‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 15 sur 30 · IM · texte numérisé non relu

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deur extraordinaire vers ce prince et réussit si bien, qu'il engagea cet empereur de venir trouver le roi à Reims, malgré les intrigues et les oppositions de Boniface , qui craignait les suites de cette entrevue. Il y fut résolu d'envoyer encore une fois le fameux Pierre d'Ailly, évèque de Gambray, à Rome et en Avignon savoir leur dernière résolution sur cette affaire du schisme , et leur protester, de la part des deux monarques, qu'en cas de refus d'accepter l'un ou l'autre des moyens qu'on avait proposés pour l'union de l'Eglise, et à l'acception desquels ils s'étaient obligés par serment , et , en cas de plus longue persévérance en leur obstination, non-seulement on se soustrairait de leur obéissance , [mais] on les contraindrait par la force à faire cette session de la papauté qu'on leur demandait. Soins inutiles.

Cependant l'évêché de Senlis vaqua. Le roi jugea que cette place ne pourrait être occupée mieux que de son aumônier, Gilles des Champs : il la lui procura. Il ne fut point sacré néanmoins, d'autant que Guillaume de Crèvecœur étant mort peu après, il fut choisi pour lui succéder, et sacré le 27 septembre 1408. Mais à peine eut-il le temps de penser à nous; les affaires de l'Eglise universelle l'emportèrent sur celles de son église particulière; il fallut travailler pour l'une au préjudice de l'autre. Voici comment :

Boniface étant mort en 1404, les cardinaux de sa communion lui donnèrent pour successeur un nommé Cosme Meliorati, qui se fit nommer Innocent VU. Ils lui firent promettre par serment de travailler de

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tout son pouvoir à l'extinction du schisme, et même par la voie de session, si on le jugeait à propos. Etant sacré, il se dispensa de son serment, comme avaient fait les autres. Ëtant mort au bout de deux ans, Ange Conrario, son successeur, sous le nom de Grégoire XII, viola de même son serment d'une manière si éclatante, que les cardinaux de son parti firent dessein de l'abandonner, ce que firent aussi un assez bon nombre de ceux qui suivaient le parti de Benoît.

Ce que je dis fit naître le concile de Pise. Ces cardinaux assemblés à Livourne, suivant l'avis du roi et de l'université de Paris , l'indiquèrent pour être commencé en cette ville de Pise, le 25* mars 1409. Il se tint et se fit en cette célèbre assemblée , où notre évoque Gilles des Champs parut avec plus d'éclat. Il y assista sous deux titres : premièrement en qualité d'ambassadeur du roi trèsK^hrétien , et en second lieu en qualité d'évèque de Coutances. Aussi le trouvons-nous souscrit sous ces deux titres aux actes de ce concile, donné au public par le père dom Luc d'Achery *, au premier rang, avec Simon, patriarche d'Alexandrie, administrateur perpétuel de Carcassonne, Pierre, évêque de Meaux et quelques autres ; à l'autre rang, avec les évoques d'Evreux et Lisieux, de cette province, et avec les procureurs de Jean, abbé de Saint-Lo, Guillaume, abbé de Hambie , Michel , abbé de SaintrSauveur-le- Vicomte, Etienne, abbé de Montebourg, et Jean, abbé de Lessay, de son diocèse.

• SpicUegium, VI, 345, 353.

Je rapporterai seulement ce que saint Antonin dit de ce concile, d'où Ton pourra connaître que, bien loin de donner la paix à l'Eglise, il en augmenta le trouble. « Tout le monde , diiril , étant arrivé pour la (I célébration du concile de Pise, on compta à la pre- « mière assemblée quantité de prélats venus de divers « royaumes et nations, et y parla-t-on bien au long du « scandale que causaient ces deux pontifes, entre « lesquels on voyait beaucoup de collusion et qu'ils « ne voulaient point du tout entendre à l'union de « TEglise, comme ils l'avaient promis. Il fut résolu (c qu'on leur enverrait des ambassadeurs pour les « exhorter à venir. Benoît s'en moqua et dit que le « différend était personnel du droit à la papauté entre a Grégoire et lui, ce qui ne regardait en rien ces évè- K ques, lesquels n'étaient pas leurs juges. Grégoire « répondit que ce n'^it pas à ces cardinaux à convoa quer le concile, mais à lui seul, en qualité de pontife « romain ; qu'il voulait bien en convoquer et en tenir « un, non pas à Pise, mais à Forli; que c'était aux (c cardinaux à le suivre et non à lui de suivre les cardi- « naux , n'étant pas naturel que la tète obéisse aux « membres, mais que les membres obéissent au chef. « Le concile de Pise poursuivant son dessein, après les « citations et les appellations légitimes à leur manière, a et eux ne comparaissant point et se rendant contu- « maces, fut prononcée sentence de déposition et de « privation du pontificat contre Benoît et Grégoire et « eux déclarés hérétiques et schismatiques, avec défense (( faite à tous chrétiens de les qualifier papes ou leur

« obéir comme pontifes romains , après quoi on pro- (( céda à l'élection d'un autre, et les cardinaux de l'un (( et l'autre parti étant entrés dans le conclave, suivant (( les formes accoutumées, ils élurent Pierre de Candie « cardinal de Milan, personnage très-bien versé en la « théologie spéculative, qui fut nommé Alexandre Y, « l'an 1409, et tint la chaire de saint Pierre un an et « mourut , à ce qu'on dit^ empoisonné dans un laveci ment. » a Congregatione facta pro concilio Pisis a tempore statuto, de diversis regnis et nationibus « advenientes numerati sunt multi praslati, et relatione « omnibus facta de scandalo, quod inferebant illi duo « pontifices colludentes ad invicem et nolentes unio- « nem Ecclesiae qudsrere, prout promiserant, decretum a est ut oratores mitterentur ad utrumque , ut ad a locum accédèrent, quorum opéra m Benedictus diriez sit, dicens controversiam forte de jure Papatûs inter « se et Gregorium, et nihil ad eos spectare de re ipsâ. « Gregorius vero respondit non ad eos pertinere congrece gare concilium, sed ad ipsum, ut pontificem roma- « num, quod et celebrare volebat non Pisis, sed in « alio loco, videlicet in Foro Juvii circa Aquileiam, « ipsosque cardinales sequi deberre ad locum, non (( ipse eos, quia non decet a capite membra dis- « cedere, sed omnia membra caput sequi. . . Congrece gati interea Pisis processerunt incœpta sua. Post c< légitimas enim suo modo cilationes^ non comparentes ce sed contumaces, contra eos sententiam depositionis « et privationis protulerunt in Gregorium et Benec( dictum, ut haereticos et schismaticos, prohibentes

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(( christicolis cunctis ne quem illorum papam nomina- « rent, aut tanquam romano pontifici obedirent. His per- « actis, ad electionem alterius processerunt, unde con- « clave ingressi cardinales utriusque partis, more « consueto, pertractantesrem ipsam, elegeruûtinpraesu- « lem summum Petrum de Candis, cardinalem Mediola- « num, ordinis Minorum, virum utique valde peritum (c in theologia speculativa. Hune nominarunt Alexan- « drum quintum, anno Domini 1409. Qui anno uno M sedem Pétri tenuit, . . . tandem migravit a seculo, ut « dicitur, toxicatus in clysterio ^ »

Cette mort fut dans la suite avantageuse à notre prélat. On donna pour successeur à cet Alexandre V le fameux Balthazar Cossa, sous le nom de Jean XXIII ; car ce pape prétendu qui, dit-on, s'était élu lui-même, ou tout au moins avait extorqué les suffrages des électeurs^ voulant se faire des créatures qui le soutinssent contre les compétiteurs , Grégoire et Benoit choisirent douze ou quatorze personnes d'un mérite distingué, qu'ils créèrent cardinaux, et notre évèque Gilles des Champs fut du nombre , sans aucun autre titre que celui de cardinal de Coutances.

Auparavant qu'il fût élevé à cette dignité, nous trouvons qu'il a exercé un acte de juridiction d'évêque de Coutances au prieuré de Saint-Lo de Rouen. Le dixseptième prieur de ce lieu, — ce fut Guillaume Couvette, — dont nous avons parlé, étant mort, les religieux assemblés en chapitre lui donnèrent pour suc-

* Divi Antonom Archiepiscopi Florentini et Doctoris S, Tkeologùe prsestanUmmi chronicum opus. Ed. de Lyon, 1587.

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cesseur Guillaume du Bourg, Tacte de rélectioA duquel ayant été présenté, selon le droit et la coutume, à notre évoque Gilles des Champs, il l'approuva et le confirma comme légitime. Mais le prétendu pape Jean XXIII en ayant nommé un autre par droit de réservation, il y eut procès entre ce du Bourg et lui, et comme cependant on ne recevait point de religieux et que le service se trouvait diminué, on eut recours à l'autorité de l'évèque de Coutances, comme au supérieur naturel et immédiat, pour y être pourvu. Il y donna ordre de la manière qu'on pourra voir par l'acte qui en fut dressé et que voici en français : « Gilles, par la grâce « de Dieu évèque de Coutances, à religieuse personne « le supérieur du prieuré de Saint-Lo de Rouen, de « l'ordre de Saint- Augustin, régi ordinairement par un a prieur et dépendant au spirituel de notre église de « Coutances, salut en Notre-Seigneur. Comme ainsi soit « que pour chanter le service divin en ce prieuré, tant (( de nuit que de jour, il n'y a pas présentement un « nombre suffisant de religieux et il n'y a pas non a plus aujourd'hui de prieur ou d'administrateur pai- « sible pour y pourvoir , nous voulant et étant de « notre devoir d'obvier au scandale et aux autres incon- « vénients, et souhaitant de continuer et augmenter, si a faire se peut, le culte de Dieu, ayant aussi toute con- « fiance en vous comme personne sage et suffisante, « nous vous commettons^ mandons et donnons pouvoir « d'assembler au lieu et en la manière accoutumée le « chapitre et, suivant la résolution qui y sera prise, de « [la] plus grande, au moins de la meilleure et plus saine

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« partie, vous ferez élection de deux personnes propres « et capables pour être élevées à la vie et la discipline u religieuse de ce prieuré, lesquelles vous receyrez du « moins pour Tan de probation et auxquelles seront « fournies les choses nécessaires qu'on a de coutume (( de fournir aux novices, et [pourrez] en outre les (( reprendre, punir et corriger, selon la manière an- « cienne des religieux de ce prieuré, jusqu'à ce qu'ils « aient un prieur, faisant exprès commandement auxdits « religieux, nos sujets, par ces présentes, qu'ils aient à <c obéir en tout ce que dessus et en tout ce qui en (( dépend, faute de quoi, nous procéderons contre les (( rebelles et désobéissants selon toute la rigueur du « droit. Donné à Paris, sous notre scel, le 1 2 août 1 41 2. « Signé Jahurs. »

Jean XXIII décida en faveur de Guillaume du Bourg contre le pourvoi en cour de Rome. J'ai copie de sa bulle ; elle est datée du 6* mai, l'an S'' de son ponti* fîcat, qui était de J.-C. 1412. J'en fais ici mention parce que ses prédécesseurs reconnurent la dépendance de ce prieuré de l'église de Coutances, et ce par trois fois dans ce seul acte.

« Johannes episcopus, servus servorum Dei, dilecto (( fîlio Guillelmo de Bourg, priori prioratus sancti « Laudi RKotomagensis ordinis Sancti Augustini , « €ontantiensis Dioecesis, salutem et benedictionem « apostolicam. » Au surplus, Gilles des Qiamps, notre évèque, et cardinal de l'église de Rome, jouit peu de cette éminente dignité. Il avait été créé cardinal le ô"" jour de juin 1411, il mourut le

5* mars 1313. Il fut inhumé dans l'église cathédrale de Rouen, en la chapelle qui est derrière le grand autel du côté droit. On y éleva un magnifique tombeau de marbre sur lequel était son efiigie aussi de marbre, auprès de laquelle on avait fait graver cette épitaphe :

a In hac sepultura jacet bonde memoriae quondam, « eminentissimae scientiae nobilis vir, magister iEgidius « de Campis de Rotomago oriundus, sacras Theologiae « eximius professor, Episcopus Constantiensis ac sacro- <( sanctdB Romande Ecclesiae Presbyter Cardinalis Gons- « tantiensis nuncupatus, qui obiit anno Domini 1413, « die 5' Martii*. »

Cette épitaphe et celle de deux neveux, que rapporte M. Le Prévost en son manuscrit, ne se trouvent plus que dans les écrits et les mémoires des curieux. Les infidèles, en 1 562, détruisirent le tombeau, la statue et l'épitaphe ; ils n'ont pu détruire sa mémoire : « Hac a die », porte le nécrologe de cette métropolitaine au 5* de mars, « obitus ad majus altare reverendi in « Ghristo patris iËgidii de Campis de Rhotomago « oriundi, sacrse paginae eximii professons, episcopi (( Constantiensis et prononciati per dominum nostrum (( Joannem XXIII S. S. Ecclesiae cardinalis. »

Il est remarquable, dit M. Le Prévost, que quoiqu' il y ait une très-grande quantité d'obits fondés en cette église pour des évèques et autres grands, celui de Gilles des Champs est le seul auquel le chanoine,

* Le manoscrit de Le Prévost porte 15.

après avoir célébré la messe, soit en obligation d'aller, accompagné des ministres qui l'ont servi à l'autel, au tombeau de ce cardinal, réciter le pssmne De profundis avec les versets et oraisons convenables pour les défunts et l'asperger d'eau bénite : « Illud porrè (( observatione dignum bac ipsa die quot annis ex sin- « gulari instituto Canonicum Sacerdotem, unà cum c( altaris ministris, peracto piaculari sacro, in majori a Altari ad dictum Tumulum accedere, recitatoque a Psalmo De profundis^ cum Yersiculis et Orationibus, « locum Aspergillo lustrare, qui ritus antea in nullo i( alio loco^ tôt Ântistitum, Regum, magnatum ve <( anniversario servabatur ; sed postea per totam Gai- « liam invaluit \ » Ce sont ces paroles qut ont fait penser à feu M. Morel et a plusieurs autres, que cette coutume de répandre de l'eau bénite sur les tombeaux des défunts est amenée de ce cardinal.

• Morel^ page 39.

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