‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 9 sur 30 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

« Michel ,. à Tobit de messire Jean Tesson^ seigneur if de la Roche-Tesson, à faire en ladite église N.-D.- (( de-Goutances, de laquelle rente les chanoines auront (( les deux parts et les clercs le tiers, etc. Fait le lundi (( après la Saint-Georges, l'an 1336. »

Mais il y a, de cette même année, de notre évèque et de son chapitre, une chose plus considérable et plus digne de mémoire ; c'est la distribution du psautier en autant de parties égales qu'il y a de chanoines en l'église cathédrale de Goutances , chacun desquels est en obligation de réciter en l'église la partie qui lui est échue, de manière que par ce moyen, outre l'office commun et ordinaire , le psautier entier est récité en l'église chaque jour par les chanoines, et ceux de ces chanoines qui ne veulent ou ne peuvent pas le réciter eux-mêmes , gagent un clerc pour faire cette récitation.

L'office divin en l'église de Goutances consistait uniquement au chant de cent cinquante psaumes, qui se disaient chaque jour avant, après et pendant la célébration des Saints Mystères. Guillaume de Thiéville considérant que le revenu de son église lui avait été donné sur ce pied-là, se fit un scrupule de ne pas renouveler ce dernier, et pour y satisfaire il régla, avec son chapitre, la récitation de ces psaumes en son église de la manière que nous venons de dire.

Quoi qu'il en soit, ce même acte dont nous parlons contient un deuxième règlement aussi digne de remarque que le précédent: les bénéfices qui dépendent du chapitre en commun, seront donnés à chacun des cha-

DU DIOCÈSE DE COUTANCXS. i31

noines par quinzaine, et ceux dont la vacance écherra en la quinzaine d'un chanoine, seront uniquement à la présentation de ce chanoine \ On en pourra voir la charte en son lieu ; elle est longue, ennuyeuse selon le style commun de ce temps-là; voici seulement la disposition et l'arrangement de ces quinzaines :

La première commence le lendemain de la fête de l'Assomption de la sainte Vierge. L'évêque, en qualité de chanoine, dispose des bénéfices qui vaquent pendant cette quinzaine et est en obligation de réciter du psautier depuis Beatus vir^ jusqu'à Confitebor. Le prébende de Lengronne est marqué par après et doit réciter depuis ce psaume inclusivement, Confitebor^ jusqu'à Exaudi^ Domine^ présentant pendant la quinzaine aux bénéfices du chapitre qui viennent à vaquer. Celui qui suit est le prébende de Saint-Louet; ses psaumes sont Exaudi^ Domine^ et les autres, jusqu'à Domine^ in mrtute tua. Ensuite [vient] la quinzaine du chanoine de Saint-Samson, dont les psaumes sont depuis Domine^ in virtute tua^ jusqu'à Dominus illuminatio mea; de celui qui a la [première] prébende de Quibou, Dominus illuminatio mea et les autres jusqu'à Exultate^' justi; de celui qui a l'autre prébende de Quibou , Exultate^ justi^ jusqu'à Noli œmulari; du premier [prébende] de Trély, Noli œmulari^ jusqu'à Beatus qui intelliffit; celui de Quettreville , Beatus qui intelligit^ jusqu'à Magnus Dominus \ celui deMuneville, le psaume Magnus Dominus^ jusqu'à Diœit insipiens ; le second prébende de

* J'ai dû modifler cette phrase, qui était absolomeot iniatelligible.

Trély^ Dixit insipiens^ jusqu'à Deus^ repulisti; celui de Saint-Sauveur, Deus, repulisti, jusqu'à Ex^irgat Deus; celui de Saint-Gilles, depuis ce psaume jusqu'à Deus^ judidum tuum ; celui de Blainville, depuis ce psaume jusqu'à Voce mea; le premier de Coutances, depuis Voce mea jusqu'à Deus^ venerunt getites ; celui de Besueville^ depuis ce psaume jusqu'à Inclina; le troisième chanoine de Quibou, depuis Inclina jxisqa'k Domine^ refugium; le premier chanoine de la Mancelière, depuis ce psaume jusqu'au premier Cantate; le second prébende de la Mancelière, depuis ce psaume jusqu'au premier^^^û&'c; celui d'Yvetot, depuis le premier 5^^ dic^ jusqu'au second Confitemini ; Tautre prébende de Saint-Gilles, depuis ce second Confitemini jxLsqiïk Paratum; le chanoine d'Urville, depuis Paratum jusqu'à In exitu; le second chanoine de Muneville, depuis In exitu jusqu'à Legempone; le second prébende de Coutances depuis Legem pone jusqu'à Mirabilia; l'autre prébende de Trély depuis Mirabilia jusqu'à Sœpè expognaverunt; de même, l'autre prébende de Coutances*, depuis Sœpè expugnaverunt \\is(\a'k Confitebor ; le troisième prébende de Coutances depuis Confitebor jusqu'à Benedictus, et le chanoine d'Huberville, depuis ce Benedie tus jusqu'à la fin*.

Il est ajouté dans la suite que les abbés de Lessay, de Troarn, de Saint-Taurin d'Evreux, et le premier de l'abbaye de Saint-Lo de Rouen sont dans la même obligation; mais il n'est point marqué

* Usez la Mancelière.

> Gaiiia Christ, xi, 974, instrum.

quels psaumes ils doivent réciter : Item abbas de Exaquio^ etc., et j'estime que par cette addition on voulait simplement marquer qu'ils avaient autrefois été du nombre des chanoines.

Nous devons aussi remarquer les termes dont notre évèque et son chapitre se servent pour expliquer l'obligation d'un chacun. L'évêque doit réciter ces psaumes Beatus vir et les autres jusqu'à Confitebor^ et ensuite celui de la prébende de Lengronne , dont les psaumes sont Confitebor^ etc. Il n'est pas dit : celui qui possédera une telle prébende récitera tels psaumes; mais celui qui a telle prébende a tels psaumes, ce qui semble témoigner que ce décret, pour user de ce terme, n'était pas une nouveauté pour cette récitation, qui était de tous les temps, mais seulement un renouvellement de statuts pour régler suivant les quinzaines à l'égard des bénéfices.

Nous avons une autre charte, datée du 24 mai 1341 , qui témoigne sensiblement le génie de cet évèque et l'affection particulière qu'il avait pour son église. Cet acte^ que nous avons extrait du 48'' feuillet du T' volume du cartulaire du chapitre, et qu'on pourra voir entier en son lieu, page 7\ contient que Guillaume de Thiéville, réfléchissant souvent^sur les obligations qu'il avait à la sainte Vierge , telles qu'étaient d'avoir été baptisé en son église de Coutances , d'en avoir été chanoine et enfin évèque, crut ne pouvoir mieux témoigner sa reconnaissance qu'en s'attachant à honorer de tout son possible cette église qui est dédiée en l'honneur de cette sainte Mère de Dieu et dont il lui avait plu lui

donner l'administration. Ayant donc reconnu, qu'aux fêtes solennelles, les chanoines et les autres ecclésiastiques de cette église étaient en obligation de faire la procession et ne le pouvaient en temps de pluie sans s'exposer, en sortant dehors, à l'injure du temps et gâter les chapes et les autres ornements , il fit construire à ses frais un bâtiment en forme de cloître, semblable à celui des couvents ordinaires , par lequel on pouvait sûrement, et sans crainte de la pluie et du mauvais temps, faire la procession quand on le jugerait à propos ; et parce qu'une bonne partie du revenu du chapitre consistait en rentes de froment et d'autres grains, et qu'on manquait de lieux à les serrer, il fit faire des greniers amples et commodes pour ce sujet sur cette galerie ou cloître.

Ce bâtiment, dont maintenant il ne reste aucun vestige, en sorte que môme on ignore le lieu où il était, fut élevé sur le fond du chapitre , et comme le terrain n'était pas propre pour y faire un bâtiment régulier ni droit sans prendre quelque chose du terrain de la chapelle du palais épiscopal , notre évèque, pour suppléer à ce défaut, donna environ 5 pieds de large et 19 de long du terrain de cette chapelle, espérant que ses successeurs l'epprouveraient d'autant plus, que non-seulement il l'avait fait pour le bien commun et l'utilité de toute l'église et du chapitre, mais aussi qu'il avait fait refaire cette chapelle beaucoup plus longue, plus grande et en meilleur état qu'elle n'avait été jusqu'alors.

Et comme il était nécessaire de construire une sa-

cristie pour y consenrer proprement et sûrement les ornements de son église que lui et ses successeurs étaient obligés de fournir et entretenir, il donna de son terrain 45 pieds en longueur et 1 5 en largeur, à prendre vers l'extrémité de la cour jusqu'à l'église cathédrale, et pria le seigneur archevêque de Rouen Aimeri de confirmer de son autorité métropolitaine cette sienne disposition, ce qu'il fit par un acte particulier, donné à Gaillon le 30* du même mois de mai et même an 1341.

Rien ne nous peut faire connaître les lieux de cette chapelle ni de cette sacristie, tant les choses ont changé. Il y a actuellement deux sacristies à la cathédrale, l'une au nord, et l'autre au midi, à l'extrémité des deux grandes chapelles de Notre-Dame-de-Pitié et de Saint^bastien, qui sont les deux ailes de l'église; mais il n'y a nulle apparence que ce soient celles-là. Celleci a été faite au même temps que le corps de l'église et elle est sous la grande salle du chapitre. Les deux chapelles du Saint-Sépulcre et de Saint-Jean, qui servent à présent de vestiaire, paraissent avoir été ajoutées au corps de cette aile ; je ne crois pas néanmoins que ce soit de ce vestiaire dont il s'agit ici. Le palais épiscopal était vers le levant de l'église, vers le lieu où sont encore les prisons de la cour de l'église et les maisons neuves que le sieur abbé de la Roque a fait bâtir, et le lieu où est présentement le palais épiscopal était au temps où nous parlons le château de Çoutances.

Quoi qu'il en soit, ce prélat avait tant de passion

pour la défense de cette sacristie, que nous trouvons au 9r feuillet de ce même volume des chartes, un acte duquel nous apprenons qu'ayant acheté d'un nommé Geoffroi Le Fèvre,et de Richard et Graffard, ses frères, une cour et une maison situées auprès le verger du manoir épiscopal, il les donna libres et franches de toute servitude à cette même sacristie : in augmentum sacristiae Gonstantiensis ecclesise.

En 1343, le mercredi après la fête saint Ambroise, notre évêque, charitatis intuitu^ donna à son église et à son chapitre une portion de dîme qu'il avait à prendre dans la paroisse de Montmartin-en-Graignes, qui appartenait autrefois à M"" Guillaume Gobout, et qu'icelui évêque avait achetée de Raoul de Hamars, écuyer, seigneur de Yillodon, demeurant en la paroisse de Tournay au diocèse de Bayeux, et de Luce , son épouse, laquelle était de ladite paroisse de Montmartin, de laquelle dîme la susdite Luce et ses prédécesseurs et ancêtres avaient joui depuis longtemps comme de leur propre héritage. Il donna aussi à ce même chapitre certaines maisons et ménages ainsi qu'ils se contiennent, sis et situés en ladite paroisse de Montmartin, qu'il avait acquis du même de Hamars et de son épouse, toutes lesquelles dîmes et maisons doivent dès lors vertir au bénéfice de la commune du chapitre et être appliquées aux obits et mémoires qu'on devait faire poxu* lui en ladite église , outre les autres donations qu'il avait faites pour le même sujet. Il voulut que cette somme entière de ce revenu fût divisée en huit parties égales, pour chacune de ces parties être distribuée en chacun des

huit jours que le chapitre choisirait et ordonnerait pour le temps de ces mémoires ; que le communier du chapitre distribuerait chacune de ces huit parties en chacun de ces 8 jours; ainsi les chanoines présents devaient en avoir la moitié et les clercs du chœur aussi présents la moitié de Taulre moitié, et du surplus les custos devaient avoir 10 sous tournois; 10 autres sous et le restant [seraient] à certain nombre de pauvres que le chapitre choisirait pour assister à ces mémoires, ce qui se ferait par le communier, de telle sorte que chacun pauvre eût 4 deniers pour son assistance. Il entendait qu'après son décès ces commémorations ou services de 8 jours devaient chaque année commencer au jour qu'arriverait ce décès et continuer tout de suite , et en cas que son décès arrivât en un temps où l'église serait occupée de façon qu'elle ne pût vaquer à ces services, ils seraient remis aux jours les plus prochains du jour de sa mort où il y aurait moins d'empêchement. On verra en la page de notre recueil l'acte entier de ce que nous disons, extrait du cartulaire du chapitre, volume 2-, feuillet 55'\

Il avait aumône aux chanoines 40 sous de rente , pour les engager à tenir et continuer le chapitre de l'Assomption pendant les jours de l'octave. En 1344, il leur donna, au lieu et pour ladite rente, une maison qu'il avait l'an précédent achetée par contrat passé en français par devant CoUin de la Porte, tabellion pour notre seigneur le duc, de Jean Benoit, bourgeois de

< Cartulaire de Goatances, n« T7.

Coutances, et de Guillette sa femme, ladite maison butant à hommes honorables et discrets, le chapitre de Goutances, et d'autre but à la rue de Guesnet, etc. Il ajouta à cette donation ou échange, que si le revenu de cette maison excédait ledit prix de 40 sous, cet excédant serait appliqué pour ses obits. Cet acte est dans toutes les formes passé devant Jean de la Lande, clerc et notaire public à Bonfossé, Tan de J.-C. susdit 1344, ind. 3% le 10' décembre, l'an 4* du pape Glément YI, et a pour témoins : noble homme Henri de Thiéville, chevalier; vénérable et discrète personne Henri de Thiéville , pénitencier de Goutances ; vénérable et discrète personne maître Guillaume Meurdrach; Guillaume du Saussey, écuyer, et Jean Thoisnel , tous du diocèse de Goutances. Get acte est au cartulaire du chapitre, T' volume, feuillet 54\

Nous trouvons que^ veillant incessamment pour le bien de son église, il obtint du roi une indemnité des acquisitions faites par son chapitre, soit par donation ou à prix d'argent. L'acte en est français , au cartulaire tant de fois cité, volume 3% folio 407'; le voici : « Philippe par la grâce de Dieu roi de France et de <( Navarre, salut. Savoir faisons que comme le cha- « pitre de Goutances eut acquis en notre seigneurie ou « de notre aîné fils le duc de Normandie, sans moyens, « les choses qui en suivent, c'est à savoir : 4 livres n 3 sous 4 deniers tournois du don de Michel « Sanson, pour célébrer son obit, de laquelle somme « il y a 60 sous 4 deniers sur la maison de Pierre « Nicolas, prêtre, et 15 sous sur la maison de Pierre

« Chambreure , en bourgeoisie de Coutances; item, ((14 boisseaux de froment, à la mesure de Coutances, u du don de maître Jean Taute et de sa femme, « pour célébrer leur obit; item, 7 livres 11 sous et a i boisseaux de froment, du don de Drouet le (( Lièvre et sa fenune; item, 6 livres 10 sous du don (( de Pierre et Geoffroi Hieu frères, sur la maison « Guillaume le Bœuf, au bourgage de Coutances; (( item^ 1 1 sous du don de maître Pierre le Blanc ou (( ses boirs, pour son obit; item, 6 livres 2 sous, du (( don de Guillaume Bouvel, pour son obit; item, (( 6 boisseaux de froment, au prix de 10 deniers le « boisseau, et 12 deniers du don de Nicolas Cauvin, « prêtre; item, 4 livres de rente, du don de Nicolas (( le Marchand ; item, un quartier de froment, du don (( de Raoul Griver, pour son obit; item, 10 livres de (( rente, du don de l'évèque de Coutances, qui auraient (( été pour Tobit de Jean Tesson, chevalier; item, (( 23 sous par titre d'achat, sur Iliomas Bourbier; (( item, 5 sous, du don de maître Jean Ricault, pour le (( luminaire N.-D. Item , comme ledit chapitre eut « acquis en la seigneurie de notre trèsK^her et féal (( cousin le roi de Navarre, comte d'Evreux, les choses « qui suivent : et premièrement, 4 sous 10 deniers de « rente, du don de maître Pierre le Blanc, pour son (( obit, en bourgage à Coutances ; item, 7 quartiers de (( froment, à la mesure de Coutances, par titre d'achat (( de Jean Hébert et sa femme, pour l'obit de maître a Pierre le Blanc, sur le pré Aubert le Vicomte, sis « en bourgage; item, 5 quartiers de froment, du

(( don de Jean Taute et sa femme, pour leur obit; (( item, 5 sous titre d'achat de Jean Langlois; item, « 3 boisseaux de froment et 3 deniers, du don de Vin- (( cent le Tonnelier, au village, sous le ûef au sire de (( Gratot; item, 19 boisseaux de froment, deux pains « et deux gelines , du don de Vincent le Tonnelier , « pour Tobit de Pierre le Tonnelier, sur deux clos « appelés la Gasterie, au village, sous le fief Jean (( du Mesnildot, tenu sous ledit roi de Navarre; item, « 26 livres sur les terres qui furent jadis Robert « Mellier, du don de Roger Mellier , pour son obit. . . * »

Voici quelques autres particularités de la vie de notre évoque Guillaume, que j'ai cru ne devoir pas omettre. Nous le trouvons au nombre de ces prélats qui furent assemblés par le roi Philippe le Valois , en 1329, avec les grands du royaume, où le fameux Pierre de Gugnières harangua si cruellement contre la juridiction des ecclésiastiques et où le roi répondit en prince véritablement très-chrétien, que son intention était d'augmenter plutôt les biens de l'Église que de les diminuer.

L'an suivant, 1330, il reçut une bulle du pape Jean XXII, datée d'Avignon, le 13 janvier et le 14' de son pontificat, par laquelle ce pontife lui mandait que Philippe, illustre roi de France, lui avait donné à connaître, auprès de Cherbourg, une abbaye de l'ordre saint Augustin, fondée' par des rois ses ^ prédécesseurs , à laquelle il était arrivé de grandes

« La fin manque.

pertes et dommages durant les guerres entre les rois de France et d'Angleterre , de sorte qu'elle avait été brûlée deux fois et perdu les chartes de ses cens , revenus et privilèges , livres et ornements, et était alors en un état si misérable, qu'il était impossible de satisfaire aux réparations du monastère et à la nourriture des religieux, à moins que d'y être autrement pourvu; qu'à ces causes le roi l'avait requis d'y remédier par l'union à ce monastère des églises de Sainte-Genevièveen-Saire, de Saint-Ouen-de-Side ville, de Sainte-Marguerite-du-Theil et de la grande portion de Sainte- Marie-des-Pieux*. Ce que souhaitant avec affection, tant poiu* la compassion des malheurs de ce monastère qu'en considération des prières du roi', et ayant une confiance toute particulière en lui, susdit évèque de Goutances, tant en ceci qu'en tout autre chose, il lui mandait et commettait de sa part et de son autorité de faire cette union , si les choses se trouvaient en l'état qu'on les lui avait représentées, et , s'il le jugeait à propos, aux conditions néanmoins de revenus suffisants pour la nourriture et entretien des curés ^ et sauf les droits des évèques et des archidiacres*.

Cette union fut faite avec toutes les cérémonies ou formalités nécessaires, ainsi qu'il paraît par un acte très-long qui en fut dressé devant les notaires , daté de la chapelle du manoir de Bonfossé, le 6 décem|;)re audit an 1330, duquel nous remarquerons ici, qu'après avoir réglé que chaque curé de ces paroisses aurait la

« Ces paroisseï:, air. de Gherbonrg.

* Inventaire des archives de la Manche, H, 1983.

moitié des dîmes de toute sa paroisse, il explique le terme à'autelage , qu'il voulut aussi être partagé également entre les curés et religieux, de la manière que nous ràvons toujours expliqué jusqu'ici , non-seulement des offrandes, mais aussi de ce que nous appelons les menues dîmes, qui sont : laine, agneaux, lin, chanvre, pommes, poires, arbres, porcs, veaux, poissons et autres choses semblables : « Item , medietatem « altalagii et omnium ac singulorum, quae sub altalagii (( nomine tam de jure quam de consuetudine in diœcesi « nostra Constantiensis communiter continentur et « intelliguntur , praecipuè medietatem decimarum « lanae, lini, canabi, pomorum, pirorum, arborum, ce porcorum , vitulorum , piscium , cœterorumque ani- « malium quorumcumque et obligationem, etc. ^ »

Ce serait une longueur trop grande de marquer les collations des bénéfices ; on me permettra néanmoins d'en citer une, datée du Mesnil-Garnier*, son patrimoine, le vendredi après la fête saint Philippe et saint Jacques, cette même année, par laquelle il conféra au nommé Landri Tardif la cure de Saint-Jeandes-Champs , suivant la présentation que lui en avait faite l'abbé et religieux du mont Saint-Michel, ce qu'il fit après avoir fait connaître à Guillaume du Bois qu'il n'avait pas lieu de la lui contester, et que ce du Bois eut en effet acquiescé par un acte daté de Goutances, le mercredi après la fête saint Georges 1330. Il termina un différend entre les religieux de Cherbourg et le curé

« Inventaire des archives de la Manche, H, 1968. * Arr. de Goutances.

de Sideville, touchant certaines portions de pré, jardin et terre labourable, que ce dernier prétendait lui appartenir à lui seul comme les autres revenus de l'église, conformément à l'union de cette paroisse à Tabbaye dont nous venons de parler.

M. du Tillet , faisant le dénombrement des prélats qui assistèrent au conseil du roi , tenu au Louvre « le mercredy devant Pâques fleuries » ,* ainsi qu'il parle de l'an 1331 , marque après l'archevêque de Sens, l'évèque de Goutances, qu'il nomme M. Louis d'Erquery; mais il y a de l'erreur ou au nom ou au temps. Certainement au temps que désigne cet écrivain, Guillaume de Thiéville était encore notre évèque et non Louis d'Erquery, qui ne lui succéda que longtemps après , comme nous verrons bientôt \

Il y a de l'erreur aussi ou du nom ou du temps en ce que nous allons rapporter de l'auteur de l'histoire de la ville de Rouen, volume 2% page 26* % en parlant de l'église paroissiale de Saint-Jean. « L'église de Saintce Jean, dit-il, netoit au commencement qu'une Chapelle n aussi bien que les Paroisses voisines ; on l'appeloit « Saint Jean des Prez. » Je trouvé aussi qu'elle a été quelque temps sous la juridiction de l'évèque de Coutances, comme on peut voir dans une ancienne charte du prieuré de Saint-Lo, qui dit qu'un nommé Guillaume, évèque de Coutances, conféra les ordres à ses diocésains dans l'église de Saint-Jean : « In

« « Maistre Loys Derquery 9 n'est cité ni après l'archeTÔque de Sens ni même parmi les évèques. (Du Tillet, 880.) • Page 84 de la IV* partie de Tédition de M. DCC. XXXI.

« nomine Domini. Tenore praesentis publiai instru- « menti ciinetis pateat, quod anno Domini... Que la « postérité connaisse que l'an de Notre Seigneur 1303, « nous avons conféré les ordres sacrés dans notre église « de Saint-Jean-sur-Renelle, de notre exemption et dio- (( cèse de Coutances, à Jean de Sebey et à Guillaume de (( Bressie, de la paroisse de Saint-Lo-de-Rouen, de notre « diocèse, et à plusieurs autres, etc. » Si la date de cette charte était véritable , c'aurait été Robert de Harcourt qui aurait fait cette ordination et non Guillaume ; mais je crois que l'erreur est à la date et non au nom , et qu'au lieu de 1303 il faut mettre 1333.

De cette même année 1333 nous trouvons un acte, daté du mercredi avant la Saint-Valentin , par lequel Olivier de Pirou , fils et héritier de Jean de Pirou, de la paroisse de Fermanville, vendit à M* Nicole de Neaufles, chantre de l'église de Coutances, la moitié de cette portion de dlme, comme le père dudit Olivier avait en temps qu'il vivait en la paroisse d*Orglandes. L'acte en est en français au volume 3% folio 412. Et aux mêmes an et volume, feuillet 183, nous voyons un contrat passé devant Groult Ganes, tabellion juré de notre sire le duc, pour lequel M* Thomas Le Prêtre, recteur de Sainte-Croix en Bocage , reconnut qu'il avait vendu , cédé, quitté et délaissé, à fin d'héritage, à hommes hono-. râbles et discrets le chapitre de Coutances, 14 sous tournois de rente annuelle à la Saint-Michel , et ce , par 7 livres tournois une fois payées.

En 1338, le chapitre de Coutances, ayant le chantre à sa tête , ayant renouvelé un statut du lundi après

DU DIOCÈSE DK COUTANCES. i 45

rAssomptioQ de la Saiûte-Vierge, de 1232, fait par Hugues de Morville et son chapitre, par lequel, conformément aux canons de l'Eglise , il était ordonné que le chantre était en droit et en devoir d'examiner les clercs du chœur et les régler sur le chant et leurs habits^ avant que de les y recevoir, fît une ordonnance, a si reverendus pater ac dominus Guillelmus^ Dei gra- <( tia Gonstantiensis episcopus, voluerit », par laquelle il fut résolu qu'en outre les chapelains et les clercs des chanoines, il y aurait 24 clercs de chœur, entre lesquels il y aurait 4 diacres et 4 sous^diacres, qui sauraient bien chanter et lire, lesquels, tour à tour de semaine, serviraient à l'autel et au chœur, comme il était accoutumé , lesquels devaient être comme les vicaires des chanoines, soit qu'ils fussent absents ou présents, poiir le régime du chœur et pour les autres of&ces ou services accoutumés. Il y en devait avoir encore six, depuis l'âge de douze ans et au-dessus, qui eussent la voix claire, saine et grêle, et qui sussent bien lire , lesquels seraient marqués chacun à son tour et rang dans la carte pour porter et tenir les chandeliers, pour lire et chanter au chœur et faire les autres choses accoutumées, selon l'usage ordinaire, et les autres dix restant du nombre susdit resteraient dans le chœur pour l'honneur de l'église, pour y faire le service et les autres fonctions qui se présenteraient avec les clercs des chanoines et lés chapelains ordinaires, et s'il arrivait à quelqu'un d'eux ou des clercs des chanoines quelque bénéfice qui les obligeât à résidence et les empêchât de ces devoirs envers l'église cathédrale, il

ToiiB II. \

146 HISTOIRE EGOJÊSIASTIQUE

serait dès lors privé de tous les profits qu'il tirait auparavant de l'église , s'il n'était dispensé de résider en son bénéfice, et s'il ne venait desservir en cette église. Il est de plus ajouté qu'on ne pourra, sous quelque titre que ce soit, recevoir aux seconds bancs ou stalles aucun clerc , s'il n'est licencié en quelque science, qu'ils ne seront reçus qu'aux chapitres généraux de l'Assomption et de la Purification , et encore s'ils sont trouvés être de bonnes mœurs et suffîsamment instruits des choses de leur devoir : « quas omnia a ut robur obtineant... dicto domino reverendo patri, « ut scripsi, decretum suum interponere dignetur, per « présentes humiliter supplicamus. Actum et datum « in capitulo nostro generali Assumptionis Yirginis c( gloriosœ, sub sigillis nostris quibusutimur, anno ff Domini 1338. » Ce que ce prélat ratifia par une charte qui suit celle-ci, extraite du cartulaire du chapitre, volume 3', feuillet 379*.

Ce très-illustre prélat n'a rien oublié de ce qui a pu enrichir son église. Je trouve qu'il a laissé 105 livres de rente pour des obits^ somme très-considérable en ce temps-là , auquel on sait que la somme de blé ne valait que 30 sous et la pension perpétuelle d'un curé ou vicaire perpétuel n'était que de 1 5 livres par an. Sa mémoire est demeurée précieuse à son chapitre; on y fait sept services solennels pour lui chaque année , aux mois de janvier, février, mai, juillet, août et novembre, encore en ce dernier il y en a deux, et comme on a marqué qu'il y a 15 livres pour chacun de ces obits, c'est justement la somme que nous avons

DU DIOCÈSE DE GOUTAlfCXS. 147

marquée. Voici l'extrait de Tobituaire de la cathédrale : (c Januarius, 14'' Cal. feb. Commemoratio Guillelmi de « Thievilla, Coûfitantiensis episcopi, prae manibus. Fe- « bruarius, quarto idus. Commemoratio fratris Lau- « reutii de Thievilla et parentum ejus , videlicet Guil- « lelmi de Thievilla episcopi et benefactorum suorum, H prad manibus. Maius, quarto idus. Commemoratio (( Guillelmi de Thievilla Constantiensis episcopi , prae a manibus. November , art. 60. Commemoratio Guil- « lelmi de Thievilla, Constantiensis episcopi, praa mate nibus. D

On voit par ceci, que ce qu'avait souhaité ce prélat en donnant la dlme de Montmartin, comme nous avons vu ci -dessus, n'a pas été exécuté. Il voulait qu'aux huit jours qui suivaient celui de son décès on fit en chacun un obit pour lui ; les choses ont changé.

Il n'y avait point d'autres communautés religieuses dans le diocèse à qui il n'eût fait du bien ; il y en a peu qui n'en fassent mémoire. Cette mémoire est marquée en l'obituaire de Blanchelande le 10 novembre; ceux de l'abbaye de Saint-Lo et du prieuré de la Perrine le marquent au 2 novembre ; voici les termes du dernier : « Quarto nonas novembris, obitus domini a Guillelmi de Thieuvilla quondam Constantiensis « episcopi, qui nobis dédit centum libras \ »

Il nous aurait fait plaisir de nous marquer l'année de cette mort. L'auteur du livre intitulé Noctes Blan-

< L*obitnalre de la Perrine porte le 3 des aones de décembre, le 3 décembre. (Fol. %A, ?•.)

148 HISTOIRE ECGLÉSUSTIQUE

cœlandœ^ dit qu'il mourut en 1347, et cite pour cela le nécrologe d'un écrivain anonyme de Blanchelande ; nous croyons qu'il se trompe. J'ai vu une charte au Mont-Saint-Michel, datée du 5' jour de mai de Tan 1347, le 5' du pontificat de Clément VI, indiction 15', car toutes les époques y sont marquées , de laquelle nous apprenons que notre, évèque était alors absent de sa ville épiscopale, mais certainement encore vivant. Cette charte est une requête présentée par un nommé Nicolas Pontin « venerabilibus et discretis viris dominiô c( vicariis generalibus in spiritualibus et temporalibus « reverendi in Christô patris Domini Guillelmi, Dei et « apostolicae sedis gratia episcopi Constantiensis », pour être regu à la grande portion de la cure de Lingreville, dépendante de ladite abbaye, vacante par permutation faite avec un nommé Michel Freret, de la cure de Saint-Pierre du Mont-Saint-Michel.

Il mourut au Mesnil-Gamier , patrimoine de ses ancêtres et le sien ; il y fut inhumé dans le chœiir de l'église paroissiale. Cette église fut détruite, il y a quelque temps, par feu M. Morand, parce qu'elle incommodait par son voisinage le superbe bâtiment qu'il faisait faire. Il la fit réédifier plus loin, en un lieu moins incommode pour lui. On transféra en même temps tous les ossements qu'on put découvrir des personnes qui avaient été inhumées dans l'église et le cimetière, afin d'en ôter la mémoire aussi bien que la figure. Ceux de notre très- illustre évêque de Thiéville furent du nombre , et la pierre de son tombeau se voit encore sur le petit mur qui sert de clôture au

cimetière. A la fin de son épiscopat commencèrent les malheurs dont non-seulement son diocèse, mais encore toute la France fut accablée pendant plus de cent ans.

Le premier jour de juillet 1346, Edouard, roi d'Angleterre, descendit sans aucune opposition à la Hague avec une puissante armée dont il ruina une bonne partie de notre Cotentin , ainsi que tout le monde le sait et que nous Tavons déjà remarqué ailleurs.

Et l'auteur, qui a pour titre Noctes Blancœlandœ^ dit que ces afilictions commencèrent Tannée précédente 1345 : « Cœpit maxima mortalitas, qudB duravit « annos très et extraxit ubique terrarum partes duas « yirorum ac muliorum. » C'est en parlant de l'abbaye de la Luzerne , au temps que Raoul le Clerc en était abbé.

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