‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 20 sur 30 · DE GILLES DE DUREMONT ET DE JEAN DE CAST16LI0NE · texte numérisé non relu

DE GILLES DE DUREMONT ET DE JEAN DE CAST16LI0NE

Nous ne savons rien de la famille ni du lieu de la naissance de Gilles de Duremont; nous connaissons seulement qu'il était docteur et professeur de théologie en Tunivensité de Paris. Nous estimons aussi que ses qualités, jointes à l'attachement qu'il avait pour les Anglais, furent les raisons qui rélevèrent aux dignités ecclésiastiques. Il fut premièrement pourvu de Tabbaye de Beaupré, de Tordre de Giteaux^ au diocèse de Beauvais, puis de celle de Beaubec, du même ordre, en celui de Rouen, et enfin de Fécamp.

Il succéda en cette dernière dignité à Estoul d'Estouteville, vers Tan 1422, fut le vingt-quatrième abbé de Fécamp, et y resta jusqu'à la fin de l'an 1438 ou 1439, qu'il fut choisi pour être évêque. Sur quoi je crois qu'il est assez remarquable que ces dignités d'abbayes n'empêchaient point d'enseigner la théologie, tant la régence était estimée. On conserve encore à Fécamp deux actes, Tun du 19 juin 1436, et l'autre du 24 octobre 1433, par lesquels il fit signifier ses sauvegardes et privilèges, obtenus du prévôt de

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Paris, eu cette qualité de professeur de théologie en l'université de Paris.

En 1437, le pape Eugène ayant écrit à Louis de Luxembourg, depuis archevêque de Rouen, au sujet de la translation du concile de Bâle à Ferrare, et ceux de Bâle lui en ayant aussi écrit, il enjoignit à tous les prélats de sa province, exempts, de se trouver en sa chapelle archiépiscopale de Rouen, le mercredi 2* jour de juin de Tan 1438, pour résoudre d'un commun accord ce qu'on avait à faire sur ce sujet. Gilles de Durement, abbé de Fécamp, s'y trouva et protesta, qu'étant les abbé et religieux de ce lieu immédiatement et uniquement dépendants du saint siège, lui ni ses successeurs n'étaient , non plus qu'avaient été ses . prédécesseurs, sujets à ces sortes de convocations ou assemblées synodales, demandant au seigneur archevêque qu'il lui plût accorder. acte de sa protestation de la même manière que ses prédécesseurs archevêques l'avaient accordée aux abbés de Fécamp avant lui en cas semblables, ce qu'il obtint sans difficulté, ainsi qu'il paraît, par acte particulier que le père de Moustiers a fait imprimer en son Neustria pia^ page 250.

Peu de temps après, la nouvelle de la mort de Philibert deMontjeu, notre évêque, étant venue, Gilles de Durement fut, par la faveur et l'autorité des Anglais, choisi pour lui succéder. Il fut sacré presque aussitôt par l'archevêque de Rouen , ce Louis de Luxembourg dont nous venons de parler , après quoi il vint prendre possession, visita son église, une fois seulement, y établit des grands vicaires, et s'en retourna à Rouen

pour faire sa résidence en sou palais épiscopal, au prieuré de Saint-Lo de cette ville, où nous trouvons qu'il exerçait certainement ses fonctions épiscopales, en sa juridiction ordinaire, avec autant de liberté et aussi peu de contradiction qu'il aurait pu faire à Coutances.

Il y a quelque temps que j'écrivis à Fécamp pour avoir quelques mémoires de ce prélat, et voici, en original , la réponse qui me fut faite par le révérend père dom Julien Bellaise, religieux bénédictin, dans laquelle on pourra voir presque tout ce qui regarde cet évêque, au moins à l'égard de ce monastère :

« Gilles de Durement, notre abbé, fut docteur en théologie en l'université de Paris, et y fut professeur lors même qu'il était abbé : bien d'autres que lui se faisaient en ce temps-là un honneur de ces régences, et, en cas d'absence , entretenaient des docteurs pour y suppléer. Son mérite et son érudition semblent avoir été la cause de sa promotion aux dignités d'abbé et ensuite d'évêque. Après la mort d'Estoul d'Estouteville, arrivée au mois d'octobre 1422, il fut élu abbé de Fécamp, sans qu'on en sache ni le jour ni les circonstances.

a II ne fut pas vingt-deux ans abbé , comme porte notre catalogue, mais dix-sept ou dix-huit seulement; car il était déjà évêque de Coutances au 26* août 1440, ainsi qu'il appert par la décharge générale que lui donnèrent ce jour le prieur et le couvent, et par son propre acte du 29' en suivant, souscrit par son secrétaire, nommé Gueroul, et scellé d'un sceau à demi-

rompu et qui n'est plus recounaissable , mais parait être celui de son église. La bonne administration est

attestée par l'acte de décharge dont voici les termes : a Gomme révérend père en Dieu, monseigneur Gilles « de Durement, évoque de Goutances, ait par longce temps été notre abbé et notablement gouverné notre « église et nous en icelle, fait faire plusieurs notables « édifices de réparafions et fait plusieurs acquisitions « de fiefs nobles et autres héritages, acheté plusieurs « riches vêtements d'église, déchargé notre dite église « de plusieurs charges^ tant de guerre comme autrece ment, et fait nouvellement de grosses et somptueuses « mises, à cause des guerres présentes, nous ait aussi « baillé naguère 400 saints d'or comptant, et 30 marcs « en vaisselle d'argent, laissé vins, blés et autres pro- « visions de vivres et plusieurs ustensiles en notre hôtel « de Rouen , nous ait semblablement laissé à recevoir « plusieurs arrérages^ tant de grosses fermes comme « de rentes dues par nos hommes et femmes, à condi- « tion d'en compter avec eux sur les acquis et com- (i mandements, ou ceux de ces gens de procéder, de ce « jour l'avons tenu quitte et déchargé totalement, et a pour les biens meubles appartenant à notre dite « église que pourrait avoir de présent en main;?, en « avons quitté ledit révérend père en Dieu, moyennant (( les sommes que dessus, et en outre la somme de « mille saints d'or que, de notre consentement, il a <i présentement baillé, à notre élue dom Jean de la a HauUe, pour être convertis aux affaires et au bien de « notre dite église. »

« L'acte particulier dudit seigneur évêque ne con-

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tient rien de spécial , mais en général des marques d'estime et d'affection à l'égard desdits religieux, sa reconnaissance pour les décharges ci-dessus et des promesses de service et d'amitié pour l'avenir, avec une déclaration qu'il leur a donné les sommes ci-dessus déclarées, pour subvenir à la grande indigence à laquelle l'abbaye de Fécamp se trouvait réduite par le malheur des guerres présentes. Il promet enfin et s'oblige de leur faire rendre et restituer toutes lettres et obligations, livres, chartes, rôles et autres enseignements à leur abbaye appartenant. Il fut zélé pour la conservation des droits et privilèges de ladite abbaye, tandis qu'il en eut l'administration, et spécialement de la juridiction spirituelle et exemption, en faveur de laquelle il prit acte en ses protestations au concile provincial tenu à Rouen le mercredi T avril avant Pâques 1437. Il était, avec l'abbé de Jumiéges, au procès qui fut fait à Rouen à la Pucelle d'Orléans, par Pierre Gauchon, évèque de Beauvais, en 1431. Il fallut bien que lui et grand nombre d'autres cédassent en cette occasion et bien d'autres à la force majeure et commandement du roi et des ministres d'Angleterre , qui étaient maîtres de la Normandie. Nous ne savons rien de plus pour son élection à l'épiscopat, ni même s'il y demeura^ mais seulement, par les mémoires des sépultures de nos abbés, que celui-ci gît en son église « cathédrale ». Il devait dire collégiale de Saint-Lo, de Rouen, comme nous allons voir.

Ce que dessus nous apprend le caractère de notre évèque, Gilles de Duremont^ auquel il ne manqua rien, que d'être venu dans un temps très-malheureux, dans

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la conduite duquel nous ne trouvons rien à redire, que répoque infortunée, d'avoir assisté à l'injuste condamnation de la Pucelle d'Orléans.

Nous apprenons des mémoires du prieuré de Saint- Lo de Rouen , qu'il eut une considération particulière pour les chanoines de ce lieu, laquelle fut avantageuse à son église cathédrale. Les affaires de ces religieux étaient en assez mauvais état à cause des guerres. Pour avoir quelque moyen de se rétablir, il permit à ces religieux de faire une quête générale par tout le diocèse, et, pour exciter davantage les fidèles à la charité et leur donner plus librement de leurs biens , il ajouta à cette permission celle de porter en cette quête le bras de saint Lo, ce grand évêque de Coutances, à la faveur duquel le Ciel avait opéré tant de miracles, et pour qui toute la province, mais particulièrement le Cotentin, avait une vénération et une dévotion toute particulière. On ne saurait nombrer combien, par ce pieux artifice, ces bons quêteurs emportèrent d'argent ; mais nous savons qu'il fut pieusement employé. On en fit bâtir de neuf la chapelle Saint-Lo, le chœur, une bonne partie de la nef, l'aqueduc, les fontaines et des nouvelles châsses dorées pour les reliques des saints , et, l'avantage qu'en tira l'église de Goutances, ce fut d'en être enrichie de cette précieuse relique, le bras de son cinquième évêque, le bienheureux saint Lo. François Farin, le P. Arthur de Moustier^ témoignent ceci en parlant de Guillaume

* Neustria pia, p. 811.

le Bourg, dix-huitième prieur de ce lieu, et nous trouvons dans un ancien registre de ce même prieuré, de Duremont au nombre des évèques de Coutances qui y ont résidé et qui y ont fait et exercé toutes les fonctions épiscopales, et entre autres conféré les ordres sacrés à des paroissiens de Saint-Lo et deSaint-Jean-sur-Renel.

Gilles de Duremont fut peu de temps notre évéque. Nous trouvons qu'il termina le cours de ses années à Rouen au mois de juillet 1844, et qu'il fut inhumé, non comme le portent les registres de Fécamp, à Coutances, mais à Rouen dans l'église des chanoines réguliers de son église de Saint-Lo, sous un tombeau où cette épitaphe était gravée, au rapport de Fauteur de l'histoire de Rouen: « Hicjacetbonae mémorise, eximiae a quondam virtutis et eloquentise , r everendus in Christo « pater iEgidius Duraemortis, sacrae Theologiae Profes- « sor, cœnobiorum pridem Bellipratiac Bellibecci, pos- (( teà Fiscanensis Abbas, postreino Constantiensis Epis- « copus, qui, 29 julii obiit anno 1444 \ » L'auteur du livre qui a pour titre : Chr'onologia inclitœ urbis Rhotomagensis^ dit la même chose : a Anno 1444% 2d* die julii, « obiit iEgidius de Duramorte, episcopus Constantien- « sis, in ecclesia Sancti Laudi Rhotomagensis sepul tus . »

Si ce que le père de la Pommeraye dit dans son hisr toire des archevêques de Rouen est véritable, Gilles de Duremont fut très-peu de temps malade, car cet écrivain parlant de la prise de possession de Rodolphe Roussel, successeur de Louis de Luxembourg, remar-

« Tome IV de Tédit. de 1738, p. 43.

que que cette cérémonie se fit le 26"* juillet audit an 1444, et que l'évèque de Coutances y fut présent avec plusieurs autres qu'il nomme, d'où il s'ensuit qu'il n'aurait été en maladie que deux ou trois jours. L'obituaire de la cathédrale de Coutances fait tous les ans mémoire de lui ledit jour 29' juillet par un service solennel, qu'il n'est point permis de transférer, s'il n'arrive un dimanche. Voici les termes de l'obituaire, article 29* : « iEgidius de Duramorte, Gonstantiensis a episcopus, parentes, amici et benefactores ipsius, a continue prae manibus, et non moveatur nisi domi- « nica. » Et dans le compte de Tan 1666, il y a pour l'obit de M. Gilles de Duremont 1 3 1 livres, 10 sous, 8 deniers.

JEAN DE CASTIGUONE

La famille de ce prélat était autrefois illustre à Milan. Geoffroide Gastiglione, neveu du pape Urbain III^ fut élu pape et nommé Célestin IV le 22' septembre 1241, et succéda à Grégoire IX , qui lui avait prédit son éleva* tion, voyant la considération et la charité extraordinaire qu'il avait pour les prêtres. Nous y trouvons en outre 3 cardinaux : le 1" nommé Geoffroî, créé par le pape Innocent IV; le 2' Branda de Gastiglione, créature de Jean XXIII, et enfin notre évèque Jean de Gastiglione, auquel MM. de Sainte-Marthe aussi bien que le Mercure Armoriai^ donnent pour armes un écu d'argent, au lion de gueules qui tient en sa patte

droite uu écusson écartelé, ou plutôt de gueules, au lion d'argent tenant en sa patte iin château d'or au premier quartier.

L'auteiu* de la Vie des cardinaux^ parlant de notre Jean deCastiglione, trouve mauvais que Onofrio Panvinio et autres écrivains aient dit qu'il ait été évèque de Coutances, et avance qu'il trouve leur opinion fort peu probable. Il est pourtant certain qu'il Ta été, et c'est luimême absolument qui se trompe. Il le fut, dis-je, nonobstant les statuts du concile de Bâle^ qui défendait toutes réservations en bénéfices et grâces expectatives^ par le choix et la création du pape Nicolas Y.

Il fut sacré sur la fin du mois d'août de l'an 1444, peu de temps après le décès de son prédécesseur, et jouit de cet évéché un peu plus de 9 ans, c'est-à-dire jusqu'au mois d'octobre 1453, auquel temps il fut transféré à l'église de Pavie.

M. Le Prévost, que je cite souvent, dit que ce fut ce Jean de Castiglione qui assista à la prise de possession et à l'entrée solennelle que fit à Rouen Rodolphe Roussel en son église métropolitaine dont nous avons parlé. Je crois qu'il se trompe. Si cela était, il faudrait ou que cette cérémonie n'eût pas été faite le 26 juillet 1444, auquel temps vivait encore Jean de Duremont, ou que ce prélat se fût démis de l'évèché de Coutances en sa faveur, ou enfin que Castiglione fût déjà à Rouen avec sa bulle papale, expectative pour le premier évèché qui vaquerait dans la province, ce qui se faisait quelquefois.

Je n'ai vu jusqu'à présent aucune marque ni aucun

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monumeat qui nous ait pu faire connaître qu'il soit venu à Coutances et qu'il y ait fait aucune fonction épiscopale. Ce que nous trouvons considérable durant son épiscopat, c'est la grande époque de la sortie d'esclavage de notre Cotentin, et de son retour à l'obéissance du roi de France, son vrai et légitime seigneur. Cette grande révolution arriva en 1449. Nous en avons parlé ailleurs, nous ne les répéterons point ici. Nous dirons seulement que la ville de Coutances fut assiégée le 10 septembre, qu'elle composa le 12 et que les Anglais en sortirent le lendemain. Voici seulement r^^rticle qui regarde les ecclésiastiques. « Item, il est « accordé que tous les gens d'église étant de présent (c en ladite ville et diocèse dudit Coutances, demeurece ront paisiblement en la possession, saisine et jouis- « sance de toutes les prébendes, dignités, chapelles, pa- « tronages et autres bénéfices ou offices ecclésiastiques « quelconques étant au royaume de France, qu'ils tien- « nent, et dont ils sont ou étaient en possession ou c( jouissance au jour de la réduction par quelque titre « que ce soit, nonobstant tous dons, collations, provi- « sions et permutations faites ou octroyées à autres per- « sonnes, tant par don de régale de quelque autre sei- (( gneur temporel ou ecclésiastique qu'autrement^ sauf « et réservé que s'il y avait quelqu'un qui tînt au précéa dent aucun des bénéfices et offices ecclésiastiques par « la privation de ceux qui ont tenu le parti du roi et son (( obéissance, en icelui cas les dons à lui faits seraient (( nuls, et rentreront et retourneront lesdits privés en a leurs bénéfices et offices, ainsi qu'ils étaient audevant

« de ladite privation. Et aussi est accordé pour sûreté (( desdits gens d'église, que de tous leurs dits bénéfices « qu'ils pourraient avoir chacun en régale, et là où on (( pourrait dire que ladite régale aurait été ouverte à « cause de serment de fidélité non fait au roi par l'évèque « de Coutances ou ses prédécesseurs^ ou autrement, « iceux gens d'église auront nouveaux dons et colla- « tions de régale, si prétendre la veulent, de leurs dits (( bénéfices ^ »

Pendant tous ces troubles et divers mouvements de notre Gotentin, Jean de Castiglione, notre évèque, jouissait en paix du peu de revenu de son évèché, que lui envoyait de temps en temps à Milan, avec sa famille, Guillaume de Yarroc, chanoine de Coutances, son grand vicaire tant au spirituel qu'au temporel, et attendait tranquillement que la fortune lui fournit d'autres biens et d'autres avantages plus considérables.

Elle ne lui fut pas ingrate. Le pape, en 1455, le créa évèque de Pavie, et cette même année ayant été trèsfuneste à la chrétienté par la perte de Gonstantinople prise par les Turcs, le pape connaissant la capacité de Jean de Castiglione, l'envoya légat à la diète de Ratisbonne, à celle de Francfort, qui se tint peu de temps après, et à la cour de l'empereur Frédéric, afin d'unir et engager les princes d'Allemagne à s'opposer aux autreprises de l'ennemi commun du nom chrétien. Sa légation fut inutile. Frédéric était d'un naturel trop ' lent, trop paresseux, pour entre-

* L*acte entier se trouTe dans l'histoire du Gotentin de notre autenr.

prendre une guerre de cette conséquence, et d'ailleurs le pape venant à mourir, sa légation finit et il fallut revenir.

Ce retour lui fut avantageux. Calixte III qui avait succédé à Nicolas, le créa cardinal en 1456, et Pie 11^ successeur de Calixte, l'envoya légat en la marche d'Ancône. Il y mourut. Son corps fut rapporté à Milan et inhumé au sépulcre de ses ancêtres. Son épitaphe, que MM. de Sainte-Marthe et Morel rapportent, marque sa vie en abrégé. On pourra la voir chez ces écrivains en sa langue naturelle ; la voici eu la nôtre :

« A Dieu, très-bon et très-grand.

(( Ci-gtt Jean de Castiglione, natif de Milan, transféré « de l'évèché de Coutances en Normandie en celui de « Pavie, cardinal prêtre de la sainte église de Rome, « titre de Saint-Clément, de la famille de Célestin IV, « souverain pontife, et des cardinaux Octavien, Geoffroi « et Branda, lequel exerçant les fonctions de légat du « Saint-Siège auprès de l'empereur Frédéric III pour le « porter à la guerre contre les Turcs, fut en son absence « élevé à la très-haute dignité de cardinal par CalixtelII, « après la mort duquel il fut choisi par Pie II, pour la (( légature de la marche d'Ancône, où s'appliquant avec (( trop d'ardeur à s'acquitter des devoirs d'un très*sage (( gouverneur et d'un généreux capitaine contre Picci- « nino, il fut saisi d'une fièvre violente et mourut à Ma- (( cerata, le 14* avril 1460. »

On fait mémoire de lui tous les ans dans la cathédrale de Coutances, le jour 14' avril, par un service solennel qui a le privilège de ne pouvoir être transféré s'il n'ar-

rive au dimanche : « 17 Galendas maii, obiit Johannes a de Gastiglione, episcopus Constantiensis , continue « prae manibus, non moveatur nisi sit dominica. »

Nous avons encore deux ou trois remarques à faire ici de quelques particularités arrivées en notre diocèse pendant son épiscopat. Premièrement, nous avons trouvé dans les titres du Mont-Saint-Michel, que le roi Charles YII, après la rupture de la trêve faite par les Anglais qui avaient injustement assiégé et pris Fougères, ayant sommé les évoques de Coutances et d'Avranches, avec leur chapitre et les abbés de Savigny, Montmorel et la Luzerne, et plusieurs autres, de rentrer en leur devoir, et eux n'obéissant point, il confisqua leur temporel et le donna aux religieux de cette abbaye, ce qui néanmoins fut sans effet par l'expulsion des Anglais et la paix qui en suivit.

Secondement, que comme nous avons remarqué ailleurs , le chantre et le chapitre de Coutances ayant porté leurs plaintes au roi d'Angleterre de l'usurpation violente qu'on faisait sur eux et sur le clergé de Cotentin, de ses privilèges, ce roi, qui se qualifiait Henri par la grâce de Dieu roi de France et d'Angleterre, par ses lettres patentes adressées au bailli de Cotentin à Valognes, confirma lesdits privilèges et exempta, entr'autres choses, les ecclésiastiques du logement des gens de guerre. Ces lettres sont datées du 25* août 1429, qu'il appelle le 28' de son règne.

Nous avons encore vu d'autres lettres accordées par Charles VII, roi de France, en date du 4 octobre 1452, en faveur du chantre et chapitre de cette même

église, au sujet de la prescription des rentes qui lui étaient dues durant la guerre des Anglais, par les* quelles sa Majesté mande aux juges « s'il appert des « droits et titres de rentes que le chapitre dit appar- « tenir à Téglise, qu'ils fassent payer lesdites rentes et « revenus dudit chapitre, en tant que leur en dépen- « drait, et n'auraient été recueillis, levés ni payés, noce nobstant le laps de temps dont les sujets et redevables « auxdites rentes et revenus voudraient s'aider être en- (( suivi durant lesdits 40 ans, que nous ne voulons, dit « le roi, avoir lieu ni effet au cas présent et en icelui en « tant que métier est, et en avons reçu et retenons les « suppliants de grâce spéciale. Donné à Feurs en Forez, « le 4* jour d'octobre 1452, et de notre règne le 30*. »

Il y a encore d'autres lettres patentes du même monarque adressées au bailli de Gotentin, capitaine, vicomte de Goutances, ou à siens lieutenant, sur la poursuite des chantre et Ghanoines de Goutances, en faveur des ecclésiastiques pour l'exemption des logements des gens de guerre à eux expédiés le 5* mars 1450, et du règne de ce roi le 29' avec l'ordonnance du bailli^ en conséquence aux dits gens de guerre de sortir des maisons ecclésiastiques, et de payer ce qui leur aurait été baillé.

Ge chantre de Goutances avait nom Pierre d'Orgemont, ainsi qu'il parait particulièrement par un contrat passé devant Etienne Jourdan tabellion à Goutances, le mercredi 28* mai 1448 par lequel un nommé Guillaume Hue, dudit lieu de Goutances, vendit à vénérables et discrètes personnes M"* Pierre d'Orgemont^

chantre et chanoine, Jean le Goupil, archidiacre, Robert de Fontaine, Etienne Sénéchal, trésorier, Jean Jolivet , Guillaume Yillequin et Jean Timon, chanoines, fondant nombre de commun, 45 sous de rente. Et pour faire voir que, quoique ce temps fût très-malheureux sous la captivité des Anglais, Téglise néanmoins ne cessait pas d'acquérir et le commerce de se faire entre les particuliers, on ne trouvera peut-être pas mauvais que j'ajoute ici quelques particularités que j'ai extraites des registres de ce Jourdan, que j'ai trouvés à Coutances chez un des écrivains qui les conserve soigneusement. Voici donc :

Le vendredi 2* jour de décembre 1446, vénérables et discrètes personnes , messires Richard Varroc , Jean le Jolivet et Hugue de Laye, chanoines de Coutances, achetèrent de Jean Soret une pièce de terre sise en la paroisse de la Rondehaye. Par acte du 7* février audit an, dame Hélène de Foligny, veuve de feu messire Fouque de la Bellière, en son vivant chevalier, seigneur dudit lieu, donna soixante sous dé rente à l'Hôtel-Dieu de Coutances.

En 1447, dame Marguerite d'Harcourt, veuve de noble et puissant seigneur messire Jean d'Harcourt, en son vivant chevalier, seigneur et baron dudit lieu, ayant ci-devant créé quarante livres de rente, le chapitre de Coutances en amortit, le mercredi 26* jour d'octobre, vingt-six livres entre les mains de messires Robert de Fontaine, Jacques de Camprond, Jean le Jolivet, Guillaume Aubervice et Jean Simon, chanoines, faisant pour le commun.

272 HISTOIRE EGCLËSIASTIQUË

En la mèine année, le mercredi 3* juillet, vénérable et discret homme messire Jean Le Jolivet, chanoine de de Coutances, donna, quitta et transporta à fin aux prieur et frères de THôtel-Dieu de Coutances, quarante sous tournois de rente, du nombre de cent sous de rente qu'il avait droit de prendre sur Richard Langlois, écuyer, à cause d'un hôtel et jardin assis en la ville de Coutances, près l'auditoire du Roi notre sire, et fut ce fait pour participer, tant lui que feu messire Le Jolivet, son frère, en son vivant abbé du Mont-Saint* Michel, ses feus père et mère, et tous ses amis et bienfaiteurs, tant vifs que trépassés, aux bienfaits, prières et oraisons, qui seront dits et célébrés audit Hôtel- Dieu, et spécialement pour un service solennel qui se ferait à perpétuité en juillet pour les âmes de lui donateur et des autres susdits.

Le samedi S"" octobre, audit au, Robin Le Marqueté), bourgeois de Coutances, donna aux prieur et religieux Jacobins dudit Coutances six sous tournois de rente.

Le seize dudit mois et an, noble homme Jehan de Thère le jeune, seigneur et baron de Tournebu et sieur de Livet, au diocèse de Bayeux, et du Mesnil- Imbert, au diocèse de Lisieux, confessa, de sa bonne volonté et sans contraignement , avoir vendu, cédé, gagé et transporté aux vénérables et discrètes personnes les chantre et chapitre de Coutances six livres tournois de rente, à prendre et avoir sur tous ses biens et héritages, par le prix et somme de soixante saints d'or de bon compte et de bon poids, chacune pièce du prix de trente sous^ dont il se tient content

et bien payé, à condition de gages. Présents : messires Pierre d'Orgemont, chantre et chanoine, Robert des Fontaines, Jacques de Camprond et Robert Pigache, tous chanoines faisant pour les autres.

Le 28* avril 1448, noble homme Jehan de Manneville, écuyer, sieur de la Languerie, pour lui et Philippine de Talvende, sa femme, vendit au chapitre de Coutances trente livres tournois de rente sur tous leurs biens, par trois cents livres et trente sous de vin, les dessusdits chanoines présents et acceptant pour les autres.

Le lundi 7 mai, audit an 1448, le chantre et le chapitre de Coutances s'étant calmés (sic) sur Jean de Cotentin, Jacquet et Perrin du Douit, pour certains héritages, assis en la paroisse de Tourville, sur lesquels lesdits sieurs disaient avoir droit de plaids , appointement fut fait entr'eux par le moyen de leurs amis.

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