I. L'empereur Léon attaque les images
Pendaînt Télé de Tannée sept cent vingt-six , indiclion neuvième , il sortit une épaisse lumée, comme d'une fournaise ardenle, entre les iles Théra et Thérésia de l'Archipel (1) ; la mer, s'élevant à gros bouillons , jeta quantité de pierres ponces de tous côtés , sur les terres voisines d Asie et d Europe, et il parut une lie nouvelle près de 1 ile Hiéra. guoique de pareils accidents arrivent de temps en temps , 1 empereur Léon prit celui-ci pour un prodige et pour une marque de la colère de Dieu irrité, à ce qu il croyoit, de 1 honneur que l'on rendoit aux images de Jésus-Christ et des samts. Car il s étoit mis dans l'esprit que c'étoit une idolâtrie, ayant appris cette opinion des musulmans. 11 y fut confirmé par un nommé Beser, Syrien, né de chrétiens, qui, étant pris par ces infidèles, avoit apostasie et embrassé leur religion, et depuis, étant délivré, étoit revenu chez les Romains (2). L'empereur Léon en faisoit cas à cause de la force de son corps et de la conformité de leurs sentiments. 11 fut encore appuyé dans cette erreur par Constantin , évoque de JNacolie en Phrygie.
Donc , après la dixième année de son règne , l'an de J.-C. sept cent vingt-sept, ayant assemblé le peuple, il dit publiquement que faire des images étoit un acte d idolâtrie ; et que, par conséquent, on ne devoit pas les adorer (3). Le peuple gémit à ce discours, l'empereur n'en dit pas davantage alors, et tâcha de donner un autre sens à ses paroles j / mais saint Germain , patriarche de Constanti- / nople , lui résista fortement , soutenant que les images avoient toujours été en usage dans 1 E glise, et déclarant qu'il étoit prêt à mourir pour leur défense.
II Lettres de saint Germain de ConsUntinople pour les
images.
Il essaya aussi de ramener à la raison les évéques qui étoient dans les sentiments de l'empereur, particulièrement Constantin, évo-
que deNacolie, auteur de cette hérésie (1). Nous avons trois lettres que Germain écrivit sur ce sujet. La première à Jean, évéque de Synnade en Phrygie, métropolilam de Constantin, où il dit : Le patrice Taraisem'a rendu votre lettre où vous parlez de l'évéque de Nacolie. Je vous déclare donc qu'avant que j l'eusse reçue , cet évtV|ue étant venu ici , nous entrâmes en discours , et j'examinai son sonliment touchant ce que j'avois ouï de lui. Et voici la défense , car il faut vous dire tout en détail. Ainsi ayant ouï, dit-il, ces paroles de lÉcriture : Tu ne feras aucune image pour l'adorer, soit de ce qui est au ciel, soit de ce qui est sur la terre : j'ai dit qu'il ne falloit point adorer les ouvrages des hommes, mais au reste nous croyons les saints martyrs dignes de tout honneur et nous implorons leur intercession. Je lui répondis: La foi chrétienne, son culte et son adoration se rapportent à Dieu seul, comme il est écrit (2) : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras seul. C'est à lui seul que s'adresse notre doxologie et notre culte. La doxologie est cette prière que l'Eglise répète si souvent : Gloire soit au père et au fils et au Saint-Esprit. Saint Germain continue : Nous n'adori ns point de créatures, à Dieu ne plaise, et nous ne rendons point à des serviteurs comme nous le culte qui n'est dû qu'à Dieu. Quand nous nous prosternons devant les empereurs et les princes de la terre, ce n'est pas pour les adorer comme Dieu. Le prophète Nathan se prostrrna en terre devant David qui n'étoit qu'un homme, et il n'en est point repris. Et quand nous permettons de faire des images, ce n'est pas pour diminuer la perfection du culte divin. Car nous n'en faisons aucune pour représenter la divinité invisible, que les anges même ne peuvent comprendre.
Mais, puisque le fils de Dieu a bien voulu se faire homme pur notre salut, nous faisons l'image de son humanité pour fortifier notre foi , montrant qu'il n'a pas pris notre nature par imagination, comme ont enseigné quelques anciens hérétiques, mais réellement et véritablement. C'est à cette intention que nous
F (1) Theoph.an.l0,p.338.
S. Niceph. p. 37.
(2) Theoph.an.7, p.330.
(3) Vil. S. Steph. jun. t.
1, Anal. Gf. p. 41i.
(1) Conc.7, 4, Ad. t. 7,
p.aoo.
(i) Deul.vi,13.
AndeJ.-C.7î7.}
saluons ces images , et que nous leur rendons l'honneur et le culte convenable, pour nous rappeler la mémoire de son incarnation. Nous faisons de même l'image de sa sainte mère, montrant qu'étant femme et de môme nature que nous , elle a conçu et enfanté le Dieu tout- | puissant. Nous admirons aussi et nous estimons heureux les martyrs, les apôtres, les prophètes et tous les autres saints qui ont été vrais serviteurs de Diju , éprouvés par leurs ' bonnes œuvres, par la prédication de la vérité et la patience dans les souffrances, qui sont ses amis et ont acquis un grand crédit auprès de lui ; et nous peignons leurs images en mémoire de leur courage et du service agréable qu'ils ont rendu à Dieu. Non que nous prétendions qu'ils participent à la nature divine, ni que nous leur rendions l'honneur et l'adoration due à Dieu , mais pour montrer l'affection que nous leur portons , et pour fortifier par la peinture la créance des vérités que nous avons apprises par les oreilles. Car , étant composés de chair et de sang, nous avons besoin d'assurer notre àme même par la vue.
Saint Germain conclut ainsi sa lettre : Nous avons exposé tout cela à l'évoque de Nacolie , qui l'a reçu , et a déclaré devant Dieu qu'il le lenoit ainsi, et qu'il ne diroit ou feroit rien qui pût scandaliser les peuples. Vous ne devez donc point fatiguer les évéques de votre province , ni vous scandaliser vous-même pour ce sujet, mais seulement l'envoyer quérir, lui lire cette lettre, et l'obligera y donner son consentement.
Constantin, évéque de Nacolie, qui étoit porteur de cette lettre, la tint secrète, et ne la rendit point à son métrop()litain, c'est pourquoi le patriarche Germain écrivit ainsi à Constantin lui-même : Jean , métropolitain de Synnade , m'a écrit que vous ne lui aviez point rendu ma lettre (1). Je suis fort affligé que vous ayez été si peu touché de la crainte de Dieu, delà charité et de l'honneur que les membres de Jésus-Christ se doivent les uns aux autres. C'est pourquoi je vous enjoins de rendre par vous-même incessamment ma lettre précédente à votre métropolitain, de vous soumettre entièrement à lui suivant l'ordre de l'épiscopat, et de persévérer dans la résolution que vous avez témoignée de suivre nos sentiments sans vous appuyer sur votre propre sens. Car je crois que vous n'avez pas oublié que vous m'avez prié d'accepter votre renonciation à l'épiscopat, sous prétexte que l'on vouloit se soulever contre vous , pour un crime dont vous ne vous sentiez point coupable. Assurant que vous n'aviez rien dit, ni rien fait d'injurieux à notre Seigneur ni à ses saints au sujet de leurs images, seulement que vous aviez proposé la doctrine de l'Écriture, qu'il ne faut rendre à la créature aucun honneur divin. Je vous lus ce que j'écrivois à votre
(J) Taras, 7,Conc. p. 205, B.