‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1019 sur 2407 · XLVI. Régie de vie de saint Udalric · texte numérisé non relu

XLVI. Régie de vie de saint Udalric

Depuis la mort d'Henri l'oiseleur, saint Udalric s'étoit dispensé d'aller à la cour, et de mener ses troupes en personne au service du roi , s'étant déchargé de ce devoir sur Adalbéron, son neveu. Il se donnoit donc tout entier à ses fonctions spirituelles; et voici le règlement de sa vie (2) : il disoit tous les jours l'office avec le clergé de la cathédrale , et de plus l'office de la vierge, celui de la croix , et un troisième de tous les saints , outre plusieurs autres psaumes et le psautier qu'il récitoit entier tous les jours, autant qu'il pouvoit. Il disoit tous les jours une, deux ou trois messes, selon qu'il en avoit le temps.

Il gardoit toujours les observances monastiques, couchant sur une natte, ne portant point de linge et ne mangeant point de chair, quoiqu'il en fit servir abondamment à ceux qui mangeoient avec lui. Le premier service

de sa table étoit, pour la plus grande partie, distribué aux pauvres, outre les invalides de toutes sortes qu il faisoit nourrir tous les jours en sa présence. Il exerçoit l'hospitalité avec joie envers tout le monde , principalement les clercs , les moines et les religieuses , et prenoil grand soin de l'éducation et de l'instruction de son clergé. Il écouloit avec bonté les plaintes des serfs de sa dépendance , soit contre les seigneurs ses vassaux, soit contre les autres seris, et leur faisoit rendre justice avec fermeté. Il n'ètoil jamais oisif, mais toujours occupé ou à régler ses chanoines et son école , ou à pourvoir à l'entretien de sa famille , ou à réparer et orner son église, ou à fortifier sa ville contre les insultes continuelles des Hongrois.

L'auteur de sa vie, qui rapporte ce qu'il avoit vu de ses yeux (1), décrit au long sa manière de passer le carême, et voici ce que j'y trouve de plus remarquable. Tous les jours de carême, après vêpres et avant diner , il lavoit les pieds de douze pauvres. Les trois premiers jours de la semaine-sainte , il tenoit son premier synode, au lieu de le tenir après la troisième semaine de Pâques. Car la règle étoit d'en tenir deux par an , ce premier, et un second le quinzième d octobre. Tout le peuple communioit le jeudi , le vendredi et le samedisaint; et on gardoit le corps de Notre-Seigneur dans un linge avec une pierre dessus, dans une autre église , d'où le jour de Pâques on les rapportoit solennellement à la cathédrale. Le vendredi-saint on ne dressoit point de table pour l'èvêque, seulement il prenoit le soir dans sa chambre du pain et de la bière , et en faisoit donner à ceux qui étoient avec lui '2 . Il ne se baignoitque trois fois pendant le carême , le premier samedi , à la mi-carême et le samedi-saint. Ce jour-là, après la bénédiction des fonts, il baptisoit trois enfants, et après la messe solennelle il mangeoit en grande compagnie. Le jour de Pâques après la bénédiction de la table, il distribuoit aux assistants de l'agneau et du lard qui avoient été bénitsà la messe, suivant une formule que r()n voit dans les anciens sacramentaires. Après le dîner, on chantoit trois répons, pendant lesquels on donnoit à boire , ce qui s'appeloit donner la charité (3).

Il faisoit régulièrement la visite de son diocèse dans un chariot traîné par des bœufs, non pas tant qu'il eût peine d'aller à cheval , que pour être seul avec un chapelain, et chanter les psaumes en liberté. Car il avoit toujours une grande suite de prêtres et d'autres clercs , de laïques d'entre ses vassaux , des serfs choisis de sa famille et des pauvres , et il les défrayoit tous largement. Dans la visite, il prêchoit , il écoutoit les plaintes, il examinoit

(1) Ditmar. lib. 2, p. 17. (2) Vitac. 3, n. 13. Frido. Chr. an. 955.|

(1) Ci.

(3; V. Cang. Gloss.

les prêtres des lieux , il donnoit la confirmation, et continuoit quelquefois la nuit aux flambeaux , pour ne pas renvoyer le peuple. Telle étoit la vie ordinaire de saint Udalric.

XLVIl. Eglise d'Espagne.

En Espagne, Ordogne III, roi de Léon, mourut l'an neuf cent cinquante-cinq, après avoir régné cinq ans et sept mois. Il quitta sa femme Urraque, et épousa Elvire, dont il laissa un fils nommé Bermond ; mais , comme il étoit encore en bas âge , son oncle Sanche le gros, frère d'Ordogne, fut reconnu roi et régna douze ans. Il envoya à Cordoue Vélasco, évêque de Léon, avec d'autres ambassadeurs, pour traiter de la paix et demander le corps de saint Pelage , martyrisé en neuf cent vingt-quatre (1).

Du temps de ces rois, vivoit Dulquite, abbé d'Albélada , monastère fondé en neuf cent vingt-quatre par Sanche, roi de Navarre, près la ville de Logrogne. Il avoit plusieurs monastères sous sa conduite , et gouvernoît plus de deux cents moines. Godescalc, évêque du Puy en Yelai , allant en pèlerinage à Saint- Jacques en Galice , passa par le monastère de Hilde , un de ceux qui dépendoient de Dulquite, et obtint de lui une copie du livre de saint Hildefonse de Tolède sur la virginité de Marie (2). Cette copie fut écrite par un prêtre, nommé Gomesan, et l'èvêque Godescalc l'emporta au mois de janvier, ère neuf cent quatre-vingt-neuf, qui est l'an neuf cent cinquante-un.

Le successeur de Dulquite fut Salvus ou Salvius , abbé d'Albélada , homme savant et éloquent , qui dressa une règle pour les religieuses , par où l'on voit qu'il en avoit aussi sous sa conduite. Il composa des hymnes, des oraisons et des messes , dont le style inspiroit beaucoup de dévotion. H étoit de petite taille et d'une foible complexion , mais d'un esprit fervent , d'une conversation fort agréable, plus distingué encore par ses bonnes œuvres que par sa science. Il mourut du temps deGarsias I,roid'Arragon, et de Théodemir, évêque de Najare, le dixième de février, ère mille , qui est l'an neuf cent soixante-deux. Entre ses disciples, on remarque un évêque nommé Vélasco et un moine nommé Yigiîa , qui, en neuf cent soixante-seize , écrivit un volume contenant soixante-un conciles , cent une décrétales et quelques autres ouvrages.

Page 1