‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1128 sur 2407 · XXXV. Monastères réformés par saint Mayeul · texte numérisé non relu

XXXV. Monastères réformés par saint Mayeul

Saint Mayeul servit utilement l'Eglise , par le grand nombre de ses disciples et des monastères où il rétablit l'observance ; et ce fut pour cet effet qu'il proGta de l'amitie des princes et des seigneurs. Car il fut chéri particulièrement de l'empereur Olhoii, de l'impératrice Adélaïde, et d'Olhon II, leur fils ; de Conrad , roi de Bourgogne , frère de cette impératrice, et de Malhilde, sa femme ; de Henri, duc de Bourjîogne ; de Guillaume , duc d'Aquitaine , et de Richard , duc de Normandie ; des princes d'Italie, de Guilhiume, duc de Provence, et d'Archambauld , seigneur de Bourbon, bienfaiteur de Souvigny (2). L]empercur Olhon le grand mit sous la disposition de saint Mayeul les monastères qui lui étoient soumis comme royaux , tant en Italie qu'en Germanie. En Itahe, il réforma le monastère de Saint-Apollinaire, près de Ravenne , celui du Ciel-d'or , près de Pavie, et de Saint-Paul à Rome. En France, il rétablit l'observance à Marmoutier, à Saint-Germain d'Auxerre, à Saint-Bénigne de Dijon , à Fescam , à Saint- Maur-des-Fossés. Ses quatre principaux disciples furent Odilon, son successeur, Guillaume de Dijon , Teuton de Saint-Maur , et Heldric d'Auxerre. Cedernier, ayant vécu à la cour du grand Olhon en Italie, quitta sa femme et ses grands biens, pour se rendre moine à Clugny ; ensuite Henri, duc de Bourgogne, frère de Hugues Capet, donna à saint Mayeul l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, qui depuis longtemps étoit sans abbé, gouvernée par des prévôts. L'ayant réformée, il y mit Heldric pour abbé, l'an neuf cent quatre-vingt-neuf : sa vertu le fit aimer chèrement du duc Henri et de Hébert, évéque d'Auxerre, son frère, fils naturel de Hugues le grand.

Ce fut aussi Bouchard , comle'de Paris , qui procura la réforme du monastère de Saint- Maur. Mainard, qui en étoit alors abbé, étoit un homme de qualité qui menoit une vie très-séculière. Il étoit fort adonné à la chasse, et quand il sortoit, il quilloit l'habit monastique pour prendre des fourrures de grand prix , et un riche habillement de tête (3). Ses moines suivoient son exemple. Un d'eux toutefois, nommé Adic, louché de ce scandale, alla secrètement trouver le comte Bouchard , et le Sria d'y remédier ; le comte s'adressa au roi [ugues,et lui demanda cette abbaye, qui étoit royale, seulement pour la réformer. L'ayant obtenue, il alla à Clugny, et pria instamment saint Mayeul de venir rétablir ce monastère. Le saint abbé lui répondit : Yous avez dans

votre royaume tant de monastères; que n'y cherchez-vous le secours que vous désirez, plutôt que de venir chercher si loin des inconnus comme nous? C'est que Clugny étoit dans le royaume de Bourgogne, et que la différence des dominations reudoit le commerce

difficile.

Saint Mayeul toutefois se laissa vaincre aux instances du comte, qui se jeta plusieurs fois à ses pieds, et enfin il le suivit avec les plus parfaits de ses moines. Quand ils furent arrivés sur la Marne, près de Saint-3Iaur, le comle ordonna à toute la communauté de le venir trouver au delà de la rivière; ils obéirent sans se douter de rien , et il leur dit que ceux qui vouloienl demeurer avec l'abbé Mayeul , et se soumettre à lui , pouvoient retourner au monastère ; mais que ceux qui le refuseroient s'en allassent où ils voudroient sans rien emporter que leurs habits. Ils aimèrent mieux quitter, et Mainard fut fait abbé de Clanfeuil, alors dépendant de Saint-Maur, où saint Mayeul laissa pour abbé Teuton, qu il avoit amené avec lui.

L'abbé Guillaume, disciple de saint Mayeul, étoit né en Italie, et ayant été voué à Dieu par ses parents, qui étoient nobles et riches , il fut élevé dans le monastère de Saint-Janvier de Locédia, près de Verceil (1). Sa mère étant morte , il persuada à son père d'entrer dans la même communauté, où il mourut saintement. L'évéque de Verceil voulant ordonner diacre Guillaume, il refusa de lui prêter serment, soutenant que c'éloit un abus et une espèce de simonie. Sur ce qu'il avoit appris de la régularité qui s' observoit à Clugny, il avoit déjà un grand désir d'y aller quand saint Mayeul vint à Locédia. Guillaume se découvrit à lui secrètement, et le saint abbé lui promit de le prendre à son retour de Rome. Ainsi Guillaume, quittant son pays, sa fiimille et le voisinage de leurs grandes terres, suivit saint Mayeul à Clugny, où il fit un tel progrès, qu'au bout d'uii an le saint abbé voulut le faire ordonner prêtre; mais il s'en jugea in-

di^'ne.

Saint Mayeul l'envoya ensuite réformer le monastère de Saint-Saturnin sur le Rhône, aujourd'hui Saint-Saurin. Mais dix-huit mois après il le rappela pour l'envoyer à Dijon. Car Brunon, évêque de Langres, voulant réformer le monastère de Saint-Bénigne, alla trouver saint Mayeul, qui lui envoya douze des principaux de ses moines , et Guillaume à leur tête. Henri, duc de Bourgogne, lui donna ensuite le monastère de Versi et celui de Bèze, pour y mettre la réforme.

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