XLV. Autres écrits de Ralhier
Une autre plainte du clergé de Vérone , contre Rathier, c'est qu'il avoit employé la part des revenus ecclésiastiques destinée aux pauvres , à rebâtir les églises brûlées par les païens ou tombées en ruine par la négligence des mauvais évêques. C'est à quoi il répond dans le livre intitulé Apologétique, et il soutient que les pauvres pouvant alors se passer de, ce secours, il a dû employer les biens de l'Église à un besoin plus pressant. Cette division avec son clergé arriva après la mort de Jean XII , par l'ordre duquel il avoit été rétabli , par conséquent l'an neuf cent soixantequatorze. Et c'est en ce temps qu'il écrivit l'itinéraire , où il déclare à son clergé qu'il veut
(1) P. 156 : to. 9, Conc in fin. p 263.
aller à Rome pour se trouver au concile qui s'y doit assembler, et le consulter touchant la conduite qu'il doit tenir avec eux. Car , dit-il , où pourrois-je m instruire mieux qu'à Rome? Que fait-on ailleurs touchant les dogmes ecclésiastiques qui soit ignoré à Rome? C'est là que les souverains docteurs de tout le monde et les princes de l'Eglise universelle ont brillé. Là sont les décrétâtes des papes ; là on examine les canons , on approuve les uns et on rejette les autres : ce qui est cassé ne subsiste nulle part , et l'on ne casse nulle part ce qui subsiste. Ajoutez que Dieu nous a donné un empereur très-juste et très-sage , qui a institué à Rome le pape Jean , très-digne de cette place : c'est Jean XIII. Je crois, ajoute-t-il, qu'ils assembleront cet automne un concile universel. Il témoigne la peine où il se trouve pour son clergé, qui, étant coupable tout entier, devroit tout entier faire pénitence publique , après laquelle il ne lui seroit plus [XTmis de faire aucune fonction ; ainsi, le peuple demeureroitsans sacrements (1). Puis il ajoute : Que ferai-je donc de vous, mes frères^ Si vous ne confessez pas vos péchés, je crains que vous ne soyez pas sauvés; si vous les confessez, il ne vous sera plus permis d'offrir le saint sacrifice.
Une petite abbaye , nommée Magozian , ayant été brûlée par les Hongrois, il n'y étoit resté que l'abbé qui , loin de pratiquer la règle, ne vouloit pas même quitter sa femme, et avoit offert de l'argent à Rathier pour se maintenir en possession (2). Rathier donna cette abbaye à des prêtres séculiers, ordonnant qu'il y en eût au moins trois, afin que Ion y célébrât tous les jours la messe; qu'il y eût un diacre, un sous-diacre et quelques petits clercs. Pour leur subsistance, il leur assigne non pas des terres, mais certaine quantité de blé, de vin et de légumes, et ordonne qu'ils chanteront toutl'oftice divin aux heures réglées (3). Un des clercs de Vérone avoit marié son fils en carême, et le mariage s étoit fait la nuit du dimanche, en violant doublement les canons. L'évêque Rathier leur impose, et à tous ceux qui avoient commisdes fautes semblables , une pénitence de quarante jours , déclarant qu'il l'accomplira avec eux, pour ne les avoir pas repris plus tôt. Il exhorte ses clercs, puisqu'il ne peut les résoudre à quitter leurs femmes, à ne pas engager leurs fils dans la cléricature, et marier leurs filles à des laïques , afin de ne pas perpétuer le désordre dans l'Eglise.
Nous avons quelques sermons de Rathier, dont le premier et le plus grand est sur le carême (4). Il y blâme ceux qui, alternativement , passoient un jour sans manger et un sans jeûner, ou qui, jeûnant tous les jours jusqu'au soir , se donnoient la liberté de manger
(i) P. 281, id. Ep. Syn.
AudeJ.-C. y7i.j
la nuit avec excès , ou qui mangeoient avant none, qui étoit l'heure\rescri(e, croyS
Tr"'; r""'" ^"'^^ "^ fissent qu'un repan défend le samedi-saint de donner le baptême solennel avant la dixième heure , c'est-Œ qiuatre heures du soir. Il reprend l'erieur de
sauves , et réfute amplement et solidement ceux quisimaginoientDieu corporel, renouvelant iu^';^,^-? ..?*^7^P"™^'-P^ites. Vous E quez, dit-il (1), des idoles dans votre cœur et, oubliant l'immensité de Dieu, vous vom [e figurez comme un grand roi assis sur un trône
>êtus de blanc, tels que vous les voyez peints contre les murailles. Ensuite il réfute ceu'^ nui
à son iJ?' ' • """* V. "^^ P^'" ^^^^^ '•^^^«n «-^"«i^nt semaine '^''J^"'*-'^* P'"*^^ qu'un autre de la
XL VI. Fin de Ralhier.
Enfin Rathier ne pouvant vivre en repos à V erone , et ne s'y trouvant pas en sûreté , la quitta pour la dernière fois, et revint à l'abbaye de Lobes, près de Liège, où il avoit passe ses premières années (2). Baudri , évéque de Liège, etoit mort dès l'an neuf cent cinquante-neuf, et Brunon , archevêque de Cologne, avoit misa sa place Euracre, doyen de Bonne. Labbé de Lobes étoit Folcuin, nui nous en a laissé la chronique. Rathier lui envoya un écrit contenant les raisons qui le faisoient douter s'il retourneroit à Lobes ; mais en même temps il demandoit des chevaux et des gens pour l'y conduire. On lui en envoya Il vint ; et quelque temps après il obtint du roi de France, l^olhaire, l'abbaye de Saint-Amand ou, ayant a peine demeuré une nuit il revint a une terre que l'évêquelui avoit donnée. Ensuite il obtint l'abbaye de Haumont et v donna ce qu'il avoit d'ornements et de meuble's précieux. Il se brouilla avec l'abbé Folcuin qui , dans son histoire, l'accuse de légèreté et même de simonie, et la chose vint à tel point que Rathier, étant soutenu par l'évêque de Liéffe, Folcuin fut ohliffé do nuiftn^ lo «i«^^