‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1002 sur 2407 · Combes. Auct. lo. 2, p · texte numérisé non relu

Combes. Auct. lo. 2, p

ture et ses habits, en sorte qu1l revenoit quelquefois au logis tout nu. Il entra d'abord dans un monastère à Athènes, et y prit le petit habit • mais sa mère l'en relira , et lui permit ensuite de vivre en solitude près d'elle sur le mont de Saint-Joannice, et il s'y établit a l'âge de dixhuit ans. Ce fut là qu'il reçut le grand habit monastique de deux moines vénérables qui alloient à Rome en députation , et qu'il logea en passant ; car il exerçoit volontiers l'hospitafité. Il augmenta ensuite ses jeûnes et ses autres exercices de piété , et reçut le don des miracles et de prophétie ; en sorte qu'il prédit l'incursion des Bulgares, qui ravagèrent quelque temps après tout le pays.

Il dit un jour à ceux qui étoient avec lui : II nous vient un homme qui porte un pesant fardeau et qui souffre beaucoup; puis il se retira sur la montagne. Incontinent après vint un homme seul qui ne porloit rien et demandoit Luc, disant avoir besoin de son secours. Il attendit sept jours , après lesquels le saint homme parut, et le regardant de travers lui dit d'un ton rude : Qu'as-tu affaire en ce désert ■> Pourquoi laisses-tu les pasteurs de l'Eglise pour venir chercher des hommes rustiques et ignorants ? Comment oses-tu paroître étant chargé de si grands crimes ? Déclare publiquement le meurtre que tu as commis afin que Dieu te pardonne. Le pécheur effrayé dit: Homme de Dieu, pourquoi me demandezvous ce que vous savez déjà , quoique je l'aie lait en secret ? mais pour vous obéir je vous dirai tout. Alors il déclara toutes les circonstances de son crime, et se jeta aux pieds du saint, le priant de ne le pas dédaigner. Luc le releva lui donna les avis et les règles qu'il crut convenables , lui ordonnant, entre autres choses, d aller à la sépulture du mort , y répandre beaucoup de larmes , lui faire célébrer honorablement le service du troisième, du neuvième et du quarantième jour ; y faire, s'il pouvoit, au moins trois mille génuflexions , surtout de pleurer son péché tout le rese de sa vie et l'avoir toujours devant les yeux. Nous avons vu dans le huitième concile que les pécheurs s'adressoient à des moines pour leur demander le remède de leurs péchés ; mais ces pénitences imposées par des laïques n'étoientque des préparations à l'absolution sacramentelle (1). Aussi Luc marque-t-il d'abord à ce meurtrier qu'il devoit s'adresser aux prêtres. Après qu'il eut passé sept ans au désert de Saint-Joannice, il fut obligé de quitter le pays avec tous les autres habitants, par la crainte des Bulgares, qui, sous leur roi Siméon, vinrent le ravager vers l'an neuf cent quinze. Luc se

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HISTOIRE DL CHRISTIANISME

eût de la barbe et fut âgé d'environ vingt-cinq ans ; mais les mauvaises mœurs des écohers le dégoûtèrent bientôt de l'élude , et il se mit auprès d'un stylite qu'il servit dix ans , péchant pour lui, portant du bois , et lui faisant sa cuisine. La paix élant rétablie sous Pierre, roi des Bulgares , Luc revint au monl Saint- Joannice. Ayant appris que l'archevêque de Corinthe passoit par-là , il alla le trouver, et lui porta des herbes de son jardin. L archevêque s'étant informé qui il étoit, voulut voir sa cellule, et, fort édifié de sa manière de vivre, il lui lit donner une certaine quantité d'or. Le saint homme le refusa disant : Seigneur, je n'ai point besoin d'or , mais seulement de prières et d'instructions. Toutefois, voyant le prélat affligé de son refus , il prit une pièce d'or . Puis il lui dit avec une grande humilité : Seigneur, nous autres que nos péchés ont réduits à demeurer dans les déserts et les montagnes, comment pouvons nous participer aux mystères terribles sans avoir de prêtres ? L archevêque répondit : Il faut avoir un prêtre autant qu'il se peut. S'il est absolument impossible , il faut mettre le vase des pre sanctiûés sur la sainte table si c'est dans un oratoire ; si c'est dans une cellule, sur un banc très-propre. Ensuite, ayant déplié le voile, vous mettrez dessus les saintes particules. Vous ferez brûler de l'encens, puis vous chanterez les psaumes des typiques ou le trisagion avec le symbole de la foi. Après avoir fait trois génuflexions, vous joindrez les mains , et vous prendrez avec la bouche le corps de Jésus- Christ, en disant Amen. Au lieu du précieux sang, vous boirez du vin dansune coupe qui ne servira à aucun autre usage. Vous renfermerez avec le voile les autres particules dans le vase , et vous prendrez bien garde qu il n'en tombe pas le moindre fragment qui puisse être foulé aux pieds.

Luc fut encore obligé de changer quelquefois de demeure ; mais enfin il se fixa dans r Attique, en un lieu nommé Solérion , c'est-àdire salutaire , et par abrégé Slérion, où il y avoit une fontaine et du bois qu'il delricha, et en fit un jardin agréable ; mais il en éloigna sa cellule, afin d'être plus cache. Ce fut là qu'il mourut saintement vers l'an neuf cent quarante-six , et y fut enterré : on changea sa cellule en oratoire, et il s'y fit quantité de miracles , comme il en avoit fait plusieurs de son vivant. L'église grecque l'honore le septième de février , et le nomme saint Luc le jeune, non par rapport à l'évangéliste , mais pour le distinguer d'un autre Luc, abbé en Sicile près le mont Etna , plus ancien au moins d'un siècle.

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