L. L'empereur au mont Cassin
L'empereur Henri, ayant réglé toutes ses affaires , alla visiter le mont Cassin avec le pape ienolt , et ils assistèrent à l'élection que (frent les moines, selon la règle, d'un abbé à la place a Alhénulfe (4). Quelques-uns donnoient leurs
ri) EloK- Sœc,6,Ben. p. (2) Chr. Saxo. Cassiiî. 468. Martyr. R. 10 mart. lib. u, c. 30| 40.
vl) Chr. Cassin. ii, c. 33. (3) Glab. lib. iir,c. 1. (2; Viia S. Meinv. n. ni. (4) Chr. Cass. c. 42. Mam\. to. 10, p. 549. bill. S«c. 6, p. 101.
suffrages à l'abbé Jean , qui avoit renoncé en neuf cent quatre-vingt-dix-sept, pour se retirer dans la solitude , et se trouvoit présent à cette assemblée ; mais les plus sages représentèrent que son âge décrépit ne lui permeltoit plus de porter une telle charge ; et tous enfin
s'accordérentàchoisirThibaud,prévôldeSaint- Libérateur , qui reçut la bénédiction abbatiale
le jour deSaint-Pierre vingt-neuvième de juin. Il sortit du monastère, comme plusieurs autres , sous l'abbé Manson , et fit le voyage de Jérusalem : à son retour l'abbé Jean II (1) le fit prévôt du mont Cassin, et quelques années après il lui donna la prévôté de Saint-Libérateur dans le comté de Théate ou Chiéli, sa patrie. Pendant quinze ans qu'il gouverna ce monastère , il en rétablit magnifiquement l'église et les autres bâtiments, et lui acquit plusieurs terres ; mais il ne fit pas moins de bien au mont Cassin durant les treize ans qu il en fut abbé.
Pendant que l'empereur Henri étoit en ce monastère, il fut guéri d'une colique, et vida trois petites pierres , ce qu'il attribua à 1 intercession de saint Benoît , qu'il avoit vu en songe lui prédire sa guérison, et l'assurer que ses reliques étoient au mont Cassin (2) ; car rempereurcroyoit, comme tous les autres jusqu'alors , qu'elles étoient en France à Fleury sur Loire, où elles avoient été apportées vers l'an cinq cent cinquante-trois. L'empereur Henri fit donc à cette occasion de riches offrandes à l'église du mont Cassin : savoir, un livre d'évangiles couvert d'or , un calice d'or orné de pierreries , et de plusieurs ornements précieux ; et confirma les privilèges et les donations faites au profit du monastère. Le pape et l'archevêque de Cologne firent aussi leurs offrandes, en action de grâces de la guérison de l'empereur. Dès-lors ce prince demeura si persuadé que les reliques de saint Benoît étoient au mont Cassin , qu'il fit brûler l'histoire de sa translation en France, partout où il la trouva. Cequi n'a pasempêché les François et la plupart des autres savants , de soutenir la vérité de cette translation et de continuer à en célébrer la fête le onzième de juillet (3). Il n'y a guère que les Italiens qui persistent, sur le fondement de cette révélation et de quelques autres semb ables, à soutenir que le corps de saint Benoît est toujours demeuré au mont Cassin, ou qu'il y a été rapporté.