IX. Seconde lettre du pape à l'empereur
L'empereur Léon écrivit encore au pape, qui lui répondit en ces termes : J'ai reçu votre lettre par Ruffin, votre ambassadeur, et la vie m'est devenue insupportable , voyant que, loin de vous repentir, vous demeurez dans vos mauvaises dispositions (2). Vous dites : J'ai l'empire et le sacerdoce. Vos prédécesseurs le pouvoient dire , eux qui ont fondé et orné les églises, et les ont protégées de concert avec les évéques. Au contraire, vous avez dépouillé et défiguré les églises que vous avez trouvées magnifiquement ornées (3). Que sont nos églises, sinon les ouvrages des hommes , des pierres , du bois , de la ciiaux , du mortier ? Mais elles sont ornées par les peintures el les histoires de Jésus-Christ et des saints. Les chrétiens y emploient leurs biens , les pères et les mères , tenant entre leurs bras leurs petits enfants nouveaux baptisés, leur montrent du doigt les histoires, ou aux jeunes gens ou aux gentils convertis ; ainsi ils les édifient , et élèvent leur esprit et leur cœur à Dieu. Vous en avez détourné le simple peuple pour le jeter dans l'oisiveté, les chansons , les fables , le son des lyres , des flûtes, et de semblables badineries, au lieu des actions de grâce et des louanges de Dieu. Ensuite il lui marque ainsi la différence de l'empire et du sacerdoce (4). Comme il n'est pas permis à l'évéque de regarder dans le palais et de donner les dignités temporelles, ainsi l'empereur ne doit pas regarder dans les églises pour faire les élections du clergé, consacrer ou administrer les sacrements, ou même y participer sans le prêtre. Chacun 4e nous doit demeurer dans sa vocattion (à).
(1) Baud. Lex.
(2) T. 7, Conc. p. 23.
(Ij P.26,D.
(5; l'Cor.Vu^ao.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
Voyez- vous, seigneur, la différence des évéques et des princes ? Si quelqu'un vous a offensé vous confisquez sa maison , vous le dépouillez ou lo bannissez , ou lui ùtez inôrncî la vie. Les évéques n'en usent pas ainsi , mais si quelqu'un a péché et s'en confesse, au lieu de l'étrangler ou de lui couper la léte , ils lui mettent au cou l'évangile et la croix , ils l'emprisonnent dans le trésor de l'église , la diaconie , ou la salle des catéchumènes , ils lui imposent des jeûnes , des veilles, des prières, et, après l'avoir bien corrigé, ils lui donnent le sacré corps et le précieux sang de Notre Seigneur , et l'envoient pur et sans tache devant Dieu. Un pape qui parloit ainsi étoit bien éloigné de prétendre ùter à l'empereur sa puissance temporelle, non plus que son prédécesseur.
Il continue : Vous nous persécutez et nous tyrannisez par la main de vos soldats et par les armes de la chair (1) Pour nous, nous sommes nus et sans armes , nous n avons point d'armées terrestres, mais nous invoquons Jésus-Christ, chef de toutes les créatures, supérieur à toutes les armées des vertus célestes, avant qu'il vous livre à Satan p:ur sauver votre àme, suivant la parole de Tapùtre. Et ensuite. Vous demandez pourquoi dans les six conciles il n'est point parlé des images ; je réponds qu'on n'y a point parlé non plus s'il faut manger du pain et boire de l'eau, nous avons reçu les images par une ancienne tradition, les évéques eux-mêmes en portoient aux conciles , et aucun de ceux qui aimoient Dieu ne voyageoitsans images.
Le pape Grégoire III envoya cette lettre et la précédente par le prêtre George , qui eut assez de foiblesse pour n'oser la rendre à l'empereur (2). Il la rapporta à Rome, et confessa sa faute au pape , qui , lui ayant fait de grands reproches vouloit, le déposer dans un concile ; à la prière des évéques il se contenta de le mettre en pénitence, et le renvoya avec les mômes lettres. L'empereur fit retenir en Sicile les lettres sans permettre que le prêtre George les apportât à Constantinople , et le tint lui-môme en exil pendant prés d un an.