LIVRE QUARANTE-DEUXIÈME
Ils vous auroient appris pourquoi Dieu a défendu d'adorer les ouvrages des hommes ? Les pères nos maiires, et le» six conciles, nous ont laissé cette tradition , et vous ne recevez pas leur témoignage. ISous sommes obligés, parce que vous êtes grossier et ignorant , de; vous écrire des discours grossiers, mais pleins de sens et de la vérité de Dieu. Sous vous conjurons de quitter votre présomption et votre orgueil, et de nous écouter humblement. Dieu a ainsi parié à cause des idolâtres qui habitoient la terre promise, eladoroient des animaux d'or, d'argent et de bois, des oiseaux et toutes sortes de créatures, et disoient : Voilà nos dieux, et il n'y en a point d'autres. C'est pour cela que Dieu a défendu les ouvrages des nommes, nuisibles et maudits , inventés par le démon. Mais il y en a que Dieu même a ordonnés pour son service, comme les tables de la loi, l'arche et les chérubins. ]\'éU)it-ce pas des ouvrages de mains d'hommes ? Dans les derniers temps. Dieu a envoyé son fils qui s'est incarné, a paru dans Jérusalem , a fait plusieurs ac lions sensibles. Ceux qui l'avoient vu l'ont peint conune ils l'avoient vu. On a peint de même saint Jacques, parent de Notre Seigneur, saint Etienne et les autres martyrs. Ces images s'étant répandues par tout le moude, ou a cessé d'adorer le démon pour les adorer, non d'un culte de latrie, mais d'un culte relatif. Et ensuite , pourquoi ne peignonsHQous pas le père de Jésus-Christ? Parce qu'il est impossible de peindre la nature divine. Si nous l'avions vu, nous le peindrions de même, et vous diriez que ce seroit une idole. Vous dites que nous adorons des pierres , des murailles et des planches. Il n'est pas ainsi , seigneur, c'est pour nous faire souvenir de ceux dont ce sont les noms et les images, et pour élever en haut notre esprit rampant et grossier (2). JVous ne les regardons pas comme des dieux ; à Dieu ne plaise, nous ne mettons pas notre espérance en ces images. Mais, si c'est celle de INotre Seigneur, nous disons : Seigneur Jésus-Christ, fils de
ca; P. n.
Dieu, secourez- nous, sauvez -nous. Si c'est celle de sa sainte mère , nous disons : Sainte luère de Dieu , priez votre fils qu'il sauve nos âmes. Si c'est d'un martyr : Saint Etienne , qui avez répandu votre sang pour Jésus- Christ, et qui avez auprès de lui tant de crédit comme premier martyr, priez pour nous. Et ensuite nous aurions pu, comme ayant la puissance et l'autorité de saint Pierre , prononcer des peines contre vous (1) ; mais , puisque vous vous êtes donné vous-même la malédiction , qu'elle vous demeure. Et ensuite il raudroit mieux que Ton vous nommât héréliquc que persétuteur et destructeur des saintes images. Mais le nom d'hérétique ne vous convient pas, puisque vous combattez ce qui (^t clair conune la lumière. Ayant un si lîrand évéque que notre confrère le seigneur Germain, vous deviez le consulter comme votre pèrr, lui qui i une si grande expérience des alîain^s ecclésiastiques et politiques, à présent âgé de quatre-vingt-quinze ans, qui a servi tant de patriarches et d'empereurs. Vous lavez laissé , pour écouter ce méchant et insensé Ephésien, fils d'Apsimare, et ses semblables , comme Thé^dose, évéque d'Ephése , lun des chefs des iconoclastes (2). Ia^ papii rapporte ensuite l'exemple de Constantin Pogonat, qui fit assembler le sixième concile et le tit exécuter en s'y soumettant le pn-mier (3) , puis il ajoute : Vous voyez , seigneur, que les décisions de l'Eglise n'appartieimenl pas aux enipereurs, mais aux évoques. C est pourquoi, comme les évéques qui sont préposés aux efiises s'abstiennent des affaires publiques , les empcTeurs doivent s abstenir des affaires eeelésiastiques , et se contenter de cdlos qui Ht sont confiées. Mais la concorde des emfH^nmrs et des évêqttes fait une seule puissance , quand on traite les affaires avec paix et charité.
Vous nous avez écrit d'assembler un concile <ï^araénique ; il ne nous semble pas à propos. ^ est vous qui persécutez les images , arrêtez , K vous tenereii repos , le monde sera en paix , t't les scandales cesseront. Supposez que le I concile est assen»blé ; où est l'empereur pieux P^HTr y prendre s('ance suivant la coutume , rfvompenser ceux qui parleront bien, et ^>urswi>Te ceux qui s'écartent de la vérité ? j^ous^même êtes rebelle, et agissez en barbare. Ne voyez-vous pas que votre entreprise contre j<^ images n'^'st que révolte et présomption ? ^ égfises jonissoient d'une paix profonde ^oand vous avezexciié les combats et les scandales. Cessez , et il n'est point besoin de concile. Il lai marque ensuite comme tout l'Occident est révolté contre lui, depuis qu'on y a appris les violences qu'il a commises à Constantinople. Ou a jeté, dit-il, par terre ^os images, on les a foulées au pied (4). Les
(1) P.135,C. (3) Sup.l.KL,Il.4l,B7,I).
J2) CODC.7, Act. 1, p,5î> 18, C.
*" (i) P. 19, C. Sup. n. G.
Lombards , les Sarmates et les autres peuples du JNord ont fait des courses dans la malheureuse Décapote, et ont pris Ravennc même, dont ils ont chassé vos magistrats , et en ont mis de leur part. Ils veulent traiter de môme vos places les plus proches de nous et Rome aussi , sans que vous puissiez nous défendre. Voilà ce que vous vous êtes attiré par votre imprudence.
Vous croyez nous épouvanter en disant : J'enverrai à Rome briser l'image de saint Pierre; et j'en ferai enlever le pape Grégoire , chargé de chaînes , comme Constantius fit à Martin. Sachez que les papes sont les médiateurs et les arbitres de la paix entre l'Orient et l'Occident ; nous ne craignons point vos menaces , à une lieue de Rome vers la Campanie nous sommes en sûreté. La Décapole, dont parle ici le ppe Grégoire III , est la même province que l'on appeloit plus ordinairement Pentapole, et dont Ra venue étoit la capitale (1).