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LIVRE CINQUANTE-CINQUIÈME

Nous avons quelques autres lettres d'Alton de Verceil sur divers sujets de discipline. 11 défend à ses diocésains de croire aux augures, aux signes du ciel et aux prédictions de quel-

ques imposteurs, qu'ils nommoient prophètes. H défend de fêter le vendredi , superstition qui pouvoit venir du commerce avec les musulmans. Il soutient que le filleul ne peut épouser la tille de son parrain; et applique à cette adoption spirituelle, ce que les lois disent de l'adoption civile. Sur quoi il cite les institutes, le code et les novelles. Ambroise, prêtre de Milan , l'ayant consulté sur les noms de prêtresses et de diaconesses, qui se trouvent dans quelques canons ; il répond que, dans les premiers temps, le ministère des femmes étoit nécessaire pour instruire plus familièrement les autres femmes et les désabuser des erreurs du paganisme et de la philosophie (1). Qu'elles servoient aussi à leur administrer le baptême avec la bienséance convenable. Ce qui n'est plus nécessaire depuis que l'on ne baptise que des enfants. Il ajoute que l'on a nommé prêtresses et diaconesses les femmes que les prêtres et les diacres avoient épousées avant leur ordination.

11 y a deux lettres pour réprimer l'incontinence de son clergé. Quelques-uns, dit-il, sont tellement esclaves de ce vice, qu'ils ont chez eux des concubines, avec lesquelles ils mangent et demeurent publiquement {'I). Elles gouvernent leurs maisons, et après leur mort héritent de ce qu ils ont amassé des biens de l'Eglise et des aumônes des fidèles. La pauvreté leur fait feindre d'abord de garder la continence ; puis , quand ils sont reçus au service de l'Eglise, ils entretiennent ces malheureuses aux dépens des pauvres. C'est une occasion aux officiers de justice d'entrer dans la maison des clercs, sous prétexte d'en enlever ces femmes et leurs enfants ; et les clercs tremblants L'ur promettent tout ce qu'ils veulent (3). C'est que les canons condamnoient ces concubines à la servitude. Ainsi, continue Alton, le nom du Srigneur est blasphémé. Car quand ces femmes ou leurs bâtards prennent querelle avec quelqu'un du voisinage, les clercs viennent au secours, déclarant ainsi leur infamie. De plus, pour enrichir ces honteuses familles, ils deviennent intéressés, avares, pillards, usuriers et trompeurs. Ce qui refroidit la dévotion du peuple à payer les dîmes ou apporter des offrandes , au préjudice de leurs Ames ; et les clercs viennent à une telle pauvreté, qu'à peine peuvent-ils subsister.

Quand les évéques les reprennent de ce désordre, ils se révoltent contre eux au mépris de leur serment , cherchent la protection des puissances séculières, et souvent prennent le parti des ennemis de l'Eglise. Quelques-uns disent pour excuse que sans le secours de ces femmes ils ne pourroient subsister. Ce qui n'est qu'un vain prétexte, puisqu'elles-mêmes ont besoin du secours des hommes, et sont une

(1) Ezech. 18.

(2) Lu>tpr. 5, Hi»t. c. 13,

VI, c.-ô. Att. Episl. 1.

charge et un embarras. Mais quand on en pourroit tirer quelque utilité , il fiuit préférer la sainteté de notre ministère et les règles de l'Eglise. Evitez donc, mes chers frères, non-seulement le crime, mais tout ce qui vous y peut mener, c'est-à-dire toute attention à la beauté des femmes, à leur parure, à la douceur de leur entretien ; en un mot tout commerce avec elles.

Alton fit aussi un capitulaire ou instruction générale à son clergé et à son peuple , distribuée en cent articles , et tirée principalement du capitulaire de Théodulfe et des conciles. Il ordonne à tous les prêtres , les diacres et les sous-diacres , de savoir par cœur la foi catholique, c'est-à-dire, suivant le style du temps, le symbole attribué à sairtAthanase. Il recommande les calendes, c'est-à-dire les conférences des curés et des clercs au commencement de chaque mois, pour s'instruire de leurs devoirs: ce qui semble n'avoir commencé qu'au siècle précédent , comme on voit par les statuts synodaux de Riculfe de Soissons (1). Les prêtres doivent proportionner les pénitences à la qualité des personnes et des péchés. S'il s'est commis un péché public, le curé doit s'en informer avec soin, et mettre le fait par écrit. Il avertira le coupable de se soumettre à la

f)énitence, et de venir pour cet effet devant évêque. Le curé ne manquera pas d'y venir le mercredi des cendres avec sa relation par écrit. Si le pénitent s'y trouve, le curé écrira la pénitence qui lui sera imposée, et aura soin de lui , pour observer les marques qu'il donne de conversion. S'il lui voit accomplir sa pénitence avec grande ferveur, ou s'il le trouve en péril, il aura recours à l'évêque, et en son absence aux cardinaux, c'est-à-dire aux prêtres de la cathédrale, pour obtenir son absolution. Régulièrement il viendra le jeudi-saint avec les pénitents, pour apprendre et écrire ce qui leur sera ordonné à leur absolution. Le dernier article de ce capitulaire est le décret du pape Gélase, touchant les livres approuvés et apocryphes (2).

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