‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 16 sur 30 · DE JEAN DE MARLE · texte numérisé non relu

DE JEAN DE MARLE

Ce prélat était fils de Henri de Marie, seigneur de Yersigny, premier président au parlement de Paris et par après chancelier de France. Les armes de cette famille étaient un écu d'argent à une bande de sable chargée de trois molettes aussi d'argent, et le véritable surnom, selon que le rapporte M. de la Roque, était le Corgne, lequel surnom ce chancelier changea de son autorité privée en celui de Marie. MM. de Sainte- Marthe appellent sa mère Mathilde le Barbier ; il y a encore une famille de ce nom, qui porte d'azur au cygne d'argent. On dit que la famille de Marie subsiste encore en les descendants d'Amoul de Marie, frère putné de notre Jean, et que l'intendant d'Alençon qui fit la recherche en 1666, était de cette maison. Cet Amoul de Marie était un des quatre présidents à mortier du parlement de Paris et même des requêtes.

J'ai appris de M. le marquis de Refuge, qu'une branche de la postérité de cet Arnoul subsiste noblement auprès de Laon et sont seigneurs de Coucy-sur-

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EppeS et que l'autre branche, qui possédait la terre de Yersigny en Brie, passa en celle de Thou par le mariage de Claude de Marie avec Augustin de Thou qu'elle rendit père de plusieurs enfants, et, convolant en secondes noces, épousa un seigneur du nom d'Hector, qui, changeant ce nom d'Hector, prit celui de Marie, et que cet intendant d'Alençon dont nous venons de parler était de cette famille.

La première dignité ecclésiastique de Jean de Marie fut d'être notaire apostolique, parce qu'ayant été destiné pour l'Église, c'était le premier degré et le plus sûr chemin qu'on prtt alors pour parvenir à l'épiscopat. Le rang que tenait son père à la cour lui procura cet honneur ; ainsi le dernier jour d'août de l'an 1414 est marqué en nos fêtes, s'il est permis de parler ainsi, pour être celui auquel il fut sacré notre évêque, et l'auteur de l'histoire de l'église cathédrale de Rouen, parlant d'un certain droit que les chanoines de cette église prétendaient sur les nouveaux évêques de la province qu'on appelle lepdt^ dit que, i'an 1415, il y eut un gros différend et même quelques procédures par des chanoines contre notre évêque, qui leur refusait ce droit prétendu, qui était d'une somme de cent écus, et qui provenait de ce que les évêques ayant presque tous été sacrés à Rouen par leur métropolitain jusqu'alors^ et les chanoines étant en obligation d'assister leur archevêque en cette cérémonie, le nouveau sacré leur donnait à dtner, et comme repas était embarras-

• Concy-les-Aippe, arr. de Laon.

sant pour mille raisons, on était convenu qu'au lieu de ce repas on donnerait à la commune du chapitre une somme de cent écus, et c'est ce que notre nouvel évèque regardait comme abusif et ne voulait pas s'y soumettre, ce que néanmoins il fallut faire.

Jean de Marie ne fut notre évèque que quatre ans, pendant lesquels il arriva trois ou quatre révolutions trèsremarquables. La première fut l'extinction de ce long et cruel schisme dont nous avons parlé tant de fois, arrivée au concile de Constance par la déposition de trois prétendants, et l'élection de Martin que toute la chrétienneté reconnut. Je compterai pour la seconde la continuation des malheurs de la France, par la descente des Anglais au chef de Gaux, le 14 août 1415, la prise de Honfleur et la malheureuse journée d'Azincour, le 25 octobre suivant, en laquelle la fleur de la noblesse française périt. Pour troisième, la descente des Anglais à Touque au mois d'août de l'an 1417, lesquels ne trouvant dans la province aucune résistance, s'en rendirent les maîtres et en très-peu de temps. Et enfin la dernière est celle où le père de notre évèque, [et notre évèque] avec lui, périrent malheureusement par la cruelle faction du duc de Bourgogne et des bouchers de Paris, ses partisans.

Le complot fait, disent nos historiens, avec le seigneur de risle-Adam, gouverneur de Pontoise pour le Bourguignon, Perrinet Le Clerc, vendeur de fer, le fit entrer la nuit du 28 mai 1418, lui et environ 800 hommes de cheval armés, lesquels, marchant à enseignes déployées, se trouvèrent accompagnés d'une

très-grande quantité de peuples et particulièrement des bouchers qui, dit M. Mezeray, se répandant par toute la ville, se jetèrent dans les maisons des Armagnacs, car c'est ainsi qu'on appelait les partisans du Dauphin et du duc d'Orléans, fouillant, pillant et emportant tout ce qu'ils pouvaient trouver, saisissant avec empressement des personnes dont les moins malheureuses furent enfermées en des prisons particulières pour en tirer rançon. Le chancelier fut pris ce jour-là et enfermé au palais. Le lendemain le connétable y fut traîné ; il s'était caché chez un maçon et la crainte obligea son hôte à le déclarer. Ceux qui avaient été bannis par les Armagnacs, revenus aussitôt de divers endroits, excitèrent la plus cruelle sédition dont on ait entendu parler. Ils commencèrent par le palais, le 12* juin suivant, dont ils tirèrent le connétable et le chancelier, les tuèrent et exposèrent leurs corps sur la table de marbre. De là, ils furent aux autres prisons, massacrèrent dans le petit Châtelet les évoques de Senlis et de Coutances, et firent sauter les autres du haut des tours, les recevant sur la pointe de leurs épées et des javelots. Il n'y eut endroit dans la ville qui ne fut ensanglanté par leur fureur; il fut tué près de 2,000 hommes, d'autres disent plus de 3,000, dont les corps étaient traînés dans les champs, renversés sur le dos [avec la peau enlevée] en forme de bande ou de chape. Ce fut ainsi que mourut misérablement notre prélat, lequel préférant les embarras et les intrigues de la cour aux devoirs qui l'attachaient à son diocèse, en fut la victime et y trouva la mort dans tout ce qu'elle a

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de plus affreux. On fait mémoire de luidaus Bon église cathédrale, le 12* juin, qui est le jour auquel il fut massacré, par un service solennel qu'il n'est pas permis de transférer à moins qu'il n'arrive un dimanche, auquel service se fait une distribution de cent sous. Voici les termes de l'obituaire, à l'article 16* du mois de juin : « Joannes de Marie, quondam episcopus (( Constantiensis, praB manibus. Non moveatur nisi domi- «nica fuerit. » Et dans le compte que nous avons déjà parlé de 1661, à l'article de la dépense du mois de juin, nous lisons ces mots : « Pour l'obit de M. Jean de Marie, cent sous ».

Nous trouvons au livre qui a pour titre : Preuves des libertés de f Église gallicane^ volume 11% chapitre iv% page 172, que le vendredi 25* février 1417, notre évèque Jean de Marie assista au conseil du roi tenu à la chambre du parlement^ contre ceux qui appelaient à la cour de Rome des ordonnances de sa majesté, où il fut conclu que contre tels transgresseurs, appelants et contradicteurs à icelles ordonnances royales, on devait procéder et les punir comme criminels de lèsemajesté.

Nous avons remarqué ailleurs, que les armes de notre évéque sont peintes à la vitre de la chapelle de Saint-André, en la cathédrale.

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