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LIVRE CINQUANTE-HUITIÈME

(1) Sup. liv. LVii, n. 45.

mes , prosterné sur le pavé de l'église. II envoyoit de tous côtés pour appeler des ouvriers évangéliques : ce qui lui attira des prêtres et des clercs zélés , des abbés et des moines qui renoncèrent volontiers à leurs pays pour une si bonne œuvre. Le plus célèbre fut Astric, autrement nommé Anastase. C'étoit un des six moines que saint Adalbert de Prague amena du monastère de Saint-Boni face de Rome , quand il revint la dernière fois en Bohème; et il le fit abbé du monastère de Breunove que fonda le duc Boleslas le pieux (1). Mais la révolte des Bohémiens ayant obligé saint Adalbert à quitter le pays, Astric passa en Hongrie avec ses moines ; et le duc Etienne les ayant très-bien reçus, leur bâtit un monastère en l'honneur de saint Benoît , et prenoit plaisir à s'entretenir souvent avec eux. Ils lui furent d'un grand secours pour la conversion de ses sujets ; et il fit si bien tant par persuasion que par crainte, qu'il bannit entièrement l'idolâtrie de ses étals. H'vint aussi de Pologne deux saints personnages , l'un nommé Zoérard ou Suirard , et surnommé André, l'autre nommé Benoît, qui embrassèrent la vie érémitique. Benoît ayant été tué par des voleurs, fut tenu pour martyr ; André fit plusieurs miracles.

Cependant le duc Etienne , voyant bien que cette église naissante ne pouvoit subsister sans pasteurs, divisa tout le pays en dix évêchés, dont il voulut que Strigonie fût la métropole (2); et il y mit pour archevêque Sébastien , moine de grande vertu, du monastère de Saint Martin. Quant à l'abbé Astric, il le fit élire évoque de Colocza , et lui donna le nom d' Anastase. Puis, la quatrième année , après la mort de son père , c'est-à-dire l'an mil , il le renvoya à Rome pour demander au pape la confirmation de ces évêchés et la couronne royale pour le duc , afin que cette dignité lui donnât une au* torité plus grande pour l'exécution de ses bons desseins. Anastase, étantarrivé à Rome, raconta au pape tout ce que le duc Etienne avoit fait dans ses états pour la religion ; et le pape lui accorda volontiers la couronne, y ajoutant une croix pour porter devant le nouveau roi comme un signe de son apostolat. Car , dit-il , je suis l'apostolique; mais il mérite le nom d'apôtre, puisqu'il a acquis un si grand peuple à Jésus- Christ. Depuis plusieurs siècles l'on donnoit au pape le titre d'apostolique.

L'évêque Anastase ayant apporté en Hongrie les lettres du pape avec la couronne et la croix les prélats , les seigneurs , le clergé et le peuple s'assemblèrent , et le duc Etienne fut reconnu roi , sacré et couronné solennellement. Ensuite il fil un édit pour empêcher les vio^ lences et les oppressions , et pour établir la paix et les bonnes mœurs dans son royaume. Il fit aussi couronner reine Gisèle , son épouse^

CD Sup. liv. Lvii, n. H.

Elog. Anasl. Sœc. 6, Bened.

p 7a.Elog.Sœc.6,Acl.B.

(2) Chtrl. c. 7.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An de J.-C. lOOi.

soBur (le rempcrour Henri , princesse Irèspieuse, quj, de son cùlé, (il de grands l)icns aux églises et au\ monaslères , et entre au res à l'église de Yesprini , qu elle bàlit de fond en comble, et l'enrichit d ornements et de vases sacrés. Le roi donna de grands revenus à la métropole et aux autres cathédrales qu il avoit établies, leur assignant de grands diocèses , et leur donnant de dignes prélats. H donna aussi aux abbayes des terres et des familles de serfs avec une magniticence royale , augmentant ses libéralités pendant toute sa vie, atin qu'aucun besoin temporel ne détournât les moines du service de Dieu. Cependant il s informoit avec soin , tantôt par lui-même , tantôt par d'autres, de leur vie et de leur conduite , reprenant les négligents , et donnant aux plus fervents des marques d amitié. Quant aux chanoines , il les recommandoit à la conduite des évèques.

Sébastien, archevêque de Strigonie, étant devenu aveugle, le roi, du consentement du pape, lui donna, pour successeur, Anastase, évéque de Colocza ; mais, au bout de trois ans, Sebastien recouvra la vue; et Anastase, lui cédant la place, retourna à son église, gardant toutefois le pallium avec lapprobation du pape. Le roi Etienne, par un vœu particulier, mil sa personne et son royaume sous la protection de la Sain le- Vierge, et lit bàlir, en son honneur, une église magniliqueà Albe-Koyale. Les murailles du chœur eloient ornées de sculptures, le pavé éloit de marbre : il y avoit plusieurs tables d'aulel d'or pur, enrichies de pierreries; et, sur Taulel, un ciboire ou tabernacle pour l eut haristie, d'un ouvrage merveilleux. Le trésor éloil plein de vas<'sd'or et d argent, de cristal et d'onix, et de riches parements. Le roi voulut que celte église ne dépendît que de lui seul, sans être soumise à aucun évêque. Aux jours auxquels il faudroit y donner l absolution aux penilenis , ou y faire le saint-chrême , le roi devoit choisir un évéque pour faire ces fonctions, aussi bien que

Four y célébrer la messe en sa présence. En absence du roi, aucun évêque ne pouvoit y exercer aucune fonction, sans la permission du prévôt et des moines , qui prenoient aussi les dîmes sur le peuple, dépendant d(î celte église , sans qu aucun évêque le pùl prétendre. Je n'ai point encore observé jusqu'à ce temps d'exemplion semblable, et je doute que ce saint roi l'eût établie, s il eût été suffisamment instruit de la discipline ecclésiastique.

Son zèle ne se renlérmoit pas dans son royaume. A Jérusalem, il fonda un monastère, et lui donna des revenus suffisants en terres et en vignes ; à Rome , il fonda une collégiale de douze chanoines, et des maisons d'hospitalité pour les Hongrois qui alloient en pèlerinage à Saint-Pierre; enfin, il bàlit une très-belle église à Constanlinople. La réputation de sa piété fit que la plupart des pèlerins d'Italie et de Gaule qui alloient à Jérusalem quittèrent le chemin ordinaire , qui étoit par

An d« J.-G. lOOi. ]

mer, et passèrent par la Hongrie (1). Le roi Etienne les recevoit comme ses frères, et leur faisoit de grands présents : ce qui attira une grande multitude, tant des nobles que du peuple, à faire ce pèlerinage.

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