‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 107 sur 2407 · XLVII. Lettre du pape à saint Boniface · texte numérisé non relu

XLVII. Lettre du pape à saint Boniface

Alors saint Boniface écrivit au pape Grégoire II , pour lui rendre compte du fruit de

(1) ViLc.8.Gr.lii,Hist. (2) Oth. I.l,c. 23. c. 49. ...

HISTOIRE DU CttRISTIANISME.

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sa mission et des traverses qu'il y renconlroit, et le pape lai répondit par une lettre datée de la huitième année de l'empereur Léon et la cinquième de Constantin , indiclion huitième , le quatrième jour de décembre, c'est-à-dire l'an sept cent vingt-quatre (1). 11 lui dit entre autres choses : Ne vous laissez point étonner par les menaces, ni abattre par la crainte; Dieu vous protégera , ayez seulement une ferme conGance en lui , puisque vous prêchez la vérité. Quant à l'évéque qui avoit jusqu'ici à instruire cette nation , et qui soutient à présent qu'une partie est de son diocèse, nous avons écrit au palrice Charles, l'exhortant paternellement à le réprimer, et nous croyons qu'il y donnera ordre.

Deux ans après, le pape Grégoire II écrivit encore une lettre à saint Boniface pour répondre à celle qu'il lui avoit envoyée par le prêtre Denval, où il le consultoit sur plusieurs points de discipline (2).Yoici les principales décisions de cette décrétale. On devroit défendre les mariages entre parents, tant qu'ils peuvent se reconnoître ; mais , pour user d'indulgence , principalement envers une nation si barbare , on peut permettre de se marier après la quatrième génération (3).

Si une femme est attaquée de maladie qui la rende pour toujours incapable du devoir conjugal , le mari peut se remarier , mais il doit donner à la femme malade les secours nécessaires (4). Cette décision, prise à la rigueur, seroit contraire à l'Evangile et à saint Paul , comme Gratien l'a observé : c'est pourquoi on la regarde encore comme une condescendance pour les Germains nouvellement convertis. Le pape continue : Les enfants offerts en bas ftge par leurs parents pour la vie monastique, n'ont plus la liberté de se marier, étant consacrés à Dieu par cette offrande. Un prêtre accusé par le peuple , sans témoins certains , sera reçu à se purger par serment (5).

il ne faut pas mettre deux ou trois calices sur l'autel en célébrant la messe, mais un seul , puisqu'il est dit que Jésus prit le calice (6). On voit ici la raison pourquoi , suivant l'ordre romain , on ne consacroit qu'un seul calice , quelque nouibreuse que fût la multitude des communiants. Il n'est pas permis de manger des viandes immolées, quoiqu'on ait fait dessus le signe de la croix 11 est permis aux lépreux de recevoir la communion , mais non pas de manger avec ceux qui se portent bien (7).

Vous ne devez pas éviter de parler et même de manger avec les prêtres et les évêques dont la vie est corrompue et scandaleuse , puisque souvent on les ramène plutôt par cette condes-

(1) Gr. Ep. 8. t. 6, Conc. (4) C. 2, 32, q. 7, Quod. p. lUÔ. Propos.

(2) Gr.Ep.l3.t.0,GoûC.

(6) C. 5. Sup. 1. XXXVI n. 19.

cendance que par les réprimandes (1). Vous devez en user de même à l'égard des sc^igneurs qui vous donnent du secours. I^ lettre est datée du dixième des calendes de décembre , la dixième année de Léon et la septième de Constantin , indiclion di^tîème, c'est ie vingtdeuxième de novembre sept cent vingt-six.

XLVIIL Lettre de saint Boniface à l'évéque Daniel.

Saint Boniface consulta son ancien évêque Daniel , touchant ses prêtres scandaleux et séducteurs , qui apportoient un grand obstacle à sa mission. Quelques p<Tsonnes, dit-il, s'abstiennent des viandes que Dieu nous a données, comme le pain et le reste, ne vivant que de lait et de miel (2). Quelques-uns soutiennent que ceux qui ont commis des homicides et des adultères , piTsévérant dans leurs crimes, peuvent être ordonnés prêtres , ce qui nuit beaucoup au peuple, toujours prêt à écouter les docteurs indulgents. Etant obligés à chercher de la protection à la cour de France , nous ne pouvons éviter la conmiunication corporelle avec ces gens-là, comme les canons l'ordonnent seulement nous ne communions point avec eux pour la célébration de la messe, <'t nous ne prenons point leur conseil. C'est sur quoi je demande votre avis; car, sans la protection du prince des François , je ne puis gouverner le p<'uple ni défendre les prêtres , les moines et les servantes de Dieu, ni empêcher les cérémonies païennes et l'idolâtrie dans la Germanie.

Cependant , je crains qu'en cette communication il n'y ait du péché ; car je me souviens qu'au temps de mon ordination , le pape Grégoire me fit jurer sur le corps de saint Pierre, que j'éviterois la communication avec ces S(»rtes de gens, si je ne pouvois les convertir (3).

Je vous prie encore de m'envoyer le livre des prophètes, que l'abN' Onimbert , autrefois mon maître, a laissé en mourant, où six prophètes sont en un même volume écrit en lettres fort distinctes. Vous ne pouvez m'envoyer une plus grande consolation dans ma vieillesse, (ar je ne puis trouver de livre semblable en ce pays-ci ; et, ma vue s'affoiblissant, je ne puis plus distinguer aisément les lettres menues et liées ensemble. On voit, par ce qui reste de chartes et de manuscrits (le ce temps-là , combien l'écriture ordinaire étoit défigurée par les liaisons; et, comme les lunettes n'étoient pas encore en usage, dès que la vue s'affoiblissoit on avoit besoin de lettres plus grosses (4). Saint Boniface continue : Cependant, je vous envt»ie, par le prêtre Fortère, de petits présents!, savoir , une chasuble qui n'est pas toute de soie, mais mêlée de poil de chèvre, et une serviette à long poil pour essuyer vos pieds. Il

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le consfde sur ce qu'il avoit perdu la vue.

Nous avons la réponse de l'évéque Daniel où il CQpsoIc Roni/'a.ce à son tour, et lui conseille de suivre les exemples des saints, en supportant patiemment ce qu'il ne peut corriger (1). Quant aux prêtres homicides, dit-il puisque, suivant les canons, on ne leur accorde la communion qu'à la mort, même après avoir fait pénitence, comment peut-on leur confier le gouvernement des âmes , quand ils ne se corrigent point? Et pour l'adultère impénitent, comment fera-t-il les fonctions du sacerdoce, puisque, selon les saints décrets, celui qui a épousé une veuve ou une seconde femme en est exclus ? Au reste , vous ne pouvez vous séparer des faux frères pour les choses corporell(»s sans sortir de ce monde, comme dit saint Paul (2) : II suffit que vous vous en

(1) Ap. Serr. p. 299. ap. (2) i Cor. v, 10. Bar. au 027, n. 63.

sépariez dans Toblation sacrée. Il lui rapporte ensuite les maximes de saint Augustin pour tolérer les méchants que l'on ne peut corrio-er et ne pas diviser l'Eglise sous prétexte de la purger (1). Il l'exhorte à user de condescendance au milieu de ces peuples barbares.

I^ réputation de sai^t Boniface s'étendoit déjà dans la plus grande partie de l'Europe et l'on parloit en tous lieux de ses travaux apostoliques , ce qui lui attiroit de la Grande- Bretagne quantité de serviteurs de Dieu, entre autres des lecteurs, et d'autres instruits en d autres arts , dont plusieurs embrassèrent la vie monastique , et retirèrent les Germains de l'idolâtrie; car ils se dispersoient au loin et nrêchoient dans les villages et les bourgades les uns dans la flesse , les autres dans la Thuringe (2).

(I) Sup. liv. XX, n. i5. (8) VillU). Vit. c. p, a. U.

(S) Bonif. £p. 3.

(3) Sup. n. 36.

(4) V. Diplom, I. V.

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