PANDOLPHE MALATESTA
Rimini de la Romagne, province de TÉglise, sur le bord du golfe de Venise , est fameuse pour le concile tenu Tan 359, dont le commencement fut si beau et la fin si malheureuse ; mais il ne l'est guère moins par le nom et la famille de notre Pandolphe, cette illustre famille y ayant régné presque souverainement près de 300 ans.
La mémoire de Charles Malatesta, père de notre Pandolphe, et surtout sa générosité envers Grégoire XII, pape, pendant le schisme, dureront autant qu'il y aura des personnes qui liront les actes des oonciles de Pise et de Constance, et l'histoire de ces malheureux temps.
Jean XXIII ayant publié une croisade contre La* dislas, roi de Naples, ce prince, qui en appréhendait la suite, fit la paix avec Jean. La première et principale condition de cette paix fut qu'il abandonnerait Grégoire, et ce pontife devenu la victime de toute l'ambition de ces deux princes, trouva un fidèle ami et un assuré refuge en Charles Malatesta. Lorsqu'au concile de Constance, il s'agit de donner la paix à l'Église par la déposition de Jean, Charles Malatesta fut choisi par Grégoire pour cette grande action. II entra à Constance en qualité de plénipotentiaire et légat de ce pontife, le 15* juin 1415 ; il y fut reçu avec toute la magnificence
possible. Il était porteur d'un pouvoir absolu de Grégoire de renoncer pour lui à la papauté, si l'empereur Sigismoud et lui Charles le jugeaient à propos pour le bien et la paix de TEglise;
Cette action mémorable se fit en la 1 4' session de ce concile, tenu le 14* juillet de cette même année. On me permettra de dire le peu qui suit. Comme jusqu'alors Grégoire n'avait pas reconnu l'assemblée de Constance pour concile œcuménique et légitime, l'empereur Sigismond, revêtu de ses habits et ornements impériaux, occupa la première place sur une espèce de trône placé contre l'autel, ayant à ses côtés le cardinal de Raguse et notre Charles Malatesta, assis sur des bancs, le visage tourné vers les Pères.
On fit faire la lecture du pouvoir donné à Charles par Grégoire, d'approuver ou de convoquer de nouveau le concile de Constance. Charles céda ce pouvoir au cardinal de Raguse, lequel ayant aussitôt fait, au nom de Grégoire, cette approbation ou convocation nouvelle, l'empereur reprit sa place ordinaire. Jean d'Ostie, comme le plus ancien cardinal, prit celle que lui donnait son rang ordinaire, et enfin notre Charles Malatesta^ après qu'on eut fait la lecture du pouvoir spécial qu'il en avait, fit cette célèbre session dont tous les actes sont insérés dans le «recueil de ce grand concile. Mais si ces actes éternisent le nom et la mémoire de Charles Malateste, il y en a dans la suite qui nous font connaître quelque chose de mérite de notre Pandolphe. Il était alors chanoine et archidiacre de l'église de Boulogne, en Italie, et il assistait au
concile en qualité de député de son chapitre, lors donc qu'en la session 40, tenue le samedi 30 octobre 1417, il fut résolu du consentement des cardinaux que, pour l'élection d'un nouveau pape, il entrerait avec eux dans le conclave un certain nombre d'ecclésiastiques ayant dignité de toutes les nations. Il n'y avait que 20 cardinaux; 30 députés du concile entrèrent avec eux, dont il y avait 1 patriarche, 5 archevêques, 12 évèques et 12 abbés ou ayant dignité dans l'église, et c'est en ce nombre que nous trouvons, le 22% Pandolphe Malatesta, archidiacre de Boulogne, député par la nation italienne.
Ce concile finit et le pape Martin V, qui y avait été élu, retiré à Rome, apprenant la mort tragique de Jean de Marie, notre évêque, jugea à propos de lui donner pour successeur, par droit de réservation ou grâce expectative, cet archidiacre de Boulogne qui avait tant contribué à son élévation.
Pandolphe, sacré en Italie évèque de Goutances, en vint prendre po'^session peu de temps après ; mais il n'en eut pas trop de satisfaction. Le roi d'Angleterre avait les rentes du Gotentin, comme parlent nos histo* riens, mais il n'avait pas le cœur des Gotentinois. Ils le regardaient comme un tyran et un usurpateur, auquel ils obéissaient seulement par crainte et parce qu'ils ne pouvaient faire autrement. G'est pourquoi Pandolphe, qui était étranger et qui n'avsût pas la même affection qu'eux à la couronne de France, n'ayant fait aucune difficulté de prêter à ce roi anglais le serment de fidélité de son temporel, Tan 1 421 , en la ville de Pon-
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toise, comme le marquent MM. de Sainte-Marthe, ses diocésains et particulièrement les nobles dont la plupart, comme nous avons dit ailleurs, ayaient mieux aimé abandonner toutquede lui obéir, ne Tapprouvèrent pas et le regardèrent de très-mauvais œil, d'autant plus qu'ils voyaient Louis d'Harcourt, archevêque de Rouen, avoir aimé mieux perdre le revenu de son archevêché, saisi en régale par ce roi étranger, que de s'y soumettre et lui faire un pareil serment.
Et comme le chapitre de Goutances, par acte passé par devant un nommé Richard Colomb environ en ce temps-lâ, le rendit à ce même roi par dénombrement des fiefs, fermes et revenus dont il était en possession, on se persuada qu'il y ayait pour le moins consenti. On eut pour Pandolphe si peu de considération, qu'il fut obligé de se retirer sans plus revenir en notre pays, ainsi que nous l'apprenons de l'apologie de Thomas Bazin, évêque de Lisieux, cité par les mêmes MM. de Sainte- Marthe, de laquelle nous rapporterons bientôt les propres termes.
J'ai néanmoins un acte, exercé le 19* mai 1492, entre l'évêque de Goutances, qui siégeait alors, et l'abbé de Blanchelande, touchant le patronage de Saint-Denisle-Yêtu^^ dans lequel il est référé qu'un nommé Henri Alez, en 1423, et un autre appelé Richard Varre, en 1425, furent pourvus de plein droit à cette cure par Tévêque, ce qui serait un témoignage de la présence de Pandolphe en son diocèse, à moins qu'on n'entende
« Arr. de Coatanoet.
avoir été fait par lui ce qui aurait été exécuté par les grands vipaires. Quoi qu'il en soit, nous n'avons aucun mémoire de qui nous puisions les autres particularités de son sort ; nous savons seulement qu'il cessa d'être notre évèque vers la fin de 1426, soit par cession ou par mort, à quoi nous ajoutons que les armes de sa famille étaient une bande d'or et d'azur échiqueté d'or et de gueules, et peut-être ne sera-t-on pas fâché de voir ici ce qui suit.
Sigismond Mala testa, neveu de notre évêque, est célèbre dans l'histoire d'Italie pour avoir eu presque toutes les bonnes et mauvaises qualités qu'on peut souhaiter à un prince. On dit qu'il perdit les premières par la vertu et la force des foudres d'excommunication que lança contre lui le pape Pie II. Son fils, Robert Malatesta, n'est pas moins renommé par les grands et signalés services qu'il rendit à TEglise. Ils furent tels, qu'ils méritèrent qu'on lui dressa une statue équestre dans l'église Saint-Pierre. Cette famille enfin fut chassée de Rimini par le pape Clément, et il en bannit Paudolphe, qu'on dit être mort pauvre à Ferrare. J'ai appris néanmoins de M. le marquis de Refuge, qu'étant à Rimini, en 1664, il eut la curiosité de s'en informer. Il trouva qu'il y en a encore un de ce nom et de cette maison, mais si pauvre et si misérable qu'il est obligé de mendier son pain, et qu'il y en a encore un autre, qui est noble Vénitien, mais d'une branche bâtarde. En ce temps épiscopal de notre Pandolphe, Michel de la Hougue était abbé de Saint-Sauveur-Ie- Vicomte, et comme Denis Loquet son prédécesseur n'avait obtenu
ses bulles qu'en payant pour Thomas le Bigard à qui il avait succédé , lequel Bigard avait été quatorze ans suspens a dhnnis faute de paiement, ce de la Hougue présenta requête à ce qu'information fût faite de l'état et pauvreté de l'abbaye et de la diminution et perte de ses revenus causées par les guerres, de quoi commission ayant été adressée à l'official de Valognes, il s'en acquitta dignement, ainsi qu'il parait par l'acte qu'il en dressa, daté de l'année 1422, dans lequel on voit assez au long les infortunes arrivées à ces monastères, en conférant le peu de bien qui lui restait avec les grands revenus que ses premiers fondateurs lui avaient donnés \
« Voir dans VHûtoire du château et des sires de SaintSauveur-k^ Vicomte, par M. Léopold Delisle^ les notes de M. de Gervillè sar l'enquête qui fut faite pour constater les pertes essuyées par Tabbaye de Saiat-Sani veur, lors du siège du cb&teau (page 340).