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que l'aîné en mourant lui donna tout son bien, et lui recommanda son frère. Il ne vouloit point que son monastère eût rien au-delà du nécessaire, disant que ce surplus n'étoit qu'avarice. Trois de ces moines ayant un jour mangé hors de sa maison , il leur dit : Etesvous mes esclaves pour vous cacher ainsi de moi ? Vous êtes mes frères, notre pain est votre travail ; et personne ne vous contraint à rien faire contre votre volonté. Sa communauté croissant, il ne voulut jamais prendre le titre d'abbé ou d'hégumène, pour mieux observer le précepte de l'Evangile de ne point se nommer maître (1) ; mais il donna le titre d'hégumène à d'autres, dont le premier fut Proclus , homme très-savant dans les auteurs sacrés et profanes, et qui laissa lui-même plusieurs écrits.
Un grand tremblement de terre , qui arriva dans la Campanie et la Calabre, ayant presque renversé la ville de Rossane , saint Nil voulut aller voir ce désastre de sa patrie (2). Mais pour se déguiser , il mit autour de sa tète une peau de renard, qu'il avoit trouvée en chemin , et portoit sur l'épaule son manteau pendu à son bâton. Les enfants lui jettoient des pierres, et crioient après lui : Au caloyer Bulgare ! d'autres l'appeloient Franc ou Arménien. Le soir, s'étant remis à son état ordinaire, il entra dans la grande église , pour prier la Sainte-Vierge sa patronne, et fut reconnu de quelques prêtres , qui se jetèrent à ses pieds , fort surpris de son arrivée. Après les avoir consolés par des discours de piété, il demeura avec un nommé Caniscas , dont il avoit été disciple, l'exhortant à quitter le monde, car il avoit toujours mené une vie fort pure. Mais il ne put le persuader, à cause de l'avarice qui le dominoit ; et il mourut quelque temps après, avec un repentir inutile de ne l'avoir pas écouté.
11 faisoit souvent réflexion sur la douceur de la solitude , et le dégagement de la parfaite pauvreté , sans soins comme sans biens ; et il trouvoit qu'en vivant avec les autres, loin d'avancer dans la vertu , on recule ; leur conversation même lui étoit à charge , parce qu'elle détournoi t de la contemplation et de l'occupation intérieure. A ces pensées il opposoit ce précepte de l'apôtre (3) : Que personne ne cherche son avantage, mais celui des autres pour leur salut. 11 résolut donc d'éprouver ses disciples par quelque commandement déraisonnable ; et s'ils y obéissoient sans examen , prendre le parti de demeurer avec eux. Un jour, après l'office du matin , il leur dit : Mes pères, nous avons planté trop de vignes , et ce n'est qu'avarice d'avoir plus que le nécessaire ; venez-en couper une partie. Us y consentirent, et ayant pris la cognée sur son épaule, il les
(DP.
69, 71. Mallh.
(2) P. 72. V. Chr. Cass.