XLII. Saint Volfang, évoque de Ralisbonne
(i) Vila per. Syr. lib. 3, (2) Vila per Odil. Bibl. C- 8- Clun. p. 354. Elog. Sœc. 5,
Ben. p. 38.
La seconde année du règne d'Othon II, c'està-dire l'an neuf cent soixante-quatorze, saint Yolfang, une des lumières de ce siècle, fut ordonné évêque de Ratisbonne. Il naquit en Souabede parents médiocres, et fut nommé au baptême Volfang, qu il traduisoit en latin Lupambulus^ c'est-à-dire pas-de-loup (i). Après avoir commencé ses études au monastère de Richenou, il passa à Wirtzbourg avec Henri, frère de Poppon , qui en étoit évêque , et qui avoit fait venir d'Italie un très-habile maître nommé Etienne. Peu de temps après , c'est-àdire l'an neuf cent cinquante - six , le roi Othon P"^ donna l'archevêché de Trêves à Henri, qui étoit son parent, et le nouveau prélat emmena avec lui son ami Volfang. Il voulut le combler de biens et d honneurs, et lui donner après lui la plus grande autorité dans le diocèse , mais Volfang ne voulut point d'autre emploi que d'instruire la jeunesse ; encore le faisoit-il gratuitement , refusant même ce qu'on lui offroit, et nourrissant à ses dépens les écoliers pauvres. Il n'avoit pas moins soin des mœurs do ses disciples, que de leur instruction; et lui-même s'abstenoit de la chair, jeûnoit, veilloit et prioit beaucoup , et ne portoit point d'habits précieux. Il refusa des abbayes, dont l'archevêque Henri voulut lui donner la conduite , et accepta seulement d'être doyen de quelques chanoines , qu'il réduisit à la vie commune et à l'étude.
L'archevêque Henri étant mort en neuf cent soixante-quatre , Volfang avoit résolu de se retirer en son pays , pour quitter le monde entièrement , comme il désiroit depuis longtemps. Mais Rrunon, frère de l'empereur et archevêque de Cologne, le fit venir auprès de lui, et lui offrit toutes sortes d'avantages. Volfang les refusa constamment ; toutefois , il demeura quelque temps auprès de ce prince , et témoigna souvent depuis qu'il n'a voit guère vu de vertu pareille à la sienne. Enfin Brunon lui permit de suivre son inclination : il
(1) Vita SffC. 5, Bened. p. 128.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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retourna en Souabe; il fut reçu avec une trèsgrande ioie par sea parents, qui le regardoient comme le soutien de la famille, et lui offroient toutes les commodités temporelles ; mais il les quitta , pour aller se cacher dans le monastère d'Einsidlen au fond d'une obscure forêt; et y embrassa la vie monastique , sous la conduite de l'abbé Grégoire, Anglois de naissance, qui avoit tout quitté pour y venir servir Dieu (1).
La réputation de Tolfang lui attira bientôt plusieurs disciples qui venoient, des monastères Voisins, recevoir ses instructions ; et saint Udalric, étant venu visiter à son ordinaire les moines d'Einsidlen , goûta tellement le mérite de Volfang, qu'il le prit en affection singulière, et quelque temps après l'ordonna prêtre malgré sa résistance. Un jour, comme Volfang étoit en prière, saint Otmar, à qui il se recommandoit souvent, lui apparut, et lui dit: Vous sortirez ^uvre de celte province; et dans une autre , ou vous serez exilé pour la cause de I)ieu, vous serez pourvu d'un assez riche évêché. Si vous y faites votre devoir, vous entrerez dans la vie éternelle au bout de vingt-deux ans, et vous sortirez de cette vie dans un lieu où on honore ma mémoire.
Encouragé par cette vision et poussé du zèle de la conversion des inGdèles, il sortit du monastère avec la permission de l'abbé , et passa dans la Pannonie , pour prêcher les Hongrois, eo neuf cent soixante-douze. Mais Piligrim, évéque de Passau, voyant qu'il n'y faisoit point de fruit, le retira de cette entreprise, et le retint quelques jours auprès de lui. Pendant ce séjour, il reconnut si bien le mérite de Volfang, qu'il disoit à ses confidents : O qu'heureuse sera léglise qui aura un tel évéque ! Je veux demander pour lui l'évéché de Ralisbonne On lui répondit : Comment cet homme pauvre et inconnu pourra-t-il obtenir cette dignité preférablement à tant de personnes illustres et connues de l'empereur ? Les jugements de Dieu, reprit Tévêque , sont bien différents de ceux des hommes. Je m'adresserai au marquis , en qui l'empereur a grande conOance , et je le prierai de faire en sorte que, sans avoir égard aux brigues et en vue de la récompense éternelle, on mette en celle place cet homme si digne , de quelque condition qu'il soit. La chose fut ainsi exécutée. L'empereur Olhon II, parle conseil du marquis, envoya ordre d'élire Volfang pour évéque de Ralisbonne, et ensuite le lui amener bon gré malgré à Francfort , où il devoit passer la fêle de Noël.
Les envoyés de l'empereur trouvèrent encore Volfang auprès de l'èvêque de Passau ,
que cette affaire eiom'ouvrage __ Vévéque. Il se rendit à Ralisbonne avec les envoyés , où le clergé et le peuple , d'un con-
(1) V. Mabill. S«c. 5, Act. p. M et 841.
seulement unanime, l'élurent canoniquoment et l'envoyèrent à la cour avec une députation de leur part. Etant en présence de l'empereur, il se prosterna à ses pieds, protestant de son indignité ; mais le prince , malgré sa répugnance, l'investit de l'évéché par le bâton pastoral. Volfang retourna à Ra(isb<jnne, où il fut intronisé par le clergé et le peuple, et sacré par son métropolitain Fridéric, archevêque de Saltzbourg, accompagné de ses suffragants. Saint Volfang garda l'bBibit et la Tie monastique dans l'épiscopat.