‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1184 sur 2407 · XXX. Eglises d'Orient · texte numérisé non relu

XXX. Eglises d'Orient

Ce tyran persécuta cruellement Zacharie, patriarche Jacobite d'Alexandrie ; mais il faut reprendre la suite de ces patriarches : Gabrie qui mourut l'an neuf cent trente-huit, eut p<3ur successeur Côme, qui tint le siège douze ans , puis Macaire pendant vingt ans , puis Théophane élu Tan trois cent quarante-cinq

de l'hégire, neuf cent cinquante-six de J.-C. (1). Il se fit renégat; c'est pourquoi les évêques de sa communion s'élevèrent contre lui , et l'ayant mis dans une barque , le tuèrent et jetèrent son eorps dans la mer. 11 avoit tenu le siège quatre ans et demi , et on le compte pour le soixantième patriarche. Son successeur fut Menas, ordonné l'an trois cent cinquante, neuf cent soixante-un ; puis Ephrem , Syrien , fut ordonné l'an trois cent soixante-sept, neuf cent soixante-dix-sept ; et après trois ans et demi de pontificat, il fut empoisonné par un écrivain chrétien, à qui il ne vouloit pas souffrir d'entretenir une concubine. Ce patriarche donna tout son bien aux pauvres, et abolit l'usage simoniaque de prendre de l'argent pour les ordinations. Sa vertu le fit aimer du calife Moi'z, qui le faisoit souvent venir à son palais , et lui rendoit beaucoup d'honneur.

Du temps de ce patriarche, vivoit Sévère, fils d'Elmocfah, évt^iue d'Asmonin , un des plus célèbres docteurs entre les jacobites (2). Ils le regardoient comme un grand théologien ; il étoit très-savant dans la langue coptique ou égyptienne , et très-éloquent en arabe. Par cette raison, le patriarche Ephrem le choisit pour disputer contre un juif africain qui avoit demandé au calife fatimite Moëz la permission d'avoir en sa présence une conférence avec le^ chrétiens , où il se vanloit de les confondre ; mais Sévère le confondit luimême publiquement. Il fut aussi en grande liaison avec Yaza, fils de Réja , qui, ayant été converti par un miracle attribué à saint Mercure , embrassa la vie monastique dans le mo nastère de Saint-Macaire , écrivit plusieurs ouvrages, entre autres sa vie, et souffrit enfin le martyre.

Sévère d'Asmonin est principalement connu par ses ouvrages, qui se trouvent manuscrits dans les bibliothèques , particulièrement dans celle du roi. Un des principaux est l'histoire des patriarches d'Alexandrie, depuis saint Marc jusqu'à Dioscore, et depuis Dioscore jusqu'à son temps , mais dans cette seconde partie, il ne fait mention que des jacobites. Il dit que pour cet ouvrage il s'étoit servi des anciens livres grecs, coptes et arabes, qui étoient dans le monastère de Saint-Macaire. C'est dans cette histoire qu'il rapporte l'apparition d'un enfant dans l'eucharistie, que Vaza, fils de Réja, rapporte aussi dans sa vie, disant l'avoir apprise de Sévère (3).

Les autres ouvrages de Sévère sont partie de théologie , partie de morale. Une exposition abrégée de la foi selon les jacobites. Une réponse au traité du patriarche melquite Eutyquius contre les jacobites sur le mystère de l'incarnation. Un traité de l'unité de Dieucon-

(1) Elm. p. 247, 243.

(2) Elm.p.259. Abulfar.

p. 221. Bibl. Or. Hakem-

bcmrilla. p. 411.

(3) Elm. p. 204. Bibl.

Orient. Dararioun. p. 287'

(1) Chr. Orient, p. 132.

Sup. liv- LV, n. 13. Elmas.

(2) Elm. p. 246.

(3) Perpétuité, to. 3.

tre les juifs et les molazales ou épicuriens mahométans. Réfutation d'un ouvrage d'Ebn- Obeid, métropolitain nestorien de Damas, sur le symbole. Des réponses canoniques, et quelques autres traités de discipline. Ces ouvrages sont cités avec éloge par la plupart des auteurs qui ont écrit depuis, même par les melquites, quoique orthodoxes. Car ils se servent quelquefois des écrits de Sévère sur l'eucharistie et les autres matières qui ne sont point controversées avec les jacobites , et peuvent être utiles à tous les chrétiens. Mais alors ils citent ces écrits sans nommer l'auteur.

Après Ephrem, Philothée fut mis sur le siège d'Alexandrie, Tan trois cent soixanteonze, neuf cent quatre-vingt-un, et le tint vingtquatre ans. 11 aimoit l'argent et la bonne chère , et étoit toujours dans le bain. Il rétablit la simonie dans les ordinations, et mourut de frayeur d'une vision qu'il eut en célébrant la messe dans l'église de Saint-Marc. De son temps , Arsène fut patriarche des melquites, comme j'ai dit, et c'est le seul que je trouve depuis Eutyquius.

Le successeur de Philothée fut Zacharie, ordonné patriarche des jacobites, l'an trois cent quatre-vingt-treize, mil trois , qui étoit la septième année du calife Haquem , et il tint le siège vingt-huit ans (1). Ce tyran le fit exposera des lions affamés, qui toutefois ne lui firent aucun mal , mais il se tint caché pendant neuf ans. Les églises demeurèrent longtemps fermées , sans que personne osât célébrer la messe, que dans l'église de Saint-Maurice , et le calife obligea les chrétiens à porter une croix pendue au cou , et les juifs la tête d'un veau. Enfin ce tyran fut tué par l'ordre de sa sœur , qu'il vouloit faire mourir, l'an quatre cent onze de l'hégire, mil vingt de Jésus-Christ.

XXXÏ. Concile de Léon.

En Espagne , le roi Alphonse V vint à Léon, capitale de son royaume , avec la reine Elvire , son épouse, et y assembla tous les évêques, les abbés et les seigneurs, le jour de Saint-Jacques, vingt-cinquième de juillet, ère mil cinquante , qui est l'an mil douze, et de ce concile il nous reste sept canons (2). Le premier porte qu'à l'avenir dans tous les conciles on commencera par juger les causes de l'Eglise. C'est que ces conciles étoient aussi des assemblées politiques , où on trailoit des affaires temporelles. Après la cause de l'Eglise, ajoute le concile, on traitera celle du roi , puis celle des peuples. Les abbés et les moines demeureront sous la juridiction de leurs évêques , et les uns ne recevront point ceux des autres (3). Le reste de ces canons regarde la conservation du temporel des églises, et l'on y voit qu'on les pilloit en Espagne

(1) Elm. p. 263.Chr.Or. tom. 9, Conc. p. 817.

(2) Pelag. Ovet. p. 64 ; (3) C. 6, 3.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[An de J.-C. 1010.

comme ailleurs. Le roi Alphonse repeupla la ville de Léon , qu'Alniansor et son ûls Abdelraélic avoient détruite. 11 rétablit les lois gothiques, et y en ajouta d'autres. Après avoir régné vingt-neul* ans , il fut tué d'un coup de flèche prés Yiseu en Portugal, et enterré à Léon l'an mil vingt-huit. Son fds Yérémond III lui succéda.

XXXn. Saint Elfége de Cantorbéry.

En Angleterre, saint Elfége, quatrième archevêque de Cantorbéry depuis saint Dunstan , s'efforçoit de rétablir la discipline de l'Eglise , déchue après la mort de ce grand homme. Elfége étoitné vers l'an neuf cent cinquante-cinq, de très-noble race; mais dés sa jeunesse il quitta le monde , pour embrasser la vie monastique ; et après avoir passé quelques années sous l'obéissance, il fonda le monastère de lîath , et en fut abbé. Après la mort de saint Ethelvod, arrivée en neuf cent quatrevingt-quatre, il fut ordonné évèque de Winchester par saint Dunstan, de la manière que j'ai rapportée, et se rendit recommandable par toutes sortes de vertus (1). L'hiver, par le plus grand froid, il se levoit la nuit nupieds, en chemise, et sortoit dehors pour prier ; quelquefois il se mettoit dans la rivière jusqu'à la ceinture, pendant sa prière. Il ne mangeoit jamais de chair, S'il n'ètoit malade. Il avoit un si grand soin des pauvres, qu'il ne souffroit point qu'aucun de son diocèse mendiât publiquement , ni qu'aucun pauvre étranger en sortît les mains vides ; et quand les autres fonds lui manquoient , il leur faisoit distribuer le trésor de l'église.

Saint Dunstan , se voyant près de sa fin , pria Dieu instamment de lui donner Elfége pour successeur, et il l'obtint, car, après saint Dunstan , Ethelgar fut archevêque de Cantorbéry pendant un an; puis en neuf cent quatrevingt-neuf Siric, auparavant évéque de Villon, et en neuf cent quatre-vingt-seize, Alfric qui lui avoit succédé en ce siège, lui succéda aussi en celui de Cantorbéry. 11 le tint dix ans , et est loué non- seulement pour sa vertu , mais pour sa doctrine. 11 composa une grammaire et un dictionnaire , et traduisit en saxon, c'est-à-dire en anglois, les premiers livres de l'Ecriture et quelques autres ouvrages. Il en composa aussi plusieurs en celte langue , entre antres une histoire de son église, et cent quatre-vingts sermons. Nous avons entre les conciles , une lettre d'Alfric à un évéque nommé Vulfin, avec un modèle d'instruction pour son clergé , comme pour des gens peu instruits , même des premiers devoirs de leur profession (-2). Il insiste principalement sur

(1^ Vita Saec. C. Bcned. (2) WilhHm. de Gest.

pafç. 115. Boil. 10 Apr. to. Pontif. p. 203. Mabill. Sa;c.

10, pag. 030. Sup. 1. LVU, G, Ben. p. 01; tuiu. y,Conc.

l'obligation de la continence. Alfric mourut l'an mil six, après avoir tenu dix ans le siège de Cantorbéry, et est compté entre les saints. Ce fut donc après sa mort qu'Elfège, ayant gouverné vingt deuxansl'églisede Winchester, fut transféré à Cantorbéry, à l'âge de cinquante-deux ans. Il alla à Rome recevoir du pape le pallium ; et y apprit par révélation la mort de Quénulfe, son successeur dans h* siège de Winchester, qui avoit acheté cette dignité. A son retour, le roi Ethelred , par son conseil et par celui d'Oulstan, archevêque d'York, convoqua un concile en un lieu nommé Enham (1), où tous les évêques et les seigneurs anglois furent appeh^, et on y fit trente-deux canons , pour la rèformation des mœurs et de la discipline, particulièrement des moines et des religieuses. Les prêtres méprisoient tellement les canons, que quelquesuns avoient deux femmes ou plus , et cet abus avoit passé en coutume; le concile leur ordonne de les quitter, promettant que ceux qui garderont lidèlement la continence , seront traités comme les nobles. On ordonne d'abolir les superstitions païennes, et de chasser du pays les devins , les enchanteurs et les sorciers. Défense de vendre un chrétien pour l'envoyer hors du pays , principalement chez les infidèles. Défense de se niarier dans le sixième degré de parenté, ou du vivant de la première fenune. On recommande de payer toutes les redevances dues à l'Eglise , j^rticulièrement le denier de saint Pierre, d'observer les fêtes et le jeûne du vendredi , se confesser souvent , et communier au moins trois fois l'année. Les amendes des crimes connuis contre Dieu, quoique décernées par le juge séculier, sont appliquées à l'Eglise (2).

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