XXVII. Arnoul de Reims au concile
Après qu' Arnoul d'Orléans eut parlé , oa
Andei.-C. 991.]
(1) aThess. 3.
lut quelques canons d'Afrique touchant les jugements des évêaues ; puis les défenseurs d'Arnoul de Reims firent des excuses au concile , et tous convinrent qu'il pouvoity êtrejugé(l). On le fit donc venir el asseoir entre les évoques. Arnoul d'Orléans lui représtMila doucement les bienfaits qu'il avoit reçus du roi, et le mal au'il lui avoit fait. Arnoul de Reims dit que, loin d'avoir rien fait contre le service du roi , c'étoit pour lui avoir été fidèle qu'il avoit été pris par les ennemis dans sa propre ville, sans que le roi l'eût secouru. Arnoul d'Orléans lui répondit que le pr^Hre qui avoit ouvert les portes par son ordre étoit présent. Arnoul de Reims prélendit que c'étoit un témoin faux et suborné. Mais le prêtre Adalger dit : Personne ne m'a poussé à vous accuser , j'aurois pu m'enfuir, je vous ai toujours été très-fidèle; et je ne vous ai accusé que pour me justifier de la traliison , parce que je n'ai fait que vous obéir.
Arnoul de Reims dit qu'il étoit entre les mains de ses ennemis, qu il n'avoit jamais vu un évêque ainsi traité, et qu'il ne pouvoit répondre. Guy de Soissons lui demanda pourquoi il avoit refusé de répondre ayant été tant de fois appelé par le roi et par les évêques. Moi-même, ajouta-t-il, je vous ai offert une eseorle suffisante et sur ce que vous me dites que vous étiez prisonnier de Charles, et que vous lui aviez fait serment, je vous fis voir la collusion de votre emprisonnement , et que vous étiez plus obligé aux serments que vous aviez prêles volontairement à Hugues, votre roi, qu'à ceux qne vous prétendiez avoir faits par force à Charles votre ennemi.
On fit venir ensuite Rainier, qui avoit été son confident , et qui lui dit r Ne savez- vous pasceque vous me dites près la rivière d'Aisne, avant la prise de la ville : que personne ne vous étoit plus cher que Louis, fils de Charles , et que si je voulois vous faire plaisir, je songeasse à le sauver. Allez donc confesser vos crimes aux évêques , pour sauver au moins votre âme. Sinon je les publierai devant les évêques cl devant tout ce peuple qui est à la porte. Et afin qu'on me croie, j'en ferai serment, et je donuiTai un homme qui marchera sur des fers rouges. Quelques abbés dirent qu'il falloit permettre à l'archevêque Arnoul de se retirer, et de consulter qui il lui plairoil : ce qui lui fui accordé. Il se leva donc, et preiianl avec lui Seguin, archevêque de Sens , Arnoul, évêque d'Orléans, Brunon de Langres et l^olesman d'Amiens , ils allèrent au fond de
la chapelle souterraine, dool on ferma bien les portes.
XXVm. Confessloo d'ArnouI et sa renonciation.
En leur absence on produisit dans le concile plusieurs canons du concile de Tolède contre
LIVRIk CINQUANTE-SEPTIEME.
les évêques infidèles à leur prince (1). Enfin les évêques qui s'étoient enfermés avec l'archevêque Arnoul , appelèrent les autres , et leur dirent qu'il s'éloit jeté à leurs pieds , et avec larmes leur avoit déclaré ses crimes en confession , disant qu'il vouloit renoncer à l'épiscopat, pour avoir exercé indignement. Les évêques que l'on venoit d'appeler voulurent ouïr cette déclaration de sa bouche , et le conjurèrent , au nom de Dieu, que la crainte ne lui fit rien dire de faux contre lui-même. Puis ils firent venir environ trente des plus savants et des plus pieux d'entre les abbés et les clercs, pour résoudre avec eux ce qu'il falloit faire. On convint premièrement qu'il n'y avoit plus lieu de se plaindre que l'on eût méprisé le saint-siége , puisqu'Arnoul de Reims avoit choisi des juges , et par conséquent ne pouvoit plus se pourvoir devant aucun autre tribunal. On demanda ensuite quelle forme on devoit suivre dans sa déposition , celle des canons ou de la coutume (2). Celle des canons ne consistoit que dans la prononciation de la sentence , qui déclaroit le coupable privé du sacerdoce : la coutume y avoit ajouté la cérémonie d'6ter les ornements sacerckitaux , ce que depuis on appela dégradation. On déclara donc qu'Arnoul devoit rendre l'anneau, le bâton pastoral et le pallium, sans lui déchirer ses habits, comme il se praliquoit à Rome ; et que de plus il donneroit un libelle pour approuver lui-même sa déposition (3). Ainsi finit la première séance du concile de Reims.
Le lendemain, les évêques s'assemblèrent encore dans l'église de Saint- Bàle; et ne regardant plus Arnoul de Reims que comme condamné, les uns avoient pitié de sa noblesse les autres de sa jeunesse ; et tous étoient touchés de l'opprobre de leur confrère. Alors les deux rois Hugues et Robert entrèrent dans le concile avec les principaux de leur cour, et remercièrent les évéques de la fidélité qu'ils leur avoient témoignée en celte occasion. Puis ils demandèrent qu'on leur fit un rapport sommaire de ce qui s'éloit passé dans le concile. Arnoul d'Orléans dit que l'archevêque de Reims avoit d'abord voulu nier son crime, mais que se voyant convaincu il avoit pris conseil, et enfin tout avoué (4).
On le fit venir, eten même temps on laissa entrer tout le peuple ; et , après qu'on eut fait silence, Arnoul d'Orléans exhorta Arnoul de Reims à parler (5). Comme il parloil confusément el peu intelligiblement, Arnoul d'Orléans lui demandas'iléloilencore demémeavisquele soir précédent, el s'il vouloit renoncer à l'épiscopat. Arnoul de Reims en convint , et qu'il avoit manqué de fidélité au roi; mais il pria Arnoul d'Orléans d'expliquer sa cause. Le comte Bouchard vouloit qu'Arnoul de Reims
(1) C. 31, 32, 33, etc. iO.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
avouât publîc[ucmcnt sa trahison ; mais Arnoul d Orléans soutint que c'étoit assez qu il se lut confessé aux évéques en secret, et qu en public il se déclarât indigne du sacerdoce. Puis il exhorte Arnoul de Reims à se prosterner devant les rois et leur demander la vie ^1). H le fit et se prosternant en torme de croix, avec de grands gémissements, il lira les larmes de tous Fes assistants. Dabert, archevêque de Bourses, se jeta aux genoux tles rois pour leur demander la grâce d' Arnoul Ils 1 accordérent et promirent qu'il ne perdroit point la
(AndeJ.-C toi.
le choix à l'archevêque Arnoul de se confesser parjure , ou d'avoir les yeux crevés. L'autre dit que le roi Hugues, voulant exterminer la race du roi Lolhaire, fit dégrader Arnoul, sous prétexte qu'il étoit né d'une concubine, et le fit ensuite mettre en prison à Orléans , où ilgardoit déjà le prince Charles, son neveu (1). Cependant Seguin ne vouloit consentir ni à la dégradation d' Arnoul, ni à l'ordination de Gerbert. Au contraire il en reprit fortement le roi , dont il s'attira l'indignation. Les autres évéques donnèrent leur consentement malgré
selon les canons-, ce qu évêques. Il rendit donc au roi ce qu il avoit reçu de lui, c'est-à-dire, comme je crois, l'anneau et le bâton pastoral , et il rendit aux évéques les autres marques de sa dignité, pour les garder au futur successeur. Puis il lut au milieu de rassemblée l'acte de la renonciation, dressée sur le modèle de celle d'Ebbon (2) , et portant en substance que, pour les péchés qu'il avoit confessés secrètement aux évéques, il se reconnoissoit indigne de l'épiscopat, y renoncoit, et consentoit qu'un autre fût ordonne a sa place, promettant de ne jamais reclamer contre cet acte. Les évéques présents y souscrivirent; et Arnoul de Reims déchargea le clergé et le peuple du serment qu'ils lui avoient fait.