquemment et fortement l'obligation qu'avait ce prétendu pape de fuir ce schisme et rendre la paix à l'Église par Tun des moyens qu'il lui proposait de la part du roi, du conseil et de toute la France ^

IP harangua une seconde fois sur le même sujet inutilement, et Benott, qui avait goûté le plaisir de l'autorité, n'était pas d'humeur de quitter ainsi la partie. Il éluda donc adroitement toutes les raisons qu'on put lui alléguer et envoya nos ambassadeurs sans rien faire. On connut manifestement qu'il y avait collusion entre ces deux prétendus papes, Boniface qui était à Rome et Benoist qui était en Avignon, et [que,] quoique extérieurement ils se condamnassent et s'excommuniassent l'un l'autre, ils s'entendaient néanmoins à se conserver ce qu'ils avaient de crédit et d'autorité, sans beaucoup se soucier de terminer cette division, rejetant absolument tous les moyens qu'on leur proposait pour cela.

C'est ce qui obligea encore le roi d'en donner avis à Wenceslas, roi de Bohème et empereur d'Allemagne, afin que, se joignant à lui , ils travaillassent de concert à cette grande affaire ; le conseil regarda notre Gilles des Champs comme la personne la plus propre à cette négociation. Il fut donc envoyé en qualité d'ainbassa-

* Chronique de Saint-Denys, II, 254.

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