‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1067 sur 2407 · LIVRE CINQUANTESIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUANTESIXIÈME

Ralhier, évéque de Vérone tant de fois chassé et rétabli , mourut enfin en cette année neuf cent soixante-quatorze. Ayant été obligé de quitter Liège en neuf cent cinquante-six, il demeura deux ans en repos, et eo neuf cent cinquanle-lmit il retourna en Italie, où quelque temps après l'archevêque Brunon, par l'autorité de 1 empereur Olhon I" , son frère , lui procura son rétablissement dans le siège de Vérone. Rathier écrivit en ce temps-là un traité qu'il intitula Phrénésie, parce qu'il s'y emporloit furieusement contre Baudrt , son successeur dans la chaire de Liège. Car Ra«r thier ne feignoit pas de se traiter lui-roème d'insensé , et de se dire des injures. Kous n'avons plus de (C traité, mais nous en avons deux autres de Rathier écrits dans le même temps, l'un du mépris des canons, adressé à Hubert, évéque de Parme ; l'autre est la conclusion prise à Liège , c'est-à dire une protestation contre son expulsion de cette église , où il rapporte ses raisons de n'y pas renoncer volontairement (1). Le premier traité est divisé en deux parties. Dans la première Rathier se plaint que le clergé de Vérone l'a autrefois chassé , le voulant réduire pour toute fonction à la consécraiion et l'application du saintchrême. Il rapporte plusieurs canons pour montrer que l'èvêque doit gouverner le temporel de l'Eglise aussi bien que le spirituel, et soutient qu'il doit pourvoir k la subsistance de son clergé, pour en être le vrai pasteur, et avoir moyen de s'en faire craindre ou aimer(2). Ce sont, dit-il, les clercs qui partaient entre eux les revenus de l'église , mais à leur gré , selon qu'ils sont les plus puissants. Il n'y a que les prêtres et les diacres qui ont part , pour avoir de quoi s'enrichir et se révolter contre l'èvêque , pour se rendre maîtres des autres , et les obliger à se ranger de leur parti, sous peine de les chasser de l'Eglise. Cependant les sous-diacres , les acolytes et les autres moindres clercs n'ont pas de quoi vivre , de quoi servir et garder l'église , de quoi étudier; et ils s'en consolent, en ne faisant point leurs fbnctions , et espérant à leur tour traiter de

(1) SpicU.lom.i,p.l61etl04. (t) P. 103.

ZTe.'ZTé?rà ITvdUdT^lTr I '' "'' ^•'^•^"^"•'°^' ^''' ^''1^ soient que

«anéantir faute de rétribution, parce que le , cierge supérieur s'est attribué tout le revenu des églises.

RaUiier s'objecte : Est-ce donc le ministère d un evc^que de mesurer du blé et du vin et de distribuer de l'argent à des clercs? il répond qu 11 n est pas nécessaire qu'il le fasse par luiniéœe, et qu'il doit le faire par des prêtres ou des diacres, suivant l'ancienne institution. Il chercha ensuite d'où vient ce mépris si général des canons depuis le moindre laïque jusqual'evéque,eten trouva la cause dans le retroidissement de la cliaritè et la corruption de« mœurs , qui font regarder comme imposable 1 observation des règles. Il rapporte plusieurs exemples de la corruption du clergé guand je fus, dit-il(i), transtèrè à Liège, un évéque m'objecloil ks canons contre les Iranslaiioièg, el lui-même étoil adonné au vin et au jeu , avoit des chiens et des oiseaux pour la chasse^ et nobser voit point la résidence. J'en ai vu deux se reprocher mutuellement que 1 un portuit les armes et 1 autre avoit une concubine, que lun avoit commis un adultère avant son ordination , et que l'autre après 1 ordination s'etoil marié. Et ensuite : Supposiez qu^un homme bigame avant la clericaiure après le sacerdoce abandonné à plusieurs femmes, guerrier, parjure, chasseur, ivrogne, soit mis î>ur le siège apostolique de Rome, comme liieu le peut permettre : si je vais me plaindre à lui de quelque iiyustioe, et qu'il ècrivepour ma dc^ease a celui qui m'a fait tort, celui-ci ne dira-l-ilpas qu il voit une paille dans l'œil de son trère, et œ voit pas une poutre dans le sien (:i) ? Mais un tel pape ne le fera pas , il B osera condamner celui dont les senlimenls sont a>nK)rmes aux siens. Voilà d où vient ce mépris si général des canons et de 1 Evangile Biême. On croit inutile d observer les moindres préceptes , «yuand on se sent coupable d avoir violé les plus grands (3). Que gagneral-on à n'avoir point de chiens de chasse , si on a plusieurs concubines, si oo s'abstient de donner des coups de jxiing ou de bâton, et que Ion tue les àœes par des absolulious injïistes, ou par le scandale ?

11 relève ensuite le malheur de ceux qui non-seulement négligenllenainistèrede la prédfcalion , mais se l'interdisent eux-mêmes par leurs crimes suivant le reproche de lEcritare (4). Ensuite il ajoute: Faut-il après cela BOtts «tonner que les séculiers ne soient point fr&pf)és des menacer que «ohs lirons de i'ficriture et des canons , quand ils voient que nous rions en les lisant , el que nous nous obstinons à les mépriser? G est aussi pourquoi ils font peu de cas de nos excommunications et

Dans la seconde partie de ce traité (1), Rathier insiste sur 1 incontinence du cleriré comme sur la principale cause du mépris des canons Car , à peine, dit-il, trouve-t-on auelquun digue dêire élu évéque, ou d'imposer les mains à celui qui est élu. J\e voulant pas quitter ce vice d incontinence , ils comptent le resle pour rien ; et de là vient que de toutes les nations baptisées , ce sont les Italiens qui méprisent le plus les canons, parce qu ils sont les plus impudiques, et fomentent ce vice par 1 usage des ragoûu et 1 excès du vin: en S(ïïe que les clercs n'y sont distingués des laïques qu en ce qu'ils se rasent la barbe et le haut de la télé , el lout à 1 église quelque service pour plaire aux hommes plulôl qu'à Dieu. * Rathier, étant rétabli à Vérone,.o y demeura pas en repos. 11 ne poavoit s'empêcher de reprendre, suivant le devoir de sa charge «on cierge, qui ne vouloit pas se corriger , Ur il n y en avoilaucun|qui ne fût concubinaire public, ou encore pis. Ils éloient choques de soo premier traité, adressé à lévéque de Parme» et, comme Rathier lespressoitde quitter leurs lemmes , suivant les canons et 1 orare de Tempereur, la plupart alleguoient leur pauvreté qui leur rendoit ce secours nécessaire, parce que 1 église ne leur donnoii point de uae^ (2) Pour y remcHlier, Rathier prit connoissance dei biens de 1 eghse de Vérone j et il trouva qu'ils etoient suflisauls s'ils eussent été bien Zriatges. Mais ceux qui reudoient le moins de service a 1 Eglise en a voient de reste, tandis que ceux qui servoient le plus en recevoient peu ou rien. Et si quelqu'un vouloit s'en plaindre . Ils lui disoient : J ai attendu la mort de mea prédécesseurs pour jouir de ce que j'ai maintenant , attendez au&si la mienne, iï avoit beau leur citer les canous, ils opposoienl leur coutume. ^^

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