DE GUILLAUME DE TUIEVILLE
Gomme la noble famille de Robert de Harcourt subsiste encore en notre diocèse dans les personnes de MM. les marquis de Harcourt, seigneurs d'Ecausseville, d'Olonde était la maison et famille de son noble successeur Guillaume de Thiéville ^ Il subsiste de même très-noblement en MM. les enfants de feu Nicolas de Thiéville, marquis de Bricquebosc, Héauville, Couville, Crosville, Helleville, Tracy, qui sont Charles de Thiéville, qui a plusieurs enfants de dame Catherine de Ravalet, Jacques de Thiéville, abbé de Bricquebosc, et François de Thiéville, seigneur de Crosville et autres.
Il paraît par Tépitaphe seule de Raoul de Thiéville, 35* évéque d'Avranches, oncle de notre Guillaume, que cette famille était illustre dès le xni' siècle, puisqu'il y est qualifié de nouvel astre de la famille de Thiéville, dont il était sorti tant de Mars et de Soleils, et qu'il y est dit qu'il était d'une famille et d'une naissance sublime :
* Il est appelé de Tyevilie dans nn acte de 1338. (GartalaîM de Goatances, n« 76.)
« EnRodolfus Thevillus, viator, Thevillanaa familiae, « unde tôt martes, tôt soles, sidus novum, proh dolor 1 « occiduum. Lucebat nuper non AbrincatinaB tantum « ecclesiae, sed Franciscae universae, sed ex ternis popu- (( lis, nunc terris desiduum partim , partim astra inter « defixum et alio micans orbe quiescit. Hic a se génère « sublimis, virtute admodum humilis, a majoribus force titer generosus, incredibili animi magnitudine ardua (( quaeque ad ecclesiae utilitatem aggressus superabat. « Cleri custos et pater, pauperum confugium, oppres- « sorum asylus, virtutum archetypus et pietatis, sacras (( ille infulas et dignitatis apostolicas insignia, quibus « vivens a populis honorem debitum satagebat exiberi, « hîc moriens posait. Non te pluribus, viator; quod « nunc es fuit, fac sis quod tune erat, eris enim brevi « quod nunc est. Vale, et mortuo bene precare. Obiit « anno 1292 '. »
Guillaume, notre évêque, était fils de Guillaume seigneur du Mesnil-Garnier, Chantore, Vains, Thiéville, Guéhébert, Mesnil-Oger et autres terres et seigneuries, et neveu de Nicolas de Thiéville, lequel, en 1299, partagea avec ledit Guillaume son frère les successions de Robert, fils de Raoul. Leur père épousa NicoUe de la Haye-Comtesse et fut la tige de Bricquebosc d'à présent.
Je ne sais point le nom de la mère de notre évêque', épouse de Guillaume, seigneur du Mesnil-Garnier; mais
< GaiUa ehrùHana, XI, 487.
> Isabelle de Beanfai, de Beiiafago, d'après le GaiUa.
je sais qu'il eut un frère puiné, nommé Robert, qui fut père de Henri de Thiéville. Ce Henri épousa Isabeau de Meulan, veuve deux fois, en premières noces de Fouque Paisnel, seigneur de Hambie, La Haye, et en secondes, de Guillaume, sire de Montenay-Garençière ; il en eut une fille, nommée Catherine de Thiéville, laquelle fut mariée à Olivier de Mauny, auquel elle porta ces belles terres que nous avons nommées Mesnil-Gamier, Thiéville, Chantore, etc. Elle le rendit père de Marguerite de Mauny, mariée à Jean Goyon, sire de Matignon, de qui sont descendus les seigneurs de Matignon, comtes de Thorigny.
Guillaume de Thiéville naquit à Coutances et fut baptisé dans l'église cathédrale, ce que je lui crois singulier, ne connaissant aucun autre que lui qui d'enfant de Coutances en soit devenu le père. C'est pourtant ce qu'il nous apprend lui-même dans un acte que nous rapporterons bientôt^ et dont voici les termes qui regardent ce fait particulier; c'est en paj^lant des grâces qu'il reconnaît avoir reçues par le moyen de la sainte Vierge : u Scilicet dignata est facere seu velle (( ab ortus nostri primordiis, chrismate sacrosancto suas « Constantiensis ecclesiaB nos in baptismo perungi. » Il fut dans la suite chanoine de cette église : « tempore « quo succedente, dictas ecclesiae suae canonicum prae- (( bendatum effici, » et enfin très-bon évèque : a et tan- « dem exuberiori gratia una cum dicta ecclesia ejus a tanquam sponsa nostra quamvis indigne spirituali « matrimonio copulari. »
II fut élu pour succéder à Robert de Harcourt dont
je trouve qu'il était parent, immédiatement après sa mort, par le suffrage unanime des électeurs, et sacré à Rouen par Gilles Aycelin, archevêque de cette ville, la même année de la mort de son prédécesseur, 1315. Il a gouverné ce diocèse environ trente-trois ans en bon et véritable évèque^ comme le témoignent tous les mémoires que nous avons vus de lui.
Le premier acte que je trouve de cet évêque, est un accord entre les chanoines réguliers de Cherbourg et les religieux de Saint-Paul-de-Cormery , diocèse de Tours. Ceux-ci ont un prieuré au doyenné de la Hague, nommé Saint-Germain-des-Vaux, et ceux-là un autre prieuré appelé de Jobourg. Chacun prétendant droit sur les dîmes, ou au moins sur quelques cantons des dîmes de la paroisse de Jobourg, tous en donnèrent le jugement à notre prélat. Ayant donc examiné le pouvoir de frère Gervais David, prieur de Saint-Germain, tant de sa part que comme porteur de la procuration de l'abbé .et couvent de Cormery, et de frère Bertrand*, prieur de Jobourg, pour lui et ladite abbaye de Cherbourg, il prononça que toutes les dîmes des blés et des légumes qui sont au-delà de Téglise ou monastère de Jobourg, avec Tautelage de toute cette paroisse, demeureraient au prieur de ce lieu de Jobourg, et que les dîmes qui sont en deçà de la même église seraient pour le prieur de Saint-Germain, en sorte que le chemin qui va de Jobourg à Auderville' serait les bornes de ce que chacun de ces prieurs devrait avoir.
* Bertrand da Pré. (Inventaire des archives de la Manche. H. 2871.)
• Toutes ces paroisses, arr. de Gherbonrg.
Cet acte, qui est daté du jeudi après la fête saint Pierre aux liens, fut si agréable aux parties, qu'ils sup* plièrent le même évèque de le confirmer de son auto* rite épiscopale par un second acte. Il le fit après avoir entendu juridiquement plusieurs personnes de divers rangs et qualités, qui toutes protestèrent par serment qu'on ne pouvait finir ce procès plus équitablement, procédure si nouvelle que j'ai cru devoir le remarquer. Il voulut encore, pour rendre ce jugement plus authentique, qu'il fût confirmé par le chapitre de Coutances, ce qui fut fait, ainsi qu'il parait, par acte daté du mardi après l'Assomption de la sainte Vierge 1316.
Nous apprenons du recueil des privilèges de l'abbaye de Fécamp, dont nous avons déjà parlé, que l'an suivant, 1317, les évêques de la province, au nombre desquels était le nôtre, ayant à leur tète Gilles Aycelin, leur métropolitain, s'assemblèrent en concile dans l'église de Saint-Martin-de-Pontoise , auquel Robert, abbé de Fécamp, protesta n'être sujet à ces sortes de convocations par des raisons qu'il allégua, à quoi les évêques déclarèrent n'être leur dessein de contredire à ses privilèges , et lui donnèrent acte souscrit dudit archevêque et des évêques de Bayeux, Lisieux, Avranches, Séez et Coutances.
Il y eut procès l'an suivant entre les moines de Lessay et un nommé Robert des Moitiers^ chevalier, au sujet du patronage de Saint-Pierre-d'Anneville*. Ce difiérend, porté devant Robert Busquet, bailli de
« Arr. de Cherbourg.
120 HISTOIRE EGCLÉSUSTIQUE
Cotentin, tenant les assises à Carentan, les moines l'emportèrent, et par acte exercé Je mardi après le dimanche Lœtare 1318, ce bailli, suivant la procédure de ce temps-là, en donna avis uu révérend père Guillaume, par la grâce de Dieu évèque de Coutances, et à ses vicaires au spirituel.
L'an suivant 1319, cet évèque considérant que les anciennes chartes de son église, lesquelles contenaient diverses donations confirmées ou libéralement données par les princes normands et autres prélats, seigneurs ou particuliers, avaient enfin besoin d'être ratifiées et renouvelées, présenta sa très-humble requête au roi Philippe y, surnommé le Long, aux fins de ce renouvellement et de la confirmation de ces chartes, et ce roi, plein de piété, lui donna les fins de sa requête dans l'acte qui suit, traduit en français, en attendant qu'on le voie en sa langue naturelle en notre recueil des chartes :
« Philippe , par la grâce de Dieu roi de France et de « Navarre. Parmi tous les divers soins et embarras (( dont nous sommes agités, un des principaux est de « donner le plus d'éclat qu'il est possible aux grandes (( actions de nos pères, lesquels, après avoir par leur « générosité détruit entièrement les rebelles et leurs <( ennemis, ont grandement amplifié les bornes et (( la gloire de leur royaume, ce que nous croyons « leur avoir été accordé par la bonté de Dieu, à cause (( de la grande affection qu'on sait qu'ils ont toujours « eue pour l'Eglise, ses ministres et les autres servi- « teurs de Dieu, parce que nous tenons pour assuré « que Celui-là qui fait sa demeure dans les cieux et
« regarde les choses d'ici-bas, et donne le salut aux c( rois, considère les bienfaits et les charités que les c( grands font à TEglise et à ses serviteurs, en son « nom , et témoigne que c'est à lui qu'on les fait , « récompense et honore ses bienfaiteurs au pied de c( son sanctuaire et de leur disposition. A ces causes, (( notre féal et bien-aimé Guillaume, évèque de Couce tances , nous ayant représenté certain privilège ou « ancienne charte accordée à l'église de Notre-Dame- (( de-Coutances, diminuée et effacée en plusieurs de « ses parties par la grande vétusté, tant en l'écriture « qu'en papier, nous requérant humblement de la « renouveler, la faire transcrire en nouveaux carac- « tères et la confirmer, [de] crainte qu'à l'avenir il n'en « arrivât à ladite église quelque perte ou dommage en « ses biens , à raison de ladite vétusté et diminution , a lequel privilège ou charte contenait plusieurs posses- H sions, revenus, redevances, libertés et franchises « accordés à ladite église par les prédécesseurs de <( l'illustre Guillaume, duc de Normandie, fils de « l'illustre Robert, par lui confirmés avec ce que ledit « duc lui-même avait établi , offert et accordé de « nouveau à ladite église avec tant de magnifi- (c cence, ainsi qu'il était déclaré ci -après, sachent « donc tous fidèles présents et à venir à jamais, que « nous^ suivant par la grâce de Dieu, autant qu'il nous (( est possible, la piété de nos pères, nous avons « ordonné que ledit privilège ou charte serait renonce vêlé et rédigé en nouvelle écriture eu ces termes « et en la teneiu* qui en suit :
« Au nom de la sainte et individuelle Trinité, amen. (( Que toutes nos actions commencent et finissent par « elle. Une génération passe et une autre revient, mais « la terre demeure pour Tétemité. Il semble que ces « paroles n'ont pas été dites de celles-là dont le Sei- (( gneur a dit : a Le ciel et la terre passeront ^ » mais (( de celles dont le Psalmiste a dit : « Que mon partage « soit en la terre des vivants^ » en laquelle il n'y a « point d'entrée ni d'accès qui soit véritable que par « la sainte Église, laquelle si elle est fondée tempo- (( Tellement sur la terre, conservera éternellement ses « fondateurs dans les cieux. C'est ce que connaissant « parfaitement le duc des Normands, Guillaume trèsa illustre, fils de l'illustre Robert, il rétablit glorieu- « sèment l'église de Coutances, qui de son temps fut « dédiée à la bienheureuse vierge Marie, mère de « Dieu, en tous les bienfaits qu'elle avait reçus de ses « ancêtres, et lui-même les augmenta de beaucoup, (( tous lesquels il voulut être écrits et contenus en une (( même charte, [de] crainte que la mémoire ne s'en perdit (( à l'avenir, et afin que ses successeurs les conser- « vassent inviolablement et dans leur intégrité, dans (( laquelle charte sont marqués en premier lieu les « dons qui avaient été faits avant lui, de tous les- « quels les noms en suivent et sont des prébendes ; « c'est à savoir : Blainville avec l'église, la terre « cultivée et non cultivée et les salines qui en dén pendent; Trély, l'église, les moulins et les autres a dépendances; Soûle, l'église, le moulin, le bois et « ce qui en dépend ; Gourcy, l'église, deux moulins,
n les prairies et ce qui y est joint; la moitié de Mune- « ville avec la moitié de l'église; le manoir Oiselia^ « avec ses dépendances; Saint-Louet-sur-Sienne, l'église « et deux moulins; en la ville de Coutances, l'église « fondée en l'honneur de saint Pierre avec la dlme (( qui lui appartient sous ladite ville et un moulin sur « la rivière de Soûle; la paroisse d'Urville*, l'église, « les salines et ce qui en dépend. De plus, ledit duc « ayant voulu et ne pouvant corriger les chanoines de « Saint-Lo-de-Rouen , qui percevaient le revenu de « ladite église et ne vivaient pas canoniquement , il « leur retira, suivant le conseil des évèques, les églises » qu'ils étaient en obligation de desservir, desquelles » les noms en suivent , savoir : Quibou , les moulins « et ce qui en dépend ; la Mancelière avec ses dépen- « dances ; la terre nommée le Caillou ; Mesnil-Rhé- « tand', qu'on appelle Fumichon, avec un moulin qui « est à Baudre, nommé le moulin Yautier; Mesnil- « Osmond; MesniUean, le patronage, le moulin, leurs « dépendances; la moitié de l'église d'Âgon, la moitié « de la dîme et une terre d'une charrue. Ce qui ayant « été réglé, il régla aussi les autres choses que nous « allons marquer et qui suivent : à Rouen l'église de « Saint-Lo, comme elle a été d'ancienneté, avec tous a ses privilèges et exemptions ; la paroisse de Saint-Lo (( sur la rivière de Vire anciennement* avec tous lieux « circonvoisins qui en dépendent et les terres de Mar-
• Le Galiia porta mansuni Àloit,
• BreviUa dans le Galiia.
• Le Gaiiia dit mahium TestaUn.
«Lisez entièrement.
124 HISTOIEE ECCLÉSIASTIQUE
« tinville et de Pierrefite ; la paroisse de Sainte-Mariea du-Château dudit Saint-Lo ; celles de Saint-Georges- (( du-Mont-Goq, du Mesnil-Bouxelin, de Saint-Ouen-de- (( MontieuS d'Aigneaux, Saint-Gilles et leurs dépen- « dances ; Gourfaleur ; de même Saint-Ebremond ; la (( terre de la Yacquerie ainsi qu'elle se consiste tant en « plaines qu'en bois, avec un moulin ; Bonfossé, l'église « et ses appartenances ; Montieray^, Ganisy, l'église, les « moulins et appartenances; de plus la terre de la « Haye avec l'église Saint-André et le moulin que « Richard, comte de Mortain, donna à sainte Marie « pour le salut de son âme ; la terre de Forteville que « lui donna la princesse Gonnor, servante de J.-G., « lorsqu'elle posa la première pierre des fondements « de l'église; l'église de Poupeville, avec la dîme de « toute la parroisse et une maison; l'église du Homme « avec la dime et tout lieu à tributs de cette même (( paroisse, et trois maisons à Yalognes; les deux tiers « de la dime d'Yvetot et de Huberville; la dime de la (( venaison de toutes les forêts du comté de Mortain, (( excepté celle de la forêt de Saint-Sauveur; la dime (( de la pêcbe à la ligne du gros poisson qui se prend « au rivage de la mer, depuis la rivière Cardet jusqu'en « ses cantons, la Yerrée'; l'église de Cherbourg avec
* Lisez Montreuil.
* Le Gallia porte Mons^Johannis,
* Le Galiia porte : « Décima lignanim crassi piscis totius rippariœ maris et flumÎDÎs Caredel, usque ad flumen Thar, totiusque ejectini quod in illis flnibus dicitar Veresc, » Dans une note sur VHistoire des évégues de Coutancesj M. de Gerville remarque que dans plusieurs cartulaires, et entre autres celui de MontelMurg , qui fut rédigé à la fin da xiii* siècle, on a essayé la traduction de crassus piscis, et on Ta rendu (comme notre auteur) par gros peison. •
(( ses tributs en tout lieu de la ville ; Tourlaville avec « la terre qui avait été à Angot, chapelain de ce lieu; « Equeurdreville avec la terre que le curé du lieu « lui laissa, et les dîmes et autres privilèges desdites « églises.
« Mais après avoir rapporté et transcrit les choses « données à cette église du temps des prédécesseurs du (( susdit duc des Normands, il est à propos de recenser (( ce que lui-même a donné et confirmé de son propre ; « c'est à savoir : la moitié de la ville de Coutances, la « moitié du faubourg, la moitié du tribut ou tonlieu, « une foire générale, deux moulins avec toute la monte « qui en dépend, et nommément la terre de Grimouville ; (( la terre de Richard fils, fermier, de Renaud, fils « Gilbert, et d'Ângot, fils Pépin. Ce susdit très-bon a duc lui a acquis ce que dessus et Ta affranchie de « tout ce qui pouvait être dû. Il lui a encore donné « l'église d'une lie que l'on appelle Aurigny avec la tf dlme et autant de terre que quatre bœufs en labou- « rent ordinairement; l'église d'une autre lie nommée (c Herm^ avec tous ses privilèges et dépendances et « iS acres de terre; dans l'île de Jersey, l'église de « Saint- Sauveur avec la dime de la venaison de « toutes les forêts qui sont de la dépendance du « château de Domfront et de tous les cuirs des bêtes a sauvages des forêts du Cotentin; enfin à Mont- « chaton' 5 acres de terre en prairie.
(c De plus, au jour de dédicace de l'église qui fut faite
*Serth, Serk, dans le GaiUa.
• Le Gaiiia dit apud Cathcnium^ à Caen.
126 HISTOIRE ECCLÉSUSTIQUE
<x le 8 décembre 1056, il lui donna la moitié de la pèche a de la rivière de Sienne qui était de son domaine ; il « aumôna le même jour une terre d'une charrue dans (( rile de Guernesey. Il augmenta encore les prébendes « d'une maison située en ladite ville, et leur donna la a terre de Huguelin Tronchey ; une autre terre d'une « charrue dans la paroisse de Saint-Sauveur, qu'on dit « avoir appartenu au nommé Edelin ^ , avec la dlme de (( trois moulins de ce lieu; en outre un aitre de huit « perches autour de ladite église ; la terre de Beurant « que Carbon de Remilly * et sa femme avaient eue en « se mariant ensemble ; la terre de L'Oiselière à Lince greville, ainsi qu'elle était de son domaine ; la terre « de Loucelles, de Fresné-le-Puceux et de Sainte-Croix I' que tenait Hébert d'Aigneaux dans le Bessin; celle « de Crapot que l'évèque Geoffroi avait acquise pour le « service de la sainte Vierge et celle de Versey acquise « par le même pour ladite église*.
a Or si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait par (( instigation du diable usurpé quelque chose de ces do- « nations faites à Dieu et à la sainte Vierge Marie mère « de Dieu, qu'il soit excommunié, anathématisé, chassé a hors de l'Eglise, privé pour jamais de la communion c( des fidèles, maudit de la malédiction éternelle, damné a pour jamais, privé de la société des bienheureux, « jeté au feu étemel avec le diable et ses anges, son (( nom effacé du livre de vie , et sa mémoire abomi-
* Saint'Saaveor-LendeUn.
• Corbo de Similieyo dans le Gallia.
■ Gallia Christ, xi, 271, itutrum.
DU DIO€ÊSE DE GOUTANCES. 127
« nable parmi les justes. Amen. Amen. Ainsi soit-il a fait. Qu'il soit anathème et plus qu'anaihème. Mara- « thana. »
(c Nous approuYons et de notre certaine science, à la « requête de susdit éyèque , nous confirmons de notre « autorité royale cette charte et tout ce qu'elle contient ce en l'honneur de Dieu et de la sainte Vierge mère « de Dieu, dont nous espérons par ce moyen nous « acquérir la bienveillance; nous ne voulons pas ({ néammoins, par ce renouvellement et confirmation, « acquérir aux chanoines et personnes de cette église (4 ou à quelqu'autre que ce puisse être aucun droit « nouveau en propriété ou possession, ni porter aucun « préjudice à nous, à nos successeurs, ni à quelqu'au- « tre que ce soit. Et afin que ce que dessus demeure a ferme et stable à perpétuité, nous avons fait appo- « ser notre sceau à ces présentes lettres. Fait à Paris, « Fan de Notre Seigneur 1319, au mois de mars. » Au mois d'octobre de l'année 1397, les mêmes lettres furent lues, relatées et confirmées derechef par le roi Charles YI. L'acte en est ensuite. Elles furent référées et visées à Coutances le 24"* jour d'avril, l'an 1438, par Guillaume Jourdan et Guillaume Lair, tabellions dudit lieu, Jean Le Gascoing, écuyer, étant garde des sceaux de cette vicomte, et encore une fois le dernier jour de février, l'an 1549, par Paul Cocagne et Gilles Bouhavard, aussi tabellions audit Coutances, Nicolas des Hogues étant garde des sceaux.
Il me semble l'avoir déjà dit, cette charte me plaît peu ; je souhaiterais la relation de la charte de Guil-
laume le Conquérant en ses propres termes. Je n'aime pas en la plume d'un prince séculier cette longue suite de malédictions par lesquelles finit cette charte ^ Je la donne comme je Tai trouvée ; j'ajouterai seulement qu'il y a quantité de ces biens donnés dont l'église n'est plus en possession, et qu'il y en a d'autres dont les noms ayant changé, nous avons de la difficulté à les connaître.
En 1323, il donna à son chapitre cette partie de la dlme duCheffrêne', tant de blés que des légumes, qu'il avait acquise d'un nommé Jean Megnard, écuyer, donation faite en son nom par Geoffroi Le Monnier. L'acte qui en fut dressé et qui est contenu au 89* feuillet du 1" volume du Cartulaire du chapitre, est daté de Saint-Lo, le samedi avant la fête saint André, l'an susdit 1323».
Et puisque nous l'avons commencé, nous continuerons à apporter tout ce que nous savons s'être passé entre ce prélat, son église et son chapitre. La première chose qui se présente, est un accord passé entre lui et son chapitre, le lundi 13* jour de décembre 1330, par lequel le chapitre est obligé à la fourniture des livres de l'église tant pour le chant que pour les messes, du luminaire, tant en cire qu'en huile, desrochets pour les enfants de chœur, de l'encens, des gages des custos de l'église, outre ce que les évoques sont obligés
* Le cartulaire de Goatances ne oontient qo'un acte assez court de Philippe le Long.
> Arr. de Saint-Lo.
> V. le n<» 145 da cartulaire de Coutancee, où il est question de cette donation.
de leur payer, et en outre ledit chapitre, demeure encore obligé aux menues réparations des cloches, savoir : [de fournir des] cordes, des cuirs, des verges et de faire renouer les battants; et Tévôque est tenu de fournir à ses dépens et entretenir les calices, patènes, corporaliers, croix, châsses des reliques, chandeliers, encensoirs, leurs chaînes, bassins, lutrin, la couverture des livres telle qu'elle soit d'or ou d'argent, tous les ornements nécessaires et convenables à l'office divin, soit pour les messes ou pour les autres choses, spécialement des chapes pour l'usage du chœur et pour les processions qui se font seulement dans l'église et le cimetière, mais point ailleurs, ainsi qu'il est plus amplement expliqué dans l'acte que nous avons extrait du feuillet 158* du V volume du Cartulaire du chapitre et dont on pourra Voir en notre recueil une copie.
Nous trouvons qu'en l'an 1336, il fonda en sa cathédrale un obit pour feu Jean Tesson, seigneur de la Roche-Tesson, par dix livres de rente^ suivant le contrat passé devant les tabellions, le lundi après la Saint- Georges, dont voici les termes :
« Â tous ceux qui ces présentes lettres verront. Hue « Aubert clerc, garde des sceaux, etc. Sachent tous a que par devant Adrien Ganei, clerc tabellion juré « de notre sire le duc de Normandie, fut présent révé- « rend père en Dieu messire Guillaume de Thiéville, « par la grâce de Dieu évêque de Goutances, [lequel] a « reconnu de son bon gré et de sa bonne volonté, sans « nul contraignement , qu'il avait donné dix livres « tournois d'annuelle rente chacun an, à la fête saint