‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 100 sur 2407 · XL. Translation de saint Augustin · texte numérisé non relu

XL. Translation de saint Augustin

Vers ce temps-là, c'est-à-dire comme l'on croit, l'an sept cent vingt-deux (1), Luitpraïul, roi des U)mbards, apprit que les Sarrasins, qui s'étoient rendus maîtres de la Sardaigne , profanoient le sépulcre de saint Augustin , dont les reliques y avoient été ap|K)rli»es du temps de la persécution des Vandales (2). Luitprand, affligé de cette indignité , et poussé par les exhortations de Pierre, évêque de Pavie, envoya des ambassadeurs en Siirdaigne avec une grande quantité d'or et d'argent pour racheter le corps de ce grand saint, et rapp<)rter à Pavie , où il faisoit sa résidence; c« qui fut exécuté (3). Les reliques de saint Augustin furent mises dans l'église du mcmastère de Saint- Pierre, que ce roi avoit fait bâtir hors la ville, et que l'on appeloit le ciel d or ; mais , dès le siècle suivant, elle porta le nom de Saint-Augustin. On fait mémoire de cette translation le vingt-huitième de février (4).

XLl. Pelage, roi d Aslurie.

En Espagne , quoique les musulmans fussent les maîtres presque partout, la religion chrétienne ne laissoit pas de subsister comme dans le rest(; de leur empire , il s'y cons<*rva mén)e quelque peu de chrétiens indép<»ndants de leur puissance. Ce fut dans les montagnes des Asturies , où ils élurent pour souverain Pelage , fils de Fafila , de la race royale des Goths. On met le commencement de son règne l'ère sept cent cinquante-six, c'est-à-dire 1 an sept cent dix- huit (5). Les chrétiens avoient apporté dans les Asturies une arche ou coffre plein de reliques, qu'ils regardérentdepuis comme la sauvegarde de leur état. Ils prétendoient que cette arche étoit venue de Jérusalem , du temps de l'empereur Iléraclius et du roi Sisébut. Qu'un prêtre nommé Philippe, voulant la sauver du pillage des Perses, l'a voit apportée par mer en Afrique (6) ; et que l'Afrique ayant été envahie

Far les infidèles, un évêque, nommé Fulgens, avoit transférée en Espagne à (^arthagène, l'ère six cent cinquante-neuf, qui est l'an six cent vingt un. Long-temps après, elle fut transférée à Tolède, et y demeura jusqu'à la conquête des musulmans. Alors elle fut emportée , et mise enfin à Oviédo , comme le lieu le plus sûr entre ces montagnes , l'ère sept cent soixante-treize , l'an sept cent trente-cinq.

Les Sarrasins ayant appris l'élection de Pelage , lui envoyèrent Alcaman , un de leurs

(1) Act. SS. Ben. t. 3, p.

(2) Sup. 1. y, XXX, n. 61.

(3) Paul diac. vi, Hisl. c.

U) Mart. R. 28 fev.

(5j Set)ast. Salm. init.

(6) Sup. 1. xxxvu, n. 10.

AndeJ.-C.723.]

chefs, et Oppa, évoque de Se ville, fils du roi Mtiza , qui , par son intelligence avec eux , avoit aidé à la perte des Goths. Ils apportoient

des présents, et menoient une grande armée.

Pelage, averti de leur arrivéi», se retira dans une caverne, nommée aujourd'hui Covadonga, qui fut aussitôt environnée de l'armée des Sarrasins. L'évêque Oppa s'approcha , et dit à Pelage : Vous savez , mon frère , que toutes les forces de l'Es peigne réunies n'ont pu résister aux AralK»s:* Combien nK>ins le pourrez- vous dans ce trou de montagne ; croyez mon conseil, traitez avec eux et vous jouirez de tous vos biens. Pelage répondit : Nous espérons que de cette petite montagne que vous voyez viendra le salut de l'Espagne et le rétablissement de la puissance des Goths ; et que Dieu , après nous avoir chiUiés, ne nous ôlera pas sa miséricorde. C'est pourquoi nous ne craignons {xmit cette multitude d infidèles.

Alors l'évêque, se tournant vers l'armée des

Vral)es, dit: Avancez, nous ne réduirons à la paix ces gens-ci que par la force. Oncommenç^a donc à les attaquer à coups de frondes et de toutes sortes d'armes. Mais la roche de la caverne , que les chrétiens regardoient comme (onsacrée à la Sainte-Vierge , repoussoit les pierres et les traits contre les infidèles. Les chrétiens sortirent sur eux, en tuèrent un très-grand nombre, entre autres Alcaman, leur chef, prirent l'archevêque Oppa, et mirent en fuite les autri^s, dont plusieurs , ayant ga- {rné la montagne, furent accablés par un quartier de rocher qui se détacha , et les précipita dans une rivière qui coule au-dessous. Les chrétiens regardèrent cette victoire comme un miracle. Vers le même temps, ils défirent les troupes de Munuza, qui avoit été l'un des quatre principaux chefs des Arabes en la conquête d'Espagne, et commandoit à Gijon, dans la même province d'Asturie. Il fut tué, et son nrmée tellement dissipée, qu'il ne resta pas Dri seul Arabe dans l'enceinte de ces montagnes, que l'on nommoit en ce temps-là Pyrénées , aussi bien que celles qui séparent la france et l'Espagne. Alors les chrétiens se rassemblèrent , et repeuplèrent les villes ruinées, rétablirent les églises, et rendirent grâce à Dieu.

Dans le même temps , éfoient célèbres pour lour vertu et leur doctrine Fridéric , évêque J'Acca dans la Bétique , Urbain , archevêque do Tolècie, et Evantius, archidiacre de la nw^me église , qui soutenoient la religion au niiiieu des infidèles. Mais un évêque , nommé Anambade, jeune et bien fait, fut brûlé par les ordres d'un chef arabe, nommé Munuza, 3utre que celui dont il vient d'être parlé ; et <*<' dernier fit mourir plusieurs autres chrétiens.

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