‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1025 sur 2407 · LIVRE CINQUANTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTE-CINQUIÈME

se faire vendre comme esclave en pays inconnu, pour donner le prix aux pauvres.

Sentant approcher sa fin, il appela son disciple et lui dicta des règles pour les moines de la laure; puis il retourna à la montagne jusqu'au jour de Saint-Nicolas, sixième décembre, qu'il revint à la laure et fit célébrer la messe plus tôt qu'à l'ordinaire. Puis il se coucha sur un lit contre sa coutume, et la fièvre le prit; mais il ne cessa point de prier Dieu et d'exhorter ses moines sans vouloir nommer son successeur, qu'il laissa à leur choix. Il mourut l'an du monde six mil quatre cent soixantequatre, indiction quatorzième, qui est l'an de la grâce neuf cent cinquante-six, le quinzième de décembre, jour auquel l'église grecque honore sa mémoire. Il étoit de petite taille , chauve, la barbe courte, le visage pâle, mais trt»s-agréable.

Un des moines ayant été délivré à son tombeau du démon qui le possédoit, Siméon, indigné du tumulte qu'il avoit causé dans l'église, s'approcha du tombeau du saint et lui dit, comnae s'il eût été vivant : Est-ce là donc votre aversion pour la gloire humaine, votre amour pour la solitude et pour la tranquillité? Vous allez nous jeter dans des troubles infinis. Ce lieu sera bientôt rempli d'hommes, de femmes et d'enfants : et quelle liberté après cela, quel repos aurons-nous? Si vous prétendez nous troubler ainsi par vos miracles, faites-le-nous savoir promptement; nous vous descendrons de la montagne et vous laisserons en bas faire ce qu'il vous plaira. Depuis cette remontrance le saint ne guérit en public aucun possédé, quoiqu'il fit plusieurs miracles sur les autres quil'invoquoient, comme il en avoit fait grand nombre durant sa vie.

LUI. Fin de Constantin Porphyrogcncte.

Constantin régna encore quinze ans depuis qu'il fut demeuré seul empereur délivré de Romain et de ses enfants ; mais il ne remplit pas l'attente qu'on avoit conçue de lui (1). Il étoit sujet au vin, fuyant le travail, difficile à apaiser dans sa colère, et punissant sans miséricorde. Sa paresse faisoit donner sans choix les charges et les emplois : de quoi l'impératrice Hélène et son frère, le chambellan Basile, protitoient pour les vendre. Ce que Constantin eut de meilleur, fut l'amour des sciences et des arts tombés en décadence par la négligence de ses prédécesseurs. Il s'appliqua donc à le rétablir, chercha ceux qui y excelloient, et les chargea de les enseigner. Il donna l'intendance de Técole de philosophie à Constantin, protospataire et mystique; celle de rhétorique à Alexandre, métropolitain deNicée; celle de géométrie au patrice IVicèphore ; celle d'astronomie au secrétaire Grégoire (2). Il prenoit

(1) Cedr. p. 635. (2) Post Thcoph. p. 278,

TOMK Fil.

grand soin des étudiants , s'enlretenoit souventavec eux, leur donnoit de l'argent, les faisoit mêmemanger àsa table : ainsi les études firent en peu de temps un grand progrès. L'empereur ne négligeoit pas les arts : il avoit une telle connoissance de la peinture sans l'avoir apprise, qu'il corrigeoit les maîtres mêmes; et ainsi les orfèvres, les forgerons, les tailleurs de pierres, descendant jusqu'aux arts mécaniques. Il avoit beaucoup de religion, au moins extérieure , et jamais n'alloit à l'église aux jours solennels sans donner de magnifiques offrandes, des vases d'or ornés de pierreries et des ornements d'étoffes précieuses (1).

Dès l'année neuf cent quarante-neuf, il avoit fait couronner empereur romain son fils, qui, dix ans après, en ayant déjà vingt et s'ennuyant d'attendre, fit donnera son père du poison dans une médecine ; mais, n'en ayant pris qu'une petite partie, il en fut seulement malade (2). Au mois de septembre de l'an du monde six mil quatre cent soixante-huit , de J.-C. neuf cent cinquante-neuf, l'indiction troisième étant commencée, l'empereur Constantin alla au mont OlymjKî en Natolie, sous prétexte de se recommander aux prières des solitaires, avant que de marcher en Syrie contre les musulmans; mais en effet pour prendre des mesures avec Théodore de Cyzique, touchant la déposition du patriarche Polyeucte. Là il retomba malade; et, sentant de grandes douleurs , il se fit reporter à Constantinople, où il mourut le neuvième d'octobre, âgé de cinquante-quatre ans, dont il avoit régné quarante-huit depuis la mort de son oncle Alexandre. Son fils, Romain, lui succéda, et on le nomme Romain le jeune , pour le distinguer de son aïeul maternel.

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