‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 6 sur 30 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

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(( Enfin », dit encore cet écrivain, a quelques-uns « estiment que le motif de cette fondation fut im vœu « que le roi avait fait étant en mer, qu'au premier <( havre où il prendrait terre, il fonderait un couvent, « lequel fut d'Augustins en faveur de Gilles de Rome, « de l'ancienne maison de Colonne, fort chéri pour « ses vertus par Philippe le Bel. »

J'apprends du Livre noir ^ de l'évèché qu'il y avait, auparavant l'établissement de ces religieux, une chapelle au lieu où ils sont, dépendante de l'église paroissiale. C'est en parlant de cette paroisse : « NuUa « est ibi capella pertinens eidem ecclesiae, quia Augus- « tini habent possessionem cujusdam capellae quae a solebat eidem ecclesiae pertinere. »

Je rapporterai pour l'année 1287 une espèce de charte de mariage entre un nommé Philippe d'Ouville et Nicole de Sainte-Mère-Eglise, fille de Guillaume^ reconnu devant le vicomte de Yalognes, le mercredi avant la Saint-Jacques et la Saint-Christophe, dans lequel il y a ceci de singulier que le père dota sa fille d'une portion de dtme. Cet acte est en français et extrait mot à mot du grand chartrier du chapitre, auquel cette dtme fut peu après vendue.

« A tous ceulx qui ces lettres verront et orront, le « viconte de Yaloingnes , saluz. Sachiez que présent « endroit devant moy, Guillaume de Saincte Marie « Eglise, escuier, rec(mgnut, sans nul contraignement, « que il a ottrié et donné en pur et perpétuel mariage

* Lises Livre blanc, fol. 60, ▼«.

« à Philippe d'Ouville le Jeune ovecques Nicole, fille « audit Guillaume, une portion de diesme qui doit « valoir par convenant cinquante fiouldees de rente, « que ledit Guillaume appercevoit et avoit en la « paroisse de Bemeville \ eu fîeu as Orglandreiz, et six a boissaux de forment, à la mesure d'Urville, sur (( Guillaume Reneaume, et trois bouisseaux d'aveine, (( à la mesure dessusdicte, et trois soulz de tournois, « trois pains et deux gelines d'anuel rente , à Toma mage d'icellui, lesquelles rentes ledit Guillaume de (f S^"* Mariglise (sic) appercevoit et avoit anuelement, (c par la main dudit Guillaume Reneaume, pour le tene- (c ment que il tenoit de lui, en la paroisse d'Urville*; a sur Etienne Baudoin, trois bouissaux de forment à (I la mesure dessusdicte et ung pain et une gelline, « ovecques Tommage d'iceli, lesquelles rentes ledit es- « cuier apercevoit et avoit aniielment, par la main dudit « Estienne pour le tenement que il tenoit dudit escuier a assis en la paroisse d'Urville ; sur les heirs Thomas (I Amiot, douze deniers, ovecques Tommage d'iceulx^ « que ledit escuier apercevoit et avoit anuelment de (c rente, à la Saint Pol, par la main dudit Thomas, « pour le tenement que ledit Thomas tenoit el temps « que il vivoit, en la paroisse d'Urville, de Tescuier « dessusdit, à appercevoir et à avoir et à lever dès ore « en avant audit Philippe et à ses hoirs, yssans de « ladicie Nicole, ladicte portion de diesme sur le fieu « as Orglandreis dessusdit, en ladicte paroisse de Ber-

« Biniville^ arr. de Cherbourg.

* nr?iUe^ arr. de Cherbourg.

(( neville, et toutes les autres rentes par les hommes (( dessusnommez et de lour heirs franchement , quitte- « ment et paisiblement. . . . ovecques deux deniers que « ledit Philippe et ses hoirs, yssans de ladicte Nicole, « si comme il est dessus dit, appercevront et levront « annuelment sur le tenement que Rogier Blancmon- « nier tient dudit escuier en la paroisse d'Urville des- « susdite, ovecques ung camp de terre que ledit (( escuier avoit du don Guillaume d'Orglandres, prestre, (( et est assis en la paroisse d'Urville.... 1287, le « mercredi devant la Saint-Jame et Saint-Christofle \ »

Il régla cette même année les abbés du Mont-Saint- Michel et de la Luzerne^ et le seigneur de Hérenguerville% pour le patronage de cette paroisse que chacun prétendait lui appartenir; il le rendit alternatif entre eux, ce qui nous est une preuve qu'on ne s'arrêtait pas trop dès lors aux décisions du pouUé ou Livre noir de Tévêque, car il attribuait sans exception le patronage de Hérenguerville à NicoUe de Hérenguervilie, épouse de Raoul le Gros, au moins la moitié, avec un nommé Guillaume de Poterel : « Ecclesia de Erenguer- « villa. Patrona, Nicholaa de Erengarvilla, uxor Radul- « phi Grossi, per médium, et Guillelmus de Poterel' ».

Quoi qu'il en soit, deux ans après, c'est-à-dire en 1289, il fit accord entre ce même abbé et religieux du Mont-Saint-Michel d'une part, et le ciu^é de Coudeville* d'autre, pour les dîmes de cette paroisse, dont les

« Cartolaire de Coatances^ d» 142.

* Arr. de Coula nces.

* Fol. 39.

* Arr. de Goatances.

cantons étaient tellement mêlés les uns dans les autres, qu'il n'était pas possible de les ramasser sans plusieurs disputes entre les collecteurs : « Super collectione decimarum, bladi, lini, et canabi parochiae de Coudevilla^ quarum portiones variae et diversdB ad dictos religiosos, nomine monasterii, ad dictum rectorem nomine suae ecclesise, in diversis locis et variis dictas parochiae partibus pertinebat, propter incertitudinem et connexitatem locorum dictorum, frequens dissentio oriebatur . » Il les régla de cette manière que les uns et les autres en furent contents, et que toute matière de querelle en fut ôtée : « Praedictis partibus consen- « tientibus et contentionis volentibus materiam evi- « tare ». L'acte est daté deCoutances, le vendredi après l'Assomption de la sainte Vierge, l'an susdit.

Nous avons dit ailleurs que Néel de Saint-Sauveur, du temps de Guillaume le Bâtard, avait pris l'habit de saint Benoit, s'était retiré en cette abbaye, avait donné à ces religieux l'église de la Colombe, donation qui, selon qu'il parait par une charte de Jean d'Ëssey, notre évèque, de 1265, avait persévéré jusqu'au temps dont nous parlons. Nous trouvons un acte dans le chartrier de Saint-Sauveur-le-Vicomte, par lequel, le jeudi après la fête saint Pierre et saint Paul 1289, l'abbé et religieux du Mont-Saint-Michel déclarèrent renoncer à ce patronage, se rétractant de la présentation qu'ils y avaient faite et consentant que notre évècpie, à qui ils faisaient cette déclaration, y pourvût de telle manière qu'il lui plairait. On pourra voir cette charte entière en notre recueil, et l'on pourra remarquer combien tout

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ceci paraît éloigné de notre Livre noir de Tévéché, qui reconnait sans difficulté Tabbé de Saint-Sauveur-le^ Vicomte pour être l'unique patron de cette paroisse de la Colombe, comme il est encore présentement : « Ecclesia de Colomba. Patronus, abbas Sancti Salvaa toris Yicecomitis* Rector percipit totam decimam, « exceptis duodecim libris, quas per manum dicti ce rectoris abbas percipit ^ »

Robert de Harcourt, qui succéda à notre Eustache, comme nous dirons bientôt, était alors un dé ses archidiacres. Il y avait un long et fâcheux procès entre Jean de Harcourt, chevalier, seigneur de SaintrSauveur, père de cet archidiacre, et les religieux de ce lieu, touchant certains droits et usages que ces religieux prétendaient dans les forêts de ce seigneur, ce qu'il leur contestait. Le différend ne put être terminé de son vivant; mais après sa mort, Robert, notre archi* diacre, étant devenu seigneur de Saint-Sauveur, fut plus facile à l'accommodement. Eustache, notre évoque, fut le médiateur, ainsi qu'il paraît par l'acte que nous en avons extrait^ après le jour de Noël 1290, page 61 *.

J'insérerai ici les mêmes termes du mémoire manuscrit qu'on m'a envoyé de Saint-Wandrille, sans néanmoins m'envoyer copie des chartes qui en feraient les preuves. Les voici :

Eustache, évêcpie de Coutances, désigné par la première lettre de son nom, adresse un mandement, en date du lundi devant l'Assomption 1283, au doyen

« Fol. 45, V».

« CarUilaire de Saint-Sauveur, n« 19 et 89.

da Plain, pour faire la portion ou cimetière du manoir de YarrevilIeS et en 1290, le lundi d'après la fête saint Jacques et saint Philippe, le bailli de Goutances écrivit au même Eustache, éyèque de Goutances, qu'il eût à donner ordre à quelque doyen de son diocèse d'assister des prêtres dignes de foi et non suspects, après le serment pris préalablement d'eux par ledit doyen, à la descente qui se devait faire sur les lieux par ledit bailli, au sujet de la contestation pour le patronage de l'église de Foucarville *, et de ne pas obliger ledit bailli, en cas de son absence ou du doyen, d'avoir recours aux anciens usages.

Le jour de l'Ascension 1290, un religieux de l'abbaye de SaintrWandrille, avec le bailli, se présente à l'offîcial de Goutances à Yalognes, vu l'absence d'Eustache, évêque de Goutances, tant de la ville que de son diocèse, pour mettre en exécution des lettres dont il était porteur, ce que ledit officiai refusa sous prétexte que lesdites lettres ne lui étaient pas nominativement adressées.

En 1290, le mercredi après la Saint-Nicolas d'été» ledit officiai coUationna quatre lettres en parchemin, saines et entières : la première de Hugues , évêque de Goutances, en date de 1211 ; la deuxième du même évêque, de 1224; la troisième de Gilles, évêque de Goutances, datée de mercredi après la Saint-Nicolas d'hiver 1247 (toutes trois faisant mention de la collation du bénéfice de Foucarville) ; la quatrième de l'of-

« Arr. de Valo^nes.

* Arr. de Valogaes.

ficial deCoutances, en Tabsence de Gilles, évèque de ce lieu, en date du mardi après rAssomption 1248, pour mettre en possession de la cure de Foucarville Jean de la Vallée, présenté par l'abbé et religieux de Saint- Wandrille.

Enfin le dernier acte dont je ferai mention ici de notre évèque Eustache, sera extrait du cartulaire de Tabbaye de Hambie. Cet acte doit être remarqué particulièrement par l'ignorance du copiste, lequel, transférant la charte originale dans le registre ou cartulaire de ce couvent, n'a point hésité de prendre E, capi* taie d'Egidius, au lieu d'Eustachius, et a écrit Egidius tout au long. Cette charte contient un accord passé devant notre évèque et confirmé par ce prélat en présence et du consentement de son chapitre, le mardi après la fête des saints apôtres saint Philippe et saint Jacques, l'an 1291. Cette date nous est une preuve manifeste que cette charte n'est pas de Gilles, mort longtemps auparavant.

Eustache, notre évèque, mourut trois mois après, le septième jour d'août 1291, et laissa son nom et sa mémoire en vénération dans tous les lieux de piété de son diocèse.

Le chapitre de Coutances honore sa mémoire par trois services solennels, aux mois d'août, décembre et avril. « Septimo idus Augusti », porte l'obituaire de la Perrine^ o obiit Eustachius quondam episcopus « Constantiensis, qui dédit nobis triginta libras ad « emendos redditus. » L'obituaire de l'abbaye de Cher-

« Fol. 16.

bourg : « Septimo idus Augusti, obiit Eustachius pi® « memorisB episcopus Gonstantiensis, qui nobis dédit, c< ipso vivente, quinquaginta libras turonensium ac cen- (( tum solidos annui redditus comparandos ad obitiun (( suum in quolibet anno faciendum, et conventus débet (f babere pietatem. » Le 16. janvier et le 22 mars, les religieux de Blanchelande font mémoire de lui ; ceux de Saint-Buveur aux mois d'avril et de décembre ; ceux de Saint-Lo au jour de son décès. L'Hôtel-Dieu de cette même ville le mit dans le rôle de ses bienfaiteurs pour lesquels on est en obligation de prier. Le père Arthur du Monstier, qui avait vu les chartes du prieuré de Saint-Lo de Rouen, témoigne y en avoir vu une d'une fondation considérable de ce prélat pour prier Dieu pour lui ; on ne la connaît plus. MM. de Sainte-Marthe témoignent qu'il avait aussi fondé un obit, pour ledit jour de son décès, aux Gordeliers de Rouen; mais cet ancien obituaire ne se trouve plus, et je sais qu'aucun des religieux de ce couvent n'a oui parler qu'il y ait jamais eu un cordelier de leur mai* son évèque de Goutances. G'est ce prélat qui en l'honneur de son patriarche fit bâtir et dota d'un trait de dlme de la paroisse de SaintrDenis-le-Yètu la chapelle de saint François, de la manière que nous la voyons. II a, par ces diverses figures dont elle est ornée, voulu exprimer les saintes actions et les grands miracles de ce patriarche des cordeliers. G'est aussi en ce lieu où Eustache choisit sa sépulture. Nous y voyons encore son tombeau élevé contre le mur, au côté de l'épltre, et sa figure élevée dessus, maintenant un peu tronquée par l'impiété des protestants.

J'ai cru devoir ajouter à ce que dessus une charte tirée de l'abbaye de Saiat-Sauveur, touchant le patro* nage de l'église de Yaudreville^ : c'est une lettre du bailli de Gotentin au chapitre de Coutances et la reconnaissance de cette lettre ou mandement qu'en fait le chapitre peu de temps après la mort d'Eustache, On connaîtra par cette lettre et la procédure de ce temps et quelque chose de l'estime qu'on faisait d'Eustache. La voici donc en notre langue ; on pourra la voir en la sienne en son lieu :

« A tous ceux qui ces présentes verront, l'humble « chapitre de Coutances , salut en Notre-Seigneur. Le « siège étant vacant, nous avons reçu les lettres du a bailli de Gotentin et les avons considérées scellées « saines et entières et contenant ce qui suit : Aux « prudents et sages le vénérable chapitre de l'église H cathédrale de Goutances, privée de la consolation de a son pasteur, Vincent Tanquerai, bailli de Gotentin, a salut avec tout l'honneur qui lui est dû et tout prêt « à lui rendre service et révérence dans les occasions. (( Le procès pour le patronage de l'église de Saint* <( Basile-de-Yaudreville, du diocèse de Goutances, entre « les religieuses personnes, l'abbé et le couvent du « monastère de Saint-Sauveur-le- Vicomte, d'une part, « et Hamon de Inguehou, prêtre, et Robert de Lestre, a ayant été porté devant nous en nos assises, et la M question ayant été débattue de part et d'autre, et (( enfin lesdits religieux ayant obtenu effet en cause « tant sur le pétitoire que sur le possessoire dont il

« Arr. de Valogaes.

« s'agissait auxdites assises tenues à Yalognes, le (( samedi après la fête saint Martin, apôtre, Tan de « Notre-Seigneur 1291, le droit de patronage a été « adjugé aux religieux et lesdits prêtres Hamon et c( Robert déboutés pour jamais, ce que nous vous signic( fions suivant l'ordonnance du roi notre seigneur, « afin que vous déclariez nulles et de nul effet les €( présentations qu'ils pourraient vous avoir faites à (( vous et à votre défunt évèque Eustacbe de bonne « mémoire, et que vous admettiez celui qui vous aura « été présenté de la part des religieux, si vous l'en « jugez propre et capable, le tout selon la charité et « règles de canons. Aux susdites assises, aux jour et (( l'an ci-dessus. En foi de quoi nous avons fait scella « ces présentes ledit jour ^ »

C'est ce Tanquerai, dont nous avons parlé ailleurs, qui, cette même année 1291, ordonna qu'un certain juif qui voulait résider à Saint-Pair en sortirait.

Il avait succédé à un nommé Jean Gapresse; car nous avons vu un acte de celui-ci, donné aux assises de Yalognes tenues le lundi après la fête saint Denis 1289, une sentence par laquelle le patronage de Saint- Yast avait été jugé qu'il appartenait aux religieux de Fécamp contre Jean Picot qui le prétendait, dont il donna avis à notre évèque Eustache, conformément à l'usage de ce temps*là et selon les formes ci-dessus exprimées.

< Gartulaire de Saint-San^eur, n» 157.

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