LIVRE CINQUANTE-SEPTIÈME
mcoa à la plus belle de leurs vignes et du plus irand rapport. Ils le suivirent tous , et se mirent à couper depuis le malin jusqu'à tierce. Alors, voyant leur obéissance, il promit à Dieu de ne les quitter de sa vie. Mais le bruit de cette action s'étant répandu d'un côté jusqu'au mont Athos, et de l'autre jusqu'en Sicile, personne n'y pouvoit rien comprendre, et on F in- |pr prétoit diversement.
Vin. II est visité par Théophylacte et Léon.
Un jour, comme il étoit à Rossanc un peu indisposé, Théophylacte, métropolitain de Calabre et le domestique Léon , tous deux gens d'esprit et savants, vinrent le voir avec des magistrats , des prêtres et une grande partie du peuple , à dessein de lui faire des questions sur l'Ecriture, plutôt pour l'éprouver que pour s'instruire (1). Après qu'ils se furent falués et assis , Nil donna au domestique un livre qu'il avoit à la main, et lui flt lire cette ^ntence , que de dix mille âmes à peine s'en trouve-t-il une dans le temps présent qui sorte entre les mains des anges. Ils commencèrent à dire tout d'une voix : A Dieu ne plaise , cela D'est pas vrai : celui qui l'a dit est hérétique. C'est donc en vain que nous avons été baptisés, que nous adorons la croix , que nous conMnu- Bions et portons le nom de chrétiens.Nil voyant que le métropolitain et le domestique ne disoient rien à ceux qui parloienl ainsi , répondit doucement: Que direz-vous si je vous montre que saint Basile , saint Chrysostôme , saint Ephrem, saint Théodore Studile, saint Paul même et l'Evangile disent la même chose ? Dieu ne vous a point d'obligation de ce que vous Tenez de dire. Vous n'oseriez faire profession d'aucune hérésie, le peuple vous lapideroit. Mais sachez , que si vous n'êtes vertueux et très- vertueux, vous n'éviterez point la peine éterhelle. Ils furent touchés de ce discours, et commencèrent tous à soupirer et à dire : Malheur à nous pécheurs que nous sommes !
Nicolas , protospalaire , lui dit : Mon père, pourquoi l'Evangile dit-il(2):Celuiqui donnera à un de ses moindres un verre d'eau froide , ne perdra pas sa récompense ? Il répondit : Gela est dit pour ceux qui n'ont rien, atin que personne ne s'excuse sur ce qu'il n'a pas de bois pour faire chauffer l'eau.Un autre lui dit : Mon père, je voudrois savoir si Salomon est sauvé ou damné. Nil, sachant que c'étoit un débauché, lui dit : Et moi je voudrois savoir si TOUS serez sauvé ou damné. Que nous importe à vous et à moi que Salomon le soit ? C'est pour nous qu'il est écrit (3) : Quiconque regarde une femme pour la désirer, a déjà commis l'adultère. Quant à Salomon, nous ne trouvons nulle part dans l'Ecriture qu'il se soit repenti comme nous le trouvons de Manassés.
C3) Mallh. V, 28.
Un prêtre se leva ensuite, et dit : Mon père, de quel arbre Adam mangea-t-il dans le paradis ? Il répondit : D'un pommier sauvage. Tous se
{)rirent à rire, et Nil leur dit : N'en riez pas, a réponse est conforme à la demande. Comment vous dirions-nous ce que l'Ecriture ne nous a point découvert ? Au lieu de penser comment vous avez été formés, comment vous avez été mis dans le paradis, les préceptes que vous avez reçus et que vous n'avez pas gardés , qui vous a fait chasser du paradis, et comment vous pourrez y rentrer : au lieu de tout cela vous me demandez le nom d'un arbre; et quand vous l'auriez appris, vous demanderiez ensuite quelle en étoit la racine ou les feuilles ou l'écorce, et s'il étoit grand ou petit. Après quelques autres entretiens ils se retirèrent , et le métropolitain lui-même dit que ce caloyer étoit un grand personnage.