‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1190 sur 2407 · XXXVIII. Saint Henri, couronné empereur · texte numérisé non relu

XXXVIII. Saint Henri, couronné empereur

Cependant le roi Henri passa en Italie , et célébra à Pavie la fête de Noël de l'an mil treize. Le pape Benoit VIII étoit déjà de retour à Rome , et le roi y étant aussi arrivé y fut couronné empereur le vingt-deuxième de février mil quatorze , jour de la chaire de saint Pierre, ce qui se passa ainsi (1). Henri éloit accompagné de la reine Cunégonde , son épouse , et entouré de douze sénateurs , dont six avoient la barbe rase à la romaine , six de longues moustaches à la françoise , et des bâtons à la main. Il arriva ainsi à l'église de Saint-Pierre, où le pape l'attendoit , et avant I qu'il y entrât il lui demanda s'il vouloit être le protecteur et le défenseur de l'Eglise, et fidèle en tout à lui et à ses successeurs. Le roi le promit , et alors le pape le sacra et le couronna empereur avec la reine son épouse, et fit suspendre devant l'autel de Saint-Pierre la couronne que Henri portoit auparavant. Le inême jour le pape donna un grand souper à l'empereur et à Timpératrice dans le palais de Latran. C'est ainsi que le raconte l'évêque Ditmar.

Le moine Glabert ajoute que le pape avoit fait faire une pomme d'or ornée de deux cercles de pierreries croisés, avec une croix d'or plantée dessus (2). La pomme représentoit le

(1) Chr. Saxo. Ditm. lib. 2, p. 204* 7» init. Muratori Anecd. lo. (2) Lib. i, Hist» c. ult.

monde , la croix figuroit la religion dont l'empereur doit être le protecteur , et les pierreries les vertus dont il doit être orné. La pomme, pour figurer le monde , n'étoit pas une invention nouvelle : on en voit à la main des empereurs dans les médailles antiques. Le pape donna cette pomme en présence de tout le peuple à l'empereur Henri , qui la reçut avec plaisir , et dit au pape : Vous voulez , saint-père, m'apprendre par là comment je dois gouverner. Puis , en regardant la pomme , il ajouta : Ce présent ne peut mieux convenir à personne , qu'à ceux qui ont foulé aux pieds les pompes du monde pour suivre plus librement la croix ; et il l'envoya au monastère de Clugny , estimé alors le plus régulier de tous, et auquel il avoit déjà fait de riches présents. Glabert dit au même endroit : 11 paroît très-raisonnable et très-bien établi , afin de maintenir la paix , qu'aucun prince ne prenne le titre d'empereur, sinon celui que le pape aura choisi pour son mérite, et à qui il aura donné la marque de cette dignité. C'est un témoignage de l'opinion du temps ; car cette histoire est adressée à saint Odilon , mort en mil quarante-neuf.

Pendant que l'empereur Henri étoit à Rome, ildemandaaux prêtres pourquoi, après l'Evangile , ils ne chantoient pas le symbole, comme on faisoit dans les autres églises (l). Ils répondirent que l'église romaine , n'ayant jamais été infectée d'aucune hérésie , n'a voit pas besoin de déclarer sa foi par le symbole. Toutefois , l'empereur persuada au pape Benoît de le faire chanter à la messe solennelle. C'est ce que témoigne Bernon , abbé de Richenou, qui étoit présent.

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