‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 7 sur 30 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE ROBERT d'hARGODRT

Il faudrait être étranger en Europe, et encore plus en ce royaume et celui d'Angleterre, pour ne pas connaître le nom d'Harcourt, Tantiquité, la noblesse, la grandeur de cette très-illustre maison. La Roque, gentilhomme de cette province, en a fait xme ample histoire \ Je me contenterai de remarquer que Bernard, surnommé le Danois, si fameux chez nos historiens, était un des premiers chefs de l'armée de Rollon, suivit sa fortune, quitta le Danemark, son pays, et vint avec lui conquérir une partie de la France.

Dans le partage que fit Rollon de ses conquêtes entre les seigneurs qui avaient aidé à les faire, la terre et seigneurie de Harcourt étant échue à Bernard, lui et ses descendants en ont eu le surnom et le portent encore très-noblement, quoique cette terre soit passée en la maison de Lorraine par la fille de Jean YII d'Harcourt.

« Histoire généalogique de la maison de Harcourt, par messire Gilles- André de la Roque. A Paris, chez Sebastien Cramoisy, m. dc. un.

La vicomte de Saint-Sauveur, en notre diocèse, passa en cette maison à la manière qui suit :

Ce fameux Néel de Saint-Sauveur dont nous avons tant parlé, lequel vivait du temps de Guillaume le Conquérant, et fonda Tabbaye de Saint -Sauveur, mourant au Mont-Saint-Michel sous l'habit de moine, ne laissa qu'une fille, nommée Liesse ou Lœtitia de Sainfr-Sauveur. Elle épousa Jourdain Taisson, à qui elle porta les grands héritages de ses pères. Raoul Taisson sortit de ce mariage ; il fut père d'une fille, nommée Jeanne, laquelle épousant Richard de Harcourt, fils de Robert II, surnommé Vaillant; elle lui porta les seigneuries de Saint-Sauveur-le-Yicomte, d' Anvers, d'Avrilly et d'autres. Jean de Harcourt, premier du nom, sire de Harcourt, d'Elbeuf, Saint- Sauveur, etc., duquel nous avons parlé au chapitre précédent, sortit de cette alliance. Il épousa Alix de Beaumont , dont il eut plusieurs enfants , entre autres celui qui [eut en] partage la terre et seigneurie de Saint-Sauveur. Ce seigneur fut destiné à l'église dès sa plus tendre jeunesse ; il étudia en l'université de Paris et ensuite à la cour de Rome , pour en apprendre les maximes; il réussit si bien que, dans les grands différends entre le pape Boniface YIII et Philippe le Bel, l'église gallicane, qui connut sa capacité, le choisit, comme nous dirons bientôt, pour un des députés qu'elle envoya à ce pontife, afin de lui faire des remontrances sur l'irrégularité de sa conduite.

Notre Robert était le second des enfants de Jean V\ Ayant eu, comme nous venons de dire, Saint-Sauveur,

il fut archidiacre de Cotentin, et, étant devenu évèque, il prenait le titre de seigneur temporel et spirituel de Saint-Sauveur-le-Yicomte. Nous avons un acte de 1290, lorsqu'il n'était encore qu'en cette première dignité d'archidiacre, dans lequel il ne prenait même pas la qualité de seigneur de Saint-Sauveur. Par cet acte, il permettait aux religieux de son abbaye de prendre dans ses forêts le bois qui serait nécessaire pour les réparations de la chapelle de son château, les moines en étant les chapelains ^

Cette qualité d'archidiacre de Cotentin en notre église fut sa première dignité ecclésiastique ; nous l'avons remarqué comme tel sous l'épiscopat d'Eustache. Ce fut par ce degré qu'il arriva à l'épiscopat. On avait tant de preuves de son mérite et de sa capacité^ que tout le monde lui accorda avec joie son suffrage.

Le siège épiscopal, après la mort d'Eustache, fut vacant peu de temps. Nous apprenons des nécrologes de ce diocèse que Robert mourut le 7 mars 1316, et le Livre noir du chapitre de Coutances lui donnant vingt-trois ans d'épiscopat et six mois, nous concluons qu'Eustache étant mort le 7 août 1291, l'élection de notre Robert fut faite tout aussitôt et qu'il fut sacré peu de temps après.

Je n'ai vu aucun acte de 1292. Nous avons rapporté, en la page 28 de notre premier volume, celui par lequel le roi Philippe lui permit de faire le cloître des

< Cartulaire de Saint-SauTeur, no 36.

chanoines, daté de 1293, dont j'ai tiré une copie des mémoires de feu M. Morel. Cet acte est reconnu par Nicolas de Yilliers, bailli du Cotentin ; le style en est si différent de celui que nous avons extrait du cartulaire rapporté ci-dessus et contient tant de particularités différentes, que j'ai cru ne pas ennuyer les curieux de l'insérer ici , traduit en notre langue , sauf à le donner dans notre recueil en la sienne :

(( A tous ceux qui ces lettres verront , Nicolas de (t yilliers, bailli de Cotentin, salut en Notre-Seigneur. « Sachez que nous avons vu. . . [des lettres] de Philippe, « par la grâce de Dieu très-illustre roi de France, (c saines, entières, scellées et contrescellées en suspen- « dant en cire verte, en la forme qui suit : Philippe, « par la grâce de Dieu, roi de France, salut. Nous a accordons bénignement aux églises et aux personnes « ecclésiastiques qu'elles puissent sans aucuns troubles « ni empêchements accomplir leurs bons desseins et « faire leurs volontés de plus en plus, [afin que] la « tranquillité de leur condition s'augmente et leur (( gloire s'accroisse continuellement de bien en mieux ; « et quoique nos faveurs royales s'étendent sur toutes « les églises et sur tous les ecclésiastiques, notre (( libéralité royale néanmoins regarde plus volontiers « l'église de Coutances et les personnes qui la desser* « vent, à raison de l'honneur et de la révérence que « nous portons à la sainte Vierge, en l'honneur de « laquelle elle est bâtie , et en considération de notre « bien aimé et féal Robert , évèque de cette église, à « cause de ses grandes vertus et de la multitude de

(( ses mérites , lesquels nous considérons particulière- « ment, par raison de sa parfaite fidélité et les très- (( agréables services rendus à nous et à notre royaume, « desquels nous sont venus plusieurs grands avance tages, sensibles et palpables, que nous connaissons. « Savoir faisons par ces présentes à tous présents et à a venir que, vu et considéré ce que dessus et ayant (( égard à la requête à nous présentée par ledit évèque « et chapitre de son église, nous leur accordons de a grâce spéciale qu'ils puissent clore de murailles tant « ladite église que le manoir épiscopal et les maisons (( des chanoines, et les fortifier tout autour, eux et (( leurs successeurs faire réparer lesdites murailles, « de manière qu'ils soient enfermés de tous côtés, a auxquelles murailles il y aura quatre portes aux « lieux suivants ; c'est à savoir : une entre la porte de (( ladite église et le manoir de M. Richard Garante^; « l'autre entre la place qui est devant l'église Saint- (( Nicolas et la maison de Guillaume de Bourrey, « prêtre ; la troisième , entre la maison de messire

« La charte Boivante^ conservée aux archives nationales, permettra de rectifier la traduction de notre auteur^ du moins en ce qui regarde les noms propres : Universis présentes litteras inspecturis, Bobertus, permissione divina episcopus, et capitulum Coostanciense, in vero salutari salutem. Noverit universitas vestra, quod cum excellentissimus princeps carissimus dominus noster dominus Philippus, Dei gratia Francorum rex, nobis de gratia speciali concesserit, quod ecclesiam nostram Goustanciensem^ épiscopale manerium, et domos canonicales ejusdem ecclesie, mûris claudere, et firmare, ac clausuram habere possimus, in quibus mûris porte quatuor construentur in partibus et locis inferius designandis : una, videlicet, inter portam dicte ecclesie et manerium magistri Nicolai de Garnoto; secunda inter atrium sancti Nicolai et domum Guillermi de Burgo presbyteri; tercia inter manerium magistri Bernard! [Buticularii et] domum heredum sancti Valeran ; quarta inter murum predicti episcopalis manerii et domum que fuit Symon[isl de Dano, reservata sibi juridictione et justicia quam hacte-'

Bernard le Bouteiller et celle de Hervé, dit Vatan, et la quatrième entre le mur dudit manoir épiscopal et la maison de Simon du Buisson, par lesquelles pourront entrer et sortir librement, aux heures dues, ceux qui le voudront. Dans cette clôture nous leur accordons généralement tous les droits ecclésiastiques que nous y pourrions prétendre, parce que néanmoins ni ledit évoque, ni ledit chapitre, ne pourront, sous prétexte de leurs immunités, recevoir et protéger les scélérats et malfaiteiu^s qui pourraient s'y retirer, ni empêcher qu'ils soient pris par la justice ordinaire, sauf les droits de la justice de l'évèque et du chapitre, en quoi nous ne voulons leur être fait aucim préjudice , sauf aussi le droit d'autrui et le nôtre en tout. Et afin que le tout soit ferme et stable à toujours , nous avons fait apposer notre sceau à ces présentes. Fait à Paris, l'an de Notre-Seigneur 1293, au mois de janvier. En signe de quoi, nous y avons fait apposer le sceau du bailliage de Gotentin. Fait à Coutances, l'an 1294,

nus habuit et habet ibidem. Nos Tel successores nostrii prétexta conce»sioDis hajasmodi, nullam in dicta claasnra jaridictionem vel immuaitatem vendicare poterixnos in fatunim, nec facinorosos et maleficos illuc confagientes, immunitatis pretextu, ratione concessionis hi^jusmodi, receptare, aut justiciarios offîciales, vel servientes ejusdem domini régis quomodolibet impedire quomious ibidem facioorosos ipsos capere valeant et solitam Jaridictionem et jastitiam ezercere, salva Roberto episcopo, capitale, et successoribus nostris, immunitate predicte ecclesie et cimiterii ejasdem, salya eciam immanitate et jastitia, si qaam in manerio, domibns predictis, seu aliquibus earam et aliis locis in clausara predicta contentis, hactenos babaimus vel babemus, circa qaam per grattam predictam nicbil Jaris nobis intendimus detrabi vel acqu[iri]. In ci^us rei testimoaiam presentibas litteris sigilla nostra dozimas apponenda. Datam et actam... Domini millesimo dacentesimo nonagesimo tercio^ mense Febraarii. (Trésor des Chartes, I, )2d).

TOVB II.

82 ^ HISTOIM ECCLÉSUSTIQUE

(( le samedi après T Annonciation de Notre-Seigneur \ » J'ai trouvé dans les archives du château de Brîcquebec un acte français, en faveur des religieux ^e Cherbourg, que peut-être on ne sera pas fâché de voir ici. Sa lecture apprendra ce qu'il contient :

a A tous ceux qui cette présente charte verront et « liront, Robert Bertrand, seigneur de Bricquebec, « salut. Sachez que j'octroie et confiripe en pure et « peipétuelle aumône, pour le salut de moi-même et «( de Philippe ma femme et de mes enfants et anté- « cesseurs , à hommes religieux , l'abbé et couvent de « Notre-Dame-du-Yœu jouxte Cherbourg, huit quar- « tiers et un boisseau de froment^ sept sous, trois a gelines, cinq deniers pour pain, d'annuelle rente, en n la paroisse de Bnicheville', le droit de patronage de « l'église de Basville ', avec les dîmes et les appar- « tenances de ladite église, trois quartiers et un bois- « seau de froment, neuf sous onze deniers pour pains, « d'annuelle rente en ladite église de Basville, le droit (( de patronage des églises de Saint«-Paul-du-Rosel , de « Hardinvast et de Mesnil-Auval ^, avec les droitures (( et les appartenances des églises ci-dessus. Lesdits « religieux et leurs successeurs auront, tiendront, « posséderont toutes les choses dessusdites en pure (c aumône, franches et quittes de toutes choses à moi « et à mes héritiers, sans que mes héritiers y puissent

* Gartulaire de Goatances^ n« 812.

* Arr. de Valognes.

* BaBYille est une paroisse de l'Eure. H faut lire saos doate Vatteville, arr. de Gherboorg.

^ Ces paroisses sont de l'arr. de Cherbourg.

« mettre empêchement. Fait Tan 1293, au mois de f< mars. »

En 1294, le mardi après le jour saint Marc, Robert de Harcourt, notre évèque, tint son synode général. Nous avons encore des statuts qu'il y publia; nous avons rapporté ceux que nous avons cru plus dignes de remarque en la page 67' de notre 1" volume S ce qui nous dispense d'en faire ici d'autre mention. Le mardi après la fête de l'exaltation Sainte-Croix, cette même année, il tint son synode de l'automne, dans lequel les mêmes statuts, dont la plupart étaient de ses prédécesseurs, furent derechef examinés et approuvés, et leur observation étroitement commandée.

Voici quelques-unes des autres occupations de notre évêque pendant le reste de l'année. La première qui se présente est la confirmation de la charte de Richard de Bohon, un de ses prédécesseurs, en faveur des religieuses de Saint-Michel-du-Bosc , desquelles nous avons parlé sous l'épiscopat de ce même Richard, L'acte de cette confirmation est daté du quatrième jour après le dimanche Lœtare 1 294. Trois jours auparavant, il avait relaté et confirmé une autre charte de Hugues de Morville , contenant l'approbation que faisait Guillaume de Hommet, connétable de Normandie, des donations faites à ces mêmes religieuses de Saint- Michel-du-Bosc , par son père et Gillette, sa mère, lesquelles donations étaient, entre autres choses, la chapelle de Sainte-Marie-du-Parc avec tout son enclos,

• Noos n*aToas pas vu ces statuts, que l*oii trooTara dans D. Ifartène, eoUect, nov. p. 251, et daos D. Bessin, p. 641.

dix quartiers de froment de rente sur le moulin de Gretteyille, quatre sur celui de Yarenguebec^ avec divers autres dons , libertés et privilèges sur ses bois et par toutes ses terres , ainsi qu'on pourra voir dans l'acte qui en fut dressé et que nous donnons en son lieu.

Peu de jours après, le jeudi après le dimanche Judica, il conféra la cure de Saint-Jean-des-Champs ' à Jean Grevet, clerc, présenté par l'abbé du Mont-Saint- Michel, vacante par la résignation que lui en fit maître Pierre Toustain, archidiacre d'Avranches. J'ai vu plusieurs actes sur ces bénéfices ; je ne ferai mention que de celui-ci. C'est une sentence donnée par Nicolas de Yilliers, bailli de Gotentin, tenant ses assises à Mortain, le vendredi après le dimanche Lœtare^ de l'an précédent 1293 , par laquelle il fit savoir à notre évèque, selon l'usage du temps, que Guillaume l^cuyer', présent en personne, avait renoncé, quant à cette fois^ à la présentation audit bénéfice , en faveur de l'abbé du Mont, à laquelle il s'était opposé. « Ecclesiae « sancti Johannis de Gampis (dit le Livre Noir de « l'évèque). Patronus abbas de Monte; percipit duas « garbas. Rector, tertiam, cum altalagio, et reddit « dicto abbati 80 ^ libras turonensium. »

L'official de notre évèché termina cette même année, le jeudi après la Pentecôte, par l'ordre de son prélat,

« Ces deux paroisses, air. de Coutaoces.

* Arr. d*Avranches.

• M. Delisle, d'après aoe note de M. de Gerville, met OoiUaame du Bois, écnyer. Évidemment il a raison. {Mémoire sur Us baiilis du Cotentin, p. )ô.)

« Liseï IlII«r.

un différend qui était alors entre les frères de THôtel- Dieu de la Qaye-Painel et celui de la Bloutière, d'une part, et maître Jacques de Lereaux, curé du Tanu^ d'autre part , sur certains traits de dîmes qui étaient contestés entre eux.

Je n'ai rien trouvé de 1295, qu'un petit acte tiré des archives du Mont-Saint-Michel, par lequel notre évèque ratifia la donation qu'un nommé Nicolas Le Bouvier, surnommé Le Brun, avait faite au prieuré de Saint-6ermain-sur-Ay, 'dépendant de cette ahbaye , de vingt livres tournois de reoite, trois quartiers sept boisseaux de froment, quinze pains, quinze poules et cinq ruches de seL

Nous en avons un autre, tiré du chartrier de l'abbaye de Saint-Sauveur, par lequel notre évèque témoigne que Robert des Moustiers, curé de Gouville*, avait reconnu de sa bonne volonté en sa présence, que l'abbé et monastère de Saint-Sauveur étaient en droit et possession de percevoir tous les ans sur les curés de Gouville cinq sous tournois, et que ladite somme, depuis sept ans qu'il était curé de ce lieu , avait toujours été payée auxdits religieux. En foi de quoi, ledit évèque fit apposer son sceau à cet acte '• .

Cette même année, un seigneur nommé Jourdain Gautier et Jeanne, sa femme , de la paroisse Saint- Denis-le-yètu\ présents en droit devant le vicomte de Coutances , icelle Jeanne avec l'autorité dudit Gautier,

* Arr. d'Avranches.

* Arr. de GoataDces.

* Cartalaire de Saint-SauTenr, n» 169.

« Arr. de Coa tances.

reconnurent eux et chacun d'eux avoir vendu, octroyé, délaissé, afin de perpétuel héritage, à messire Guillaume de Yaumare, chantre de Téglise de Cou* tances , soixantenlix sous tournois de rente annuelle^ affermés à Goutances , que leur devait Geoffroi de Mesnil-Grente , pour la raison d'un manoir qu'il tenait d'eux en fief, avec les terres derrière et les appartenances dudit manoir, assis en la paroisse de Saint- Pierre-de-Goutanoes , en chef du Moustier , le mercredi après la Saint-Michel 1296. Get acte , qui paraît d'ailleurs peu important , nous fait au moins connaître le nom de celui qui tenait le premier rang dans le chapitre après l'évèque. Il a fondé dans la cathédrale deux obits par an, aux mois de mai et de novembre.

Nous apprenons encore par ces actes que notre évèque était alors en son diocèse; mais si nous en croyons Glande Robert et MM. de Sainte-Marthe, il était auprès de son roi au mois de janvier 1297, que l'on comptait encore 1296 : a Nominatur in concilio (c régis anno 1296, mense januarii » , dit le premier. « Gathedram obtinebat 1296, quo anno memoratur in « concilio régis, mense januario », disent les seconds.

Et M. du Tillet, dans son traité du rang des grands, faisant mention, sur l'année 1298, d'un certain arrêt donné en parlement pour un nommé Jacques de Lavon, chevalier, compte notre Robert au nombre des prélats, qui assistèrent à ce jugement \

Il y a dans le cartulaire du chapitre, au feuillet 166,

< Page 368.

DU DIOCASE DE COOTANCES. 87

un acte de notre évèque , du mardi après la fête saint André, duquel nous apprenons qu'il était de retour en ce temps-là. Cet acte, qu'on pourra voir entier en son lieu , contient une reconnaissance et ratification d'une charte de feu Hugues de Morville, datée du lendemain de l'Assomption de la Sainte-Vierge 1235, par laquelle ce pieux évèque donnait à son chapitre toutes les dhnes des terres nouvellement défrichées, ou qu'on défricherait à l'avenir par tout le diocèse, lesquelles terres ne se trouveraient point enclavées dans les bornes d'aucune paroisse, « in quacumque parte « diœcesis nostrae, extra metas cujuslibet parochiae n, avec ce qui lui appartenait des offrandes du grand autel de ladite église cathédrale, parce que la commune du chapitre demeurerait chargée de certaines charges, à quoi [lui] et ses prédécesseurs étaient obligés , qui étaient d'entretenir l'église de cierges et d'encens, de gager les caûteurs, de manière néanmoins que ce que lui et ses prédécesseurs avaient de coutume de baiUer à ces caûteurs lui et ses successeurs le fourniraient à l'avenir, de même le chapitre chargé des menues réparations ou entretiens à Tégard des cloches, tels que sont le cuir ou belière , les cordes , les liens , les flèches et le renouement des battants ; encore de faire balayer et nettoyer l'église, blanchir le linge, recoudre les ornements de laine et de soie , entretenir les ser-* rures et les clefs de l'église , refaire les chaînes des encensoirs , fournir du vin pour les messes , « notas emere » , relier les livres et payer les rouleaux qu'on porte ordinairement dans les églises cathédrales aux

obits OU services pour les abbés et autres personnes de distinction. Cette charte, di&-je, fut confirmée par Robert de Harcourt, en présence et du consentement de son chapitre , les jour et an que nous venons de marquer, 1299.

Cette même année Guillaume de Flavacour, archevêque de Rouen , avec ses suffragants , tint un concile provincial en l'église de Bonne-Nouvelle , qu'on appelait alors du Pré, proche sa ville; on y fit à l'ordinaire quelques statuts pour la conservation de la discipline et l'autorité ecclésiastique * , et notre prélat au synode suivant en publia les ordonnances, comme on avait fait au concile tenu au PontrAudemer vingt ans auparavant.

Le chartrier de Saint-Sauvéur nous fournit un acte de 1300, par lequel Robert de Harcourt, en qualité de seigneur temporel de ce lieu , permit à l'abbé et religieux de ce monastère de conduire l'eau qu'ils prenaient dans le bois du nommé Michel, du Pré', par des ruisseaux qu'il leur donnait permission de [faire] couler par toute sa terre, jusqu'en leur monastère, avec pouvoir de faire et réparer les canaux lorsque besoin en serait , sans que lui ou ses héritiers y puissent mettre empêchement; à condition, néanmoins, que si le chemin se trouvait détérioré, ils seraient obligés de le faire réparer.

« D. Bessin, p. 87.

• LiWK da Parc : Volumus qnod yiri religiosi abbas et contentas monaaterii sancti saWatoris adducant et adduoere valfant per tueUas aquam de fonte de jaxta domum Micbaelis de Parco per fossatos nostroe de parco noetro... (Cartulaire de Saint-Sauveur, &« 403.) On voit la fontaine dans la

Il y a une transaction entre lui et son chapitre de cette même année, par laquelle la cure de Lengronne ^ demeure alternative entre eux , ce que je remarque, parce que cette disposition est contraire à celle du pouillé, suivant lequel ce patronage appartient uniquement à l'évoque.

C'est ce que j'ai pu remarquer de notre histoire particulière poiu* le treizième siècle. Nous commencerons le quatorzième par le jubilé universel qui fut institué cette année par le pape Boniface YIII , comme tout le monde le sait.

Ce fut aussi avec ce siècle que commencèrent les malheurs de la France, lesquels ne discontinuèrent presque point pendant cent cinquante ans. Us commencèrent le vingtième mars 1302 en la journée de Courtray , où vingt mille flamands , gens rustiques et non aguerris, défirent l'armée de France, composée de plus de mille chevaliers et de quarante mille gens de pied.

Nous avons encore les rôles des convocations de ban et arrière-ban que fit le roi des personnes qui y étaient sujettes, et nous savons que notre prélat y assista son roi de son conseil et de toutes ses forces. Voici un acte qui en fait foi ; c'est un mandement de sa Majesté adressé à notre bailli pour ce sujet : « Phi- « lippe , par la grâce de Dieu roi de France , au bailli « de Cotentin^ salut et amour. Comme nous , pour

cour de la Heloqnerie, an bord du chemin de Hantmemil. (Note de M. de Gerville.) * Ait. de Gontances.

90 HISTOIRE EGGLÉSUSTIQUE

« refreindre les outrageuses entreprises de nos enne- « mis et rebelles des parties de Flandre, avons ferme « propos d'aller hâtivement es dites parties en armes « et en chevaux si effortement qu'il convient , ceux « qui nous doivent service d'ost priez et requérez de « par nous et avec semonces qu'ils soient en armes et « en chevaux si suffisamment comme ils doivent et à « eux appartient, à Arras, la huitaine de cette fête de « la Nativité de saint Jean-Baptiste , et outre si effor* ce tement que nous leur en sachions gré , pour aller (( outre en la besogne de notre guerre , si comme bon « nous semblera... Donné à Yincennes, mercredi avant tt la Saintr<iervais, l'an de grâce 1304. »

On trouve encore un ordre du même prinoe à tous les ecclésiastiques de son royaume de lui aider en cette même guerre, en ces termes : « Philippus , Dei gratia « Francorum rex. Pluries fidelitatem vestram requisisse « vobisque scripsisse ac etiam mandasse recolimus, « ut certa die nobiscum, apud Atrebatem, interesse, « sicut tenemini, curaretis ad defensionem regni nostri, (( in nostro Flandrensium exercitu cum Dei adjutorio « processuri et servitium impensuri nobiscum. Datum « Parisiis, die mercurii post festum beatorum apostolo^ H rum Pétri et Pauli, anno Domini 1 304. »

On m'a envoyé de l'abbaye de Saint-Wandrille cer^ tains mémoires, par lesquels il paraît que notre évêque Robert donna les lettres d'union de deux portions qui étaient en la paroisse de Yarreville, datées le mardi après la fête de saint Gervais, après avoir fait faire l'information de la valeur desdites deux portions par

DU DIOCÈSE DK COUTANGES. 91

Pierre, scolastique de Coutances, et Henri Le Tellier, curé de Sainte-Marie*du-Moiit , suivant le pouvoir qui leur en avait été donné ; ce qui est daté de Saint-Sauveur-le-Vicomte , la veille de la Pentecôte Tan 1301. Mais le jour de saint Clément 1303, le même prélat, sur la requête des moines de Saint-Wandrille, cassa cette union et rétablit en leur premier état les deux dites portions, du consentement de son chapitre, et scella de son sceau la charte qui en fut faite à Sainir Sauveur, le dit jour saint Clément 1303, et le lendemain, conféra la portion vacante à Jean de Campion, et l'autre venant aussi à vaquer de la résignation de Nicolas Pannevere, à Richard-aux-Épaules. Notre évàque Robert avait plusieurs frères, entre autres Raoul, qui lui avait succédé en l'archidiaconé de Cotentin , et Gui de Harcourt. Ce Gui fut élu en cette même année 1303 évèque de Lisieux. Guillaume de Flavacour, archevêque de Rouen, à qui appartient de droit la consécration de ce prélat, se sentant incommodé, déféra cet honneur à notre évêque de consacrer son frère. Ce fut cette même année 1303, quelques jours avant T Ascension; et comme cette permission accordée à révêque de Coutances donna quelques ombrages aux autres évêques de la province, et particulièrement à révêque d'Avranches, qui se croit vicaire de rarche* vêque, nous avons vu une charte, que l'on conserve dans les archives de notre métropolitaine, accordée à cet évêque sur ce sujet ; la voici : « Nos Guillelmus, « Dei gratia Rhotomagensis episcopus, notum facimus {( universis, quod cum venerabili nostro fratri Roberto

Gonstantiensi Episcopo, propter infirmitatem corporis nostri proprii, quam in presenti patimur, consecrationem Guidonis Luxoviensis hac vice duximus committendam, nolumus nec infensionis nostrae existit, quod perhoc juri venerabilis nostri Guillelmi Abrincensis episcopi et ipsius Abrincensis ecclesiad in consecratione Episcoporum prdejudicium aliquod generetur, nec hoc per quod nobis ecclesise nostrsB Rhotomagensi jus novum aliquod acquiratur. In quorum testimonium, praesentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum. Datum Rhotomagi, anno 1303. »

On pourra voir ci-après et en la page de notre recueil une charte datée du jour de TÉpiphanie 1303, par laquelle notre même évéque fonda en son église les trois chapelles de Saint-Louis, de Saint-Gilles et des Docteurs. Il les dota de cent yingt livres de rente à prendre sur une partie des dîmes de Cérences * qu'il avait achetées de Guillaume de Carbonel , et de deux rentes foncières qui lui étaient dues à Valognes ; et ce, sans préjudice d'autres donations qu'il avait faites

pour prier Dieu pour lui et pour ses parents. Ensuit ladite charte :

a Universis bas praesentes litteras inspecturis, salu- « tem in Domino. Robertus, etc. Noveritis quod nos, pro a sainte animas nostrae , parentum, fratrum , sororum , « amicorum et benefactorum nostrorum, discretis viris « capitule Gonstantiensi^ una cum septem turonensibus

« Ait. de Goutances.

Ci libris annui redditus, quas aliàs eidem capitulo dedef< ramus , ad nostnim aniversarium faciendum , super « domum archidiaconi de Gonstantino sitas, apud et « juxta quamdam domum Yalloniis situatam , ex uno ce latere juxta domum hdBredum Guillelmi Poullois et, « ex altero latere, juxta manerium nostnim, quod Guil- « le] mus de Malopertuso tenet a nobis infeodum, damus a et concedimus, intuitu charitatis, medietatem portioa nis decimae bladorum crescentium in paroôhia de Ge- « renées, quam quidem decimam acquisivimus a domino « Guillelmo Garbonel, armigero, quae ad eumdem Guillel- <( mum jure haereditario pertinebat, quam quidem mea dietatem sexties viginti libras parvorum turonensium « vel monetas usualis seu currentis pro parvis turonenc( sibus, valere , ad minus, singulis annis setimamus. « Dimittimus etiam, nunc, prœdictis capitulo libère et « omnino quiète possessionem vel quasi possessionem a medietatis praedictae percipiendam de caetero in perce petuum et babendam, nosque de ea prorsus deves- (c timus , volentes et concedentes quod décima ipsa, c< tam proportione nostra quam pro medietate, dictis (c capitulo sic demissa, ad firmam tradatur, et per firc( marios ejusdem décimée colligatur. Si vero eam ad c( firmam tradi non contigerit, imo in manu nostra vel « successoris nostri, pro tempore existentis, ac dictorum a capitulis remanere contigerit, nos vel successores « nostri quilibet, suo tempore, pro medietate et dicti (c capituli pro alia per collectores idoneos et fidèles ad ce hoc bine inde ponendos insimul eam colligi faciemus ce et collecta taliter ipsa décima in domo, si quam nos

94 HISTOmB ECCLËSUSTIQUE

« aut successores nostri ad hoc aBdificaremus, aut in « alia quaB ad reponendam deciman ipsam pro propor- « tîone nostra, ad nostras expensas, traduceretur, una « cum portione capituli praedictœ decimaB reponetur, ce habita vero ratione singulis annis, in omni eventu, « quantum décima dicta valuerit. Si minus sexties viginti (( libras turonensium, deductis expensis, quas circa <i coUectionem et repositionem ejusdem medietatis fieri a contigefit, ad manum dictonim capituli annis singulis <i valuerit, ad id quod deerit de dictis sexties viginti <i libris nos et successores nostri quilibet pro tempore, m supplere tenebimur in alia medietate nobis et succès- « soribus nostris qui erunt pro tempore, rémanente ; et « poterunt iidem capitulum super grangiam dicti loci « suam facere justîtiam pro supplemento praedicto* Si « vero eamdem medietatem ultra sexties viginti libras « praedictas ad manum suam intègre pervenientes, de- « ductis expensis, vel supra valere contigerit, dicti capi- « tulum in sua medietate praedicta in quod excesserit « ultra sexties viginti libras praedictas nobis ac successo- « ribus nostris reddere tenebuntur, super quo quidem « defectu vel excessu sacramento custodis communias « dictorum capituli qui pro tempore fuerit, pro omni « productione, credetur. Addo insuper quod sexaginta « libras turonensium, quas annis singulis de çaBtero « dictus Guillelmus Carbonel et haeredes sui a nobis a et successoribus nostris perceptas debent virtute et <x autoritate contractus sive excambii inter nos et (( ipsum facti, quousque per nos vel successores nostros <( sibi pro se et suis haeredibus sufficientes alias

« fuerint annui redditus assignat! super portionem a dictae décimai ad nos ac successores nostros perti- « nentem, percipiet totalîter et habebit, nosque et succe cessores nostri, prsedictos capitulum de cœtero in c( perpetuum super bis indemnes tenebimus, et tene- (( mur ergo dictum Guiileimum Carbonnel et causam c< babituros ab eo penitus observare^ nos et successores ce nostros ad boc, quantum possumus, obligantes, c( Yolumus insuper quod totalis dicta décima taliter c( insimul expletur et in duas partes aecpiales inter c< nos et successores nostros pro tempore, ex una Cl parte, et dictos capitulum, ex altéra, tam blada c( triturata cum bucello ({uam alii proventus ejusdem c( décima et exitus dividantur. Item et cum omnibus ce praedictîs damus eidem capitule octo libras turoc( nensium annui redditus super manerium praedicc( tum, quod Guillelmus de Malopertuso tenet a nobis ce in feodum, Yalloniis situatam, juxta domum superius « assignatam, ex uno latere, et domum dicti Guillelmi (I et Joannis dicti Bircot, ex alio ;. et si dictum manerium « non sufficeret ad dictas octo libras singulis annis sol- « vendas, volumus et ordinamus suppleri cpiod décrit c< de octo libris praedictis super domum cpiam in villa « Yalloniensi aocjuisivimus a Radulpho Aligot, et quod « pro ipsis octo libris in praedicto manerio ac pro supc( plemento in dicta domo quondam Radulphi Aligot, « suam iidem capitulum valeant justitiam exercere ad « distribuendam medietatem praedictam decimae et redcc ditus antedictos per dictos capitulum in modum « qui sequitur ; videlicet : quod iidem capitulum cui-

96 HISTOIRB ECCLÉSIASTIQUE

a libet trium capellanianim quas in ecclesia Gonstan- « tiensi praedicta fundamus, unam scilicet in honorem c( beati Dionisii ejusque sociorum, et beatorum Hilerii « et iEgidii confessonim, sitam immédiate post capel- « lam B. Apollinae ; secundam vero \n honorem beati a Ludo^ci confessoris, immedietate post capellam « B. Dionisii sapradictam, quam capellam beati Ludovici a Yolumus et ordinamus transferri ex cimeterio eccle- « siae memoratdB, cum ibidem capella fuerit fabricata et (( ejusdem capellaniœ communitatem {sic) ; tertiam, quae « erat in altari quod est a parte australi sub pulpito, in « honorem sanctonim Augustini, Ambrosii etHieronimi « doctorum, decem octo libras parvorum turonensium « monetdB usualis vel currentis pro parvis turonensibus « annis singulis ministrabunt in dotem, videlicet unam « medietatem ad paschalem synodum et aliam medieta- « tem ad synodum autumnalem, pro vie tu et vicaria « capellanorum pro tempore capellas obtinentium « antedictas. Capellanus vero capellani^ quae est sub « pulpito, erit de eundo ad matutinas immunis, sed in (( hieme in filo diei et in aestate immédiate post matu- « tinas ad pulsationem campanae, unam missam spe- « cialiter pro nobis^ parentibus, fratribus et spe- « cialiter pro Joanne, sororibus, amicis et benefacto- V ribus nostris, per se vel per alium in dicto altari « tenebitur celebrare, cujus misses officium diebus sin- « gulis erit de die, vel alias prout melius viderit « expedire, dum tamen quam frequentins poterit, cele- « bret pro defunctis et in dicta missa, cum aliàs quam (c pro defunctis celebraverit, semper fiet una coUata de

(c Spiritu Sancto quandiu Tixerimus, et alia pro dea functis. Capellani etiam aliarum duanim capellaniarum tenebuntur ire ad matutinas et missam, et quinquies ad minus missas ad sua altaria per hebdomadam celebrare, et pro singulis suis defectibus, videlicet pro matutinis de duobus denariis et pro missa de uno denario et pro defectu celebrationis missa cujuslibet, ut praefertur, faciendo, de quatuor denariis privabuntur et eo modo quo defectus aliorum capellanorum dictae ecclesidB converti consueyerunt, denarii hujusmodi convertuntur, ipsis tamen capellanis salvis immutationibus et aliis prout régi consueverunt et se babere alii capellani ecclesi» memoratae. Hanc capellanus dictae capellaniae sancti Dionisii missam pro fidelibus defunctis et specialiter pro pâtre et matre , fratribus et praecipue pro Joanne, sororibus et amicis , et benefactoribus nostris , et pro nobis, quolibet die, ut supra , per se vel per alium celebrabit, exceptis die Natalis. Domini, et tribus diebus post diem Resurrectionis dominicaBf et tribus diebus ante et tribus diebus post Pentecosten , duplicibus et semiduplicibus festis et diebus de dominicis et quibus poterit celébrare de die, et tune coUectam facere tenebitur pro defunctis.

« Capellanus autem Sancti Ludovici capellae predictas quolibet die, ut supra, quandiu vixerimus, missam de Spiritu Sancto vel de Beata Maria per se vel per alium celebrabit, in qua semper unam coUectam « faciet pro defunctis, et post decessum nostrum in

ToMB n. 7

« mlssam pro defunctis mutabitur dicta missa, exceptis

a diebus et festis antedictis.

c( Hase autem omnia, ut pradmittitur, adimplenda, tt dicti capellani et eorum successores in sua iastitu- « tione episcopo, qui erit pro tempore, jurare tene- (i buntur cum aliis capellanis ad matutinas, et missam <( juxta morem ecclesiae punctuabuntur.

M Item dicti capitulum tertio quolibet anno, quando « celebrabitur nostrum aniversarium , in eadem eccle- K sia, decem solidos parvorum turonensium vel mo- « netae usualis quovis currentis tenebuntur in pane a pauperibus erogari et triginta solidos consimilis mois netae custodiis, qui quolibet die in festo diei camic panam pulsabunt ad missam sub pulpito singulis « annis, videlicet pro qualibet die unum denarium.

« Item quindecem libras monetas consimilis in qua- (( libet aniversario nostro dicti capitulum inter se et « clericos dicti chori ad hoc prassentes decem libras, et a capellani et clerici qui praesentes fuerint, centum « solidos percipient et habebunt.

« Item praedictis capitule damus et concedimus in « augmentum aniversarii Joannis, quondam fratris « nostri , una cum quatuor libris et decem solidis de « praedictis sexaginta solidis turonensibus annui red- (( ditus, quas acquisivimus a discrète viro magistro « Petro le Tonnellier, scholastico Gonstantiensi, juxta <( domum dictorum capituli , in qua manet Guillelmus « de Turnebus, canonicus Constantiensis , ita quod « m uniyerso praedicto aniversario septem libras et (c decem solidos turonenses annis singulis dicti capi-

a tulum percipient et habebunt, quarum septem libra- « rum «t decem solidonim duae partes inter présentes c( ad hoc canonicos dividentur, et tertiam presbyteris « et clericis, ad dictum anniversarium praesentibus , « tradere tenebuntur, tenenda , habenda et de caetero (( in perpetuum possidenda dictis capitulo , omnia et « singula supradicta modo quo superius est expres- « sum, in puram, perpetuam et liberam eleemosinam c< habere pacifiée et quiète absque reclamatione, contra- « dictione, ac impedimentis a nobis successoribus et « hdsredibus nostris in contrarium super his faciendis, « et ex nunc omnia et singula preedicta, quidquid juris (( habebamus et habere poteramus in eis, transferimus (( in capitulum memoratum. Et ut haec nostra donatio « et concessio robur obtineat perpétuée firmitatis, prae* « sentes litteras iisdem capitulo dedimus sigilli nostri « appensione munitas. Datum apud Bonum Fossatum « die lunsB in festo Epiphanie Domini, anno ejusdem « millesimo trecentesimo tertio \ »

En 1304, Eustache de Pirou, chevalier, seigneur de Montpinchon et de Gerisy, consentit par un acte particulier qu'un prêtre, nommé Geoffroi Cotton, fondât à la cathédrale un obit pour lui, par le don de deux boisseaux de froment de rente à prendre sur cinq acres de terre en ladite parroisse, dont voici l'acte, en partie extrait du 354'' feuillet du cartulaire du chapitre :

a A tous ceux qui ces lettres, etc., Eustache de

* Copie de M. Dubosc, archiviste da départemeot de la Manche.

« Pirou, chevalier, seigneur de MonipinchoQ et de « Cerisy, salut. Gomme Geoffroi Gotton, prêtre, a « donné et octroyé , et du tout en tout en perpétuel « héritage délaissé à hommes honorables et discrets, (( le chapitre de Coutances, pour Dieu et le salut des « âmes de ses père et mère, et pour faire un obit « annuel en la mère église de Goutances, après son « décès , deux boisseaux de froment, à la mesure de « Cerisy, d'annuelle rente, à prendre et lever sur quatre a pièces de terre contenant cinq acres, assises en la « parroisse susdite, etc., sachent tous que j'ai eu ce « pour agréable et confirmé en tant comme il me peut « et doit appartenir, etc., dont j'en donne audit cha-

« pitre ces lettres, scellées de mon sceau, l'an de « grâce 1304, le jeudi après la fête de Toussaint, « sauf autrui droit et mes redevances. »

Nous apprenons des archives de Fécamp, que cette même année les éyêques de la province, savoir : Guillaume , archevêque de Rouen ; Robert , évêque de Goutances; Geoffroi d'Avranches, Mathieu d'Évreux, Philippe de Séez et Gui de Lisieux, s'assemblèrent avec les autres prélats de la province en concile à Déville*, bourg assez près de Rouen, afin de pourvoir aux taxes extraorcfînaires dont le clergé de la province était surchargé, en laquelle assemblée Tabbé de Fécamp protesta publiquement, par un acte qu'on a fait depuis imprimer, n'être point obligé de paraître à ces sortes

« D*après D. Bessin, p. 167, et le Galiia, xi, 173, instrum,^ ce concileaurait été tena Tannée suivante à Pinterville (Eure), et Robert d Harcourt n'y aurait pas plus fignré qae l'évèque de Lisieux.

de convocations, vu ses privilèges, dont il demanda acte, qui lui fut acordé.

L'an suivant, 1305, Geoffroi Meslier, curé deLingreville\ résigna cette ciu^e à Guillaume Meslier, chanoine de Saint-Surin, de Bordeaux, et notre prélat, inàiitu charitatis^ la conféra à son procureur, nommé Nicolas Badin. Il est marqué exprès que Tévèque l'investit par son anneau épiscopal, « per annulum nostrum pontificalem investimus ». L'acte est daté de Bonfossé, le vendredi après la fête de l'Annonciation 1305.

Nous apprenons par un autre acte de cette même année qu'il était en son château de Saint-Sauveur le mercredi avant la Saint-Martin d'hiver. Cet acte contient un accord qu'il fit entre son chapitre, d'une part, et noble homme messire Robert de Hotot, chevalier, seigneur du Hommet, « super eo quod dicebat idem a miles anuuatim pro quadam grangia dicti capituli, in « parochia de Artenei ' situata, quam idem miles de suo « feodo esse dicebat, sibi deberi duos capones vel parce tem, et alias faisantias molendinorum, et pro coustu- « miis mercatorum suorum, petens insuper per retrac- « tum cirose dictam grangiam, ratione domini sui « temporalis », etc. Notre évèque fit en sorte que le seigneur céda, pour le salut de son âme et celui de sa mère, audit chapitre tout le droit qu'il prétendait sur cette grange, et en outre « praefatus miles pro se et « suis heredibus, quantum in se erat et est, confirmavit « et confirmât praedictis capitulo tertiam partem decimse

* Arr. da Coutances.

* Sain^Pierre-â*Arthenay, arr. de Saint-Lo.

102 HISTOIRE EGGLÉSUSTIQUE

a bladorum parochidB de Arteneio coUigendam de (( cœtero pacifiée. »

Ce serait ici le lieu de parler de cette révolution par laquelle, après la mort du pape Boniface YIII, ce cruel ennemi du roi de France Philippe le Bel, le siège apostolique fut transféré en France, translation que les Italiens appellent la captivité de Babylone et à laquelle la plupart de nos historiens attribuent la cause des malheurs dont le royaume fut accablé dans la suite ; mais puisque ce point appartient à l'histoire générale, je n'en dirai que le peu qui suit, où notre prélat ayant eu part, je ne puis me dispenser d'en parler.

Dans les immenses contestations entre ce souverain pontife, Boniface VIII , et Philippe , notre roi , ce monarque ayant fait, le 10 avril 1302, assembler les prélats et les grands de son royaume pour délibérer sur les réponses qu'il y avait à faire aux propositions que lui avait apportées de Rome l'évèque de Pamiers, le clergé résolut, qu'avec sa permission, on en écrirait à Boni* face et on lui députerait trois évèques pour lui remontrer, avec tout le respect dû au rang qu'il tenait, de la part du clergé de France, combien son procédé était éloigné de la douceur et de la charité paternelle que ses prédécesseurs avaient toujours eue pour le fils aîné de l'Eglise et pour le royaume, et combien il était impossible que les évèques et les docteurs obéissent au commandement qu'il leur faisait de se trouver à Rome au premier jour de novembre suivant, pour assister au concile qu'il avait indiqué à ce jour-là.

Robert de Harcoiu^t, notre évèque, eut l'honneur

d'être un de ces députés avec Pierre de Perrière, évèque de Noyon, et Simon de Beaulieu, évèque de Béziers. Mais très-inutilement ils entreprirent le voyage ; la dureté du pape mit leur prudence et leur éloquence à bout, et cette célèbre ambassade ne servit qu'à élever son cœur et le rendre plus altier.

Il envoya donc un légat en France avec commandement de faire souscrire au roi, sous peine d'excommunication, certains articles qu'il lui prescrivait. Ce légat était un mauvais Français de la ville d'Amiens en Picardie, nommé Jean le Moine, cardinal du titre de Saint-Pierre-et-Marcelin. Ce cardinal avait entre ses domestiques un de nos archidiacres nommé Nicolas de Bienfaite ; il était resté à Rome, et ce fut de lui dont se servit le pape pour envoyer en France le décret de la prétendue excommunication qu'il disait avoir prononcée contre le roi, pour n'avoir pas voulu accepter les prq)ositions que lui était venu faire son légat. Notre archidiacre ne réussit pas ; il fut découvert et arrêté à Troyes.

La paix ayant été rendue au royaume par la mort funeste de Boniface, notre évêque Robert retourna en son diocèse. J'ai vu un acte daté de Bonfossé le jeudi après la Saint-Grégoire, 1306, par lequel il mandait au doyen des Pieux de mettre Nicolas de Boulbert en possession de la cure de Saint-Ouen-de-Sideville ^ vacante par la mort de Guillaume le Gros , notre évêque ayant donné l'investiture de ce bénéfice à Nicolas par

* Arr. de Cherbourg.

104 HISTOmE ECCLÉSIASTIQUE

dévolu, faute aux patrons ordinaires de lui avoir présenté en temps et lieu des personnes capables. Il est à remarquer en cet acte qu'il est mandé à ce doyen de dresser un état des ornements de cette église et d'en écrire un autant dans le plus grand livre qui y soit.

En 1304 S le quatrième jour d'août, Gilbert Bacon, écuyer, et Jeanne, son épouse, renoncèrent, en la présence de notre évèque et de son officiai, au patronage de Saint-Jean-des-Ghamps en faveur des moines du MontrSaint-Michel à qui ils l'avaient contesté.

J'ai trouvé dans le cartulaire d'xme ancienne et noble famille de ce diocèse nommée de la Haye-Hue, maintenant éteinte en Normandie et non en Angleterre, que cette même année 1307, le mercredi devant la Saint-André, fut ratifié, par son mandement et sa présence, certain accord qui, dès l'an 1297, avait été fait entre messire Robert de la Haye, chevalier, seigneur de Néhou et Guillaume de Hivers, aussi chevalier, par lequel celui-ci cédait au premier tous les droits qu'il avait en la forêt de Montrond ', avec quelques autres droits et terres désignés en cet acte, en considération de ce que de Rivers, n'étant encore qu'écuyer, Robert de la Haye avait servi pour lui en l'ost de Flandre, duquel acte de cette cession notre prélat adjugea un autant aux religieux de Montebourg pour la conservation de leur droit en cette forêt, suivant les donations à eux faites par Guillaume de Yernon, père de Richard, duquel Richard Robert de la Haye, père de notre Robert,

« Il faut lire sans doute 1907.

> Oa MoDtrot, à Néhou.

second du nom, avait épousé la fille, sœur de Guillaume de Yemon, deuxième du nom, lequel, mort sans postérité, avait laissé ses grands biens et ses honneurs à ces de la Haye.

Et sur ce propos on me permettra de faire ici une autre remarque, laquelle peut-être ne déplaira pas aux curieux. Ce Guillaume de Yemon étant, comme nous avons dit ailleurs, le principal fondateur de Tabbaye de Montebourg, le droit de la garde de la porte de cette abbaye, pendant la vacance du siège abbatial, lui appartenait incontestablement à lui et à ses héritiers. Ce droit, avec tous les autres avantages à lui annexés, fut transmis aux sœurs de Guillaume de Yemon, deuxième du nom, et après lui à ses sœurs; elles étaient deux. Tune fut mariée à ce Robert de la Haye dont nous venons de parler; l'autre épousa un seigneur du nom de Brucourt, lequel mourut encore jeune, laissant un fils, Guillaume de Brucourt. Comme ce Brucourt était mineur, et que lui et ses biens étaient en la garde du roi, dont le procureur était en cette occasion un nommé Nicolle du Pont-Audemer, lequel par provision s'était saisi de la porte de la garde de l'abbaye, il s'ensuivit procès par devant le bailli de Gotentin, en l'assise de Yalognes, le samedi après la Sainte- Luce , sur ce que débat était entre Robert de la Haye et Guillaume de Brucoiurt [au sujet] de la garde de la porte de Montebourg et des franchises de la seigneurie qui appartiennent à ladite garde au temps qu'il n'y a point d'abbé, et on demanda aux amis dudit Guillaume, c'est à savoir à messire Guillaume Bertrand, sieur de

106 HISTOIRE EGGLËSUSTIQUE

Fauquemon, et Robert Bertrand, écuyer, sieur de Fauquemon, oncles dudit Guillaume, et à Robert Bertrand, écuyer, sieur de Briquebec, cousin germain dudit Guillaume, si elle était en partie dudit Guillaume et s'il y avait droit. Eux dirent qu'elle n'était pas en sa partie et que c'était le droit dudit messire Robert, et par sentence définitive prononcée aux assises de Yalognes, le mardi après la fête saint Vincent, 1311, il fut dit que la main du roi serait levée et que le droit serait maintenu audit Robert de la Haye.

Notre évoque cependant était oc<^upé au service de l'Église et du royaume. MM. de Sainte-Marthe nous assurent qu'il était au conseil du roi, tenu en janvier 1306, et qu'il intervint en divers actes pour la Sainte- Chapelle auxquels on voit son nom, et qu'en 1308 il obtint de notre monarque la confirmation de deux chapelles que ses ancêtres avaient fondées en leur seigneurie de Harcourt^ M. du Tillet, dans son traité du rang des grands, témoigne qu'il assista le roi au jugement donné par les habitants de Couches contre le duc de Bourgogne, au parlement d'hiver 1310*; mais nous apprenons d'un acte daté du mardi avant Noël de cette même année 1310, qu'il était alors en son diocèse, lequel acte contient une relation d'une charte de saint Louis, par laquelle il avait, en 1264, consenti que les religieux de Saint-Sauveur présentassent au

« A Philippo rege impetravit conArmationem fundatanim duanim capellarum a Johanne de Harcoart parente ia terra sua mense. Martio 1308 (1309). — GaUa christ, xi, 883.

•Page 370.

bénéfice de Saint-Ouen-de-Catteville ^ lorsqu'elle vaqu^ rait, y ayant, lui roi, présenté à la dernière vacance Pierre-aux-Épaules *.

Cette même année 1310, le 9 mai, il obtint du roi lettres d'indemnité et de protection pour tous les biens, fiefs, terres, rentes et revenus qui appartenaient à son église. L'acte en est dans le deuxième volume du cartulaire du chapitre, feuillet 100% et est daté de Maubuis-

son*,

Raoul de Harcourt, frère de notre évèque, et qui, comme nous avons vu, lui avait succédé à l'archidiaconé de Gotentin^ fut tout d'une suite chantre de Bayeux, premier archidiacre de Rouen, chanoine de Notre-Dame de Paris, et fit le projet de la fondation du collège de Harcourt. Messire Robert de Harcourt, notre prélat, l'exécuta. On verra la charte entière de cette fondation dans notre recueil, si on veut s'en donner la peine; en voici quelques termes en preuve de ce que nous disons : « A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Robert, « par la grâce de Dieu, humble ministre de l'église de « Goutances et exécuteur du testament ou de la der- « nière volonté du seigneur Raoul de Harcoiurt de (( bonne mémoire, autrefois archidiacre de Gotentin « dans Téglise de Goutances, salut en Notre-Seigneur. » Gomme ainsi soit que nous ayons destiné et donné (c certaines maisons situées à Paris, rue Saint-^Gôme,

« Arr. de Valognes.

• Cartulaire de Saint-SaaYeur. n» 317.

* Ces lettres sont datées de 1319 : « Datnm in abbatia regali B. M. jnxta Pontisaram, millesimo ccc^ decimo nono, mensemaii. * (Cartulaire de Goutances, n« 133.)

108 HISTOIRE ECXXÉSUSTIQUE

<( vers la porte qu'on appelle la porte d'Enfer, avec « 500 livres de rente, à prendre sur la prévôté de Cl Gaen, pour Tusage et l'entretien des pauvres maîtres, « écoliers et étudiants aux arts et en théologie établis a OU qui seront établis dans lesdites maisons, nous « pour le bon gouvernement, l'utilité et la paix desdits « maîtres et écoliers étudiants, nous avons réglé toutes « choses de la manière qui suit : premièrement nous « ordonnons qu'il y aura vingt-huit pauvres écoliers « étudiants aux arts et en philosophie, desquels il y « en aura quatre du diocèse de Goutances, quatre du « diocèse de Bayeux, autant de celui d'Évreux et au- <( tant de celui de Rouen, dans lesquels le susdit « Raoul de Harcoùrt, pendant qu'il vivait, a eu des (c biens d'église ; le surplus sera pris ou des mêmes (( diocèses ou des autres tels qu'ils sont en distino- « tion *. »

Ces règlements pour ce collège, faits par notre évoque, sont trop longs et trop ennuyeux pour être rapportés ici ; nous en marquerons seulement quelquesuns ici. Il y est ordonné : n V Qu'il y aura pour le (c moins douze théologiens, deux de chacxm des dio- (( cèses susdits ; que chacun de ces écoliers aura cinq « sous parisis la semaine ; qu'il sera permis à toutes « sortes de personnes de fonder des places en ce col- « lége telles qu'il leur plaira, dont lui ou ses représen* « tants seront présentateurs, par dix livres de rente (( bien assurées, si c'est pour xm artiste, douze livres,

< Histoire généalogique de la maison de Harcoùrt^ IV, 1108.

DU DIOCÈSE D£ GOUTANCES. {09

« si c'est pour un théologien ; qu'on n'y recevra aucun (( artiste qui aura douze livres parisis de rente de son (( patrimoine, ni aucun théologien qui en aura trente^ « ce revenu étant alors réputé suffisant pour la nourc( riture d'un chacun, et ces places n'étant que pour « les pauvres ; que lui, évèque, pendant sa vie, et les « supérieurs du collège pourront recevoir dans lesdites « maisons d'autres écoliers en payant une pension « raisonnable ; que si par ces bienfaits ou par ceux a de quelques autres, le revenu du collège devient plus a grand et plus que suffisant pour l'entretien des qua- « rante écoliers ci-dessus, on pourra en augmenter le « nombre, de sorte néanmoins qu'il y ait deux artistes a contre un théologien; que tous les ans on fasse « dans la chapelle du collège deux services ou obits a pour feu Raoul d'Harcourt, savoir le vendredi qui « suit la cérémonie des Gendres et le vendredi qui suit « la fête de l'Exaltation Sainte-Croix, au premier des- (( quels il y aura trente sous pour la pitance et à l'autre a vingt sous pour la pitance, le tout monnaie de Paris, « auxquels obits ou services tous seront obligés d'as- « sister sous peine d'un denier d'amende; qu'aucun <( ne prête ou ne transporte hors le collège les livres « et que chacun soit obligé d'en faire serment ; que « chacun des étudiants s'applique et s'affectionne, de « sorte que dans sept ans il soit capable de prêcher « et d'enseigner les moindres cours et dans dix ans « d'expliquer les sentences , c'est-à-dire enseigner la c< théologie, autrement qu'il soit chassé de la maison « sans néanmoins qu'aucun ose présumer d'enseigner

no HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE

a sans en avoir auparavant été jugé capable par ses (( supérieurs ; qu'on élise dans la suite le proviseur de « la manière qui suit ; c'est à savoir : que les susdits « huit théologiens, des quatre susdits diocèses, quinze « jours après la nouvelle assurée de la mort dudit « évèque ou de celle du maître du collège, fassent « élection d'une personne capable, discrète et véné- « rable, et seulement née en Normandie, pour être « maître et proviseur. On présentera cet élu au chan- « celier de Paris pour en être approuvé. On en usera « de même à l'égard du plus ancien professeur de c( cette faculté, de quelque pays qu'il soit, comme « aussi du recteur de l'université ; mais surtout il ne « doit y avoir de proviseur qu'un Normand. » Cet acte, qui contient une grande quantité d'autres règlements, est daté du lendemain de la Nativité de la Vierge, 1311.

Après quoi, il serait de notre devoir de parler d'un concile de Vienne, de l'élection du pape Clément V et de l'ordre des Templiers qui fut aboli dans ce concile de Vienne où notre évêque assista ; mais nous croyons devoir renvoyer ces points aux écrivains publics et nous nous contenterons de remarquer deux choses : la première est que le Pape indiquant le concile, voulut seulement que quelques prélats de chaque province y assistassent et que ceux qui resteraient eussent soin des diocèses des absents; ainsi, dans notre province, l'archevêque de Rouen, l'évêque de Bayeux et le nôtre furent choisis pour le concile et les autres chargés de la garde de leur troupeau : « Quocirca mandamus uni-

« versitati vestrae per apostolica scripta, quatenus vos « fratres archiepiscopus et Bajocensis et Gonstantiensis « episcopi, reliquis yestrutn episcoporum in vestra pro- « yincia remanentibus, ad ea quae pontificale officium « exigunt expetenda omni negUgentia delegata, accin- <( gatis vos ad iter, etc. » ; l'autre est que les Templiers ayant été proscrits en ce concile, une bonne partie de leurs biens fut donnée aux Hospitaliers entre lesquels furent deux commanderies en ce diocèse, celle de Villedieu et celle de Réville \ lesquelles avaient été fondées et données aux Templiers par Henri, roi d'Angleterre. Notre évèque, avant de partir pour le concile, avait terminé xm procès entre les religieux de Montebourg et ceux de Saint-Sauveur, lesquels étaient au prieuré de Sainte-Groix-de-YirandevilIe'. Ces religieux avaient des dîmes mêlées en la parroisse deTurqueville; ce mélange causait des débats continuels entre eux, parce qu'on ne pouvait bonnement les distinguer. Pour obvier à quoi, notre évoque jugea que toutes ces dimes demeureraient aux moines de Montebourg, parce qu'ils paieraient aux autres trente livres tournois par an en deux paiements égaux, à la Saint-Jean et à la Saint-Michel. L'acte est daté de Goutances, le jour Saint-Pierre-aux-Liens, 131 1^ A son retour, continuant à veiller pour le bien des moines de SaintrSauveur, il fit en sorte que Guillaume Gourbet, curé de Gouville \ passa un acte semblable à celui de son prédécesseur, reconnaissant être redevable

* Arr. deValognes.

* Arr. de Cherbourg.

* GartDlaire de Saiiit-SauTOur, n« 120.

* Arr. de Cherbotirg.

de cinq sous par an à ces religieux ^ L'acte est daté du château de ce lieu le mercredi veille de la fête saint Clément; et par un second acte de ladite année 1312, le jour de la Saint-Nicolas d'hiver, passé à Bonfossé, il confirma le droit de deux foires par an devant le prieuré de Sainte-Croix-de-Virandeville, lequel droit leur avait été donné par Guillaume Carbonnel, chevalier, et Nicole son épouse, suivant les lettres qui lui en furent présentées par les religieux V

L'an suivant, 1313, le mardi après la fête de la Madeleine, étant en son château de Saint-Sauveur, Richard d'Ouville, curé de Henneville*, céda entre ses mains les deux tiers [de la grange] qu'il avait fait bâtir sur les terres d'aumône [de ladite église,] à ces mêmes religieux de Saint-Sauveur pour y reporter leurs dîmes, moyennant la somme de vingt livres tournois, argent comptant, dont ce curé acheta im quartier de froment de rente tant pour lui que pour les autres curés ses successeurs, ce que l'évêque confirma de son autorité^.

Étant encore au même lieu de Saint-Sauveur-le-Yicomte, le mardi avant la fête saint Gervais et saint Protais de l'année 1314, il conféra à la présentation des religieux de l'abbaye de Cherbourg le bénéfice de Yasteville, vacant par la mort du nommé Guillaume du Coudrai, à Robert Joué, mandant au doyen des Pieux de l'en mettre en possession.

Cette même année 1314, notre prélat fonda en son

« Cartulaire de Saint-Saaveur, n« 169.

* Cartulaire de Saint-Sauveur, n" 176, 177.

* Arr, de Cherbourg.

* Cartulaire de Saint-Sauveur, n» 411.

DU DIOCÈSE DE COUTANCES. 1 i 3

église cathédrale six clercs pour assister au chœur et soulager les chantres et chanoines au chant des psaumes et des messes. Il dota ces clercs de six deniers par jour, somme peu considérable et insuffisante en notre temps pour l'entretien d'une personne, mais alors d'une conséquence tout autre, le boisseau de froment, mesure de Coutances, ne valant que trois livres, comme nous avons remarqué ailleurs. L'acte de cette donation et des règlements qu'il fit sur l'état et sur la conduite de ces clercs, est contenu au feuillet .156* du troisième volume du cartulaire du chapitre de Coutances, daté du même lieu de Coutances, le mercredi avant la fête saint Michel, audit an 1314.

Enfin le septième joiu* de mars de l'année 1315, que l'on comptait encore 1314, mourut ce très-illustre prélat, aimé, estimé et généralement regretté de tout le monde, comme étant un des plus distingués évèques de notre province, moins par la noblesse de sa maison que par ses grandes qualités.

Sans parler de ses autres bienfaits, il a laissé à son église cinquante-deux livres de rente pour quatre obits qu'on fait pour lui aux mois de mars, juillet, octobre et novembre. Il a même rendu sa mémoire précieuse en toutes les maisons religieuses de son diocèse : à Blanchelande on fait pour lui deux obits, le sixième mars et le 24 octobre ; on en fait un à Saint-Lo le jour de son décès, et dans le manuel de l'Hôtel-Dieu de cette ville, il est le premier évêque pour qui on doit prier. « Obiit », porte le nécrologe de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte sur le septième mars, « venerabilis

Ton II. 8

114 HISTOIBE ECCLÉSUSTIQUE DU DIOCÈSE DE COUTANCES.

pater Robertus de Haricuria, episcopus Constantîensis ac dominas Sancti Salvatoris Yicecomitis, anno 1314, qui dédit conventui decimam novi molendini et 200 libras ad emendos redditus. » — Nonis martii » , marque celui de Cherbourg , « obiit Robertus de Haricuria bondB mémorial, Constantiensis episcopus^ qui nobis dédit centum libras ad redditus comparandos^de quibus compara vimus quindecim quarteria frumenti, ad mensuram Câesaris-Burgi, anaui redditus ad usus pitantiae. Iste obitus débet solemuiter celebrari et conventus débet habere pitantiam. » L'obituaire de la Perrine : « Nonas (martii) anno Domini m* cgg*" xim"*, obiit vir bonas mémorise Robertus episcopus Constantiensis, qui dédit nobis xx" libras turonensium ad emendos redditus ^ » Il mourut à Paris où les affaires de son roi et de son diocèse l'avaient appelé. J'apprends que son corps repose en l'église cathédrale de cette ville ; mais on peut remarquer par ces témoignages des obituaires et par diverses chartes de son successeur, que ceux-là se sont trompés avec MM. de Sainte-Marthe qui ont marqué en Fan 1318.

« Fol. 5, V.

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