XXIII. Conquêtes de Nicéphore Phocas
L'empereur Nicéphore ne survécut à cette ambassade qu'environ dix-huit mois. Il étoit homme de guerre, et remporta des avantages considérables sur les musulmans, par lui-même et par ses capitaines. Avant que d'être empereur , et sous le régne de Romain le jeune , il reprit l'île de Crète et la ville de Candie , que les infidèles en avoient fait la capitale. La seconde année de son règne, au mois de juillet , indiction septième , qui est l'an neuf cent soixante-quatre , il passa en Cilicie et prit Auazarbe, Rosse et Adane, puis Mopsueste et Tarse , et apporta à Constantinople les portes de l'une et de l'autre (1). Il rapporta aussi de Tarse des croix , autrefois prises sur les Romains, et les mît à Sainte-Sophie. La même année, neuf cent soixante-quatre, les Romains reprirent l'île de Chypre , et en chassèrent les Sarrasins sous la conduite du patrice Nicétas. L'année suivante , neuf cent soixanle-cinq , troisième de son règne , l'empereur Nicéphore passa en personne en Syrie. Il eût pu prendre Antioche ; mais il ne voulut pas, à cause d'une opinion répandue dans le peuple, que sitôt qu'elle seroit prise l'empereur mourroit. Car tous ces Grecs étoient étrangement frappés des prédictions. Il ne laissa pas de faire de grands progrès en Syrie et en Phénicie ; il alla jusqu'au mont Liban , prit Laodicée et Alep , et mit Tripoli et Damas à contribution. Il laissa une garnison au mont Taurus , commandée par le patrice Michel Bourtze, avec ordre de tenir Antioche bloquée, sans l'attaquer. Mais le patrice ne put se résoudre à perdre une si belle occasion, et se rendit maître d' Antioche. Les Sarrasins furent tellement irrités de ces conquêtes, qu'ils tirent mourir Christofle , patriarche d' Antioche , et brûlèrent Jean , patriarche de Jérusalem , croyant que Nicéphore avoit marché contre eux à sa persuasion. Ils brûlèrent aussi la belle église du Saint-Sépulcre.
L'empereur Nicéphore , au lieu de savoir gré au patriarche Michel de la conquête d'Antioche , le chargea d'injures, lui ôta sa charge, et lui ordonna de demeurer chez lui. Cette injustice mit le comble à la haine que l'on avoit déjà conçue pour diverses causes contre l'empereur. Yoici celles qui sont de mon sujet (2) : Il retrancha entièrement les pensions que les empereurs avoient données aux églises et aux maisons de piété, et fit une loi pour défendre
HISTOIRE DD CHRISTIANISME
AudeJ-COftS.
(1) Post Theoph. p. 30.
Cedr p. ftt3.
(i) Cedr. p. 001, D;p.
aux églises d'accroître leurs immeubles, disant que les évéques employoient mal le bien des pauvres , et que l'on manquoit de fonds pour les troupes. Ce qui parut de pire , fut une loi à laquelle souscrivirent quelques évêques flatteurs : qu'aucun évêque ne seroit élu ni ordonné sans ordre de l'empereur. Quand un évêque étoit mort il envoyoit un homme pNOur régler les frais funéraires, et il appliquoitle reste à son profit. Il vouloil faire une loi pour déclarer martyrs les soldats morts à la guerre, et pressa le patriarche et les évêques d'y consentir. Mais quelques-uns d'entre eux y résistèrent courageusement , et lui représentèrent le canon de saint Basile, qui conseille à ceux qui ont tué des ennemis à la guerre , de s'abstenir de la communion pendant trois ans (1).