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VI. Vie érémitique de saint NiL

Le temps étant accompli , n retourna au

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monastère de Mercure, où les pères le reçurent avec une grande joie : pariiculièremenl Pantin, avec lequel il lia uneamilié très-etroite. On en parla quelque temps après à Jean , supérieur de tous ces monastères , qui , ayant éprouvé son obéissance en plusieurs manières, en demeura très-satisfait , et le retint quelques temps auprès de lui. Ensuite, du consentement des pères, il se retira près du monastère, dans une caverne où étoit un autel dédié a saint Michel. Là, il s'imposa cette manière de vie. Depuis le matin jusqu'à tierce, il s'appliquoit à écrire, car il écrivoit bien et vite (1). Depuis tierce jusqu'à sexte , il se tenoit devant la croix , récitant le psautier et faisant mille génuflexions. Depuis sexte jusqu'à noue , il demeuroit assis , lisant et étudiant lEcriture sainte et les pères. Après avoir dit none et vêpres, il sortoit de sa cellule pour se promener et se relâcher , sans toutefois se détourner de Dieu, qu'il considéroit dans ses créatures , méditant quelques passages des pères. Après le soleil couché , il se mettoit à table et mangeoit ou du pain sec, ou sans pain des herbes cuites, ou du fruit selon la saison. Sa table étoit une grosse pierre , et son plat un morceau de pot de terre ; il ne buvoit que de l'eau et par mesure. 11 essayoit d'imiter toutes les manières de vivre qu'il lisoit dans les anciens. Ainsi , il passa jusqu'à vingt jours sans manger que deux fois , et fit trois fois cette expérience. Pendant un an , il ne but qu'une fois le mois , quoiqu'il ne mangeât que du pain sec ; mais il quitta cette pratique , pour ne se pas dessécher le poumon : car la soif ne l'incommodoit que les premiers huit jours. Toutefois, il passoit souvent le carême sans boire et sans manger , ne prenant que la sainte communion. La nuit , il donnoit une heure au sommeil pour la digestion -, ensuite il récitoit le psautier, faisant cinq cents génuflexions, puis il disoit les prières des nocturnes et des matines. Car il étoit persuadé qu'un ermite doit faire beaucoup plus d'exercices de piété que celui qui vit en communauté. Son habit étoit un sac de poil de chèvre, qu'il portoit un an ; et sa ceinture étoit une corde qu'il n'ôtoit qu'une fois Tannée, souffrant patiemment la vermine qui le rongeoit. 11 n'avoit ni lit, ni siège, ni coffre, ni sac : son encrier étoit de la cire appliquée sur du bois Tel étoit son amour pour la pau-

Un des frères le pria de trouver bon qu'il demeurât avec lui, et, l'ayant obtenu à grande peine, il lui dit : Mon père, j'ai trois pièces d'argent , que voulez-vous que j'en fasse ? Nil lui dit : Donnez-les aux pauvres, et ne gardez que votre psautier. 11 le fit : mais , après avoir demeuré quelque temps avec le saint homme, il s'ennuya de cette vie si austère, et commença à chercher querelle pour le mettre en colère. Nil lui dit doucement : Mon frère, le SMgneur

nous a appelés en paix (1). Si vous ne pouvez plus me souffrir , allez , à la bonne heure , où il vous plaira , car je vois que vous ne pouvez vous délaire de l'ambition et du désir du sacerdoce. L'autre lui dit tout en colère : Rendez-moi mes trois pièces d'argent , et je m'en irai. Qu'avois-je affaire de les donner aux pauvres? Nil, lui répondit : Mon frère , écrivez sur un morceau de papier que j'en recevrai la récompense dans le ciel , et le mettez sur l'autel , et je vous les rendrai aussitôt. L'autre voulut voir comment Nil, qui n'avoit pas une obole , accompliroit sa promesse , et fit ce qu'il désiroit. Nil ayant reçu son écrit, descendit au monastère de Castel , et y emprunta Iro^s pièces d'argent qu'il lui donna. Le mauvais moine se retira , suivit ses désirs , et mourut quelque temps après. Mais Nil étant rentré dans sa caverne, écrivit en douze jours trois psautiers, et acquitta sa dette.

Quelques années après, le bienheureux Fantin tomba dans une espèce d'égarement d'esprit qui parut surnaturel à ceux qui connoissoient sa vertu (2). Car il sortit de son monastère, et alloit de côté et d'autre , faisant des lamentations continuelles sur les églises , les monastères et les livres. 11 disoit que les églises étoient pleines d'ànes et de mulets , qui les profanoient par leurs ordures ; les monastères brûlés et perdus, les livres mouillés et devenus inutiles, en sorte qu'on n'auroit plus de quoi lire. Quand il renconlroit un des frères de son monastère, il le pleuroit comme mort, et disoit : C'est moi qui t ai tué , mon enfant. En parlant ainsi , il ne vouloit ni loger sous un toit, ni prendre de nourriture ordinaire , mais errant par les déserts , il vivoit d'herbes sauvages. On crut que c'étoit une prédiction de l'incursion des Sarrasins , qui désolèrent le pays peu de temps après, ou plutôt de la décadence des monastères et du relâchement de la discipline. Nil, sensiblement affligé devoir l'abbé Fantin en cet état, le suivoit et s'efforçoit de lui persuader de rentrer dans le monastère ; mais Fantin l'assura qu'il n'y relourneroit point, et qu'il mourroit bientôt, comme il arriva en effet.

Nil étant revenu à sa caverne , les pères du monastère de Fantin vinrent le prier de vouloir bien venir et leur choisir un abbé. Car ils le connoissoient assez pour n'oser lui proposer de l'être lui-même. 11 entra dans le monastère, et assembla la communauté dans l'église; mais, après la prière, Luc, frère du défunt abbé Fantin , prit Nil par les pieds, le conjurant, au nom de la sainte Trinité et de tout ce qu'il y a de plus saint, d'être leur abbé. Nil retourna contre Luc ses propres conjurations , et le fit élire abbé ; car , quoiqu'il ne fut pas fort savant dans les saintes Ecritures, il avoit le talent de gouverner et une grande vertu. C'est ainsi que Nil évita cette tentation.

(1) P. 37. 1 Cor. V1II;15. (î) P. ^5. ^

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