LVI. Autres écrits d'Alton
Nous avons encore un traité d'Alton de Verceil, touchant les souffrances de l'Eglise, divisé en trois parties (.3). La première est des jugements des évéques, où il prétend qu'ils ne doivent avoir pour accusateurs ou pour témoins que des personnes irréprochables, ni pour juges que ceux qu'ils auront eux-mêmes choisis ; et qu'ils ne peuvent être condamnés que par le pape , quoique l'instruction de leur procès puisse être faite par le concile de la province. Mais il n'établit ces maximes que sur les fausses décrélales. Ensuite il se plaint de
(1) Episl. 2, 3, i,5, 8. (3) Conc. Hispal. C. 3. (8) Epist. 9, 10. Sup. l. XXXV, n. 11.
Cl) To. 8, Spicil. p. l,c.
i, 29, 90. Sup. liv. Liv, n. 4.
(2) Sup. l. XXX, n. 35.
deux abus , c'est-à-dire de deux sortes de ju«lilications que l'on exigeoit des évéques au défaut des preuves, le serment et le duel. On les obligeoit non-seulement à jurer contre la défense de l'Evangile et la tradition de l'antiquité, mais à faire jurer avec eux un grand nombre de leurs confrères. Comme si un homme étoit coupable faute de trouver quelqu'un qui jure de son innocence, ou comme s'il ne suffisoit pas pour absoudre un accusé qu'il n'y ait point contre lui de preuve. Qgant au duel , quoiqu'on n'oblige pas les évéques à se battre en personne, mais seulement à donner un champion , cette voie de se justifier ne lais^ pas d'être injuste. C'est tenter Dieu, qui n'est pas obligé de faire des miracles pour donner toujours la victoire à la bonne cause ; c'est rendre les évéques coupables du sang qu'ils font répandre contre les canons , qui leur défendent de prendre part à la mort des hommes , et leur faire commettre un vrai crime pour se décharger d'une fausse accusation. Les ecclésiastiques seront-ils donc impunis ? non ; mais il faut les corriger selon les règles et par le ministère des évéques , auxquels seuls il appartient de les juger , et les laïques ne doivent s'en mêler qu'à leur prière. Mais à présent la puissance séculière opprime souvent l'autorité de l'Eglise , et il arrive , par la faute des mauvais juges, que le crime ne fait point perdre la dignité épiscopale, et que cette dignité ne met point à couvert de l'accusation.
La seconde partie de ce traité est des ordinations des évéques. Celles qui se font selon les canons doivent être comptées comme venant de Dieu môme ; mais les princes peu religieux, méprisant ces règles , veulent que leur seule volonté l'emporte , et trouvent très-mauvais qu'un évêque soit élu par d'autres que par eux, quelque mérite qu'il ait, ou que l'on rejette celui qu'ils ont choisi , quelque indigne qu'il soit. Ils n'y considèrent que les richesses , la parenté ou les services : l'une de ces qualités leur suffit. S'ils ne vendent pas les évêchés pour de l'argent , ils les donnent à leurs parents ou à ceux qui leur font la cour (1). D'autres sont tellement aveuglés, qu'ils élèvent des enfants à l'épiscopat , et font juges et docteurs ceux qui ont encore besoin des premières instructions. On ne les loue que de leur chasteté , qui est encore sans mérite. On oblige le peuple de rendre témoignage à un enfant, dont l'indignité est connue de tout le monde. La plupart rient , les uns de joie pour l'honneur qu'ils reçoivent, lesautres en se moquant d'une illusion si manifeste. On interroge le pauvre enfant sur quelques articles, qu'il a appris par cœur ou qu'il lit en tremblant dans un papier, plus par la crainte d'avoir le fouet que de perdre l'épiscopat. Ceux qui l'interrogent savent bien qu'il n'entend pas ce qu'il dit, et ne
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
An de J.-C. 000.
le foni pas pour l'examiner, mais pour garder la forme canonique , et assurer la fraude par l'apparence de la vérité (1). Ces évéques, ordonnés contre les règles , sont aussi accusés sans respect, opprimés injustement, chassés avec perfidie , et quelquefois cruellement mis à mort.
La troisième partie est touchant les biens des églises. Nous ne pouvons passer sous silence , dit l'auteur, qu'après la mort ou l'expulsion d'un évoque, les biens de l'église sont donnés au pillage à des séculiers. Car, qu'importe
qu'on les pille de son vivant ou après sa mort ? Et à quoi sert de garder le trésor de l'église , si on pille les granges, les celliers et tout le reste? On dissipe tout ce qui se trouve en nature, on vend les fruits à recueillir sous le nom de l'évéque futur , on diffère son ordination jusqu'à ce que Ton ait tout consumé ; et enûn on donne Févéché à celui qui en offre le plus ( 1 ) . En sorte qu'il n'y a point de terres si souvent pillées et vendues que celles de l'Eglise. C'est ce qui m'a paru de plus remarquable dans les écrits d'Alton , évéque de Yerceil.