LIVRE CINQUANTE-HUITIÈME
L Dernier voyage d'Olhon III en Italie.
L'empereur Othon III passa les Alpes l'an mil , et flt quelque séjour à Pavie. Alors , par le conseil de saint Romuald , il fonda près de Ravenne un monastère en l'honneur de saint Adalbert ; et comme saint Romuald le pressoit d'embrasser la vie monastique , suivant la promesse qu'il lui en avoit faite à l'autre voyage , l'empereur lui assura qu'il le feroit après qu'il auroit soumis Rome révoltée contre lui , et qu'il seroit revenu victorieux à Ravenne (i). Mais saint Romuald lui dit : Si vous allez à Rome , vous ne verrez plus Ravenne. 11 lui déclara nettement que sa mort étoit proche , et ne pouvant le détourner de son entreprise, il se retira.
L'empereur Othon, étant arrivé à Rome, y célébra la fête de Noël , et fit bâtir, dans l'île du Tibre, une église en l'honneur de saint Adalbert de Prague , dont il avoit apporté les mains ornées d'or et de pierreries ; et voulant enrichir cette église de plusieurs autres reliques , il en ût chercher partout (2). On lui dit qu'il y avoit plusieurs corps de martyrs dans l'église des Saint-Abundius et Abundantius , prés du mont Soracte : il y envoya des évêques, des clercs et des moines, et les fit apporter avec grande solennité à l'église de Saint-Adalberl.
On dit qu'il y voulut aussi mettre le corps de l'apôtre saint Barthélémy , et que l'ayant demandé aux citoyens de Bénèvent , comme ils n'osoient le lui refuser ouvertement, ils le trompèrent , et lui donnèrent à la place le corps de saint Paulin de Noie (3). Quoi qu'il en soit , on croit à Rome avoir l'un et l'autre dans cette môme église, qui depuis long-temps a pris le nom de Saint-Barlhélemy, aussi bien que l'ile où elle est bâtie.
Othon Ot aussi rapporter de Hambourg à Rome les os du pape Benoît IV , suivant sa prédiction (4). Car on dit que pendant son exil il avoit dit : Je dois mourir en ce pays : ensuite il sera désolé par les armes des païens, et deviendra l'habitation des bêtes sauvages.
(1) Vita Rom. n. 51. Sup. S»c. 5, Act. Ben. p. 873. liv. Lvii, n. h%. (3) Chr. Cass. lib. n, 14.
(S) Cbr. Uildeih. Fragm. (4) pitm. liv. iv, p. 47.
Il n'aura point de paix solide avant ma translation; mais quand je serai retourné chez moi, j'espère que, par l'intercession des saints apôtres, les païens demeureront en repos. L'événement fut conforme à cette prédiction, car les Sclaves ravagèrent long temps les églises de Saxe. Celui qui prit soin de la translation de Benoît, par ordre de l'empereur, fut Racon de Brème, un des chapelains de ce prince, qu'il voulut faire évêque, et lui donna le bâton pastoral, comme il étoit au lit grièvement malade j mais il mourut avant que d'être sacré.