XIII. Sarrasins en France
L'église de France étoit alors affligée par les incursions des Arabes musulmans, car, ayant soumis l'Espagne , ils se rendirent maîtres aussi de ce que les Goths possédoient au deçà des Pyrénées. Dès l'an sept cent dix-neuf, ère sept cent cinquante-sept , ils prirent Narbonneety mirent garnison, conduits par Zama, qui les commandoit pour le calife Yest (4). L'an sept cent vingt-un, neuf ans après leur entrée en Espagne , Zama assiégea Toulouse ; mais elle fut secourue par Eude, duc d'Aquitaine, Zama tué et les musulmans mis en fuite (5). Ils revinrent en sept cent vingt-cinq avec plus
(1) Martyr. R. 27 mai f2) Y. Mabill.t.3,Act.p.
55 1, n. 25. Bon. lîlp. 8, 85, p.
(3) Ad. SS. Ben. t. ;, p.
ni.
(i; Isid. Hispal. p. 15.
(5j Koderic. Hisl. Arab.
de succès, sous la conduite d'Abdcrame, et firent quelques conquêtes (1). Toutefois, ils furent encore repoussés par les François sous la conduite d'Eudes, et en un seul jour il y en eut trois cent soixante-quinze mille de tués, comme portoit sa lettre au pape Grégoire II (2). Elle ajoutoit qu'il n'étoit mort dans ce combat quo quinze cents François, qu'Eude avoit distribué à son armée trois éponges que le pape lui avoit envoyées l'année précédente de celles qui sorvoient à sa table ; qu'elles avoient été partagées en petits morceaux sur le point de la bataille , et qu'aucun de ceux qui en avoionl reçu n'avoient été blessés. Après cette victoire, Alby, Khodèset Castres furent reprises sur les Sarrasins : car c'est ainsi que nos auteurs appellent d'ordinaire les musulmans. Quelquesuns toutefois en ce temps-là les nommoient Vandales, parce qu'ils en avoient pris la place, et de là vint que les Arabes eux-mêmes nomment l'Espagne Andalous, nom qui est resté à une des dernières provinces qu ils ont occupée.
Les Sarrasins firent un dernier effort sur la France en sept cent trente-deux, sous la conduite du même Abdérame, qui TanntHî précédente avoit passé le Rhône et pris Arles (3). D un côté ils s'avancèrent le long du Uhône et de la Saône, jusqu'à la ri vière d'Yonne, et prirent Avignon, Viviers, Valence, brûlèrent les monastères deGrigny. ruinèrent celui de rile-Barbe, et grand nombre d'églises (4) : prirent Lyon, Mùcon, Chàlons, Besançon, Beaune , Dijon et Auxerre. Enfin ils assiégèrent Sens, mais l'évéque Ebbon fit avec les siens une sortie si vigoureuse, qu'il les repoussa et les mit en fuite (5). Ainsi leurs progrès furent arrêtés de côté-là. Saint Ebbon avoit été moine, puis abbé de Saint-Pierre-le- Vif. Il succéda à Gèric dans le siège de Sens; et, après cette victoire sur les Sarrasins, il se retira et finit ses jours en solitude.
A gauche, Abdérame en personne attaqua l'Aquitaine, se fiant à la division qui étoit entre les Francs. Car Charles-Martel y étoit venu l'an sept cent trente -un pour faire la guerre à Eudes, qui avoit peine à souffrir son autorité (6). Abdérame entra donc Tannée suivante dans celte province désolée, et d'abord, ayant passé la Garonne, il ruina les villes de Béarn , aujourd'hui Lesrar, Oléron et Auch. 11 prit Aire, Dax et Lapurde, que l'on croit être Bayonne (7). 11 ravagea le pays de Comminge etdeBigorre. Abdérame avoit sans doute grand intérêt d'être maître de ce pays et des
An de J.-C. 732. ]