‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 27 sur 30 · Tome H · texte numérisé non relu

Tome H

322 HISTOIRE EGGLÉSIASTIQUE

a plus être entendu lorsque la dite commémoration (( sera faite au lundi, d'autant que les premières vêpres (c sont du dimanche.

« Gaufridus miseratione divina Constantiensis Epis- « copus, omnibus subditis nostris salutem. Cum senes- « cente mundo magis ac magis dominetur iniquitas, (( quia refrigescit charitas et dilectio Dei, tepescensque a in dies devotionis fervor, nisi vibrans ille Spiritus, a qui discipulorun corda receptacula sibi munda inflam- « mavit, religiosarum mentium instinctus ad cultus divi- « ni ampliationem igneo suo calore aocenderet. Spiritus, (( inquam, ille sanctus, qui descendens in uterum Virgi- « nis sic gravidavit illam ut inyiolata, intégra, et casta « viscera tamquam pascuae œterni viroris, florem pro- « tulere immarcessibilem , et claustris illaesis pudoris n Deum nobis ediderunt et hominem. Cui jure matris « imperat, cui preces humilium dirigit, cui, inquam, dei- « ficum ventrem, et materna ubera sacratissima, humano a pro scelere remittendo, etspe firma militantisEcclesiae « non frustranda, assidue, piè, et dulciter repraesentat. « Hanc patronam, advocatam, et interventricem singu- « larem, et super omnes propitiatricem suo singulari a pro merito honorare, venerari, decorare, quantum « humana sinit fragilitas , si nostri concupienmt prae- « decessores; quantumvis meritis impares, nostra « tamen flagrant desideria, quantum cum Deo poteri- « mus, illam perampliùs et excellentiùs dignis lauditt bus praedicare et laudare praeconiis. Quod si Deum (( ore prophetico et in sanctis suis laudare jubemur; a multo magis in veneratione ejusdem beatœ Mariœ

« Virginis matris ejus oportet eam hymnis et canticis « diligeatiùs excolere, ac mysticis honorare muneribus. « Statuimus igitur et cum conseusu capituli nostri, et (( in eodem generali Capitulo cum nostris fratribus capi- « tulantibus ordinavimus, et sanctione perpétua decla- « ravimus ut dies Gommemoratioxium Sacrae Virginis a quoad primas et secundas Yesperas aequales sint per (( omnia festis novem lectionum, sic quod secundas (( habeant Yesperas sicut festum novem lectionum : (( exceptis diebus Sabbati, in quibus terminatur dicta (( Commemoratio ad Nonam. Non tamen intelligendum « est quod cum fiet de hujusmodi Gommemoratione « secunda feria habeat primas Yesperas ; sed fiet Yes- <( père de Dominica, et fiet memoria de dicta Com^ « memoratione '•.. »

En ce même synode, notre prélat régla encore les fêtes; mais il en distingua de deux sortes, les unes chômables à tout le monde, et les autres de l'observation desquelles il exemptait les laboureurs seulement. Les fêtes du premier ordre sont celles que nous chantons encore; les autres étaient celles de Saint- Yincent, de la conversion de Saint-Paul, la chaire Saint-Pierre, Tinvention Sainte-Croix, la Madeleine, Saint-Pierre-aux-Liens, Saint-Louis, la décollation de Saint-Jean, Saint- Gilles, l'exaltation Sainte-Croix, Saint-Denis, Sainte-Catherine et Saint-Nicolas'.

Au synode de 1506, il régla le rang qu'on devait observer en l'appel des abbés et des doyens dans

« D, Bes8in,p. 573.

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Tordre qui suit : Montebourg, Lessay, Saint-Lo, Saint- Sauveur-le-Vicomte, Cherbourg, Blànchelande, Saint- Sever et Hambie, et ensuite les prieurs de Saint- Fromond et de la Bloutière, et tous, sans égard au temps de leur fondation , ni dignité, et sans que je puisse donner aucune raison de cet arrangement. Voici celui des doyens : la Chrétienté, Carentan, Saint-Pair, Gavray, Cenilly, Periers, le Bauptois, la Haye-du- Puits,^int-Sauveur-le-Vicomte, Barneville, Saint-Lo, le Hommet, le Val-de-Vire, Percy, Montbray, le Valde-Saire, la Hague et enfin Jersey et Guemesey.

Il y avait encore dans le diocèse un abus que Tusage y avait autorisé. < On ne faisait aucune difficulté d'accepter des fondations d'obits pour être faits aux dimanches ou aux fêtes solennelles, et tout récemment, en 1477, messire Jean Boucard, évèque d*Âvranches, avait fondé en Téglise Notre-Dame- de- Saint-Lo, une messe de reqxdem à diacre et sous-diacre et à trente-deux cierges ardents pendant cette messe, pour y être célébrée à perpétuité, le dimanche de Pâques fleuries, ainsi qu'il est porté en termes exprès dans l'acte qui est conservé dans les archives de cette église et que j'ai vu.

Geoflroi Herbert notre évoque, en ce même synode, retrancha cet abus et ordonna que tels obits seraient transférés au plus prochain jour non empêché d'une fête double.

Cependant on fit des aflaires contre notre évêque au parlement de Paris, de telle conséquence que, y ayant été assigné et y ayant comparu, et ayant prêté Tinter-

rogatoire sur les faits dont il était accusé, et les ayant confessés, il fut envoyé prisonnier en la conciergerie du palais. Il y resta fort longtemps. Voici la procédure sur ce sujet rapportée par Fauteur du Traité des libertés de t église Gallicane et que j'ai fait depuis peu collationner sur les registres de cette cour souveraine, lesquelles se trouvent encore et se gardent soigneusement :

a Ouye la confession de Messire Geofroy Hébert « Evesque de Constances, faite en plaine Cour sur les « charges à luy imposées, et considéré ce qu'il fait à (I considérer.

« La Cour a ordonné et ordonne, que ledit Mes- « sire Geofroy Hébert sera mis prisonnier en la Tour (c Carrée sur les galleries, laquelle sera à cette cause (( préparée, et y sera gardé par Estienne Bonnet, et « Louis Bourgeois Huissiers. Mais que pour ce que ladite Tour n'est encore preste, que ledit Hébert (( seroit mis en i'hostel de Nicolas le Mercier aussi « Huissier, pour prendre sa réfection pour disner, et c( l'aprèsdisnée seroit tenu soy rendre en ladite Tour, u laquelle cependant on prepareroit; et que ledit « Hébert pourroit avoir avec luy l'un de ses serviteurs (( pour le servir, lequel ne partiroit de ladite Tour (( non plus que sondit maistre depuis qu'il l'auroit « retenu : il a esté enjoinct ausdits Huissiers qu'ils « ne laissent parler personne audit Hébert, ne son « serviteur, jusques à ce que par la Cour en fust « ordonné, et après a esté dit à Maistre Jean de Feuce geram et J. de Caulers Conseillers céans , qu'ils

a menassent ledit Hébert jusques en Thostel dudit « Nicolas le Mercier * »

L'auteur de ce livre qu'on appelle la Chronique scandaleuse parlant de ce fait : « Fut aussi, dit-il, « ajourné à comparoistre en ladite Cour, messire Jehan (c'est Geoffroi Herbert, notre évèque de Coutances) (( pour repondre à plusieurs crimes et cas à lui « imposés, où il vint et comparut; il fut sur ce inter- « rogé, et puis par arrest de la Cour fut fait constituer a prisonnier es prisons de la Conciergerie , tous ses (( biens temporels mis en la main du Roy. »

Je ne sais rien des procédures qui furent faites contre lui jusqu'au mois de septembre suivant, auquel ses biens furent effectivement mis aux mains du roi par l'arrêt qui suit : « Veues par la Cour les charges « et informations faites à l'encontre de Messire Geof- (( froy Hébert Evesque de Constances, à présent pri- « sonnier en la Conciergerie du Palais, ensemble sa confession, et tout considéré. Il sera dit, que les « biens meubles dudit Evesque de Constances, seront (( mis en la main du Roy; et aussi sera fait desfenses « à Maistre Jean Hébert son procureur ne plus rien « lever de l'Evesché de Constances, et sera contrainct « à rendre compte de ce qu'il a receu, et le mettre en « la main du Roy '. »

Ces arrêts contre une personne de la qualité et du rang de notre évêque, paraissent violents et extraor-

« Les libertés et preaves de Téglise gallicane, édiu deRooen M.DC.Ll torae II, p. 196.

* Ibid.

dinaires. Ils ne se terminèrent néanmoins à rien, comme on peut voir par un troisième dont voici la teneur :

a Ce jour après que la Gouf a ouy Maistre Thibaut (( Baillet Conseiller du Roy, et Maistre des Requestes « ordinaire de son Hostel, sur les lettres que ledit « Seigneur luy a escrites touchant l'élargissement de « Messire Geoffroy Hébert Evesque de Constances , a détenu prisonnier en la Conciergerie du Palais : « icelle Cour a permis et permet audit Maistre Thi- « haut Baillet procéder à l'élargissement dudit Messire « Geofroy Hébert, selon la teneur des Lettres dudit « Seigneur escrites audit Maistre Thibaut Baillet, et a sous les conditions contenues en icelle \ »

Il serait de mon devoir d'expliquer ici les motifs de ces arrêts, et les causes qui obligèrent la cour d'appeler en jugement un évèque, le constituer prisonnier, annoter ses biens et procéder en tout contre lui, comme contre une personne atteinte et convaincue de grands crimes, comme aussi de rapporter cette autre procédure par laquelle cet accusé est élargi par la présentation simple d'une lettre du roi^ non à la Cour ni à son procureur général , mais au maître des requêtes. Il serait encore à souhaiter de savoir quelles étaient ces conditions contenues en icelles lettres sous' lesquelles ce prélat fut élargi ; mais je ne lés sai& point, quoiqu'il y ait peu de diligences que je n'isiie faites pour les savoir.

«Ibid.

Je ne dois pas taire néanmoins que feu M. du Houguet^ ancien yicomte de Yalognes, personne très savante et très curieuse, estimait que la foudre de l'excommunication lancée par notre évèque contre les officiers royaux de cette même ville , qu'il croyait violer les droits et les libertés de l'église gallicane, lui attiraient cette affaire au Parlement. C'est un fait dont je n'ai pas de preuves suffisantes , et conséquemment je n'ose l'assurer. Les ecclésiastiques en ce temps-là étaient forts jaloux de leur juridiction ; nous avons vu qu'il était enjoint aux curés de lire souvent en leurs prônes les canons des conciles contre ceux qui en usurpaient les droits; et peut-être la chose alla un peu trop loin de la part de notre évêque et de ses officiaux en préjudice du second article de la déclaration que baillèrent les seigneurs Normands, en 1205, à Philippe-Auguste, sur la coutume du pays, par laquelle il est porté en termes exprès qu'aucune personne ecclésiastique ne peut excommunier les barons, les baillis, les clercs et autres personnes qui sont au service du roi, sans la permission de Sa Majesté. C'est deviner; mais quoi qu'il en soit, ce crime dont on accusait notre évêque, certainement n'était pas honteux, puisqu'il l'avouait en pleine audience toute fois qu'on lui demandait, et la manière dont il fut élargi témoigne assez qu'il n'avait péché ni contre son roi ni contre l'état ^

Cependant Jean, évêque de Janopolis, suffragant

« V. la déposition de c Jehan Adam , orfèvre , demourant à Salnct Por-

de celui de Coutances, mourut et eut pour successeur en cette suffragante, Guillaume, évèque de Porphyre. Nous trouvons que celui-ci avait, dès Tan 1478, fait le tour du diocèse et donné la tonsure à ceux qui s'étaient présentés de lieux en lieux, selon la coutume. L'année suivante, il y eut trois ordinations générales faites par ce même évèque de Porphyre, « autoritate reverendissimi in Christo patris Domini (( Gauffridi Herbert, in ecclesia cathedrali Constance tiensi. »

Ce qui n'empêcha pas que de deux ordinations générales qui furent faites Tannée suivante 1480, la deuxième ne le fut parGeoffroi lui-même, le 17* mars, « computando more diœcesis hujus Constantiensis », c'est-à-dire avant le jour de l'annonciation auquel devait commencer l'année.

Nous avons souvent remarqué que nos pères commençaient de compter leur année le 25* mars « anno ab incamatione. » Il sera bon encore de se ressouvenir qu'ils ajoutaient à cette époque ou antè pascha ou post pascha, selon que cette solemnité de Pâques se trouvait' proche ou éloignée de ce jour 25* de mars. Ainsi dans l'ordination générale faite en l'église cathédrale, par notre évêque Geoffroi, le 7* avril 1481, il est ajouté au « die 7* mensis aprilis antè pascha : « anno 1481, computando secundum consuetudinem (( diœcesis Constantiensis. »

çain », contre c Geuffroy Hébert, evetque de Goostances... Da Tendredi mi^ joar d^aoast, Tan mil GCGC IIII«, en la Toarnelle criminelle. 9

(Bibliothèque nationale, m** 3906 da fonds tançais, fol. 36.)

330 HISTOIBB ECCLÉSU8TIQUB

Il yisita ensuite son diocèse. Il conféra la tonsure et les ordres mineurs en la chapelle de son manoir épiscopal de Yalognes, le 20 mai. Il fut de là à Cherbourg, et tonsura dans l'église de l'abbaye le 22*. Le 26% il était à Montebourg; le 27% à Carenfan. Il était à Coutances le 16' juin; il fît l'ordination générale en son église cathédrale. Il était à Yalognes le 17* septembre suivant , d'où , étant de retour en son église de Coutances, il y fit encore une OTdination générale, ainsi que l'évèque de Porphyre, « de licentia damini a Gauffridi episcopi Constantiensis », toutes lesquelles ordinations furent faites en 1482, selon notre manière de compter, et 1481 , selon celle de ce temps-là.

En 1481 , il arrêta un différend qui commençait à s'élever entre le curé de Saint-Pierre-de-Coutances et les Jacobins de cette même ville , au sujet dont nous avons parlé sous l'épiscopat de Guillaume de Thiéville. Il fut rapporté devant le grand vicaire de notre évèque Geoffroi et prononcé derechef, que les bourgeois qui auraient désiré être inhumés chez ces religieux, seraient portés auparavant dans l'église Saint-Pierre, sans qu'il soit en aucune manière fait mention de Saint-Nicolas.

Nous avons trois actes de l'an suivant, qui concernent le prieuré de Saint-Lo-de-Rouen, contesté, comme nous avons dit, à nos évèques par les officiers des archevêques de cette province depuis l'an 1458. Le premier est du 30* mai 1483, et est une sentence de requête du Palais, dans laquelle^ après une longue explication de ce que nous avons aussi rapporté, des raisons du procès et

DU DIO€ÊSE DE COUTAlfCES. 331

du séquestre de la supériorité de ce prieuré entre les mains de l'abbé de Beaubec, il y a une ordonnance qui porte, qu'attendu la mort de cet abbé, il serait, par le vicomte ou par le bailli de Rouen , pourvu d'un autre commissaire régisseur dudit prieuré jusqu'au jour de Pâques suivant. Le second est une sentence de Guillaume Angot, lieutenant général de noble homme Jean Hemery, conseiller du roi et vicomte de Rouen , par laquelle, vertu de ce que dessus, est commis révérend père en Dieu Evrard, abbé commandataire du Saint-Médard-près-Soissons et administrateur perpétuel de l'église et abbaye de Beaubec , pour régir et gouverner en la main du roi la chose contentieuse et discordable entre lesdits demandants complaignants, en cas de laisine et nouvelletés, et lesdits défendeurs visiter ledit prieuré , approuver les élections et autres choses de droit jusqu'au temps susdit de Pâques prochain. Le troisième, enfin, contient la requête que les religieux de ce prieuré avaient présentée au roi , tendante aux fias susdites.

Et, pour achever tout d'un trait ce qui regarde cette affaire, je dirai que ces religieux commencèrent à trouver goût à cettp espèce d'anarchie. Ils jugèrent que le véritable moyen de s'y maintenir était d'éterniser le procès et de chercher un régisseur si puissant, qu'aucun n'entreprit de lui résister , et si éloigné , que son gouvernement n'altérât point du tout l'indépendance où ils voulaient être. Ils s'adressèrent donc à la cour de Rome, exposèrent au pape ce qui faisait à leur dessein, l'état de leur couvent et du procès entre

nos deux prélats, suppliant Sa Sainteté d'y pourvoir. Innocent yill,.qui était alors souverain pontife, les écouta, et, par son rescrit daté du 7* avril 1484, l'an V de son pontificat, après les avoir relevés de toutes et telles censures dont ils auraient pu être notés , les mit sous la protection du Saint-Siège , eux , leurs biens, possessions, droits, dignités et privilèges, et leur permit jusqu'à ce que le procès entre les deux parties fût terminé , de s'adresser pour l'ordination de chacun d'eux à tout et tel évèque catholique qu'ils voudraient choisir, lequel même aurait pouvoir de leur permettre d'absoudre des cas réservés.

En 1484, Geoffroi notre évèque fut à Paris, et l'arrêt qu'on avait fait de sa personne , trois ans auparavant, ne l'empêcha point de paraître en Cour et d'exposer en plein Parlement, avec toute liberté, la venue du légat a latere du Saint-Père , le cardinal de Balue. Voici ce qu'en rapporte du Tillet, du 5* août 1484, à Paris : a Aux Toiu^nelles , au matin , audit conseil , a été remontré par M. de Goutances comment M. le cardinal Balue, légat a latere en France de notre Saint-Père^ était près de cette ville de cinq ou six lieues, menant avec lui M. le cardinal de Foix, tous deux ensemble du retour du voyage qu'ils avaient fait en Bretagne , et que ledit légat était délibéré d'entrer dans Paris aujourd'hui, à tout petit nombre- de gens. Qui ne le voudrait recevoir comme légat et cofiime appartient à légat de notre Saint-Père? Et outre a été ( par lui dit que ledit légat avait envoyé au roi et à MM. les princes et seigneurs de son rang les bulles

(( de notre Saint-Père , lesquelles mondit sieur évèque (( de Coutances avait par devers lui mises en ses mains. (( Et fut délibéré qu'il entrerait dans Paris non-seule- « ment comme cardinal , mais comme légat. » J'écris pour tout le monde ; on voudra bien me permettre de dire ce que c'était que ce cardinal Balue, dans les intérêts de qui était ou paraissait être notre évèque Geoffroi. C'était, à ne rien déguiser, un franc scélérat^ que les crimes et les trahisons avaient élevé à cette haute dignité. Il était fils d'un meunier de Verdun. Il trouva moyen de s'insinuer au service de Juvénal des Ursins , évèque de Poitiers, et fit si bien , qu'il devint mattre absolu de sa maison. Il passa, après sa mort, au service de M. Jean de Beau veau, évèque d'Angers, d'où Jean de Melun , favori de Louis XI , le tira pour le faire entrer au service de ce monarque. Ses artifices lui réussirent si bien , qu'il gagna en peu de temps la créance du roi , et en reçut plusieurs bénéfices , entre autres l'abbaye du Bec et l'évèché d'Évreux. Et, suivant son inclination de perfide et d'ingrat, il fit par ses fausses accusations couper la tète à Jean de Melun, son bienfaiteur, et condamner l'évèque d'Angers à une prison perpétuelle, en récompense de quoi il obtint le chapeau de cardinal; mais^ poussant ses fourbes et ses méchancetés jusqu'à vendi*e et livrer le roi son maître au duc de Bourgogne en l'imprudente entrevue de Péronne, il fut enfin découvert et arrêté dans une prison, où, ayant langui onze ans, le cardinal Julien de la Rovère, qui avait été notre évèque , venant légat en France , en 1 480 , obtint sa liberté. Il se retira à

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Rome, d'où en 1484 il fut envoyé en France légat a latere^ comme nous venons de dire. Geoffroi Herbert, notre évêque, lui rendit service en cette qualité par l'affection très particulière qu'il avait pour la grandeur et la gloire de l'église de Rome, laquelle affection était telle, qu'elle a donné à quelques-uns lieu de croire que la raison àe sa détention, en 1480, était provenue de quelques mouvements quMl s'était donnés pour la liberté du cardinal Balue.

Nous ne trouvons point Geoffroi, notre évèque, en son diocèse Tan suivant 1485. Les ordinations furent faites par l'évêque de Porphyre, suivant les lettres de permission qui lui en furent expédiées par les vicaires généraux , et spécialement signées de l'un d'eux , appelé Thibaud de Fromentiers. Le registre de secrétariat de l'évèché, duquel nous avons extrait ceci, porte ces termes : « Gonsecrati in episcopatu Constan- (( tiensi per Guillelmum Porphinensem episcopum, de a licentia domini Gaufridi, episcopi Gonstantiensis, lit- « terse signatse per Theobaldum de Fromentiers anno (( Domini 1485, diebus et locis infra scriptis. » Le dernier mars , les 1" , 2 et 3 avril , il ordonna en l'église cathédrale; le 6 avril, à Saint-Lo; le 8, à Genilly; le 9, à Gavray; le 11 , en la cathédrale de Goutances; le 12, à la chapelle du manoir épiscopal; le 13, à Gratot; le 16, à Granville; le 17, à Saint- Sauveur-de-la-Pommeraye ; le 18, à Saint-Aubin-des- Préaux; le 19, à Villedieu; le 20, à Tessy; le 21 , au Mesnil-Raoult; le 22^ en la chapelle de l'Hôtel-Dieu de Vire; le 23, en l'abbaye de Saint-Sever; le 24^ à

Ver; le 26, en l'abbaye de Lessay; le 27, à la Hayedu-Puits; le 28, à Laune; le dernier avril à Periers; le 1" mai, à Sainteny; le 2, à Carentan ; le 4, à Sainte- Marie-du-Mont; le 5, à Valognes; le 7, en Tabbaye de Montebourg; le 9, en l'église des Augustins de Barfleur; le 10, en l'abbaye de Ghwbourg; le 11 , à Yauville; le 12, aux Pieux; le 14, à Saint-6ermain-de- Varreville; le 15, en l'abbaye de Saint-Sauveur-le- Yicomte et à Picauville; le 16, à Gorges; le 18, à Saint-Pierre-d'Arthenay; le 19, à Saint-Lo; le 21, au manoir épiscopal de Coutances. On me permettra d'ajouter un petit article , qui est au même registre , en suite du précédent, que j'estime devoir être auparavant, afin de faire connaître le génie de ce temps^là. a Accessit Gonstantiis circà meridiem iisdem Dominus « Porphiriensis episcopus cum tribus equis et descen- « dit in insignio Trium Regum. Pro equorum im- « pensa... et ab ali(pxibus personis servitoribus ibidem « sumptis... 65 s. Pro quatuor ferris equorum... 9 1. 8 d. »

Ce registre des ordinations nous assure que notre évéque Geoffroi fut presque toujours en la ville de Saint-Lo, l'an 1486 et la suivante, y ayant ordonné six fois pour le moins.

Cette même année 1487, les religieux de Cherbdurg ayant, le 26 octobre, élu pour leur abbé un chanoine de leur couvent, nommé Thomas Léonard, ils présentèrent requête à notre évêque , aux fins d'en obtenir la confirmation. Il ordonna aussitôt, suivant les cérémonies ordinaires de ce temps-là, que par trois diman-

ches consécutifs , ou fêtes solennelles , on publierait aux prônes des paroisses circonvoisines cette élection, aux fins d'être pleinement informé de Tétat de Télu et de l'élection , et désigna , le samedi après la Saintr Martin prochain, en son palais épiscopal , pour y être entendus, les opposants à l'élection susdite, si aucun y avait à y être pourvu le jour venu. Il ne se présenta personne ; on en dressa procès-verbal , et ensuite ladite élection fut confirmée par un très long acte qui en fut dressé, lequel est. daté du pénultième de novembre de ladite année 1487 ^

L'an 1488, notre évêque et son chapitre eurent soin de faire revoir, renouveler et relater la grande charte du duc Guillaume le Conquérant, de laquelle nous avons parlé en son lieu. L'acte en est passé devant Guillaume Jourdan et Guillaume Lair, tabellions royaux au siège de Goutances , Jean Le Gascoing, écuyer, étant garde des sceaux de la vicomte de Goutances, et daté du 14* avril audit an 1488.

Il reçut au même an Jean de Yauville, présenté par l'abbé et religieux de Cherbourg à la cure de Saint- Laurent-de-Naqueville , après la mort de Jean Dijon*. Il reçut aussi la permutation faite entre maître Robert Fabri et mattre Richard de Thiéville^ de la cure de Sahit-Martin-de-Tollevast, contre la chapelle de Sainte- Croix, du monastère de la Sainte-Trinité de Caen. L'acte en est daté de Saint-Lo, le 26* septembre 1488.

Il était presque toujours à Saint-Lo, parce que ayant

« Archives de la Manche, H, 9133.

« Ibid. H, 2968.

en ces années entrepris le château de la Motte, il était plus commodément en cette ville qu'en celle de Goutances, pour veiller à ce qui s'y passait et faire exécuter plus ponctuellement ses desseins. Ce château, qui est un des monuments excellents de la grandeur et du génie de notre évèque, est le logement de cette seigneurie , si souvent citée dans les actes dont nous avons fait mention sous les noms de Bonfossé et de la '

Motte-l'Evéque, laquelle seigneurie appartient à nos évèques de toute antiquité. Il en est parlé dans la charte de Guillaume le Conquérant, et elle n'est pas comptée au nombre des choses que ce prince donna à l'église de Coutances, mais de celles qu'il lui confirma sous les termes de Bonfossé et de la Plaine et Bois : « Bonum a fossatum , cum ecclesia et omnibus adjacentibus, « terra etiam de Plena et Sylvatica cum molendino « uno, etc. »

Ce lieu est une parfaite solitude au bord d'un bois, dans un vallon étroit et marécageux, où tombent trois petits ruisseaux, dont on a fait deux ou trois étangs, mais inutiles et sans poisson, le tout à mon avis sans aucun agrément. Pour le terroir, il y est fort stérile. La vue est très bornée , le voisinage étant à quatre grandes lieues de Coutances et à deux de Saint-Lo, avec des chemins presque impraticables, et le revenu est de si peu de conséquence, qu'à peine pourrait-il suffire à l'entretien des maisons.

Quoi qu'il en soit, Geoffroi Herbert semble l'avoir affectionné plus qu'aucun de ses prédécesseurs, et comme les anciens bâtiments, ainsi comme on en peut ToMB u. n

338 HISTOIBE ECCLÉSIASTIQUE

juger par le peu qui en reste, n'étaient pas fort considérables et que le temps les avait ruinés, il voulut faire un nouvel édifice qui fût tel, que ceux qui avaient vu le premier ne le regrettassent.

C'est un gros corps de logis à trois étages, sans les caves et les combles, de seize à dix-sept toises de long de dedans en dedans, six de large et douze de haut, quatre tourelles pour lui servir d'ornement. Le bâtiment est dans l'eau, pour ainsi dire; on n'y peut entrer que par un pont-levis, à la sortie duquel on entre dans le gros pavillon, qui sert de vestibule. A côté droit du vestibule, il y a un petit appartement dérobé, propre pour loger un portier ; en face et de plain-pied , on entre dans un corridor qui conduit en divers apparte» ments, tels que sont la cuisine, les oiBces et autres logements pour les domestiques, et, à côté gauche est un grand escalier en vif tiré dans l'épaisseur des murs du corps de logis et du pavillon et conduit dans le second et troisième étage.

Ce second étage est de deux grandes et vastes salles, percées dans deux côtés avec leurs décharges, cabinets et antichambres, lesquelles ont été faites avec toute la justesse et la^proportion possible. La salle, qui est à la gauche en entrant, était destinée particulièrement aux assemblées ecclésiastiques et synodales. Il reste encore autour des murailles quelque chose des sièges ou bancs immobiles, qui avaient été dressés exprès. Celle qui est à la droite, était la salle d'audience, bien wnée et lambrissée à l'antique, à côté droit de laquelle est l'appartement où logeait Tévèque, qui était une

belle chambre avec ses cabinets et les autres accom* pagnements nécessaires. Ce qui reste de plus entier, c'est la chapelle. Elle est dans le gros pavillon, placée justement sur le vestibule ; elle a, comme lui, cinq toises de long, deux et demie de large et cinq de haut. Il y a autour, à toise et demie de hauteur, un gros cordon bien ciselé, orné de divers écussons en attente, soutes nus chacun par deux anges, et dessus, à égale distance,^ douxe niches remplies de figures ou statues des douze apôtres, chacune d'une attitude différente quoiqu'elles regardent toutes au même point, d'un travail si naturel et si délicat, que je doute si nos meilleurs sculpteurs, pourraient faire mieux. La voûte , qui est de vingt-six cordons, tous ciselés et d'un ouvrage exquis, a quatre amortissements ; trois anges, qui tiennent chacun un écriteau, en attente, finissent les trois premiers, le quatrième est terminé par un grand ouvrage en espèce de lanterne pendant au cul-de-lampe, dont les quatre quarts relevées en bosses d'une très-belle sculpture, dans laquelle on voit au naturel la figure de notre Seigneur moptant au ciel le jour de son Ascension, où semble se terminer la vue des douze apôtres.

De la grande salle d'audience, on entre de plainpied en cette chapelle par une grande porte à deux battants ciselés, aussi d'un ouvrage très-beau, elle ^ le

bourdon qui est au milieu d'un qui e$t

dessus et qui conduit dans les appartements du troisième étage, en outre, dans une petite tribune gaignée d'une manière délicate dans l'épaisseur de la muraille ; les balustres qui la ferment n'ont pas moins d'agrément

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ni de petitesse, ayant été travaillés de la main du même ouvrier qui a fait le surplus.

Cette chapelle ayant, d'un côté, une sacristie assez ample et, de Vautre, un autre appartement semblable qui semble avoir été destiné pour y faire ses préparations, ses actions de grâces et autres choses semblables, n'a plus d'autel que la masse ; mais le surplus ne parait en rien altéré. Ses statues et ses sculptures sont entières, blanches et comme si elles partaient de la main de l'ouvrier. Mais dans les autres apppartements du château, le temps n'a rien épargné , et le peu qui en reste ne sert qu'à faire regretter ce qui en est perdu, la beauté des plafonds, des lambris, des cheminées et des autres riches ornements que GeofTroi Herbert y avait fait faire avec tant d'art, de politesse et de dépense, que le panégyriste de cet évèque, nommé Guillaume de la Mare, l'appelle royal. Je n'ai vu de cet écrivain, qui était chanoine et trésorier de la cathédrale, que ce qu'en rapportent MM. de Sainte-Marthe ; mais je n'ai pas cru devoir Tomettre ici. Il a fait, dit-il, bâtir le château de la Motte avec tant de somptuosité, de génie et de régularité et politesse, qu'il n'y a personne qui ne le regarde comme l'ouvrage d'un roi : a Castrum « struxit apud Motum, tanto sumptu, tanto ingénie, tamque aifabrè factum atque politum, ut regium a opus profecto existimari queat^ » Mais si cet ouvrage mérite d'être considéré par soi-même, les raisons qui engagèrent notre évèque à l'entreprendre, le sont

« GalHa ehristiana, 11,887.

encore plus. Cet écrivain en rapporte deux; on en jugera. II le fit, dit-il, afin que lui et ses successeurs eussent en temps de guerre un lieu de sûreté pour se retirer : « Ut ipse suique posteri, si quid hostile immi* a neret, quo se tuto reciperent habere possent. » Et comme il avait une compassion véritable pour les pauvres et en même temps de Taversion pour la fainéantise qui les accompagne ordinairement, il remédiait charitablement et prudemment à Tun et à l'autre en leur donnant de l'emploi : « Utque otiosi artifi(?es « et operarii sua simul et ingénia et corpora exerce- « rent, dicereque solitum malle se operari volentibus « pecunias largiri, quam mendicantibus validis, quos « juris sanctio persequitur atque improbat ^ »

Et ce qui est remarquable, ces dépenses se faisaient avec tant d'ordre et d'économie qu'elles n'empêchèrent que notre GeoiTroi ne fût un des plus riches et aisés prélats de son temps, quoiqu'il n'eût point d'autres bénéfices que son évéché, dont on sait le revenu fort modique. Nous savons qu'il rebâtit dès les fondements le palais épiscopal de sa ville de Saint-Lo ; qu'il acquit la baronnie de Courcy, dans le diocèse de Seez, celle de la Hougue, Anneville-en-Aire, Sainteny, le fief du bois des Préaux et plusieurs autres ; nous avons copie de son testament, et l'on ne peut lire sans étonnement la prodigieuse distribution des deniers qu'il y fait, et sans conclure qu'il était nécessaire qu'il eût des richesses immenses pour satisfaire à toutes ses grandes libéralités.'

• Ibid.

Le diocèse de Coutances était dans une henrense paix sous la conduite d'un si sage pasteur. Tous les ans, sous prétexte de conférer la tonsure, il visitait son diocèse, ou par lui-même ou par son sufTragant, révoque de Porphyre.

Notre évêque fit l'ordination générale à Saint-Lo, le 23* de septembre 1486^ le 23* de décembre et le 10* de mars suivant. Il ordonna le dernier de mars, le i4* avril, le 9* juin et le 22* septembre 1487. L'an suivant 1488; il fit les mêmes fonctions en sa cathédrale à Coutances; mais aux années suivantes 1489, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96 et 1497, à Saint-Lo. Il est encore remarqué dans les registres d'où j'ai extrait ceci, qu'en ces dernières années que je viens de nommer 1496 et 1497, ce prélat fit l'ordination en son château de la Motte : a Ordinati in majoribus et minori- « bus per reverendissimum dominum GaufTridum, « miseratione diviria Constautiensem episcopum, in casce tro de Mota, 16' martii 1496.

En 1496, Guillaume, évêque de Porphyre, » de licena tia domini GaufTridi episcopi Constantiensis, » fit le tour de son diocèse ; les lettres furent signées « per « magistrum RoUandum de la Mare et a magistro « Theobaldo de Fromentiers in utroque jure licentiato, « pœnitentiario et canonico Gonstantiensi, principali « ipsius domini consecretario. » Il commença son cours au Pont-Farcy * le 8* octobre, il finit à Savigny le 17' novembre.

« La Pont-Farcy, arr. de Vire.

Le registre de 1497 commence en ces termes : « Se* « quitur registrum tonsuratorum et acolytorum per « reverendissimum in Christo patrem et dominum Guillelmum, miseratione divina Porphiriensem épisa copum, de licencia et permissu reverendi în €bristo xi patris domini GaufTridi, eadem miseratione Gonstanu tiensis episcopi , diebus ac locis infrà dictis , anno « domini 1497. » Il commence le 17* avril à Tessy^ et finit le 8* octobre à Hautteville-le-Guichard % à quoi je n'ajouterai plus que le tour que fit ce même érèque aux lies, dont juridiction était encore toute pleine à nos évèques. En voici l'article : <c Tonsurati apud « insulas per dominum Constantiensem episcopum, « anno domini 1497, diebus et locis infrà scriptis : in « insula Guernezeii », le 10' juin, en Téglise parois* « siale « in portu » ; le 12% « apud parochias de Yalle >>; le 13% dans Téglise des frères mineurs de Guernesey, H in ecclesia fratrum minorum de Guernezeio »; le 14*, « in ecclesia sancti Salvatoris de Guernezeio » ; le 18*, « in ecclesia sancti Helerii in insula Gerzei » ; le 19*, « in ecclesia sancti Laurentii de Gerzeio » ; le 20* et 22* juin, (( in ecclesia sancti Martini de Gerzeio ; in a eodem die in ecclesia sancti Salvatoris; » le 23*, « in ecclesia sancti Helerii » ; le 24*, « in ecclesia «r sancti Joannis « ; le 25*, « in ecclesia sancti Martini»; le 26*, a in ecclesia sancti Audoeni « ; le 28*, « apud « parochiam sancti Salvatoris acolyti; die 13*, in « ecclesia sancti Laurentii de Gerzeio » ; le 21*, « in

* Arr. de Saint-Lo.

* Arr. deCoQtances.

344 HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUB

« ecclesia sancti Salvatoris de Gerzeio » ; le 24*, v in c( ecclesia sancti Joannis Baptistœ. »

Ce Guillaume, évèqua de Porphyre, pour le dire en passant, avait nom Ghevenon ou Chevron. Il était curé de SautchevreuiP; il permuta, en 1488, le onzième de décembre, contre la chapelle de la Madeleine de Marthe-I'Heureuse en la paroisse de Feugères*, diocèse de Séez, avec un nommé Jean de Corbière, le tout à Saint-Lo entre les mains de notre évèque, qui lui donna aussi quelque temps après le prieuré-cure de Savigny. La présentation faite de frère Jean Citure par dame Antoinette de Villaine, veuve de Guillaume Carbonnel, n'ayant pas été trouvée valable ni légitime, cet évéque de Porphyre, qui ne l'avait acceptée que pour en tirer pension, la garda fort peu et la résigna à un nommé Champagne.

Ce que je dis ici est extrait des autres registres de secrétariat de Tévèché. Ils commencent en 1488 et vont fort loin. Nous en insérerons ici tout d'une suite ce que nous en croirons de plus éloigné de nos manières d'agir pendant l'épiscopat de notre Geoffroi Herbert.

En 1487, le 22* octobre, fut accordée par écrit, permission aux religieux de Saint-Ântoine-de-Yienne, de la résidence de Rouen, de quêter par tout le diocèse, et le 28* du même mois, permission semblable fut donnée au commandeur de Yilledieu.

Le 21* décembre, « facta est littera creationis pen-

* Ait. d'Avrancfaes.

* Uses Feugeretfi, arr. d'Alençon.

« sionis auctoritate ordinariA super fractibus parro- <c chialis ecclesiae sancti ManvaBi de Marchesieux \ pro <( magistro Thomâ le Galliot. » On Toit par là qu'il n'était pas nécessaire d'envoyer à Rome.

En 1488, le 16* de mai, on dispensa à Messire Richard de Folligny, curé de Garantilly", de se sacrer prêtre jusqu'au bout de trois ans, « facta est littera « dispensationis de non promovendo ad sacerdotium (c usque ad très annos , pro Richardo FoUigneio , « curato de Carantileio. »

Le 20* dudit mois et an , on dispensa Richard Quesnel de Hambie du serment qu'il avait fait, a facta « est littera dispensationis super juramento pro a Richardo Quesnel de Hambeya. » Les registres sont pleins de semblables dispenses, dont on tirait quelque argent.

En 1489, le 2r décembre, notre évèque étant à Saint-Lo vérifia les lettres apostoliques accordées à Robert d'Estouteville, « ut nonobstante defectu natau lium... ad sacros et presbiteratus ordinem valeat « promoveri. » Quoiqu'il fût seulement âgé de 19 ans, il avait pouvoir de posséder un ou deux bénéfices.

En 1491, le 27* mars, a Colino Lehotivel de « Condeto super Yiram , Bajocensis diœcesis , con- « cessa fuit dispensatio juramenti , ut apostolicis « utatur litteris moratoriis ad annum. Die quartâ « julii , facta fuit littera dispensationis super litce teris moratoriis ad annum concessis Petro Plan-

* Ait. deCoutances.

• Arr. deSaiPt-Lo.

3 46 HISTOIRE EGCLÉSUSTIQUB

« tegenest, et domino Nicolao Plantegenest , filio « ejus. D II y avait une ioGnité de dispenses semblables. C'étaient des bénéficiers qui, suivant les canons, devaient se faire prêtre dans Tan; en les admettant, on leur faisait prêter serment qu'ils se feraient ordonner et résideraient dans le temps prescrit par l'église. Ils prenaient des lettres de dispenses et de prolongation pour éviter aux dévoluts; le prétexte de, l'étude était fort fréquent; ils obtenaient ainsi ces sortes de dispenses de résider. Nos registres en fiont pleins. Le revenu de ces sortes de dispenses, des lettres et autres choses de secrétariat, était partagé entre l'évéque et les ofGciers de cette chambre; c'est ce qui parait par un acquit que leur en donna notre évêque en 1492, dont voici la teneur :

(( Reçu de Messire Nicole du Marchez, prêtre, pour « ma portion du secrétariat de l'année 1492, à cornet mencer au T' jour de mars jusques aux semaines « de Pâques 1492^ la somme de six vingt sept livres « deux sous six deniers, de quoi je le clame quitte et « de tout le temps passé. Fait le second de mai 1492. a Herbert. »

Il est bon de remarquer qu'il signe Herbert, et non Hébert, comme l'écrivent la plupart de ceux qui font mention de lui. J'ai vu plusieurs de ses souscriptions qui sont toutes semblables.

Voici le titre du registre de 1492 :. a Sequitur regis- « trum litterarum secretariatûs sub reverendo inChristo « pâtre et Domino GaufTrido, Gonstantiensi episcopo, « signatarum per reverendum et circonspectum virum

DU DIOGÂSE DE COUTANGES. 347

a magistrum Theobaldum de Fromentiers, pœnitentia- « rium Constanliensem et secretarium praefati in Christo a patris, inceptum anno Domini 1491 , die T octobris. »

Le 2* janvier suivant, fut accordée la permission de fonder et bâtir la chapelle de Sainte-Anne sur le fief de Beaumont, paroisse de Garentan, et établi xm chapelain, à la présentation de noble homme Jean Yauquelin, seigneur dudit lieu de Beaumont, et fondateur de cette chapelle.

Le jeudi lO*' novembre 1497, Louis Herbert, frère de notre évèque, son grand vicaire et chanoine de la cathédrale, et en même temps commandataire, « perte sona sua administrator perpetuus », des paroisses de Granville et de Sainte-Opportune, les remit entre les mains de Geoffroi son frère, qui les conféra à Jean le Courtois, chanoine de Bayeux.

Cette dite année 1497, le registre des expéditions commence le 3* avril après Pâques pour finir à pareil jour au bout de Tan. Roland de la Mare fut le secrétaire, et la première expédition fut en faveur de Jean Nicole, auquel fut donnée la cure de la Trinité-de- Jersey, par la démission de Louis Palus.

Il y a un acte du 24'' août de cette même année, par lequel l'église paroissiale de Sainte-Catherine de THôtel-Dieu de Saint-Lo fut conférée à Guerrand Leurot ou Lievarot, prêtre religieux de Tabbaye de Saint-Lo, ordre de saint Augustin, vacante par le droit de dévolution, frère Guillaume Le Bourgeois, qui en était curé, ayant, sans dispense, accepté un autre bénéfice incompatible^ et ce Leurot ou Lievarot

348 HISTOIRE ECCXÉSUSTIQUE

ayant été présenté par l'abbaye de Saint-Lo. Elle était paroissiale et dépendante de Tabbé et religieux de Saint-Lo, et devait être possédée par un régulier.

Nous lisons ces termes au commencement du registre de 1498 : « Die sexta, facta fuit collatio « narrativa ecclesiae parochialis sancti Laudi de tribus « Gotbis^ cumcapella beatœ Mariae supra Yiram eidem (c annexa, vacante per obitum magistri Joannis du c< Moulin, et hoc per decisionem brevii in assisiis « Constantiensibus concessi Petro, de concensu praec( dicti Michaelis, et per renuntiationem nobilis viri « Remigii Namptier, fîrmarii terrae seu dominii de « Sancto Rumphario et de Fervacbiis, seu potius « dominas Girotae de Derval, dominas de Derval, de « Cambor, de Fervacbiis et de Sancto Rumphario. »

Nous trouvons en 1499, que Louis Herbert, dont nous venons déparier, frère de notre évèque, était en même temps chanoine de Goutances et de Bayeux, et curé de Tamerville*, de laquelle cure il se démit entre les mains de notre évèque, qui était encore à la Motte, qui lui conféra Sainte-Marie-du-Mont % le 5* août suivant. Ce Louis Herbert fut bientôt après abbé commandataire de Saint-Lo, en laquelle qualité ayant présenté au bénéfice de Saint-Ebremond \ le 23 juillet de l'an 1501, son frère refusa son présenté, quoique peu de temps après, c'est-à-dire le 16 décembre suivant,

« TroisgoU, aiT. de Saint-Lo.

* Arr. de Valognes.

* Arr. de Valognes.

* Arr. de Saint-Lo.

il lui donna l'archidiaconé du Val -de -Vire. II était dès auparavant son grand vicaire.

Mais laissons ces particularités au siècle prochain, et remarquons seulement ici la décision d'un grand procès entre notre évèque et Tabbé de Blanchelande pour le patronage de Téglise de Saint-Denis-le-Vètu \ d'autant plus volontiers que ce différend fut terminé selon toutes les règles et les circonstances dans l'épltre, laquelle nous avons rapportée en son lieu, écrite par notre évèque Vivien au roi Philippe Auguste, en 1207, au nom de tous les prélats de la province.

Robert, abbé de Blanchelande, et les religieux de ce couvent exhibaient de la donation faite de ce patronage, en 1199, par Guillaume de Rollos, approuvée cette même année par Guillaume de Tournebu, alors évèque de Coutances, et par Vivien, son successeur, suivant les chartes dont ils étaient porteurs, jointes à une autre charte d'un nommé Robert le Dive, par laquelle, en 1204, en présence et du consentement dudit évèque Vivien, il aumônait auxdits abbé et religieux tous les droits qu'il pouvait prétendre à ce patronage, contre quoi Guyon Manger, procureur de Tévèque, opposait la disposition de deux registres de Tévèché, le livre noir et le livre blanc^ et les trois curés derniers pourvus de plein droit au bénéfice par les évèques prédécesseurs de Geoffroi, sans aucune opposition de la part des abbés ou religieux de Blanchelande.

Il fut donc ordonné que la chose serait terminée

« Arr. de Coutances.

350 HISTOIRE ECGLËSIASTIQUE

selon l'ancien usage de la province. On nomma quatre prêtres, tous curés dans le diocèse d'Avranches et, à défaut de chevaliers, on choisit quatre écuyers de ce diocèse qui furent Guillaume Meurdrac, écuyer. S' de Contrières, Enguerrand de Camprond, écuyer, S' de Nicorps, Charles de Breuil, écuyer, S' des Trauts, et Jean Gautier, écuyer, S' de la Beuserie, suivant le rapport desquels le patronage de cette paroisse fut jugé alternatif entre les parties, Tévêque et les religieux. J'ai vu l'acte de ce jugement; il est entre les mains de François Gautier, écuyer, sieur de la Beuserie. D arriva cependant un nouvel éclat à la fortune de notre prélat, par l'union qu'il eut avec le fameux cardinal Georges d'Amboise. Ce cardinal dont le nom est si connu dans l'histoire, était le neuvième de dix-sept enfants de Pierre d'Amboise, seigneur de Chaumont. Il fut évèque de Montauban, puis archevêque de Narbonne, chef du conseil du duc d'Orléans, qui fut par après le roi Louis XII, archevêque de Rouen, cardinal et un des plus grands hommes d'état qui soient entrés dans le ministère.

U avait toujours été fortement attaché aux intérêts du duc d'Orléans; aussi avait-il eu sa fortune. Ce prince fut arrêté prisonnier. Georges d'Amboise le fut aussi ; mais son grand génie lui fournit bientôt les moyens de se libérer lui et son maître. Ce fut alors qu'il fut poiUTU de l'archevêché de Rouen, dont le prince était gouverneur, ainsi que de toute la province.

Alexandre YI était alors pape. La bulle du transport de Georges d'Amboise de l'archevêché de Narbonne

en celui de Rouen est datée du T' juin 1494, et nous la remarquerons , parce que notre évèque Geoffroi , avec celui de Saint-Malo , y est choisi et nommé pour recevoir, au nom du souverain pontife, le serment de fidélité que Georges d'Amboise était obligé de faire à l'église romaine à son avènemçnt en cet archeyèché^ duquel Geoffroi lui-même, si nous en croyons le manuscrit de M. Le Prévost, prit possession le 7' août audit an 1499, en qualité de son procureur, et depuis ce temps-là, il ne se passa presque rien de considérable dans la province où Tarchevèque eût intérêt, sans que l'évoque de Coutances y intervint.

Ainsi dans la célèbre cérémonie funèbre que Farin décrit, volume 3% page 344, du corps de feu Messire Jean d'Estouteville, chevalier, en son vivant seigneur de Torcy et de Blainville, prévôt de Paris, gouverneur du château de Caen, grand^mattre des arbalétriers de France, il n'oublie pas de dire que ce fut l'évêque de Coutances qui oflScia. Ce fut le 16* décembre 1494. Et parce que l'archevêque de Rouen était toujours en cour, à la suite du roi et du duc d'Orléans, ayant même passé en Italie avec eux, et que cet archevêque était lieutenant du duc au gouvernement de notre province, c'était Geoffroi notre évêque qui avait soin de tout et devant lequel tout se passait en ce gouvernement. Je sais qu'on en a voulu faire un crime aux uns et aux autres, et qu'on fit pour ce sujet présenter au roi diverses requêtes par les baillis de la province, et que le duc d'Orléans appréhendant encore une fois de succomber aux entreprises de ses ennemis, jugea

352 HISTOIRE ECCLÉSUSTIQUE

à propos de se retirer pour quelque temps de la cour ; mais la chose n'alla pas si loin et ses ennemis eurent la confusion. Bientôt après même, il arriva un grand changement à la fortune des uns et des autres. Charles YIII mourut inopinément à Amboise le dimanche des Rameaux, le 8' avril 1498, sans enfants; ainsi le duc d'Orléans lui succéda sous le nom de Louis XII. Ce monarque donna le gouvernement de Normandie à l'archevêque de Rouen, et la lieutenance générale en ce gouvernement à notre évêque, ainsi que le dit en ces termes Farin : « Messire Geoffroy Hébert, « Normand, Evêque de Coutances... lieutenant en l'ab- (( sence de Georges d'Âmboise, pour le service du Roy a au Païs de Normandie, par Lettres du même Carte dinal données à Orléans, le 6 décembre 1498 \ »

César Borgia, fils naturel du pape Alexandre VI, était venu en France à dessein d'y épouser la princesse Charlotte, sœur de Jean d'Albret, roi de Navarre, ayant par dispense de son père quitté le diaconat et la pourpre. Il avait apporté à trois grands prélats un pouvoir spécial de juger du divorce que prétendait le roi de son mariage avec Jeanne de France, fille du feu roi Louis XI, laquelle il disait avoir épousée par force et n'avoir point consommé le mariage , comme étant fort laide, et, au jugement de tous, incapable d'avoir d'enfants, afin d'épouser Anne de Bretagne, veuve de Charles YIII.Il avait aussi apporté, de la part du pape, le chapeau de cardinal à notre archevêque et gouverneur.

* Farin, Messieun les fitemiers présidents du Pariement de Rouen, toire &e Roaen, édit. de 1738, H, 139.

C'était un nouvel éclat à sa grandeur et un nouvel engagement de travailler de plus en plus à Thonneur du roi et du royaume. C'était aussi une augmentation des soins de notre évèque, parce que le cardinal se donnant tout entier au roi, à régler les finances, la guerre et la police, il laissa le gouvernement de son diocèse et de la province à Geoffroi Herbert. De toutes les grandes actions de ce très-illustre ministre d'état, celle qui nous touche le plus et est plus digne de notre mémoire, c'est l'établissement du Parlement ou Echiquier perpétuel à Rouen, ce qui est sans doute le plus bel ornement de cette ville et de la province. Notre prélat Geoffroi y eut trop de part, pour passer ce point trop légèrement. Je me servirai néanmoins simplement des paroles de feu M. de Denneville en son inventaire de l'histoire de Normandie : « Il (Louis XII) avoit esté nostre Gouverneur , et nos Registres portent que le sixième de Mars de l'an 1491, il fist en cette qualité, son entrée solemnelle à Rouen. Comme il fut monté dessus le Throsne, il nous donna en sa place la plus chère personne qu'il eust, le grand Cardinal d'Âmboise son premier Ministre d'Estat. L'entremise de ce grand protecteur, nous obtint aisément d'un Prince naturellement bon , toutes les grâces dont nous eusmes besoin. La principale fut l'establissement d'une Justice Souveraine en nostre ville capitale. Jusques là les plus grandes causes, et les appellations des premiers Juges ne se decidoient qu'en l'assemblée des Notables de la Province, qu'on appelloit Eschiquier; pour ce, peut estre, que l'ordre

TOMB II. t'a

« et là seaiice d'un grand nombre de . personnes^ de t< diverses conditions et de diverses pareiâres , avôit « quelque rapport à cette figure. Mais le temps, ny le c( lieu de ces Assemblées n'estoit pas réglé ny certain, « non plus que celuy des Parlemei^ts, desquels elles « ne differoient que de nom. Le Prince les convoquoit a seloû la nécessité des aiSTaires, ou sa propre commo- ^ dite. Et eombien que Philippe le Bel eust voulu ^< qu'il se tinst règlement tous les ans deux Escbiquiers (i à RonEten, comme deux Parlements à Paris, au <hwk « 'mencement du Printemps et de l'Automne, néantce "moins il s'y rencontroit souvent des obstacles , ou « par les guerres ou par d'autres accidents. Loujs « changea cette forme ancienne, et à la prière ^es « Ëstats de la Province, il establit à Rouen un Corps c< de Justice Souveraine, sédentaire et perpétuelle, « coinposée de quatre Présidents, vingt 'huit Conseillers (( distribués en deux Chamfbres , et toute autre sorte t( d'Officiers, dont le nombre a esté depuis augmenté, t( -selon que le temps et les occurences l'ont requis, « ou en ont donné le prétexte. Il luy laissa toutefois ec encore le nom d'Eschiquier , qui fut changé par t( sdû successeur en céluy de Parlement, etc., (pages ce 151 et 152) ^

De ces 'quatre présidents, il y en eut deux ecclé- ^sîastiques, le premier et le troisième, et les deux autres laïques. Qui voudra savoir leur nom, aussi bien que des conseillers, pourra voir le livre de M. de Bras, qui

« Inneniaire de P Histoire de Normandie ^ par M. Eustace de DeaneviUe. 'Roaen, M.DC.XLVI*

rapporte les vers qu'un nommé Nicole Anbert, avocat du roi à Garentan, dont nous avons fait mention ailleurs, fit sur chacun de ses nobles officiers, desquels j'entreprendrai seulement ici quelques-uns. Après avoir remarqué que Geoffroi, notre évèque, fut choisi pour être le chef de cette illustre compagnie, premier président du Parlement ou Echiquier perpétuel de Rouen,

Ne parlons plus de monstre ny:DFagoo^

De Priapus ny de Demogorgon>

Ny de Jason avecques sa Medee,

De Dalila, Méduse et leur jargon,

Ny de Didon avecques son lEnee :

Ne parlons plus de Siresues Driades,

Ny de Nymphes avec les Oriades,

Ny de ce Dieu qu'on faint. qui les prqmaine.

Disons ^ rondeaux^ triolets et balades, .

De FEschiquier qui est Cour souveraine.

Faisons banquets et nous esjouissons.

Chantons motets et plaisantes chansons Avecques luts, rebecs, flûtes, tambours.

Harpes, flageols, basses, danses dansons Hayes de Rouen, en salles et en cours :

Les trihoris, et bransles qui ont cours :

Et qu'un chacun tout joyeux se demaine, Hesmes aux rues, et par les carrefours En publiant, et faisant des discours.

De TEschiquier qui est Cour Souveraine.

Après qu'un de mes compagnons Estant accoustré sur le gourt, M*eust bien fait connoistre les noms De tous mes seigneurs de la Cour :

Je pris encre et papier tout court.

Avec solicitude et cure,

« Dictons dans rimprimé, qui diffère en plasiears, endroits du texte donné par notre auteur.

Selon mon esprit gros et loard, TrouYera chacun sa figure.

Db mbssibubs les PaAsiDiNB.

En Toyant monsieur de Constances, Premier de la Cour principal, Tenent gravitez et constances En son habit Episcopal :

Quand il est en son Tribunal, Il Yoit en droit plus clair qu'Argus, Car il entend les circonstances, Et représente un Lieurgus.

Quand je Toy monsieur de Crémone Porter gravité de Pompée, Je Toy Romulus en personne Assis dessus la roc Triphee :

De Normandie est extirpée, Par luy toute fraude et malice; Il porte de César l'espee Et est notre aigle de justice.

noble abbé de Saint Ouen, Bon, beau, gracieux, droit et juste.

Qui es paladin à Rouen, Comme à Rome César Auguste ; Vous n'estes ne fier ne robuste Pour donner fringues ne virades.

Mais estes un second Saluste, Ou Tite Live en ses décades.

J*estime voir Homère en Grèce Quand j*apperçoi monsieur Nepveu, Ou à Rome Yirgille ou Boece, Tant est de science pourreu.

Il a longtemps des livres leu En Grec et en langue Romaine,

Et en a tant retins et yen.

Que c*e8t de droit une fontaine.

[Il parle ensuite] des conseillers et finit par le greffier, nommé de la Croix ^

L'ouyerture de ce parlement se fit le premier jour d'octobre de la même année 1499, après la messe solennellement chantée en l'église métropolitaine par notre évèque Geoffroi Herbert, premier président, à la(iuelle assistèrent les autres présidents, conseillers et officiers de ladite cour, et une infinité de peuple, ainsi qu'il parait d'un extrait des archives de cette église, rapporté par Farin. C'est à la page 188* du premier volume de son histoire, et au chapitre vingthuitième, qu'il dit que « Messire Georges d'Amboise, « Légat du Saint-Siège en France, Cardinal et Arche- « vèque de Rouen, Lieutenant Général du Roy en Nor- « mandie... reçut dans la grande Sale du Château de (( Rouen le serment des Officiers de l'Echiquier, lorsque « ladite institution fut faite le premier jour d'octobre « 1499. » M. Le Prévost, néanmoins, nous dit que notre prélat prêta le serment de sa charge entre les mains d'Aimeric d'Amboise, grand prieur de France, commis à ce sujet du roi : « Creatus primus praesi- « dum curiae supremsB scaccarii perpetui Rhotomagen- « sis a Ludovico duodecimo rege, in ejusdem curiœ « institutione, anno Christi 1499, et juramentum « prœstat in manibus Emerici de Ambasia, majoris

• Les Recherches et Antiquités de la province de Neustrie, pagti 45 à 49.

• Page 138, tome II, de Pédit. de 1738.

358 mSTOIRB ECCLÉSIASTIQUE

(( prioris Franciae, ordinis sanctî Joannis lerosolimic( tani, commissarii régis ad id deputati, eodem aimo a 1499, décima dieoctobris. »

En cette même année 1499, furent jetés les fonder ments dû collège de Coutances, par M' Jean Hélie, prêtre, natif d,e Heugueville*, chapelain de l'église cathédrale, qui donna aux maîtres, etc., un manoir assis en Saint-Nicolas-de-Coutances, où étaient une maison^ cour, jardin et clôture, suivant qu'il est porté par le contrat passé devant Jourdan et son adjoint, tabellions à Coutances, le mercredi dixième jour de décembre 1499.

Le Milanais, cependant, avait été conquis sur Ludovic Sforza par une armée que le roi y avait envoyée. Ce monarque et son premier ministre, le cardinal d'Amboise, y étaient allés pour en prendre possession, d'où étant de retour à Lyon, au commencement de décembre de cette même année 1499, et cet heureux retour étant connu à Rouen, il se fit une assemblée générale, le 10* de ce mois, en l'hôtel commun de la ville^ où (( il fut dit », au rapport de Farin, « tout d'une « voix qu'il falloit députer vers le Roy... pour le re- « mercier de l'affection qu'il portoit à la Ville d'avoir (( institué la Cour de l'Echiquier pour toujours : et lors « furent nommez pour aller trouver Sa Majesté qui a étoit à Orléans,... par la Cour de l'Echiquier... « Messire Geoffroy Hébert, Evêque de Coutances, « M. de Saint-Quentin et M. Duval, qui partirent de

• Ait. deContaaces.

(( Rouen le 13 Décembre. Etant arrivez à Orléans^ Us « saluèrent le Cardinal qui les reçut avec joye, les ré-^ « gala et les mena au Roy. M. de Goûtances parla le. « premier, et divisa son discours en deux points ; au <( premier il parla de la Justice ; et au second il dis-

(( courut de la force nécessaire pour la garder, allé- (( guant le sage Salomon, et tournant ses paroles à la « louange du Roy, il montra combien ces grande? (( vertus étaient abondantes en lui \ Le sieur de Coû-^ a tances remercia par après Sa Majesté de Tinstitution « de la Cour de TEchiquier et de la Chancellerie. Il (( parla , ensuite de la Charte des Normands, et de la (( distraction des causes, afin que personne n'allât au « contraire. Le Roy reçut ces députez avec beaucoup « de bienveillance, entérina leur Requête, et les ren^ n voya très-satisfaits *, »

Il y eut bien des gens, à Rouen, qui n'eurent pa^ sujet de l'être, d'une grande cérémonie qui se fit à I9 cathédrale pour l'ouverture du grand jubilé, l'an suivant, le S"" décembre 1500. Suivant la volonté du cardinal d'Amboise^ Geoffroi, notre évêque, fit cette ou-^ verture par la célébration solennelle de la messe, à h fin de laquelle, dit Farin, « on lut la Rulle au /ubé, a où ce Prélat donna la bénédiction à une foule de a Peuple qui étoit dans l'Eglise : d'où il s'ep alla par « dessous les voûtes dans une gallerie du grai^d Por-r « tail, où l'on chantoit alors Viri Galilm le jour d«

* Ces derniers mots ne sont pas dans l'édition de 1738, que j'ai sons les yeax.

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